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Accueil du site > 03 - Livre Trois : HISTOIRE > 4ème chapitre : Révolutions prolétariennes jusqu’à la deuxième guerre (...) > Qui est Albert Thomas ?

Qui est Albert Thomas ?

lundi 24 mars 2014, par Max

Qui est Albert Thomas ? Militant syndicaliste et coopérateur, membre de la Fédération nationale des Coopératives de Consommation, proche du monde ouvrier, créateur en 1902 de la section locale du Parti socialiste français, membre en 1903 de la société coopérative campinoise "La Travailleuse", il débute en politique en mai 1904 comme conseiller municipal socialiste de Champigny (dont il deviendra maire), avant d’être élu député socialiste de la Seine en 1910 (2e circonscription de Sceaux) et réélu en 1914. Il collabore à plusieurs périodiques socialistes : L’Humanité de Jean Jaurès à partir de 1904, L’Information de 1905 à 1910. Il fonde la Revue syndicaliste en 1905, puis la réunit en 1909 à la Revue socialiste dont il devient rédacteur en chef. Les socialistes entrent au gouvernement, lequel en septembre 1914 charge Albert Thomas, alors âgé de 36 ans, de coordonner les chemins de fer, l’État-Major et le ministère des Travaux publics. Le train doit apporter au plus vite armes, munitions et troupes fraîches . Les qualités d’organisateur d’Albert Thomas sont remarquées par le ministre de la Guerre, Alexandre Millerand, qui lui confie en octobre 1914 l’organisation de la production du matériel de guerre. Confronté à l’urgence et aux enjeux les plus stratégiques, il doit mobiliser le réseau industriels, des mines et des transports et faire passer la production de 13 500 obus par jour à au moins 100 000. Il fait rapatrier du front les ouvriers spécialisés, appeler en renfort les femmes qui ne sont pas déjà mobilisées par la guerre et fait venir des ouvriers des colonies. Il met en place à cet effet le Service ouvrier le 10 juin 1915.

En 1916, le jeune député socialiste de la 2e circonscription de la Seine, sous-secrétaire d’État de l’Artillerie et des Munitions, basé à l’hôtel Claridge, avenue des Champs-Élysées, est envoyé par le gouvernement français en Russie, avec René Viviani, pour inciter le tsar et l’armée russe à lancer une offensive pour desserrer l’étau allemand sur le front Ouest. Le 12 décembre 1916, nommé ministre de l’Armement au sein du second cabinet de guerre d’Aristide Briand, il conserve son équipe qui continue à travailler jour et nuit, dimanches et jours fériés compris. Albert Thomas, qui réside normalement dans sa circonscription à Champigny-sur-Marne, dort le plus souvent au ministère où il a une chambre.

En quelques semaines, le nouveau ministre persuade les industriels d’agrandir leurs usines et d’accepter les commandes, qui seront honorées alors que la production du charbon, qui s’était effondrée après les grandes grèves du début du siècle, est en pleine croissance, de même que la métallurgie. Les résultats du travail d’Albert Thomas et de Louis Loucheur furent tels que la France vendait même des armes et des munitions à ses alliés. Alors qu’avant la guerre, environ 50 000 ouvriers travaillaient dans le secteur de l’armement, ils étaient 1,7 million en 1918. Parmi ceux-ci, il y avait 420 000 à 430 000 ouvrières"

En avril 1917, il retourne en Russie, où il arrive en pleine révolution alors que le pays est bouleversé par la prise du pouvoir par Kerensky, qui y a établi un Gouvernement révolutionnaire provisoire.Le 19 août 1917, le ministre Albert Thomas allume symboliquement le premier haut fourneau du site de la Société Normande de Métallurgie (SNM), à Caen, le plus grand du monde à cette époque. L’Organisateur du travail ouvrier en temps de guerre

Le trio de collaborateurs pousse la production industrielle à ses limites, mais reste soucieux des questions sociales. Un Comité du travail féminin, créé le 21 avril 1916, veillera jusque mi-1917 à l’organisation du travail des femmes : recrutement par campagne d’affiches, formation, amélioration de leur situation matérielle et morale. Trois mois plus tard, par une circulaire du 3 juillet 1916, il interdit le travail de nuit pour les femmes de moins de 18 ans dans les usines de guerre et il limite le temps de travail à 10 heures maximum pour les femmes de 18 à 21 ans. Les jeunes filles de 16 à 18 ans ne travailleront plus dans les poudreries. Un an après, le 1er juillet 1917, une circulaire précise les modalités de protection des femmes au travail et l’organisation générale de l’hygiène, de la sécurité‚ et des services médicaux dans les établissements publics, anticipant sur la 1re loi sur la médecine du travail qui ne sera votée que 30 ans plus tard, le 11 octobre 1946. Il conçoit alors ce qu’il appelle « l’économie collective » ou « l’économie organisée » : il répartit les commandes de l’État entre les industriels. À ce sujet, il déclare : « Entre les industriels, hier, c’était la concurrence, parfois la guerre. Aujourd’hui, l’État coordonne l’initiative sans en étouffer aucune. »

Face à cette augmentation considérable du nombre de travailleurs qu’il avait lui-même provoquée, Albert Thomas se préoccupa très tôt des salaires et des conditions de travail des ouvriers et des ouvrières. Ces conditions étaient en général très mauvaises. Elles s’étaient notablement dégradées dans les premiers mois de la guerre, lorsqu’il avait fallu faire face à la fois à la pénurie de main-d’œuvre résultant de la mobilisation et à la pénurie de munitions au front. Mais même pendant le conflit, les conditions de travail demeurèrent dans certaines usines plus que pénibles. Selon Olivier Lepick, un mois après le démarrage de l’usine d’obus à ypérite de Vincennes en avril 1918, il y avait déjà 310 intoxiqués. La modernisation des usines améliora les conditions de travail. Une politique volontariste, inspirée à la fois par l’hygiénisme, le natalisme mais également par le féminisme d’une Cécile Brunschwicg, permit de faire progresser le sort des femmes dans les usines de guerre. Le comité du travail féminin du ministère de Thomas, comprenant une quarantaine de personnes dont cinq femmes, était plus particulièrement chargé des ouvrières et de leurs problèmes spécifiques. Tout une série de réglementations protégeaient les femmes, notamment les jeunes filles et les mères de jeunes enfants. La loi Engerand d’août 1917 imposa des temps de repos payés pour les mères et des crèches et chambres d’allaitement obligatoires dans les usines employant plus de 100 femmes. Ces lois et règlements relatifs au travail féminin visaient à la fois à préserver la déjà faible natalité française et à contrebalancer pour ces catégories bien précises les effets de la suspension des lois de protection sociale du fait de la guerre. le travail féminin de nuit avait ainsi été autorisé à nouveau après l’entrée en guerre. L’action sociale d’Albert Thomas visait également à assurer des salaires décents et l’égalité salariale entre ouvriers civils et ouvriers mobilisés. Si, en revanche, les salaires féminins demeurèrent très inférieurs à ceux des hommes, les écarts passèrent tout de même de 50 % en 1914 à 25 % en 1917. La politique de Thomas avait aussi pour but d’empêcher l’exacerbation des tensions et les conflits. Les comités d’arbitrage paritaires comprenant représentants ouvriers et patronaux ainsi que les délégués d’atelier, devaient permettre de régler en amont les problèmes et assurer le bon fonctionnement, en continu, des usines de guerre. Au besoin, les contrôleurs du ministère pouvaient jouer le rôle de conciliateurs. (extrait de Nicolas Beaupré, Les grandes guerres)

Un Comité du travail féminin est créé en 1916 pour réfléchir aux conditions de travail spécifiques des travailleurs mères. Une circulaire de janvier 1917 du ministère de l’Armement avait préconisé l’installation de chambres d’allaitement et de crèches dans les usines de guerre. La loi Engerand du 5 août 1917 les rend obligatoires dans les entreprises qui emploient plus d’une centaine de femmes et impose des temps de repos rémunérés pour les mères. Un personnel féminin est chargé de l’encadrement et de la protection des ouvrières mères : les surintendantes d’usines. Fondée le 1er mai 1917 à l’initiative de Cécile Brunschvicg, l’École des surintendantes répond aux inquiétudes morales des natalistes et des philanthropes ; elle s’inspire de l’exemple britannique des inspectrices sociales, qui sont elles , des employées de l’État. Mais la première promotion française ne sera de fait opératoire qu’à la fin de la guerre. Une cinquantaine de surintendantes sont en poste en 1918 dans les grandes entreprises françaises.(extrait de Evelyne Morin-Rotureau, 1914-1918 : combats de femmes)

Au début de l’année 1917, l’État s’engage donc dans une politique contractuelle. Pour le ministre de l’Armement Albert Thomas, partisan de l’Union sacrée et de l’"union industrielle pour la paix sociale", la guerre est un laboratoire pour l’établissement de nouvelles relations de travail fondées sur l’arbitrage obligatoire, la négociation tripartite (État, patronat, syndicats) et l’élection de délégués ouvriers dans les ateliers. Il impose par le décret du 17 janvier 1917, un arbitrage obligatoire dans les conflits du travail pour les entreprises dépendantes des marchés de l’État. Le ministre socialiste est confronté tout au long de l’année 1917, à Paris et en province -en particulier dans la Loire-, à des grèves féminines massives. Il négocie le principe de conventions collectives entre patrons, préfets et délégués syndicaux. L’accord écrit, signé par les délégations ouvrières et patronale en juin 1917 et porté à la connaissance des salariés par voie d’affichage officiel dans les usines de guerre, détermine des catégories liées à l’organisation de la production. Celles et ceux qui ne sont pas payés aux pièces sont qualifiés de « professionnels » ; pour les autres, le salaire minimum, ou salaire de base, est lié au taux d’affûtage, auquel s’ajoute un boni qui ne peut jamais être inférieur à 10 % du salaire de base (20 % dans les industries mécaniques). Pour un travail identique, effectué dans les mêmes conditions par les hommes et par les femmes, le prix aux pièces payé aux ouvrières ne peut être inférieur à celui qui est payé aux hommes. Il n’y a donc pas, en 1917, pour le travail aux pièces, de distinction formelle entre hommes et femmes, même s’il y a , en réalité, distinction des postes de travail dans les ateliers et différences salariales entre hommes et femmes : c’est vrai dans le bassin stéphanois comme chez Peugeot à Montbéliard, où -contrairement à Paris- aucune femme n’est classée professionnelle. Toutefois, les bobineuses professionnelles parisiennes se voient attribuer, par exemple, un abattement de 43 % par rapport aux bobineurs, parce qu’elles ne peuvent travailler sur les mêmes machines que leurs homologues masculins. Il est bien précisé cependant par le Comité de conciliation et d’arbitrage, créé après les accords de juin 1917 et qui gère les nombreux conflits, que la rémunération du salaire de base, dans le cas d’un travail aux pièces, est identique pour tous, sans distinction d’âge ou de sexe. Dans l’écriture du contrat collectif -sinon les pratiques-, les catégories sont donc bien liées au travail aux pièces, à la rationalisation et non au sexe. La réalité de la mise en œuvre diffère quelque peu de ces principes classificatoires. La légitimité du travail des femmes est de nouveau mise en cause en 1917 après l’embellie provisoire du début de la guerre due à l’Union sacrée. Si le principe défendu par le ministère de la Guerre et par la Fédération des métaux de la CGT, "à travail égal, salaire égal", est quelque peu détourné par la retenue de 17 % sur les salaires féminins pour contribuer à la formation de la main-d’œuvre, les salaires des femmes -plus élevés dans les usines de guerre que dans les autres secteurs- sont garantis par les taux officiels de rémunération et par l’absence de chômage (au moins jusqu’au printemps 1918). Les employées des petites entreprises, où les salaires sont en général inférieurs à ceux des grandes entreprises, sont les premières bénéficiaires. Cependant, si la hiérarchie salariale entre salaires masculins et salaires féminins s’est resserrée, l’inflation ronge les rémunérations et la prime de vie chère attribuée par le ministre Loucheur en 1918 n’arrive pas à combler totalement la hausse des prix. (extrait de Evelyne Morin-Rotureau, 1914-1918 : combats de femmes)

Il incite le patronat a dialoguer avec les organisations syndicales ouvrières pour veiller à éviter toutes les sources d’accident du travail et de baisse de production : épuisement, sous-alimentation. Il contribue à créer une Commission consultative du travail présidée par Arthur Fontaine, futur 1er Président du Conseil d’administration du Bureau international du travail de 1919 à 1931, qui recommande aux chefs d’entreprise le repos périodique des ouvriers. Il interdit les logements insalubres. Il promeut l’aide au logement, un Fonds coopératif du personnel des usines de guerre, les coopératives de consommation et les restaurants coopératifs, des dortoirs proches des usines. Pour responsabiliser et informer les industriels et les ouvriers, Charles Dulot et Pierre Hamp produisent le Bulletin des usines de guerre.

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