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L’homme cherche souvent à le nier et pourtant l’amitié entre animaux, ça existe bel et bien !

vendredi 27 juin 2014, par Robert Paris

L’homme cherche souvent à le nier et pourtant l’amitié entre animaux, ça existe bel et bien !

Si les hommes parviennent à admettre une amitié entre un animal et un homme, ils ont beaucoup plus de mal à admettre que l’amitié est un sentiment animal, entre animaux, qu’ils soient domestiqués ou pas. Et pourtant, tous ceux qui côtoient habituellement les animaux le savent. Certaines vache ont de l’amitié l’une pour l’autre et d’autres pas. Les vaches ont même de l’amitié pour les chats nés dans l’étable. Les chevaux ou les ânes ont parfois de l’amitié entre eux et parfois n’en ont pas. L’amitié franchit sans difficulté la barrière des espèces, même si les animaux ne sont pas en bas âge. Les vaches sympathisent avec les biches venues par exemple boire à leur abreuvoir. Les animaux qui ont eu une enfance commune gardent souvent une amitié une fois passés à l’âge adulte. Et nous ne parlons même pas des sentiments maternels de femelles lionnes envers des enfants d’autres espèces à cornes qui ont été souvent montrés. Par contre, l’attitude des dauphins à l’égard des humains est bien du domaine de l’amitié, de même que celle des chiens, des chats, des chevaux, des ânes ou autres animaux domestiques à l’égard de l’homme.

C’est bien de l’amitié que nous voulons parler et il y a une raison que l’homme ait cherché à la minimiser : le fait que l’homme élève des animaux pour les manger ou s’intéresse aux animaux pour les chasser, pour les transformer en moyens de transport, ou même en tondeurs de gazons…

Il reste une autre raison encore plus fondamentale à ce rejet des sentiments animaux : chercher à placer l’homme hors de la nature, comme un être à part, un être de raison et de sentiments, tout à fait différent du reste du règne animal. Rien ne déplairait plus à l’homme, ainsi placé sur un piédestal, d’en chuter et de devoir se demander si l’amitié humaine est différente de l’amitié animale ou si elle n’est qu’une réplique seulement légèrement particulière !!!

D’où le mythe d’un animal qui ne ressentirait aucun des sentiments humains qui ne vaut pas plus cher que l’idée inverse selon laquelle l’homme serait simplement un animal comme un autre.

Les hommes admettent de parler d’amitié entre un animal et un homme mais beaucoup plus difficilement entre deux animaux, surtout s’il ne s’agit pas d’animaux « de compagnie » ni même d’animaux domestiques. Ils prétendent que, lorsqu’on parle de « sentiments animaux », l’homme se projette de manière anthropocentrique sur la vie animale. Ils affirment même que, dans la relation sentimentale entre homme et animal, c’est l’homme qui pousse l’animal, par instinct et par mimétisme, à réagir comme s’il avait des sentiments « humains » ! Ils affirment donc que les sentiments animaux sont une invention de l’homme qui se recherche au travers des animaux.

En fait, l’anthropocentrisme existe surtout dans la volonté de tout ramener à l’homme et de ne voir le reste du vivant que dans sa relation à l’homme alors que les êtres vivants sont en relation entre eux sans passer par l’homme… Et cette relation d’animal à animal comprend notamment des sentiments d’amitié qui traversent les espèces, sentiments dont les relations avec l’homme ne sont qu’un exemple particulier.

Un film récent sur les singes montrait une femelle chimpanzé qui venait de perdre son enfant et tenait son corps sans vie serré contre elle. Toute la tribu chimpanzé montrait des marques de sympathie à l’égard de cette femelle qui ne se résignait pas encore à abandonner son enfant. Quiconque a vu de tels exemples ne risque pas de croire les affirmations péremptoires de certains scientifiques selon lesquels les sentiments d’amitié seraient réservés aux êtres humains et qui prétendent qu’affirmer le contraire serait de l’anthropocentrisme.

De nombreux spécialistes des primates ont développé une relation particulière et individuelle avec certains de nos « cousins » simiesques au point qu’il serait bien difficile de prétendre que ce n’était pas de l’amitié et, dans certains cas, il s’agissait d’animaux « sauvages » en liberté !

La prétention des humains à être les seuls à penser, les seuls à ressentir, les seuls à concevoir, les seuls à réfléchir, les seuls à communiquer par un langage, les seuls à ceci ou à cela est bel et bien outrancière et ce besoin de se considérer comme extérieur à l’univers naturel est certainement un des travers les plus désagréables des animaux simiesques bipèdes et dotés d’un gros cerveau qui se sont appelés hommes…

L’amitié étant considérée comme un sentiment supérieur, l’homme a cru devoir le dénier à l’animal, et même à tous les animaux, afin de se réserver toute forme d’activité consciente et de nature élevée !! Tout au plus a-t-il admis être capable de susciter une réaction miroir aux élans qu’il se savait capable d’avoir à l’égard d’animaux, le plus souvent domestiques.

Voici quelques exemples de récits rapportant des amitiés animales (entre animaux) : récits de George Sand, Vassili Grossman, etc…

Extrait de « La mare au diable » de George Sand

« Un areau (charrue) de forme antique était traîné par deux bœufs tranquilles, à la robe jaune pâle, véritables patriarches de la prairie, hauts de taille, un peu maigres, les cornes longues et rabattues, de ces vieux travailleurs qu’une longue habitude a rendus « frères », comme on les appelle dans nos campagnes, et qui, privés l’un de l’autre, se refusent au travail avec un nouveau compagnon et se laissent mourir de chagrin. Les gens qui ne connaissent pas la campagne taxent de fable l’amitié du bœuf pour son camarade d’attelage. Qu’ils viennent voir au fond de l’étable, un pauvre animal maigre, exténué, battant de sa queue inquiète ses flancs décharnés, soufflant avec effroi et dédain sur la nourriture qu’on lui présente, les yeux toujours tournés vers la porte, en grattant du pied la place vide à ses côtés, flairant les jougs et les chaînes que son compagnon a portés, et l’appelant sans cesse avec de déplorables mugissements. Le bouvier dira : « C’est une paire de bœufs perdue ; son frère est mort, et celui-là ne travaillera plus. Il faudrait pouvoir l’engraisser pour l’abattre ; mais il ne veut pas manger, et bientôt il sera mort de faim. »

Extrait de « La route » de Vassili Grossman

La guerre toucha tous les habitants des Apennins.

Djou, le jeune mulet qui servait dans le charroi d’un régiment d’artillerie, ressentit immédiatement, dès le 22 juin 1941, de nombreux changements ; mais, bien entendu, il ne savait pas que le Führer avait convaincu le Duce d’entrer en guerre contre l’Union soviétique.

Les gens seraient bien étonnés s’ils apprenaient tout ce que le mulet remarqua le jour où la guerre commença à l’Est : la radio qui émettait sans arrêt, la musique, le portail de l’écurie grand ouvert, la foule des femmes et des enfants qui se tenaient près de la caserne, les drapeaux, l’odeur du vin sur ceux qui, la veille encore, ne sentaient pas le vin, et les mains tremblantes de Nicollo lorsqu’il sortit Djou de sa stalle et lui passa le collier.

Le conducteur n’aimait pas Djou, il l’attelait à gauche pour pouvoir lui donner plus facilement des coups de fouet de sa main droite. Les coups, il les lui donnait sur le ventre et non sur l’arrière-train, là où la peau est épaisse. La main de Nicollo était lourde, brune, les ongles racornis : une main de paysan.

Son coéquipier n’éveillait chez Djou qu’indifférence. C’était un grand animal, fort, appliqué, morose ; sur le poitrail et sur les flancs, le poil était usé par le collier et par les traits. Des plaques dénudées, grises, brillaient de l’éclat gras du graphite.

Les yeux du coéquipier étaient recouverts d’un voile bleuté, la tête aux dents jaunes et usées conservait un air indifférent, somnolent, que ce soit pendant une ascension sur l’asphalte amolli par la chaleur de l’été ou pendant le repos, à l’ombre des arbres… Les yeux du coéquipier n’expriment qu’indifférence, ses narines ne bougent pas, de la lèvre inférieure à peine avancée pend une bave transparente…

Un jour, pour jouer, Djou essaya de pousser le vieux mulet, mais l’autre lui donna tranquillement, sans méchanceté, un coup de sabot et se tourna de l’autre côté. Parfois, Djou entendait le vieux respirer avec difficulté dans la stalle voisine.

Le conducteur, avec son itinéraire à suivre, son pouvoir, son fouet, sa botte et sa voix enrouée, ne provoquait pas chez Djou une admiration d’esclave.

A sa droite marchait le coéquipier, derrière son dos il y avait la charrette qui brinquebalait et le conducteur qui criait de temps en temps, et devant ses yeux s’étendait la route. Parfois, le conducteur semblait suivre la charrette et parfois c’est la charrette qui semblait obéir au conducteur. Le fouet ? Que faire ? Les mouches aussi piquaient jusqu’au sang le bout de ses oreilles. Mais les mouches n’étaient que des mouches. Le fouet, un fouet. Et le conducteur, un conducteur.

Au début, Djou était secrètement en colère contre l’asphalte interminable. On ne pouvait pas le mâcher, on ne pouvait pas le boire, alors qu’on était entouré d’une nourriture de feuilles et d’herbe, et que l’eau abondait dans les lacs et dans les mares.

C’est l’asphalte qui apparaissait comme l’ennemi principal. Mais, très vite, Djou trouva plus désagréables encore le poids de la charrette et des rênes, la voix du conducteur.

Alors Djou se réconcilia avec la route. Il lui semblait qu’elle le libérait de la charrette et du conducteur. La route montait, la route s’entortillait parmi les orangers, et derrière son dos, la charrette roulait inlassablement dans un fracas monotone. Le collier de cuir comprimait les os de son poitrail.

Le labeur absurde qui lui était imposé provoquait en lui le désir de donner des coups de sabots dans la charrette, de déchirer les traits avec ses dents…

Tout ce qui composait la vie du mulet était de plus en plus pénible : la terre était gluante, elle clapotait, semblait parler ; la route était visqueuse, ce qui la rendait plus longue encore, chaque pas était comme une multitude de pas, la charrette était insupportablement paresseuse, têtue. On aurait dit que Djou et son coéquipier ne tiraient pas une seule charrette, mais tout un train. Le conducteur criait maintenant sans cesse, donnait des coups de fouet fréquents et douloureux. On aurait dit qu’il n’y avait pas un seul conducteur dans la charrette, mais plusieurs. Les fouets s’étaient multipliés et ils avaient tous une langue : ils étaient méchants, froids et brûlants à la fois, cinglants, pénétrants…

Lentement, inévitablement, la guerre et l’hiver écrasaient le mulet de leur poids et Djou répondit à l’énorme agression d’indifférence, prête à l’anéantir, par son indifférence à lui, infinie.

Il était devenu l’ombre de lui-même, et cette ombre cendrée mais encore vivante ne ressentait déjà plus ni le plaisir de manger ou de se reposer, ni sa propre chaleur. Il lui était égal de se déplacer sur la route verglacée en remuant ses pattes mécaniques ou bien de rester débout la tête baissée. Il ruminait le foin avec indifférence, sans joie, et supportait pareillement la faim, la soif et le vent coupant de l’hiver. La blancheur de la neige irritait ses yeux, mais le crépuscule et l’obscurité lui étaient équivalents. Il ne les désirait pas, ne les attendait pas.

Il cheminait à côté de son vieux coéquipier, lui ressemblant maintenant complètement. L’indifférence qu’ils ressentaient l’un envers l’autre n’avait d’égale que celle que chacun éprouvait envers lui-même.

Cette indifférence envers lui-même fut sa dernière révolte.

Etre ou ne pas être était devenu sans importance pour Djou ; On aurait dit que le mulet avait résolu le problème d’Hamlet.

Soumis à l’existence et à la non-existence, il perdit la notion du temps : le jour et la nuit s’étaient effacés dans son esprit, il ne distinguait plus un soleil glacé d’une nuit sans lune.

Quand l’offensive russe commença, le gel n’était pas particulièrement fort.

Djou ne perdit pas la tête au cours des préparatifs de l’artillerie destructrice. Il n’arracha pas les traits, il ne fit pas d’écarts lorsque dans le ciel nuageux flamba l’incendie de l’artillerie, lorsque le sol commença à s’ébranler et que l’air, déchiré par les gémissements et les rugissements de l’acier, se remplit de feu, de fumée, de mottes de neige et d’argile.

Le torrent de la déroute ne l’avait pas emporté, il restait debout, tête et queue basses, tandis qu’à côté de lui des gens couraient, tombaient, se relevaient, se traînaient, que des tracteurs avançaient, que des camions fuyaient.

Son coéquipier poussa un cri bizarre, d’une voix qu avait l’air humaine, il tomba, agita ses pattes, puis se calma et la neige qui l’entourait devint toute rouge.

Le mulet, insensible et soumis, n’attendait pas l’accomplissement de son destin, il était aussi indifférent à son ancien qu’à son nouveau sort….

Un homme tenant un fouet à la main s’approcha de Djou et l’examina. Le mulet sentit l’odeur de tabac et de cuir brut que dégageait l’homme.

L’homme, tout comme le faisait Nicollo, lui donna un coup dans les dents, dans la pommette, dans le flanc.

Il tira sur la bride, se mit à parler d’une voix sifflante, et le mulet regarda involontairement Nicollo, étendu sur la neige, mais celui-ci se taisait…

Djou suivit l’homme. Ils approchèrent des charrettes et furent aussitôt entourés de conducteurs qu faisaient du bruit, agitaient les bras, riaient, et qui frappèrent à petits coups le dos et les flancs de Djou. On lui donna du foin et il mangea. Aux charrettes étaient attelés, par paires, des chevaux aux oreilles courtes et aux yeux méchants. Il n’y avait pas de mulets.

Le conducteur approcha Djou d’une charrette à laquelle était déjà attelé un cheval au pelage sombre à qui manquait son coéquipîer ;

Le cheval était petit. Le mulet, qui était de bonne taille, se révéla être plus grand que lui. Le cheval le regarda, abaissa ses oreilles puis les releva, secoua la tête, la tourna de l’autre côté, souleva sa patte de derrière, prêt à donner un coup de sabot…

L’odeur qui s’en dégageait était insolite, bizarre, chevaline ; cependant, le mulet resta indifférent à cette odeur.

Le mulet resta aussi indifférent à la chaleur qui venait du flanc décharné du cheval.

Le cheval aplatit complètement les oreilles, il prit une expression méchante, carnassière, qui n’était pas celle d’un herbivore. Il roula les yeux, souleva la lèvre supérieure en découvrant ses dents, prêt à mordre. Mais Djou, dans son indifférence, lui présentait sa pommette et son encolure découvertes…

Tout à coup, Djou regarda le cheval du coin de l’œil et le cheval regarda Djou.

Le charroi se mit en route…

Bizarrement, plongé comme il l’était dans un monde d’indifférence, il sentit que lui-même n’était pas indifférent au cheval qui courait à ses côtés.

Et soudain, voici que le cheval agita la queue en direction de Djou. La queue soyeuse et glissante ne ressemblait en rien au fouet ou à la queue du coéquipier mort. Elle glissa avec douceur sur la peau du mulet.

Au bout d’un certain temps, le cheval agita à nouveau la queue. Pourtant, dans la plaine enneigée, il n’y avait ni mouches ni moustiques…

Ils coururent ainsi un long moment et soudain, le cheval hennit. Il hennit doucement, tout doucement, tout doucement pour que ni le conducteur ni la plaine qui les entourait ne puissent entendre son hennissement.

Il avait henni tout doucement pour que seul le mulet qui courait à ses côtés puisse l’entendre…

Le charroi s’arrêta et le conducteur détela les deux bêtes. Elles mangèrent ensemble et burent de l’eau dans le même petit seau, puis le cheval s’approcha du mulet et posa la tête sur son encolure. Ses lèvres mobiles et douces touchèrent l’oreille du mulet et celui-ci plongea avec confiance ses yeux dans les yeux tristes du petit cheval kolkhozien, et sa respiration se mélangea avec la bonne et chaude respiration de celui-ci…

La vie du mulet Djou et le destin du cheval de Vologda se transmettaient distinctement, pour eux seuls, par la chaleur de leur respiration, par la fatigue des yeux… Ils pleuraient tous les deux… C’était vrai, ils pleuraient. »

Plutarque dans « L’intelligence des animaux »

« N’allons pas non plus refuser aux bêtes, sous prétexte que leur intelligence est moins élevée et leur faculté de raisonnement moindre, toute capacité intellectuelle ou réflexive, et jusqu’à l’usage de la raison. »

Un récit sur les vaches publié par « le ciel de Leyenda »

« Il y a quelques années, The Telegraph rapportait une initiative curieuse : le comportement des vaches allait être étudié dans une ferme d’Orway Porch, à Cullompton, en Angleterre. Cette idée reposait sur l’intention de compréhension de la dynamique de groupe d’un troupeau. Elles ont ainsi été équipées de « colliers de proximité », diffusant des signaux radio permettant de déterminer la nature de leurs rapports et le type de relations qu’elles entretiennent. Les résultats permettraient alors de comprendre comment les relations sociales entre vaches affectent leur santé, leur bien-être et leur stress et donc altèrent directement leur productivité. Le Docteur Darren Croft de l’université d’Animal Behaviour Research Group expliquait : « De nouvelles études sur les populations d’animaux sauvages soutiennent l’idée que la structure du groupe et les relations entre les animaux affectent leur santé et leur bien-être. » Les producteurs laitiers britanniques produisent des milliards de litres de lait chaque année, suffisamment pour remplir 2.000 piscines de taille olympique. Trouver un rapport entre les relations des vaches et la production de lait pourrait améliorer le rendement et la qualité de ce dernier. Ce projet en rejoint un autre ! Et il semble que les industriels ne soient pas les seuls à s’intéresser aux dépendances sociales des ruminantes, puisque ces études retrouvent celles de Krista McLennan, en doctorat à l’université de Northampton. Le Daily Mail explique qu’en mesurant le rythme des battements de cœur et le taux de cortisol (une hormone qui réagit au stress) des vaches, la jeune chercheuse a découvert que ces dernières étaient nettement plus sereines entourées… de leurs meilleurs amies ! Dans un troupeau, les vaches tissent des liens particuliers avec certains animaux et ont tendance à passer leur temps à leurs côtés. L’étudiante explique que lorsque les vaches ont leurs meilleures copines près d’elles, leur rythme cardiaque ralentit. A l’inverse, lorsqu’elles sont entourées de vaches inconnues, ou choisies au hasard, elles sont nettement plus anxieuses. La scientifique encourage les agriculteurs à être plus attentifs à leurs vaches, souvent séparées lors de visites chez le vétérinaire ou le changement de place du troupeau : « Si nous pouvons encourager les éleveurs à garder un œil sur ces vaches qui aiment garder leurs amies avec elles, cela pourrait avoir de réels avantages, tels que l’amélioration du rendements laitiers et la réduction du stress pour les animaux, ce qui est très important pour leur bien-être. » Et effectivement, on retrouve ces résultats très étonnants : Certaines sont inséparables, d’autres ne peuvent pas se sentir… Les relations entre les vaches sont bien plus complexes qu’on ne le pense ! »

Joëlle Proust dans « Les animaux pensent-ils ?

« Dans plusieurs de ses lettres, Descartes s’attache à souligner le contraste entre les habiletés animales et la pensée humaine. Le nerf de son argument consiste à opposer la particularité du savoir-faire de l’animal à l’universalité de la pensée humaine. Descartes a une conception dualiste du moteur des actions : certaines d’entre elles sont produites par le corps, d’autres par l’esprit. Les premières n’exigent pas de pensée (comme marcher ou manger, fuir, se protéger des coups, ou agir sous l’empire d’une passion) : tous ces mouvements procèdent d’un principe « mécanique et corporel). D’autres actions ne peuvent être effectuées sans la raison, principe d’une âme pensante (comme converser, faire de la science ou construire un outil)… Les actions des animaux sont, (pour Descartes), inséparables de leurs émotions et de leurs passions (qui relèvent du corps). Les humains sont (pour lui) capables d’agir sous l’emprise de la raison seule, exempte de toute émotion : ils peuvent faire des mathématiques, de la philosophie ! En contraste absolu avec les solutions locales auxquelles les animaux on accès, les humains ont par leur raison un instrument universel de résolution de problème… Pour Descartes, quand un être pense, la combinaison des signes s’effectue dans la pensée avant de s’exprimer dans le langage externe. Ce dernier est certes le « seul signe certain d’une pensée latente ». Mais après tout il pourrait bien y avoir une pensée « universelle » sans langage externe… Pourquoi les animaux n’ont-ils pas de langage intérieur, un langage qu’on appellerait aujourd’hui « langage de la pensée » ? (…) Quoiqu’ils aient, comme nous le verrons, la faculté d’user de signes naturels, les animaux ne nous communiquent pas leur pensées, c’est, selon Descartes, qu’ils ne peuvent pas ; s’ils le pouvaient, ils le voudraient, et donc le feraient.

Ce qui constitue pour Descartes sinon la preuve (qui lui semble impossible), du moins l’indice du fait qu’ils ne pensent pas réside donc en définitive dans leur inaptitude à user de signes pour exprimer quelque chose « qui relève de la seule pensée » (c’est-à-dire un contenu indépendant de leurs émotions et de leurs passions). (…)

La difficulté de l’argument de Descartes tient d’une part au dualisme entre le corps et l’esprit, et d’autre part à l’argument de l’exprimabilité de la pensée. Le dualisme entre les actions causées par le corps ou par l’esprit oblige à admettre qu’il existe deux régimes de causalité, l’un qui vaut pour les états corporels, l’autre des états mentaux : beaucoup de philosophes ont souligné l’obscurité d’un principe de causalité ainsi entendu. Comment l’âme peut-elle gouverner « son » corps ? Le dualisme conduit à son tour à instaurer une rupture entre l’homme et l’ensemble du règne animal. Pas de différence fondamentale, pour Descartes, entre l’araignée et le renard ! La doctrine dualiste est aujourd’hui intenable : elle est en contradiction ouverte avec la compréhension scientifique du monde physique et biologique. L’imagerie cérébrale manifeste sans doute possible l’identité entre un état neuronal et un état mental donné. L’hypothèse que coexistent deux domaines séparés, le cerveau et l’esprit (dont il faudra ensuite expliquer le cheminement mystérieusement parallèle !), est désormais reléguée dans le domaine des curiosités philosophiques. La séparation marquée entre l’homme et l’animal, déjà mise à mal par les théories darwiniennes et néo-darwiniennes de la sélection naturelle, est réfutée par l’analyse comparative du génome humain, proche de celui du primate et même de celui de la souris. Ce qui est plus intéressant dans l’argumentation de Descartes, c’est de voir comment l’émotion et la passion sont pour lui étrangères à la pensée. Est-ce bien le cas ? Les travaux contemporains montrent au contraire que l’émotion joue un rôle crucial dans la qualité de la mémorisation et dans la détermination de ce qu’il faut mémoriser, ainsi que la planification judicieuse. Pas d’esprit sans émotion, pas de survie sans passion !

La doctrine de l’exprimabilité elle aussi appelle un commentaire. L’idée que l’animal communiquerait avec l’homme s’il en avait la capacité mentale procède d’un anthropocentrisme ignorant des intérêts vitaux des animaux non humains. (…)

Un certain nombre d’animaux – oiseaux, rongeurs, canidés – ont une capacité remarquable à cacher et à retrouver des réserves de nourriture à des emplacements divers. On pourrait penser que cette aptitude implique nécessairement d’utiliser une forme objective, détachée de représentation de l’espace, permettant à l’animal de se rendre d’un point à un autre par le chemin le plus court, indépendamment des trajectoires antérieurement suivie… Il faut que l’animal puisse se souvenir des diverses propriétés de l’objet contenu dans chaque cache, par exemple s’il est périssable ou s’il a été caché depuis longtemps… La pensée détachée permet donc le développement d’une forme de mémoire proche de la mémoire épisodique humaine – la mémoire des événements vécus. (…)

La conscience animale et sa valeur adaptative deviennent aujourd’hui un thème acceptable de colloque scientifique. Il ne paraît plus aberrant, comme cela pouvait encore sembler il y a seulement vingt-cinq ans, d’avancer que les animaux non langagiers ont eux aussi des images mentales, qu’ils ont des émotions et des expériences qualitatives du monde. »

L’épopée des animaux de Charles Louandre

« Dans la zoologie fantastique de l’antiquité tout s’enchaîne avec une logique sévère. La bête a les trois âmes de l’homme ; elle a donc les mêmes facultés, et comme conséquence de ce premier fait elle aura les mêmes passions. La science moderne, au contraire, — tout en reconnaissant qu’au point de vue purement physique, les instincts et les appétits matériels de l’homme et de la brute offrent souvent trop de rapports, — ne transporte pas cette analogie dans l’ordre moral : elle admet, sans pouvoir la comprendre et l’expliquer, une différence profonde et, pour ainsi dire, infinie ; elle sent que le rayon mystérieux qui nous éclaire et nous échauffe n’a point touché la bête. C’est là ce que l’antiquité n’a jamais senti : celle-ci donne aux animaux, sans établir la moindre distinction, non-seulement les passions qui nous troublent, mais même tous les sentimens moraux qui nous élèvent, tous les sentimens affectueux qui nous consolent. Phèdre, Oreste et Pylade, les victimes des orages du cœur, les héros des grandes tendresses, ont pour émules des volatiles ou des quadrupèdes. Pline rapporte sérieusement qu’une oie ressentit pour un jeune homme, nommé Égius, une passion des plus violentes, et qu’en Égypte un bélier fut amoureux jusqu’à la folie de la belle Glaucé, musicienne d’un grand mérite, attachée en qualité d’artiste à la cour du roi Ptolémée. Les chevaux, les dauphins, les aigles, donnèrent souvent des exemples d’un dévouement en amitié dont l’homme lui-même ne se montre que très rarement susceptible. Dans la ville de Sestos, on vit un aigle élevé et nourri par une jeune fille se jeter, quand elle fut morte, dans les flammes du bûcher qui devait la consumer et se laisser brûler avec elle. On vit également, sous le règne d’Auguste, un dauphin mourir du regret d’avoir perdu un jeune enfant auquel il s’était lié d’une amitié sincère. Cet enfant traversait tous les jours le lac Lucrin, pour aller de Baies à Pouzzoles suivre les leçons de son maître. Il avait accoutumé le dauphin à répondre, au nom de Simon, et à quelque heure qu’il l’appelât des bords du lac, celui-ci accourait aussitôt, cachait comme dans un fourreau les pointes aiguës dont son dos était armé, et, portant doucement son ami à travers les eaux, il le conduisait chaque matin à son école, et le ramenait le soir. Un jour, l’enfant ne parut point à l’heure accoutumée, le dauphin l’attendit avec inquiétude, et, toujours fidèle au rendez-vous, il revint le lendemain et les jours suivans ; mais le pauvre enfant était mort, et le fidèle animal ne tarda point à mourir lui-même. De tels récits justifient, nous le pensons, ce que nous avons dit plus haut, — que les animaux, dans les idées antiques, sont complètement assimilés à l’homme. Quoique nous soyons à peine entré dans le sujet, le merveilleux y tient déjà une grande place. Tous les êtres réels se sont transfigurés, et cependant la fantaisie antique ne doit point s’arrêter là. Après nous avoir montré des cigales qui remportent des prix de musique, des serpens qui enseignent la langue universelle, des aigles qui se suicident, des bœufs qui parlent politique, elle invente des êtres nouveaux, et peuple la création de monstres, formés pour la plupart de parties discordantes empruntées aux espèces les plus dissemblables. L’antiquité, on peut le dire sans crainte d’exagération, a l’amour des monstres. Elle oublie presque toujours de décrire les types réels et vivans pour s’occuper de préférence de ceux qui n’existent pas. Les bois, les montagnes, la mer, les enfers même, sont remplis d’animaux terribles et hideux : ce sont les chevaux ailés, les dragons, les crocottes qui appellent les bûcherons par leur nom pour les dévorer, les grillons à la gueule pointue, oiseaux gigantesques à quatre pieds, portant des grilles de lion et des plumes rouges sur le dos ; le catoblépas, dont le regard tue le guerrier le plus vigoureux : le marticore, que l’historien Ctésias représente avec trois rangées de dents superposées, une peau couleur de sang, des yeux verts, des oreilles d’homme, le corps du lion et une queue de scorpion avec laquelle il lance des javelines. Pline parle de poissons à tête de taureau et de cheval qui sortent chaque jour des mers de l’Arabie pour aller paître dans les champs. Dans l’Océan indien, cette mer des prodiges, le dos des baleines a une superficie de quatre arpens, et les anguilles du Gange sont longues de trente coudées. Des thons monstrueux se rangent en bataille pour barrer le passage à la flotte d’Alexandre, et les gardes prétoriennes livrent des combats acharnés à des serpens de mer, dont le sang rougit les flots dans une étendue de trente mille pas. Les onocentaures, les centaures, les hippocentaures, les satyres, les sirènes, confondent avec les formes de l’homme celles du cheval, du singe, du bouc, des oiseaux et des poissons. Les filles de Phorcys, dont parle Eschyle, sœurs au visage de cygne, n’ont à elles deux qu’un œil et une dent, et les Gorgones portent des serpens pour cheveux. Suivant une tradition qui s’est perpétuée jusque dans le moyen âge, la plupart de ces monstres avaient été engendrés dans le chaos, avant la formation de la terre, au moment où l’univers n’était encore qu’une masse d’eau ensevelie dans les ténèbres. Leur existence n’était point seulement attestée par la poésie ou la superstition populaire, elle était aussi certifiée par la science. Pline rapporte qu’on montrait à Rome, sous le règne de Claude, un centaure embaumé dans du miel, et les écrivains les plus éminens des premiers siècles du christianisme, tels que saint Jérôme, saint Justin, saint Cyprien, admettent l’existence de ces êtres fabuleux ; ils croient reconnaître en eux des anges déchus condamnés à errer, jusqu’à la consommation des siècles, dans les forêts et les déserts. »

Jean de la Fontaine dans « Discours à Madame de la Sablière »

« Que ces Castors ne soient qu’un corps vide d’esprit, jamais on ne pourra m’obliger à le croire. »

Étienne Bonnot de Condillac dans « Traité des animaux »

« Il me sera aisé de prouver que les bêtes ont toutes ces facultés : comparer, juger, avoir des sentiments, des idées et de la mémoire. »

voir ici

Des films qui montrent à quel point nous vivons dans un mensonge sur la vie animale

Un bel exemple…

Sur les sentiments animaux (et notamment humains)

L’amitié des dauphins

Animaux : pas si bêtes !

Ce que les singes nous apprennent sur la "nature humaine"...

L’animal et l’homme…

Voici, par exemple, l’amitié d’une biche et d’un lapin

Voir ici :

L’amitié entre un ours "sauvage" et un chien de traineau Husky apprivoisé

D’autres amitiés inter-espèces

Un film qui la défend

Lion et Gnou

Chat et Souris

Biche et Lapin

1 Message

  • Des auteurs qui reconnaissent les sentiments chez les animaux :

    Totem et tabou de Sigmund Freud

    « L’attitude de l’enfant à l’égard des animaux présente de nombreuses analogies avec celle du primitif. L’enfant n’éprouve encore rien de cet orgueil propre à l’adulte civilisé qui trace une ligne de démarcation nette entre lui et tous les autres représentants du règne animal. Il considère sans hésitation l’animal comme son égal ; par l’aveu franc et sincère de ses besoins, il se sent plus proche de l’animal que de l’homme adulte qu’il trouve sans doute plus énigmatique. »

    Pascal Picq

     :

    « L’animal n’est pas une machine. Les grands singes sont comme nous, ils souffrent,ils ont des sentiments, de l’empathie.. »

    Et aussi : « Si on fait le bilan de ce que l’on a observé depuis 30 ans chez les chimpanzés, on s’aperçoit que tout ce que l’on avait cru voir se manifester en termes d’adaptation uniquement chez les hommes, c’est-à-dire la bipédie, l’outil, la chasse, le partage de la nourriture, la sexualité, les systèmes sociaux, le rire, la conscience, l’empathie, la sympathie, les chimpanzés le font aussi. Donc, soit ils ont tout acquis indépendamment, soit cela vient du dernier ancêtre commun, ce qui est plus plausible. Cela veut dire que déjà dans le monde des forêts, il y a 6 à 7 millions d’années, toutes ces caractéristiques que l’on a cru propres à l’homme existaient et font partie d’un bagage ancestral commun. »

    Des auteurs qui ont nié les sentiments chez l’animal

    Le livre de l’intranquillité de Fernando Pessoa

    « Les animaux ne savent pas ce qu’ils font : ils naissent, grandissent, vivent et meurent sans pensée, sans réflexion, sans véritable avenir. Mais combien d’hommes vivent différemment des animaux ? »

    Gilbert Cesbron

    « Le monde des pauvres – comme celui des animaux, comme celui des enfants – est le monde de l’immédiat. »

    Yves Coppens :

    « Ceux qui prétendent que l’homme est un singe et, vice versa le singe un homme, sont pour moi de la provocation. N’ayons pas peur des mots, nous sommes un organisme supérieur. L’homme est au sommet de l’échelle du vivant. (...) Je constate en permanence un progrès dans l’évolution biologique... comme d’ailleurs dans l’espèce humaine. »

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