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Légendes canaques

samedi 29 mars 2014, par Robert Paris

Légendes canaques

Durant sa détention en Nouvelle-Calédonie, Louise Michel s’en prend autant aux pratiques de violence, d’exploitation et de mépris des Occidentaux contre les Canaques, qu’au violent machisme des hommes canaques à l’égard de leurs femmes.

En Nouvelle Calédonie, l’œuvre pro-canaque des anarchistes Charles Malato et Louise Michel a été très célèbre.

Louise va même pousser son engagement auprès de ce peuple autochtone et encore non totalement brisé jusqu’à soutenir leur insurrection de 1878. Ils se rendent dans la brousse, contactent les tribus, participent à leur formation (Louise, éternelle institutrice, donne même des cours aux jeunes canaques). Ils font œuvre anthropologique et ethnologique en étudiant un peu la langue et les mœurs. Louise Michel publie Légendes et chants de geste canaques à Paris chez Kéva en 1885.

Plus tardivement, Charles Malato (sous le pseudonyme de Talamo) rédige un ouvrage de 64 pages, Contes néo-calédoniens publiés à Paris en 1897. Encore aujourd’hui le souvenir de Louise Michel est honoré à Nouméa dont le musée comporte de nombreux panneaux sur son passage dans la presqu’île Ducos. Charles Malato reparle de cette expérience en 1905, l’année de la mort de son amie, dans La vie de Louise Michel publié à Épinal.

Louise Michel ne fait pas que dénoncer les conditions d’existence des canaques et particulièrement des femmes. Elle remarque qu’il existe de manière sous-jacente une vieille société très différente de celle qu’elle voit.

Louise Michel, déportée par la bourgeoisie française en Nouvelle Calédonie pour sa participation à la Commune de Paris, en a ramené des « Légendes canaques », ayant trouvé dans le peuple canaque une sympathie, une révolte, un esprit qu’elle a su rendre dans ses écrits. Elle y rapporte notamment une contradiction étonnante : des mœurs très oppressive vis-à-vis des femmes et des récits légendaires construisant l’imaginaire canaque allant complètement dans le sens inverse et décrivant des femmes libres, des femmes dirigeantes, des femmes remarquables, admirables, qui dirigeaient autrefois leur peuple.

Elle écrit :

« Nous avons dit que la femme ne compte pas, que l’on l’appelle « nemo », rien, « popinée » qui signifie un objet d’utilité dans le langage des tribus. C’est elle qui porte l’attirail de pêche ou de récolte, qui traîne les enfants et suit son seigneur et maître. »

Mais Louise Michel relève une contradiction : les légendes canaques font de la femme la sage, la chef, la savante, la libre, la chaleureuse, la pure, celle qui ne ment jamais, celle qui ne trompe jamais, etc…

Louise Michel écrit :

« La légende d’Idara par exemple qui fut « takata », c’est-à-dire médecin, sorcière ou plutôt magnétiseur. Idara est une « popinée » (femme), une « nemo » (rien) et les tribus disent encore ses récits tout en traitant leurs femmes comme des animaux… Idara sait panser les blessures avec des feuilles mâchées de lianes cueillies au clair de la lune, elle sait endormir avec le chant magique ou la fleur du niaouli infusée dans l’eau du diahot. Idara a beaucoup d’ « ignames » (années), elle est si vieille qu’on ne peut les nombrer, c’est plus de « cana neu neu dé ri » (90 ans), les pointes de ses dents sont émoussées, mais sa voix est toujours forte, on dirait la poitrine du vent. »

Les autres légendes canaques chantent les louanges de femmes jeunes comme vieilles : Kéidée la takata, Païla la pure, les jeunes filles d’Owié, les trois filles du théama de Belep, etc…

Autre remarque : les canaques considèrent qu’il n’y a communauté de sang qu’entre la mère et l’enfant et que le père y est étranger. L’homme est simplement considéré comme une aide extérieure à la procréation. La famille canaque est donc maternelle. Ce sont les rapports de la colonisation qui ont modifié les rapports préexistants sur le plan familial. Les mœurs actuelles des canaques ne ressemblent en rien à celles que décrivaient les premiers visiteurs. Les hommes vivaient dans une case à part et les femmes dans une case à part. Le collectivisme du clan a été remplacé par l’individualisme hérité des colonisateurs. Le type de mariage le plus ancien consiste en deux clans qui se marient chacun dans l’autre clan, les enfants à naître prennent la place des mères (et pas des pères). Ce sont des « mariages nattés ». C’est aux Iles Loyauté que l’influence coloniale a été moindre et que les femmes continuent comme autrefois à habiter dans une case séparée et ne sont donc pas les servantes de leur mari qui n’est pas leur maître. La propriété canaque est collective. Il y a des restes aussi sur le terrain de l’héritage de situations anciennes : dans certaines tribus, le clan maternel a droit à tout ou partie de l’héritage ce qui témoigne des restes d’un ancien matriarcat.

La colonisation n’est pas la seule à avoir détruit l’ancienne base matriarcale. Il y a eu, avant la colonisation, formation d’une société féodale avec trois classes : chefs, notables et peuple. Cette société était divisée en tribus, sortes de gentes, formées d’individus descendant d’un ancêtre commun.

Autre reste de temps anciens où l’on vivait différemment : la hiérarchie par les âges avec des niveaux, des grands-parents aux petits-enfants.

Dans la vieille société, les moyens de production sont collectifs et les biens d’utilisation sont personnels.

6 Messages de forum

  • Légendes canaques 29 mars 2014 09:31, par RP

    En cas de décès, les présents des funérailles d’un canaque reviennent à la parenté... maternelle.

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  • Légendes canaques 31 mars 2014 08:24

    Embarquée sur le Virginie en août 1873 pour être déportée en Nouvelle-Calédonie5, Louise Michel arrive sur l’île après quatre mois de voyage. À bord, elle fait la connaissance de Henri Rochefort, célèbre polémiste, et de Nathalie Lemel, elle aussi grande animatrice de la Commune ; c’est sans doute au contact de cette dernière que Louise Michel devient anarchiste. Elle reste sept années en Nouvelle-Calédonie, refusant de bénéficier d’un autre régime que celui des hommes. Elle crée le journal Petites Affiches de la Nouvelle-Calédonie et édite Légendes et chansons de gestes canaques. Elle cherche à instruire les autochtones kanaks et, contrairement à certains Communards qui s’associent à leur répression, elle prend leur défense lors de leur révolte, en 1878.

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  • Légendes canaques 11 avril 2014 09:53

    1878 : la grande révolte canaque

    La colère gronde chez les mélanésiens poussés hors de leurs terres par le front de colonisation.

    En 1878 la coupe est pleine...

    Ataï, Grand Chef de Komalé, va devenir l’âme de la grande révolte sanglante qui a profondément marqué les colons de plusieurs générations et le monde mélanésien jusqu’à nos jours. révolte

    L’origine

    Avec la prise de possession en 1853 les mélanésiens ne sont plus propriétaires de leurs terres. Initialement ils n’entrevirent pas cette mainmise et comptaient profiter des richesses du monde qui les colonisaient. Jusqu’à 1858 les attributions de terres aux colons se font selon un régime d’occupation restreinte aux environs des places fortes garantissant la sécurité. Ces aliénations ont donc un impact limité sur les terres des mélanésiens et portent surtout sur la région de Nouméa.

    En renonçant en 1858 à ce système, l’Administration coloniale lance une colonisation disséminée qui va ouvrir un front pionnier allant de Nouméa à Poya. C’est l’origine d’un conflit foncier, ferment de la révolte et qui empoisonnera les relations avec les mélanésiens jusqu’à nos jours. De 1862 à 1870, sous le gouverneur Guillain, l’emprise foncière européenne passe de 27000 à 78000 ha. En 1877, sous son successeur, le gouverneur La Richerie qui facilite encore plus l’accaparement, le patrimoine européen atteint 150000 ha. En assimilant les jachères à des terres vacantes qu’elle accapare l’Administration déstabilise l’économie vivrière des mélanésiens. Leur espace est désormais éclaté. Ils sont repoussés dans les hautes vallées de la chaîne sur des terrains de moindre qualité. Le bétail des colons, élevé sans clôtures, divague et détruit les tarodières, champs d’ignames et autres espaces cultivés des mélanésiens.

    Alors que jusqu’à 1869 les conflits étaient ponctuels, organisés par des chefs rebelles au colonisateur ou mécontents de leurs relations avec l’Administration coloniale, en 1878 avec la progression importante du front pionnier, le malaise atteint profondément l’ensemble de la population mélanésienne de la Grande Terre.

    Le plan d’Ataï et des autres chefs kanaks

    L’ objectif d’Ataï aurait été Nouméa. En attaquant par surprise le coeur même de la colonisation il pouvait déstabiliser profondément celle-ci. Les préparatifs furent conduits dans le plus grand secret. Plusieurs clans étaient impliqués dont ceux de Houailou et Canala. Si Ataï a été l’homme symbole de cette révolte, les promoteurs en seraient d’autres chefs et notamment Cavio chef de Nékou secondé par Dionnet chef de guerre à Bourail selon Amouroux (1881). La date, symbolique, aurait été fixée au 24 septembre, date anniversaire de la prise de possession, mais d’autres témoignages indiquent qu’elle aurait été prévue pour la fin de la récolte des ignames en juillet ou même, selon Rivière, dès le 26 juin.

    Mais un évènement imprévu va accélérer les évènements. Le 19 juin 1878 à Ouaménie, la famille Chène, gardiens de la propriété Dézarnauld est sauvagement assassinée par un groupe de mélanésiens. Chêne est un ancien forçat qui avait une femme indigène de Poquereux nommée Medon. L’Administration réagit en incarcérant 10 chefs de tribus. La pression devient alors très forte sur les mélanésiens pour agir vite. L’objectif Nouméa est abandonné. Il est remplacé par une série d’attaques visant l’ensemble du front pionnier de Poya à la Baie Saint Vincent. La Foa région de colonisation importante et abritant de nombreux clans mélanésiens est la première

    La révolte

    Le 25 juin les 4 gendarmes de La Foa sont assassinés et les canaques massacrent la plupart des colons, propriétaires et gérants, de la région depuis le Dogny jusqu’à Fonwhary en passant par Farino. Au total 40 civils sont tués. C’est ensuite au tour de Bouloupari au sud. Le 26 juin le poste de gendarmerie est détruit. La plupart des habitants sont tués. Au nord Moindou est attaquée le 21 août puis Poya les 10 et 11 septembre. Un canot de ravitaillement avec 10 hommes est surpris à l’estuaire de la rivière Poya. Les victimes sont toutes tuées et consommées. A Bourail les colons arabes sont également attaqués, erreur stratégique car ceux-ci sont de véritables guerriers et se mettent à la disposition des forces militaires de la colonie. Ils participeront à la répression avec férocité.

    La réaction des militaires

    Au départ la résistance s’organise dans le fort Téremba où il y a une petite garnison. Il est assiégé mais les insurgés ne peuvent pas le prendre et n’insistent pas.

    A Nouméa c’est la panique, on croît que l’avance des insurgés va se poursuivre vers le sud. Une vingtaine de mélanésiens sont exécutés à Dumbéa (les derniers Ouamous) suite au pillage d’un magasin. Les 130 mélanésiens vivant à Nouméa sont internés à l’île Nou.

    Le commandant Gally Passeboc prend la tête de la contre offensive mais ne mesure pas l’importance des forces adverses et ne réagit pas de façon appropriée face à une guérilla où toutes les actions se font par surprise. Il est tué dans une embuscade le 3 juillet.

    Il est remplacé par son second Rivière qui a comprit qu’il faut employer des méthodes analogues à celles des Canaques. Toutefois, en juillet et en août les colonnes tendent à s’enliser dans une guérillas peut productive, brûlant les villages et détruisant les récoltes mais n’arrivant pas à cerner les insurgés. La construction d’un fort à La Foa, terminé le 24 août, est décisive car elle rapproche les bases des militaires français et favorise les effets de surprise. La garnison est de 80 hommes. Comprenant le danger qu’il représente le fort est attaqué par 500 guerriers, mais ils échouent.

    Parallèlement le Lieutenant de vaisseau Servan basé à Canala réussit seul avec une audace extraordinaire à retourner et rallier le grand Chef des Canala, Gélina et surtout son chef de guerre Nondo. Avec les Canala il marche ensuite sur La Foa. C’est un retournement important, les canaques sont gravement divisés. La défaite des insurgés

    Le 1er septembre à Fonimoulou, les troupes française assistées par les canaques de Canala et par les arabes attaquent par surprise en progressant hors des sentiers canaques. Elles forment trois colonnes qui cernent le périmètre des insurgés. Ataï est surpris dans son campement par un détachement commandé par le breton Le Golleur accompagné des guerriers de Canala. Le Canala Segou, après un instant d’hésitation, ose lancer sa sagaï sur Ataï et le tue. Témoignage de la férocité de la répression sa tête fut coupée et envoyée en trophée à Paris

    Malgrè la mort d’Ataï l’insurrection continue mais les insurgés sont déstabilisés. Des renforts d’infanterie de marine arrivent d’Indochine depuis le 18 août 1978. A partir de septembre 1878 la région de La Foa-Moindou est pacifiée. Le foyer de l’insurrection est dès lors plus au nord à Poya et Bourail, mais les insurgés sont maintenant harcelés. L’insurrection est définitivement matée avec la chute de la forteresse canaque d’Adio en décembre 1878.

    Conséquences

    Cette révolte a un coût très lourd pour les mélanésiens. Les nombreux hommes tués sont une véritable saignée représentant près de 5% de leur population. Les chefs furent éxécutés sans jugement sauf un, car la répression fut féroce.Ll’espace des autochtones fut encore plus restreint car l’Administration confisqua les terres des rebelles. Des clans entiers furent déplacés loin de leur tertre, dans le Sud et à l’île des Pins.

    Ces confiscations, spoliations, accaparement par des moyens douteux se poursuivront et conduiront, vers la fin du XIX siècle, au cantonnement des mélanésiens dans des réserves de plus en plus étriquées. Officiellement instituées pour leur garantir un espace préservé de la boulimie foncière, elles étaient, par ignorance de leur système agraire, gravement insuffisantes en espace fertile. Déstabilisée par cet épisode dramatique, le cantonnement, la destruction de ses structures coutumières, la population déja affectée par les épidémies du début de la colonisation, va décroître dramatiquement jusqu’en 1921 où elle atteindra 16 000 individus soit la moitié de la population de 1860.

    La colonisation libre est assommée après 1878 et mettra 20 ans à s’en relever. L’impulsion colonisatrice viendra alors du bagne. Elle se traduira par une extension sans précédant de la mainmise foncière et un rétrécissement accru de l’espace des mélanésiens.

    Le conflit foncier résultant de tous ces accaparements entraînera d’autres rébellions, notamment en 1917 où la révolte à toutefois plusieurs autres mobiles dont la peur de l’incorporation forcée sur le front de la première guerre mondiale.

    Les spoliations, ajoutées à l’incapacité de la France, même après la décolonisation de 1956, de reconnaître l’identité et la dignité kanak seront finalement à l’origine de la revendication indépendantiste qui débouchera sur les affrontements de 1984 à 1988 et sur le statut actuel de la Nouvelle-Calédonie.

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    • Légendes canaques 16 octobre 2015 04:09, par BOABOA

      C’est un peu léger sachant que beaucoup d’autres kanak ont perdu la vie dans cette révolte et que les noms n’ont pas été révélés, dommage pour ceux qui ne le connaissent pas car ils auraient bien voulu connaître un des leurs ?????

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  • Légendes canaques 16 octobre 2015 07:30, par Robert Paris

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