English German Espagnol Portugese Chinese Japanese Arab Rusian Italian Norvegian Dutch Hebrew Polish Turkish Hindi
Accueil du site > 06- Livre Six : POLITIQUE REVOLUTIONNAIRE > 0 - Le programme révolutionnaire > Le contrôle ouvrier

Le contrôle ouvrier

dimanche 25 mai 2008, par Robert Paris

Œuvres - août 1931 Léon Trotsky

Au sujet du contrôle ouvrier de la production

20 août 1931

Lettre aux camarades

En réponse à votre question, je veux esquisser ici quelques échan­ges de vues préliminaires, quelques considérations générales sur le contrôle ouvrier de la production.

La première question qui se pose est celle‑ci : peut‑on envisager le contrôle ouvrier de la production comme un régime stable, évidemment pas éternel, mais assez long ? Pour répondre à cette question, il faut définir plus clairement la nature de classe d’un tel régime. Les ouvriersont le contrôle. Cela signifie que la propriété et le droit de commande­ment restent aux mains des capitalistes. Ainsi, ce régime a un carac­tère contradictoire se caractérisant à sa manière comme un interrègne économique.

Le contrôle est nécessaire aux ouvriers non dans un but platonique,mais pour influencer pratiquement la production et les opérations com­merciales des entreprises. On ne peut y aboutir si le contrôle ne se transforme pas d’une façon ou d’une autre, dans telle ou telle limite, en une gestion directe. Ainsi, dans sa forme élargie, le contrôle ouvrier signifie une sorte de dualité du pouvoir à l’usine, dans les banques, dans les maisons de commerce, etc...

Pour être durable, résistante, « normale », la participation des ou­vriers à la direction de la production devrait être basée sur la collabo­ration de classe et non sur la lutte de classes. Mais une telle collabora­tion de classe n’est possible qu’entre les sommets des syndicats et les organisations capitalistes. De telles expériences furent nombreuses : en Allemagne (la démocratie économique), en Angleterre (le mon­disme), etc... Mais dans tous ces cas il s’agit non pas du contrôle ouvrier sur le capital, mais de la domestication de la bureaucratie ouvrière par le capital. Une telle domestication peut, comme le démontre l’expérience, durer assez longtemps : cela dépend de la patience du prolétariat.

Mais plus on est près de la production, de l’usine, de l’atelier, moins un tel régime est possible, car il s’agit là des intérêts immédiats et vitaux des ouvriers, et tout le processus se déroule sous les yeux mêmes des ouvriers. Le contrôle exercé par les comités d’usine n’est concevable que sur la base d’une lutte de classe, aigue, et non de la collaboration. Mais cela signifie qu’il y a dualité du pouvoir dans l’entreprise, dans le trust, dans toutes les branches de la production, dans toute l’économie.

Quel régime social correspond au contrôle ouvrier de la production ?

Il est clair que le pouvoir n’est pas encore aux mains du prolétariat : car dans ce cas nous aurions non pas le contrôle ouvrier sur la pro­duction, mais le contrôle de l’État ouvrier sur la production comme in­troduction au régime de la production étatique sur la base de la nationalisation. Nous ne parlons ici que du contrôle ouvrier sous le régime capitaliste et le pouvoir de la bourgeoisie. Or, la bourgeoisie, qui se sent bien en selle, ne permettra jamais la dualité du pouvoir dans ses entre­prises. Le contrôle ouvrier n’est donc réalisable qu’à la condition d’un changement brutal du rapport des forces au désavantage de la bourgeoisie et de son État. Le contrôle ne peut être imposé que par force à la bourgeoisie par le prolétariat, qui est en voie de lui arracher le pouvoir, et par là même la propriété des moyens de production. Ainsi, le régime du contrôle ouvrier est provisoire, transitoire, par son essence même, et ne pouvant que correspondre à la période de l’ébranlement de l’État bourgeois, de l’offensive du prolétariat, de la retraite de la bourgeoisie : c’est‑à‑dire à la période de la révolution prolétarienne comprise dans le sens le plus large du mot.

Si le bourgeois n’est plus le patron, c’est‑à‑dire n’est pas complètement le maître, dans son usine, il s’en suit qu’il ne l’est pas non plus dans son État.

Cela signifie qu’au régime de la dualité du pouvoir dans les entre­prises correspond le régime de la dualité de pouvoir dans l’État.

On ne doit pas cependant comprendre cette relation mécaniquement comme si la dualité du pouvoir à l’usine et dans l’État naissaient le même jour. Le régime de la dualité du pouvoir dans sa forme développée comme une des étapes possibles de la révolution prolétarienne dans chaque pays, peut se développer différemment dans chaque pays avec des éléments multiples et divers.

Ainsi, par exemple, dans certaines circonstances (une crise économique profonde, durable, une organisation solide des ouvriers dans les entreprises, une faiblesse relative du parti révolutionnaire, une force relative de l’État ayant en réserve un fascisme fort, etc.) le contrôle ouvrier de la production peut devancer considérablement la dualité du pouvoir politique dans le pays.

Dans les conditions que nous venons d’esquisser à grands traits, conditions particulièrement caractéristiques pour l’Allemagne, la dualité du pouvoir pour le pays peut prendre naissance précisément dans le contrôle ouvrier, comme une de ses sources principales. Il faut s’arrêter sur ce point, rien que pour rejeter le fétichisme de la forme soviétique que les épigones de l’I.C. ont mis en circulation. Selon l’opinion officielle qui a cours actuellement, la révolution prolétarienne ne peut s’accomplir uniquement qu’à l’aide de soviets, qui ne doivent être constituées que directement en vue de l’insurrection armée. Tout ce schéma ne vaut rien. Les soviets ne sont qu’une forme d’organisation et le problème se résout par le contenu de classe de la politique et non pas par sa forme. En Allemagne, il y eut les soviets d’Ebert‑Scheidemann. En Russie, les soviets conciliateurs attaquaient en juillet 1917 les ouvriers et les soldats. Par suite de cela, Lénine pensait un moment que nous réaliserions l’insurrection armée non pas en nous appuyant sur les soviets, mais sur les conseils d’usine... Ce calcul se trouva rejeté par le cours des événements, car nous eûmes le temps en deux mois et demi avant l’insurrection de conquérir les soviets les plus importants. Mais ce seul exemple démontre combien nous étions peu enclins à considérer les soviets comme une panacée. En automne 1923, en opposant à Staline et aux autres la nécessité urgente de passer à l’offensive politique, je luttais en même temps contre la création, en Allemagne, de soviets, par ordre, parallèlement aux conseils d’usines qui en fait, commençaient à jouer le rôle de Soviets.

Beaucoup de faits laissent à penser qu’aussi dans l’actuel essor révolutionnaire, les conseils d’usines pourront, à un certain stade de leur développement, jouer en Allemagne le rôle de soviets et les remplacer. Sur quoi est‑ce que je base cette supposition ? Sur l’analyse des conditions dans lesquelles prirent naissance en Février‑Mars 1917 les Soviets en Russie et en novembre 1918 en Allemagne et en Autriche. Là comme ici, les principaux organisateurs des soviets se trouvaient être les mencheviks, les social-­démocrates, contraints à cela par les conditions de la révolution « démocratique » durant la guerre. En Russie, les bolcheviks réussirent à enlever les soviets aux conciliateurs. En Allemagne cela n’a pas réussi, et c’est ce qui a déterminé la disparition des Soviets.

Actuellement, dans l’année 1931, le mot « soviet » sonne d’une façon toute différente qu’en 1917‑1918. Aujourd’hui, il est synonyme de la dictature bolchevique, donc un épouvantail entre les mains de la social‑démocratie.

En Allemagne, les social‑démocrates ne reprendront non seulement pas pour la deuxième fois l’initiative de créer des soviets ni même de se joindre volontairement à une telle réalisation mais ils la contrecarreront par tous les moyens. Aux yeux de l’État bourgeois et particulièrement de sa garde fasciste, le fait que les communistes se mettront à créer des soviets équivaudra à une déclaration ouverte de guerre civile par le prolétariat et peut en conséquence occasionner un conflit décisif avant que le Parti communiste ne l’eut considéré utile lui‑même.

Toutes ces considérations nous laissent à douter que l’on réussisse en Allemagne à créer des soviets englobant réellement la majorité des ouvriers, avant l’insurrection et la prise du pouvoir. Il est plus vraisemblable, à mon point de vue, que les soviets naîtront en Allemagne, le lendemain de la victoire, comme étant déjà des organes immédiats du pouvoir.

Le problème des conseils d’usine se pose tout autrement. Ils existent déjà maintenant. Ils sont créés par les communistes et par les social‑démocrates. Dans une certaine mesure, les conseils d’usine réalisent l’unité de front de la classe ouvrière. Ils approfondiront et élargiront cette fonction dans la mesure de l’afflux révolutionnaire. Leur rôle grandira, de même que leur immixtion dans la vie de l’usine, de la ville, dans les branches d’industrie, dans les régions et enfin dans l’État. Les congrès provinciaux, régionaux et nationaux des conseils d’usines pourront servir de base à des organes qui en fait, joueront le rôle de soviets, comme organes de la dualité du pouvoir. Entraîner les ouvriers social-démocrates dans ce régime au moyen des conseils d’usine sera beaucoup plus facile que d’appeler les ouvriers à construire des Soviets à un jour fixe et à une heure dite.

Le centre des Conseils d’usine d’une ville donnée, peut pleinement jouer le rôle d’un soviet de la ville. On pouvait observer cela en Allemagne déjà en 1923. Elargissant leur fonction, se donnant des tâches de plus en plus hardies, créant leurs organismes nationaux, les conseils d’usine peuvent se transformer en soviets unissant étroitement les ouvriers social‑démocrates, communistes, et servir de point d’appui pour l’insurrection. Après la victoire de tels conseils d’usine‑soviets devront inévitablement se départager en conseils d’usine, au sens propre du mot, et en soviets, comme organismes de la dictature prolétarienne.

Nous ne voulons nullement dire par cela que la création des soviets soit, d’avance, totalement exclue en Allemagne, avant la révolution prolétarienne. On ne peut aucunement prévoir toutes les variantes imaginables du développement. Si la décomposition de l’État bourgeois précédait de beaucoup la révolution prolétarienne et que le fascisme se soit brisé et décomposé avant l’insurrection prolétarienne, alors des conditions seraient réalisées pour la création de soviets comme organes de lutte pour le pouvoir. Il est clair qu’en ce cas les communistes auraient, en son temps, étudié la situation et lancé le mot d’ordre des soviets. Cela serait la condition la plus favorable des conditions possibles pour l’insurrection prolétarienne. Si elle se présente il faut l’utiliser jusqu’au bout. Mais on ne peut absolument pas compter dessus à l’avance. Dans la mesure où les communistes sont contraints de compter avec un appareil étatique suffisamment fort de la bourgeoisie et avec l’armée de réserve du fascisme qui se cache derrière son dos, la voie à travers les conseils d’usine apparaît beaucoup plus vraisemblable que celle des soviets.

Les épigones ont d’une manière toute mécanique ancré l’idée que le contrôle ouvrier sur la production, de même que les soviets, ne sont réalisables que dans des conditions révolutionnaires. Si les stalinistes tentaient de faire de leur préjugés un système conséquent, ils raisonneraient sans doute de la manière suivante : le contrôle ouvrier comme une sorte de dualité de pouvoir économique n’est pas concevable sans dualité du pouvoir dans le pays, qui à son tour ne peut se présenter sans opposer des soviets au pouvoir bourgeois ; en conséquence, diront les stalinistes, le mot d’ordre de contrôle sur la production ne peut être lancé qu’en même temps que le mot d’ordre des soviets.

Il est évident d’après ce qui vient d’être dit plus haut, qu’une telle construction est fausse, schématique, irréelle. Pratiquement, elle se transforme en une sorte d’ultimatum, que le Parti pose aux ou­vriers : Moi, Parti, je ne vous permets de lutter pour le contrôle ouvrier qu’à la condition que vous soyez d’accord pour construire des soviets. Mais, et cela est toute la question, ces processus ne doivent pas obliga­toirement être parallèles et simultanés. Sous l’influence de la crise, du chômage et des combinaisons de rapines des capitalistes, la classe ou­vrière peut, dans sa majorité, se trouver prête à combattre pour l’anéan­tissement des secrets commerciaux, et pour le contrôle des banques, du commerce et de la production avant qu’elle n’arrive à la conviction de la nécessité de la conquête révolutionnaire du pouvoir.

Engagé sur la voie du contrôle de la production, le prolétariat sera inévitablement poussé à la prise du pouvoir et des moyens de production. Les problèmes du crédit, des matières premières, du marché amènent sans retard la question du contrôle en dehors des limites des entreprises isolées. Dans un pays si hautement industrialisé que l’Allemagne, les seuls problèmes de l’exportation et de l’importation doivent immédiatement élever le contrôle ouvrier jusqu’aux tâches générales de l’État et opposer les organismes centraux du contrôle ouvrier aux organes officiels de l’État bourgeois. Les contradictions du régime inconciliables, par leur essence même, avec le contrôle ouvrier s’aiguiseront inévitablement avec l’élargissement de sa base et de ses tâches, et deviendront à bref délai insupportables. L’issue à ces contradictions peut être trouvée ou bien dans la prise du pouvoir par le prolétariat (Russie), ou bien dans la contre‑révolution fasciste, instituant une dictature ouverte du capital (Italie).

En Allemagne, précisément, avec sa forte social‑démocratie, la lutte pour le contrôle ouvrier sur la production sera, selon toute vraisemblance la première étape du front unique révolutionnaire des ouvriers, précédant leur lutte ouverte pour le pouvoir.

Peut‑on cependant lancer aujourd’hui même le mot‑d’ordre du contrôle ouvrier ? La « maturité » de la situation révolutionnaire est-elle suffisante pour cela ? Il est difficile de répondre à cette question de loin. Il n’est pas de mesure qui permette de juger d’un seul coup et sans erreur le degré de la situation révolutionnaire. On est forcé de la mesurer dans l’action, dans la lutte, à l’aide d’instruments les plus variés... L’un de ces instruments et peut être l’un des plus importants dans la situation actuelle est justement le mot d’ordre du contrôle ouvrier de la production.

L’importance de ce mot d’ordre réside avant tout, en ceci que sur sa base on peut réaliser le front unique des ouvriers communistes, social-démocrates, sans‑partis, catholiques, etc...

L’attitude des ouvriers social‑démocrates est d’une importance décisive. Le front unique des communistes et des social‑démocrates c’est là précisément la condition politique fondamentale qui manque en Allemagne pour une situation révolutionnaire immédiate. La présence d’un fascisme solide est évidemment un obstacle sérieux à la victoire. Mais le fascisme ne peut conserver une force attractive que dans des conditions où les forces du prolétariat sont dispersées et faibles, ce qui prive ce dernier de la possibilité de conduire le peuple allemand sur le chemin de la révolution victorieuse. Le front unique révolutionnaire de la classe ouvrière est déjà en soi un coup politique mortel porté au fascisme.

Voila pourquoi, disons‑le en passant, la politique de la direction du P.C. allemand dans la question du plébiscite a un caractère particulièrement criminel. L’ennemi le plus perfide n’aurait pu inventer un moyen plus sûr pour opposer les ouvriers social‑démocrates au parti communiste et entraver le développement de la politique du front unique du prolétariat.

Il faut maintenant réparer cette erreur. Le mot d’ordre du contrôle ouvrier peut beaucoup y contribuer. Mais il faut l’aborder d’une façon juste. Lancé sans aucune préparation sur un ordre bureaucratique, le mot d’ordre du contrôle ouvrier peut être non seulement un coup manqué, mais aussi compromettre encore plus le parti aux yeux de la masse et miner la confiance des ouvriers qui aujourd’hui votent pour lui. Avant de mettre en avant publiquement ce mot d’ordre de combat d’une importante responsabilité, il faut bien tâter la situation et préparer le terrain.

Il faut commencer par en bas, à l’usine, à l’atelier. Il faut vérifier et essayer les problèmes du contrôle ouvrier sur l’exemple de quelques entreprises industrielles bancaires et commerciales typiques. Il faut prendre pour point de départ des cas particulièrement probants de spéculation, de lock‑out voilé, de diminution frauduleuse de profit ayant pour but une diminution de salaire, ou d’une augmentation frauduleuse du prix de revient ayant le même but, etc... Dans les entreprises qui sont victimes de machinations de cette sorte, il faut, par l’intermédiaire des ouvriers communistes, tâter le pouls de l’état d’esprit de la masse ouvrière retardataire, et avant tout des ouvriers social‑démocrates. A savoir dans quelle mesure ils sont prêts à répondre à la revendication d’abolir le secret commercial, et à établir le contrôle ouvrier sur la production.

Il faut commencer par poser le problème sur son plan purement technique en se servant des exemples, particuliers les plus probants, mener une propagande opiniâtre, pour mesurer ainsi la force de résistance du conservatisme social-démocrate. C’est là un des moyens les meilleurs pour juger dans quelle mesure la situation révolutionnaire a « mûri ».

Ce tâtonnement préalable du terrain présuppose en même temps, de la part du Parti, un approfondissement de la question tant du point de vue théorique que du point de vue de la propagande. Le Parti doit instruire de façon sérieuse et pratique les ouvriers avancés et avant tout les membres des comités d’usine, les militants syndicaux en vue, etc.

Ce n’est que la marche de tout ce travail de préparation qui peut, dans la mesure de ses succès, indiquer à quel moment le parti peut d’une position purement propagandiste passer à une agitation ouverte et à des actions pratiques immédiates sous le mot d’ordre du contrôle ouvrier.

La politique de l’opposition de gauche dans cette question découle assez clairement, tout au moins dans ses traits fondamentaux, de ce qui a été dit plus haut. Il s’agit pour commencer, de la PROPAGANDE pour une juste compréhension principielle du problème et en même temps de L’ÉTUDE des conditions concrètes de lutte pour le contrôle ouvrier.

L’opposition doit, à l’échelle réduite et dans les limites modestes qui correspondent à ses forces, commencer ce travail de préparation qui est caractérisé plus haut, comme étant une des tâches immédiates du parti. En rapport avec ces tâches l’opposition doit chercher des liaisons avec les communistes militant dans les conseils d’usine et les syndicats, leur expliquer notre compréhension de la situation générale et apprendre par eux comment appliquer notre juste compréhension du développement de la révolution, aux conditions concrètes de l’usine et de l’atelier.

P. S. ‑ Je voulais terminer sur ce point, mais il me vient à l’idée que les staliniens peuvent nous faire l’objection suivante : Vous êtes prêts « à retirer » pour l’Allemagne le mot d’ordre des soviets, mais cependant vous nous avez critiqué et accusé âprement parce que nous nous sommes refusés, en son temps, à lancer le mot d’ordre des soviets en Chine.

En réalité une telle « objection » n’est qu’un sophisme des plus bas, fondé sur le même fétichisme d’organisation, c’est‑à‑dire sur l’identification de la nature de classe avec la forme d’organisation. Si les stalinistes avaient déclaré en son temps, qu’en Chine il y a eu des raisons qui empêchaient l’instauration de la forme soviétique, et s’ils avaient proposé une autre forme d’organisation de l’unité de front révolutionnaire de la masse, plus adéquate aux conditions chinoises, nous aurions, bien entendu, prêté à cette proposition toute l’attention nécessaire. Mais on nous a proposé de remplacer les soviets par le Kuomintang, autrement dit d’asservir les ouvriers aux capitalistes. Il s’agissait dans notre discussion de la nature de classe de l’organisation, et nullement de sa « technique » organisationnelle. (Mais il faut ajouter à cela que précisément en Chine, il n’y avait aucun empêchement subjectif à la construction de Soviets, si on a en vue la conscience des masses, et non les alliés d’alors des stalinistes : Chang‑Kai‑Chek et Wan‑Tin‑Wei. Il n’y a aucune tradition social-­démocrate et conservatrice chez les ouvriers chinois. L’enthousiasme pour l’Union Soviétique était vraiment sans partage. Même l’actuel mouvement paysan en Chine tend à prendre des formes soviétiques. La tendance des masses pour les soviets était d’autant plus forte en 1925‑27.

Répondre à cet article

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0