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Accueil du site > 06- Livre Six : POLITIQUE REVOLUTIONNAIRE > 4- Ce qu’est le socialisme et ce qu’il n’est pas > Trotsky et la France

Trotsky et la France

lundi 24 décembre 2018, par Robert Paris

Trotsky à Paris pendant la première guerre mondiale, d’après Alfred Rosmer

Trotsky arrivant à Cassis 24 juillet 1933, Trotsky débarque à Cassis Août 1933, Trotsky à Royan Trotsky à Saint-Palais

Trotsky à Paris - gare du nord

Trotsky, Natalia et les amis qui les accompagnaient arrivèrent à Marseille le 24 Juillet 1933. La police, craignant que des manifestations n’aient lieu au point de débarquement ordinaire dans le grand port, avait arrangé un débarquement en vedette à Cassis. Un fonctionnaire de la sûreté les conduisit ensuite, par la route, à Saint-Palais, près de Royan, lieu choisi pour la résidence en France, la région parisienne étant interdite.

" Édifiée tout au bord de l’océan, écrit Natalia Trotsky, la maisonnette portait bien son nom, " les Embruns ". Nous venions d’y arriver quand un incendie y éclata. Pendant que les pompiers le maîtrisaient, nous restâmes dans une auto, sur la route. Nous demeurâmes à Saint-Palais environ deux mois, notre présence n’étant connue que des autorités administratives et d’un petit nombre d’amis qui se hâtèrent de venir nous voir. La santé de Trotsky était mauvaise ; elle donnait, par moments, des inquiétudes ; nous décidâmes d’aller jusqu’aux Pyrénées, nous arrêtant à Bagnères-de-Bigorre où nous restâmes deux semaines. "

L’accession de Hitler au pouvoir est alors l’événement qui domine la situation internationale. Les gouvernements sont inquiets, d’autant plus que la politique américaine vient encore aggraver et compliquer la situation. Le New Deal de Roosevelt comporte la dévaluation du dollar, d’où suit une bataille des monnaies mettant aux prises partisans et adversaires de la stabilisation de l’étalon-or. Chez les socialistes, une nouvelle tendance se forme autour des partisans de l’économie dirigée, du plan, de la restauration de l’État ; le mot " dirigisme " fait son apparition. L’Autriche, réduite à une tête sans corps, cherche à s’unir à la Hongrie sous un Habsbourg. La Petite Entente, et surtout Benès, s’y opposent : " Plutôt l’Anschluss que les Habsbourg ! " s’écrie-t-il ; rare exemple de myopie politique, car il aura l’Anschluss mais avec Hitler. Une conférence économique internationale, une conférence du désarmement délibèrent une fois de plus sans résultat.

Au milieu de ces graves événements, le parti communiste français persiste dans un révolutionnarisme verbal qui ignore la réalité. Sa presse affirme que le mécontentement et la colère des Allemands dupés ont déjà eu raison de la démagogie hitlérienne. Le " social- fascisme " reste le mot d’ordre, complété maintenant du " radical- fascisme ", tous les partis, sauf le communisme, sont en voie de fascisation ; socialistes de droite ou de gauche ouvrent également la voie au fascisme. Daladier est alors l’agent de l’impérialisme français. Ses excitations verbales ne font que souligner l’état d’impuissance où ce parti est tombé ; il ne compte plus, pour le moment, dans la vie politique ni dans le mouvement ouvrier français. N’ayant pas à le ménager, Daladier pouvait autoriser Trotsky à résider sur le sol français.

Le 23 juillet, une dépêche de Marseille à un journal parisien précise que " c’est comme un passager ordinaire que Trotsky arrivera demain à Marseille ; l’ancien arrêté d’expulsion a été rapporté ; il pourra donc débarquer et circuler librement sur le territoire français ". Mais aussitôt l’Humanité déclenche une campagne d’injures et de menaces dont son rédacteur en chef donne le ton : " De France, écrit-il, Trotsky peut, de ce foyer de la lutte antisoviétique, attaquer l’U.R.S.S, attaquer les partis communistes de France, d’Allemagne et d’Espagne. Point stratégique. Voilà pourquoi vient M. Trotsky. Et voilà pourquoi on l’accueille. Mais lui et le gouvernement se trompent s’ils pensent que ce travail abominable se poursuivra impunément, sous la garde de la police payée avec les fonds secrets votés par les députés socialistes. Malgré les précautions de la police et les faux communiqués, qui trompent sur ses déplacements, M. Trotsky doit, dans son repaire de nouveau garde blanc, entendre la colère des travailleurs révolutionnaires de France, solidaires de leurs frères libérés d’U. R. S. S. "

Comme toujours, les staliniens trouvent des auxiliaires, parfois bénévoles et innocents, le plus souvent stipendiés, qui ont mission d’embrouiller les choses par d’extravagantes informations. C’est ainsi qu’un de ces compères, confondant Royan et Royat, après avoir écrit que " Trotsky s’est réfugié en Auvergne ", ajoute qu’il a fait demander un entretien à Litvinov (alors en France) . " Une espérance ultime l’animait… Ce n’est pas encore pour Trotsky l’heure de la grâce. " Cependant, Il est des journalistes que tant de grossièreté, de bassesse, de misérables manoeuvres dégoûtent ; l’un d’eux le dit : "On accueille Trotsky par des injures, des accusations telles que les plus objectifs et les plus neutres en sont écoeurés. Et ceux qui le traitent de la sorte sont les mêmes qui, naguère, l’encensaient. "

Cette campagne pourrait gâter le plaisir que Trotsky éprouve en se retrouvant en France. Il sait que les communistes français parlent pour Staline, et, par suite, ce qu’ils écrivent n’est pas négligeable : il convient donc de prendre des précautions. Mais il en était déjà, ainsi en Turquie et maintenant la vie en France apporte une compensation appréciable. Des amis raillaient parfois Trotsky pour sa " francophilie " ; c’était vrai que, hors de Russie, la France était devenue le pays de son choix, il en aimait la littérature la langue ; dans sa jeunesse, l’étude du socialisme l’avait porté vert Marx, et la social-démocratie lui était apparue comme le modèle, le parti exemplaire. Mais à mesure qu’il l’avait mieux connue, son admiration pour ses chefs s’était sensiblement atténuée, et l’effondrement de 1914 était venu justifier ses doutes. Son séjour de deux années en France, années décisives de 1914-1916, lui avait permis de connaître le mouvement ouvrier du dedans ; il avait même participé directement à son activité ; il s’était lié avec des militants de tendances diverses ; il restait, certes, foncièrement hostile à certaines théories, à certaines conceptions du mouvement ; il lui arrivait de s’impatienter devant des hésitations, des prudences aussi étrangères à ses idées qu’à son tempérament, mais il trouvait au prolétariat français des traits originaux, une vitalité qu’il aimait, et jamais il ne perdit une occasion d’affirmer sa foi en son avenir, même quand les difficultés de l’édification du parti communiste français lui causaient de pénibles déceptions.

Après plusieurs mois de séjour à Royan, Trotsky fut autorisé à se rapprocher du centre, la Seine et la Seine-et-Oise restant interdites. Barbizon parut commode. On s’installa dans une maison relativement isolée, en bordure de la forêt. Ce que Trotsky apprécie surtout, c’est que cela lui donne la possibilité de sonder toutes les tendances qui s’agitent dans cette période d’extrême confusion. Pour ne pas provoquer un mouvement insolite autour de l’habitation, il se rend assez fréquemment à Paris, chez des amis où les rencontres ont été préparées. En dehors des Français, des visiteurs vienne de Belgique, de Hollande, d’Angleterre, d’Amérique, aussi d’authentiques antifascistes italiens et allemands. Trotsky écoute, s’informe et conseille. Un malaise général règne dans tous les partis ouvriers. Chez les socialistes, ceux qu’on appelle les néo-socialistes, prônant l’économie dirigée, l’organisation de la vie économique selon un plan, rejettent Marx et l’internationalisme prolétarien, demandent un gouvernement fort. Ils sont actifs et attaquent sans relâche la direction du parti, elle-même divisée. Une gauche s’approche par moments des positions trotskystes. C’est, pour Trotsky, une période de grande activité. Ces rencontres nombreuses, les contacts qu’il lui est possible d’établir, lui permettent pour la première fois depuis l’exil de se sentir au coeur du mouvement, bien que sa situation spéciale le contraigne à une grande réserve. Il continue d’écrire sur l’Espagne et l’Allemagne reprenant et développant les idées qu’il a déjà formulées dans ses écrits de Prinkipo dont le déroulement des événements a confirmé la justesse.

Un incident va tout compromettre et même remettre en cause l’autorisation de séjour. Le jeune communiste chargé du courrier - que par précaution on reçoit et expédie de Paris - est victime d’un accident de motocyclette. Les gendarmes interrogent. Le secret est révélé. La nouvelle se répand dans les salles de rédaction : Trotsky est à Barbizon. Les journalistes accourent ; par leur comportement en cette circonstance, ils tombent au niveau des plus détestables pratiques de la yellow press d’Amérique. Ils s’installent et campent, font le siège de la maison, guettant le départ de l’homme traqué et cerné. Cependant Trotsky déjouera leur surveillance et réussira à s’échapper sans être aperçu de ces policiers amateurs... Ce sera dès lors une vie errante à travers la France, car dès qu’une retraite est découverte il faut partir. Le gouvernement, harcelé par les staliniens et par les réactionnaires hurlant de concert, s’impatiente ; mais comme aucun pays ne veut de l’indésirable, il ne peut manifester son mécontentement qu’en accentuant la surveillance policière.

Source Rosmer

Trotsky arrivant à Paris Courts instants de calme à Barbizon Manifestants staliniens et fascistes contre Trotsky, l’assiègent ainsi que les journalistes à Barbizon

Campagne de presse contre le séjour de Trootsky

Trotsky exilé en France en est... expulsé

Accueilli par la presse bourgeoise :

Le Matin du 16 avril 1934 titre :

« Que fait, aux portes de Paris, l’homme qui a signé la trahison russe pendant la guerre et dresse, en France, la révolution contre la paix ? »

Lire ici

Le journal Le Matin du 4 mai 1934 :

« Le réprouvé Trotsky n’ira pas en Angleterre. « Notre décision est irrévocable répète aux Communes le ministre britannique de l’intérieur en réponse à de nombreux députés, le gouvernement britannique a refusé l’autorisation de séjour demandée par des socialistes extrémistes pour Léon Trotsky ». »

Lire ici en bas de la une du journal

Le journal Le Devoir du 17 avril 1934 rapporte l’expulsion de France de Trotsky : on verra que le journal bourgeois reprend les protestations de « citoyens », qui ne sont autres que les staliniens, sur la présence de Trotsky en France !

Lire ici

La Croix :

« Parce qu’aujourd’hui il est brouillé avec ses complices d’hier, a-t-il supprimé les raisons pour lesquelles il était indésirable en France ? Pas le moins du monde. Il reste l’homme suspect de l’avant-veille. Ce ne sont pas là titres à une amnistie. »

Source

L’Echo de Paris :

« Le sinistre bourreau de la Russie, avait, depuis quelque temps établi sa résidence ou plutôt son Quartier général aux portes de la capitale. L’homme de Brest-Litovsk, celui qui, en 1917, signa la trahison russe et, prolongea de dix-huit mois au moins les horreurs de la Grande Guerre, le féroce bolcheviste qui s’est donné la tâche de fomenter la révolution mondiale et d’abolir toute civilisation chrétienne, vivait sous les frais ombrages de la forêt de Fontainebleau.! Allez vous faire pendre ailleurs que dans notre forêt , vous en déshonoreriez les arbres ! »

Le Journal des Débats :

« La présence de Trotsky à Barbizon est un scandale supplémentaire que nous devons à M. Chautemps ».

Source

Le Matin :

« Trotsky, aussi étranger que possible à la France, bénéficie de ce privilège scandaleux de résider en Seine-et-Marne… »

Source

Le Journal :

« Chez les fanatiques de l’ancien commissaire du peuple, on envisageait sérieusement l’idée d’une révolution qui aboutirait à la dictature de Trotsky sur la France. »

L’Action Française :

« Nous savons, de science certaine, que ce misérable gredin n’était à Barbizon que pour organiser la fameuse émeute de mai, que s’apprêtait à maîtriser Albert Sarraut ( alors ministre de l’Intérieur). Trotski espérait ainsi rentrer en grâce auprès de Staline en mettant Paris à feu et à sang... Le communisme, voila l’ennemi ! Le plan de Trotski reposait sur un certain nombre de journées échelonnées du 1er au 29 mai, avec l’accord, au moins tacite de Blum et de la SFIO. D’où l’ire du Populaire devant l’expulsion de Trotsky. Il est certain qu’il va manquer aux conjurés, vu son expérience de l’émeute. »

Trotsky en France

Les attentats contre Trotsky

Il nous faut revenir en arrière dans le temps pour parler du séjour que fit Trotsky en France, de 1933 à 1935.

Depuis de longs mois, la situation de Trotsky était un sujet d’inquiétude pour ses amis et ses camarades. Non seulement Trotsky était isolé de toutes les luttes ouvrières d’Occident, mais il se trouvait dans un pays où il n’avait aucun ami politique ; la Turquie kemaliste avait été reconnaissante à l’URSS d’avoir renoncé aux visées impérialistes de la Russie tsariste et « démocratique » sur Constantinople, d’avoir au contraire appuyé le jeune Etat turc moderne dans ses efforts pour maintenir son indépendance ; aussi les portraits de Lénine et de Trotsky avaient-ils les honneurs de la salle de séance au Parlement. Mais le gouvernement turc avait en même temps écrasé toute tentative des travailleurs pour s’organiser ; il n’existait en Turquie aucun parti communiste légal et pratiquement aucun parti communiste illégal. C’est un des rares pays où la IVe Internationale n’a jusqu’à maintenant jamais eu le moindre groupe organisé.

Cette situation était très dangereuse pour Trotsky. Pour organiser sa sécurité, il ne pouvait compter que sur quelques camarades étrangers du pays et de sa langue.

Or il ne manquait pas d’ennemis. En 1923, sa maison fut incendiée. L’organe du Parti Communiste Allemand, la « Rote Fahne » révéla un projet des gardes blancs pour l’assassiner, avec à leur tête, le chef réactionnaire Turkul. La haine des gardes blancs était en effet farouche. Ils n’oubliaient pas que Trotsky avait été leur principal ennemi, qu’ils avaient été écrasés par l’Armée Rouge créée par lui.

Sans aucun doute, la « Rote Fahne » utilisait des renseignements du guépéou et sur l’ordre du guépéou. Quelle était le sens de cette mise en garde ? Probablement un alibi, pour que, si Trotsky était assassiné par les gardes blancs, on ne puisse pas soupçonner le guépéou. A moins qu’il ne soit agi de camoufler une tentative d’assassinat par le guépéou lui-même.

L’Opposition Internationale mena campagne pour la défense de Trotsky. En France, les militants de la Ligue s’efforcèrent d’obtenir l’appui du Secours Rouge. Signalons à ce propos la réponse de Barbusse, écrivain stalinien de stricte obédience. Barbusse se dérobe, mais cela ne donne que plus de poids à ce qu’il est obligé d’avouer : « Sans doute on est mal venu à prétendre d’une façon absolue que Trotsky, grand animateur de la Révolution d’Octobre et créateur de l’Armée Rouge est un contre-révolutionnaire. Mais on fait facilement du contre-révolutionarisme en servant trop étroitement sa cause et en ne plaçant pas celle-ci à la place qu’il convient dans l’ensemble de la lutte internationale contemporaine. » (4 mai 1932)

(…)

La tentative d’assassinat montrait que le danger était pressant. Mais aucun Etat d’Occident ne voulait accepter sur son sol le dangereux chef révolutionnaire. Trotsky raconte dans son autobiographie comment la terre était pour lui « la planète sans visa ». Les sociaux-démocrates allemands, par exemple, avaient prétendu donner au bolchevik Trotsky une leçon de démocratie. En Allemagne au moins, n’importe qui pouvait trouver asile. Trotsky fit les démarches nécessaires pour bénéficier de cette généreuse hospitalité. Mais il s’avéra qu’on ne laisserait entrer le vieux leader que s’il pouvait prouver que sa santé exigeait impérieusement des soins médicaux et que c’était pour lui une question de vie ou de mort : la démocratie de Weimar ne lui offrait en définitive qu’un coin de cimetière.

En 1932, Trotsky avait pu sortir un instant de sa prison. Les étudiants socialistes de Copenhague lui avaient demandé de venir leur exposer les causes de la Révolution Russe. Trotsky avait obtenu les visas de transit. Un groupe de militants avaient reçu la mission de lui servir de gardes du corps pendant la traversée de la France, de Marseille à Dunkerque. Ils garderont le souvenir de la fulgurante apparition, de la haute silhouette, de l’éclair du regard surtout. Toute la nuit, Trotsky les interrogea sur la vie des organisations, sur les jeunes, sur les luttes ouvrières.

A Copenhague, il défendit avec flamme la Révolution Russe et la fit mieux comprendre. Dans ces conditions s’évanouissait tout espoir de voir le gouvernement socialiste danois accepter de transformer en autorisation de séjour le visa de passage. Trotsky dut regagner sa résidence forcée de Prinkipo.

Trotsky à Royan

Un an plus tard, sur l’intervention d’Anatole de Monzie, ami personnel de Rakowski, le gouvernement radical d’Herriot lui accorda enfin l’autorisation de séjour en France. C’était un gouvernement démocratique ; il ne fit pas faute de claironner à tous les échos combien la France était libérale pour accorder ainsi le droit d’asile à un tel chef révolutionnaire. Nous verrons bientôt les limites de ce libéralisme.

Trotsky n’était pas autorisé à résider dans la région parisienne. Ses camarades louèrent pour lui une villa à Saint-Palais, près de Royan. Pendant ce temps, les journalistes étaient aiguillés sur Royan : sa résidence devait rester secrète. Il fallait craindre les gardes blancs qui écumaient de rage et aussi le guépéou. Un camarade fut envoyé en éclaireur auprès des gardes blancs de la région. Un autre (J. Baussier) prît contact avec les militants communistes de Royan et de Saint-Palais ; il trouva dans le Parti communiste des dispositions telles que, quelque temps après, il amena auprès de Trotsky le propre secrétaire de la cellule communiste de Saint-Palais et que celui-ci adhéra à la Ligue (trotskyste).

Trotsky vivait dans la villa avec Nathalia, sa compagne et quelques camarades. Plusieurs jeunes lui servaient de secrétaires et de gardes du corps, parmi lesquels Van Heijenoort, son secrétaire à Prinkipo, Clément, jeune bolchevik-léniniste allemand, et Y. Craipeau. Chaque nuit, les militants montaient la garde et effectuaient des rondes ; ils accompagnaient « le vieux » chaque fois qu’il sortait. Trotsky n’acceptait pas sans protester cette vigilance qui le transformait en prisonnier perpétuel. (…)

Trotsky organisait sa vie systématiquement, afin que pas une minute n’en fût perdue. Tout était réglé en vue du rendement maximum. Etait réglementé jusqu’au court répit qu’il s’accordait pour aller donner la pâtée aux chiens ou pour se promener dans le jardin, en bavardant avec un des secrétaires. Trotsky détestait avant tout le désordre, le laisser-aller et la bohême. (…)

Il travaillait du matin au soir, intensément et méthodiquement, fatiguant plusieurs sténo-dactylos et secrétaires. Le soir, tous se réunissaient. Parfois se tenait une « réunion de cellule », fonctionnant comme un groupe de la Ligue. Le plus souvent venaient des visiteurs. Un soir, c’était Malraux, avec qui Trotsky discutait de la stratégie de la bataille du Yang-Tsé-Kiang. Un autre soir, c’étaient les dirigeants de l’Independant Labour Party anglais, vivement intéressés par le cours de marxisme élémentaire que leur donnait Trotsky. Celui-ci expliquait patiemment. D’autres fois, c’étaient les dirigeants du Parti Socialiste Ouvrier allemand (SAP), des partis ouvriers indépendants de Hollande, ou des sections de la Ligue Communiste Internationaliste. Trotsky connaissait la situation du mouvement ouvrier de chaque pays et brusquement, les événements particuliers apparaissaient, à la lueur de l’analyse marxiste, comme éclairés par les autres événements du monde.

Bien entendu, la situation en France et la vie de l’organisation française faisaient très fréquemment l’objet des discussions. Aux réunions du soir, se trouvaient presque tous les jours quelques camarades français, venus discuter avec « le vieux » comme on appelait familièrement Trotsky.

Le prétendu « ultimatisme » de Trotsky

A ce propos, il faut ajouter un mot contre la légende malveillante de la « dictature » de Trotsky. Incontestablement, il était entier dans ses convictions, passionné dans la discussion. Mais rien là de la morgue des « chefs infaillibles ». Avec les jeunes, il discutait sérieusement, avec cordialité et compréhension. Y. Craipeau éprouvait, dès 1933, des doutes sérieux sur le caractère ouvrier de l’Etat soviétique. Trotsky pesait avec soin les arguments, discutait honnêtement et sans polémique, n’hésitait pas à passer au crible de la critique sinon sa thèse générale – sur laquelle il ne varia guère jusqu’à sa mort – du moins certains aspects de sa thèse, comme la question de thermidor et la nécessité d’une révolution politique en URSS. Pour faire le point de ce débat, il écrivit « Thermidor et l’Etat ouvrier russe ». C’est lui qui devait convaincre son jeune interlocuteur (Y. Craipeau, qui le rapporte ici) de rédiger son analyse opposée à la sienne propre…

Trotsky participe à la lutte

Fin 1933, Trotsky avait obtenu l’autorisation de résider dans la région parisienne. Il vint habiter dans une villa de Barbizon. C’est là qu’il se trouvait lors des événements de février 1934. Ces événements, il les avait depuis longtemps prévus. Il avait annoncé leur dramatique importance. Aussi lui était-il impossible de rester en place. Il vint à Paris clandestinement. Il avait rasé sa barbiche pour ne pas être reconnu. Il tint plusieurs réunions avec la commission exécutive de la Ligue pour mettre au point les mots d’ordre à lancer sur le front unique, la milice ouvrière, l’armement du peuple. C’est ainsi que commença à être mis sur pied le « programme d’action » des bolcheviks-léninistes qui devait ensuite, étoffé et élargi, devenir en 1938, le programme transitoire de la IVe Internationale.

Les fascistes hurlent à la mort

Un des premiers actes du gouvernement bonapartiste de Doumergue fut dirigé contre Trotsky. Le 14 avril, une descente de police est opérée dans la villa de Trotsky à Barbizon. Il est remarquable de signaler que cette attaque correspondait à une violente offensive contre Trotsky dans les journaux de Hitler. Le 14 avril même la « Deutsche Wochenschrift » écrivait en énorme manchette : « Trotsky derrière les troubles en France. » Avec un sous-titre : « le vieil incendiaire organise le bouleversement de l’Europe occidentale. Une centrale secrète à Paris – la légende de la retriate de Trotsky. Les consignes de Trotsky pour la guerre civile aux communistes allemands. »

Le journal hitlérien se plaignait amèrement du droit d’asile donné en France à « l’ennemi le plus farouche de l’Allemagne nazie ». Le Deutsche Wochenschrift attaque violemment la Ligue Communiste Internationaliste ; elle précise l’inquiétude naissante des dirigeants réactionnaires français devant les mots d’ordre de Trotsky et conclut « Il faut expulser l’incendiaire ». L’ « Angriff » de Hitler reprend le même thème.

Aussitôt, comme sur un signal, toute la presse réactionnaire et fasciste se met à son tour à aboyer contre « l’incendiaire Trotsky », le « criminel de Brest-Litovsk », sa vie « fastueuse », ses prétendus « domestiques », les mots d’ordre trotskystes d’alliance ouvrière et de milice ouvrière. L’ « Action Française » royaliste a ouvert le feu. « Trotsky à la porte » hurle « l’Ami du Peuple » du milliardaire réactionnaire Coty. « Chassons-le comme un chien » glapit « la Liberté », de l’immonde Camille Aymard, qui devait plus tard devenir le journal de Doriot.

Voici comment « le Jour » du fasciste Léon Bailly justifie sa haine :

« Trotsky, extrémiste de gauche, adversaire des concessions aux koulaks et des négociations avec l’étranger ne s’est jamais écarté de la doctrine bolcheviste à l’état pur et c’est son intransigeance qui amena Staline à le prier d’aller propager à l’étranger sa doctrine de subversion permanente et totale. Pour nous, Français, la preuve est faite que la IVe Internationale n’est que la forme la plus violente de la IIIe, un succédané plus redoutable. »

« Le Journal » déverse des colonnes entières de calomnies et conclut :

« Que ce fauteur permanent d’agitation révolutionnaire et d’intrigues suspectes aille exercer ailleurs que dans notre pays sa dangereuse activité. »

« L’Humanité » et le « Secours Rouge » stalinien ajoutent leur note dans ce concert et, comme la presse fasciste, ils exigent l’expulsion de Trotsky.

« Le Matin » claironne en manchette : « Satisfaction est donnée au pays, Trotsky est chassé. »

Les protestations

D’un peu partout, les comités d’alliance ouvrière élèvent leurs protestations. Le Parti socialiste organise, avec la Ligue, un meeting de protestation dans le département de la Seine. Ecrivains et intellectuels rendent publique leur indignation. Signalons par exemple un manifeste qui dit : « Nous saluons à cette nouvelle étape de son chemin difficile, le vieux compagnon de Lénine, le signataire de la paix de Brest-Litovsk… l’organisateur de l’Armée Rouge qui a permis au prolétariat de conserver le pouvoir malgré le monde capitaliste coalisé contre lui. »

Le manifeste est signé par André Breton, René Char, René Crevel, Paul Eluard, Fernand Marc, Benjamin Péret, Yves Tanguy. D’autres intellectuels ajouteront ensuite leur signature, comme René Le Febre, Romain Rolland, J.R. Bloch, Léon Werth, André Gide, J. Cassou, Bernard Lecache, Jean Giono, Eugène Dabit, Alain, A. Wurmser.

Un autre manifeste paraît, avec la signature de Malraux et d’une dizaine d’écrivains. Un troisième est signé d’une dizaine d’artistes de l’A.E.A.R., filiale communiste, parmi lesquels, notamment, Sylvain Itkine.

Le professeur Langevin accepte la présidence d’honneur d’un meeting de protestation. A meeting, qui groupe 800 personnes, on vient lire une déclaration de Romain Rolland : « Ce sera l’opprobre éternelle de la démocratie française qu’elle ait refusé à Léon Trotsky l’asile qu’il était venu lui demander. C’est la honte de l’Europe que la Turquie lui ait donné une leçon de dignité. »

D’autres manifestations de solidarité ont lieu en province, par exemple à Lille ou à Montpellier avec le Parti Socialiste, la CGT, les Jeunesses Socialistes, la Fédération Unitaire de l’Enseignement et la Ligue, dans un meeting ou parle Vallière. La Fédération Unitaire de l’Enseignement exprime son indignation véhémente. Même le journal de la fraction stalinisante dans la SFIO, l’ « Action Socialiste », doit faire entendre sa protestation.

Trotsky en résidence surveillée

Mais où chasser Trotsky ? Aucun pays ne l’accepte. Dès lors, le gouvernement Doumergue doit se contenter de le mettre en résidence surveillée. Trotsky est relégué dans un village des Alpes, près de Grenoble (Domène) où il est surveillé sans cesse par plusieurs policiers qui ont mission de ne laisser personne pénétrer auprès de lui. Bien entendu, à de rares intervalles, les militants réussissent pourtant à forcer le blocus.

Les provocations fascistes continuent. C’est ainsi par exemple que le 29 décembre 1934, au moment de l’assassinat de Kirov, « le Matin » publie la manchette suivante : « Staline annonce-t-on de Moscou, a demandé l’expulsion de France de Trotsky… Souhaitons que la nouvelle soit exacte ; nous serions d’accord pour une fois avec le chef du communisme. »

« L’Ami du Peuple » précise : « A la porte Trotsky. Son maintien parmi nous constitue un outrage à nos morts… Qu’attend-on pour l’extrader et l’envoyer à Moscou ? Tant pis si le voyage se termine mal pour lui. »

En même temps, dans l’Humanité, Duclos mène une campagne parallèle et monte une provocation où Trotsky est dénoncé comme l’instigateur du meurtre de Kirov.

Duclos y prétend que le journal trotskyste « La Vérité » du 15 décembre faisait « l’apologie de l’assassinat ». or voici la conclusion de l’article paru dans ce journal : « Quant à notre position, il serait vain de répéter qu’elle ne saurait être que celle de la condamnation la plus absolue, la plus nette, la plus rigoureuse de cet attentat, comme de toute méthode terroriste en général, qui ne peut servir qu’un but : défricher la voie au bonapartisme et au fascisme en URSS. » Signé meunier, c’est-à-dire Trotsky.

En même temps que le guépéou entre ainsi en action, les gardes blancs continuent à s’agiter. Or, devant ces dangers accrus, Trotsky étant en résidence surveillée, ses amis sont impuissants à le protéger effectivement. Aussi essaye-t-on d’obtenir un visa pour l’Angleterre (avec l’intervention de l’ILP) et pour d’autres pays. A chaque fois, un refus lui est opposé sous la pression du Kremlin.

C’est la Norvège qui, en 1935, lui accorde enfin l’autorisation de séjour – la Norvège où gouverne le parti socialiste « de gauche », le NAP. les flons-flons démocratiques en Norvège même ne dureront pas longtemps. Sous la pression conjuguée des fascistes de Quisling et du gouvernement de Moscou, les « socialistes de gauche » ne tarderont pas à chasser encore une fois Trotsky, sans cesse traqué pour son attachement irréductible au socialisme révolutionnaire. »

extraits du livre d’Yvan Craipeau, « Le mouvement trotskyste en France »

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Leçons du mouvement de 1936 en France, Léon Trotsky

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Témoignages sur Léon Trotsky, notamment en France

Lisez Trotsky dans le journal L’Humanité !

Autorisé à se rapprocher de Paris – Seine et Seine-et-Oise restant interdites – Trotsky a quitté Saint-Palais pour venir s’installer dans une villa modeste de Barbizon, en lisière de la forêt. Toutes ces questions prennent alors pour lui un intérêt nouveau et, pour ainsi dire, plus tangible, car il lui est dès lors facile de reprendre contact avec des amis, avec des hommes qu’il a connus en France pendant la guerre, de recevoir des militants qui, de partout, viennent l’interroger, lui demander conseil, examiner avec lui leurs problèmes. C’est pour lui une vie nouvelle, une période de discussions ardentes, passionnées. Ces rencontres, fructueuses, lui sont agréables et, à la fois, l’inquiètent car il ne sent pas, le plus souvent, chez ses interlocuteurs, une pleine compréhension des événements ni surtout l’esprit de décision, la volonté de recourir aux mesures de défense que le présent exige. S’il qualifie durement l’attitude des chefs staliniens et socialistes c’est parce qu’il estime qu’elle contribue à égarer ou paralyser l’action du prolétariat. Il est irrité de voir Léon Blum invoquer la lutte de classe pour refuser de participer à des ministères radicaux qu’il soutient, et écrire, entre autres, que " tant que la puissance capitaliste ne sera pas rompue ou soumise, aucun peuple ne peut être assuré ni de la liberté ni de la paix ". Chez eux, les actes ne suivent jamais les paroles qui les commandent ; ils excitent les ouvriers, les jettent dans l’action mais désarmés devant une bourgeoisie renforcée de ligues armées.

Trotsky est engagé à fond dans ces conversations, discussions, controverses, quand un incident banal va soudain mettre fin à cette activité partielle retrouvée. Il sera l’occasion cherchée du déclenchement d’une campagne minutieusement préparée. Le 16 avril 1934, les journaux annonçaient, sous de grands titres, que la police venait de " découvrir " que Trotsky vivait à Barbizon. Aussitôt des journalistes, nombreux, et flanqués de photographes, vinrent prendre possession des alentours de la villa, y demeurant jour et nuit, tandis que dans leurs feuilles, l’affaire était exploitée avec une extrême violence ; l’Action française, royaliste, était rejointe par des organes soi-disant indépendants, comme le Matin et le Journal. Ils affectaient de se scandaliser, simulant l’indignation : comment " le bolchévik a-t-il pu être autorisé à résider en France " ! Le ministre de l’Intérieur – c’est un radical, Albert Sarraut – décide d’annuler l’autorisation de séjour accordée par Daladier et d’expulser Trotsky – pour la seconde fois. Seul, de tous les journaux, le Populaire a une attitude décente. Il dénonce l’hypocrisie du gouvernement et la comédie de l’indignation jouée par la grande presse ; c’est, écrit-il, beaucoup de bruit pour rien car la police n’a pas eu à découvrir Trotsky à Barbizon puisqu’elle l’y surveillait, et il rappelle opportunément que, même sous le tsarisme, la France accordait le droit d’asile aux révolutionnaires russes. La Ligue des droits de l’homme proteste à son tour ; un meeting est organisé sous la présidence de Langevin, Malraux y prend la parole au nom des intellectuels antifascistes.

Mais les protestations restèrent vaines. Le gouvernement maintint son décret ; c’est que, au fond, il ne s’agissait pas d’une décision accidentelle motivée par un incident particulier ; tout au contraire, elle s’inscrit dans sa ligne politique ; ce ministère d’union n’est au pouvoir que pour servir les intérêts de la réaction nationaliste ; une de ses premières mesures a été la révocation de vingt et un agents des P.T.T. Dans le domaine international, l’accord avec Staline sera conclu dans un mois, et c’est l’organe du syndicalisme réformiste de Jouhaux, le Peuple, qui indique qu’il faut voir dans l’expulsion de Trotsky une intervention de la diplomatie russe (l’histoire se répétera plus tard en Norvège), ce que confirme l’attitude de l’Humanité. Car elle fait sa partie dans la campagne, nullement gênée par le voisinage de l’Action française royaliste, et de journaux qu’elle qualifie ordinairement de valets de l’impérialisme, ni par les attaques courantes de la presse hitlérienne contre Trotsky, par l’Angriff entre autres, qui " montre les efforts du " maudit " pour la formation en Europe d’un front unique des rouges ", ainsi que le cite en l’approuvant, le Matin : la coalition contre l’exilé est complète.

Mais cette unanimité est embarrassante pour le gouvernement français ; résolu à expulser Trotsky au plus vite du territoire français, il se trouve empêché de le faire car aucun gouvernement ne consent à accueillir le proscrit pour qui la planète est encore une fois sans visa. La Suisse, l’Italie, la Belgique, l’Irlande, pressenties, répondent négativement, imitant les grandes puissances démocratiques, l’Angleterre et l’Allemagne, qui ont refusé le visa, même quand travaillistes et social-démocrates étaient au pouvoir. Il en est réduit à entreprendre des négociations avec le gouvernement turc, revenant au point de départ de l’exil ; elles n’aboutiront pas. Trotsky sera, par force, toléré, situation singulière qui ne prendra fin que lorsque le gouvernement travailliste de Norvège consentira à le recevoir, le 9 juin 1935, plus d’une année après l’affaire de Barbizon.

En 1929, confiné à Prinkipo, Trotsky avait tenu à faire remarquer que " grâce aux efforts de l’appareil stalinien et avec l’appui amical de tous les gouvernements bourgeois, l’auteur de ces lignes est placé dans de telles conditions qu’il ne peut réagir aux événements politiques qu’avec un retard de quelques semaines ". Maintenant il ne s’agira pas de retard mais d’impossibilité. Furieux de ne pouvoir parvenir à ses fins, le ministre français soumit Trotsky à un régime d’une extrême sévérité, une surveillance policière de tous les instants.

Isolé dans une petite ville du Dauphiné, privé quasi complètement de toute visite, de tout contact avec l’extérieur, l’exilé, qui a pourtant une certaine expérience des prisons du Vieux et du Nouveau Monde, connaîtra un régime plus dur que ceux qui lui ont été imposés jusqu’alors, et d’autant plus insupportable qu’il vient après une période de liberté relative, d’activité restreinte mais réelle au sein du mouvement ouvrier français. C’est alors et dans ces conditions qu’il décide de transcrire en des cahiers, au jour le jour, les remarques que lui inspirent ses lectures, notes dans lesquelles la réclusion l’amènera à livrer davantage de lui-même qu’à l’accoutumée, et qui constitueront ce " Journal ", document unique, et par là inestimable, dans son oeuvre jusqu’ici publiée.

AIfred ROSMER.

source

Vidéos sur Léon Trotsky

Trotsky s’exprime en français en 1932 sur la politique révolutionnaire

Trotsky défendant, en français, la révolution russe contre la bourgeoisie et la bureaucratie

Trotsky et la révolution - 1

Trotsky et la révolution - 2

Vie de Trotsky, expulsé de France mais, avant de gagner le Mexique, en résidence surveillée faute de pays d’accueil, du 10 juillet 1934 à 1935 à Domène, près de Grenoble

Encore sur Domène

Trotsky contre le stalinisme, en anglais

Trotsky in English

Archives russes sur Léon Trotsky

En anglais, les informations télévisées sur le séjour de Trotsky à Barbizon et sur l’expulsion de Trotsky de France

2 Messages de forum

  • Trotsky et la France 24 décembre 2018 07:04

    « Il y a deux ans, l’Humanité répétait chaque jour : « Le fasciste Daladier a fait appeler le social‑fasciste Trotsky en France, pour organiser, avec son aide, l’intervention militaire contre l’U.R.S.S. ». Il s’est trouvé des gens assez nombreux, honnêtes, mais naïfs et ignorant, qui crurent à cette absurdité, comme au printemps de 1917, des millions de paysans de soldats et même d’ouvriers russes crurent Kerensky quand il affirmait que Lénine et Trotsky étaient des « agents du kaiser Guillaume ». On ne peut accuser des gens trompés de ne pas voir clair ‑ il faut leur apporter la lumière. Mais on peut et on doit accuser les coquins éclairés qui répandent sciemment le mensonge et la calomnie pour tromper les travailleurs. De tels coquins conscients, ce sont les chefs du parti soi‑disant communiste ( ?!) : Cachin, Thorez, Vaillant‑Couturier, Duclos et consorts. Aujourd’hui ces messieurs ont constitué, comme on sait, avec le « fasciste » Daladier un « Front Populaire » antifasciste. »

    Léon Trotsky, Lettre ouverte aux ouvriers français

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  • Trotsky et la France 28 août 07:54, par W.

    Alfred ROSMER :

    « Le 16 avril 1934, les journaux annonçaient, sous de grands titres, que la police venait de « découvrir » que Trotsky vivait à Barbizon. Aussitôt des journalistes, nombreux, et flanqués de photographes, vinrent prendre possession des alentours de la villa, y demeurant jour et nuit, tandis que dans leurs feuilles, l’affaire était exploitée avec une extrême violence ; l’Action française, royaliste, était rejointe par des organes soi-disant indépendants, comme le Matin et le Journal. Ils affectaient de se scandaliser, simulant l’indignation : comment « le bolchévik a-t-il pu être autorisé à résider en France » ! Le ministre de l’Intérieur –c’est un radical, Albert Sarraut –décide d’annuler l’autorisation de séjour accordée par Daladier et d’expulser Trotsky –pour la seconde fois. Seul, de tous les journaux, le Populaire a une attitude décente. Il dénonce
    10l’hypocrisie du gouvernement et la comédie de l’indignation jouée par la grande presse ; c’est, écrit-il, beaucoup de bruit pour rien car la police n’a pas eu à découvrir Trotsky à Barbizon puisqu’elle l’y surveillait, et il rappelle opportunément que, même sous le tsarisme, la France accordaitle droit d’asile aux révolutionnaires russes. La Ligue des droits de l’homme proteste à son tour ; un meeting est organisé sous la présidence de Langevin, Malraux y prend la parole au nom des intellectuels antifascistes.Mais les protestations restèrent vaines. Le gouvernement maintint son décret ; c’est que, au fond, il ne s’agissait pas d’une décision accidentelle motivée par un incident particulier ; tout au contraire, elle s’inscrit dans sa ligne politique ; ce ministère d’union n’est au pouvoir que pour servir les intérêts de la réaction nationaliste ; une de ses premières mesures a été la révocation de vingt et un agents des P.T.T. Dans le domaine international, l’accord avec Staline sera conclu dans un mois, et c’est l’organe du syndicalisme réformiste de Jouhaux, le Peuple, qui indique qu’il faut voir dans l’expulsion de Trotsky une intervention de la diplomatie russe (l’histoire se répétera plus tard en Norvège), ce que confirme l’attitude de l’Humanité. Car elle fait sa partie dans la campagne, nullement gênée par le voisinage de l’Action française royaliste, et de journaux qu’elle qualifie ordinairement de valets de l’impérialisme, ni par les attaques courantes de la presse hitlérienne contre Trotsky, par l’Angriff entre autres, qui « montre les efforts du « maudit » pour la formation en Europe d’un front unique des rouges », ainsi que le cite en l’approuvant, le Matin : la coalition contre l’exilé est complète.Mais cette unanimité est embarrassante pour le gouvernement français ; résolu à expulser Trotsky au plus vite du territoire français, il se trouve empêché de le faire car aucun gouvernement ne consent à accueillir le proscrit pour qui la planète est encore une fois sans visa. La Suisse, l’Italie, la Belgique, l’Irlande, pressenties, répondent négativement, imitant les grandes puissances démocratiques, l’Angleterre et l’Allemagne, qui ont refusé le visa, même quand travaillistes et social-démocrates étaient au pouvoir. Il en est réduit à entreprendre des négociations avec le gouvernement turc, revenant au point de départ de l’exil ; elles n’aboutiront pas. Trotsky sera, par force, toléré, situation singulière qui ne prendra fin que lorsque le gouvernement travailliste de Norvège consentira à le recevoir, le 9 juin 1935, plus d’une année après l’affaire de Barbizon. »

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