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Bilan du harcèlement de la direction de la SNCF contre les cheminots : plusieurs morts !

samedi 22 avril 2017, par Robert Paris

Bilan du harcèlement de la direction de la SNCF contre les cheminots : plusieurs morts !

Dans la nuit de vendredi 10 à samedi 11 mars 2017, un délégué du personnel Sud-Rail s’est suicidé sur son lieu de travail gare Saint-Lazare à Paris. Le syndicat met en cause la direction de la SNCF.

Un conseil de discipline l’avait condamné à un dernier avertissement avant licenciement, avec 12 jours de mise à pied et à un déplacement disciplinaire pour avoir eu « un regard menaçant » envers son directeur.

Sud-Rail rappelle que la "mutation disciplinaire" lui a été signifiée "sans aucun respect des règles", car avec son statut de travailleur handicapé, "il aurait dû passer par le CHSCT". "De plus la direction n’ignorait pas que son médecin préconisait depuis plusieurs années pour sa santé qu’il reste dans un environnement de travail et interdisait tout déplacement".

Edouard avait obtenu en 2012, aux prud’hommes, la condamnation de la SNCF pour discrimination salariale et harcèlement. Ce jugement avait été confirmé en appel en 2015, et les dommages et intérêts alourdis, mais l’arrêt de la cour d’appel a été annulé par la Cour de cassation en septembre 2016. Depuis, le délégué était lui-même accusé de « harceler » des collègues, selon la SNCF. Pour SUD-Rail, il s’agit d’« accusations fantaisistes » sur la base de « témoignages anonymes et non datés ». Toujours est-il que pour cette raison, après un conseil de discipline en octobre 2016, il avait écopé d’une mise à pied de 12 jours, dernier avertissement avant licenciement. Il faisait également l’objet d’une procédure de « mutation disciplinaire », qui lui avait été signifiée « sans aucun respect des règles », d’après Sud-Rail.

En avril 2015, c’était la CGT qui avait mis en cause la direction de la SNCF et fustigé « un management hyper agressif » au lendemain du suicide d’un cheminot au sein des Ateliers SNCF de Béziers.

"Le jeudi 14 avril 2015, à 7h00 du matin, un cheminot des Ateliers SNCF s’est donné la mort en se jetant d’un pont en plein milieu des Ateliers SNCF de Béziers", souligne la CGT Béziers dans un communiqué. "Depuis des mois", ce syndicat "dénonce le climat délétère qui règne à Béziers". Or selon la CGT, "à aucun moment, la direction du technicentre ni la direction régionale SNCF... n’ont pris la mesure du problème".

Fin novembre 2016, un document, dévoilé par Le Parisien, avait provoqué un malaise en interne. Les syndicats CGT et Sud-Rail avaient découvert une note manuscrite dans un bureau de la gare Saint-Lazare avec le nom d’environ 25 agents de la SNCF, ainsi que des informations telles que leur comportement ou leurs opinions politiques : « roi de l’embrouille », « racaille bas de plafond », « travail correct mais pas ouf », « stupide », « vient du fin fond de la campagne », « détesté par l’équipe »... La direction de la SNCF avait adressé ses excuses, ordonné une enquête éthique indépendante, et organisé des réunions collectives avec l’équipe concernée.

Ce ne sont pas les seuls cas !!! Un agent de la SNCF, âgé d’une cinquantaine d’années, s’est donné la mort en se jetant sous un train dans l’Essonne en décembre 2015. Le cheminot, qui travaillait au sein de la brigade voie d’Etampes, s’est suicidé mardi matin sur son lieu de travail, au niveau d’Etrechy. Il travaillait à la SNCF depuis une vingtaine d’années.

« Il n’était pas en service à l’heure du drame. Aucun élément en notre possession ne permet d’expliquer les motivations de ce geste, qu’elles soient professionnelles ou personnelles. SNCF s’est immédiatement rapproché de ses proches et de son entourage professionnel et leur apporte tout son soutien. A ce stade, toute spéculation autour ce drame est bien évidemment infondée », a commenté l’entreprise publique dans une déclaration écrite.

Un article de Convergences Révolutionnaires :

Le samedi matin 11 mars, les cheminotes et cheminots de Paris Saint-Lazare (et bien au-delà) apprenaient le suicide dans la nuit, au bout d’un quai, de leur collègue Édouard, délégué et militant de Sud-Rail. Tous ne le connaissaient pas personnellement mais beaucoup, sur l’établissement de la gare, avaient une idée du traitement que la direction lui faisait subir.

Édouard avait gagné un procès aux Prudhommes il y a quelques années pour harcèlement et discrimination. Il avait ensuite été élu délégué du personnel et avait pris un mandat CHSCT. Depuis, la direction cherchait à l’isoler, à le sanctionner, à l’éloigner de l’entreprise, à le briser, lui en voulait aussi parce qu’il appartenait à la maîtrise, censée représenter sa politique. En juillet dernier, il avait écopé, en conseil de discipline, d’un dernier avertissement avant licenciement et d’une mutation forcée qui devait prendre effet le lundi 13 mars. Tout cela sur la base de faits aussi probants qu’un… « regard menaçant » qu’il aurait eu à l’égard d’un chef, ou autres témoignages de hauts cadres exprimant leur mal-être à se retrouver dans la même pièce que lui.

Entre le suicide d’Édouard et ce qu’il a subi au travail, impossible de douter du lien direct. Et si la direction de la gare s’est mise à courir dans tous les sens pour occuper le terrain, dès le samedi matin et alors que nous étions toutes et tous sous le coup de l’émotion, c’est avant tout pour tenter d’orienter des témoignages dans son sens et mettre sur pied une version du drame où sa responsabilité n’apparaîtrait pas. C’était ajouter l’abjection à la culpabilité !

Il ne fait de doute pour personne qu’Édouard a été poussé à la dernière extrémité par les méthodes de management et « d’accompagnement » de la direction. Une direction SNCF Saint-Lazare prise il y a quelques mois en flagrant délit de fichage des agents du chantier de départs des trains, dont la grande presse s’était fait l’écho. Une direction qui, à l’époque, face à la colère soulevée par la découverte de ce flicage, avait autorisé les agents à quitter leur travail le temps de venir consulter les charmantes appréciations portées sur eux, pour faire ensuite machine arrière et les inquiéter par des menaces de retenues sur salaire pour absence injustifiée !

Une direction capable, après une bourde des ressources humaines sur un arrêt maladie, de réclamer à un collègue déjà en grande difficulté plus de 3 000 euros de prétendument trop perçu… sauf s’il acceptait le chantage au départ à la retraite que les hauts dirigeants lui font.

Une direction capable de sanctionner des militants pour des faits imaginaires, ou même quand la réglementation lui donne tort. Qui multiplie les contrôles médicaux à domicile, qui culpabilise les cheminots et est toujours à l’affût d’un prétexte pour ne pas payer les arrêts-maladies. Une direction qui applique depuis des années la double peine aux traditionnelles « notations » : une sanction dans l’année, aussi minime et arbitraire soit-elle, et c’est un veto ! C’est-à-dire le blocage de tout avancement et donc de toute augmentation de salaire.

Si la direction se dote de méthodes agressives et vise tous ceux, militants syndicaux ou cheminots et cheminotes du rang qui lui résistent, c’est parce que sa politique l’est tout autant. Restructurations tous azimuts et à marche forcée qui engendrent des suppressions de postes et du sous-effectif. Une politique dont les cheminots font durement les frais mais aussi les voyageurs, car elle se traduit par des incidents matériels à répétition, des files d’attente aux guichets, des retards et une vie pourrie pour des millions de travailleurs qui prennent chaque jour le train.

Cette politique est évidemment appliquée bien plus largement que sur l’établissement de la gare Saint-Lazare. C’est ce paquet de « réorganisations », partout à la SNCF et avec leur lot de méthodes d’intimidation doucereuses ou musclées, qui permet à Guillaume Pépy d’annoncer triomphalement 800 millions d’euros d’économies réalisées sur l’année 2016.

Si toutes les directions locales n’ont pas – ou pas toutes encore – le même zèle que celle de Saint-Lazare, c’est seulement parce que la direction de la SNCF prend soin de ne pas attaquer tous les cheminots en même temps, mais le fait secteur par secteur, chantier par chantier, dépôt par dépôt. Diviser pour mieux régner !

En hommage à Édouard, le mercredi 15 mars, pour exprimer leur douleur mais aussi leur colère, près d’un millier de cheminots de la région parisienne se sont rassemblés devant la gare Saint-Lazare. Beaucoup ont témoigné sur les dégâts du management agressif, dont un intervenant du secteur hospitalier qui a rappelé que dans bien des entreprises, du public comme du privé, les travailleuses et les travailleurs subissent les mêmes méthodes, avec les mêmes conséquences. Peu auparavant une infirmière s’était suicidée à l’hôpital Cochin.

Le rassemblement s’est terminé par un appel à s’organiser et lutter collectivement contre la politique de casse de la direction. Ce qui était le sens de l’engagement d’Édouard.

La veille du rassemblement, la direction expliquait qu’il n’était pas nécessaire de poser sa journée pour participer au rassemblement d’hommage à Édouard... Mais le jour même, quelques minutes avant le rassemblement, elle faisait faire à ses petits chefs le tour des chantiers, pour menacer ceux qui oseraient quitter le service d’« absence irrégulière ». Soit une perte de salaire de plus d’une journée de travail. Essayant de prendre tout le monde par surprise !

À croire que dans les étages de la hiérarchie, ils faisaient tous dans leur froc de trouille !

3 Messages de forum

  • Suicide, mode d’emploi

    Bien des travailleurs ont fait le lien entre les suicides qui se produisent à l’hôpital public et ceux qui arrivent à la SNCF ou à La Poste. Car la politique gouvernementale, de restrictions dans les services publics est générale et se traduit par des pressions et du stress supplémentaires. On se souvient des suicides à Cochin ou à Pompidou. On a aussi entendu parler du suicide d’un syndicaliste handicapé, cheminot de la gare Saint-Lazare. Un conseil de discipline l’avait condamné à un dernier avertissement avant licenciement, avec 12 jours de mise à pied et à un déplacement disciplinaire pour avoir eu « un regard menaçant » envers son directeur. Dans tous ces cas, les salariés s’étaient suicidés sur le lieu de travail et suite à des conflits avec leur encadrement et leur direction, conflits que la direction avait refusé d’aplanir. Il n’y a aucun hasard que les politiques de destruction du service public se traduisent non seulement par une dégradation de celui-ci mais aussi par une dégradation grave de la santé des personnels et de leur moral. On avait vu la même chose se produire lors de la privatisation de France Telecom. Ne nous laissons pas faire !

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  • La SNCF dit regretter le départ d’un millier de cheminots en plus des 2095 partants en retraite cette année ! Quel hasard, on a pu constater que les efforts pour dégoûter les cheminots s’étaient multipliés, en même temps que les opérations de harcèlement de la hiérarchie. En 2019, c’est 2962 emplois de cheminots qui avaient ainsi disparu, soit moitié de plus que les objectifs affichés de la direction. Il n’y a bien que les suppressions d’emplois qui roulent à la SNCF…

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