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Un débat avec le Collectif Révolution Permanente

dimanche 31 août 2014, par Robert Paris

La lettre du COREP à Voix des Travailleurs

PDF - 296.2 ko

Ici le site du Collectif Révolution Permanente

Nous diffusons ci-joint la lettre que nous a envoyé le COREP et à laquelle nous répondons ensuite. Le débat est ouvert sur ce thème...

Voix des Travailleurs

Ici le texte de Voix des Travailleurs qui est discuté dans cette lettre du COREP


Une réponse de Robert Paris au COREP pour lancer le débat :

Le principal problème politique soulevé par la lettre de nos amis et camarades du COREP (et nous tenons à les remercier de souhaiter poursuivre le débat avec sérieux et persévérance, ce qui est également notre intention) est celui qui est formulé ainsi : « Pour sa part, l’éditorialiste se lance dans un raccourci mécaniste : le « monde capitaliste » a fait son temps et la révolution monte ; par conséquent, le « monde capitaliste » décide « la guerre » pour l’empêcher… De toute façon, l’exemple des « précédentes guerres mondiales » invalide son interprétation cavalière… Le seul pays impérialiste où se produit une montée révolutionnaire avant la 1ère guerre mondiale est la Russie. Or, ce n’est pas le tsar qui déclenche la guerre. »

Il est exact que la Russie tsariste, qui a chuté en 1917, avait été menacée par la montée révolutionnaire prolétarienne avant la première guerre mondiale, dès 1905 mais aussi de 1910 à 1914. Mais ce n’est pas un cas isolé. L’empire chinois a commencé à être menacé à partir des années 1910 par la montée révolutionnaire ainsi que toute l’Asie comme le relève Lénine en 1913 dans son texte « L’Europe arriérée et l’Asie avancée » : « Des centaines de millions d’hommes s’éveillent à la vie, à la lumière, à la liberté. Quel enthousiasme ce mouvement universel provoque dans le cœur de tous les ouvriers conscients… ». Là non plus, il ne s’agit pas d’un cas à part : tous les empires sont menacés : si l’empire français a chuté en 1871, les empires ottoman, austro-hongrois, russe et allemande, qui vont chuter après 1918, sont également menacés par des montées des sentiments révolutionnaires des masses avant 1914

Sur ce point, je renvoie ces camarades au texte de Voix des Travailleurs :

Il y a cent ans, la première guerre mondiale (1914-1918) démarrait. Oui, mais pour quelle raison ?

La seconde guerre mondiale, causée par un risque révolutionnaire ?

La lettre du COREP poursuit : « Quant à la 2ème guerre mondiale, elle est plutôt le résultat de la contre-révolution (et de la trahison par les directions ouvrières).

Que je sache,1936 en France et en Espagne sont des débuts de révolutions (rappelons « la révolution française a commencé » de Trotsky) qui ont certes échoué mais pas simplement des contre-révolutions…

Trotsky écrit en 1938 « Le programme de transition » et, dans ce texte, il dresse une perspective pour une montée révolutionnaire. Aurait-il la berlue ?

Il y écrit : « Les prémisses objectives de la révolution prolétarienne ne sont pas seulement mûres ; elles ont même commencé à pourrir. Sans révolution socialiste, et cela dans la prochaine période historique, la civilisation humaine tout entière est menacée d’être emportée dans une catastrophe. Tout dépend du prolétariat, c’est-à-dire au premier chef de son avant-garde révolutionnaire. La crise historique de l’humanité se réduit à la crise de la direction révolutionnaire. »

Il analyse ainsi la situation mondiale :

« La prémisse économique de la révolution prolétarienne est arrivée depuis longtemps au point le plus élevé qui puisse être atteint sous le capitalisme. Les forces productives de l’humanité ont cessé de croître. Les nouvelles inventions et les nouveaux progrès techniques ne conduisent plus à un accroissement de la richesse matérielle. Les crises conjoncturelles, dans les conditions de la crise sociale de tout le système capitaliste, accablent les masses de privations et de souffrances toujours plus grandes. La croissance du chômage approfondit, à son tour, la crise financière de l’État et sape les systèmes monétaires ébranlés. Les gouvernements, tant démocratiques que fascistes, vont d’une banqueroute à l’autre. La bourgeoisie elle-même ne voit pas d’issue. Dans les pays où elle s’est déjà trouvée contrainte de miser son dernier enjeu sur la carte du fascisme, elle marche maintenant les yeux fermés à la catastrophe économique et militaire. Dans les pays historiquement privilégiés, c’est-à-dire ceux où elle peut encore se permettre, pendant quelque temps, le luxe de la démocratie aux dépens de l’accumulation nationale antérieure (Grande-Bretagne, France, États-Unis, etc.), tous les partis traditionnels du capital se trouvent dans une situation de désarroi qui frise, par moments, la paralysie de la volonté. »

Ne pas y voir une situation objectivement révolutionnaire et y voir seulement une situation contre-révolutionnaire est à la fois absurde et d’un défaitisme total du point de vue du prolétariat… Ce point de vue n’est nullement celui de Trotsky puisque le même programme se donne comme objectif : les soviets ! C’est même l’objet d’un chapitre entier de la brochure alors que Trotsky y précise : « Les soviets ne peuvent naître que là où le mouvement des masses entre dans un stade ouvertement révolutionnaire. »

Dans le chapitre « les comités d’usine », Trotsky écrit : « Que la propagande pour les comités d’usine ne soit ni prématurée ni artificielle, c’est ce que démontrent amplement les vagues d’occupations d’usines qui ont déferlé sur un certain nombre de pays. De nouvelles vagues de ce genre sont inévitables dans un prochain avenir. Il est nécessaire d’ouvrir à temps une campagne en faveur des comités d’usine pour ne pas se trouver pris à l’improviste. »

Donc Trotsky envisage bel et bien une situation révolutionnaire en 1938, juste avant que la guerre éclate et c’est bien la guerre mondiale qui va donner un coup d’arrêt à cette perspective révolutionnaire qui menace que le COREP n’a pas vu mais que la bourgeoisie mondiale a très bien vu…

C’est en juin 1934 que Trotsky écrivait « La catastrophique crise commerciale, industrielle, agraire et financière, la rupture des liens économiques, le déclin des forces productives de l’humanité, l’insupportable aggravation des contradictions de classe et des contradictions nationales marquent le crépuscule du capitalisme et confirment pleinement la caractérisation par Lénine de notre époque comme celle des guerres et des révolutions. » dans sa brochure La guerre et la IVe Internationale.

Et il rajoutait : « A l’intérieur de chaque pays, l’impasse historique du capitalisme s’exprime dans le chômage chronique, la baisse du niveau de vie des ouvriers, la ruine de la petite bourgeoisie urbaine et de la paysannerie, la décomposition et le déclin de l’Etat parlementaire, dans l’empoisonnement monstrueux du peuple par une démagogie « sociale » et « nationale » face à la liquidation dans la réalité des réformes sociales, la mise à l’écart et le remplacement des vieux partis dirigeants par un appareil militaro-policier nu (le bonapartisme du déclin capitaliste), dans les progrès du fascisme, son arrivée au pouvoir et l’écrasement de toutes les organisations prolétariennes sous sa botte. Sur l’arène mondiale, les mêmes processus sont en train de nettoyer les derniers restes de stabilité dans les relations internationales, plaçant sur la lame du couteau tous les conflits entre Etats, exposant la futilité des tendances pacifistes, déclenchant la croissance des armements à un niveau technique supérieur et conduisant ainsi à une nouvelle guerre impérialiste dont le fascisme est l’artificier et l’organisateur le plus consistant. De l’autre côté, le fait qu’apparaisse la nature profondément réactionnaire, putréfiée et pillarde du capitalisme moderne, la destruction de la démocratie, du réformisme et du pacifisme, le besoin ardent et brûlant pour le prolétariat d’échapper au désastre imminent mettent à l’ordre du jour la révolution internationale avec une force renouvelée. »

Rappelons que, pour le mouvement prolétarien en France, Trotsky concluait son article La révolution française a commencé, du 9 juin 1936 :

« L’organisation de combat ne coïnciderait pas avec le parti, même s’il existait en France un parti révolutionnaire de masse, car le mouvement est incomparablement plus large qu’un parti. L’organisation de combat ne peut pas non plus coïncider avec les syndicats, qui n’embrassent qu’une partie insignifiante de la classe et sont soumis à une bureaucratie archi-réactionnaire. La nouvelle organisation doit répondre à la nature du mouvement lui-même, refléter la masse en lutte, exprimer sa volonté la plus arrêtée. Il s’agit d’un gouvernement direct de la classe révolutionnaire. Il n’est pas besoin ici d’inventer des formes nouvelles : il y a des précédents historiques. Les ateliers et les usines élisent leurs députés, qui se réunissent pour élaborer en commun les plans de la lutte et pour la diriger. Il n’y a même pas à inventer de nom pour une telle organisation : ce sont les soviets de députés ouvriers. Le gros des ouvriers révolutionnaires marche aujourd’hui derrière le Parti communiste. Plus d’une fois dans le passé, ils ont crié : "Les soviets partout !", et la majorité a sans doute pris ce mot d’ordre au sérieux. Il fut un temps où nous pensions qu’il n’était pas opportun, mais, aujourd’hui, la situation ,a changé du tout au tout. Le puissant conflit des classes va vers son redoutable dénouement. Celui qui hésite et qui perd du temps est un traître. Il faut choisir entre la plus grande des victoires historiques et la plus terrible des défaites. Il faut préparer la victoire. "Les soviets partout ?" D’accord. Mais il est temps de passer des paroles aux actes. »

Il faut rajouter à la révolution de 1936 en France et en Espagne, février 1934 en Autriche (qui y font échouer la contre-révolution fasciste), débuts insurrectionnels en Espagne en 1934, multiples révoltes de 1934 (Haïti où les troupes américaines sont contraintes de quitter l’île), grève générale au Portugal, révolte des tribus de l’Euphrate (Irak), les émeutes à Java, grèves à Dakar (1935-1937), grèves en Afrique du sud (1935), émeutes aux Antilles (1935), révolte au Brésil (1935), révolte en Irak (1935), révolution sociale de 1936-1939 en Palestine, les soulèvements de 1936 en Indochine (notamment les grandes grèves de 1936-1937),et dans la même année 1936 : grève générale de Buenos Aires et agitation ouvrière en Argentine, insurrection général en Mongolie contre le Japon, insurrection de Syrie (1935-1936), grève générale en Belgique, révolte des kurdes de Turquie (1937-1938), émeutes en Tunisie (1938), grève générale au Kenya (1939), émeute populaire en Irak (1939), etc…

Rappelons aussi la montée révolutionnaire qui se développait en Inde, juste avant l’éclatement de la deuxième guerre mondiale. En 1935, la révolution sociale gronde dans le petit Etat de Râjkot. Le peuple de cet Etat est en insurrection pour renverser le souverain. Gandhi sort de sa relative retraite pour sauver ce souverain… La montée de la révolte sociale culminait dans la 2 octobre 1939, à laquelle participèrent 90 000 ouvriers de l’industrie de Bombay. Pour détourner cette montée spontanée des masses, Gandhi lança la salt satyagraha (mouvement de résistance non-violent contre le monopole du sel détenu par les Britanniques) au début des années en 1930.

Certes, les contre-révolutions sont bien plus nombreuses dans cette période que les révolutions, par exemple les mises en place de dictatures et de mouvements fascistes, mais elles manifestent de la même crainte de la montée révolutionnaire par les classes dirigeantes

C’est encore la crainte d’une remontée révolutionnaire par Staline qui amène la violence des « procès de Moscou ». C’est toujours elle qui va amener conjointement Hitler et Staline à massacrer les Juifs de Pologne.

Certes, la fin des années 30 est une période de contre-révolutions. N’oublions pas qu’une période de contre-révolution est aussi une période de révolution, qu’une période où les classes dirigeantes mettent à l’ordre du jour les méthodes contre-révolutionnaires est aussi une période où est à l’ordre du jour pour les opprimés la méthode révolutionnaire. Il n’existe pas de situation où les classes dirigeantes gouvernent tranquillement sans crainte des masses et enclenchent pourtant des contre-révolutions violentes. Comme l’affirmait Marx dans la Nouvelle Gazette Rhénane du 10 décembre 1848 « Nous ne l’avons jamais caché. Notre terrain, ce n’est pas le terrain juridique, c’est le terrain révolutionnaire. Le gouvernement vient de renoncer pour sa part à l’hypocrisie du terrain juridique. Il s’est placé sur un terrain révolutionnaire, car le terrain contre-révolutionnaire lui aussi est révolutionnaire. »

Nous avons assisté ces dernières années à la transformation en guerre de multiples situations de crises révolutionnaires dans plusieurs pays, et inversement, de la Côte d’Ivoire (crise en 1999 et guerre en 2001) à la Syrie (crise 2011 en et guerre depuis 2012), de la Libye (crise en janvier 2011 et guerre en mars 2011) au Mali (guerre en janvier 2012 et crise en mars 2012) et du Liban (crise en 1975 et guerre en 1976) à l’Algérie (crise en 1988 et guerre en 1990). Et ce ne sont que des exemples. On pourrait également citer certains pays d’Asie et d’Amérique du sud.

La guerre est un dérivatif classique des situations révolutionnaires, celles où les classes dirigeantes ne peuvent plus diriger. Quand Napoléon III se lance dans la guerre franco-allemande, quand la Prusse en fait autant, les deux font le choix risqué de la fuite en avant guerrière car les deux se retrouvent devant une montée du mouvement ouvrier et socialiste qui menace directement la domination de la bourgeoisie. L’échec de Napoléon III et sa chute provoque plusieurs révolutions à Paris, et finit par mener au pouvoir ouvrier de la Commune en 1871.

Quand la Russie entre en guerre avec le Japon, en 1904, la menace révolutionnaire monte et elle va réapparaitre après la guerre, en 1905. Quand la bourgeoisie européenne fait le choix de la guerre mondiale en 1914, la révolution monte dans tous les empires (russe, austro-hongrois et ottoman) et c’est face à une nouvelle crise économique, alors que la catastrophe de la précédente manifeste pleinement ses effets notamment en Allemagne qu’elle décide de casser momentanément les risques révolutionnaire par l’entrée en guerre. La fin de la guerre verra réapparaitre la révolution sociale, particulièrement dans tous les pays vaincus, notamment l’Allemagne, l’empire ottoman et les faux vainqueurs comme l’Italie.

Transformer la révolution sociale en guerre est tout aussi classique comme politique des classes dirigeantes et c’est ce que l’on a remarqué lors de la révolution espagnole. C’est en prétendant qu’il fallait interrompre la révolution sociale pour mener une guerre classique contre franco que les partis républicain, socialiste et stalinien ont cassé l’élan révolutionnaire et permis le triomphe du fascisme. Un exemple plus ancien est la tentative des girondins de casser l’élan révolutionnaire en poussant à la guerre contre les puissances européennes.

L’autre lien, classique lui aussi, c’est la guerre qui se transforme en révolution. Là aussi, on trouve l’exemple dans la révolution française avec la révolution jacobine qui découle de la révolte du peuple contre les trahisons des Girondins dans la guerre contre les puissances européennes. On l’a vu aussi en Russie, en 1905, suite à la défaite militaire contre le Japon. On l’a vu dans la vague révolutionnaire en Europe à partir de 1917, pendant la guerre mondiale inter-impérialiste. C’est même la révolution prolétarienne qui a contraint les bourgeoisies européennes à arrêter leur guerre, ce qui n’a pas empêché l’éclatement des révolutions dans les pays vaincus. On l’a vu dans la vague révolutionnaire en Asie après la deuxième guerre mondiale, suite à la défaite japonaise.

Dès que la crise de la domination capitaliste atteint son sommet, l’alternative guerre ou révolution devient inévitable.

Et la première guerre mondiale, causée préventivement par une montée révolutionnaire menaçante ?

Quant à la première guerre mondiale, issue de la crise capitaliste de 1907, comme la deuxième est issue de la crise capitaliste de 1929, elle est issue non seulement de contradictions critiques sur le plan économique mais aussi social et politique, c’est-à-dire de la lutte des classes : grandes grèves en Espagne (1910-1914), et dans l’année 1910 : début de la révolution mexicaine, insurrection au Maroc, révolte au Brésil, révolution politique au Portugal, manifestations politiques de masse en Allemagne, grève des cheminots devenant grève générale en France, … 1910, c’est aussi la révolte des Albanais contre l’empire ottoman, la révolte des Abès de Côte d’Ivoire, la révolte des vignerons de Champagne, la révolte des peuples du Gabon, la révolte ouvrière internationale contre la condamnation de Durand, charbonnier du Havre, la révolte des marins brésiliens, les débuts de la révolte en Arabie, les révoltes des peuples de la boucle du Niger et, en France, la révolte des ménagères, la révolution mexicaine, la révolte des pêcheurs de Rivière-au-Renard au Québec, etc, etc... 1910, c’est en même temps la grève des cheminots en France, la montée ouvrière en Espagne, la grève de masse en Angleterre et en Irlande, la révolution républicaine au Portugal avec notamment l’obtention du droit de grève, les mouvements révolutionnaires basques en Espagne, les manifestations de masse pour le suffrage universel en Allemagne, le succès du mouvement pour le droit de vote des femmes en Suède, la manifestation de masse aux obsèques de Tolstoï, le soulèvement des peuples des Balkans, etc... Entre 1910 et 1914, la classe ouvrière en Grande-Bretagne et en Irlande déclencha des vagues successives de grèves massives avec un souffle et une hargne sans précédent contre tous les secteurs-clefs du capital, grèves qui balayèrent tous les mythes soigneusement fabriqués sur la passivité de la classe ouvrière anglaise qui avaient fleuri pendant la précédente époque de prospérité capitaliste. Et n’oubliez pas le 8 mars 1910 : première journée internationale des femmes !!!

Rappelons aussi les grèves de 1910 en Allemagne qui ont suscité un débat intense de 1910 à 1912 entre révolutionnaires et réformistes au sein de la social-démocratie allemande, notamment entre Rosa Luxemburg et Pannekoek d’un côté et Kautsky de l’autre (polémique largement moins connue que celle de 1905 à propos de la révolution russe), grèves dans lesquelles la social-démocratie avait joué le rôle de frein de luttes spontanées. Et aussi, à la même époque, le mouvement de masse en Allemagne en faveur de la république, de janvier à mars 1910 conjointement aux grandes grèves des mines et du bâtiment, situation où la direction social-démocrate a joué le rôle de frein, ce dont l’accuse l’aile révolutionnaire de la social-démocratie. Rosa relance ainsi le débat sur la grève de masse ce qui sous-entend une situation pré-révolutionnaire. Rosa Luxemburg compare même l’Allemagne de 1910 à la Russie de 1905 ! Alors que l’Allemagne connaît sa pire crise économique depuis 1907 avec un chômage de masse, qu’elle connaît également une crise de son régime politique, qui impose à celui-ci des réformes démocratiques inconnues jusque là, la social-démocratie et la direction des syndicats font tout pour temporiser, refusent de prendre la tête des mouvements spontanés. En 1911, Kautsky lui-même est contraint de décrire ainsi la situation en Europe : « C’est devenu une vérité d’évidence : les luttes politiques et économiques contemporaines débouchent toujours plus sur des actions de masse. » (article intitulé « L’action de masse ») Et en 1912, le même Kautsky écrit dans « La nouvelle tactique » : « Le point de départ de la critique de Pannekoek est la série d’articles que j’ai publiés l’automne dernier à propos de « l’action de masse » dans la Neue Zeit, articles eux-mêmes suscités par les troubles qui avaient lieu peu de temps auparavant en Angleterre, en France et en Autriche, conjointement à des grèves de très grande ampleur (en août en Angleterre) et à des manifestations contre la hausse des prix (en septembre en France et en Autriche). A ces troubles avaient pris part essentiellement des masses inorganisées… Je parvins à cette conclusion que, dans ce contexte marqué par l’aiguisement constant des conflits entre les classes, par la hausse des prix et le danger de guerre, on pouvait être certain que la combinaison de l’action du prolétariat organisé avec celle des grandes masses inorganisées promettait d’être un facteur important. » Malgré toute l’hypocrisie réformiste de Kautsky, il est capable de remarquer « l’aiguisement constant des conflits entre les classes » entre 1910 et 1911 en Europe !

A propos des grèves ouvrières en France de 1910, dans « Les hommes de bonne volonté » (tome « La montée des périls »), Jules Romains développe la thèse selon laquelle l’Etat bourgeois et les classes dirigeantes ont lancé la guerre mondiale pour fuir les risques révolutionnaires prolétariens.

Ainsi il conclue le chapitre précédemment cité par :

« Si l’ouragan avait communiqué à Paris, et dans une certaine mesure, à quelques grandes villes, un tremblement pathétique, il avait à peine eu le temps d’être perçu au cœur des provinces… Mais ces huit jours devaient longuement agir par la suite, et même selon des voies peu apparentes ou détournées. Pas un village au fond des provinces, pas un homme, qui ne dût tôt ou tard en ressentir les effets » Pas étonnant car les effets, c’est la peur de la bourgeoisie qui la mène à la guerre. Le chapitre suivant présente deux grands bourgeois industriels en train de peser les conséquences de la grève des cheminots. L’un dit : « Les meneurs n’ont qu’un but : la révolution sociale. Les grèves, les réclamations sur tel ou tel point, c’est pour tenir leurs troupes en haleine… » Il s’inquiète et montrant son usine : « Nous nous donnons beaucoup de mal… Ce n’est peut-être pas nous qui utiliserons ce que nous sommes en train de construire…. Je commence à me demander si nous nous en tirerons autrement que par une guerre… »

Jules Romains écrit : « Octobre 1910 venait d’être une époque d’une grande signification. Préparée dès l’été par un pullulement de grèves locales, annoncée de plus loin par une série de mouvements, d’inspiration syndicaliste, et de tendance révolutionnaire, dont les plus imposants avaient été la grève des postiers de mars 1909, et la grève des inscrits maritimes d’avril et mai 1910, la grève générale, tant de fois décrite par les voyants, ou située par les théoriciens dans le monde excitant des mythes, venait de faire son entrée dans le monde réel. Entrée semblable à un ouragan. Du fond du ciel chargé, le souffle accourut soudain, augmentant de violence à chaque heure, faisant trembler tout l’édifice social, donnant à ceux qui y étaient logés un frisson qu’ils ne connaissaient pas. Le 10, les cheminots de la Compagnie du Nord déclenchaient la grève. Le 11 et le 12, elle s’étendait à tous les réseaux. Le 15, elle était généralisée, au point d’intéresser la plupart des services dont dépendait la vie de la capitale. Pour la première fois, en somme, les deux Pouvoirs, campés l’un vis-à-vis de l’autre, en arrivaient à un véritable corps à corps. (…) Ce n’était pas encore la révolution. C’en était la répétition d’ensemble et éventuellement le prélude. Si les circonstances y aidaient, si les événements, une fois mis en branle, glissaient d’eux-mêmes vers la révolution, on pouvait penser que les meneurs ne feraient pas de grands efforts pour les arrêter sur la pente. »

Venons-en à la situation actuelle

Et d’abord à nouveau une crise profonde de l’économie mondiale entraîne une vague révolutionnaire qui débute au Maghreb et dans le monde arabe, atteint l’Afrique et le Brésil et menace le Moyen Orient. Après l’Egypte, un « printemps arabe » menace non seulement les territoires occupés par Israël (la Palestine) mais aussi Israël où se développe une révolte sociale contre les riches… Et le mouvement révolutionnaire atteint la Syrie, avant que les grandes puissances y mettent leur nez pour la transformer en guerre en soutenant de manière armée les islamistes radicaux qu’ils prétendent combattre…

A ce propos, on peut lire :

Vers un "printemps arabe" en Palestine...

Grève générale et révolte en Palestine

Syrie : les puissances impérialistes (anciennes contre nouvelles) transforment une révolte populaire du monde arabe en guerre inter-impérialiste

Quand Etat d’Israël, Autorité palestinienne, Hamas, Fatah, classes dirigeantes israélienne et palestinienne ont exactement le même but : éviter que la révolution du monde arabe ne se propage à la Palestine !

La vague de révolte atteint Israël

Luttes sociales en Israël : révolte contre les logements trop chers

Quel lien entre la "révolution arabe" et la crise mondiale du capitalisme ?

Tout cela est lié à la crise du capitalisme mondial et intégré par l’impérialisme dans la perspective de guerre mondiale pour éviter la révolution mondiale :

Les USA contre la Russie et la Chine

L’encerclement armé de la Chine et de la Russie, une politique de l’impérialisme américain et de ses alliés pour préparer une issue guerrière à l’effondrement du système

Révolution à Kiev ou guerre des blocs ?

Le lien entre crise capitaliste et guerre mondiale

Crise, guerre et révolution sont très liés et les dates déjà le montrent clairement :

La guerre de 1871 est liée à la crise de 1866 et à la crise de 1873. Révolution en 1871.

La guerre de 1914 est liée à la crise de 1907 et à la crise de 1913. Révolution en 1917.

La guerre de 1939 est liée à la crise de 1929 et à la crise de 1937. Révolution en 1945.

De nombreuses situations de l’histoire ont montré à quel point guerre et révolution sont imbriquées de même que les deux s’opposent. Dans ces situations de crise, guerre ou révolution sont des alternatives et des contraires dialectiques car, si la révolution ne l’emporte pas, si la guerre éclate, elle est alors elle-même menacée par la révolution, tout particulièrement en cas de défaite. La guerre peut se transformer en révolution comme la révolution en guerre.

D’abord, la guerre est un moyen de retarder, d’éviter, d’écraser les potentialités de la révolution. Ensuite, la révolution est une issue de la guerre.

La raison en est que les guerres n’ont pas que des motifs nationaux, économiques ou ethniques, ils ont d’abord des motifs de classe et guerre et révolution sont les opposés dialectiques dans la lutte de classes.

Nous avons assisté ces dernières années à la transformation en guerre de multiples situations de crises révolutionnaires dans plusieurs pays, et inversement, de la Côte d’Ivoire (crise en 1999 et guerre en 2001) à la Syrie (crise 2011 en et guerre depuis 2012), de la Libye (crise en janvier 2011 et guerre en mars 2011) au Mali (guerre en janvier 2012 et crise en mars 2012) et du Liban (crise en 1975 et guerre en 1976) à l’Algérie (crise en 1988 et guerre en 1990). Et ce ne sont que des exemples. On pourrait également citer certains pays d’Asie et d’Amérique du sud.

La guerre est un dérivatif classique des situations révolutionnaires, celles où les classes dirigeantes ne peuvent plus diriger. Quand Napoléon III se lance dans la guerre franco-allemande, quand la Prusse en fait autant, les deux font le choix risqué de la fuite en avant guerrière car les deux se retrouvent devant une montée du mouvement ouvrier et socialiste qui menace directement la domination de la bourgeoisie. L’échec de Napoléon III et sa chute provoque plusieurs révolutions à Paris, et finit par mener au pouvoir ouvrier de la Commune en 1871.

Quand la Russie entre en guerre avec le Japon, en 1904, la menace révolutionnaire monte et elle va réapparaitre après la guerre, en 1905. Quand la bourgeoisie européenne fait le choix de la guerre mondiale en 1914, la révolution monte dans tous les empires (russe, austro-hongrois et ottoman) et c’est face à une nouvelle crise économique, alors que la catastrophe de la précédente manifeste pleinement ses effets notamment en Allemagne qu’elle décide de casser momentanément les risques révolutionnaire par l’entrée en guerre. La fin de la guerre verra réapparaitre la révolution sociale, particulièrement dans tous les pays vaincus, notamment l’Allemagne, l’empire ottoman et les faux vainqueurs comme l’Italie.

Transformer la révolution sociale en guerre est tout aussi classique comme politique des classes dirigeantes et c’est ce que l’on a remarqué lors de la révolution espagnole. C’est en prétendant qu’il fallait interrompre la révolution sociale pour mener une guerre classique contre franco que les partis républicain, socialiste et stalinien ont cassé l’élan révolutionnaire et permis le triomphe du fascisme. Un exemple plus ancien est la tentative des girondins de casser l’élan révolutionnaire en poussant à la guerre contre les puissances européennes.

L’autre lien, classique lui aussi, c’est la guerre qui se transforme en révolution. Là aussi, on trouve l’exemple dans la révolution française avec la révolution jacobine qui découle de la révolte du peuple contre les trahisons des Girondins dans la guerre contre les puissances européennes. On l’a vu aussi en Russie, en 1905, suite à la défaite militaire contre le Japon. On l’a vu dans la vague révolutionnaire en Europe à partir de 1917, pendant la guerre mondiale inter-impérialiste. C’est même la révolution prolétarienne qui a contraint les bourgeoisies européennes à arrêter leur guerre, ce qui n’a pas empêché l’éclatement des révolutions dans les pays vaincus. On l’a vu dans la vague révolutionnaire en Asie après la deuxième guerre mondiale, suite à la défaite japonaise.

Dès que la crise de la domination capitaliste atteint son sommet, l’alternative guerre ou révolution devient inévitable.

La question se pose dès maintenant. Après l’effondrement du capitalisme en 2007-2008, les classes dirigeantes n’ont pas trouvé d’issue à la crise autre qu’une intervention financière massive pour retarder la chute et préparer ainsi tous les moyens de détourner les révolutions, même si celles-ci ont quand même éclaté dans le maillon faible, au Maghreb, dans le monde arabe et en Afrique. L’un des dérivatifs à la lutte des classes, le principal même est la préparation de la guerre mondiale qui prend la forme d’un affrontement entre les deux blocs impérialistes, les anciens impérialismes USA-Europe-Japon-Canada-Australie et les nouveaux Chine-Russie-Inde-Iran-(peut-être le Brésil ou l’Afrique du sud).

La guerre n’est pas causée par des buts territoriaux en soi mais par l’impossibilité pour la bourgeoisie de gouverner durablement sans risques de soulèvements révolutionnaires incontrôlables. Du côté de la Russie et de la Chine, la fuite en avant économique vers la domination n’est pas un choix mais une nécessité. Les entourer, les diminuer, les attaquer est aussi une nécessité pour le camp occidental. A terme, la guerre entre les deux blocs capitalistes est absolument inévitable.

La seule alternative est que la révolution prolétarienne démarre avant et que le prolétariat y joue un rôle dirigeant, ce qui n’est pas encore le cas au Maghreb et dans le monde arabe, ni en Afrique.

Les préparatifs de la troisième guerre mondiale entre les anciens impérialismes et les nouveaux

Loin de rejeter en bloc toute critique de nos amis et camarades du COREP, auquel appartient en France le groupe GMI, nous cherchons à en tirer le maximum de points positifs, non seulement en développant nos arguments comme ci-dessus mais aussi en donnant partiellement raison au COREP, par exemple quand il remarque que nous avons cité plusieurs fois le président français et jamais le président américain dans notre éditorial qui a le défaut d’avoir été écrit pour être diffusé dans les manifestations en France et pas dans les manifestations dans le monde. Nous admettons volontiers devoir combattre la tendance à militer dans un pays et devoir travailler, sans délai, de manière internationale et internationaliste et nous remercions nos camarades du COREP de faire pression sur nous en ce sens. Nous apprécions également, en partie, leur texte, au point de l’avoir diffusé conjointement au nôtre dans les manifestations publiques à Paris. Nous ne l’avons donc pas signé, parce que nous avions besoin de le discuter, mais nous l’avons donc fait circuler, dans notre site et par tract.

Le voici d’ailleurs : Arrêt immédiat de la guerre israélienne contre Gaza ! Palestine socialiste !

Et nous comptons bien que le débat se poursuive avec le COREP comme avec tous les révolutionnaires. Par contre, nous n’admettons pas le diktat : ou vous adhérez à notre regroupement international ou vous n’êtes qu’une secte nationaliste !

La dernière réponse du GMI-COREP :

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Notre réponse au courrier de GMI-COREP...

Chers camarades du GMI, du COREP, ainsi que des groupes communistes révolutionnaires associés,

Nous ne nous lasserons jamais de nous émerveiller des miracles que produit la logique de groupe, opposée à la logique des idées révolutionnaires. Rappelons que Marx affirmait dans le Manifeste du parti communiste que les communistes de défendent pas d’intérêt particuliers de groupe : « Quelle est la position des communistes par rapport à l’ensemble des prolétaires ? Les communistes ne forment pas un parti distinct opposé aux autres partis ouvriers. Ils n’ont point d’intérêts qui les séparent de l’ensemble du prolétariat. »

Voir ici

C’est sans doute cette triste et étroite logique de groupe (et pas la logique de classe, la seule véritablement révolutionnaire) qui amène le GMI et le COREP à affirmer que VDT est un groupe sans principe, qui fait en gros n’importe quoi, et en même temps à lui proposer d’assister à ses assemblées, à ses congrès et à souhaiter son adhésion ! Alors que GMI et COREP affirment n’avoir des relations qu’avec des groupes qui ont un programme clair et que VDT n’en aurait pas, on ne comprend pas pourquoi alors lui reprocher de ne pas avoir répondu présent aux divers congrès de GMI !!!

La lettre que nous venons de recevoir de votre part souligne que nous commettons de multiples erreurs politiques :

-  affirmer que la crise économique se poursuit (nous craignons que vous n’ayez pas bien lu : nous disons que le capitalisme est mort en temps que système, désolés si vous ne voyez pas la différence !).

-  notre texte intitulé « De Gaza à Donetsk, de Alep à Tikrit, d’un monde en guerres vers un monde en guerre… » aurait paraît-il un caractère « plus national » que le votre qui isole et spécifie la situation de Gaza !

-  notre texte dresserait un parallèle entre l’Etat colonisateur et le peuple agressé… (bigre ! Je ne comprends encore pas que vous regrettiez l’absence à votre congrès de gens qui feraient une chose pareille !). C’est sans doute le passage « Plus de 500 morts et 3000 blessés Palestiniens à Gaza, en majorité civils alors que l’essentiel des victimes israéliennes, une dizaine, sont des militaires pris alors qu’ils attaquaient des quartiers palestiniens !!! Israël est en train de changer le caractère de la guerre contre les Palestiniens : c’est la guerre totale ! » qui vous amène à penser que nous mettons un signe égal entre Israël et les Palestiniens !!!

-  nous aurions commis l’erreur insigne de croire que les guerres mondiales ont été dues à la volonté des bourgeoisies impérialistes de contrer la menace révolutionnaire. Ce n’est pas grave : nous sommes dans l’erreur face à GMI-COREP, mais en accord avec Marx, Engels, Lénine, Trotsky, Rosa Luxemburg et on en passe…

-  nous employons à tort l’expression « bourgeoisie européenne » car il n’y avait pas en 1914 de centre de décision unique ! Amusant puisqu’il s’agissait que deux fractions de cette bourgeoisie s’entretue. Ils auraient eu du mal à la décider dans un centre unique !!! Vous montrez décidément sans cesse un humour ravageur !!!

-  nous avons des conclusions impuissantes et désarmantes, paraît-il. Désolé, elles visent d’abord à rendre les prolétaires conscients des situations objectives telles que nous les voyons avec nos petits moyens intellectuels !

Mais, comme vous le dites, nous ne sommes pas nés de la dernière pluie et nous savons reconnaître la « logique de groupe » qui amène à ne pas combattre des idées mais des courants que vous estimez concurrents. C’est sans doute pour cela que vous ne nous avez pas envoyé de mail de confirmation de notre invitation à votre congrès. C’est peut-être regrettable mais ce qui l’est encore plus, c’est que vous soyez loin d’être le seul groupe d’extrême gauche à concevoir les choses ainsi. Nous vous invitons sur ce point à lire notre texte intitulé « Inutile de discuter » à l’adresse suivante :

http://www.matierevolution.fr/spip....

Contrairement à ce que dit son titre, nous souhaitons toujours vous inviter à venir discuter avec nous, mais à la seule condition que vous acceptiez justement de discuter en même temps avec les autres groupes de l’extrême gauche, et de manière ouverte car nous ne connaissons pas les relations internes et diplomatiques.

Nous vous transmettons nos salutations communistes révolutionnaires Robert Paris, pour Voix des Travailleurs

Avant la prochaine AG commune GMI-VDT et afin de remettre en mémoire le débat qui nous a opposé à GMI-COREP, quelques rappels que nous diffusons publiquement puisque cette discussion est rendue publique aussi bien par GMI que par VDT :

Le texte principal de discussion venu du COREP, auquel appartient GMI, se trouve à l’adresse suivante :

http://www.matierevolution.org/IMG/...

en réponse à l’édito de VDT :

http://www.matierevolution.fr/spip....

Quels sont les points essentiels de critique du COREP à notre égard :

1°) nous n’avons pas cosigné leur texte du la guerre de Gaza sans avoir proposé de texte alternatif valable

2°) nous serions un groupe franco-français ayant une vision purement nationale

3°) nous serions une espèce de secte avec un gourou empêchant la fusion qui, elle, irait vers la construction de l’internationale communiste

4°) nous serions confus, flous et ambigues, lançant des affirmations absurdes du type :

- le capitalisme est mort (c’est vrai que nous avons avancé cette hypothèse comme explication des politiques des Etats et des bourgeoisies et que nous l’avons mise en discussion)

- l’impérialisme fait la guerre pour contrer la révolution (c’est même grâce au GMI-COREP que nous avons développé notre argumentation sur ce thème en particulier sur la première guerre mondiale)

- Israël et la Palestine sont les deux bouts d’un même baton (c’est une erreur d’interprétation de nos écrits)

- Gaza serait soutenue, dans la dernière guerre menée par Israël, par le camp Russie-Chine que nous aurions le tort d’appeler BRICS et, plus encore, d’y adjoindre l’Iran.

5°) Le plus grave à leurs yeux : nous ne nous conformerions pas aux règles clairement établies par Lénine et Trotsky des relations entre groupes et, en particulier, nous répondons à des courriers d’organisation par des réponses personnelles, nous ne donnons pas toujours une réponse de groupe à leurs demandes.

Il est exact que nous ne mettons nullement comme base de départ des objectifs organisationnels, que nous n’avons qu’une très faible cohésion et discipline organisationnelle même si nous avons une assez importante cohésion sur l’accord politique.

On a même dit que VDT n’est pas formellement une organisation. Même si nous, cela ne nous empêche pas d’avoir périodiquement des éditoriaux, des tracts et des interventions publiques, nous tenons à préciser ce fait. Nous n’en faisons pas une théorie. Nous ne sommes pas contre l’existence de groupes révolutionnaires ou de partis révolutionnaires. Nous sommes pour quand c’est une réalité mais ce n’est pas aujourd’hui notre réalité et nous ne nous en cachons nullement. Libre à GMI d’accepter ou de refuser cette réalité. Libre à eux de nous la reprocher et de faire pression pour que nous obéissions à une discipline organisationnelle et à des buts organisationnels plus forts, s’il parvient de nous en convaincre.

Nous ne lisons pas, sur ce plan, les leçons du passé de la même manière et nous savons que tous les grands leaders révolutionnaires ont, durant de longues phases, été en dehors de toute logique organisationnelle, ce qui ne veut pas dire qu’ils étaient des intellectuels coupés de la lutte des classes et ne faisant que discuter ou de faire des analyses de laboratoire.

Nous ne sommes nullement touchés par les arguments nous accusant de nationalisme pro impérialisme français ni de défauts de manque de vision internationale car ce n’est pas fondé. Nous sommes en relations en notre propre sein avec des militants de divers pays et régions du monde et nos préoccupations ne concernent pas particulièrement la France comme nos multiples écrits par exemple sur le Maghreb et l’Afrique le montrent. Les « preuves » qu’avance GMI concernent seulement le fait d’avoir écrit un édito pour des bulletins d’entreprise diffusés seulement en France ou des tracts diffusés seulement dans des manifestations en France. Les preuves sont d’ailleurs du genre : le nombre de fois qu’on cite la France, pour la dénoncer, et Hollande, pour le démolir. Si c’est ça du nationalisme, on aimerait en lire davantage !

Nous pensons œuvrer à notre manière à reconstruire la confiance dans une politique révolutionnaire, ce qui nous semble une étape obligatoire de la reconstruction des idées et de la conscience prolétarienne révolutionnaire. Trop de groupes, dont les « internationales » d’où viennent nos camarades, ont mis en premier la construction du regroupement le plus nombreux possible avant la discussion et l’accord politique. Nous sommes contents qu’avec GMI la prochaine étape soit une assemblée commune car nous pensons que la lecture des textes et de mails polémiques ne peut remplacer, pour construire la confiance mutuelle indispensable, l’échange libre entre militants.

Par contre, nous estimons que la discussion doit se faire de bonne foi, en ne prêtant pas à l’interlocuteur des propos qu’il n’a pas émis.

Par exemple, quand nous écrivons : « La guerre de Gaza s’intègre dans la montée d’un affrontement mondial qui se profile. Et, fait nouveau, la guerre oppose ouvertement le camp des puissances occidentales et le camp des nouvelles puissances capitalistes et impérialistes. », le COREP affirme comprendre : « la guerre de Gaza… oppose ouvertement le camp des puissances occidentales et le camp des nouvelles puissances capitalistes et impérialistes. » ce qui est un contresens.

Il nous faut préciser que, même si notre texte est peut-être confus, il ne voulait pas du tout dire cela. Nous expliquions que, si l’impérialisme a donné sa caution à la guerre d’Israël, par les voix de Obama, Cameron et Hollande notamment, alors que c’est une guerre particulièrement meurtrière pour les civils et dont les justifications sont particulièrement mensongères, cela doit être mis en rapport avec la poussée dans le monde vers des affrontements guerriers voulus par les impérialistes occidentaux.

Le COREP écrit « La symétrie affichée par l’éditorialiste est une spéculation ».

En fait, pour nous, même dans l’affrontement entre les deux camps impérialistes, il n’y a pas de symétrie, car c’est le camp occidental qui est entièrement à l’offensive et l’autre totalement sur la défensive pour le moment. D’autre part, nous ne disons pas que, du côté palestinien, ni la Russie ni la Chine soient intervenus directement ou indirectement.

Nous disions dans ce texte qu’il y a un lien entre la crise capitaliste mondiale et les montées guerrières, aussi bien en Palestine qu’ailleurs…

Ceci dit, vous ne risquez pas de nous suivre dans ce raisonnement, vu que vous pensez que la crise mondiale est complètement terminée, en attendant la prochaine crise.

Je cite : « Le capitalisme européen a du mal à sortir de la crise capitaliste mondiale et, en son sein, le capitalisme français n’arrive pas à s’en remettre…. Cependant, à l’échelle mondiale, l’économie capitaliste est sortie de « son effondrement de 2007-2009 », certes temporairement, certes au détriment de la classe ouvrière mondiale, certes en recourant à des palliatifs étatiques nationaux qui ont limité la destruction du capital et qui préparent la prochaine crise mondiale. »

Et le COREP relève que notre position va a contrario des positions classiques révolutionnaires, affirmant qu’aucune crise capitaliste n’est fatale ni finale.

Mais le COREP n’a pas relevé l’essentiel dans notre position : nous estimons que la crise n’a pas eu lieu en 2007-2008, les autorités capitalistes mondiales n’ayant pas laissé les faillis chuter, ce qui est cependant l’un des points essentiels de la nouveauté de la situation.

Citons VDT :

« Il est en effet remarquable que le système a fait, pour la première fois, le choix de « sauver » tous les trusts et toutes les grandes banques ou assurances, ce qui va a contratio de ce que ce système a toujours fait en laissant chuter les faillis, même s’il s’agissait de grandes banques, de grandes assurances, de grands financiers ou de trusts. On a même vu les Etats et les banques centrales dépenser des sommes colossales en pure perte pour sauver trois ou quatre fois le même trust ou la même banque, comme c’est le cas pour la banque Dexia. Les fonds d’Etat ou des banques centrales ont alors agi a contrario de l’intérêt capitaliste qui consiste à agir uniquement pour ce qui est profitable. Au cours des multiples crises capitalistes de l’Histoire, les chutes des sociétés en faillite ont servi à débarrasser le marché des poids morts pour permettre au capitalisme de repartir de plus belle. Une analyse de la situation actuelle nécessiterait d’interpréter cette toute nouvelle politique qui n’est pas le seul fait de l’Etat américain ou de sa banque centrale, la FED, mais tout le monde capitaliste, y compris l’Europe et la Japon, y compris même les nouveaux impérialismes chinois, russe, brésilien, etc… Alors que ces politiques d’intervention financière massive des Etats et des banques centrales sont extrêmement couteuses et dangereuses pour les finances publiques et la crédibilité financière des Etats, alors que ces politiques d’intervention centrale et institutionnelles sont menées par des partis qui ont toujours eu comme idéologie le laisser-faire, le « libéralisme », la non intervention de l’Etat, il est indispensable de nous expliquer le pourquoi de ces interventions qui n’ont pas cessé depuis 2008, soit depuis six ans et qui représentent des sommes bien plus colossales que les valeurs de l’ensemble de la production de richesses…. Les Etats et les capitalistes, eux-mêmes, admettent que l’on ne peut plus se fier aux bilans des sociétés, des banques, des banques centrales ou des Etats car y sont cumulés des vrais capitaux et des « titres pourris », des actifs fictifs (pas seulement virtuels ou financiers mais fallacieux, mensongers, ou inexistants). Le PIB, qui totalise ces sommes fictives, est encore plus opaque. Il totalise des dettes avec des crédits, des valeurs fausses avec des valeurs réelles. On ne peut même pas se fonder sur les chiffres du PIB pour estimer la croissance ou la décroissance des investissements productifs privés car les interventions massives des Etats se font sans considérer que les trusts et banques, même entièrement financés par des institutions centrales, sont des capitaux d’Etat. Ainsi, les statistiques comptabilisent les trusts automobiles américains comme capital privé alors que l’Etat et le syndicat UAW s’en sont portés acquéreurs, comme ils comptabilisent tout le capital de Renault ou PSA comme des capitaux privés. Et on ne parle pas de la banque Dexia, elle aussi comptabilisée comme du capital privé… Bien entendu, nous savons bien que tout au long de l’Histoire, il y a eu des interventions d’Etat pour aider l’économie, pour aider les intérêts privés, pour prendre en charge des secteurs non immédiatement rentables et nécessaires au fonctionnement d’ensemble. Nous savons aussi que l’existence de titres pourris n’existe pas seulement depuis quelques années de même que la ponction des spéculations financières sur l’ensemble des capitaux investis, les profits issus de l’exploitation du travail humain étant répartis entre l’ensemble des capitaux, y compris les capitaux financiers et spéculatifs. Mais il y a une grande différence entre ces ponctions sur la plus-value et une situation où l’essentiel des profits sont réalisés par des investissements fondés sur les dettes, sur les pertes, sur les chutes, c’est-à-dire un fonctionnement nécrophile du capital privé qui agit en sciant la branche du système, les Etats se contentant de nourrir par leurs interventions ces capitaux nécrophiles. Ce sont également les Etats et les banques centrales qui nous montrent qu’ils n’ont plus aucune confiance dans la dynamique des investissements privés puisque, depuis 2008, ils ne cessent d’injecter des milliers de milliards de dollars dans les circuits financiers et économiques… Tous les Etats et toutes les banques centrales de la planète n’ont pu faire durer le système depuis l’effondrement de 2007-2008 qu’en s’engageant sans cesse plus dans l’économie, en suppléant sans cesse plus à la défaillance des capitalistes privés qui, pour leur part, misent sur les effondrements, les faillites, les titres pourris et les dettes. Il a fallu des sommes colossales pour faire tenir le système Madoff mondial mais cela n’a pas suffi à faire repartir le moins du monde une économie capitaliste viable et, au contraire, cela pousse encore plus les capitalistes privés à continuer à vivre sur les dos des fonds d’état. Ce château de carte finira bien par s’effondrer de lui-même, y compris sans une poussée révolutionnaire des masses. Par contre, les classes dirigeantes savent parfaitement qu’un nouvel effondrement économique, causé par exemple par une perte de confiance dans les fonds d’Etat ou par un effondrement économique d’une grande banque ou d’une monnaie importante, entraînerait inévitablement l’ensemble de l’économie dans le gouffre et les prolétaires du monde vers la révolution sociale. Ils n’attendront donc pas d’en arriver là pour s’attaquer au prolétariat et tenter de leur couper les ailes. Ils préparent déjà les guerres, les guerres civiles et les fascismes. Ils préparent même la guerre mondiale. Les mesures qu’ils prennent n’ont pas un but économique mais un but politique et social. Il s’agit de détruire la classe ouvrière dans ses capacités révolutionnaires potentielles, de la soumettre à l’Etat sauveur, de lui imposer l’idée que ses ennemis sont étrangers, de la pousser vers les idéologies nationalistes, racistes, xénophobes. Or toutes ces tendances préparent un certain type d’avenir qui va bien au-delà d’une récession ou d’un recul du capitalisme et qui prépare une barbarie infra-capitaliste, une société qui ressemblerait plutôt à un monde des féodaux armés, une espèce d’Afghanistan mondial… En tout cas, le capitalisme n’attendra pas la montée de la révolution pour attaquer le prolétariat et les peuples. Dès qu’il se rendra compte que la perfusion mondiale ne suffit plus à faire tenir le château de cartes économique, il lancera son offensive contre le prolétariat et les peuples. Il deviendra alors clair que ce qui remplace le capitalisme est devenu la barbarie. Marx n’a jamais dit que le socialisme devait fatalement remplacer le capitalisme mais seulement que c’est dans des conditions objectives données (celles d’une crise du système) que le prolétariat pouvait se poser le problème de son remplacement. »

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