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Religions, classes possédantes et pouvoir d’Etat : des liens indéfectibles

mercredi 17 octobre 2018, par Robert Paris

Religions, classes possédantes et pouvoir d’Etat : des liens indéfectibles

La Bible n’a jamais combattu ni l’exploitation, ni la division en classes sociales ni le fait que l’Etat soit au service des classes possédantes, bien au contraire. Lire ici

Dans l’Ancien Testament, celui qui se moque du roi David n’aura pas d’enfants : lire ici

« Epître aux Romains » de Paul : « Que toute âme se soumette aux autorités qui sont au-dessus d’elle ; car il n’existe pas d’autorité, si ce n’est de par Dieu ; et celles qui existent sont ordonnées de Dieu ; de sorte que celui qui résiste à l’autorité résiste à l’ordonnance de Dieu ; et ceux qui résistent feront venir un jugement sur eux-mêmes. »

Pierre, 2, 17 : « Respectez tous les hommes. Aimez vos frères. Craignez Dieu. Honorez le chef d’état. »

Pierre, 2, 13-15 : « À cause du Seigneur, soumettez-vous à toute création humaine : soit à un roi comme étant supérieur, soit à des gouverneurs comme étant envoyés par lui pour punir les malfaiteurs mais féliciter ceux qui font le bien. Car c’est la volonté de Dieu qu’en faisant le bien vous réduisiez au silence les insensés qui parlent sans savoir. »

Matthieu 24:45-47 : « Qui est donc l’esclave fidèle et avisé que son maître a établi sur ses domestiques pour leur donner leur nourriture au bon moment ? Heureux cet esclave si son maître, quand il viendra, le trouve en train de faire ainsi. Vraiment je vous le dis, il l’établira sur tous ses biens. Mais si jamais cet esclave est mauvais, s’il se dit : “Mon maître tarde”, et s’il commence à battre ses compagnons, ainsi qu’à manger et à boire avec les ivrognes, le maître de cet esclave viendra un jour où il ne l’attend pas et à une heure qu’il ne connaît pas, il le punira très sévèrement et le mettra avec les hypocrites. Là, il pleurera et grincera des dents. »

Lettre aux Romains : « Que toute personne soit soumise aux autorités supérieures, car aucune autorité n’existe sans la permission de Dieu+ ; en effet, c’est par Dieu que les autorités qui existent sont placées dans leurs positions. C’est pourquoi quelqu’un qui s’oppose à l’autorité résiste à la disposition de Dieu ; ceux qui y résistent s’attireront une condamnation. » (Romains 13 :1)

Paul de Tarse dans Epitre aux Corynthiens : « Le tout est d’observer les commandements de Dieu. Que chacun demeure dans l’état où il était quand Dieu l’a appelé. Avez-vous été appelé à la foi étant esclave, ne portez point cet état avec peine ; mais plutôt faites-en un bon usage, quand même vous pourriez devenir libre. Car celui qui étant esclave est appelé au service du Seigneur, devient affranchi du Seigneur ; et de même, celui qui est appelé étant libre, devient esclave de Jésus-Christ. Vous avez été achetés d’un grand prix ; ne vous rendez pas esclaves des hommes. Que chacun, mes frères, demeure donc dans l’état où il était lorsqu’il a été appelé, et qu’il s’y tienne devant Dieu. »

Paul de Tarse dans Epitre aux Ephésiens : « Esclaves, obéissez à vos maîtres d’ici-bas avec crainte et tremblement, d’un cœur simple, comme au Christ, non pas parce que l’on vous surveille, comme si vous cherchiez à plaire aux hommes, mais comme des esclaves du Christ qui s’empressent de faire la volonté de Dieu. Servez de bon gré, comme si vous serviez le Seigneur, et non des hommes. Vous le savez : ce qu’il aura fait de bien, chacun le retrouvera auprès du Seigneur, qu’il soit esclave ou qu’il soit libre…. Par ailleurs, que chacun vive selon la condition que le Seigneur lui a donnée en partage et dans laquelle il se trouvait quand Dieu l’a appelé… »

Epitre aux Colossiens, 3, 22 : « Serviteurs, obéissez en tout à vos maîtres d’ici-bas. Ne vous contentez pas de paraître bien les servir pour vous faire apprécier d’eux. Mais travaillez pour eux dans la simplicité de votre cœur avec la crainte du Seigneur. »

Epitre aux Ephésiens, 6, 5 : « Esclaves, obéissez à vos maîtres sur la terre, avec crainte et respect ; agissez à leur égard avec sincérité comme si vous serviez le Christ. »

Lors de la révolution paysanne en Allemagne (la « guerre des paysans »), bourgeois et princes, noblesse et clergé, Luther et le pape s’unirent « contre les armées paysannes, pillardes et tueuses » : « Il faut les mettre en pièces, les étrangler, les égorger, en secret et publiquement, comme on abat des chiens enragés ! s’écria Luther. C’est pourquoi, mes chers seigneurs, égorgez-les, abattez-les, étranglez-les, libérez ici, sauvez là ! Si vous tombez dans la lutte, vous n’aurez jamais de mort plus sainte ! » Luther déclarait : « Le sage dit : Cibus, onus et virgam asino (*). Qu’on donne de la paille d’avoine aux paysans ils n’entendent point les paroles de Dieu, ils sont stupides c’est pourquoi il faut leur faire entendre le fouet, l’arquebuse et c’est bien fait pour eu. Prions pour eux qu’ils obéissent. Sinon, pas de pitié ! Faites parler les arquebuses, sinon ce sera bien pis. »

Napoléon Bonaparte au Conseil d’Etat, le 4 mars 1806 : « Je ne vois pas dans la religion le mystère de l’Incarnation mais le mystère de l’Ordre Social. La religion rattache au ciel une idée d’égalité qui empêche le riche d’être massacré par le pauvre. »

Claude Lévi-Strauss, dans "Tristes Tropiques" : « Il faut beaucoup de naïveté ou de mauvaise foi pour penser que les hommes choisissent leurs croyances indépendamment de leur condition. »

Tout d’abord, l’Histoire nous démontre que les grandes religions qui ont gagné des portions notables des populations ont été, qu’elles soient polythéistes ou monothéistes, des créations sous l’égide des Etats en place ou, au moins, se sont propagées avec l’assentiment et le soutien de ces Etats et ont été également des piliers de l’ordre social existant, c’est-à-dire des classes exploiteuses. L’Histoire démontre, à l’envers, qu’avant la création de l’Etat, c’est-à-dire pour l’essentiel de l’histoire des civilisations humaines, les grandes religions n’existaient pas.

Rappelons que, si les sociétés primitives ont pu, à un certain stade de leur existence, développer des coutumes magiques, superstitieuses, de sorcellerie ou de gestion de la crainte des esprits, avec des personnes spécialement chargées de ces fonctions, la croyance en un dieu-roi, elle, n’apparaît pas avant que soient apparus des rois en chair et en os, c’est-à-dire que les premiers balbutiements de l’Etat ont commencé à se développer. Car les rois sont, au même titre que les grands sorciers, l’une des premières manifestation de l’émergence d’un Etat, de fonctions permanentes qui commencent à se placer au-dessus de l’ensemble de la société.

Redisons-le une fois de plus, et ce ne sera pas une fois de trop vue la quantité de mensonges qui circulent sur ce thème, la plupart des civilisations sont nées bien avant l’Etat, sans même une trace d’Etat, sans que les peuples aient même la notion de ce que peut être un Etat. Par exemple, la civilisation égyptienne est née bien avant l’Etat, non seulement avant les Pharaons mais même bien avant les premières dynastiques royales prépharaoniques. Il en va de même de la civilisation indienne qui, dans sa phase prospère de l’Indus ne connaissait ni palais ni temples, donc ni Etat, ni religion. La civilisation grecque n’a vu apparaître l’Etat que du vivant de Socrate, soit de manière très tardive. De même que la civilisation romaine ne naît pas avec l’empire romain, pas plus que la civilisation chinoise avec l’empire chinois ni avec les royautés chinoises. On peut dire la même chose de tout le Moyen-Orient, que ce soit à propos des premiers Hébreux, des premières sociétés urbaines du Tigre et de l’Euphrate (sumériens comme élamites, notamment), ou de la civilisation arabe (elle a produit sa religion et son Etat d’un même mouvement), sans parler des civilisations indiennes du continent américain dont bon nombre n’ont jamais produit ni Etat ni religion, comme celles de la plaine américaine, et en sont restées au stade des sorciers et des chefs indiens élus.

L’Etat est donc de création récente. Il apparaît parfois des centaines (et même des milliers) d’années après l’apparition de la civilisation, de ses modes de vie, de ses sociétés civiles de chasseurs, de cueilleurs, de cultivateurs, d’agriculteurs, d’artisans, de villageois ou de gens des villes, bien après l’apparition de la division du travail, de la séparations en familles riches et familles pauvres, de l’organisation de la tribu, de l’ethnie, des groupes et sous-groupes, de l’ordre social, des classes sociales, de la propriété privée des moyens de production, de l’exploitation de l’homme par l’homme, notamment de l’esclavage.

L’Etat, en particulier pour les premières civilisations, vient souvent après toutes ces étapes au cours desquelles les capacités de l’homme sur la nature se transforment considérablement permettant la formation d’un surplus social, et du coup la spécialisation d’hommes dans des fonctions non productives et la formation d’un surplus collectif, permettant de réinvestir ce surplus, d’où la naissance de nouveaux moyens de production, de l’agriculture, de l’urbanisation, de l’échange généralisé, de l’art, de l’idéologie qui accompagne tous ces changements. Et, au cours de ces étapes, la notion même d’un Etat se plaçant au-dessus de la société est encore inconnue et inconcevable. Il ne vient que, excusez de l’expression, comme la cerise sur le gâteau !

En ce qui concerne la croyance religieuse, bien des gens l’imaginent à l’origine comme elle est de nos jours, ce qui est également un contresens profond. En effet, ils identifient la religion avec une croyance individuelle, oubliant que l’individu est de création encore bien plus récente que l’Etat et la religion, n’apparaissant qu’avec le grand développement de la bourgeoisie des villes et des libertés citadines.

La société ancestrale, tribale, ethnique, féodale, ne connaît pas la liberté individuelle. La personne n’a pas le choix de qui elle est, de ce qu’elle pense, de ces choix « personnels », pas plus qu’elle ne peut décider de sa place dans la société, déterminée par avance par sa naissance et son appartenance au groupe, à l’ethnie, à la caste ou à la classe sociale, sans aucune possibilité d’en sortir par « choix personnel ». La croyance fait partie de ces contraintes que l’on ne peut pas supprimer dans l’ordre social ancien.

La croyance est à l’époque un attribut collectif et non individuel. La tribu possède un sorcier et aucun individu n’imagine même ne pas se conformer à ses prescriptions. Les sorciers et les chefs de tribu agissent la main dans la main ou s’opposent, mais la fonction « sorcier » et la fonction « chef de tribu » ne peuvent pas se séparer. Dans cette société tribale, l’Etat n’est qu’en germes, la religion aussi, mais l’alliance du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel, ou considéré comme tel, est permanente et elle va le rester au fil des changements imposés par l’Histoire, notamment avec l’apparition de l’Etat et des institutions religieuses, quelles qu’elles soient dans les différentes sociétés et époques.

Les deux pouvoirs, temporel et spirituel, vont rester liés avec le développement de ces deux institutions se plaçant au-dessus de la société civile, non sans conflits, parfois violents, mais sans discontinuer.

Et cela jusqu’à aujourd’hui où c’est encore vrai. Les religions ne sont pas indépendantes des Etats. Les Etats dits laïques, eux-mêmes, ne font pas exception. Même dans la prétendue laïque république française, l’Etat se mêle de l’organisation des cultes, le président a ses relations avec les chefs religieux, et il les protège contre… les athées et contre la population. Par exemple, pas question en France d’organiser le procès des crimes de l’Eglise. Et même quand ces procès ont lieu dans le monde, on s’arrange pour protéger l’ensemble de l’institution. Aucun Etat n’a encore envisagé de retirer les enfants des mains des prêtres malgré les multiplications d’affaires de pédophilie des prêtres.

L’institution catholique n’a un tel poids que grâce au fait qu’elle se place directement sous l’égide d’un Etat, celui du Vatican, qui a son indépendance reconnue par l’Etat italien.

Tout au long de leur existence, les grandes religions ont dépendu de leurs relations plus ou moins proches de l’Etat et des classes dirigeantes. Ce sont les changements radicaux au sein de ces classes dirigeantes, et notamment l’apparition de nouvelles classes sociales et de nouvelles sortes de pouvoirs, qui ont entraîné l’apparition de nouvelles religions. Et le phénomène essentiel n’est pas inverse, car l’idéologie ne fait qu’appuyer une réalité sociale. Si elle peut aider à la favoriser, elle ne l’invente pas. Les idées, religieuses ou pas, ne se placent pas au-dessus des réalités, physiques comme sociales.

En tout cas, les prises de position des religions ne sont nullement indépendantes des intérêts des classes dominantes et des Etats à leur service et cela se voit dans toutes leurs prises de position et intervention, même si l’idéologie religieuse s’affirme dictée par dieu et par des considérations morales qui seraient au-dessus des buts terrestres.

Il a existé des croyances religieuses qui n’ont pas été créées ou soutenues par un Etat. Par contre, il n’a pas existé durablement d’institution religieuse, influente dans une large société, qui n’entretienne des relations étroites avec l’Etat.

L’exemple typique est celui des religions égyptiennes, multiples quand elles dépendaient des villes et des classes aisées de chacune d’elles et qui est devenue unique sous le règne de Pharaon, le roi-dieu.

Certains Etats se sont passés d’une religion d’Etat. C’est le cas, par exemple, de la Grèce des villes libres antique, mais, dès que l’Etat s’est mis en place, il a davantage réglementé les choses, interdit les libertés de croyance et commencé à développer sa police politique comme idéologique. La multiplicité des dieux a fait place à un panthéon des dieux, c’es-à-dire à une hiérarchisation de ceux-ci. Et surtout, aucune religion dominante n’a existé sans être imposée par des institutions de type étatique.

Même le bouddhisme lamaïque tibétain est lié à la mise en place d’un roi du Tibet qui était Dalaï-lama, c’est-à-dire chef religieux. Et les lamasseries n’étaient pas seulement des centres religieux mais une forme d’organisation de la société civile, avec des lamas-artisans et des lamas-marchands.

Les liens des religions avec le pouvoir, politique et social, civil s’est toujours confirmé, que ce soit avec les pouvoirs esclavagistes, coloniaux, impérialistes. Dans aucun de ces cas, on n’a vu les religions s’opposer aux buts fondamentaux des classes exploiteuses et oppresseuses, ni des Etats qui défendaient leurs intérêts fondamentaux.

L’homme préhistorique n’avait pas encore inventé la religion

La société sans Etat

Ni religion ni Etat dans la civilisation de l’Indus

Sur la société sans classe, sans propriété privée et sans Etat

La dissolution de la société communiste primitive

Non ! Les Pharaons n’ont pas donné naissance à la civilisation en Egypte...

La civilisation chinoise n’a pas été créée par l’Etat, par le pouvoir central, le royaume ni l’empire

Des classes sociales, des rois et des dieux

La base des premières croyances, n’est pas un dieu ou des dieux mais la peur des fantômes ou des morts (les revenants)

Démythifier la sorcellerie

La société des castes en débat

A l’origine de l’Ancien Testament… la lutte des classes !

Aux origines du judaïsme

La Bible a copié les sumériens et les babyloniens…

Etat, classes dirigeantes et religion dans la Grèce, à l’époque de Socrate

Origines du christianisme

Croisades chrétiennes et intérêts des classes possédantes et des Etats

Origines du protestantisme

La guerre entre christianisme et protestantisme, un épisode de la lutte des classes

L’Eglise catholique a été l’un des plus fermes soutiens de l’esclavage

Religion et guerre des paysans en Allemagne

Etat, classes possédantes et religion, ligués contre les femmes

L’alliance historique entre l’Etat français et l’Eglise catholique

Etat et religion, dans la « laïcité française »

Dialogue sur la religion et les religions

D’où viennent les religions, quelle place tiennent-elles dans l’imaginaire des hommes et quel rôle social jouent-elles ?

On n’en finira donc jamais avec l’opium du peuple ?

1 Message

  • L’Ancien Testament enseigne le respect de la volonté de dieu qui s’exprime en particulier par les catastrophes qui se produisent durant la vie terrestre, dieu y punissant les hommes pour leurs péchers !

    Le judaïsme a prospéré sous de nombreuses monarchies et avec leur appui depuis le roi Saül jusqu’au roi Sédécias (voir Livres des Rois I et II) et n’a jamais proposé de les renverser bien que de multiples mouvements révolutionnaires (parfois victorieux) des Juifs contre leurs monarchies aient eu lieu.

    C’est le judaïsme qui, en suivant des croyances mésopotamiennes, a créé l’idée que le roi n’est responsable que vis-à-vis de dieu lui-même.

    Suivant l’Ancien Testament, Paul enseignait aux chrétiens à « être soumis aux magistrats et aux autorités » (Tite 3 :1).

    « Que toute personne soit soumise aux autorités supérieures ; car il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu, et les autorités qui existent ont été instituées de Dieu. C’est pourquoi celui qui s’oppose à l’autorité résiste à l’ordre que Dieu a établi, et ceux qui résistent attireront une condamnation sur eux-mêmes » (Romains 13 :1-2).

    Paul enseignait : « Celui qui s’oppose à l’autorité résiste à l’ordre que Dieu a établi. »

    Dans Daniel 4 :17, « Que le Très-Haut domine sur le règne des hommes, qu’il le donne à qui il lui plaît, et qu’il y élève le plus vil des hommes. »

    « Les hommes méprisent l’autorité. Audacieux et arrogants, ils ne craignent pas d’injurier les gloires, tandis que les anges, supérieurs en force et en puissance, ne portent pas contre elles de jugement injurieux devant le Seigneur » (2 Pierre 2 :10-11).

    « Si les rois et pour tous ceux qui sont élevés en dignité […] c’est que cela est bon et agréable devant Dieu notre Sauveur » (1 Timothée 2 :1-3).

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