English German Espagnol Portugese Chinese Japanese Arab Rusian Italian Norvegian Dutch Hebrew Polish Turkish Hindi
Accueil du site > 02 - Livre Deux : SCIENCES > Questions de sciences > Goethe, poète-dramaturge, était aussi un penseur artiste-scientifique

Goethe, poète-dramaturge, était aussi un penseur artiste-scientifique

dimanche 4 mai 2014, par Robert Paris

Goethe, poète-dramaturge, était aussi un penseur artiste-scientifique

« Plus de lumière » sur la compréhension du monde

Goethe n’était pas seulement un poète, pas seulement un humaniste, pas seulement un révolutionnaire. Il avait aussi une passion pour la science et un sens de celle-ci même si bien des scientifiques et autres auteurs dénient au non spécialiste de se mêler du domaine.

Voici ce qu’écrivait sur ce thème Stephen Jay Gould dans « Comme les huit doigts de la main » :

« Michel-Ange incitait les personnes de talent à s’intéresser à tous les domaines de l’esprit et de l’art, autrement dit à obéir à ce précepte merveilleusement optimiste de Francis Bacon : « J’ai fait de l’ensemble des connaissances mon domaine de compétence. »A notre époque où règne l’étroite spécialisation, nous continuons à accorder foi à ce mythe en désignant tout intellectuel aux vastes connaissances du nom d’ « humaniste de la Renaissance ».

Mais la méfiance, la volonté d’exclure et l’étroitesse de vue sont des attitudes qui règnent depuis aussi longtemps que la recherche des lumières. Les praticiens professionnels ont toujours essayé de rendre étanches les barrières qui délimitent leur discipline, et de faire feu sur tout étranger qui y pénétrerait en faisant preuve d’un enthousiasme amateur (bien que l’amateur qui, comme l’indique l’étymologie, se passionne pour son sujet, en acquiert souvent une maîtrise dépassant de loin celle que peut avoir le professionnel moyen qui en fait son gagne-pain). La maxime définissant l’étroitesse de vue – « le cordonnier doit s’en tenir à son établi » - date du quatrième siècle avant Jésus-Christ, la grande période d’Athènes.

Rien – pas même la valeur personnelle dûment reconnue – ne peut assurer que l’on puisse migrer en toute sécurité vers une autre discipline intellectuelle éloignée de la sienne. Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832), qui a bénéficié du suprême plaisir d’être regardé comme le plus grand poète du monde à son époque, s’est amèrement plaint de la façon dont les scientifiques ont considéré les travaux importants qu’il avait réalisés dans leur domaine (Goethe a réellement effectué des travaux sérieux, souvent couronnés de succès, en anatomie, botanique, géologie et optique). Vers la fin de sa vie, en 1831, il écrivit :

« Le public a été déconcerté, car… on pense généralement qu’une personne qui s’est distinguée dans une discipline, et dont le style et la forme jouissent d’une large reconnaissance, ne doit pas la quitter, et encore moins s’aventurer dans une autre, totalement différente. Si un individu s’y essayait, on ne lui en saurait absolument pas gré ; en fait, même s’il y réussissait très bien, on ne lui en ferait aucun éloge. »

Goethe contesta vigoureusement cet esprit de clocher et sa réponse ne témoigna pas seulement du légitime désir d’expansion de son ego, mais définit aussi explicitement le droit naturel le plus précieux auquel peut tenir un intellectuel :

« Mais l’homme à l’esprit actif sent qu’il ne peut être asservi aux intérêts du public, et qu’il doit se déterminer d’après les siens propres. Il ne se soucie guère de se fatiguer et de s’user à répéter sans cesse les mêmes choses. En outre, tout homme énergique ayant du talent porte en lui quelque chose d’universel, qui le pousse à chercher de-ci, de-là au hasard, et à sélectionner son champ d’activité en fonction de ses propres désirs. »

Six ans après la mort de Goethe, en 1838, le biologiste français Isidore Geoffroy Saint-Hilaire a consacré tout un article pour justifier les incursions de Goethe dans les domaines de la science : « Sur les travaux zoologiques et anatomiques de Goethe ». (Dans son tout dernier article, Goethe avait soutenu le père d’Isidore, Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, plus célèbre que ce dernier, dans le cadre de sa controverse bien connue avec Georges Cuvier sur l’interprétation de l’anatomie, de sorte que l’on peut regarder l’article d’Isidore comme le remboursement d’une dette, effectué à la génération suivante). Isidore a cerné de façon pénétrante la tendance à l’esprit de clocher chez les scientifiques :

« Beaucoup de personnes bien informées ne savent toujours pas si Goethe s’est borné à propager des idées déjà connues en science, en les revêtant des couleurs de son admirable style ou bien s’il peut revendiquer le plus grand honneur d’en être l’inventeur. Les naturalistes eux-mêmes hésitent à reconnaître comme l’un des leurs un homme qu’ils sont habitués depuis si longtemps à admirer comme poète dramatique, romancier et même compositeur de chants… Plus on considère comme immense et peut-être infranchissable cette distance (entre l’art et la science), plus on a de difficultés à imaginer que la même main qui écrivit Werther et Faust… put tenir avec habileté le scalpel de l’anatomiste – et plus on peut considérer cet exemplaire génie comme admirable, car il a été capable de combiner des qualités intellectuelles qui s’excluent ordinairement les unes des autres. »

Ce n’est pas que Goethe (ou sa réputation) ait besoin de ma défense, mais je voudrais m’efforcer, dans le présent essai, de combattre l’étroitesse d’esprit des scientifiques spécialistes d’une discipline donnée, qu’Isidore Geoffroy a bien caractérisée et déplorée dans son article – une tendance qui n’a fait que se renforcer dans les cent cinquante ans qui ont suivi, car les spécialistes, de nos jours, considèrent souvent leur discipline comme des forteresses, et on peut comparer leurs représentants les plus éminents à des archers qui se tiennent debout sur les remparts, explorant du regard les environs afin de détecter toute incursion en provenance des disciplines étrangères. (…)

En considérant l’incursion de Goethe dans la science, j’avance la notion de « démarche spéciale » pour deux raisons. Premièrement, il me semble que les façons de penser caractéristiques de l’art – imagination, démarche holiste (par opposition à réductionniste), par exemple – sont susceptibles d’enrichir la science (non pas parce que les scientifiques ne pensent jamais selon ces modes caractéristiques de l’art, mais parce qu’étant donné qu’ils les apprécient peu, ils y recourent rarement, et donc leur emploi par quelqu’un venant de l’extérieur peut représenter un grand apport). Deuxièmement, Goethe lui-même a considéré que la façon dont il traitait les problèmes biologiques différait de celle employée par les scientifiques professionnels, et il a attribué sa démarche non conformiste à sa pratique des matières artistiques.

En particulier, il a soutenu que sa perspective d’artiste l’avait conduit à voir la nature en tant qu’unité, à tenter de faire la synthèse entre deux composantes disparates, à se mettre en quête d’une loi d’harmonie intrinsèque. Il a écrit :

« Quelle vision pouvons-nous avoir de la nature, si par la méthode analytique, nous ne nous occupons que des composantes matérielles particulières et ne ressentons pas le souffle de l’esprit, qui, pourtant, prescrit à chacune de celles-ci sa direction, et lui ordonne ou lui défend d’en dévier grâce à la mise en œuvre d’une loi intrinsèque ! »

Je vais pouvoir poser la question centrale du présent essai : est-ce que Goethe a pu faire son chemin au sein de la science grâce à sa démarche non conventionnelle d’ « artiste » ? (…)

Goethe avait déjà obtenu un premier succès très tôt dans sa carrière, en 1784, lorsqu’il avait découvert un nouvel os dans la mâchoire supérieure de l’homme. Il l’avait appelé l’ « intermaxillaire » ; d’autres l’avaient baptisé l’ « os de Goethe ». Il avait souligné qu’un tel os devait exister chez l’homme (avant d’en avoir quelque preuve et face aux dénégations générales) parce que d’autres vertébrés terrestres le possédaient – et cet os devait donc appartenir à l’archétype, autrement dit au plan général abstrait, de tous les reptiles, oiseaux et mammifères. (On appelle cet os le « prémaxillaire » chez les autres vertébrés ; il porte généralement les incisives supérieures chez les mammifères.) Chez l’homme, l’intermaxillaire est petit et fusionne avec les autres os de la mâchoire supérieure, de sorte qu’il ne peut être distingué au sein du squelette après la naissance ; Goethe a pu se rendre compte de son existence en observant les sutures repérables avant la fusion des os chez l’embryon. Dans un article écrit en 1832, l’année de sa mort, le scientifique-poète a rappelé le souvenir de cette découverte, disant que cela avait été « la première bataille et le premier triomphe de sa jeunesse ». Il a attribué son succès à sa vision d’artiste, selon laquelle il devait exister une nécessaire unité : cet os devait exister chez l’homme, si tous les vertébrés terrestres possédaient le même plan de développement abstrait.

Goethe publia sa plus importante œuvre biologique en 1790 – « Essai d’explication de la métamorphose des plantes »). Cet opuscule, dépourvu d’illustrations ou de diagrammes et consistant en 123 morceaux de texte numérotés et largement aphoristiques, peut difficilement être considéré comme une œuvre appartenant à la science classique. On y trouve la mise en application de deux principes que Goethe attribuait à ses façons de voir artistiques – les hypothèses hardies et le postulat de l’unité intrinsèque. Or, bien que l’on ne puisse accepter la théorie centrale que Goethe y a développée, ce curieux petit ouvrage est plein d’aperçus judicieux, et a exercé une forte influence sur toute l’histoire de la morphologie (mot qui a, d’ailleurs, été forgé par Goethe). On ne peut que se rendre au jugement du scientifique le plus prisé par ce dernier, Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, lequel a écrit en 1831 :

« Les connaissances spécialisées du naturaliste – ce que l’on pourrait appeler les données de base – n’apparaissent nulle part dans cet ouvrage ; aucune description de fleur ne figure ; aucune expérience n’est rapportée. C’est le livre d’un scientifique en ce qui concerne le fond des idées, mais par sa forme, c’est le livre d’un philosophe qui s’exprime comme un poète. Néanmoins, il faut le considérer comme un excellent traité d’histoire naturelle. »

(…)

Goethe a travaillé dans le cadre d’une conception classique de la morphologie du développement, appelé l’« unité du type ». Il désirait ardemment trouver un archétype – un plan générateur abstrait – auquel on aurait pu rapporter tous les organes d’une plante, comme autant de produits diversifiés. (…)

Goethe a recouru au mot courant « feuille » pour décrire sa conception de l’archétype et l’a défendue de la façon suivante :

« Il faut avoir un terme général pour désigner cet organe sous ses divers aspects métamorphosés et comparer toutes les manifestations de sa forme… On pourrait dire qu’une étamine est un pétale à l’état contracté, aussi bien qu’un pétale est une étamine à l’état dilaté ; ou qu’un sépale est une feuille à l’état contracté, dans un certain état de simplification, aussi bien qu’une feuille est un sépale à l’état dilaté. »

(…)

Dans le cadre de son essai de 1790, Goethe a exprimé sa thèse centrale sur un tom mesuré :

« Bien que paraissant être dissemblables, les organes d’une plante qui est en train de mettre ses feuilles ou de fleurir, proviennent tous d’une même composante, à savoir la feuille. »

Dans un document non publié, il a été plus exubérant :

« J’ai ramené les innombrables phénomènes spécifiques observables dans le magnifique jardin de l’univers à un seul principe général simple. »

(…)

Goethe a disséqué et comparé, essayant de trouver dans des structures apparemment diversifiées et disparates, les bases de leur ressemblance avec la feuille. Les sépales soudés, formant le calice à la base de la fleur, étaient des feuilles qui n’avaient pas réussi à se séparer, lorsqu’une interruption de l’alimentation avait stoppé l’extension de la tige :

« Si la floraison était retardée par un apport alimentaire en excès, ces organes foliaires se sépareraient et reprendraient leur forme originelle. Ainsi, dans le calice, la nature ne forme pas d’organe nouveau, mais simplement recombine et modifie des organes que nous connaissons déjà. »

Lorsque chez un type de plante donné, des organes étaient trop modifiés pour montrer quelque parenté avec l’archétype foliaire et y être rapportés, Goethe recourait à l’anatomie comparée et cherchait des formes suffisamment semblables chez d’autres espèces. (…)

Empruntant une démarche extrêmement audacieuse, Goethe est arrivé à la formulation d’une théorie complète en ajoutant à la notion fondamentale de l’archétype foliaire, deux principes additionnels : l’un mettant en jeu un processus d’élaboration progressive de la sève et l’autre, des cycles de contraction et de rétraction. (…) Ces deux principes additionnels se rapportent aux deux aspects nécessairement complémentaires de la plus grande métaphore que la pensée occidentale ait avancé pour interpréter tout système présentant un phénomène de croissance, ou se développant historiquement – les flèches de la progression et les cycles de la répétition (je les ai appelés les « flèches du temps » et les « cycles du temps » dans mon livre de 1987 sur la découverte du temps géologique). Au sein de tout processus qui se développe au cours du temps et que l’on peut étudier scientifiquement, il est possible d’identifier des vecteurs selon lesquels s’opère le changement (sinon le temps ne sous-tendrait aucune histoire, définissable par le caractère distinctif des moments), ainsi que des données constantes (cycliques) sous-jacentes (sinon les séquences temporelles ne correspondraient qu’à des moments uniques succédant à des moments uniques, sans que l’on ne puisse rien y reconnaître de général). Goethe, qui avait recueilli des observations témoignant à la fois de phénomènes directionnels et de phénomènes répétitifs en remontant le long de la tige, a reconnu qu’il était possible d’en formuler une explication renvoyant aux deux aspects de la dichotomie fondamentale évoquée ci-dessus :

1°) L’épuration de la sève en tant que phénomène directionnel

Goethe a imaginé que les plantes obéissaient à un phénomène de raffinement progressif, du cotylédon à la fleur. Il a expliqué cet effet directionnel en postulant que chaque « feuille » successive épurait progressivement la sève initialement brute. La genèse des fleurs est inhibée par ces impuretés et ne peut se réaliser que lorsque toutes les impuretés ont été éliminées. Au début, les cotylédons présentent le degré d’organisation et de raffinement le plus faible, et sont exposés à l’état le plus brut de la sève :

« Nous avons trouvé que les cotylédons, qui se forment à l’intérieur des enveloppes de la graine et sont, pour ainsi dire, pleins à ras bord de sève brute, présentent un état d’organisation et de développement à peine marqué, ou, dans le meilleur des cas, grossier. »

La plante se développe en direction du but à atteindre, la production de fleurs, mais trop de matériaux nutritifs ralentit le processus d’épuration de la sève, car il est nécessaire de produire plus de feuilles pour filtrer l’afflux de nutriments. Un déclin dans ce dernier permet à la filtration de prendre le dessus, conduisant à une purification suffisante de la sève pour que se produise la floraison :

« Aussi longtemps qu’il reste de la sève brute au sein de la plante, tous les organes pouvant exister sont obligés d’être des instruments de purification. S’il arrive trop de nutriments, le processus d’épuration doit être répété sans cesse, rendant l’influorescence presque impossible. Si la plante est soumise à une restriction de nourriture, ce dernier processus est alors facilité. »

Finalement, la plante atteint son but suprême :

« Tandis que les liquides les plus bruts sont, de cette façon, continuellement éliminés et remplacés par de plus purs, la plante, pas à pas, atteint le statut prescrit par la nature. Nous voyons finalement les feuilles arriver à leur développement le plus complet, et peu après, nous constatons qu’un nouvel aspect se dessine, ce qui nous signale que l’époque que nous avons étudiée jusqu’ici est en voie de se terminer et qu’une seconde est en train d’approcher – l’époque de la fleur. »

2°) Les cycles d’expansion et de contraction

Si les phénomènes directionnels étaient les seuls à intervenir, la morphologie des plantes qui en résulterait devrait obéir à un processus continu de raffinement progressif, en remontant le long de la tige. Puisque, manifestement, ce n’est pas ce que l’on peut apercevoir chez les plantes, il doit exister aussi un autre type de phénomène. Goethe a postulé que ce dernier devait être cyclique, par opposition au facteur directionnel représenté par l’élaboration de la sève. Il a estimé aussi que la croissance de la plante s’accompagnait de trois cycles complets de contraction et d’expansion. Les cotylédons représentent d’abord un état rétracté. Puis les feuilles principales et leur important espacement le long de la tige témoignent de la première expansion. Le regroupement de feuilles qui caractérise la formation de la couronne de sépales à la base de la fleur marque la seconde contraction, et l’élaboration subséquente des pétales, la seconde expansion. Le resserrement de l’archétype foliaire qui se produit dans le cadre de la genèse du pistil et des étamines correspond à la troisième contraction et la formation du fruit, à la dernière expansion, la plus exubérante de toutes. La graine, ramassée au sein du fruit, inaugure ensuite le cycle qui se déroulera à la génération suivante.

Mettez en jeu ensemble ces trois principes générateurs – celui de l’archétype foliaire ; celui constitué par le raffinement progressif de la sève le long de la tige ; et celui représenté par trois cycles d’expansion-contraction, correspondant à la production foliaire, à la floraison et à la fructification – et la vaste diversité botanique de notre planète trouve sa place au sein de la vision unitaire de Goethe :

« Que la plante produise ses feuilles, fleurisse ou fructifie, ce sont néanmoins toujours les mêmes organes, avec des fonctions variées et des fréquents changements de forme, qui accomplissent les diktats de la nature. Le même organe qui s’épanouissait sur la tige en tant que feuille et pouvait représenter des formes extrêmement diverses, va se contracter dans le calice, s’épanouir de nouveau en tant que pétale, se contracter dans les organes reproducteurs, et s’épanouir pour la dernière fois en tant que fruit. »

Quel jugement pouvons-nous porter aujourd’hui sur la théorie botanique de Goethe ? Au pied de la lettre, bien sûr, elle est fausse : la sève n’est pas soumise à une purification remontant le long de la tige, et rien ne s’épanouit et se contracte par vagues successives au cours de la croissance. Mais la fausseté n’est pas le caractère le plus déterminant pour juger de l’importance d’une théorie ou de sa capacité à suggérer certaines explications. (…)

Voyez les propres mots de Goethe (tirés d’un essai posthume publié en 1833) :

« Une fausse hypothèse vaut mieux que pas d’hypothèse du tout. Le fait qu’elle soit fausse n’importe pas tant que cela. » (…)

S’il y a jamais eu une idée pouvant être qualifiée de « fructueuse erreur », de « conception erronée soutenue par quelques preuves », c’est bien la théorie de Goethe sur la morphologie des plantes – c’est le fruit le plus beau et le plus raffiné d’une toute dernière expansion. (…) La théorie de Goethe possède la grande vertu de ramener un problème extrêmement complexe, chaotique et embrouillé, à trois principes importants et de vaste portée. »

Œuvres d’histoire naturelle de Goethe

Œuvres scientifiques de Goethe commentées par Ernest Faivre

Leçons de botanique d’Auguste de Saint-Hilaire

Sur le traité des couleurs de Goethe

Les trois concepts fondamentaux du naturalisme de Goethe

Autres lectures sur Goethe

Œuvres d’Histoire naturelle de Goethe, commentée par Emile Littré

Le traité des couleurs de Goethe

Goethe et la méthode de la science

Correspondance de Goethe et de Schiller, essentiellement sur les sciences et leur philosophie

Conversations de Goethe

5 Messages de forum

  • Goethe on Science

    (Excerpts)

    Source : Goethe. The Collected Works, Scientific Studies, Volume 12, Edited and translated by Douglas Miller, 1988.

    Outline for a General Introduction to Comparative Anatomy §II (1795)

    The similarity of animals to one another and to man is obvious and widely known, but more difficult to see in practice, not always directly apparent in detail, frequently misunderstood, and sometimes even denied. Differing view are therefore difficult to reconcile, for there is no norm to which the different parts may be compared, no set of principles to profess.

    All the work of comparing animals to man and to one another was directed to some particular end ; the accumulation of detail made it increasingly difficult to attain some sort of overview. Many would find examples of this in Buffon, Josephi’s work, and that of others, should be equally considered. Thus it was found necessary to compare all animals with every animal with all animals – and we can see the impossibility of reconciling things in this manner.

    Hence, an anatomical Urphänomen will be suggested here, a general picture containing the forms of all animals as potential, one which will guide us to an orderly description of each animal. As much as possible, this Urphänomen must be established physiologically. The mere idea of an Urphänomen in general implies that no particular animal can be used as our point of departure ; the particular can never serve as a measure for the whole.

    With all his exalted perfection as an organism – in fact, just because of this perfection – the human being cannot serve as a gauge for the imperfect animals. Instead let us proceed as follows.

    Empirical observation must first teach us what parts are common to all animals, and how these parts differ. The idea must govern the whole, it must abstract the general picture in a genetic way. Once such an Urphänomen is established, even if only provisionally, we may test it quite adequately by applying the customary methods of comparison.

    Animals have been compared to one another, as have animals to man, the races of man to one another, the two genders to each other, the principal parts of the body (e.g. upper and lower extremities), and the subordinate parts (e.g. one vertebra to another).

    We may still make any of these comparisons after we have established the Urphänomen, but then more consistently and with more meaning for the whole of science. They can even serve to test earlier results and organize observation found to be true

    Comparison to the established Urphänomen may be undertaken in two ways. First, by describing individual species in terms of the Urphänomen. Once this is done there is no need to compare animal with animal, for when the descriptions are placed side by side the comparison will be made. Second, a particular part of the Urphänomen may be traced descriptively through all the major genera, thus giving us a thorough and instructive comparison. But if studies of either sort are to bear fruit, they must be as complete as possible. ...

    §III

    The above really refers only to the comparative anatomy of mammals, and ways of making this study easier. But in establishing the Urphänomen, we must look further afield in nature ; we will be unable to form a general picture of mammals without such an overview, and by calling on all of nature, when we construct this picture we will be able to modify it by regression to produce pictures of less perfect creatures. ...
    Experience and Science, 1798

    “Empirical breaks must often be disregarded in order to preserve a pure, constant phenomenon. However, as soon as I permit myself to do this, I am establishing a kind of ideal.

    “Nevertheless, a vast difference exists between disregarding whole sequences in favour of a hypothesis, as theorists often do, and the sacrifice of a single empirical break in the interest of preserving the idea of the reine Phänomen.

    “Since we, therefore, as observers never see pure phenomena with our eyes, since much depends instead upon our own state of mind, on the state of the organ itself at the moment, on light, air, weather, bodies, treatment, and a thousand other things, it would be like attempting to drink up the ocean if we were to fasten upon each and every phenomenon with the intention of observing, measuring, judging, and describing them individually.

    “In my observation and contemplation of Nature, especially of late, I have remained as faithful as possible to the following method. ...

    “... (3) the pure phenomenon now standing forth as the result of all experiences and experiments. It can never be isolated, appearing as it does in a constant succession of forms. In order to describe it, the human intellect determines the empirically variable, excludes the accidental, separates the impure, unravels the tangled, and even discovers the unknown.

    “Here we would reach the ultimate goal of our powers, if human beings knew their place. For we are not seeking causes but the circumstances under which the phenomenon occurs. Its logical sequence, its eternal return under a thousand conditions, its uniformity and mutability are considered and accepted ; its definiteness is recognized and redefined by the human intellect. And in my opinion such work is certainly not mere speculation, but rather the practical and self-correcting operation of ordinary common sense as it ventures out into a higher sphere.”

    Theory of Colours (1810)

    §174. The principal phenomenon outlined in the above discussion might be called a fundamental or Urphänomen. With the reader’s permission we will proceed at once to clarify what is meant by this.

    §175. In general, events we become aware of through experience are simply those we can categorize empirically after some observation. These empirical categories may be further subsumed under scientific categories leading to even higher levels. In the process we become familiar with certain requisite conditions for what it manifesting itself. From this point everything gradually falls into place under higher principles and laws revealed not to our reason through words and hypotheses, but to our intuitive perception through phenomena. We call these phenomena Urphänomen because nothing higher manifests itself in the world ; such phenomena, on the other hand, make it possible for us to descend, just as we ascended, by going step by step from the Urphänomen to the most mundane occurrence in our daily experience. What we have been describing is an Urphänomen of this kind. On the one hand we see light or a bright object, on the other, darkness or a dark object. Between them we place turbidity and through his mediation colours arise from the opposites : these colours, too, are opposites, although in their reciprocal relationship they lead directly back to a common unity.

    §176. In this sense we consider the error (reasoning from the decomposition of white light by a prism) which has sprung up in scientific research on colour to be a grievous one. A secondary phenomenon has been placed in a superior position and an Urphänomen in an inferior one ; moreover, the secondary phenomenon itself has been turned upside down by treating what is compounded as simple and what is simple as compound. In this manner the most bizarre complications and confusions have come topsy-turvy into natural science, and science continues to suffer from them.

    §177. But even where we find such an Urphänomen, a further problem arises when we refuse to recognize it as such, when we seek something more behind it and above it despite the fact that this is where we ought to acknowledge the limit of our perception. It is proper for the natural scientist to leave the Urphänomen undisturbed in its eternal repose and grandeur, and for the philosopher to accept it into his realm. There he will discover that a material worthy for further thought and work has been given him, not in individual cases, general categories, opinions and hypotheses, but in the basic and Urphänomen.

    §718. Earlier ... we mentioned this important observation in passing, and we are now at an appropriate place to repeat it. There is no worse mistake in physics or any other science than to treat secondary things as basic and (since basic things cannot be derived from what is secondary) to seek an explanation for the basic things in secondary ones. This gives birth to endless confusion, jargon, and a constant effort to find a way out when the truth begins to emerge and assert itself.

    §719. There the observer, the scientific researcher, will be bothered by the fact that the phenomena always contradicts his notions. This philosopher however, can continue to operate with a false conclusion in his own sphere, for no conclusion is so false that it could not somehow be valid as a form without content.

    §720. But the physicist who can come to an understanding of what we have called an Urphänomen will be on safe ground, and the philosopher with him. The physicist will find safety in the conviction that he has reached the limit of his science, the empirical summit from which he can look back over the various steps of empirical observation, and glance forward into the realm of theory, if not enter it. ...

    §918. We can also sense that colour is open to mystical interpretation. The scheme depicting the multiplicity of colours points to archetypal relationships which are as much a part of human intuitive perception as they are of nature. These associations could no doubt be used as a language to express archetypal relationships which are not so powerful and diverse in their effect on us. The mathematician values the worth and utility of the triangle, the mystic venerates it. ...

    From Morphology. The Content Prefaced (1817)

    “I surrounded myself with a collection of older and more recent remains, and on trips I carefully looked through museums and small collections for creatures whose formation as a whole, or in part, could prove instructive to me.

    “In the process I was soon obliged to postulate a prototype against which all mammals could be compared as to points of agreement or divergence. As I had earlier sought out the archetypal plant I now aspired to find the archetypal animal ; in essence, the concept or idea of the animal.”

    Répondre à ce message

  • From Hegel to Goethe
    24 February 1821 (Excerpt)

    Source : Hegel : The Letters, Clark Butler and Christine Seiler ed., Purdue Research Foundation, 1984.

    This spiritual breath – it is of this that I really wished to speak and that alone is worth speaking of – is what has necessarily given me such great delight in Your Excellency’s exposition of the phenomena surrounding entopic colours. What is simple and abstract, what your strikingly call the Urphänomen, you place at the very beginning. You then show how intervention of further spheres of influence and circumstances generates the concrete phenomena, and you regulate the whole progression so that the succession proceeds from simple conditions to the more composite, and so that the complex now appears in full clarity through this decomposition. To ferret our the Urphänomen, to free it from those further environs which are accidental to it, to apprehend as we say abstractly – this I take to be a matter of spiritual intelligence for nature, just as I take that course generally to be the truly scientific knowledge in this field. Newton and the entire community of physicists following him, on the other hand, lay hold of no matter what composite phenomenon, rush to fix themselves in it, and end up putting the cart before the horse, as the saying goes. It has happened in this connection that they have made out circumstances immaterial to the natural state [Urstand] of the matter to be its conditions, even when such circumstances were merely the result of the mishap of putting the cart before the horse. And then they force, botch, and falsify everything before and after wily-nilly into the mould. Yet they are not lacking for something Ur here. They bring on a metaphysical abstract entity. As created spirits they place an inner worthy of themselves into the phenomena – a content they have created for them. Ensconced in this centre, they are delighted by the wisdom and splendour – and are just as serious workmen – as the Freemasons in Solomon’s Temple.

    Regarding the Urphänomen, the story occurs to me which Your Excellency adjoins to the Theory of Colours – the story of how you looked with Büttner’s downward refracting prisms at the wall and still saw nothing but a white wall. This story greatly facilitated my access to the theory of colours. And whenever I now have to deal with this general subject, I see the Urphänomen before me : I see Your Excellency with Büttner’s prisms, observing the white wall and seeing nothing but white. But may I now still speak to you of the special interest that an Urphänomen, thus cast in relief, has for us philosophers, namely that we can put such a preparation – with Your Excellency’s permission – directly to philosophical use. But if we have at last worked our initially oyster-like Absolute – whether it be grey or entirely black, suit yourself – through towards air and light to the point that the Absolute has itself come to desire this air and light, we now need window placements so as to lead the Absolute fully out into the light of day. Our schemata would dissipate into vapour if we tried to transfer them directly into the colourful yet confused society of this recalcitrant world. Here is where Your Excellency’s Urphänomen appear so admirably suited to our purpose. In this twilight – spiritual and comprehensible by virtue of its simplicity, visible and apprehensible by virtue of its sensuousness – the two worlds greet each other : our abstruse world and the world of phenomenal being [Dasein]. Thus out of rocks and even something metallic Your Excellency prepares for us granite, which we can easily get a handle on because of its Trinitarian nature and which we can assimilate – no doubt more easily than your many somewhat degenerate children may allow themselves to be returned to your lap. For a long time we have gratefully had to acknowledge that you have vindicated the plant world in its simplicity – and ours.

    In response, Goethe wrote to Hegel on April 13 : “Seeing that you conduct yourself so amicably with the Urphänomen, and that you even recognize in me an affiliation with these demonic essences, I first take the liberty of depositing a pair of such phenomena before the philosopher’s door, persuaded that he will treat them as well as he has treated their brothers.” The two gifts were an opaque stained glass wine glass which Goethe had described in the Theory of Colours and a prism of the sort used in optics. the wine glass was dedicated : “The Urphänomen very humbly begs the Absolute to give it a cordial welcome.”

    Répondre à ce message

  • Stephen Jay Gould dans « Aux racines du temps » :

    « Goethe entrevit à la lumière de sa propre expérience que l’art et la science pourraient former un jour les deux faces d’une même entité intellectuelle. La passion de la science, il savait, tenait davantage à la lutte des idées qu’à l’accumulation des connaissances, et il devina aussi que les éléments adverses de certains antagonismes devaient s’interpénétrer, car chacun des deux extrêmes détient un attribut essentiel du monde intelligible, au lieu de lutter jusqu’à la mort d’un des deux camps. »

    Répondre à ce message

Répondre à cet article

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0