English German Espagnol Portugese Chinese Japanese Arab Rusian Italian Norvegian Dutch Hebrew Polish Turkish Hindi
Accueil du site > 12- Livre Douze : OU EN SONT LES GROUPES REVOLUTIONNAIRES ? > Quelques textes sur la situation d’affrontement en Ukraine

Quelques textes sur la situation d’affrontement en Ukraine

jeudi 6 mars 2014, par Robert Paris

Quelques textes sur la situation d’affrontement en Ukraine

L’encerclement armé de la Chine et de la Russie, une politique de l’impérialisme américain et de ses alliés pour préparer une issue guerrière à l’effondrement du système

Les enjeux de l’affrontement en Ukraine

Vers la troisième guerre mondiale ?

Ukraine : quand l’affrontement Est-Ouest et la menace de guerre civile servent les classes dirigeantes en faillite pour détourner de la lutte des classes

A bas la guerre !

Révolution à Kiev ou guerre des blocs ?

L’Ukraine, prise entre deux feux

lire aussi

Déclaration sur la situation en Ukraine du Syndicat Autonome des Travailleurs de KIEV, 19 février 2014 :

La guerre civile a commencé hier en Ukraine. Une manifestation pas si pacifique s’est confrontée aux forces de défense de l’Etat et à des divisions formées par les partisans de l’actuel gouvernement à côté de la Vekhovna Rada (Parlement). Le 18 février, la police, ainsi que des paramilitaires, ont commis un bain de sang dans le quartier gouvernemental au cours duquel de nombreux manifestants ont été tués. Les bouchers des divisions spéciales ont achevé des personnes arrêtées. Les députés du parti au pouvoir, le Parti des Régions, et leurs laquais bourgeois du Parti "Communiste" d’Ukraine ont fuit le parlement par un tunnel sous-terrain. Le vote d’amendements constitutionnels, dont le but était de limiter le pouvoir présidentiel, n’a pas pu avoir lieu. Après leur défaite, les manifestants se sont retirés à Maidan. A 18 heures, le ministère des affaires intérieures et le Bureau de la Sécurité Interne (BSI) ont déclaré un ultimatum aux manifestants, leur demandant de se disperser. A 20 heures, les forces de police spéciales et les paramilitaires, équipés de canons à eau et de véhicules blindées, ont commencé leur raid contre les barricades. La police, les divisions spéciale du BSI, ainsi que les troupes pro-gouvernementales, ont utilisé leurs armes à feu. Cependant, les manifestants ont réussi à incendier un véhicule blindé de la police, et on s’est rendu compte que les forces gouvernementales n’étaient pas les seules à avoir des armes. Selon le communiqué publié par la police (le 19 février à 16 heures), 24 personnes ont été tuées : 14 manifestants et 10 policiers. 31 policiers ont été blessés par balles. Même si leur estimation du nombre de pertes du côté de la police est réel, celui des victimes parmi les manifestants est clairement minimisé. Les soignants de Maidan cite au minimum 30 tués.

On a l’impression que le président Ianoukovich était certain que dans la matinée, la résistance serait écrasée, et c’est ainsi qu’il a arrangé une rencontre avec les leaders de l’opposition le 19 février à 11 heures. Comme les négociations n’ont pas eu lieu, on peut conclure que le plan du gouvernement a été un échec. Lors de l’opération qui a échoué de nettoyer Maidan , les citoyens de plusieurs régions occidentales ont occupé les bâtiments administratifs et repoussé la police. A ce moment, la police, en tant qu’institution, n’existe pas à Lvov. Selon le BSI, les manifestants ont pris possession de 1500 armes à feu. En moins de 24 heures, le gouvernement a perdu le contrôle d’une partie du pays.

Actuellement, la seule solution pourrait être la démission du président, mais cela signifierait que lui, sa famille, et leurs nombreux acolytes et vassaux, qui forment le plus grand groupe dans le gouvernement au pouvoir, perdraient leurs sources de profits. Et il est probable qu’ils ne l’accepteront pas.

En cas de victoire de Ianoukovich, il deviendra dirigeant à vie et le reste de la population sera condamnée à une vie où elle devra subir la pauvreté, la corruption et l’abolition des droits et libertés. Les régions rebelles font actuellement l’expérience de la restauration de "l’ordre constitutionnel". Et il n’est pas improbable que la répression des "groupes terroristes" en Galicie aura le caractère d’une épuration ethnique. Les fous extrémistes orthodoxes du Parti des Régions considèrent, depuis longtemps, les catholiques grecs comme les défenseurs de "l’Europe de Sodom". Une telle "opération anti-terroriste" sera menée avec l’aide de l’armée comme l’a annoncé Lebedev, le ministre de la défense.

Aujourd’hui, l’Ukraine vit une tragédie, mais la véritable horreur commencera lorsque le gouvernement aura briser l’opposition et "stabiliser" la situation. Les signes de la préparation d’une opération de nettoyage de masse sont devenus visibles dès début février avec des poursuites criminelles à l’encontre des divisions d’auto-défense de Maidan en tant de formations militaires illégales. Selon l’article 260 du Code Criminel, les membres de telles divisions sont passibles de 2 à 15 ans de prison. Cela veut dire que le gouvernement prévoit de mettre plus de 10.000 citoyens derrière les barreaux. Dans les régions, comme dans la capitale, des escadrons de la mort agissent comme supplétifs des forces de police habituelles. Par exemple, un tel escadron de la mort, qui se fait appelé "les fantômes de Sébastopol" a revendiqué d’avoir brûlé vif un militant de Maidan originaire de Zaporijia. Ils ont annoncé qu’ils étaient près à faire subir le même traitement à des participants de Maidan à l’Est.

En cas de victoire de l’opposition, la vie sera aussi loin d’être parfaite. Même si les fascistes forment une minorité des manifestants, ils sont particulièrement actifs et ne sont pas les moins bien armés. Après quelques jours de trêve à la mi-février, des conflits entre groupes de droite ont conduit à plusieurs affrontements violents ainsi qu’à des agressions contre des "hérétiques" idéologiques. Derrière les fascistes, les anciens membres expérimentés de l’opposition font aussi tenter de prendre le pouvoir. Parmi eux, ils sont nombreux à avoir travaillé au sein du gouvernement et ne sont pas étrangers à la corruption, au favoritisme et à l’utilisation de fonds publics pour leurs intérêts personnels.

Les "concessions" que l’opposition demande au parlement sont pitoyables. Même la constitution de 2004, qu’ils veulent rétablir, donne trop de pouvoir au président (le contrôle de la police anti-émeute et des forces spéciales n’est qu’un exemple), et le système électoral à la proportionnelle, avec des listes fermées, met le parlement entre les mains de leaders dictatoriaux qui peuvent être comptés sur les doigts d’une main. Avec le président, ils dirigeront sans la moindre limite. La seconde revendication, la mise en place d’un cabinet de ministres composés des leaders de l’opposition, est tout aussi honteuse. Est-ce que les gens risquent leur santé, leur liberté et leur vie pour que quelqu’un devienne premier ministre et que quelqu’un d’autre puisse profiter des flux monétaires de la corruption ? C’est la conclusion logique des discours pathologiques sur "la nation" et la défense des même structures verticales des politiciens haïs au lieu de développer des organisations de base pour la défense des intérêts financiers et matériels. C’est la principale leçon que doit apprendre Maidan. Mais cette leçon ne pourra être apprise en pratique que si l’actuel gouvernement perd la bataille.

L’opposition, au sein comme à l’extérieur du parlement, est divisée entre de multiples fractions hostiles. En cas de victoire, son régime sera instable et manquera de cohérence. Il sera tout aussi bourgeois et répressif que celui du Parti des Régions avant sa première épreuve de force en novembre contre les manifestants.

La responsabilité de sang versé revient aussi en partie à l’Union Européenne qui reçoit volontiers l’argent des salauds corrompus d’Ukraine, de Russie et de plusieurs pays d’Afrique, en négligeant l’origine de tels "investissements". Ce n’est qu’après avoir vu les corps des victimes de ces "investisseurs" qu’ils versent des larmes de crocodiles sentimentales et humanitaires.

Ce n’est pas notre guerre, mais la victoire du gouvernement sera une défaite pour les travailleurs. La victoire de l’opposition n’annonce, elle aussi, rien de bon. Nous ne pouvons pas appeler le prolétariat à se sacrifier pour le bien et les intérêts de l’opposition. Nous pensons que la participation aux affrontement est une question de choix personnel. Cependant, nous encourageons à refuser de servir dans les forces militaires contrôlées par Ianoukovich et à saboter par tous les moyens possibles les actions du gouvernement.

Ni dieu, ni maître, ni nations ni frontières !

Organisation de Kiev du Syndicat Autonome des Travailleurs


Déclaration du SAT Kiev sur l’intervention russe

le 2 mars 2014

Le 27 février 2014, les chauvins pro-russes de Crimée, soutenus par la police anti-émeute Berkut et la Flotte russe de la Mer Noire ont procédé à un coup d’État militaire en Crimée. Il est déjà maintenant clair que le gouvernement du mouvement ‟Unité de la Russie”, dirigé par Aksionov, n’est rien d’autre qu’une marionnette du régime du Kremlin.

Nous ne considérons ni l’intégrité territoriale de l’Ukraine ni l’inviolabilité de ses frontières comme des valeurs, nous sommes contre un ‟rétablissement de l’ordre” violent en Crimée, mais nous pensons que le statut de la Crimée doit être défini en tenant compte de l’opinion de la minorité tatare de Crimée.

Les derniers événements montrent que Poutine ne va pas se limiter à l’annexion de la Crimée. L’objectif du régime impérialiste du Kremlin est d’étendre le commandement russe sur tout le territoire de l’Ukraine.

Le régime russe s’avère ainsi être la principale menace pour les intérêts du prolétariat dans l’espace post-soviétique.

Nous sommes des adversaires de la guerre et du militarisme. Cependant, nous pensons que dans cette situation, les prolétaires conscients ne peuvent compter sur personne, sauf sur eux-mêmes. Il n’y a aucune raison d’attendre un quelconque ‟sauvetage” de l’OTAN. Les politiciens nationalistes ukrainiens ne peuvent organiser la défense que d’une partie du territoire, dans le meilleur des cas. La guerre peut être évitée que si les prolétaires de tous les pays, en premier lieu ukrainiens et russes ensemble, prennent position contre le régime criminel de Poutine.

L’action commune du prolétariat ukrainien et russe et de toutes les forces progressistes et démocratiques qui mettra fin au régime de Poutine, signifiera simultanément la fin du régime nationaliste néolibéral actuel en Ukraine.

Tandis que pour les militants de gauche et les anarchistes de l’Ouest, il est grand temps de rompre les liens avec le prétendu ‟anti- impérialisme” qui se réduit à soutenir le régime de Poutine contre les Etats-Unis.

Pas de guerre entre les nations, pas de paix entre les classes !

2 mars 2014

SAT - Syndicat autonome des travailleurs (syndicaliste révolutionnaire)


Cinquante nuances de brun

24 février 2014

Le renversement du régime autoritaire de Ianoukovitch ne signifie nullement, pour nous, la fin de notre combat. Les nouveaux dictateurs s’empressent de prendre la place du Parti des Régions. Ils n’hésiteront à s’appuyer non seulement sur les agences de sécurité considérablement affaiblies, mais aussi sur les militants d’extrême droite. Le régime de l’arbitraire en matière de police et de poursuites judiciaires méritait absolument d’être renversé, mais maintenant, une nouvelle période de terreur, qui sera justifiée idéologiquement, peut arriver.

Pour le moment, les principaux pouvoirs sont concentrés dans les mains du parti d’opposition ‟Batkivshchyna” (‟Patrie”), qui a réussi à rallier une partie notable de la classe dirigeante. Son chef, récemment libéré de prison, Ioulia Timochenko, a des ambitions présidentielles évidentes. Il convient de rappeler que, lorsque la sentence de Mme Timochenko a été prononcée, son rassemblement de soutien à Kiev n’a pas réuni plus de cinq mille personnes, et que, pour toutes les démonstrations de masse qu’il a organisées, ce parti a dû payer des gens pour faire nombre. Batkivshchyna, ainsi que le Parti des Régions, n’a pratiquement aucun soutien ou militant de base, mais il dispose de ressources matérielles suffisamment importantes.

Afin de rester au pouvoir, l’équipe de Ioulia Timochenko devra apaiser l’extrême droite, en particulier le Secteur de Droite (SD). Deux tentatives de ce genre ont déjà été faites : les fascistes qui avaient été emprisonnés dans des affaires non liées à Maïdan ont été libérés conformément à la loi promulguée au Parlement. Le nouveau ministre de l’Intérieur, Arsen Avakov, a promis d’introduire des représentants du SD dans son ministère. Maintenant, nous pourrons appeler les flics ‟Nazis” avec une bonne raison. Mais le Batkivshchyna a clairement peur d’un tel élément passionné et incontrôlé au pouvoir. C’est pourquoi ils vont essayer de faire mordre l’extrême-droite à l’hameçon, non seulement en les achetant, mais aussi en les attachant avec du sang. Secteur de Droite rêve de régler de vieux comptes avec les membres de la sous-culture antifasciste ; c’est ainsi qu’ils ont été soigneusement approvisionnés avec les dossiers des services de sécurité ou de la police contenant des données personnelles. Il est probable que, dans un proche avenir, les autorités fermeront les yeux sur la violence contre la gauche ou sur des attaques racistes, mais elles s’en souviendront quelques mois plus tard, quand elles auront besoin d’un prétexte pour maîtriser ses inconfortables alliés.

Secteur de Droite mène son propre jeu, et le fait depuis assez longtemps. Aujourd’hui son chef, Dmitri Iarosh, réclame d’entrer au pouvoir à un niveau très élevé, comme vice-Premier ministre chargé des forces de l’ordre. Dans le même temps, comme le rapporte le journaliste Mustafa Nayem, selon les documents trouvés dans l’Administration présidentielle, Iarosh était en communication avec Ianoukovitch ou ses représentants le 20 février. Même avant cela, le 28 janvier, des négociations entre Secteur de Droite et les Services de sécurité / ministère de l’Intérieur ont été officiellement annoncées. Un jour plus tard, des représentants de la droite lâchaient ce lapsus en affirmant leur « désir de se joindre au processus de négociation ». Ces négociations avaient probablement commencé effectivement depuis longtemps, surtout si l’on on considère l’arrière-plan de toutes les organisations qui font partie du ‟Secteur de Droite” : ‟Tryzub” (‟Trident ”) ainsi que UNA et ‟Bely Molot” (‟Marteau Blanc”) ont, selon des formes diverses, eu des relations actives avec les politiciens des deux partis du système et avec les forces de sécurité depuis les années 1990-2000.

Le Parti ‟Svoboda” (‟Liberté”) est un concurrent à la fois pour Batkivshchyna et SD. Ce dernier empiète activement sur l’électorat de Svoboda et au moment des élections, le bras de fer entre ces forces politiques va s’intensifier. Maintenant Svoboda a un président au bureau du procureur. C’est symbolique, parce que les flics et les procureurs travaillent toujours en étroite collaboration et en même temps, se haïssent mutuellement, leurs intérêts sont très similaires, mais entrent parfois en conflit. C’est le type de relation qui existe entre Svoboda et le Secteur de Droite.

Les Services de sécurité sont dirigés par Nalivaichenko qui a déjà occupé le poste sous le président Iouchtchenko. Le chef de la sécurité du pays est célèbre non seulement pour les poursuites judiciaires posthumes de Joseph Staline pour l’Holodomor [1] (ce qui ressemble à une blague particulièrement sombre), mais aussi pour sa lutte contre ‟l’organisation terroriste Antifa parrainée par le Kremlin”. Après avoir perdu son emploi, Nalivaichenko a travaillé avec l’extrême-droite (y compris le futur activiste de Svoboda, Eugene Karas, connu sous le pseudonyme de ‟Vortex”), en essayant de créer un mouvement ‟Otpor”[2], mais ce projet n’a pas abouti.

Dans le même temps, dans les régions qui n’ont pas encore soumises au nouveau gouvernement, mais qui renient Ianoukovitch, leurs propres sentiments fascistes sont en train de mûrir. Les représentants du Parti des Régions, qui n’ont pas réussi à rejoindre la majorité parlementaire, sont en train d’établir des barrages des pro-russes d’extrême-droite et des staliniens. Impérialistes et les staliniens, cosaques et orthodoxes fanatiques – luttent tous ensemble contre des Banderovites [3] souvent imaginaires, et en attendant répriment des journalistes et des militants des droits de l’homme. Le centre brun est confronté à des régions au moins aussi brunes. La seule différence est la tradition historique à laquelle ils font appel. Tous se concentrer sur leur ‟combat pour les valeurs traditionnelles”, en en appelant au partenariat social et, en même temps, taillent dans les dépenses sociales.

Nous ne prenons aucunement parti dans le conflit entre les nationalistes ukrainiens et russes. Mais de nombreux manifestants contre le régime de Ianoukovitch seront insatisfaits des deux politiques prédatrices, celle de Batkivshchyna, qui va taper dans la poche des travailleurs, et celle de la ‟révolution nationale” du Secteur de Droite et de Svoboda, qui va essayer d’enlever ce qui reste des droits de l’homme et des libertés. Ce sont ces gens qui, indifférents à l’extrême-droite et critiques envers l’opposition du système, les ‟membres mécontents de Maïdan”, qui peuvent rapidement remplir les rangs de la gauche et des anarchistes.

SAT - Kiev, 24/02/2014


Déclaration des anarchistes contre la guerre en Ukraine

Guerre à la guerre ! Pas une goutte de sang pour la "nation" ! La lutte de pouvoir entre les clans de l’oligarchie en Ukraine menace de se transformer en conflit international armé. Le capitalisme russe tente d’utiliser la redistribution du pouvoir au sein de l’Etat ukrainien pour mettre en oeuvre ses vieilles aspirations impériales et expansionnistes en Crimée et en Ukraine orientale, régions où il a d’importants intérêts économiques, financiers et politiques. Dans le contexte de la prochaine crise imminente en Russie, le régime tente d’attiser le nationalisme russe afin de détourner l’attention de l’aggravation des problèmes socio-économiques des travailleurs : salaires et pensions de misère, démantèlement des soins accessibles, de l’éducation et d’autres services sociaux. Dans la tempête d’une rhétorique nationaliste et agressive, il est plus facile d’instaurer un Etat autoritaire et corporatiste basé sur des valeurs réactionnaires et des politiques répressives.

En Ukraine, la crise politique et économique aiguë a conduit à exaspérer la confrontation entre les "nouveaux" et "vieux" clans oligarchiques, et a pour la première fois utilisé des formations ultra-nationalistes et ultra-droitières pour réaliser un coup d’Etat à Kiev. L’élite politique de Crimée et d’Ukraine orientale n’a pas l’intention de partager son pouvoir et ses propriétés avec les nouveaux dirigeants de Kiev et se tourne vers le gouvernement russe pour avoir de l’aide. Des deux côtés, on a recours à l’hystérie nationaliste, respectivement ukrainien et russe. Il y a des affrontements armés et effusion de sang. Les puissances occidentales ont leurs propres intérêts et leurs propres aspirations, et leur intervention dans le conflit pourrait mener à une troisième guerre mondiale.

Ces messieurs des différentes cliques belligérantes nous poussent, comme d’habitude, nous les gens ordinaires, les travailleurs salariés, les chômeurs, les étudiants, les retraités…, à nous battre pour leurs intérêts. Ils veulent nous saouler avec leur drogue nationaliste, nous pousser les uns contre les autres, nous faire oublier nos réels besoins et intérêts : que nous n’avons que faire de leurs "nations", alors que nous avons à régler d’autres problèmes urgents et vitaux : comment joindre les deux bouts dans ce système qu’ils ont instauré pour nous opprimer et nous réduire en esclavage.

Nous ne succomberons pas à l’intoxication nationaliste ! Qu’ils aillent en enfer avec leurs Etats et "nations", leurs drapeaux et leurs discours ! Ce n’est pas notre guerre et nous ne devons pas y participer et payer avec notre sang leurs palais, leurs comptes en banque et leurs plaisirs de s’asseoir dans les confortables fauteuils du pouvoir. Et si les messieurs de Moscou, Kiev, Lvov, Kharkov, Donetsk et Simferopol commence cette guerre, notre devoir est d’y résister par tous les moyens !

Pas de guerre entre les "nations" – pas de paix entre les classes !

KRAS-AIT (Confédération Révolutionnaire Anarcho-Syndicaliste, Russie), Fédération Anarchiste de Moldavie (Moldavie), Fraction Socialisme Révolutionnaire (Ukraine), Internationalistes d’Ukraine, de Russie, de Lituanie, d’Israël et de Moldavie.


Texte d’un groupe révolutionnaire russe :

La guerre a commencé. Dans le but de protéger et d’accroître les intérêts des oligarques en Russie et de la coterie de Ianoukovitch, les dirigeants de la Russie ont entrepris une invasion de l’Ukraine. Cette agression pourrait avoir des conséquences catastrophiques pour les peuples ukrainien et russe, et surtout pour la population de la République autonome de Crimée et des régions industrielles du sud-est de l’Ukraine.

Pour l’Ukraine, cela signifie aussi une escalade des conflits ethniques ; pour la Russie, c’est une consolidation du pouvoir dictatorial, la répression et l’hystérie chauvine avec laquelle l’élite dirigeante sera en mesure de neutraliser la colère des masses dans un contexte d’approfondissement de la crise économique. Nous partageons aussi l’inquiétude des habitants du sud-est ukrainien sur les tendances nationalistes des nouvelles autorités à Kiev.

Cependant, notre ferme conviction est que la liberté sera obtenue non pas par les chars de Poutine, mais par l’auto-organisation et la propre lutte du peuple pour ses droits civils, politiques et socio-économiques.

Il va sans dire que les peuples de l’Ukraine ont le droit à l’autodétermination, à l’autonomie et à l’indépendance. Mais ce que nous voyons aujourd’hui n’a rien à voir avec la volonté démocratique des masses. Il s’agit d’un acte brutal et cynique de l’impérialisme russe visant à annexer un territoire étranger et à transformer l’Ukraine en un protectorat de la Russie.

Aujourd’hui, la lutte pour la liberté en Russie est une lutte contre l’aventurisme de la politique étrangère du régime actuel qui n’utilise les conflits que pour prévenir sa propre fin. Le RSD appelle toutes les forces sincères de gauche et démocratiques à organiser des manifestations anti-guerre. Nos exigences :

NON à la guerre russo-ukrainienne ! NON aux provocations et aux effusions de sang en Ukraine !

NON à la mise en opposition des peuples de Russie et d’Ukraine ! AUCUNE intervention des armées de Russie ou d’autres pays dans les affaires de Crimée !

LIBERTE de choix pour les actes pacifiques d’autodétermination pour les habitants de la péninsule de Crimée !

OUI à la lutte des travailleurs contre les oligarques

OUI à la lutte des travailleurs ukrainiens contre les oligarques et les fonctionnaires corrompus. NON aux conflits ethniques !

Le 1er Mars 2014.

Mouvement socialiste de Russie (RSD)


La subordination de l’Ukraine est l’une des ambitions géostratégiques de longue date de l’impérialisme allemand, qui remonte à la Première Guerre mondiale. La politique actuelle agressive de l’Allemagne à l’égard de l’Ukraine coïncide avec un renouveau du militarisme allemand. Lors de la récente Conférence sur la sécurité à Munich, de haut responsables allemands ont affirmé que le temps est venu pour Berlin d’abandonner les limites et restrictions d’après-guerre qui lui avaient été imposées concernant l’usage de la force militaire. Depuis plus de vingt ans, soit depuis l’effondrement de l’Union soviétique en 1991, l’’impérialisme américain poursuit sans relâche une stratégie consistant à affaiblir et isoler la Russie. Depuis les guerres en Yougoslavie de 1990, Washington encourage et soutient les prétendues révolutions colorées dans les anciennes républiques soviétiques. Il a envahi l’Afghanistan pour établir une base d’opération en Asie centrale et cherché, par des sanctions et des menaces militaires, à mener un changement de régime en Iran et en Syrie, meilleurs alliés de la Russie au Moyen-Orient.

La capacité de l’impérialisme à intervenir agressivement est la conséquence directe de la dissolution de l’URSS, de la restauration du capitalisme et de l’ouverture des anciennes républiques soviétiques au pillage des corporations transnationales mondiales. En s’opposant à l’intervention impérialiste actuelle en Ukraine, il ne faut accorder aucun soutien politique à Ianukovitch ou au président russe Vladimir Poutine, qui représentent des oligarques avides et corrompus, qui se sont enrichis aux dépens de la classe ouvrière.

L’unique force sociale capable de s’opposer aux intrigues impérialistes, aux menaces militaires et à la course à la guerre, est la classe ouvrière. Il faut commencer par rejeter toutes les formes de nationalisme et mener une lutte politique pour unifier les travailleurs d’Ukraine avec leurs frères et sœurs de classe à travers toute l’Europe, la Russie et internationalement. Cela exige une lutte commune pour abolir le système capitaliste en faillite et établir une économie mondiale planifiée qui réponde aux besoins sociaux urgents de tous.

WSWS


Les médias américains amplifient leur offensive de propagande contre l’Ukraine

Par Joseph Kishore et David North

Après le coup d’Etat de l’extrême droite, organisé par les Etats-Unis et les puissances européennes en Ukraine, les médias américains réagissent en déversant un déluge de propagande incendiaire à l’encontre de la Russie.

La diabolisation de la Russie est implacable aussi bien dans la presse écrite que par la voie des ondes. La couverture des événements suit un même et unique scénario simpliste. Les actions de la Russie sont représentées comme étant la quintessence du mal. Son président, Valdimir Poutine, est l’incarnation du diable.

Le contexte historique, les intérêts économiques, le contexte politique et les calculs géostratégiques qui sous-tendent les actions de la Russie sont ignorés. Aucun fait susceptible d’entraver le message programmé n’est admis. Aucun mensonge n’est par trop absurde ou ridicule. Le but de la campagne de propagande n’est pas de convaincre l’opinion publique, mais de l’intimider.

On ne trouve pas l’ombre d’une analyse dans l’éditorial principal (« L’agression de la Russie », « Russia’s Agression ») paru lundi dans le New York Times. Il renferme exclusivement des dénonciations, des bruits de sabre et une hypocrisie sans bornes.

Le Times commence par dénoncer l’« exploitation cynique et scandaleuse de la crise ukrainienne par Poutine dans le but de prendre le contrôle de la Crimée. » On marche sur la tête. En réalité, les Etats-Unis ont soutenu les forces fascistes d’extrême-droite en Ukraine afin de provoquer un changement de régime dans un pays voisin de la Russie. Ces opérations ont été révélées au monde entier par une conversation téléphonique divulguée le mois dernier et au cours de laquelle l’ambassadeur américain en Ukraine et la sous-secrétaire d’Etat américaine discutaient de la composition d’un nouveau gouvernement appuyé par Washington. Le Times, bien sûr, ne fait aucune référence à cet épisode.

Avec un cynisme à couper le souffle, le Times exige qu’Obama dise à Poutine que la Russie « a outrepassé les limites d’un comportement civilisé et [que] sur la scène internationale et dans les relations économiques ceci se paie au prix fort. »

Qui a dépassé les limites du « comportement civilisé ? » Les Etats-Unis sont intervenus dans un pays après l’autre, de Panama à Grenade, du Vietnam à l’Afghanistan, à l’Irak, à la Libye et à la Syrie. Leurs opérations militaires ont provoqué au cours du dernier quart de siècle la mort d’au moins un million de personnes.

Le Times a aussi publié une rubrique (« La guerre de Crimée de Poutine ») de Roger Cohen, qui se présente comme un intellectuel et un expert de la politique étrangère. Au fil des années, il a défendu toutes les formes d’agression militaire des Etats-Unis, allant des Balkans à la Syrie. Il passait pour avoir été un ami très proche de feu l’ambassadeur américain en Libye, Christopher Stevens, qui a été tué au consulat américain de Benghazi après avoir contribué à organiser l’opération pour renverser le gouvernement de Mouammar Kadhafi.

La chronique du Times de Cohen consiste en une kyrielle d’insultes et de qualificatifs. Ianoukovitch, le dirigeant déchu de l’Ukraine, est décrit comme un « président godiche, sybarite et à la gâchette facile, et Poutine comme un « obsédé » de l’« empire » de la Russie.

Les actions de Poutine sont qualifiées d’incompréhensibles. Mais pourquoi devrait-il se sentir menacé par « l’expansion de l’OTAN aux pays baltes », par « l’adhésion à l’Union européenne d’Etats comme la Pologne et la Roumanie », par « le fait que l’OTAN rabaisse la Serbie », ou par « la manipulation manifeste par l’Occident d’un mandat des Nations unies pour arriver à ses fins en Libye ? » De toute évidence, Poutine est fou !

Dans une brève et répugnante incursion dans l’histoire, Cohen mentionne en passant les crimes commis par les nazis durant la Deuxième Guerre mondiale, mais il le fait de manière à suggérer qu’ils ne furent que la continuation des crimes de Staline. « Plus tard, les nazis [après Staline] ont fait pire encore, » écrit-il allègrement en précisant que « plusieurs millions sont morts. » Ici, Cohen rejoint une liste grandissante d’historiens de droite qui sont en train de relativiser les crimes des nazis dans le but de justifier la remilitarisation actuelle de l’Allemagne.

Ensuite, sans donner d’explication, Cohen fait référence au « ravin rempli de cadavres à Babi Yar. » Les lecteurs qui ne sont pas familiers de l’histoire pourraient penser que Cohen se réfère aux atrocités staliniennes. Il ne signale pas à ses lecteurs que le ravin de Babi Yar, dans la capitale ukrainienne de Kiev, est le site du terrible massacre de 33.000 Juifs commis les 29 et 30 septembre 1941 par les nazis.

Cet événement s’était produit trois mois à peine après le début de la « guerre d’extermination » menée par les nazis [Vernichtungskrieg] contre l’Union soviétique. Les opérations de l’impérialisme allemand comprennent le meurtre de six millions de Juifs européens. Quelque 27 millions de soldats et de civils soviétiques sont morts pour mettre en échec l’assaut du régime fasciste allemand.

Il est significatif de noter que Cohen fait référence à Babi Yar sans indiquer le pedigree politique des forces avec lesquelles les Etats-Unis et l’Allemagne sont en train de collaborer en Ukraine. L’opposition est dominée par de virulents antisémites.

Le parti Svoboda représente la principale force politique au sein des protestations qui ont fait tomber Ianoukovitch. Il a été formé en 2004 dans le cadre d’un vaste effort entrepris par son prédécesseur, le Parti social-national d’Ukraine (SNPU). Ce parti, dont les membres arborent des insignes utilisés par les Waffen SS, avait été contraint de changer de nom parce que sa forte connotation avec le fascisme avait compliqué les efforts des Etats-Unis de l’intégrer dans la « Révolution orange » et qui avait finalement été réalisée en 2005.

Oleg Tiagnibok est le dirigeant de longue date de Svoboda et il a participé aux réunions avec les responsables des Etats-Unis et de l’Union européenne qui ont planifié le changement de régime survenu le mois dernier. En 2004, Tiagnibok avait tenu un discours au Mont Yavoryna dans lequel il rendait hommage à l’Armée insurrectionnelle ukrainienne de l’époque de la Deuxième Guerre mondiale. L’UPA (Armée insurrectionnelle ukrainienne) « a combattu contre les Russkoffs, contre les Allemands, contre les Youpins [les Juifs] et autres ordures qui voulaient nous prendre notre Etat d’Ukraine, » avait-il dit. Tiagnibok a fait l’éloge de son audience comme étant la force la plus redoutée de « la mafia judéo-russe qui contrôle l’Ukraine. » En 2005, Tiagnibok avait signé une pétition exigeant l’interdiction des organisations juives en Ukraine.

Roger Cohen esquive soigneusement toute référence aux forces fascistes et antisémites avec lesquelles les Etats-Unis sont étroitement liés en Ukraine. Il n’est, cependant, pas le seul dans ce cas. Le sujet est quasi tabou dans la presse américaine.

La ligne suivie par le New York Times et identique à celle du Wall Street Journal (qui thématise que « l’agression flagrante [de la Russie] apporte, pour la première fois depuis la fin de la Guerre froide, la menace de guerre au cœur de l’Europe »), du Washington Post (qui insiste pour que le gouvernement Obama « précise clairement les conséquences d’une invasion russe en Ukraine ») et du magazine The Nation (dont le principal commentateur en politique étrangère et ancien partisan de LaRouch, Robert Dreyfuss, écrit que « Vladimir Poutine doit se retirer. »)

Le caractère coordonné de la réaction des médias américains montre clairement qu’il ne s’agit pas d’écrits personnels, mais qu’il s’agit plutôt d’un plan délibéré qui vise à endoctriner l’opinion publique pour qu’elle accepte des actions jugées impensables naguère.

D’influents experts en politique réclament une action militaire. Andrew Kuchins, du Centre des études stratégiques internationales, a écrit qu’une intervention militaire russe allant au-delà de la Crimée « est une ligne rouge qui signifiera, si elle est franchie, une guerre avec les forces ukrainiennes et de l’OTAN. » Il a ajouté, « Les force américaines et de l’OTAN doivent être déployées dans la Mer noire à proximité immédiate de la côte ukrainienne. »

Une telle guerre aurait des conséquences catastrophiques. La lutte contre la guerre requiert un combat incessant pour révéler au grand jour les mensonges des médias. Nous exhortons nos lecteurs à intensifier auprès des travailleurs et des jeunes l’influence du World Socialist Web Site. Il faut faire lire et diffuser nos articles. Dans le monde entier les gens doivent être alertés sur le grave danger qui existe.


Obama et Kerry donnent des leçons à la Russie sur l’Ukraine

Par Bill Van Auken

Le ministre américain des Affaires étrangères John Kerry s’est servi d’une conférence de presse du ministère pour donner des leçons à la Russie sur la nécessité de maintenir la « stabilité » et « l’intégrité territoriale » de l’Ukraine alors que l’intervention occidentale y a exacerbé la situation.

Ces remarques interviennent tout juste une semaine après que l’intervention concertée des États-Unis, de l’Allemagne, de la France et des autres puissances européennes a entraîné un violent coup d’Etat par les forces d’extrême-droite et fascistes dans la capitale de Kiev.

« Les États-Unis soutiennent entièrement l’intégrité territoriale de l’Ukraine et la souveraineté [sic], et nous attendons des autres nations qu’elles en fassent autant, » a déclaré Kerry. Il a ajouté qu’il avait instruit plus tôt dans la journée le ministre russe des Affaires étrangères Sergei Lavrov qu’« il est important pour tout le monde de faire extrêmement attention à ne pas envenimer la situation et ne pas envoyer les mauvais messages. »

Plus tard dans la journée, ces remarques ont été reprises par le président Barack Obama, qui a dit qu’il trouvait les rapports sur les mouvements de troupes « profondément inquiétants. » Il a déclaré que « toute violation de la souveraineté et de l’intégrité territoriale ukrainienne serait profondément déstabilisante, » ajoutant de manière menaçante que « toute intervention militaire en Ukraine en coûtera. »

Qui Kerry et Obama espèrent-ils tromper ? Washington est intervenu de manière très claire dans les affaires internes de l’Ukraine, déversant 5 milliards de dollars depuis les années 1990, un fait reconnu en décembre dernier par l’adjointe du ministre des Affaires étrangères chargée de l’Europe et de l’Eurasie, Victoria Nuland, dans des programmes visant à fabriquer un instrument politique en vue d’un changement de régime pro-occidental dans ce pays d’Europe de l’Est.

Nuland elle-même a fait au moins quatre voyages à Kiev au cours de ces derniers troubles, distribuant du pain et des gâteaux aux « manifestants » néo-fascistes sur la place de l’Indépendance et organisant des réunions avec les figures de l’opposition Arseny Yatseniuk et Vitali Klitschko, qu’elle appelle « Yats » et « Klitsch » dans sa tristement célèbre conversation enregistrée avec l’ambassadeur des États-Unis, ainsi qu’avec le chef du parti antisémite et fasciste Svoboda, Oleh Tyahnybok.

Tout cela visait non à assurer l’« intégrité territoriale, » la « souveraineté » et la « stabilité, » mais à déchaîner un chaos violent pour faire tomber un gouvernement élu et installer un régime qui suive la ligne de Washington et projette la puissance américaine vers les frontières de la Russie.

Kerry a parlé jeudi en particulier des manifestations pro-russes en Crimée et de la nécessité de « désamorcer ces tensions. » Il n’a fait aucune mention de ce que ces « tensions » ont été attisées par l’une des premières actions du prétendu gouvernement provisoire, qui a été d’abolir les droits aux langues minoritaires pour les russophones, soit plus de 30 pour cent de la population, qui sont majoritaires dans le Sud et l’Est, ainsi que pour ceux qui parlent bulgare, hongrois, roumain et polonais. Cette action a été entreprise à l’initiative du partiSvoboda.

Le coup d’Etat soutenu par les États-Unis en Ukraine représente le point culminant d’un processus de longue durée d’intervention en Europe de l’Est, dans la foulée de la dissolution de l’Union soviétique il y a 25 ans.

Affirmer que l’« intégrité territoriale » serait un principe inviolable avancé par l’impérialisme américain dans cette entreprise agressive serait ridicule. Au contraire, l’intervention américaine a commencé en ex-Yougoslavie avec la promotion belliqueuse des mouvements séparatistes et le soutien à la sécession et aux « nettoyages ethniques » systématiques pour tailler de nouveaux micro-Etats sur des bases ethniques sous la domination de Washington. Deux fois durant les années 1990, cela a entraîné des guerres de l’OTAN qui ont fait des milliers de morts et de blessés et des centaines de milliers de gens qui ont fui leur foyer.

Dans ces cas, la position de Washington était claire : les Etats existants n’avaient aucun droit à défendre leur intégrité territoriale contre les desseins américains, et s’ils essayaient de le faire, l’armée américaine les bombarderait.

Et tout cela n’est pas nouveau pour l’impérialisme américain. Il s’était emparé de Panama et du site du futur canal en le prenant à la Colombie au début du 20e siècle, en créant son propre mouvement sécessionniste et en disant clairement qu’il attaquerait la Colombie si elle résistait.

Au cours de la dernière décennie, Washington a piétiné « l’intégrité territoriale » de l’Afghanistan, de l’Irak, de la Libye et de la Syrie avec des invasions directes et des guerres par procuration pour obtenir un changement de régime.

L’on peut être sûr que le principe soi-disant sacré de « l’intégrité territoriale » sera jeté aux orties en ce qui concerne la Russie, où Washington ira certainement poursuivre son aventure en Ukraine en venant jeter de l’huile sur le feu des conflits ethniques et nationaux dans le but de démanteler et subjuguer la Russie.

Quant à la leçon sur le respect de la « souveraineté » adressée à la Russie, il est bon de se rappeler que l’impérialisme américain a, en substance, affirmé son droit de propriété sur tous les territoires situés à son Sud depuis la promulgation de la Doctrine Monroe en 1825. Pas plus tard que l’an dernier, c’était Kerry qui, devant le Sénat, parlait de l’Amérique latine comme de « notre arrière-cour. »

Que Washington soit maintenant capable d’étendre la Pax Americana aux frontières de la Russie est dû, en dernière analyse, aux processus mis en mouvement par la dissolution de l’Union soviétique, le crime final et historiquement monumental de la bureaucratie stalinienne de Moscou.

Le stalinisme a trahi les intérêts de la classe ouvrière en Ukraine, en Russie et dans le reste de l’Union soviétique, comme dans tous les autres pays. Les bureaucrates privilégiés se sont transformés en capitalistes, pillant et monopolisant la richesse sociale créée pendant les 75 ans écoulés depuis la révolution d’octobre 1917.

S’opposer à l’asservissement colonial des peuples d’Ukraine, d’Europe de l’Est et du reste de l’ex-URSS par l’impérialisme américain et allemand ne revient pas à défendre les intérêts nationaux de la Russie ou le pouvoir d’aucune des factions politiques en Ukraine, qui sont toutes des instruments directs d’une poignée d’oligarques.

La tendance agressive de l’impérialisme américain en Ukraine a servi à révéler au grand jour la pourriture et la faillite du régime russe dirigé par Vladimir Poutine. Représentant les intérêts d’une couche de gangsters et de bureaucrates ex-staliniens qui constituent une classe dirigeante comprador corrompue, ce régime n’est pas en mesure, ni n’a aucunement l’intention, de mobiliser une opposition authentique à l’intervention impérialiste américaine. Les exercices militaires lancés à la frontière ukrainienne représentent en fait la moindre des choses que Moscou pouvait faire dans ces circonstances.

La lutte contre le démantèlement impérialiste des territoires de l’ex-Union soviétique, avec une nouvelle destruction du niveau de vie et le bain de sang qui l’accompagneront inévitablement, ne peut être menée sur une base nationale. L’unique alternative réaliste se trouve dans la perspective du mouvement trotskyste mondial, le Comité international de la Quatrième Internationale, pour une mobilisation indépendante et une unification internationale de la classe ouvrière dans la lutte pour mettre fin au capitalisme et réorganiser la vie économique et sociale sur des bases socialistes.


Ukraine is on the brink of fascist dictatorship

The fascist threat... During the last year the former power and the forces of liberal opposition in Ukraine have made enough so that to make these words sound harmless and prevent Ukrainians from addressing the threat seriously. The pro-government forces used to organize, for their self-advertisement some pseudo-“anti fascist marches” though they failed to take effective actions to prevent the rise of power of the armed nationalist organizations. The oppositional block of liberals and nationalists could easily hit the clumsy rhetoric of the Ukrainian government. As a result, the term “fascism” has become vulgarized, deprived of its historical meaning and even used with a certain irony. Meanwhile, the process of legalization of the extremist far-right ideology in Ukraine was going on at a full pace.

What is fascism ? Fascism is a generalized term denoting a bunch of political movements sharing some common ideologic features :
- The idea of superior position of some nations over others. The pervasive belief that a nation and its interests are more important than human rights and freedoms. (while the mere content of the “nation’s interest” is being defined by leaders of such movements themselves and mass debates over the issue are suppresed).

– It’s blind praising of “historical traditions” (again, as they are understood by the rightwing idea-mongers). It’s the intrusive belief that the society needs no development, modernization and progress, but rather peculiar “return to the roots”, seen as a some magic means that are able to resolve all the problems and contradictions.

– It’s a hatred towards communism, socialism, ideas of egalitarism and social justice. The fascists set off against these ideas the doctrine of limitless power of the self proclaimed “social elite” that can ‘drive the cattle into stall’.

– The cult of force and violence. Readiness to kill all the political opponents.

And the ideologies of many different nationalist forces that set up a tone to modern Ukrainian policy – from the parlamentary party “Svoboda” to newborn “Right Sector” - correspond to these criteria. Hundreds of thousands came out to the streets of Ukraine so that to protest against the corrupt regime of Janukovich late 2013. Naturally, not all Maydan-protesters are rightwing radicals (as it was ludicrously claimed by some reactionary propagandists of great Russian chauvinism – esp. notorious Russian TV star Kysylev and the like). The protest against the bankrupt ruling has gathered people of various beliefs. However, numerous protesters failed to notice that the leadership in this movement was seized by bearers of openly fascist ideology.

It should be stressed that on the Maydan scene there was actually no room to discuss social justice issues or even the most moderate economic reforms that are quite necessary for those who care about interests of the majority of the Ukrainian population, namely - the working class. Along with shoutings “Glory to the nation ! Death to the enemy !” the so-called ‘revolutionaries’ have brought to the streets and squares not only red-black nationalist flags but also the overtly nazi symbols and flags with celtic crosses. Moreover, there appeared a lot of the disgust “wolf crosses” (signs associated with SS) on the walls. Brutal assaults and beatings of political opponents, covered up by so-called fight against “titushky” or governmental provocators, have become a daily normal practice. And the liberal groups of the protesters have quite consciously turned a blind eye to all these facts, proclaiming a union with far-right extremists a “revolutionary” need and a ‘temporal phenomenon’.

Well, Janukovich’s regime has fallen. A new “people’s power” has seized control over the most country. Is it high time, maybe, to follow democratic values that were so much discussed at the Maydan ? Sadly, the reality suggests that such a hope is futile.

The very first days after the “victory of revolution’ saw the destruction of many monuments to V. I. Lenin. One can treat Soviet heritage differently but it is evident that the demolishion of the monuments without any approval of city councils and communities has nothing in common with democratic values.

While repeating ferocious proclamations about the necessity to fight separatist sentiments, MPs of the new majority in Parliament (Rada) remove the law that determines principles of the state language policies, therefore, they limit drastically the rights of Russian and other languages of national minorities in Ukraine. How can this step lead to the unity of the country ? On the contrary – it will only deepen the contradictions between people in different regions.

Whilst indulging in resonating about the freedom of speech, the our “revolutionaries” introduce the most rigid censorship. The website of the movement “Stop censorship” (while criticizing one of the TV companies in Vinnitsa) threatens the journalists with a visit of armed fighters from the notorious “Right Sector”. In the meantime, MPs of “Svoboda” party propose a law limiting the broadcasting of foreign TV channels.

At the same time we witness a real terror-campaign against ideological opponents. Following the pogrom in the central office of the Communist Party of the Ukraine (that was close to the ex-power) , the far-right militants attacked Kiev office of ‘Borotba’ union that supports neither former regime nor the present one. The activists of ‘Borotba’ are threatened with death. And MP Javorivsky proposed the bill that cancels penalty for negation or public apology of nazi crimes. The new power has immidiately promised to fight severely against any forceful actions of the opponents to Maydan. That’s why it approved the violence of the militarized nationalists. The new power immediately started legal proceedings against Yevgeny Zhilin, the leader of Kharchiv ‘Anti-maidan’ movement “Oplot”. But the leaders of the ‘Right Sector’ (like Alexander Musychko, who recently came to the session of Rivne regional council with an assault rifle) are promised to get positions in the Ministry of Interior Affairs.

We have to acknowledge the very unpleasant fact : Ukraine is under a threat of imposing the worst type of dictatorship of the Third World countries : an alliance between the supporters of neoliberal economic policy and the fascist political practice. With the help of such system of rule – the new government pushes unpopular reforms that would lead to further impoverishment of the people. And coercive support to such kind of reforms is provided by far-right paramilitary units that should suppress any social protest.

The union “Borotba” calls all citizens of Ukraine opposing to such a development trend - to take part in the activity of the Centre of Antifascist Resistance. Anti-fascism now is not about support of the bankrupt and deposed regime of Janukovich. It is about self-organizing and uniting all those citizens who don’t want to see our country slipping into the abyss of fascist dictatorship.

Instead of a misanthropic ideology of the far-righters, we put forward a set of top-priority demands that should lay a basis for social movement striving to real changes in the country :

1. To guarantee equal rights and freedoms for all citizens of the country, regardless of the language used and region of their living.

2. To stop the commercialisation of healthcare and education system, as well as the process of destruction of hospitals and schools. The public services should be accessable to everyone. Otherwise we’ll face the further extinction and degrading of our people.

3. To introduce full public control over the process of seting prices and tariffs for public utilities, primary necessities and public transport.

4. To ensure complete realization of the labor legislation as well as decent wages in all enterprises regardless of the form of property. To introduce the system of workers’ control in state enterprises.

5. To nationalize the largest enterprises and bring back the control over process of natural resources extraction to the people of Ukraine.

6. To abolish pension reform that raised the pension age. To prevent privatization of pension funds.

7. To liquidate offshore schemes used for transferring out of Ukrainian economy the capital created by labor of millions of Ukrainian people.

8. To create the necessary conditions for open democratic elections of central and local authorities, without predatory practice of bailment for the registration of candidates and party lists. To broaden the power of local authorities. To vest the results of national and regional referenda the with power of laws being mandatory to execute.

You can contact centre of anti-fascist resistance via e mail front@borotba.org. Join our common movement. Start to act now ! Together we can save our country !

Groupe révolutionnaire Borotba d’Ukraine

3 Messages de forum

  • Le 3 mars 2014, environ 300 femmes avaient manifesté devant la route principale du quartier de Kamenka à Simferopol (Crimée) en criant "non à la guerre !" et portant des pancartes avec des slogans comme : "les femmes de Crimée pour la paix", "la Crimée : terre de paix/du monde" ("Mir" en russe signifie à la fois la paix et le monde), "Nous voulons la paix", "Les mères contre la guerre", "Mamans pour la paix", "Nous sommes pour la paix dans le monde", "Poutine ! Nos enfants ont très peur de vos ‘protecteurs’ ", "Il n’y a pas de mauvais peuples, que de mauvaises personnes", etc.

    Répondre à ce message

  • Une autre partie de l’extrême gauche (notamment le groupe Borotba) a refusé d’appeler à la mobilisation de la place Maïdan, rejetant toute alliance de fait avec les groupes réactionnaires. Pris pour cible par les fascistes, Borotba a néanmoins réussi à organiser des rassemblements (très faibles) sur des revendications ouvrières. L’enjeu était en effet de construire une mobilisation indépendante de la classe ouvrière sur des revendications démocratiques et sociales, contre le pillage de l’économie par l’ensemble des oligarques, aussi bien ceux liés à Ianoukovitch et à la Russie que ceux reconvertis en chantres de l’Union européenne et des États-Unis.

    Répondre à ce message

  • Le prolétariat, de l’Est comme de l’Ouest, n’a pas d’amis dans un conflit avant tout inter-impérialiste et interne à la bourgeoisie ukrainienne, et il n’a pas pu intervenir sur une base propre, opposée aux deux camps oligarchiques. Si les prolétaires sont maintenant débarrassés d’un tyran, ils en ont de nouveaux. En outre, l’essor des groupes fascistes met à l’ordre du jour immédiatement une riposte d’ampleur pour éliminer la gangrène. L’enjeu décisif des semaines à venir est de développer l’auto-organisation en opposition au nouveau gouvernement et aux oligarques qui ont fait ou vont faire allégeance à la Russie dans l’est du pays.

    Répondre à ce message

Répondre à cet article

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0