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Quand les pigeons roucoulent en se prenant pour des aigles…

jeudi 4 décembre 2014, par Robert Paris

Quand les pigeons roucoulent en se prenant pour des aigles…

Le gouvernement, avec notamment Valls et Macron, se donnent l’air de réprimander sèchement le patronat et le MEDEF pour avoir refusé d’embaucher, ce qui était censé selon eux être la contrepartie des 41 milliards d’euros de cadeaux, présentés comme « pacte de responsabilité », par une baisse des charges des entreprises. Sauf que les 41 milliards d’euros n’étaient nullement conditionnés et que le même gouvernement est justement en train de s’engager qu’aucun changement de politique fiscale ne puisse devenir défavorable aux patrons ! Leur ton élevé contre le MEDEF et Gattaz ne sert qu’à jouer la comédie d’un affrontement avec le patronat, affrontement que le patronat met lui aussi en scène par sa semaine d’action.

Ce sont les patrons qui organisent en effet sept jours de protestation en se prétendant les pigeons de cette société. L’Etat les vole. La crise les frappe. Les lois les défavorisent. C’est ce qu’ils prétendent.

Ce sont pourtant les salariés qui perdent leurs emplois, qui voient leurs salaires rognés, qui n’ont plus que des CDD, qui subissent précarité et chômage, qui perdent leurs allocations, qui sont expulsés de leurs logements, qui n’ont plus droit à des comptes en banque, qui sont en surendettement, qui ne parviennent plus à joindre les deux bouts, au point de craindre toute dépense supplémentaire, au point d’avoir peur de l’arrivée de Noël… Ce n’est pas les patrons des trusts, ni leurs gros actionnaires à qui tout cela arrive, bien entendu, puisque, malgré la crise, les gros patrons n’ont jamais été aussi riches…

Cela ne les empêche pas de protester haut et fort, sachant que plus ils se plaignent plus ce gouvernement « de gauche » se déballonne devant eux.

Hollande-Valls, voilà un gouvernement prêt à tout pour plaire au patronat. Et ce dernier a bénéficié de suppressions massives d’impôts, de taxes, de toutes sortes de ponctions, à rajouter à des aides et soutiens de centaines de milliards d’euros, de l’Etat, des collectivités locales, de l’Europe et on en passe… Et ces volatiles trop nourris voudraient encore se faire passer pour les pigeons que l’Etat plume !

La crise économique a bon dos. Certes, le monde capitaliste ne s’est pas relevé de son effondrement mondial de 2007-2008. Certes, l’activité économique ne se maintient que grâce aux aides étatiques. Mais cela ne provient nullement des difficultés financières des capitalistes. Ces derniers ne manquent pas d’argent mais de raisons de l’investir dans l’activité économique. Et l’Etat, loin de les y pousser, supplée leurs désinvestissements massifs dans la production et le commerce, tout en fournissant des milliers de milliards aux banques, à la finance, aux bourses et aux spéculateurs pour que leurs investissements spéculatifs et financiers continuent à leur rapporter grâce à la garantie de l’Etat qui s’endette sans cesse plus en leur faveur.

Voilà qui n’empêche pas ces patrons de prétendre que, pour combler le déficit de l’Etat, il faudrait s’attaquer aux salariés, aux fonctionnaires par exemple. Et pour combler les trous prétendus de la trésorerie des entreprises, il faudrait encore s’en prendre aux salariés, en favorisant le droit de licencier. Au moment même où il est plus difficile, et même quasiment impossible, de trouver un emploi stable, les voilà qui clament « à bas le CDI ! ».

Certes, les grands patrons ne s’avancent pas à découvert. Ils se cachent derrière le nuage de tous les petits patrons qui, eux, sont effectivement bien plus menacés par la crise, par les impôts, par les dettes, par l’atonie de l’économie. Les trusts et les banques, sans cesse défendus par le pouvoir central, par l’Etat, par les banques centrales, sont les véritables responsables de la situation pourrie de l’économie et n’ont nullement eu à pâtir de la crise alors même qu’ils étaient en faillite. C’est de ces trusts et de ces banques qui refusent de les financer que pâtissent les petits patrons, pourtant, ils sont organisés et interviennent ensemble avec le grand capital au sein des syndicats patronaux, dans les actions patronales et dans les pressions qu’ils exercent sur les gouvernants. Les petits agriculteurs ont toujours eu à pâtir de cette action commune de la paysannerie aux côtés des capitalistes de la terre.

Ceux qui sont réellement victimes de la crise s’alliant avec ceux dont ils sont les victimes, quel meilleur moyen de continuer à être grugés ?

Les « syndicats » des patrons n’ont pas cessé de mettre sur le devant de la scène les petits patrons, comme ils le font encore pour cette « semaine d’action » et c’est quand même les grands patrons qui ne cessent de bénéficier des mesures obtenues auprès des gouvernants.

Quant au mouvement ouvrier, il n’a pas levé le petit doigt pour offrir une autre alternative que l’alliance, contre lui, des petits patrons et des grands. Il n’a nullement cherché à s’adresser à la petite bourgeoisie. Bien au contraire, CGT et CFDT ont profité d’une des mobilisations organisées par la bourgeoisie en Bretagne, les fameux bonnets rouges, pour présenter un front commun des syndicats contre les petits patrons et aux côtés du gouvernement qui est celui à la botte du grand patronat, même s’il se prétend de gauche et est formé de petits copains des dirigeants des appareils syndicaux, CGT et CFDT notamment.

La gauche gouvernementale, si prompte à débourser des centaines de milliards d’euros dès qu’il s’agit de « sauver » la banque Dexia ou le trust Peugeot, pour aider les marchés financiers et tous les capitalistes, n’a jamais donné un centime pour aider les petits agriculteurs, les petits commerçants, les petits artisans, les petits pêcheurs et les petits industriels. Soutenir cette « gauche » gouvernementale, comme l’ont fait les dirigeants syndicaux, ce n’est nullement soutenir les milieux populaires, ni ceux de la classe ouvrière, ni ceux de la petite bourgeoisie. C’est au contraire soutenir une politique exclusivement au service du grand patronat. Non seulement les dirigeants syndicaux ont appelé à voter pour ce gouvernement mais ils se gardent de trop l’embarrasser. Ils se sont plus mobilisés en Bretagne contre les bonnets rouges et en soutien au gouvernement que contre les capitalistes, les banquiers et autres financiers que soutient ce gouvernement. Quel syndicat a dénoncé les centaines de milliards pour aider les trusts et les banques ? Aucun ! Certes, ils protestent contre l’austérité. Mais ils ne se donnent nullement les moyens d’unir les salariés entre catégories diverses et cherchent encore moins à les unir aux milieux populaires frappés par la crise, que ce soit les petits bourgeois, les chômeurs, les jeunes ou les femmes.

Les syndicats n’ont mené que des actions revendicatives par corporation et n’ont jamais développé un programme d’ensemble offrant à la société une perspective face à la crise du capitalisme. Il y a belle lurette qu’ils ne placent plus les luttes de la classe ouvrière dans une perspective de contestation du capitalisme.

Quand le capitalisme s’effondre, la petite bourgeoisie perd confiance dans le système. Cela se traduit notamment par une perte de confiance dans le système politique. Elle ne croit plus à la démocratie bourgeoise. Mais elle perd également confiance dans le consensus social. Elle estime que, si elle est frappée, c’est de la faute des dépenses de l’Etat en faveur des salariés et notamment des fonctionnaires, des chômeurs, des banlieues, des immigrés. Les revendications syndicales, en restant sur le terrain corporatif, loin de l’aider à prendre conscience de la réalité sociale, l’enfoncent dans ses préjugés contre les salariés, contre les syndicats, contre les droits des salariés à s’organiser et à se défendre. En somme, elle commence à être attirée par le fascisme qui est justement la destruction des droits démocratiques et sociaux, tout particulièrement ceux des travailleurs, par la mobilisation de masse des petits bourgeois en colère du fait de la crise du capitalisme.

L’avenir de cette situation de plus en plus critique dépendra de la classe qui emportera la sympathie de la petite bourgeoisie et de la jeunesse : la bourgeoisie ou le prolétariat, le Capital ou le Travail.

Si c’est le grand patronat qui gagne cette bataille là, ce sera bien plus grave qu’un simple recul social. Ce sera la destruction de tout ce qui permet à la classe ouvrière de se défendre et d’exister. Le fascisme en Allemagne en a donné une parfaite illustration.

Si c’est la classe ouvrière qui se révèle capable, au travers de la crise du capitalisme, d’affirmer une perspective politique et sociale, s’adressant à toutes les couches laborieuses, c’est le grand capital qui sera menacé dans sa domination. L’alliance de la classe ouvrière et la petite bourgeoisie, ainsi que de la jeunesse et des femmes, c’est ce qui a caractérisé aussi bien la Commune de Paris que la révolution d’Octobre, pour ne citer que ces révolutions-là.

En effet, pour faire face à la situation de crise sociale et politique actuelle, il ne suffit pas que la classe ouvrière revendique, face grève, se mobilise de manière nombreuse. Il ne suffit même pas qu’elle mène des journées d’action nombreuses et réussies ou même une vraie grève générale. Il ne suffit qu’elle suive les directions bureaucratiques et bourgeoises des appareils syndicaux. Il faut que, dans son action, elle apparaisse pour ce qu’elle est potentiellement : la dirigeante de l’ensemble des milieux populaires qui ne sont pas du côté du grand capital. Il faut qu’elle lance un véritable programme de classe. Il faut qu’elle lance également ses propres formes d’organisation, au travers de conseils, de comités, de coordinations, de collectifs de toutes sortes qui expriment sa volonté d’imposer ses solutions à la société en crise et que les autres couches sociales populaires soient entraînées par ce mouvement.

Certes, un grande partie de la petite bourgeoisie est très loin de pencher, immédiatement ni facilement, vers le prolétariat et elle aurait même plus facilement tendance à pencher exactement dans le sens inverse. Il est bien plus facile apparemment de mobiliser les gueulards de la petite bourgeoisie contre les salariés et leurs syndicats, contre les chômeurs, contre les immigrés ou contre les banlieues, que contre le grand capital qui est pourtant le seul responsable et le seul profiteur de la crise actuelle. Quant aux gouvernants, si la petite bourgeoisie se tourne contre eux, c’est plutôt pour les accuser de trop financer les salaires, les retraites, les chômeurs, etc…

Cela ne doit pas nous cacher que l’aggravation de la crise entraîne immanquablement la petite bourgeoisie à cesser d’appuyer le système social dominant, ce qui change totalement la situation pour un prolétariat qui passerait lui-même d’une acceptation du système à sa remise en cause radicale.

C’est seulement en apparaissant capable de frapper dur contre le grand capital que le prolétariat peut entraîner la sympathie de la petite bourgeoisie, de la jeunesse, des femmes et des chômeurs, de toutes les victimes de la société actuelle.

Par contre, si la classe ouvrière ne se donne pas les moyens de développer son propre programme social en direction de toutes ces couches intermédiaires, s’il laisse la grande bourgeoisie organiser la colère des petits bourgeois contre elle, organiser aussi la jeunesse ou les chômeurs contre ceux qui ont un travail, alors la porte sera ouverte au fascisme avec tout son cortège de souffrances sans nombre.

Le danger du fascisme ne réside pas dans un vote pour Le Pen ou pour un autre groupe d’extrême droite. Il n’est pas électoral et il n’est pas lié à la politique politicienne. C’est la relation entre les classes sociales de la société civile qui détermine son risque et les moyens de le combattre. Ce n’est pas le triomphe électoral qui a donné le pouvoir à Hitler. Au contraire, quand il a gagné les élections en Allemagne, la bourgeoisie s’est momentanément détourné de lui. C’est après des défaites électorales et face à la montée ouvrière communiste que la bourgeoisie lui a donné les rênes du pouvoir.

Le fascisme ne monte pas du fait des affrontements politiciens, du fait du crédit de Le Pen. C’est dans toute l’Europe que les petits bourgeois, excités contre les partis classiques de la bourgeoisie de gauche comme de droite, se tournent vers ces partis d’extrême droite. Et cela concerne bien au-delà de l’Europe, des USA à l’Asie, en passant par l’Ukraine et l’Irak. Les partis intégristes musulmans sont la traduction d’extrême droite s’appuyant sur l’Islam. Ils font parti d’un même mouvement vers le fascisme, à l’échelle du monde. C’est la réponse de la grande bourgeoisie à l’effondrement du système dû à la crise de 2007 et à la vague des révolutions qui a suivi et se poursuit actuellement, notamment du Burkina Faso à la Bosnie.

Face à la révolution sociale qui menace, la grande bourgeoisie préfère faire appel aux bandes fascistes qui terrorisent la population, qui écrasent les droits démocratiques, comme elle le fait actuellement de l’Ukraine au Nigeria.

Loin d’être une réponse à la montée fasciste, les partis bourgeois, de gauche ou de droite, sont, en période de crise du système, des faire-valoirs des politiques d’extrême droite. C’est eux qui justifient de s’en prendre aux immigrés, aux fonctionnaires, aux salariés, aux droits sociaux et politiques. C’est eux qui contribuent à discréditer la démocratie bourgeoise, à démanteler les organisations syndicales, à discréditer le syndicalisme ouvrier. C’est eux quid détruisent la législation du travail, les droits des salariés, les tribunaux de prud’hommes, les services publics, la sécu et on en passe… C’est eux qui créditent l’idée que ce seraient les patrons qui créeraient les emplois et ce seraient les exigences exagérées des salariés qui détruiraient des emplois. C’est eux qui font croire qu’il y aurait trop de fonctionnaires et que cela plomberait les finances de l’Etat alors que les patrons créeraient des finances étatiques saines. Etc, etc… Tout le discours fasciste selon lequel l’étranger menace la France, la concurrence économique, le terrorisme, les dictatures seraient tous des ennemis que la France doit combattre les armes à la main, à l’intérieur comme à l’extérieur, le voilà le discours fasciste aussi bien de la gauche gouvernementale que de la droite ou de l’extrême droite. La voilà la démagogie qui monte pour faire face aux risques de montée sociale….

Le fascisme n’est pas le seul produit des partis politiques bourgeois, des impasses de la démocratie bourgeoise. C’est d’abord un besoin des classes dirigeantes, pour répondre aux risques des situations sociales et politiques critiques suite à la crise mondiale. A chaque fois que la bourgeoisie capitaliste se retrouve en face de l’alternative : révolution sociale ou contre-révolution fasciste, il est inutile de demander quel est son choix. Il faut seulement se demander quel sera le nôtre, à nous travailleurs. Saurons-nous nous montrer à la hauteur des enjeux, telle est la seule question à se poser.

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