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Accueil du site > 03 - Livre Trois : HISTOIRE > 3ème chapitre : Révolutions bourgeoises et populaires > L’élan révolutionnaire des municipales

L’élan révolutionnaire des municipales

samedi 29 mars 2014, par Robert Paris

L’élan révolutionnaire des municipales

Relier municipalité et révolution peut sembler incongru et pourtant, à une époque, la municipalité a représenté une perspective révolutionnaire en France comme dans toute l’Europe de l’Ouest. Les communes anglaises n’ont rien à voir avec la chambre de communes actuelle. Les communes espagnoles ou italiennes, du brabant ou des Flandres ont été des moments de crise révolutionnaire fondamentaux de l’histoire de ces pays. Avec les institutions municipales actuelles, complètement inféodées au système, fondées sur la gestion capitaliste des intérêts locaux, sur les petites et grandes magouilles des appareils politiciens, on est très loin de réaliser que la municipalité ait pu représenter un élan populaire explosif, contre l’oppression du monde féodal, une espèce de soviet de cette époque. Que ce soient les communes des années 1200, les communes de la révolution victorieuse d’Etienne Marcel de 1356, la commune de Paris de 1793 ou la Commune de Paris 1871, la commune a toute une histoire révolutionnaire, riche et pleine de vie, qui n’est en rien représentée aujourd’hui dans sa réalité bourgeoise actuelle.

Difficile aujourd’hui d’imaginer comment la commune a représenté une idée de feu, parcourant des distances énormes pour enflammer les peuples, se propageant d’un pays à l’autre, touchant les imaginations, les sentiments explosifs, les révoltes, entraînant non seulement la bourgeoisie et la petite bourgeoisie mais les masses populaires, combien elle a été synonyme de liberté pour les peuples, pour les exploités et les opprimés. Commune a longtemps été le drapeau commun de toutes les révoltes contre les classes dirigeantes, contre les féodaux, contre les seigneurs de la guerre, contre les rois, contre les grands nobles.

Si les années 1200 ont vu le développement d’insurrections communales sur tout le territoire de France, elles ont gardé alors un caractère local, ne s’attaquant pas au pouvoir central. C’est le peuple suisse qui, le premier, en 1291, ont donné à la commune (ou au canton) le sens d’une direction démocratique de toute la société, s’attaquant au pouvoir féodal, au pouvoir princier, royal et même impérial, un sens véritablement révolutionnaire. La révolution suisse des communes a dépassé le caractère local pour prendre un tour général et même s’étendre ensuite à l’Allemagne, à la France, à l’Italie. Les cantons suisses ont momentanément fait craindre au pouvoir féodal ouest-européen le développement d’une vague révolutionnaire menaçant de les renverser comme cela s’est produit dans la « guerre des paysans » en Allemagne.

La révolution des communes d’Anvers et des Pays-Bas a donné son inspiration à la révolution communale d’Etienne Marcel à Paris et dans le nord de la France qui a mené à une véritable anticipation sur bien des aspects de la révolution de 1789.

Au sein même des révolutions de 1789-1795 et de 1871, l’aspiration d’une démocratie communale est restée une symbolique très forte. La Commune était alors un slogan effrayant pour les classes dirigeantes et le drapeau des révolutions.

La commune de 1793 et celle de 1871 symbolisaient l’exercice direct du pouvoir par le peuple travailleur et révolutionnaire, organisé politiquement, et comme telles, elles sont une anticipation des soviets de la vague révolutionnaire en Europe de 1905 et de 1917-1923.

Les plus anciennes communes datent des dernières années du XIe siècle. A partir de ce moment la révolution communale se propagea dans toute l’Europe féodale et se prolongea pendant tout le cours du XIIe siècle. Beaucoup de communes modelèrent leur organisation sur celles des communes qui s’étaient développées les premières, leur empruntèrent leur charte en tout ou en partie. Souvent même des relations persistèrent avec la ville à laquelle on avait ainsi emprunté des institutions. La commune principale fut désignée en France sous le nom de chef de sens des autres communes, et acquit sur elles une sorte de juridiction. En Allemagne et en Italie ces relations aboutirent à des ligues puissantes auxquelles s’attaquèrent vainement parfois la féodalité et même la puissance impériale. C’est ainsi que les communes italiennes purent devenir des républiques. En Flandre s’esquissa au XIIe siècle une sorte de confédération politique des communes, dont Arras fut en quelque sorte la métropole. Mais les vicissitudes politiques, qui démembrèrent la Flandre à la fin de ce siècle et un peu plus tard créèrent l’Artois, substituèrent bientôt des rivalités commerciales à l’état antérieur. La politique des rois de France sut empêcher les liens qui unissaient les villes les unes aux autres de se transformer en alliances politiques ou en ligues dangereuses pour leur autorité ; toutes les tentatives de ce genre furent prévenues ou sévèrement réprimées, mais à la fin du XIIIe siècle encore, le jurisconsulte Beaumanoir les considérait comme un danger redoutable (Coutumes de Beauvaisis, XXX, 63), alléguait comme exemple l’histoire de la ligue formée en 1164 contre Frédéric Ier par les communes lombardes et concluait qu’aussitôt qu’on s’aperçoit de telles alliances, il les faut réprimer par la force, abolir les communes, détruire les villes, emprisonner les habitants et pendre les chefs. Ce n’était pas toujours les communes qui choisissaient elles-mêmes leurs chartes et l’empruntaient à une autre ville, Les Etablissements de Rouen, qui furent le statut constitutionnel de beaucoup de communes normandes et de plusieurs villes de l’Ouest et du Sud-Ouest, La Rochelle, Poitiers, Niort, Saint-Jean-d’Angély, Bayonne, etc., furent imposés à la plupart de ces villes par les rois d’Angleterre parce qu’ils représentaient à peu près le minimum des droits que pouvaient posséder les villes ayant rang de commune. On a vu qu’il arrivait souvent que tous les habitants d’une ville ne faisaient pas partie de la commune ; il convient d’observer aussi que presque jamais, surtout dans les premiers temps de leur existence, les communes ne comprenaient le territoire entier des villes dans lesquelles elles étaient établies. On se ferait l’idée la plus fausse des communes du Moyen âge, en se figurant que dans les villes de commune la ville entière était soumise à la juridiction communale. Presque toujours subsistaient des enclaves, des seigneuries soumises au roi, au suzerain de la commune ou à des seigneurs particuliers. Dans les villes épiscopales, l’évêque avait presque toujours conservé non seulement la juridiction du cloître, mais souvent d’une partie de la ville ou même de la cité tout entière, la commune n’étant établie que dans le bourg ; les églises, les abbayes avaient également leur seigneurie ; très souvent le château, la forteresse, restait soumis au châtelain ou au vicomte, vassal ou officier du suzerain, de l’évêque ou du roi ; souvent enfin d’autres seigneurs possédaient dans l’enceinte des villes des fiefs soustraits à la juridiction de la commune. De cette juxtaposition de seigneuries et de juridictions, presque toujours rivales, naissaient sans cesse des conflits qui souvent dégénéraient en émeutes.

Les communes s’efforçaient d’acquérir peu à peu le territoire entier des villes où elles étaient établies, profitant de toutes les circonstances, procédant tantôt par voie d’empiètement, d’usurpations, et tantôt par négociations et acquisitions. Mais bien peu d’entre elles réussirent à établir dans les villes l’unité de juridiction et d’administration. Lors même qu’elles avaient réussi à conquérir le territoire entier compris dans l’enceinte des murailles, une foule d’habitants restaient soustraits à la juridiction communale à raison de leur condition, les nobles restaient justiciables des juridictions féodales, les clercs de la juridiction ecclésiastique, les serfs demeuraient soumis à leur seigneur. Et à ces trois catégories de personnes, il faut en ajouter d’autres que l’on rencontre dans la plupart des communes et qui, sous le nom de francs hommes, francs bourgeois, francs sergents, jouissent de certaines immunités vis-à-vis de la commune et demeurent les hommes, du roi, de seigneurs ou de l’église. Ces observations, trop souvent omises par les historiens des villes, sont nécessaires pour faire comprendre quels germes de ruine avaient en elles les communes dont le développement fut si brillant, mais si promptement arrêté. Si les communes n’avaient pas d’ordinaire juridiction sur le territoire entier des villes, en revanche elles débordaient généralement hors des murailles ; leur ressort s’étendait sur les faubourgs et même au delà, dans la campagne, dans un rayon étendu parfois de plusieurs kilomètres, comprenant souvent des villages et dénommé la banlieue de la commune. La plupart des chartes municipales mentionnent ce droit de banlieue, stipulent que les habitants y sont soumis aux mêmes charges et jouissent des mêmes droits que ceux de la ville, et que les seigneurs n’ont le droit d’y élever des châteaux ou d’y faire des travaux de défense qu’avec l’agrément de la commune. Les villes ne furent pas seules au Moyen âge à posséder des communes ; dans certains pays, la révolution communale se propagea dans les campagnes et non seulement des bourgs mais de simples villages acquirent, soit de l’octroi bénévole de leurs seigneurs, soit même par insurrection, des chartes communales. Il s’en est conservé un grand nombre et selon toute vraisemblance un beaucoup plus grand nombre encore n’est pas parvenu jusqu’à nous. Il existait de ces communes rurales dans tous les pays de la France ; et l’on peut s’étonner de constater que tels villages qui ne comptent aujourd’hui que 200 ou 300 habitants, et dont la population n’a jamais dû être beaucoup plus considérable, ont été des communes au XIIe et au XIIIe siècles. Souvent des localités trop peu considérables pour se donner une organisation communale à elles seules se réunirent, se confédérèrent en quelque sorte et formèrent ainsi une sorte de commune collective. On en trouve au midi de la France, dans les vallées des Pyrénées, dans les Alpes, et aussi dans le Nord, en Picardie, dans le Ponthieu, en Artois et en Flandre. La mieux connue est la commune du Laonnois formée de dix-sept villages dont le centre politique était Anizy-le-Château (dans le département de l’Aisne) et qui reçut la charte de commune de Laon, dite institution de paix, en 1128. La tradition historique attribuait autrefois au roi Louis VI l’honneur d’avoir « affranchi les communes ». On a depuis longtemps démontré qu’il n’en est rien. Toutefois cette opinion reposait sur l’observation juste que ce prince avait confirmé nombre de chartes que les seigneurs et particulièrement les seigneurs ecclésiastiques avaient été contraints d’accorder aux villes de leurs domaines. Il ne semble pas qu’il ait eu, vis-à-vis du mouvement qui se développait alors, une politique bien nette : confirmant les chartes de commune lorsqu’on le lui demandait, il n’hésitait pas d’autre part, à aider de ses armes les seigneurs en lutte avec les villes rebelles ; très sensible avec cela à l’appât du gain, il acceptait volontiers les offres des communes et leur vendait volontiers, en dépit de leurs seigneurs, l’indépendance à beaux deniers comptants, quitte à se retourner contre elles, s’il y trouvait plus tard son avantage. Son successeur, Louis VII, semble avoir vu plus clairement quel parti la royauté pouvait tirer du développement des associations communales dans sa lutte contre la féodalité : aussi il multiplia les concessions de chartes, créa des villes neuves et les soutint contre l’hostilité des seigneurs. Philippe-Auguste continua et développa la même politique : il confirma ou créa des communes dans les pays qu’il réunit à la couronne, confirma celles que ses vassaux avaient concédés, et en créa un grand nombre de nouvelles dans le domaine royal. Il est facile de s’expliquer les raisons de cette politique favorable aux communes. En dehors de l’appui qu’il pouvait trouver dans les communes pour combattre les seigneurs féodaux, et de celui qu’il espérait trouver dans les villes privilégiées des pays récemment annexés, on voit clairement que, comme Jean sans Terre et Richard Coeur de Lion, il considérait surtout les communes au point de vue militaire, qu’il comptait sur elles pour la défense du royaume, et que ce fut dans cette vue qu’il les multiplia surtout sur les frontières du domaine royal. Il faut ajouter qu’il sut trouver une compensation aux pertes causées au trésor par ces concessions en faisant payer aux villes ainsi privilégiées un droit de commune, qu’en favorisant le mouvement eut l’habileté de le diriger, qu’il donna aux communes l’autonomie, mais sans rien aliener des droits essentiels de la souveraineté, enfin et surtout, qu’il ne négligea aucune occasion de s’immiscer dans leurs affaires, pour les protéger, y maintenir l’ordre, régler leurs relations avec les seigneurs et avec l’église, les surveiller, pour exercer sur elles, en un mot, un patronage vigilant et une véritable tutelle.

Un exemple de révolution communale

Au Moyen Âge, le terme de commune désigne :

Soit l’organisation politique des villes du nord de l’Italie qui, quoique faisant théoriquement partie du Saint-Empire romain germanique, étaient de facto indépendantes et contrôlaient la campagne environnante. Par la suite, certaines disparurent, annexées par leurs voisines. D’autres s’étendirent et devinrent des États, républicains comme Gênes ou monarchiques comme le duché de Milan, ou bien comme le duché de Florence, devenu plus tard grand-duché de Toscane. On retrouve aussi cette appellation en France à partir du XIe siècle. Soit le système de franchises (droits, privilèges) politiques, juridiques et civiles accordées par un seigneur à une ville, dont les habitants ont notamment le droit de se jurer entraide ou fidélité « commune », et qui deviennent vassales du seigneur. Ce système, confirmé par une charte, se développe en France et en Angleterre à partir du XIIe siècle.

Jusqu’au XIe siècle, les habitants de la ville, comme les paysans, étaient soumis à l’autorité du seigneur, mais la renaissance économique suscita, dans l’esprit des citadins, la volonté de défendre leurs propres intérêts avec de nouvelles normes plus égalitaires et plus modernes, libres de tribut féodal. Pour défendre leurs droits (gestion des terres autour de l’habitat, celles du patrimoine épiscopal, défense de la muraille, construction de nouveaux immeubles, contrôle des marchandises), les citadins stipulèrent un pacte « commun », s’associant entre eux et se libérant du joug du seigneur. Ainsi naquirent les communes dont le premier objectif — se donner des règles autonomes en exerçant directement les fonctions du gouvernement — fut atteint à des degrés divers selon la force du pouvoir central et des féodaux. Le pouvoir politique (princes territoriaux, rois) utilise ces structures pour se renforcer, tout en limitant et contrôlant leur extension. L’établissement en France de la commune du Mans, en 1066, est le premier indice de cette révolution, sur laquelle s’appuie le pouvoir royal, et qui sert à le dégager des entraves de la féodalité en affaiblissant les grands vassaux. Louis le Gros, voulant se ménager d’aussi utiles auxiliaires, après avoir limité leur extension (jusque dans les années 1150) favorisa l’établissement des communes.

Ce mouvement des communes est un processus important dans la lente disparition du féodalisme : il affaiblit les grands féodaux face à la royauté puisqu’ils ne disposent plus des richesses des villes.

Un autre exemple de révolution communale

2 Messages de forum

  • L’épisode communal de Laon s’inscrit dans un climat général de bouleversements sociaux aux XIe et XIIe siècles (Le Mans en 1070, ... Noyon en 1108). Deux raisons expliquent l’importance particulière des événements de Laon. Tout d’abord, la révolte a entraîné l’assassinat d’un évêque et, de plus, un témoin, Guibert de Nogent, a retranscrit les faits dans son Autobiographie en leur donnant un aspect apocalyptique qui a longtemps influencé les historiens.

    Les tensions et les excès proviennent du double pouvoir, royal et épiscopal, qui s’exerce sur la ville. Le roi et l’évêque se sont attaché un certain nombre d’hommes qui, riches de nouveaux domaines, rassemblent leurs propres partisans. La situation de la population de Laon devient alors de plus en plus confuse. En 1098, à la mort de l’évêque Hélinand, collaborateur du roi, son successeur, Enguerrand de Coucy, partisan de l’aristocratie locale, sépare le pouvoir épiscopal du pouvoir royal. En 1106, l’élection de l’évêque Gaudry renforce le climat de tension qui s’est installé en ville.

    À la suite d’une querelle, l’évêque fomente une conjuration contre Gérard de Quierzy, châtelain royal et le fait assassiner dans la cathédrale en 1111. Le roi, avec les hommes de l’abbaye Saint-Jean, châtie ceux qui avaient osé troubler la paix de Dieu et souiller l’église cathédrale. Ce meurtre révèle la concurrence entre les aristocrates, l’évêque et le roi. Dans ce climat, les seigneurs proches de l’évêque décident d’instituer une commune. L’évêque et le roi l’acceptent à contrecœur, car ils sont partagés entre la perte de pouvoir que cela implique et les compensations financières qui en résultent.

    L’évêque, dilapidant les revenus procurés par cette institution, provoque l’exaspération des bourgeois qui forment une nouvelle conjuration. Le 25 avril 1112, l’insurrection éclate. L’évêque Gaudry, le châtelain Guimar et le vidame Adon sont assassinés et un incendie éclate, provoquant des dégâts dans le palais épiscopal, dans la cathédrale et dans des maisons du quartier canonial.

    Les désordres, répressions et vengeances ne cessent pas avant 1115, date à laquelle le roi envoie Etienne de Garlande pour pacifier la cité. Un peu avant, le souverain a imposé un nouvel évêque, Hugues, sacré le 4 août 1114, dont l’action rapproche de nouveau les deux pouvoirs. La documentation est quasi muette sur la mise en place d’un nouvel ordre social et économique. Le successeur d’Hugues, Barthélemi de Jur, est élu sans intervention extérieure. Le calme revenu dans la ville, le roi, Louis VI accorde à Laon et ses faubourgs une charte de Paix en 1128.

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  • Sur la révolution communale, lire ici

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