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Mao et la fondation du communisme en Chine

vendredi 24 janvier 2014, par Robert Paris

Voici Mao en 1921 et en 1927. Et voici à la même époque les portraits des vrais fondateurs du PC chinois

Tous les mythes ne peuvent cacher une réalité : Mao n’est nullement un dirigeant important à la fondation du courant communiste en Chine…

Qui a fondé le Parti communiste chinois ? Certainement pas Mao Tze Toung ! Certainement pas le nationalisme chinois s’appuyant sur les paysans !

Les statuts actuels du parti communiste chinois indiquent : « Les communistes chinois, avec le camarade Mao Zedong comme principal représentant, ont créé la pensée de Mao Zedong en combinant les principes fondamentaux du marxisme-léninisme avec les expériences concrètes de la révolution chinoise. »

Un site français annonce comme « fondateurs » du PC chinois : « Mao Zedong, Chou Enlaï, Li Dazhao et Chen Duxiu ». Et pour preuve du rôle de dirigeants fondateurs leur présence au congrès de fondation. Manque de chance pour les auteurs, les trois derniers n’y étaient pas. Seul Mao y était. Et, plus important, la participation au premier congrès n’est nullement une preuve d’importance dans la construction du courant communiste en Chine.

Un autre auteur écrit : « Le Parti communiste chinois a été fondé le 1er juillet 1921 à Shanghai. Mao Tsé-tung, l’un de ses pères fondateurs, en devient très rapidement le dirigeant. » C’est sauter sur la partie essentielle de l’histoire du PCC, à savoir sa participation à la montée révolutionnaire et prolétarienne de 1923 à 1927 et à la révolution ouvrière dans les grandes villes. Tant qu’elle n’aura pas été défaite, la politique de Mao n’aura même pas droit de cité dans le PCC. Wikipedia écrit :

« Mao Zedong fait partie des 13 membres fondateurs en tant que chef de la province du Hunan. Le Parti communiste chinois est fondé le 23 juillet 1921 par treize membres pour 53 adhérents dans l’ensemble de la Chine. Les deux plus importants personnages sont Chen Duxiu et Li Dazhao. Chen Duxiu est le principal porte parole du mouvement du 4 mai 1919. Mao Zedong fait partie des 13 membres fondateurs en tant que chef de la province du Hunan, mais n’a pris aucune part active aux débats, face aux autres participants impliqués depuis plus longtemps que lui dans la cause révolutionnaire. Lors du 1er bureau central du Parti qui se tient à Jiaxing dans la province du Zhejiang, le 31 juillet 1921, Chen Duxiu devient le secrétaire général et Zhang Guotao directeur de l’Organisation. »

Lucien Bianco, dans son ouvrage « Les origines de la révolution chinoise », corrige : « Quand le Parti est fondé, la première année il y a 13 délégués et 57 membres dans toute la Chine. Mao était le moins connu des treize. »

En fait, ce sont Li Ta-ch’ao et Ch’en Tu-hsiu, leaders incontestés, qui ont fondé le Parti Communiste en Chine alors qu’ils n’étaient pas personnellement présents au congrès de fondation (contrairement à ce qui est souvent dit). Le congrès a été mené de bout en bout par Li Da et Li Hansun, deux noms quasiment inconnus aujourd’hui. Ce ne sont que des détails historiques qui signalent le mensonge essentiel : le PCC n’est nullement fondé sur l’idéologie paysanne et nationaliste de Mao mais sur la vague révolutionnaire prolétarienne initiée en Russie et s’étant développée dans toute l’Europe et touchant le monde. Tous ceux qui adhèrent savent ce qu’est l’internationalisme prolétarien et qu’il n’a rien à voir avec l’alliance des nationalismes qui caractérisera le maoïsme.

Il convient de rajouter que plusieurs des principaux fondateurs, dont les deux leaders reconnus Li Dazhao et Chen Duxiu n’y participaient pas, à preuve que le critère de participation dans la conférence du premier congrès n’est nullement déterminant pour prouver qui avait un rôle crucial dans le courant communiste. En fait, le but de cette première conférence était d’agglomérer les différents groupes éparses se réclamant du communisme, quitte à ce que leurs délégués soient largement plus représentés que l’importance des groupes en question. Il faut en effet savoir que la conférence avait comme principal but de regrouper ces organisations qui n’avaient encore jamais milité ensemble. On ne peut nullement dire, comme certains auteurs, que Mao aurait été le délégué de telle région, du Hunan comme le prétend wikipédia. Il était surtout le délégué de son petit groupe. Cela ne dénote même pas l’importance de ce groupe puisque le principe même de ce congrès était d’inviter tous les groupes se réclamant du communisme sans considération sur les divergences grandes ou petites entre eux…. Le premier congrès n’a d’ailleurs adopté aucun texte politique de fond, tant l’unification était récente et la possibilité même de collaborer politiquement était encore seulement abordée pour la première fois.

Ce qui a amené tous ces groupes à s’unifier, c’est la vague révolutionnaire en Russie, en Europe et dans le monde. Cette vague était dirigée par le prolétariat et avait une base internationale opposant le prolétariat et la bourgeoisie impérialiste. La Chine connaissait alors une révolution l’opposant à l’impérialisme dans laquelle la bourgeoisie montrait très vite ses limites et la fraction la plus radicale de cette révolution démocratique et anti-impérialiste était attirée vers la révolution russe et l’Internationale communiste fondée par Lénine et Trotsky. Ce n’est pas sur des bases uniquement chinoises que s’est fondé le PCC mais sur la base de cette révolution prolétarienne et internationale.

L’un des principaux actes fondateurs du communisme en Chine n’est pas ce premier Congrès mais la décision d’envoyer, en janvier 1921, les principaux jeunes militants communistes chinois à Moscou pour y étudier les principes du courant communiste. En fait, ils participent d’abord à l’armée rouge, au militantisme ouvrier avant de parvenir à l’Université communiste des travailleurs de l’Orient à Moscou, une création de l’Internationale communiste de Lénine et Trotsky.

Quand le parti communiste chinois a été fondé, il l’a été dans la foulée de la révolution russe d’octobre 1917 et de la construction de l’Internationale communiste de Lénine et Trotsky, qui étaient tous deux des actes conscients du prolétariat révolutionnaire et international, nullement des produits du mouvement national chinois que Mao Tze Toung ne va cesser de mettre en avant contre la volonté des fondateurs de faire du PCC un parti du prolétariat. Mao n’est pas un des fondateurs même s’il a adhéré au PCC dès le début. Mais aussi, dès le début, il a exprimé sa gêne devant l’orientation prise par le PCC et il a commencé à défendre sa propre orientation. C’est en connaissance de cause qu’il a été plus tard été coopté à la direction du parti, afin qu’un militant chinois y représente la lutte paysanne. Cela ne signifie pas qu’à l’époque il y ait une même une petite tendance en faveur des thèses de Mao. Cela ne sera le cas qu’après l’échec de la vague révolutionnaire prolétarienne en Chine en 1925-1927.

Mao n’a jamais été délégué aux congrès de l’Internationale communiste de Lénine et Trotsky. C’est au troisième congrès de l’IC que des délégués communistes chinois ont commencé à y participer. C’était Zhang Tailei, l’un des fondateurs en juillet 1920 de la Ligue de la jeunesse chinois. C’était Qu Qiubai, correspondant du journal Chen bao à Moscou. C’était Li Zongwu, membre de la première promotion de l’Ecole des langues étrangères du Groupe communiste de Shangaï, future pépinière du courant communiste en Chine. Des militants de l’IC ont été chargés de suivre les débuts du communisme en Chine comme Daline, Maring-Sneevliet, Sergueï ou Roy. Le PCC n’est nullement une simple création nationale comme cherchera à le faire croire le courant maoïste qui est une rupture politique et sociale avec les débuts du communisme en Chine. Mao n’est pas davantage présent au Congrès des travailleurs de l’Orient qui se réunit en janvier 1922 et qui marque une étape dans l’influence communiste en Orient. La délégation chinoise à ce Congrès international de l’Orient était composée de Zhang Guotao, Gao Junyu, Deng Pei, Hu Gongmian et Peng Shuzhi (dont le témoignage suit). En novembre 1922, une nouvelle délégation du communisme chinois se rend à Moscou. Là non plus aucunement question de Mao. C’est Chen Duxiu en personne qui dirige la délégation et les deux autres membres connus sont Wang Hebo et Liu Renjing. Chen Duxiu est déjà un leader politique connu du mouvement révolutionnaire en Chine. Wang Hebo est du même age que Chen Duxiu et est cheminot de la ligne de chemin de fer Pékin-Tianjin. Liu Renjing est un des animateurs de la Ligue de la jeunesse socialiste de Chine et l’un des tout premiers membres du Groupe communiste de Pékin. Ils vont participer aux travaux du quatrième congrès de l’Internationale communiste à titre de délégués du PCC alors que les précédents délégués étaient avec statut d’observateurs. Chen Duxiu ne rentre en Chine qu’en janvier 1923.

Les militants les plus en vue du communisme chinois ne considèrent pas qu’ils doivent apprendre leur métier militant uniquement en Chine et pas non plus seulement en Russie… Ils sont un peu partout en Europe. Le fils de Chen Duxiu, Chen Yannian, militait en France et était secrétaire de la section de France de la Ligue de la jeunesse chinoise à laquelle appartenaient Wang Ruofei, Zhao Shiyan et Zhou Enlai. Une trentaine de militants chinois s’activaient en France, une dizaine en Belgique, une dizaine en Allemagne. En rajoutant les militants chinois en Russie, cela signifie qu’une grande part des militants communistes chinois s’activaient dans bien des pays autres que la Chine et estimaient que cela était normal. C’est remarquable à une époque où, en 1923, le PCC n’a que trois-cent membres. Comme pour les militants communistes russes, l’internationalisme a été à la base de la formation du courant.

Voici comment l’un des premiers militants du communisme chinois, Peng Shzhi, rapporte la formation du pari communiste dans l’ouvrage « L’envol du communisme » de Claude Cadart et Cheng Yingxiang :

« Quand et par qui le Parti communiste chinois a-t-il été fondé ? Le 1er juillet 1921, par les douze délégués de différents groupes communistes chinois réunis pour former le 1er Congrès dudit Parti et au nombre desquels figuraient notamment Mao Zedong, Dong Biwu, Chen Tanqiu, He Shuheng. Telle est la thèse que les historiens officiels chinois se sont mis à répandre une fois que la Chine fut passée sous le contrôle de Mao Zedong, qui a acquis, pour ce motif, de 1949 à 1976, en Chine comme hors de Chine, aux yeux du plus grand nombre, la valeur d’une évidence et qui l’a conservée, plusieurs années après la mort de Mao Zedong en dépit du fait que l’on se soit permis de commencer à la remettre en cause dès 1979, à Pékin. Que convient-il d’en penser ?

On trouvera formulée de façon aussi nette que consternante la thèse des historiens officiels chinois des années antérieures à la mort de Mao Zedong sur le 1er Congrès du PC chinois : a) en page 10 de l’édition de 1956 en français de la brochure de Hu Qiaomu « Trente ans du Parti communiste chinois, 1921-1951 » (Editions en langues étrangères de Pékin) ; b) en page 40 de l’édition de 1959 en anglais du manuel de He Ganzhi « A History of the Modern Chinese Revolution » (Editions en langues étrangères de Pékin). Les historiens officiels chinois des années postérieures à la mort de Mao Zedong sont de toute évidence parvenus à se faire une vision beaucoup moins sommaire du 1er Congrès du PC chinois, ainsi qu’en témoigne un important article de Shao Weizheng sur le sujet qui a été publié à Pékin dans le numéro 1 de 1980 de « Social Sciences in China », la version en langue anglaise de la revue de l’Académie des sciences sociales de Chine, « Zhongguo shehui kexue ».

Cette thèse, assurément, est fausse dans le détail, puisque l’on sait maintenant que le 1er Congrès du Parti communiste chinois a eu lieu à la fin (et non au début) de juillet 1921 et que le nombre des délégués des différents groupes communistes chinois qui y ont participé était de treize (et non douze), et puisque l’on a toujours su que les premiers rôles ont été tenus par Li Da et Li Hanjun (et non par Mao Zedong, Dong Biwu, Chen Tanqiu ou He Shiheng). Mais qu’importent ces erreurs-là, ces erreurs somme toute minimes ! Je n’ergoterai point à leur sujet. Non, ce qui compte pour moi est que le fond même de la thèse popularisée par les thuriféraires du « président Mao » sur les circonstances dans lesquelles est né le Parti communiste chinois soit mensonger ; et ce qui, d’après moi, doit être dit et redit pour que soit rétablie la vérité à ce sujet, pour que soit rétablie la vérité sur le sens du premier Congrès du Parti communiste chinois est tout simplement ce que voici.

Ce n’est pas sur la décision d’une poignée d’individus enfermés entre quatre murs durant huit ou dix jours qu’a été lancé le Parti communiste chinois mais à la suite d’efforts excessivement laborieux déployés durant quinze mois par une équipe d’intellectuels aussi dévoués que réceptifs dont un mandataire de la Troisième Internationale particulièrement attentif ne cessait d’éclairer la lanterne. Ce ne sont pas les treize délégués de sept groupes communistes d’importance très inégale rassemblés un beau matin de juillet 1921 dans une petite maison de Shanghai pour former le premier Congrès du Parti communiste chinois qui ont réellement lancé le Parti communiste chinois, mais les cinq « locomotives » du groupe central des communistes chinois et Li Dazhao, au cours d’une période terriblement ardente, besogneuse et tourmentée inaugurée en février ou mars 1920 par le « Oui » de Chen Duxiu au camarade Hohonovkine et close en fin juillet 1921 par la séance terminale du premier Congrès du Parti communiste chinois.

Li Da et Li Hanjun, je ne l’oublie pas, étaient tous deux de ce congrès-là. Mais ce que j’oublie encore moins est que ni Chen Duxiu ni Li Dazhao n’en étaient, alors que des personnages aussi secondaires et même douteux que Bao Huiseng, Chen Gongbo ou Zhou Fohai y avaient été conviés. Loin de moi, certes, l’idée de nier le mérite d’autoriser le magma des communistes chinois à commencer à se changer en un ensemble national convenablement structuré, en une véritable organisation régie par les principes du centralisme démocratique. Mais plus loin de moi encore l’idée de soutenir qu’il a eu la vertu de définir à l’usage de l’avant-garde bolchevisante du peuple chinois comme à celui peuple chinois lui-même un programme d’action convaincant, une stratégie de combat claire, bref une ligne digne de ce nom.

En instituant le PC chinois, en le déclarant venu au monde, en dressant l’acte de naissance, le premier Congrès du PC chinois a bien rempli l’office qu’il s’était avant toute chose réuni pour remplir. Mais il s’est borné à jouer le rôle d’une chambre d’enregistrement, d’une assemblée de consécration d’un fait acquis. »

Lucien Bianco écrit dans « Les origines de la révolution chinoise » :

« Au cours des six premières années de son existence, le PCC se présente et se considère lui-même comme le parti de la classe ouvrière. C’est en s’appuyant sur le prolétariat qu’il essaie de faire avancer la révolution. Ses armes sont les grèves et les insurrections urbaines…. Ce qui donne un rythme nouveau au développement du parti, c’est le mouvement du 30 mai 1925 : série de grèves ouvrières, de boycotts et de manifestations anti-impérialistes dans les villes et particulièrement à Shanghai, suite au massacre d’une dizaine de manifestants par la police de la concession internationale de Shanghai. L’agitation, partie de Shanghai, s’étend rapidement à l’ensemble des villes de la Chine. Dès l’origine du mouvement, le prolétariat y joue un rôle très important. C’est contre le meurtre d’un ouvrier par un contremaître japonais que protestaient les manifestants du 30 mai. Ce sont les ouvriers qui sont les plus nombreux parmi les blessés et les morts de cette journée. Le mouvement du 30 mai 1925 fait décupler les effectifs du PCC en six mois : 10.000 membres en novembre 1925. Le « mouvement du 30 mai », qui se prolonge tout l’été, radicalise à un tel point la vie politique chinoise qu’il inaugure, en fait, une véritable période révolutionnaire : de 1925 à 1927, la Chine connaît une première révolution, ou une seconde si on tient compte de 1911. Elle mettra fin à l’ère des « seigneurs de la guerre ».

Au cours de cette révolution, le PCC s’affirme comme une force puissante, avec laquelle il faut compter. Ses effectifs triplent à nouveau en huit mois (30.000 membres en juillet 1926), puis doublent encore l’été 1926 et le printemps 1927 (58.000 membres au début avril). A quoi il faut ajouter les Jeunesses communistes, également en progrès, et où la proportion d’étudiants, d’abord écrasante (90% des membres à la veille du 30 mai), ne cesse de diminuer au profit des jeunes ouvriers (en novembre 1926, 40% d’ouvriers contre 35% d’étudiants). Le nombre d’adhérents n’est qu’un signe. C’est dans la capacité de mobiliser les masses populaires que réside la force du parti, surtout en période révolutionnaire. Durant l’été 1926, au moment où l’armée sudiste lance son offensive, le PCC, qui a organisé un million deux cent mille ouvriers et huit cent mille paysans, est, plus que son partenaire Guomintang, dirigeant des mouvements ouvrier et paysan.

Quelques mois plus tard, un épisode héroïque manifeste la puissance d’un mouvement ouvrier animé et encadré par le PCC : la grève insurrectionnelle de Shanghai, qui libère la ville avant même l’arrivée de l’armée révolutionnaire.

La grève générale est proclamée le 21 mars 1927. Le 22, la ville est aux mains des insurgés. Et le 26, le général Chiang Kaï-shek, commandant en chef de l’armée révolutionnaire, peut faire son entrée dans la ville sans coup férir.

Ses coups, il les réserve à ses alliés : c’est le retournement sanglant du 12 avril 1927, l’un des épisodes de la révolution chinoise les moins mal connus en Occident. Chiang Kaï-shek attaque par surprise les syndicats ouvriers, les désarme et en massacre les militants. Le douze avril inaugure une période de terreur, qui ne se limite pas à Shanghai : au cours des mois suivants, Chiang établit son pouvoir en faisant partout la chasse à ses alliés communistes, ainsi qu’aux leaders ouvriers et paysans. Le parti communiste est décimé et réduit à la clandestinité…

En juin 1922, le PCC en accord avec les dirigeants de Moscou intitulaient le Guomintang parti de la démocratie bourgeoise et parlait de front uni entre le PCC et la bourgeoisie démocratique. Mais cette identification du Guomintang à la bourgeoisie ne prévaut pas longtemps, car Moscou (dirigé désormais par le triumvirat Staline-Zinoviev-Kamenev depuis 1923, Lénine étant hors d’état et Trotsky hors jeu – note M et R) a d’autres conceptions et a tôt fait de les imposer.

A ses yeux, le Guomintang est en réalité un bloc de quatre classes (bourgeoisie, petite bourgeoisie, ouvriers, paysans). Le PCC ne doit donc pas se contenter de l’unité d’action avec le Guomintang. Il lui faut s’intégrer à une force révolutionnaire qui inclut déjà le prolétariat. D’où la fusion de janvier 1924 entre le PCC et le Guomintang. Dès juin 1923, le troisième congrès du PCC avait fait sienne l’étrange interprétation de Moscou sur le bloc des quatre classes et reconnu que le Guomintang devait « être la force centrale dans la révolution nationale »…

Le problème devient particulièrement épineux, cela va de soi, en 1926-1927, au moment où la vague révolutionnaire déferle… Un an avant d’attaquer ouvertement le PCC, Chiang fait une répétition du coup du 12 avril 1927. Le 20 mars 1926 à Canton, il attaque par surprise une unité de marine révolutionnaire commandée par un communiste, arrête les commissaires politiques attachés à cette unité, interne les conseillers soviétiques de Canton. Du jour au lendemain, Chiang devient maître de la ville, dont il élimine ses rivaux Guomintang eux-mêmes (en particulier, les dirigeants de la gauche du parti).

Le 15 mai 1926, une session du Comité Exécutif Central du Guomintang, convoquée par Chiang, entérine le fait accompli et fixe des limites strictes à l’influence du PCC à l’intérieur du parti. Au cours de cette session, Chiang se fait nommer commandant en chef de l’ « Expédition du Nord », laquelle s’ébranle de Canton moins de deux mois plus tard, à la conquête de la Chine.

A temps de guerre, institution d’exception : le gouvernement de Canton est transformé en une dictature militaire, dont Chiang estle maître.

A ce coup inouïe, le PC, soumis aux ordres des représentants soviétiques du Komintern (qui n’est plus l’Internationale de Lénine et Trotsky, mais celle de Staline-Zinoviev-Kamenev), répond avec une timidité dont les annales des partis révolutionnaires offrent peu d’exemples. Il ne discuter aucune des initiatives de Chiang et capitule entièrement devant ses exigences nouvelles. Quant à Borodine (émissaire de l’Internationale), il va jusqu’à renvoyer des conseillers militaires soviétiques coupables d’avoir déplu à Chiang.

Il faudra attendre que la gauche du Guomintang établisse, par défiance de Chiang Kaï-shek, son propre gouvernement à Wuhan pour que le PCC ait l’audace – ou l’autorisation – de se joindre à cette aile gauche. Après avoir été plus lent à s’émouvoir de l’ambition du commandant en chef de l’armée révolutionnaire que l’aile radicale de la bourgeoisie, le Komintern (devenu un instrument entre les mains de Staline) donne au PCC l’ordre de se mettre à la remorque de cette dernière.

A l’intérieur de la coalition de Wuhan, en effet, le PCC dénonce et réprime avec zèle les « excès paysans » : désordres, pillages ou massacres des propriétaires fonciers. Ces actes indignent et effraient les officiers de l’armée révolutionnaire (du Guomintang), dont la plupart sont issus de familles de propriétaires fonciers ; tandis que le refus du paiement de la rente et de l’impôt foncier compromet l’équilibre financier du régime de Wuhan…

Staline et ses alliés du moment (boukharisnistes) étaient beaucoup moins soucieux d’aider au triomphe de la révolution chinoise que de réfuter les critiques de Trotsky et de s’assurer un allié dans la nouvelle Chine nationaliste en train de se fonder. Trotsky ne ménage pas ses critiques. Il compare l’alliance du PCC et de Chiang Kaï-shek à un pacte avec le diable : « Il est absurde d’imaginer que le diable se convertisse… et qu’il se serve de ses cornes non pas contre les ouvriers et les paysans mais exclusivement pour des œuvres pieuses. »

Quand les événements donnent tort à Staline-Boukharine, ils prétendent effrontément les avoir prévus de longue date. Ou bien ils nient tout simplement leur existence. C’est ainsi que les nouvelles du coup du 20 mars 1926 sont supprimées en URSS. L’organe de l’Internationale communiste fait bien allusion pour sa part à cette nouvelle, annoncée par Reuter. Il s’agit, explique-t-il, d’une manœuvre de l’impérialisme britannique, destinée à diviser le camp révolutionnaire. « En fait, les perspectives n’ont jamais été aussi favorables. La province du Guangxi va très prochainement former un gouvernement soviétique. » (Inprecor, 8 avril 1926).

A s’en tenir au seul point de vue qui intéresse Staline, celui des résultats, il faut bien conclure au fiasco total de sa politique chinoise. Dès juillet 1927, la gauche du Guomintang elle-même expulse de ses rangs le PCC et Borodine s’enfuit précipitamment de Wuhan. Il quitte la Chine au moment où triomphe le parti qu’ila lui-même réorganisé : fils de ses œuvres, ce Guomintang qui le chasse et décime les rangs du parti communiste ! Ce même Guomintang qui a été admis à titre d’ « organisation sympathisante » au Comité Exécutif du Komintern (l’Internationale communiste stalinisée)… »

Ce n’est que parce que le prolétariat a été lâché, abandonné, battu et que le parti communiste est perdu et traqué, massivement assassiné que les staliniens cultivent l’idée d’une commune paysanne en Chine.

Bianco rapporte :

« Les Unions paysannes du Guangdong sont les pionnières ; celles du Hunan (1926-1927 donc réalisée dans la foulée de la révolution prolétarienne) sont la première révolution paysanne moderne… Il s’agit d’une authentique explosion révolutionnaire paysanne, extrêmement violente et radicale, qui, en quelques semaines, fait trembler les classes possédantes de la province entière. »

Cela se produit au moment même où le prolétariat des villes est à l’offensive révolutionnaire. Mao, qui visite cette province et se détourne déjà de la révolution prolétarienne, en tire un rapport publié en mars 1927. La conclusion du rapport de Mao, écrit rappelons-le en pleine révolution prolétarienne en Chine, est que la véritable force révolutionnaire en Chine serait la paysannerie… Mao, fils de paysan riche chinois, a trouvé son fil conducteur et ce qui va lui permettre de récupérer des bouts du PCC pour réaliser sont projet communautaire et militaire paysan sera l’effondrement de la politique du PCC dans les villes et dans la classe ouvrière suite à la politique criminelle stalinienne.

Mao se situe donc comme produit de multiples ruptures avec tout ce que représentait le communisme en Chine à ses débuts….

Il importe de souligner que la thèse maoïste nécessitera d’effacer de l’histoire chinoise la révolution prolétarienne de 1925-1927 pour faire croire à une continuité, de la création du PCC au parti de Mao et à son pouvoir….

La réalité de la prise du pouvoir de Mao

Lettre ouverte de Chen Duxiu dénonçant la politique imposée par Staline en Chine

Le menchévisme stalinien dans la révolution chinoise

Le maoïsme à ses débuts

La fausse perspective des maoïstes en 1930

D’autres lectures sur Mao et la Chine

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