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Attaque générale, coordonnée, centralisée mais riposte ouvrière dispersée, cloisonnée, divisée, désorganisée !

lundi 13 avril 2015, par Karob, Robert Paris

Edito - Attaque générale, coordonnée, centralisée mais riposte ouvrière dispersée, cloisonnée, divisée, désorganisée !

Malgré la journée interprofessionnelle du 9 avril, les luttes des travailleurs de France sont restées isolées et sont très loin de converger. Les salariés des services publics mènent leur action secteur par secteur et même site par site. Tous seuls les Radio France alors que l’attaque qui les concerne frappe aussi tous les autres services publics comme la SNCF, les hôpitaux, les crèches, les bibliothèques, les piscines, La Poste, la Sécu, etc. Même le 9 avril n’a pas été l’occasion d’une rencontre entre salariés de ces divers secteurs qui subissent le même type d’attaques : suppressions de crédits, suppressions d’effectifs. Si le slogan de la journée syndicale disait : « Tous ensemble contre l’austérité », les mêmes confédérations n’organisent nullement un « tous ensemble » interprofessionnel du type de celui qui avait eu lieu en 1995, sans parler de 1936 ou 1968.

Mais il faut dire que les centrales syndicales ne souhaitent pas que la classe ouvrière monte trop le ton. Certains pensent que cela provient du fait qu’ils sont proches du gouvernement dit « de gauche » mais cela ne suffit pas à expliquer leur passivité. En réalité, comme les centrales sont toutes aussi réformistes, elles craignent la situation économique et sociale, la crise du capitalisme est trop profonde pour leur permettre de jouer les tampons si la lutte prend de l’ampleur. En fait, les bureaucraties de ces appareils syndicaux craignent autant la révolution que l’appareil de l’Etat et que les classes dirigeantes. La révolution sociale, cela signifie que leurs petits appareils risqueront d’être débordés, les petits arrangements avec le patronat et le gouvernement, qui les font vivre, risqueront d’être démasqués et cassés. Ces centrales, qui servent de tampons entre le prolétariat et la bourgeoisie, perdront toute prise sur les événements si la classe ouvrière entre vraiment en lutte et se prend elle-même en mains au travers de conseils de salariés. Certains trouvent qu’on en est très loin, au vu du pessimisme ambiant. Mais ils se trompent : il suffit de pas grand-chose pour que la situation économique et sociale bascule et, dans ce cas, les liens de ces centrales avec la base ouvrière sont bien trop ténus pour suffire à canaliser la lutte comme en 1936. Il existe très peu de militants syndicaux de base qui s’activent aux côtés des travailleurs, la plupart étant mobilisés par de la gestion, que ce soit celle des caisses paritaires, des conseils divers de l’Etat, des commissions de la bourgeoisie et du gouvernement, des comités d’établissement et autres organismes sociaux.

Bien sûr, on peut aussi se dire que les travailleurs ont complètement perdu les conceptions de la lutte des classes et n’attendent rien d’autre des syndicats que d’être des avocats et des tampons sociaux dans les relations avec le patronat et l’Etat et c’est vrai. On peut aussi se dire qu’en période de crise, avec des risques d’attaques diverses et de licenciements ou de fermetures d’entreprises, ils serrent plutôt les rangs et se rapprochent des militants syndicaux. C’est vrai mais, en cas de mouvement social général, cela ne suffirait pas nécessairement pour que les travailleurs se contentent de suivre les politiques des centrales syndicales car la radicalisation pourrait aussi bien provoquer une vague de constitution de comités, de conseils ou de coordinations interprofessionnelles, d’autant que les centrales se refusent à jouer ce rôle. Un peu partout, dès maintenant, des militants essaient de tisser des liens, de faire converger les luttes, de mettre en place de tels moyens de s’entraider, de se soutenir, de s’informer mutuellement, de discuter. Il faut dire que, depuis longtemps, les modes d’organisation des luttes par les syndicats évitent toute discussion au sein de la classe ouvrière, les ténors syndicaux s’étant débrouillés pour transformer les assemblées en discours sans fin des responsables suivis de grands silences du public…

Un autre point pose problème : il apparaît de plus en plus clairement que la méthode d’action des centrales syndicales mène d’échec en échec. Depuis les actions de défense des retraites qui avaient débouché dans le mur et… dans l’appel des centrales syndicales à faire partir Sarkozy et à voter Hollande, on s’est aperçus du caractère mensonger de cette perspective puisqu’Hollande non seulement n’a pas remis en cause les attaques des retraites de son prédécesseur mais les a aggravées.

Et le mensonge ne concerne pas seulement le personnel politique de l’Etat bourgeois, il touche la nature même de cet Etat puisque toutes les centrales syndicales diffusent le mensonge selon lequel cet Etat serait fondamentalement au service de l’ensemble de la population alors que c’est exactement le contraire de la réalité : cet Etat est exclusivement au service de la grande bourgeoisie capitaliste.

Hollande dit bien plus la vérité maintenant qu’il a affirme « j’aime les entrepreneurs » que lorsqu’il prétendait être le chef de file du changement social ou prétendait que les réformes allaient résoudre les problèmes des milieux populaires ou qu’il luttait contre la montée du chômage.

En réalité, tous les gouvernements se battent d’abord contre toute montée de la lutte des classes et la montée du chômage est un moyen de pression essentiel pour enrayer la lutte des travailleurs. L’Etat français supprime en masse des emplois publics à la SNCF, à l’hôpital public, dans les transports, dans l’énergie, dans les écoles, à l’université, dans la recherche, partout…

Quant aux cadeaux au patronat, présentés comme le moyen de faire repartir l’emploi, le gouvernement lui-même reconnaît que les capitalistes ne s’en servent pas pour produire, pour investir, pour embaucher…

Le gouvernement Hollande-Valls, grâce à la passivité des centrales syndicales, a les mains libres pour mener la plus grande offensive anti-sociale de ces dix dernières années : une remise en cause sur tout ce qui concerne les relations sociales, une dégradation sans précédent de la santé publique, de l’éducation, de la recherche, des transports, de la sécu, des retraites et de l’emploi et une hausse massive de la précarité et du chômage.

Le seul argument politique de ce gouvernement face aux milieux populaires est le chantage : si vous protestez contre nous, vous aurez la droite et l’extrême droite, si vous refusez qu’on déverse des milliards aux capitalistes, vous perdrez vos emplois, si vous ne soutenez pas nos guerres aux quatre coins du monde, vous serez attaqués par le terrorisme.

Il faut d’ailleurs remarquer le silence assourdissant des centrales syndicales pour tout ce qui concerne la multiplication des guerres impérialistes auxquelles l’Etat français, soi disant désargenté, participe et dirige aux quatre coins du monde. Pourtant cette offensive violente de l’armée française dont les peuples paient le prix du sang et des destructions, du Niger au Mali, et du Centrafrique à l’Ukraine, font partie d’une même politique d’ensemble de la bourgeoisie française dont les Hollande et Valls sont les défenseurs.

On ne peut pas séparer la montée du terrorisme avec la montée des guerres impérialistes ni cette dernière avec la poursuite de la crise du capitalisme dont le système est incapable de sortir depuis 2007 ! Malgré des milliers de milliards de dollars déversés dans toutes les bourses, les banques, les assurances, les financiers, les spéculateurs, le système n’est jamais sorti de sa crise. Il ne risquait pas de l’être ! Et pour cause : la racine de la crise historique de 2007-2008 était justement la trop grande masse de capitaux incapables de s’investir de façon suffisamment profitable dans la production et se jetant en masse sur la spéculation, créant un appel de capitaux artificiel vers ce secteur et contraignant les Etats à verser des sommes de plus en plus colossales pour éviter le krach financier. Si le système est parvenu ainsi à faire durer la situation, il n’a réussi qu’à lui permettre d’attendre, en serrant les fesses, le prochain krach financier dans lequel il ne pourra plus intervenir massivement, ses fonds étant déjà plombés.

Le principal mensonge des centrales syndicales consiste à refuser de rapporter cette situation à la classe ouvrière en faisant croire que la crise n’est qu’un prétexte pour nous ponctionner et en prétendant qu’on n’a qu’à se faire entendre en proposant la « bonne réforme », étant donné qu’il y a de l’argent et qu’il suffirait de mieux le répartir.

Pendant ce temps, le gouvernement de gauche discrédite la classe ouvrière en faisant des déclarations selon lesquelles ce qui plombe l’économie ce serait le coût du travail, en montrant que les centrales syndicales sont totalement incapables d’infléchir sa politique tout en acceptant de courir dès que le gouvernement les siffle pour de soi-disant négociations sur « discuter » de reculs sociaux d’ampleur, en faisant croire aux classes moyennes qu’il dépense des milliards pour l’emploi des salariés alors que c’est, en réalité, pour faire des cadeaux aux capitalistes et aux banquiers. Le gouvernement propage en même temps l’idée que l’on doit aider les entreprises en diminuant les impôts, taxes et charges sociales des patrons. Il s’attaque aux fonctionnaires, laissant là aussi entendre que ces travailleurs seraient trop nombreux ou trop gourmands, seraient en somme des privilégiés protégés. Il fait passer aussi les syndicats comme des puissances qui détournent la richesse sociale, ce qui ne peut qu’attiser la haine des classes moyennes qui ne reçoivent que de tout petit soutiens du gouvernement alors que banquiers, financiers, bourses et trusts reçoivent des sommes colossales et que les banques ont carrément coffres ouverts auprès de la banque centrale européenne ! Le gouvernement rajoute en plus que le pays ne serait pas concurrentiel à cause d’un code du travail trop favorable aux salariés !!! Il affirme ainsi qu’il faut cesser de faire peser sur les patrons la difficulté de... licencier et aussi cesser de les menacer de la justice pour chaque confrontation en supprimant les tribunaux prud’homaux. Le gouvernement laisse entendre aussi qu’il voudrait aider plus les petites entreprises mais qu’il en serait empêché par les syndicats de salariés qui défendraient les grandes entreprises et autres entreprises publiques. C’est encore le gouvernement qui fait croire que les fonctionnaires seraient des privilégiés, les cheminots par exemple.

A tout cela, les appareils syndicaux ne répliquent quasiment pas ! Ils acceptent de continuer à participer à toutes les négociations alors que tout le monde sait que d’y participer ne permet même pas de limiter la casse et que cela sert au gouvernement à crédibiliser l’idée qu’il y aurait eu un accord et un soutien syndical.

D’ailleurs le gouvernement sait bien que des « mobilisations » comme celle du 9 avril ne sont que des simulacres qui ne sont nullement faits pour lui imposer de reculer sur ses attaques. Les centrales affirment qu’elles ont mobilisé pour « se faire entendre » et, en somme, pour négocier plus favorablement et donc pas pour se donner les moyens de bloquer les contre-réformes. Et le gouvernement ne leur reproche même pas leur journée d’action, d’autant qu’il ne s’agissait nullement d’un appel national à faire grève et pas même un appel à s’assembler dans tous les lieux de travail du pays et encore moins à converger dans les luttes, ni à combattre l’isolement des luttes en cours. Hollande et Valls savent très bien que les centrales syndicales ont besoin de ce type de journées pour conserver leur influence sur leur base militante et sur leur milieu syndical et que c’est bien le minimum qu’elles pouvaient faire en un moment où les salariés constatent par eux-mêmes que les luttes isolées ne paient pas et sont toutes défaites. Sans ce type de fausses actions, les centrales syndicales ne pourraient pas jouer le rôle de canalisateur et d’étouffoir de la lutte sociale et, en particulier, son rôle de tampon pour empêcher l’action directe des travailleurs et son rôle de fausse direction pour éviter que les travailleurs se donnent eux-mêmes une vraie direction en constituant dans tout le pays un réseau de comités de salariés fédérés et coordonnés régionalement et nationalement.

En maintenant les fictions de négociations nationales avec le patronat et le gouvernement, les syndicats détournent la colère ouvrière et évitent qu’elle retombe sur les vrais responsables de cette société et de son échec. Ils font croire que ce qui manquerait serait un poids plus grand des appareils syndicaux pour s’en servir afin de négocier et que ce poids pourrait être obtenu en étant plus nombreux dans la rue à la prochaine… journée d’action.

Ce n’est pas un hasard si patronat et Etat financent massivement les appareils syndicaux, bien au-delà des revenus que ces syndicats tirent des cotisations : ils servent directement les intérêts de nos ennemis, même si les militants de base croient honnêtement agir au mieux des intérêts de la classe ouvrière.

Le seul avenir ne peut venir que de notre prise de conscience des intérêts de classe des travailleurs et de leur opposition irrémédiable aux intérêts des patrons et de l’Etat et de la prise de conscience que le réformisme des syndicats ne sert que les contre-réforme et désarme la classe ouvrière, socialement comme politiquement.

Le seul avenir ne peut provenir que d’une vague d’auto-organisation par laquelle les travailleurs décideraient de s’assembler pour définir eux-mêmes leurs objectifs et moyens de lutter, pour débattre de la situation et des moyens d’y faire face, en n’acceptant aucune des barrières entre diverses catégories de salariés, en n’acceptant plus de suivre aveuglément les bureaucraties syndicales, en n’acceptant plus de respecter la loi du capital, celle qui autorise les licenciements, les fermetures d’entreprises, les expulsions, les arrestations de travailleurs luttant pour leur emploi, les blocages de comptes en banque des particuliers, les coupures de courant, de gaz et d’eau, les réductions de l’accès à la santé, à l’éducation, aux aides sociales…

Le seul avenir des travailleurs est de cesser d’accrocher leurs espoirs au Titanic du capitalisme en train de sombrer.

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