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L’homme de Néandertal, d’après Ian Tattersall

mercredi 30 mai 2018, par Robert Paris

Néandertal (Homo neanderthalensis) et Cromagnon (Homo sapiens)

L’homme de Néandertal, d’après Ian Tattersall

Remarque : bien que Ian Tattersall soit parfois inutilement très affirmatif (il écrit alors qu’ « il est indiscutable » et que « seuls quelques anthropologues farfelus le contestent », plutôt que de développer la discussion !), sans la moindre preuve, comme en ce qui concerne l’absence de grande créativité des Néandertaliens, l’absence de langage (la forme du crâne n’est pas très… parlante !) et la prétendue impossibilité de croisement entre Sapiens et Néandertalien et le prétendu caractère « d’une thèse gradualiste et linéaire de l’évolution » de toute idée de croisement (il reconnaît lui-même ne disposer d’aucune preuve d’absence d’interfécondité, se fonde seulement sur le fait qu’il y aurait eu peu de contacts Sapiens-Néandertaliens, ce qui n’est même pas prouvé), ses écrits sont très intéressants et nous citons quelques passages remarquables.

« Petit traité de l’Evolution » de Ian Tattersall :

« L’énigme des Néandertaliens

« Néandertal. Peu de mots aussi évocateurs. Mais combien d’entre nous peuvent-ils dire avec précision ce que recouvre ce mot magique ? (…) Les mieux connus des anciens habitants de l’Europe, les Néandertaliens, sont des hominidés bien distincts des hominidés de Gran Dolina présents en Europe il y a 300 000 ans, mais dont le cerveau a le même volume que le nôtre. Cette espèces éteinte, baptisée Homo neanderthalensis, était très répandue en Europe et avait atteint, à l’est, les monts Altaï (dans le nord du Caucase) au cours d’une période comprise entre – 200 000 et – 27 000 ans. (…) Un hominidé ancestral a colonisé l’Europe il y a environ 500 000 ans et, dans cet environnement où aucun Homo n’était encore présent, il a fini par se scinder en diverses espèces, qui sont entrées en compétition les unes avec les autres. Il faut savoir que cette époque, marquée par des périodes glaciaires tous les 100 000 ans, présentait les conditions idéales pour l’apparition de nouvelles espèces. Comme l’habitat changeait régulièrement au gré des modifications climatiques, les populations humaines ont dû être périodiquement fragmentées et recombinées par l’effet de facteurs échappant totalement à leur contrôle… Dans la lutte écologique qui s’en est suivie entre les nouvelles espèces d’hominidés installées sur le continent européen, il semblerait que l’une d’elles, Homo neanderthalensis, l’ait finalement emporté sur les autres.

Mais rien n’étant éternel, on le sait, les Néandertaliens se sont trouvés à leur tour engagés dans une bataille écologique pour leur survie contre notre propre espèce, Homo sapiens, laquelle s’était développée quelque part hors d’Europe et avait commencé à se répandre sur leurs territoires il y a environ 40 000 ans. Ces envahisseurs bénéficiaient d’une anatomie moderne, ainsi que de toute la panoplie des comportements qui rendent notre espèce si remarquable…

Qui étaient donc les Néandertaliens ?

Identifier l’espèce à laquelle appartiennent les hominidés fossiles est souvent difficile… C’est particulièrement vrai quand les fossiles disponibles sont épars et fragmentaires, ce qui est trop souvent le cas. Cependant, avec les Néandertaliens, ce genre de problème ne se pose pas : en dépit des nombreuses proclamations contraires, il ne fait aucun doute que ces hominidés constituaient une espèce distincte…

Entre autres traits caractéristiques des Néandertaliens, leur gros cerveau, voisin du nôtre, est logé dans un crâne allongé et comparativement plus étroit, bombé sur les côtés. L’arcade sourcilière se distingue par ses deux épais bourrelets osseux qui forment une arche double au-dessus des orbites. La face se projette en avant d’une manière marquée mais, vue d’en haut, elle forme un coin, avec une zone nasale forte et proéminente (contenant certaines structures uniques) et des maxillaires qui se détachent de façon spectaculaire. L’arrière du crâne présente une protubérance, avec une curieuse petite dépression au milieu. Toutes ces caractéristiques, et bien d’autres, distinguent les Néandertaliens des humains modernes, dont le crâne est moins allongé, non bombé sur les côtés, arrondi sur sa face postérieure, avec un visage plus réduit dans le prolongement direct de la boîte crânienne. Notre front est vertical et notre arcade sourcilière, quand elle est marquée, est divisée en une section médiale et une section latérale. Bref, du point de vue anatomique, les Néandertaliens sont nettement différents de nous et, ce qui est tout aussi important, nettement différents de tous les autres hominidés connus, même s’ils partagent certains traits avec leurs cousins d’Europe…

Les techniques des Néandertaliens

Les premiers hominidés trouvés en Europe ne maîtrisaient qu’une technique assez primitive du travail de la pierre : le plus ancien outillage lithique découvert sur le sol européen n’est guère plus impressionnant que celui de leurs lointains précurseurs sur le sol africain deux millions d’années plus tôt. Mais voilà qu’entre – 300 000 et – 200 000 ans, les archives paléontologiques européennes révèlent une innovation majeure, peut-être importée : on voit apparaître un outil dont la fabrication exige une préparation préalable de la pierre… Si ce nouvel outillage (outils fabriqués à partir d’une pierre préalablement préparée) n’était pas une invention des Néandertaliens, il est rapidement devenu leur signe distinctif dans le cadre de la culture du Moustérien (du nom du site de Moustier, un abri sous roche situé en Dordogne).

Ce nouveau type d’outil a représenté un véritable bond en avant dans la technique mais aussi dans les capacités cognitives. Alors que les fabricants d’outils oldowayens cherchaient seulement à obtenir des éclats de pierre pointus sans se soucier de leur forme, que ceux de l’Acheuléen martelaient patiemment leur pierre jusqu’à ce que la forme désirée apparaisse, le technicien du Moustérien exécutait sur une pierre (dite « nucleus ») un travail préparatoire pour lui donner une forme déterminée, de sorte qu’il suffisait ensuite d’un seul coup de percuteur pour que s’en détache une lamelle de la taille et de la forme voulue. C’est la technique dite « Levallois », du nom de la banlieue parisienne où les premiers outils de ce type ont été découverts au XIXe siècle…

L’analyse des traces d’usure sur les outils trouvés sur les sites moustériens laisse supposer qu’ils étaient utilisés, entre autres, pour gratter les peaux et façonner le bois. Le bois constituait probablement une importante ressource pour les Néandertaliens mais, malheureusement, il est très rare qu’il se conserve pendant des millénaires. Néanmoins, une récente et sensationnelle découverte sur le site allemand de Schöningen, datant de – 400 000 ans (donc pré-néandertalien), révèle le type de travail du bois qu’ont pu connaître les Néandertaliens. Des lames de bois miraculeusement préservées ont été retrouvées ; certaines peuvent atteindre 1,8 mètre, avec une pointe soigneusement durcie à la flamme. Le centre de gravité est situé à l’avant, comme dans le javelot moderne. Il s’agissait donc d’armes destinées à être lancées, et non à donner des coups, ce qui implique que leurs fabricants pratiquaient déjà une forme de chasse assez savante, bien plus complexe en tout cas que nous ne l’aurions supposé pour une période aussi reculée.

La période située autour de – 400 000 ans révèle d’autres nouveautés. On pense que, vers cette époque, le site de Terra Amata, près de Nice, a vu s’ériger des huttes, lesquelles auraient même abrité des foyers pour le feu…

Le mode de vie des Néandertaliens

On a beaucoup débattu sur les talents de chasseurs des Néandertaliens. Même s’il semble établi que les techniques de chasse sophistiquées maîtrisées par Homo sapiens lui appartiennent en propre, cela ne signifie pas que toutes les espèces antérieures d’hominidés se signalent par leur balourdise dans ce domaine. Les données relatives à l’outillage moustérien montrent que les activités économiques des Néandertaliens variaient en fonction du temps et de la géographie, ce qui est exactement ce à quoi l’on peut s’attendre dans une période de fortes variations du climat. Puisqu’ils vivaient sur une aire géographique très vaste et d’une topographie très diverse – allant du Levant, au sud, jusqu’au pays de Galles, au nord, et de l’Altaï, à l’est, jusqu’à la côte Atlantique, à l’ouest -, il n’est guère surprenant qu’il soit difficile d’identifier un mode de vie « typiquement » néandertalien…

Prenons le cas d’un site italien qui a abrité des Néandertaliens à deux reprises, une première fois il y a 120 000 ans, une seconde il y a 50 000 ans : les archéologues considèrent que, vraisemblablement, ceux de la première période étaient des charognards et ceux de la seconde des chasseurs...

La mort chez les Néandertaliens

Si nous savons tant de choses sur les Néandertaliens, c’est en partie grâce au fait qu’ils enterraient parfois leurs morts… Ce que l’inhumation signifiait pour les Néandertaliens est une autre affaire. A nos yeux, ce rituel – presque universel chez les humains modernes, sous une forme ou une autre – est chargé de connotations douloureuses, d’un sentiment de perte, et il est très souvent associé à l’idée que la mort est le passage vers une autre vie… Mais il ne s’ensuit pas forcément que l’inhumation ait toujours relevé de ce type d’affect. N’oublions pas que les Néandertaliens trouvaient souvent un abri dans des cavernes qui étaient également appréciées par les animaux carnivores et les charognards : l’inhumation des morts était peut-être une manière de décourager leurs incursions. A moins que cela n’ait été qu’un moyen très pragmatique d’évacuer d’un tel lieu de vie précieux des cadavres dont la décomposition était pénible. Ou peut-être encore l’opération avait-elle à voir avec d’obscures émotions, avec une certaine douleur de la perte. Aucune de ces motivations n’est nécessairement liée à ce que nous appelons « spiritualité ».

L’une des raisons pour supposer que la dimension spirituelle était absente tient à la nature même de ces sépultures. Les premiers humains modernes, presque partout sur la planète, enterraient avec le cadavre des objets symboliques décorés ou de simples objets de la vie quotidienne dont ils pensaient qu’ils seraient utiles au défunt dans une autre vie. Aucune sépulture néandertalienne ne contient rien de semblable : les outils de pierre taillée ou les fragments d’os qu’on y découvre à l’occasion se trouvaient probablement sur le sol de la caverne et ont été enfouis avec le cadavre accidentellement…

Les hommes de Cro-Magnon

Résumons-nous : les Néandertaliens sont un groupe d’humains primitifs à gros cerveau qui a connu une réussite manifeste et dont le mode de vie et les techniques étaient au moins aussi sophistiquées que ceux des espèces antérieures. On peut même dire qu’à bien des égards ces hominidés étaient dignes d’admiration, et qu’ils ont traversé sans difficulté apparente des époques au climat très rude. Pourtant, quel contraste avec l’Homo sapiens, l’envahisseur le plus connu sous le nom de Cro-Magnon, quand il vient brutalement leur disputer le sol européen, il y a environ 40 000 ans ! (…) Autant que nous puissions en juger, le symbolique ne semble pas avoir été une constante dans la vie des Néandertaliens. Les hommes de Cro-Magnon, à l’inverse, baignaient en permanence dans le symbolique. (…) A la différence de tous les hominidés antérieurs connus, les hommes de Cro-Magnon, il y a 30 000 ans, réalisaient de merveilleuses sculptures, révélant d’étonnantes capacités d’observation de la nature et l’art d’en styliser la représentation – ces talents se retrouvent dans les spectaculaires peintures multicolores dont ils couvraient les murs de certaines cavernes. (…) Sur le plan des techniques, alors que les Néandertaliens en étaient restés aux outils en pierre taillée (tout en ayant recours, pour les fabriquer, à des percuteurs en os ou en bois de cervidé), les hommes de Cro-Magnon appréciaient les matériaux moins durs, dont ils maîtrisaient les propriétés. Très vite, ils ont commencé à fabriquer des aiguilles en os, ouvrant ainsi la voie à la couture, et ils ont même inventé la terre cuite. (….)

Tels étaient donc les étrangers que les Néandertaliens ont vu arriver sur leurs territoires il y a environ 40 000 ans, ou un peu moins. Le choc dut être grand !

Les derniers Néandertaliens

À en juger par la fréquence des fossiles connus, la période qui conduit jusqu’à la partie la plus froide de la dernière glaciation a réussi aux Néandertaliens : les fossiles datés entre - 50 000 et - 40 000 ans sont plus nombreux que ceux d’aucune autre période (mais il se peut que cela tienne en partie à la technique de datation au carbone 14, qui atteint les limites de sa portée juste avant que les Néandertaliens ne commencent à disparaître). Néanmoins, il ne fait guère de doute que la période comprise entre - 50 000 et - 40 000 ans a été l’âge d’or des Néandertaliens « classiques » d’Europe de l’Ouest, en dépit du grand froid qui régnait dans la région. Rétrospectivement, pourtant, ces 10 000 ans n’auront connu que le calme avant la tempête. Les premiers fossiles attribuables au Paléolithique supérieur, que ce soit en Europe occidentale ou orientale (Espagne et Bulgarie, respectivement), datent d’environ 40 000 ans (mais les spécimens aussi anciens sont rares), et nous n’avons aucune idée claire de l’endroit d’où venaient les envahisseurs : sont-ils d’abord arrivés par l’est, ou par le sud-ouest (Gibraltar), ou bien simultanément par les deux côtés, en un mouvement de tenailles ? S’il faut attendre environ - 35 000 ans pour que les sites d’hommes de Cro-Magnon deviennent assez communs en Europe, nous pouvons avancer qu’une fois installés les nouveaux venus se sont répandus comme un feu de forêt et que les aires néandertaliennes ont commencé à disparaître. Site après site, on observe que des millénaires d’occupation moustérienne (au moins sporadique) se vident brusquement au Paléolithique supérieur. Autour de 30 000 ans, les sites moustériens ne sont plus que des exceptions proches de l’extinction, et la plupart se trouvent confinés à de lointains repaires de la péninsule Ibérique. Les derniers fossiles néandertaliens connus ont été trouvés au Portugal, notamment dans les cavernes de bord de mer de Figueira Brava et de Salemas (datant d’il y a environ 28 000 ans), et dans une région désolée du sud de l’Espagne. Un site croate de même date a récemment été identifié. Il est possible qu’un petit groupe de Néandertaliens ait été encore présent il y a environ 27 000 ans dans la caverne de Zafarraya en Andalousie (sans que l’on y trouve le moindre indice d’échanges culturels ou biologiques avec l’homme de Cro-Magnon). Mais, après cette date, les Néandertaliens disparaissent, que ce soit dans le fracas ou à petit bruit, pour toujours. Les paléoanthropologues sont globalement des esprits libéraux et chaleureux qui n’aiment pas trop s’attarder sur les aspects les plus noirs de notre espèce. Et, de fait, il est certainement beaucoup plus agréable d’imputer à un raz de marée génétique la disparition, dans les archives paléontologiques, de la morphologie propre aux Néandertaliens que d’envisager d’autres hypothèses. Fâcheusement, ce sont précisément ces dernières qu’il faut affronter puisque nous n’avons aucune preuve d’une transition biologique entre Néandertaliens et hommes modernes, et qu’il est très improbable qu’elle ait eu lieu. Quelles sont donc les autres pistes ? La moins désobligeante pour notre espèce est la suivante : Homo sapiens savait tout simplement exploiter son environnement avec bien plus d’efficacité que Homo neanderthalensis et, progressivement, sans intention préconçue, il a chassé ce dernier de la scène, l’opération n’impliquant qu’un minimum d’interaction entre les deux espèces. Au fond, c’est déjà probablement de cette façon que les Néandertaliens avaient évincé ceux qui occupaient le sol européen avant eux. Néanmoins, dans ce déroulement de la disparition des Néandertaliens si riche en points d’interrogation, il y a malheureusement une chose que nous ne connaissons que trop bien, c’est l’épouvantable dossier de l’histoire d’Homo sapiens. Les êtres humains se signalent par leur extrême mobilité, et des groupes d’envahisseurs ont manifesté de façon quasi permanente un comportement abominable à l’égard d’autres populations humaines (pour ne rien dire d’autres espèces) : il suffit de penser à l’effroyable sauvagerie des Vikings et des Mongols, ou encore des croisés lors du sac de Jérusalem. Souvent, ces excès sont justifiés par la négation de toute « humanité » chez les populations attaquées, et l’argument devait être encore plus facile à avancer face à des Néandertaliens. Les hommes de Cro-Magnon étaient admirables à plus d’un titre, comme le sont presque tous les Homo sapiens. Mais ne nous laissons pas induire en erreur par l’art éthéré déployé à Altamira, Lascaux ou dans la grotte Chauvet, qui nous conduirait à penser que les hommes de Cro-Magnon étaient incapables de plonger dans les mêmes abîmes de sauvagerie que l’homme des temps modernes (récemment encore au Rwanda et en Bosnie).

Quelle réaction les Néandertaliens ont-ils opposée à ce nouveau phénomène humain ? Nous n’en avons pas la moindre idée. Peut-être ont-ils vaillamment défendu leurs territoires. Mais, au bout du compte, ils n’avaient aucune chance face aux talents et à l’astuce des envahisseurs, armés de leurs capacités linguistiques et de leurs compétences dans le maniement des symboles. L’Europe est vaste, riche en recoins obscurs, en environnements divers, en fissures topographiques. Or le remplacement des Néandertaliens ne s’est pas étalé sur un temps démesurément long ; à lui seul, ce fait implique que la confrontation a été directe plutôt qu’indirecte entre les deux espèces d’hominidés, dont aucune n’était numériquement importante. L’hypothèse, toute simple, est qu’Homo sapiens était intrinsèquement incapable de tolérer (et le montrait avec une sauvagerie non moins intrinsèque) la moindre concurrence de la part de l’espèce cousine ; nos plus proches cousins après les Néandertaliens, les grands singes, en font encore aujourd’hui la triste expérience. »

« L’émergence de l’homme » de Ian Tattersall :

« L’Europe n’a été, jusqu’à – 40 000, habitée que par les Néandertaliens : il s’agissait d’un groupe bien distinct, et actuellement éteint, d’être humains qui appartenaient à l’espèce Homo neanderthalensis. Les Néandertaliens étaient des êtres complexes, et ils ont exploité avec talent le milieu dans lequel ils vivaient : ils étaient fort éloignés de l’image de brute que des générations de dessinateurs humoristiques leur ont attribuée. Mais ils n’ont laissé aucune trace probante de cette étincelle de créativité, de cette capacité d’innovation qui est la marque si évidente de notre propre espèce ; et ils ont été rapidement évincés par les premiers Homo sapiens européens, qui arrivèrent à cette époque, pleinement dotés de comportements modernes…

Les premiers fossiles humains bien attestés en Europe sont attribuables – indiscutablement selon moi – à une espèce complètement distincte dont la dénomination correcte est probablement Homo heidelbergensis. Les chercheurs espagnols pensent que cette espèce se situe entre Homo antecessor (qui serait l’ancêtre commun à sapiens et neanderthalensis) et les Néandertaliens…

C’est avec Homo heidelbergensis que les traits anatomiques permettant éventuellement le langage humain font leur première entrée en scène… S’il est vrai que le cerveau est la structure dans laquelle est élaboré le langage, la production de la parole dépend de structures particulières figurant dans la gorge, dont la présence imprime une conformation spéciale à la base du crâne…

Il n’est pas aisé de dater exactement le début de l’histoire des Néandertaliens, en grande partie parce que les archives fossiles sont un peu confuses. Certains paléontologues affirment que des fossiles humains magnifiquement bien conservés, datant de 300 000 ans, trouvés dans le « puits aux Ossements » des collines d’Atapuerca (au nord de l’Espagne), possèdent divers traits néandertaliens à l’état naissant… Tous les fossiles considérés comme des Néandertaliens plausibles sont nettement plus récents que les hominidés d’Atapuerca, les plus anciens étant représentés par les crânes fragmentaires du site allemand d’Ehringsdorf, datant probablement de plus de 200 000 ans. Les fossiles les plus nombreux dans la longue période de froid intense qui a inclus l’apogée de l’avant-dernière grande glaciation (entre – 180 000 et – 150 000) ; mais c’est seulement lors du dernier interglaciaire (vers – 120 000) que les archives commencent réellement à être consistantes. A dater de cette période, des centaines de sites en Europe et en Asie occidentale, de l’Atlantique à l’Ouzbékistan et du pays de Galles à la Méditerranée, ont apporté des preuves de leur occupation par des Néandertaliens, avant que cette espèce ne disparaisse finalement vers – 30 000.

La constitution physique des Néandertaliens était tout à fait frappante. Leur cerveau était aussi gros que le nôtre, mais d’une conformation différente. Bien qu’une récente étude ait conclu que le moulage endocrinien des Néandertaliens révèle d’importantes similitudes avec le nôtre dans l’organisation externe et l’asymétrie, leur cortex d’association frontal (où, on le sait, s’effectue une grande partie des processus de la « pensée ») était peu développé, à l’instar de celui des hominidés antérieurs, et contrairement au nôtre. Chez l’homme, la voûte crânienne est arrondie et monte haut ; chez les Néandertaliens, elle est longue et basse, reflétant une conformation du cerveau tout à fait particulière de cette espèce…

Il n’a pas existé d’environnement spécifique pour les Néandertaliens, lesquels ont fait preuve d’adaptabilité pour exploiter leurs différents habitats…

S’il est vrai que les outils accompagnant les tout premiers Néandertaliens ont été d’un type banal, la nouvelle technique, consistant à faire subir une soigneuse préparation au bloc de pierre dont on veut tirer des outils, préparation à la suite de quoi un seul coup de percuteur suffit habituellement à détacher un gros éclat) s’est rapidement répandue pour donner cette « industrie moustérienne » qui a été solidement (mais non exclusivement) associée aux Néandertaliens en Europe et en Asie occidentale, aires où l’on a trouvé leurs fossiles… Les outils moustériens sont magnifiques et représentent des variations sur de nombreux thèmes : l’une des plus anciennes classifications en avait reconnu quatre-vingts variantes… Leur capacité, jusqu’à un certain point du moins, d’un certain degré d’innovation locale, reflète un nouveau raffinement cognitif chez ces humains du paléolithique moyen…

Les spécialistes se divisent sur le point de savoir dans quelle mesure les Néandertaliens étaient de vrais chasseurs… On ne dispose pas encore de preuves solides, même indirectes, que les Néandertaliens se servaient des lances en les projetant à la façon des javelots… Dans un site italien, par exemple,… les restes des animaux laissent à penser que les Néandertaliens se sont livrés à la récupération sur des carcasses, plutôt qu’à la chasse…

La plupart des archéologues conviennent que les Néandertaliens chassaient au moins occasionnellement des mammifères de petite dimension, mais s’attaquaient rarement à du gibier plus gros… De toutes les façons, la chasse ne représentait pas l’activité économique essentielle des Néandertaliens qui ont toujours, à quelque époque que ce soit, tiré la plus grande partie de leur subsistance des plantes qu’ils cueillaient…

En comparaison avec ceux de leurs successeurs du paléolithique supérieur, les sites néandertaliens sont généralement assez simples et dépourvus de structures (suggérant une occupation par des groupes de petite dimension), mais il existe deux ou trois exceptions,… comme le site de Kebara en Israël… ou le site de Combe-Grenal, en Dordogne (France)…

L’une des grandes énigmes de l’évolution des hominidés est la suivante : tandis que l’arrivée en Europe de l’homme moderne a préludé à l’extinction tout à fait brutale des Néandertaliens, ces deux espèces d’homme se sont partagé la région du Levant pendant une longue période, depuis – 100 000 jusqu’à – 40 000 environ. On connaît, en Israël, des sites dans lesquels ont trouve des fossiles de ces deux types humains.

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