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Pourquoi avons-nous confiance dans les capacités révolutionnaires du prolétariat ?

jeudi 17 juillet 2014, par Robert Paris

Pourquoi avons-nous confiance dans les capacités révolutionnaires du prolétariat ?

Des lecteurs nous répètent : « Vous êtes dans les nuages avec vos propos ultra-révolutionnaires, vos appels aux soviets, à l’auto-organisation, au renversement du capitalisme alors que les salariés n’en sont même pas à riposter à des attaques de grande ampleur, n’en sont même pas à se syndiquer, n’en sont même pas à défendre activement leurs emplois, leurs salaires et leurs conditions de travail, n’en sont même pas à une conscience élémentaire sur le terrain politique, n’en sont même pas à voir des frères dans les autres prolétaires d’autres origines ou d’autres pays. »

Eh bien oui, nous ne raisonnons pas ainsi. Nous ne sommes pas affolés par les attaques anti-sociales, par les graves reculs qui frappent les travailleurs et les milieux populaires, pas démoralisés par le niveau actuel des luttes sociales ou par la faiblesse des organisations révolutionnaires ou encore par le niveau de conscience du prolétariat. Et d’abord parce que nous n’avons pas idéalisé ce niveau aux époques passées.

Les nostalgiques du passé sont surtout ceux qui idéalisent l’époque où le prolétariat se revendiquait fièrement du communisme… stalinien, c’est-à-dire celui qui érigeait en modèle un véritable écrasement fasciste de tous les droits prolétariens, en Russie, dans les pays de l’Est, en Asie ou à Cuba, et une politique contre-révolutionnaire mondiale… Nous n’en faisons pas partie !

Les nostalgiques du passé soi-disant très conscient du prolétariat sont ceux qui idéalisent le front populaire et sa tromperie consciente des intérêts prolétariens qui a mené au fascisme en France et à la guerre.

L’activité politique et syndicale, « pratique », au sein du prolétariat, comme au sein d’organisations travaillant en son sein, ne suffit pas à avoir une telle confiance et même, au contraire, on pourrait dire qu’elle use cette confiance car cette activité se déroule dans le cadre d’une collaboration inévitable entre exploiteurs et exploités dans la vie de tous les jours. C’est seulement dans des périodes exceptionnelles que les travailleurs montrent de telles capacités. Le reste du temps, leur vie est certes liée à une lutte de classes mais cette dernière est faite des compromis de la vie quotidienne dans un monde où le fondement de l’exploitation capitaliste n’est nullement remis en question, de luttes sociales, parfois d’ampleur, mais pas de révolutions sociales, du moins pas la plupart du temps.

Il ne suffit pas de suivre les luttes du prolétariat actuel pour développer une telle confiance. Les leaders de lutte sociale des périodes calmes ne sont pas des révolutionnaires, même si certains se revendiquent de ce terme. Ce n’est pas un reproche sur telle ou telle organisation politique ou syndicale mais un constat qui trouve son explication dans les conditions objectives de la lutte sociale des périodes calmes, conditions qui supposent des compromis, des ententes même avec la classe dirigeante. Ce n’est pas la trahison des directions syndicales qui explique cela mais au contraire ces conditions objectives qui expliquent cette trahison. Certes, ce n’est pas l’ensemble du prolétariat qui trahit, pas même l’ensemble de sa couche un peu aisée, ayant des emplois fixes et correctement payés. Mais l’existence de cette couche permet aux directions syndicales de camoufler leurs trahisons sous le prétexte du pragmatisme et de la défense des « acquis » de cette couche-là. Elles fondent là-dessus leur soutien aux idéaux bourgeois de négociation, de défense de l’entreprise et de soutien au nationalisme, pour citer seulement les principales trahisons de principe des intérêts politiques et sociaux du prolétariat.

C’est l’histoire qui permet de fonder cette confiance dans les capacités révolutionnaires du prolétariat et pas seulement l’histoire des révolutions mais aussi l’histoire des contre-révolutions. Les réactions bourgeoises violentes ne peuvent se comprendre que si on admet que les classes dirigeantes avaient conscience de cette capacité révolutionnaire…

Si la guerre mondiale impérialiste de 1914-1918, si le coup d’Etat de Kornilov en Russie en 1917 ou le coup d’Etat de Franco ont été des occasions de ripostes révolutionnaires prolétariennes d’ampleur, c’est d’abord parce que ces attaques contre les peuples et les travailleurs avaient elles-mêmes été causées par la montée des menaces révolutionnaires prolétariennes.

Il n’a jamais existé, dans la société bourgeoise, de grande guerre, de guerre mondiale, de grand massacre, de génocide, de fascisme ou de dictature violente qui ne soit motivée par la crainte des classes dirigeantes et cette crainte est bel et bien l’éloge du vice à la vertu, la reconnaissance par les bourgeois des risques que représentent les exploités….

Jamais ces bourgeoisies n’auraient lancé le génocide des Juifs ou des Arméniens, la « guerre civile » algérienne, le génocide rwandais, ni les fascismes italien, allemand, français, espagnol, portugais, grec ou chilien, ni les dictatures militaires latino-américaines sans les menaces révolutionnaires prolétariennes qui menaçaient à court terme ces bourgeoisies.

Jamais elles n’auraient lancé les guerres mondiales sans cette menace révolutionnaire prolétarienne liée aux crises économiques mondiales.

Bien des commentateurs ne relient la première guerre mondiale qu’à la concurrence coloniale ou à celle concernant les ressources minières mais les grandes puissances pouvaient tout à fait continuer à se combattre et à négocier sur les différents territoriaux sans prendre le risque de mettre le monde à feu et à sang en risquant d’ailleurs exactement ce qui allait se passer : que la guerre mondiale provoque la révolution mondiale ! Ces classes dirigeantes ne pouvaient prendre ce risque que si la révolution prolétarienne mondiale était déjà là si elles n’entraient pas en guerre…

La guerre, la guerre civile, la dictature, le fascisme, le génocide ont été des moyens de faire face à la menace de déstabilisation sociale en faisant basculer toute la société dans la barbarie massive pour éviter que les prolétaires ne menacent la classe possédante.

Bien sûr, dans leurs déclarations, ces mêmes classes possédantes affirment que le prolétariat communiste n’existe plus, que le capitalisme est un horizon indépassable et se déclarent confiantes dans l’avenir du monde bourgeois. Mais, bien plus convaincants que les déclarations des bourgeoisies, il y a leurs actes : ils se désinvestissent massivement de la production, ils scient eux-mêmes ainsi la branche capitaliste sur laquelle ils sont assis, obligeant Etats et banques centrales à suppléer à leur disparition des investissements privés productifs, ils lancent de plus en plus de guerres et de guerres civiles aux quatre coins du monde, de plus en plus de pays étant ravagés ou menacés. Ils démontrent ainsi que les premiers à croire aux risques révolutionnaires d’un renversement de la domination politique de la classe capitaliste sont bel et bien les membres de cette classe.

Ces derniers ne semblent nullement rassurés par le fait que les travailleurs eux-mêmes ne soient pas du tout confiants dans leur rôle révolutionnaire historique, ne se voient pas comme une force politique et encore moins comme la classe chargée historiquement de sortir l’humanité de la (courte) période de l’exploitation de l’homme par l’homme.

Eh oui, courte ! Il y a eu bien plus d’années de « communisme » primitif sous la société des chasseurs-cueilleurs que depuis l’agriculture, les débuts de l’esclavage, du servage et du salariat.

Ces époques de sociétés de classe ne sont qu’un instant au regard des années sans exploitation de l’homme…

Il paraît que, toutes additionnées, les années de sociétés de classe sont si courtes que les spécialistes prétendent qu’elles n’ont pas assez duré pour marquer évolutivement le cerveau humain !!! Nous aurions donc un cerveau qui n’a été marqué physiquement que par l’activité des chasseurs-cueilleurs.

Bien sûr, culturellement, socialement, politiquement, nous sommes très marqués par les sociétés de classe et même très marqués par la seule société capitaliste ! Nous raisonnons en son sein, selon ses critères, que nous soyons prolétaires, petits ou grands bourgeois… Même les mendiants raisonnent en son sein et selon ses critères.

Personne n’est à l’abri des marques intellectuelles et sociales que produisent la société bourgeoise et ses institutions, son idéologie, son fonctionnement.

Les prolétaires n’évoluent pas dans un monde à part ; ils sont comme les autres marqués par le capitalisme et ses règles. Chaque salarié affirme que l’activité qu’il effectue est rentable, que la société a besoin de cette activité, que celle-ci consiste à contrôler des tickets de transport ou à fabriquer des avions de combat, à faire des voitures ou des centrales nucléaires !

Même la grande campagne menée par la bourgeoisie mondiale lors de la « chute du mur de Berlin » montre à quel point la bourgeoisie mondiale ressentait clairement la nécessité de démontrer au monde que le prolétariat n’avait plus d’espoir de diriger un jour la société.

Tout d’abord, il faut se rendre compte à quel point le bloc de l’Est était une idée politique des dirigeants américains, non pas pour combattre un danger menaçant qu’aurait été la bureaucratie stalinienne (celle-ci ne cherchait nullement à changer l’ordre des choses mondiales mais seulement à éviter elle-même d’être renversée par le prolétariat dont elle usurpait le pouvoir) mais pour contraindre le prolétariat à un choix binaire : Est ou Ouest, monde « libre » ou monde « stalinien » qui était exprimé sous la forme mensongère : capitalisme ou communisme. Le stalinisme était en fait le pire ennemi du communisme qui n’ait jamais existé. Pas un régime n’avait autant détruit de communistes. Pas un régime n’avait autant nui à l’image de la révolution prolétarienne. Aucun régime n’avait autant détruit le mouvement militant communiste mondial.

Les dirigeants staliniens étaient eux-mêmes si liés au capitalisme que c’est eux-mêmes, et non les peuples, les bourgeois, les prolétaires ou les petites bourgeoisies, qui ont initié le changement que représentait la fameuse chute du mur. Ce sont les chefs de l’URSS qui ont eux-mêmes lancé l’opération avec le feu vert américain.

Les uns et les autres ne visaient pas à détruire un quelconque communisme, déjà disparu de longue date, mais à transformer radicalement des régimes qui menaçaient d’être emportés par la révolution prolétarienne. Les révolutions de 1956 en Pologne et en Hongrie avaient déjà fait planer la menace. Les soulèvements prolétariens des années 1970 en Pologne avaient pris le relai.

La bourgeoisie impérialiste mondiale avait la preuve que le système des blocs qui lui avait tant servi à casser les perspectives révolutionnaires du prolétariat, était usé jusqu’à la corde. Les pays du « monde libre » n’étaient plus stabilisés par cette fausse opposition, pas plus que les « pays de l’Est ». Il a suffi du feu vert américain et impérialiste pour que les régimes basculent quasiment sans un seul combat ni des forces de l’ordre, ni du régime et ses dignitaires se sont surtout occupés à profiter du changement et à devenir les nouveaux bourgeois de cette toute nouvelle société bourgeoise !

Pendant de longues décennies la politique des blocs lui avait servi à tenir le monde sous la menace : si vous militez pour la révolution sociale, vous soutenez na bureaucratie du Kremlin et sinon, vous soutenez la bourgeoisie impérialiste, voilà la seule alternative disaient-ils. Et cela signifiait aussi tenir le monde sous la menace d’une guerre mondiale déclenchable à tout moment.

Déjà l’entente entre Staline et Hitler puis entre Staline et l’impérialisme anglo-amércain provenaient de la crainte de la révolution prolétarienne.

Ensuite, en bombardant tous les pays vaincus, dont la France et la Belgique comme l’Italie, l’Allemagne et le Japon, en y écrasant les populations civiles des quartiers pauvres sous les bombes juste avant la fin de la guerre, la bourgeoisie anglo-américaine révélait d’abord sa criante d’une révolution prolétarienne à la fin de la deuxième guerre mondiale comme il y en avait eu une à la fin de la première…

Il faut savoir que le Conseil des Quatre (équivalent du G8 ou G9) réunissant les chefs des puissances impérialistes, après la révolution russe qui avait imposé la fin de la première guerre mondiale, et dont les délibérations sont reproduites et diffusées par le CNRS, affirmait en 1920 qu’il était fort probable que le capitalisme soit renversé par la révolution prolétarienne en Europe... A l’époque, le dirigeant anglais affirmait que, s’il envoyait un seul soldat supplémentaire contre la Russie des soviets, il avait un soviet à Londres ! Et les chefs impérialistes comprenaient parfaitement qu’ils avaient affaire à tout autre chose qu’un pouvoir nationaliste dirigé par un chef militaire, tout autre chose qu’un "socialisme d’Etat" ou qu’un "socialisme dans un seul pays" mais à une vague révolutionnaire pour détruire la domination capitaliste sur le monde ! C’est eux qui le disaient !

Oui, tout dans la politique des bourgeoisies locales comme dans celle de la bourgeoisie impérialiste mondiale démontre qu’elle tient toujours aussi compte de risques révolutionnaires du côté du prolétariat.

Toute sa politique vis-à-vis du monde arabe et du Moyen Orient par exemple.

Ainsi, l’impérialisme américain mène une première guerre contre Saddam Hussein en Irak et, à deux doigts de le faire tomber, elle le sauve et lui rend sa garde pour lui permettre d’écraser une révolte populaire…

Lorsque la révolution prolétarienne et populaire renverse le shah d’Iran, principal allié de l’impérialisme dans la région, ce dernier se garde de lancer une action directe contre le nouveau régime des mollahs, celui-ci venant de sauver la bourgeoisie d’un risque bien pire : la révolution prolétarienne. Et, pendant des années, ce rôle contre révolutionnaire de Khomeiny fera oublier le caractère anti-américain du régime à l’Etat américain lui-même.

On se souvient que les grandes puissances se sont gardées de s’attaquer à Hitler quand il venait de prendre le pouvoir en janvier 1933, et pour cause ! Il venait de sauver la bourgeoisie mondiale des risques d’une révolution prolétarienne en Allemagne, le pays où elle représentait le plus grand danger. Même Staline n’a pas oublié ce rôle d’Hitler quand il a choisi de s’entendre avec Hitler ! Et pour cause : la bureaucratie du Kremlin ne craignait rien tant qu’une reprise de la révolution en Allemagne. L’isolement du prolétariat russe était l’argument principal de la bureaucratie russe, le fondement de son « socialisme dans un seul pays » !

Toutes les alliances entre impérialismes comme avec la bureaucratie russe ont été d’abord marquées par la nécessité de lutter contre la révolution.

Le partage du monde entre impérialisme et bureaucratie russe n’a pas eu d’autre objectif que faire en sorte que les uns et les autres fassent la police contre le prolétariat dans leur zone respective.

Aujourd’hui, la prétendue lutte contre le terrorisme prétendument islamique, un mouvement mis en place par l’impérialisme américain lui-même, a pour but de justifier de nouvelles barbaries guerrières servant à écraser à nouveau les prolétaires et les peuples du monde.

On l’a bien vu dans les pays atteints par la « révolution arabe » où c’est l’impérialisme lui-même qui a soutenu des forces terroristes islamiques comme en Libye, en Syrie, etc…

Tous ces gestes politiques ne peuvent se comprendre sans analyser la nécessité pour la bourgeoisie mondiale de se défaire de son plus dangereux ennemi : le prolétariat.

Certes, partout dans le monde, les régimes en place annoncent que leur pire ennemi serait… le terrorisme ! Mais tous, de Chine comme des USA, d’Europe ou du Japon ou d’ailleurs, toutes les classes dirigeantes du monde ont toujours un seul ennemi vraiment dangereux et c’est le prolétariat international.

Bien sûr, la conscience internationale du prolétariat n’est nullement quelque chose qui tombe sous le sens. On l’a dit : les prolétaires sont en général soumis à la même opinion dominante capitaliste que les autres couches sociales des milieux populaires ou petits bourgeois. Et sur le terrain du nationalisme pas moins que sur les autres et même plus !

Cela amène certains militants à considérer que l’internationalisme doit être (momentanément) mis dans sa poche ! Sous prétexte de réalisme bien entendu ! C’est le cas des militants de gauche et des militants syndicaux bien sûr qui ont tout un passé de soutien au nationalisme mais aussi le cas de militants d’extrême gauche dont l’internationalisme ne dépasse pas la formule abstraite. En effet, leur activité syndicale les amène à cautionner le nationalisme des syndicats. On a vu un second porte-parole de LO, responsable syndicale de PSA Aulnay, déclarer qu’ « investir à l’étranger ne doit pas se faire au détriment de l’emploi en France » !!!

Le même, qui se prétend un dirigeant communiste révolutionnaire, affirmait, soi-disant pour défendre les emplois des ouvriers d’Aulnay : « Nous sommes compétitifs en France » comme si c’était un argument renforçant la conscience de classe !

« Garder les emplois en France », quel drôle d’objectif d’un prétendu internationaliste !

Au fait, pourquoi citer de telles déclarations contre-productives d’un leader syndical qui se dit d’extrême gauche dans un tel article sur notre confiance dans les capacités révolutionnaires du prolétariat ? Justement parce que ce que nous reprochons principalement à de tels « leaders ouvriers », c’est justement de sacrifier la conscience des travailleurs à de petits avantages mineurs au sein des appareils et de le faire justement parce qu’on privilégie le développement d’un groupe à la conscience prolétarienne. C’est très grave parce que cela signifie que ces militants ne se forment pas à l’idée que c’est le prolétariat qui va renverser le couvercle de la casserole mais que c’est le groupe qui le fera, que sans le groupe le prolétariat ne sera rien, que seule le groupe comprend et sait et que le prolétariat ne comprend rien et ne sait rien, etc, etc… Encore des victimes inconscientes du stalinisme en somme… Il n’y a jamais rien eu de tel que le stalinisme pour produire des « chefs ouvriers » ou prétendus tels qui traînaient le prolétariat dans la boue de leurs misérables calculs soi-disant communistes et soi-disant révolutionnaires…

C’est au moment même où le capitalisme indique qu’il a atteint ses propres limites, qu’il n’est plus capable de dynamiser son fonctionnement économique par l’investissement productif privé, qu’il ne peut plus se maintenir que par des aides financières artificielles des Etats et des banques centrales, qu’il a le plus besoin de faire croire aux prolétaires que ceux-ci ne seraient pas une force et qu’ils n’auraient pas de perspective sociale d’avenir. Et voilà tous les leaders syndicaux soi-disant radicaux se lamenter sur la prétendue faiblesse du prolétariat devant les attaques !

Eh oui, comme je le disais au début de ce texte, il ne suffit pas militer au sein du prolétariat pour être dirigé par une seule perspective : la révolution prolétarienne et c’est même le plus difficile d’être engagé dans la lutte politique et sociale actuelle tout en conservant une perspective révolutionnaire !

Ce n’est pas la malhonnêteté qui explique que nombre de militants ouvriers développent des arguments nationalistes, des arguments défendant l’entreprise, défendant la compétitivité des travailleurs face aux travailleurs concurrents.

Ce n’est pas une volonté de trahir qui amène les militants d’extrême gauche à rompre avec leur idéal et à perdre de vue le but.

C’est le souci des résultats immédiats qui mène à ce que l’on appelle l’opportunisme.

C’est aussi le fait de céder devant une pression encore plus grande que celle de nos adversaires, les patrons, celle du prolétariat lui-même.

Ce dernier, en dehors de situations exceptionnelles, n’est pas révolutionnaire, n’est pas internationaliste, n’est pas prêt à rompre avec la société bourgeoise et ses critères, n’est pas communiste.

Il est, dès lors, très facile au militant de suivre sa classe ou de prétendre le faire, en défendant des points de vue nationalistes, corporatistes, patriotes de l’entreprise, collaborationnistes avec les patrons.

Il est beaucoup plus facile de s’en tenir au travail syndical que de réaliser, en même temps, le travail d’organisation des prolétaires en conseils, en comités, en coordinations, etc…

Mais toutes ces faiblesses du prolétariat, et elles sont loin de dater d’hier, n’amènent jamais les classes dirigeantes à oublier le danger mortel pour elles et pour leur domination sur le monde que représente le prolétariat, la plus grande force sociale au monde si elle s’en donne les moyens.

Jamais, dans toute l’histoire de l’humanité, les prolétaires n’ont été présents dans toutes les régions du monde comme aujourd’hui, n’ont joué un rôle clef dans tous les secteurs d’activité économique, des transports, des communications, des informations, etc…

Jamais, le nombre même des prolétaires n’a été aussi élevé.

Bien sûr, la montée d’un chômage massif donne le sentiment aux prolétaires que les capitalistes peuvent se passer d’eux.

Bien sûr, le désinvestissement massif des capitaux privés de la production, loin de leur apparaître comme la preuve de la fin du capitalisme, leur semble signifier la fin de leur emploi.

Certes, pour le moment, le prolétariat apparaît sur la défensive.

Certes, dans les récentes révolutions du Maghreb et du monde arabe, les prolétaires ont joué un rôle qui n’a été valorisé par personne et certainement pas un rôle dirigeant, les syndicats étant restés ce qu’ils sont : des appareils réformistes, même et surtout dans les situations révolutionnaires !

Certes, il n’y a plus d’internationale qui rappelle aux prolétaires leurs propres actes révolutionnaires dans le monde, comme le faisaient par exemple Marx et Engels pour la Commune de Paris (1871) et sans lesquels cet épisode mais aussi celui de la révolution de 1848 auraient été totalement oubliés.

Aujourd’hui, les prétendus groupes révolutionnaires dévalorisent au lieu de valoriser l’action du prolétariat révolutionnaire. Ils se grandissent en minimisant ce que font leur classe ou du moins celle dont ils se revendiquent.

Ils voient bien plus le prolétariat comme une classe qui est mineure politique, à laquelle on ne peut pas dire la vérité parce qu’ « elle n’en est pas là », qui ne peut pas se diriger elle-même, qui a besoin de ses tuteurs syndicaux, etc, etc…

Certes, tout cela pèse sur le prolétariat. Mais, même tout cela n’a rien de neuf.

Il y a toujours eu des groupes sectaires et opportunistes. Il y a toujours eu de prétendus pragmatiques, réformiste en réalité.

Et la bourgeoisie est toujours aussi menacée.

Et même beaucoup plus depuis qu’en 2007 son système s’est effondré et ne tiens plus depuis que par des ficelles étatiques, par des subventions des banques centrales au lieu de suivre le dynamisme des investisseurs productifs privés.

Oui, le capitalisme ne peut toujours pas se passer du prolétariat pour tirer sa plus-value et accumuler son profit. Oui, les prolétaires sont toujours la source unique de profit des capitalistes. Et, là où les capitalistes abandonnent ces investissements, cela ne signifie pas qu’ils parviennent à se passer des prolétaires mais cela signifie que les capitalistes ne font plus marcher le capitalisme et que l’humanité ne pourra bientôt plus se passer de l’action consciente et révolutionnaire des prolétaires !

Les bourgeois la savent eux : les circonstances peuvent faire de travailleurs tout calmes, tout intégrés, tout sages, de véritables démons ; elles peuvent faire de travailleurs infectés par le nationalisme de véritables internationalistes s’unissant même avec les prolétaires du pays voisin qu’ils massacraient quelques jours avant dans l’une des guerres de cette même bourgeoisie. Ils peuvent passer de la prière de ne pas être licencier à l’affirmation que l’on peut se passer des patrons. Ils peuvent passer de la passivité politique qui consiste à voter pour des dirigeants bourgeois qui sont prétendument moins mauvais et de dirigeants bureaucratiques syndicaux qui se prennent pour des bergers chargés de guider des moutons et, du jour au lendemain, devenir des lions !

Aux révolutionnaires de ne pas l’oublier, quelles que soient les difficultés des circonstances, les reculs que les bourgeois nous imposent : le prolétariat est la classe d’avenir de l’humanité. Elle seule peut bâtir un monde nouveau débarrassé de l’exploitation. La marche qui nous reste à franchir est très petite devant celles que celle-ci a déjà franchies. Il nous reste à mettre au service de l’homme les grands moyens techniques développés par le capitalisme et, pour cela, à enlever le pouvoir politique aux capitalistes. Dans cette tâche qui va être celle de la période historique qui vient, le rôle de la conscience va être considérable. Il ne faut pas que les militants révolutionnaires vendent cette conscience pour un plat de lentilles, sous prétexte d’obtenir du poids dans les appareils syndicaux attachés par mille liens au monde capitaliste.

Mais, diront nos contradicteurs, comment voulez-vous que le prolétariat mène une action révolutionnaire communiste au niveau international alors qu’il est à peu près parfaitement dépourvu de conscience communiste, de conscience internationaliste et de ses tâches historiques révolutionnaires et qu’il ne dispose ni d’une internationale ni d’un parti révolutionnaire ? Parce que vous croyez que le prolétariat français de Paris en 1871 ou de Russie en pleine guerre mondiale avait davantage de conscience et d’organisation ! C’est un mythe. Le prolétariat parisien s’est hissé difficilement au niveau de la situation objective et c’est celle-ci qui lui a donné des tâches qu’il a tenté de réaliser. Ce sont les situations objectives qui font du prolétariat une classe communiste, une classe révolutionnaire et une classe internationaliste. Et la conscience ainsi que l’organisation ne font que suivre cette réalité objective avec une distance malheureusement très longue et sur un temps très long. Ceux qui raisonnent ainsi renversent le rôle respectif de la conscience et de la réalité objective. Ce sont des idéalistes sur le terrain philosophique, c’est-à-dire qu’ils croient que le stade du communisme sera le produit des idées communistes, de l’organisation politique communiste et de la conscience communiste du prolétariat et pas d’abord de la nécessité objective de dépasser le capitalisme.

A l’inverse, les raisons de notre confiance sont d’abord des raisons objectives. Le capitalisme démontre plus que jamais qu’il va devoir être dépassé. Il démontre plus que jamais que l’initiative privée des possesseurs de capitaux n’est plus capable sur le long terme de développer l’emploi, la sécurité, le bien-être mais mène au contraire à de nouvelles guerres mondiales et barbaries diverses de grande ampleur. Il démontre que l’organisation collective est indispensable pour permettre à l’homme d’utiliser les capacités techniques et scientifiques développées sous le capitalisme. C’est le capitalisme lui-même qui démontre chaque jour la nécessité du rôle révolutionnaire du prolétariat. Cela ne signifie pas que cette démonstration crève les yeux et accède directement à la conscience des prolétaires, pas plus que la matière de la table sous nos yeux ne démontre directement son agitation interne permanente ni que celle-ci apparaisse directement à notre conscience.

Objectivement, jamais la situation n’a été plus mure pour le communisme, jamais les prolétaires n’ont eu une telle force potentielle, jamais le système n’a autant atteint ses limites, jamais les classes dirigeantes ne se sont trouvées devant autant de contradictions économiques, sociales et politiques. Les prétendus « chefs » prolétariens s’en lamentent comme si tout cela était des preuves d’un échec des masses populaires, une perte d’acquis d’une lutte, alors que c’est l’échec d’un système fondé sur l’exploitation et sur l’oppression.

Mais, nous dirons encore nos contradicteurs, vous ironisez sur les « chefs prolétariens » alors que vous vous réclamez du « Manifeste du parti communiste » et du constructeur de parti et d’Etat qu’était Lénine !

Eh bien oui, il y a une grande différence entre la capacité de comprendre la montée révolutionnaire du prolétariat comme un Lénine ou un Trotsky et ceux qui croient que le prolétariat ne peut rien faire sans des « chefs ». La société bourgeoise est pleine de gens comme cela qui pensent que les travailleurs sont nuls et ne feraient rien s’ils n’étaient pas bien commandés. Les bourgeois et les bureaucrates staliniens se rejoignent dans cette croyance bien ancrée et qui a infecté jusqu’à la conscience des travailleurs eux-mêmes.

Le fait de vouloir construire un parti révolutionnaire du prolétariat ne signifie en rien, du moins dans sa version non stalinienne et non social-démocrate, prétendre que sans chefs le prolétariat serait incapable de décider lui-même de ce qu’il veut, serait incapable de s’organiser, serait incapable de se donner des objectifs et de les mettre en œuvre. Si des gens de bonne foi qui se croient révolutionnaires communistes confondent les deux, c’est bien le produit de quelques décennies de domination social-démocrate, syndicale et stalinienne sur la classe ouvrière qui ont profité de quelques années de stabilisation capitaliste.

Marx, Engels, Lénine, Trotsky et Rosa Luxemburg avaient, bien avant la révolution d’octobre 1917, reconnu la capacité révolutionnaire du prolétariat, sa capacité autonome, sa capacité de se hisser à la hauteur de ses tâches. Ils l’avaient reconnu dans les luttes du chartisme anglais, des tisserands de Silésie, des canuts de Lyon, des ouvriers parisiens de juin 1848 et de la Commune de Paris de 1871, sans parler de la révolution russe de 1905. Et jamais ils n’affirmaient que, dans tous ces événements, le manque d’un parti révolutionnaire avait empêché le prolétariat d’être révolutionnaire, d’être communiste, d’être internationalistes. Ils affirmaient au contraire que les militants communistes révolutionnaires et internationalistes ne pouvaient vraiment le devenir qu’en « se mettant à l’école » des avancées historiques spontanées, autonomes, du prolétariat dans ces événements !!!

Même dans ces événements révolutionnaires précédemment cités, la conscience révolutionnaire de classe du prolétariat et son organisation ont eu un grand retard sur la réalité objective et sur la situation objective. Ce n’est nullement propre au prolétariat ni aux situations révolutionnaires. La conscience et l’organisation des hommes sont toujours loin derrière la réalité objective et cela n’a rien que de très normal. Ce n’est pas la pensée qui domine la réalité objective mais le contraire !

La classe bourgeoise elle-même, dans ses tentatives révolutionnaires, avait eu un niveau de conscience et d’organisation très en retard sur la réalité économique, sociale et politique objective et sur les situations qui s’offraient à elle. Nous avons eu l’occasion de développer ce point à propos notamment de la « révolution d’Etienne Marcel ». Bien des fois les soulèvements populaires qui devaient porter au sommet la classe révolutionnaire de l’époque, la bourgeoisie, se trouvaient devant une bourgeoisie timorée, peu consciente de ses capacités et de ses intérêts de classe, et encore moins organisée pour les faire triompher. Le prolétariat n’est pas la première classe révolutionnaire à avoir du mal à se hisser au niveau de ses tâches historiques !

Il ne faut pas en tirer argument pour prétendre que ce n’est pas le moment de développer des arguments qui arment les travailleurs de cette conscience ou pour refuser d’agir dans le sens de l’auto-organisation des comités de salariés, indispensable dans la période qui vient.

Le principal rôle des militants révolutionnaires ne consiste pas à augmenter le niveau de combativité des luttes. C’est l’attaque de la bourgeoisie et de ses Etats qui s’en charge. C’est la spontanéité des masses qui fait le reste.

Le principal rôle des militants communistes révolutionnaires consiste à éclairer le chemin en avant, de ne pas craindre d’anticiper pour préparer les travailleurs à une tâche d’un futur proche. Un pas en avant des masses, disait Lénine ! Et il recommandait d’observer les avancées du prolétariat, « comme on regarde l’herbe pousser » !

Mais, comme chacun sait, l’herbe pousse sans qu’un seul être humain l’aie jamais « vue » pousser ! Ce n’est pas notre regard qui décide de la capacité objective de l’herbe de pousser et elle pousse, même si on ne la voit pas pousser ! Traduction : Lénine insiste sur la nécessité de ne pas se rendre incapable de comprendre que des processus moléculaires ont brusquement une action à grande échelle en prétendant que ce sont les actions des militants syndicalistes ou d’extrême gauche qui vont pousser les travailleurs à lutter.

Par contre, la tâche des révolutionnaires consiste à représenter l’aile avancée politiquement et socialement, celle qui projette dans l’avenir. Quitte à ce que tous les réalistes et pragmatiques du monde syndical ou de la gauche, ou de l’extrême gauche les qualifie de rêveurs et d’utopistes ou encore de blanquisme !

Le prolétariat, classe révolutionnaire

Notre force, c’est le nombre ?

Ce que nous voulons et ... ce dont nous ne voulons plus

Qui sont les militants révolutionnaires ?

Quelles sont les tâches fondamentales des communistes révolutionnaires ?

Quelle intervention des militants révolutionnaires dans la classe ouvrière au travers des luttes actuelles

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