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Affaire Benalla : ce qu’elle cache est pire que ce qu’elle montre…

mardi 31 juillet 2018, par Robert Paris


LA VOIX DES TRAVAILLEURS

« Travailleurs de tous les pays unissez-vous »

Karl Marx


édito

Affaire Benalla : ce qu’elle cache est pire que ce qu’elle montre…

L’affaire Benalla est d’autant plus ténébreuse qu’elle est là pour en cacher bien d’autres, toutes celles dans lesquelles les forces de l’ordre en titre, sans usurpation de brassard, ont commis des exactions, des violences et même des viols et des crimes. Il est remarquable, par exemple, que le tabassage de ce couple par Benalla fasse infiniment plus de bruit que des interventions policières qui se sont terminées par mort d’hommes et dans lesquelles on n’a jamais vu d’audition publique des policiers concernés ni des autorités responsables des forces de l’ordre, ni demandées, ni obtenues ! Les familles des victimes doivent bien grincer des dents de voir que des crimes policiers parfois filmés eux aussi n’aient pas autant indigné que cette affaire où il s’agit d’un homme des services de sécurité qui n’était ni policier ni militaire. On n’a pas fait autant de bruit quand Adama Traore a été éliminé !!! Et ce n’est qu’un exemple…

Ceci ne signifie nullement une justification des violences commises par Benalla mais une réprobation de la prétention à ne condamner que la prétendue usurpation du « rôle des forces de l’ordre » par Benalla, comme si sa nomination dans les services de sécurité de l’Elysée n’en faisait pas officiellement une espèce de policier. Il est bien trop facile de faire de son acte violent une action individuelle, alors que plusieurs policiers y sont impliqués ou responsables.

Il est également remarquable que l’intérêt porté sur la seule action de Benalla occulte les deux charges de police contre des manifestants au départ pacifiques qui ne faisaient que se rassembler pour le premier mai. En effet, si l’on a pu voir des milliers de fois les mêmes extraits de films montrant Benalla, on s’est bien gardé de nous montrer les détails des violences des charges de police et leurs motivations.

On se retrouve donc devant des commentateurs, anti Benalla ou pro Benalla, qui tous clament ne discuter que du fait que celui-ci ait prétendu agir comme policier, alors qu’il n’est « que » dans le service de sécurité de l’Elysée. S’il avait droit à un brassard de police, alors ses violences contre le couple auraient été justifiées ?

En tout cas, personne, ni au gouvernement, ni au parti présidentiel, ni dans l’opposition, personne dans les média non plus, ne remet en question les deux charges policières, leur nécessité ni leur violence, comme si ce n’était pas là que tout a commencé, et pas là ce qui a justifié l’indignation et l’intervention du couple réprouvant les violences de policiers, eux parfaitement en service commandé. N’ayant pas à dénoncer la police, l’extrême droite, la droite et la gauche peuvent s’unir pour ne dénoncer que l’usurpation du rôle prétendument normal attribué en monopole à la seule police, comme si celle-ci était au service des citoyens, alors qu’elle charge violemment ceux-ci manifestant un premier mai !!!

Cependant, la violence de Benalla ne dépasse nullement bien des interventions des forces de police officielles qui n’ont pas eu l’honneur d’une telle entente de l’extrême droite, de la droite et de la gauche. En se polarisant particulièrement sur l’usurpation du rôle officiel des forces de l’ordre, toutes ces oppositions politiques peuvent ainsi affirmer que l’essentiel de ce qui est à dénoncer le caractériserait que la présidence de Macron et pas l’accroissement de la violence répressive des classes dirigeantes, y compris par la droite et la gauche bien avant Macron. Il s’agit de violences contre des manifestants comme les travailleurs ou les jeunes en lutte, comme les manifestant environnementalistes mais aussi contre les jeunes de banlieues, eux aussi révoltés par des interventions policières musclées et parfois meurtrières, et également contre les migrants ou les Roms… On voit bien que présenter les violences comme une exception qui concernerait le seul cas Benalla est une véritable arnaque.

Que la droite et l’extrême droite, ainsi que le parti socialiste veuillent occulter la violence des répressions policières n’est pas étonnant car ils ont gouverné ces dernières années et c’est eux qui ont enclenché cette dérive de plus en plus violente de la répression policière, mais on constate que le parti de gauche, les insoumis et le PCF se livrent à la même tromperie politique ! Et cette tromperie ne consiste pas seulement à présenter Benalla ou Macron comme des cas exceptionnels mais aussi à blanchir les forces de l’ordre officielles, les présentant comme des fonctionnaires exerçant dans l’intérêt de l’ensemble de la population, au même titre que des postiers, des infirmières ou des enseignants !!!

L’utilisation des forces de l’ordre de manière violente par le pouvoir n’a rien de particulier à Macron. La gauche de Hollande-Valls et la droite de Sarkozy-Guéant n’ont pas fait mieux et la gauche des insoumis au PCF en passant par le parti de gauche, en l’occultant aujourd’hui par leur entente ne font encore pas mieux ! L’Etat n’a pas besoin de Macron pour être au service exclusif des classes possédantes, même si l’opposition tente de présenter l’actuel président comme une exception : le monarque, l’attitude royale, l’usurpation de tous les pouvoirs dits démocratiques, la création de forces spéciales présidentielles, le président des riches. Comme si ses prédécesseurs étaient des présidents de tous les citoyens !!!

Que la gauche réformiste tout entière se retrouve ainsi unie à la droite et à l’extrême droite pour dire cela en dit long ! Cette prétention selon laquelle l’appareil d’Etat de la bourgeoisie aurait pour vocation la défense de la démocratie, prétendument républicaine, de défendre tous les citoyens, c’est la principale arnaque politique à la fois de la gauche, de la droite et de l’extrême droite. En fait, c’est la tromperie politique la plus importante des classes possédantes. Le piège le plus déterminant pour les classes laborieuses et qui les empêche d’y voir clair pour se libérer ! Et sur ce mensonge politique d’envergure, les forces d’opposition sont du même bord que Macron ! Même, sur ce thème, le mouvement syndical et associatif ne se dissocie pas des gens-là : il affirme que l’Etat dit démocratique est au service de toute la population et que ce serait tel ou tel président ou gouvernement qui le détournerait de ce rôle démocratique ! Un mensonge énorme mais qui est passé dans les croyances de l’essentiel de la population.

Mais l’Histoire démontre tout le contraire : l’Etat de Pétain était le même que celui du front populaire, l’Etat de Hitler le même que celui de la démocratie de Weimar.

Les guerres contre les peuples dans le monde entier sont menées aussi bien par Macron que par Hollande et Sarkozy, avec exactement les mêmes méthodes et les mêmes buts, ainsi que les mêmes résultats : les dictatures se portent mieux que jamais, le terrorisme aussi, la misère et les destructions sont au plus haut niveau, etc. C’est le résultat des interventions armées du fameux « Etat démocratique français » !!! Les peuples bombardés de Libye, de Syrie, du Mali, du Niger et d’ailleurs doivent-elles dire merci ? Et, là, ce n’est ni Macron ni Benalla qui se distinguent dans ces interventions violentes extérieures de l’Etat français !!! Eh bien, ils ne se sont pas non plus distingués dans la « guerre intérieure » comme l’appelaient Hollande et Valls au gouvernement.

Bien sûr, on peut incriminer aussi les exécutants, qu’il s’agisse de policiers, de militaires ou d’autres comme tous les Benalla, mais il convient d’abord d’incriminer leurs donneurs d’ordre, y compris ceux qui commandent aux gouvernants, c’est-à-dire les classes possédantes. Car, si les forces armées et policières, celles de la guerre extérieure et de la guerre intérieure, sont plus violents que jamais, ce n’est pas dû aux particularités du locataire de l’Elysée mais aux particularités de la situation du capitalisme mondial et aux besoins qui en découlent pour les classes possédantes, une question qu’aucune force politicienne ne veut ni expliquer ni montrer.

Les partis réformistes comme les syndicats réformistes, s’ils se disent de gauche, du côté des travailleurs et des milieux populaires, contrairement à Macron qui se dit ouvertement du côté des capitalistes, se sont toujours bien gardés de développer une argumentation et une politique de classe, celle de la classe exploitée contre la classe exploiteuse, que ce soit à propos des violences policières, des guerres de classes dans le monde comme à l’intérieur. Aucun d’entre eux n’a pris ouvertement parti contre la guerre menée contre les jeunes de banlieue, dans la guerre menée contre les migrants ou les Roms, dans la guerre menée contre les peuples libyen, malien, rwandais, centrafricain, kosovar ou syrien. Dans tous ces cas, on ne les a pas vus réclamer des commissions d’enquête, des auditions des responsables, comme dans l’affaire Benalla, alors que les faits étaient bien plus graves.

Et surtout, là où leur propagande purement centrée sur la personnalité de Macron désarme toute lutte consciente des exploités, c’est qu’ils n’expliquent nullement les attaques actuelles par une explication des intérêts actuels des classes possédantes, ce qui nécessiterait de montrer qu’il n’y a plus de bonne réforme possible pour un capitalisme à l’agonie, et cela montrerait que toute leur perspective politique et sociale ne mène que dans le mur !

Si les classes possédantes aiguisent les couteaux, ce n’est pas qu’en France mais partout dans le monde et la raison n’en est pas davantage de la personnalité de Macron que de celle de Merkel, pas plus de celle de Trump que de celle de May, pas plus de celle de Modi que de celle de Erdogan ou Poutine. Partout, la répression gagne en violence. Partout, le caractère plus dictatorial du pouvoir provient de l’intérêt des classes possédantes de casser la révolte des masses face à une société qui offre de moins en moins d’espoirs aux exploités.

Avec la crise historique de l’accumulation du capital des années 2000, cette dérive vers les guerres, les terrorismes, les migrations forcées de peuples entiers, les dictatures, les répressions se sont multipliées. Les gouvernants opposent partout les peuples, les ethnies, les races, les religions, les groupes sociaux, les couleurs de peau, les sexes, et ils le font de plus en plus violemment, radicalisant leurs forces de répression dans toutes ces interventions violentes. Même dans les pays riches, longtemps très calmes politiquement et socialement, que l’on appelle à tort des démocraties alors que le vrai pouvoir appartient à 0,01% de la population, la violence répressive devient indispensable aux classes possédantes. C’est dire que le capitalisme est très menacé puisqu’il doit se défendre de plus en plus violemment.

N’en déduisons pas simplement que les gouvernants sont de plus en plus méchants mais qu’ils sont de plus en plus faibles. Au lieu de nous plaindre avec les réformistes pleurnichards, préparons-nous, en développant notre conscience et notre organisation de classe, aux combats à venir…

3 Messages de forum

  • Dans l’affaire Benalla, Mélenchon défend.. les CRS !!!

    Mélenchon a annoncé au Monde que la raison centrale de la crise était une perte de confiance dans la police vis-à-vis le chef de l’Etat. Il a dit, « Une crise politique est ouverte. L’Assemblée est paralysée. La hiérarchie de la police aussi, parce que trois mises à pied ont bousculé une règle aussi vieille que la haute fonction publique d’État : les fonctionnaires servent et obéissent, mais c’est le politique qui endosse les responsabilités. »

    Mélenchon a ajouté plus spécifiquement que le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, avait perdu la confiance des forces de l’ordre, dont il est le chef hiérarchique : « Le ministre de l’Intérieur est déjà disqualifié. Il a menti et beaucoup ! Plus aucun policier ne peut croire en sa parole. Bien sûr qu’il va démissionner et il ne sera pas le seul. »

    La défense de la police agite tous les partis politiques officiels. Sur Twitter, le député RN du Nord Sébastien Chenu a pesté, disant que la vidéo « portait atteinte à l’image des forces de l’ordre », alors que le député LR des Alpes-Maritimes Eric Ciotti déclarait : « La justice doit se saisir de toute urgence de cette affaire qui abîme l’État de droit. » Le secrétaire du PS, Olivier Faure s’est plaint que l’affaire portait atteinte à l’image d’une « République exemplaire » que véhiculerait Macron.

    Mélenchon nage avec ce courant dans les milieux dirigeants qui s’empressent de « comprendre » la colère qui agite les corps de police. Interrogé par Le Monde sur ses critiques occasionnelles de la presse, Mélenchon a répondu que la presse est « un système qui nous est en général hostile, sauf en ce moment, mais c’est une exception (rires). »

    Les conseillers de Mélenchon en matière de sécurité – tels l’ex-officier Djordje Kuzmanovic et Alexandre Langlois, le membre des Renseignements généraux qui dirige la CGT-Police – sont des parties intégrantes de l’appareil répressif dirigé par l’État contre les travailleurs.

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  • Une seule question après ces violences policières : que reprochait-on à Benalla ? De cogner des manifestants ou de le faire à la place des répresseurs en titre ?!!!

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  • Un ancien garde du corps d’Emmanuel Macron, Kader Rahmouni (qui était d’ailleurs aux côtés d’Alexandre Benalla sur le site de l’usine Wirlpool ou lors du passage du candidat à la présidentielle à Albi), travaille désormais à APS Sud. Or, cette entreprise de sécurité a facturé une somme importante, 260 000 euros, à l’université Paul Valéry de Montpellier pour des services fournis au printemps dernier majoritairement, et à la rentrée. Elle est intervenue dans un contexte de forte tension sociale puisque sa première prestation a eu lieu mi-avril, alors qu’un groupe de manifestants opposés à la loi relative à l’orientation et à la réussite des étudiants (loi ORE) venait d’attaquer la salle des serveurs de l’université pour empêcher la tenue des examens en ligne. Le but était alors de multiplier les postes d’agents de sécurité présents sur le campus en grève.

    Gala rapporte tous les scandales de cette nouvelle affaire de Macron, le cogneur !!!

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