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La science n’est pas objective, pas neutre, elle est une des formes de la pensée humaine, pas une expression directe d’une réalité certaine et indiscutable

vendredi 24 mars 2017, par Robert Paris

« La science a ceci de fascinant que, pour un investissement en faits ridiculement bas, on obtient un rendement en conjectures étonnamment élevé. »

Mark Twain

La science n’est pas objective, pas neutre, elle est une des formes de la pensée humaine, pas une expression directe d’une réalité certaine et indiscutable

Le présent essai est écrit avec la conviction que l’anarchisme, tout en n’étant pas la philosophie politique la plus attrayante, est certainement un excellent remède pour l’épistémologie et pour la philosophie des sciences.

La raison n’est pas difficile à trouver.

« L’histoire en général, et plus particulièrement l’histoire des révolutions, est toujours plus riche de contenu, plus variée, plus multiforme, plus vivante, plus ingénieuse que ne le pensent » les meilleurs historiens et les meilleurs méthodologues ». Lénine,lui, écrivait dans « La Maladie Infantile du Communisme – Le gauchisme » : « L’histoire en général, et plus particulièrement l’histoire des révolutions, est toujours plus riche de contenu, plus variée, plus multiforme, plus vivante, plus ingénieuse que ne le pensent les meilleurs partis, les avant-gardes les plus conscientes des classes les plus avancées. »

L’histoire est pleine « d’accidents, de conjonctures et curieuses juxtapositions d’évènements » (Herbert Butterfield, The Whig Interpretation of History). Elle nous démontre la « complexité de l’évolution humaine et le caractère imprévisible des ultimes conséquences de n’importe quel acte ou décision des hommes ».

Allons-nous vraiment croire que les règles naïves et simplistes servant de guide aux épistémologues peuvent répondre d’un tel « labyrinthe d’interactions » ? Hegel écrivait dans sa « Philosophie de l’Histoire » (1837) : « Or ce que l’expérience et l’histoire nous apprennent, c’est que peuples et gouvernements n’ont jamais tiré de l’histoire aucun enseignement et n’ont jamais agi selon les leçons qu’on aurait pu en tirer. Chaque époque a des circonstances si propres à elle-même, elle est un état si individuel qu’elle doit nécessairement décider en elle-même et à partir d’elle-même et que c’est seulement ainsi qu’on peut décider. »

« Très intelligent » ; « habile et très intelligent » écrit Lénine dans ses notes en marge de ce passage d’Hegel.

(…) « De là (ce caractère du processus historique) découlent deux conclusions pratiques d’une grande importance, écrit Lénine à la suite du passage que je viens de citer. Le première c’est que la classe révolutionnaire (c’est-à-dire la classe de ceux qui veulent changer soit une instance de la société, comme la science, soit la société tout entière) pour remplir sa tâche doit savoir prendre possession de toutes les formes et de tous les côtés, sans la moindre exception, de l’activité sociale (elle doit être capable de comprendre et d’appliquer non seulement une méthodologie particulière, mais n’importe quelle méthodologie, avec toutes les formes qu’elle peut lui imaginer (…) ; la seconde, c’est que la classe révolutionnaire doit se tenir prête à remplacer vite et brusquement une forme par une autre. »

Nous voyons ici très clairement comment quelques substitutions peuvent transformer une leçon de politique en une leçon de méthodologie. Ce n’est pas du tout surprenant. La méthodologie et la politique sont, toutes les deux, des moyens pour passer d’un stade historique à un autre. La seule différence est que les méthodologies standard négligent le fait que l’histoire engendre constamment de nouvelles caractéristiques. Nous voyons également comment un individu, comme Lénine, qui n’a pas peur des limites traditionnelles et dont la pensée n’est pas attachée à l’idéologie d’une profession, peut donner des avis utiles à tous, y compris les philosophes des sciences.

« Les conditions extérieures, écrit Einstein, qui sont posées pour le scientifique par les faits de l’expérience, ne lui permettent pas de se laisser trop restreindre dans la construction de son univers conceptuel par l’adhésion à un système épistémologique. Par conséquent, il doit apparaître à l’épistémologue systématique comme une sorte d’opportuniste sans scrupule. »

Un milieu complexe contenant des développements surprenants et imprévisibles réclame des procédures complexes, et défie une analyse fondée sur des règles établies à l’avance, qui ne tiennent pas compte des conditions historiques toujours changeantes.

Bien entendu, il est possible de simplifier le milieu dans lequel travaillent les scientifiques en en simplifiant les principaux acteurs. Mais l’histoire des sciences, après tout, ne consiste pas uniquement dans les faits et les conclusions qu’on en tire. Elle contient aussi des idées, des interprétations de faits, des problèmes créés par des interprétations antagonistes, des erreurs et ainsi de suite. Nous découvrons même, par des analyses plus serrées, que la science ne connaît pas un seul « fait brut », mais que les « faits » qui entrent dans nos connaissances sont déjà considérés sous un certain angle, et sont, par conséquent, essentiellement spéculatifs. Ce point étant acquis, l’histoire de la science sera aussi complexe, chaotique, pleine d’erreurs et divertissante que le seront les idées qu’elle contient ; et ces idées à leur tour seront aussi complexes, chaotiques, pleines d’erreurs et divertissantes que les esprits de ceux qui les auront inventées. Réciproquement, un léger lavage de cerveau réussira sans peine à rendre l’histoire de la science plus terne, plus simple, plus uniforme, plus « objective » et plus prête à se soumettre à des règles strictes et immuables.

L’éducation scientifique que nous connaissons aujourd’hui a précisément ce dernier but. Elle simplifie « la science » en simplifiant ses éléments. Tout d’abord, un domaine de recherche est défini. Ce domaine est séparé du reste de l’histoire (la physique, par exemple, est séparée de la métaphysique et de la théologie) et reçoit une « logique » qui lui est propre. Une formation poussée dans une telle « logique » conditionne alors ceux qui travaillent en ce domaine, cela rend leurs actions plus uniformes, et cela fige aussi de larges pans du processus historique.

Des « faits » stables apparaissent et persévèrent malgré les vicissitudes de l’histoire. Un facteur essentiel de cette formation, qui permet à ces faits d’apparaître, consiste à inhiber les intuitions qui pourraient conduire à un estompage des frontières… Et cela se reflète encore dans la nature des « faits » scientifiques, qui sont vécus comme étant indépendants des opinions, des croyances et des appartenances culturelles.

Il est donc possible de créer une tradition et de la maintenir par des règles strictes ; cela, dans une certaine mesure, permet des succès. Mais est-il souhaitable de soutenir une telle tradition en rejetant toute autre possibilité ? Doit-on lui attribuer le droit exclusif de traiter la connaissance, avec pour conséquence que tout résultat obtenu par d’autres méthodes est éliminé sans appel ? C’est la question que j’ai l’intention de poser dans le présent essai. A cette question, mas réponse sera un NON ferme et retentissant.

(...)

La science est un processus historique complexe et hétérogène, qui contient des anticipations vagues et incohérentes d’idéologies futures, côte à côte avec des systèmes théoriques hautement sophistiqués, et des formes de pensées anciennes ou pétrifiées. Quelques-uns de ces éléments sont accessibles sous la forme d’énoncés clairs, tndis que d’autres sont sous-entendus et ne deviennent connus que par contraste, quand on les compare à des points de vue nouveaux et inhabituels… Bien des conflits et des contradictions apparus dans la science sont dus à l’hétérogénéité des matériaux, à l’ « inégalité » du développement historique, comme diraient les marxistes ; et ils n’ont pas de portée théorique immédiate.

Selon Marx, les éléments « secondaires » du processus social tels que la demande, la production artistique ou les rapports juridiques peuvent devancer la production matérielle et l’entraîner : voir « Misère de la philosophie » de Karl Marx et surtout « L’Introduction à la critique de l’économie politique » : « Le rapport inégal entre le développement de la production matérielle et celui de la production artistique, par exemple. D’une manière générale, il ne faut pas prendre l’idée de progrès sous la forme abstraite habituelle, art moderne, etc… Cette disproportion est loin d’être aussi importante, ni aussi difficile à saisir que celle qui se produit à l’intérieur des rapports sociaux pratiques. Par exemple, de la culture… Mais la vriae difficulté à discuter est celle-ci : comment les rapports de production, en prenant la forme de rapports juridiques, suivent un développement inégal. »

Trotski décrit la même situation : « Le point essentiel de la quesiton réside en cela que les différents aspects du progrès historique – l’économie, la politique, l’Etat, la montée de la classe ouvrière – ne se développent pas sumultanément sur des lignes parallèles. » (discours prononcé au congrès général des membres du parti de l’Organisation moscovite en juillet 1921.

Voir aussi Lénine dans « La Maladie infantile du communisme – le « gauchisme » où il explique que les causes multiples d’un événement peuvent se trouver déphasées et n’avoir d’effet que lorsqu’elles se trouvent réunies. Sous une forme différente, la thèse du « développement inégal » traite du fait que le capitalisme a atteint différents stades dans différents pays, et même dans différentes régions d’un même pays. Ce second type de développement inégal peut aboutir à des relations inverses entre les idéologies qu’il suscite ; de sorte que l’efficacité dans la production et les idées politiques radicales se développe dans des proportions inverses.

« L’Europe civilisée et avancée, avec sa technique brillamment développée, avec sa riche et multiple culture et sa Constitution, est arrivée à un moment historique où la bourgeoisie qui commande, soutient, par crainte du prolétariat grandissant en nombre et en force, tout ce qui est arriéré, agonisant, moyenâgeux. (…) En revanche, toute la jeune Asie, c’est-à-dire des centaines de millions de travailleurs d’Asie, ont un allié sûr dans le prolétariat de tous les pays civilisés. » (Lénine, « L’Europe arriérée et l’Asie avancée », 18 mai 1913).

(...)

Séparation de L’Etat et de la science...

... La science ... C’est l’une des nombreuses formes de pensée qui ont été développées par l’homme, mais pas forcément la meilleure. La science est indiscrète, bruyante, insolente ; elle n’est que .... religieuse.

Essentiellement supérieure qu’aux yeux de ce qui ont opté pour une certain idéologie, ou qui l’ont acceptée sans avoir jamais étudié ses avantages et ses limites. Et comme c’est à chaque individu d’accepter ou de rejeter des idéologies, il s’ensuit que la séparation de l’Etat et de l’Eglise doit être complétée par la séparation de l’Etat et de la science : la plus récente, la plus agressive et la plus dogmatique des institutions

Le conte de fées...

Les faits, la logique et la méthodologie seuls décident...Ia science est une structure neutre, contenant des connaissances positives indépendantes de la culture, de l’idéologie ou des préjugés -c’est là ce que nous raconte le conte de fées.

Le mythe et la science...

Le mythe est bien plus proche de la science qu’on pourrait s’y attendre...

Le mythe : -les idées centrales sont ... sacrées -il y a angoisse dés quelles sont menacées -on ne trouve presque jamais un aveu d’ignorance -les événements qui défient ... les lignes de classifications établies ... provoquent une réaction de tabou.

La science : -est dogmatique -le scepticisme est réduit au minimum ; il est dirigé contre les conceptions de l’opposition ... mais jamais contre les idées fondamentales elles-mêmes -attaquer les idées fondamentales provoque des réactions de tabou ... et tous ce qui ne réussit pas a s’intégrer se trouve ... considéré comme... horrible...ou...tenu pour inexistant (ex :... les premières réactions contre la théorie des quanta, l’astrologie, la télékinesie, la télépathie, le Vaudou...).

Il est nécessaire de revoir notre attitude envers le mythe, la religion, la magie, la sorcellerie, et toutes ces idées que les rationalistes voudraient voir disparaître de la surface de la terre...

Une place plus modeste...

La montée de la science moderne coïncide avec la suppression des sociétés non occidentales par les envahisseurs occidentaux. ...la tradition disparaît ... on devient tout simplement esclave dans son esprit comme dans son corps. Or aujourd’hui, ce mouvement s’inverse progressivement -avec beaucoup de mauvaise volonté, naturellement, mais il s’inverse. La liberté est reconquise, les veilles traditions sont redécouvertes dans les minorités des pays occidentaux, et dans une grande partie des populations des continents non occidentaux. (...bien des experts occidentaux furent horrifiés a la renaissance de la médecine traditionnelle chinoise...) Mais la science (occidentale) règne encore en maître ... ses praticiens sont incapables de comprendre des idéologies différentes, et ne veulent pas composer avec elles. ...ils ont plus d’argent, plus d’autorité, plus de sex-appeal qu’ils le méritent, et les procédures les plus stupides, les résultats les plus ridicules sont dans leur domaine, entourés d’une aura de prestige. Il est temps de les faire tomber de leur piédestal et de leur donner dans la société une position plus modeste.

... La société moderne traite la science d’une manière particulière ... elle lui accord des privilèges dont ne jouissent pas les autres institutions.

Nous devons conclure donc que même à l’intérieur de la science, la raison ne peut pas, et ne doit pas avoir une portée universelle ; qu’elle doit souvent être outrepassée, ou éliminée, en faveur d’autres instances. Il n’y a pas une règle qui reste valide pour toutes les circonstances, et pas une seule instance à laquelle on puisse toujours faire appel. (...) La science étant donnée, le rationnel ne peut pas être universel ; ce caractère particulier du développement de la science est un argument très fort en faveur d’une épistémologie anarchiste. Mais la science n’est pas sacro-sainte. Les restrictions qu’elle impose (...) ne sont pas nécessaires pour avoir sur le monde des vues générales, cohérentes et adéquates. Il y a les mythes, les dogmes de la théologie, la métaphysique, et de nombreux autres moyens de construire une conception du monde. Il est clair qu’un échange fructueux entre la science et de telles conceptions non scientifiques du monde aura encore plus besoin d’anarchisme que la science elle-même. Ainsi, l’anarchisme n’est pas seulement une possibilité, mais une nécessité, à la fois pour faire le progrès interne de la science et pour le développement de la culture en général. Et la Raison, pour finir, rejoint tous ces monstres abstraits - l’Obligation, le Devoir, la Moralité, la Vérité- et leurs prédécesseurs plus concrets - les Dieux- qui ont jadis servi à intimider les hommes et à restreindre un développement heureux et libre ; elle dépérit.

Contre la méthode – Esquisse d’une théorie anarchiste de la connaissance - Paul Feyerabend

Lire « Philosophie de la nature » de Feyerabend

La science, ce sont seulement des faits ?

Contre l’empirisme : La science se passe-t-elle de théoriser et se limite-t-elle à constater les faits ?

La Science peut-elle se tromper lourdement du fait de préjugés sociaux, d’intérêts économiques ou de pressions du pouvoir ?

Prouvez-moi que la science n’est pas qu’expérience, mesure et calcul et qu’elle est d’abord philosophie

La science est-elle popperisable ?

Sciences et imagination

Pourquoi la science a toujours besoin de penseurs révolutionnaires et pourquoi l’institution scientifique les écarte, les décourage ou les étouffe

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