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Accueil du site > 03 - Livre Trois : HISTOIRE > 3ème chapitre : Révolutions bourgeoises et populaires > Révolution en Flandres à partir de 1336

Révolution en Flandres à partir de 1336

mardi 18 mars 2008, par Robert Paris

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Les luttes de classes en Flandres de 1336-1348 et de 1379-1385

Paul Lafargue

29 janvier 1882

1

Les luttes civiles qui à deux reprises ensanglantèrent les Flandres pendant le XIVº siècle furent déterminées par une de ces causes pour lesquelles les aristocraties corporatives étaient surtout prêtes à lever l’étendard de la révolte, par une cause mercantilique. Ces luttes de classes, d’abord limitées entre les aristocraties municipale et féodale, se compliquèrent bientôt des rivalités des villes autonomes de la Flandre d’un côté, et de l’autre des luttes de classes entre l’aristocratie corporative et les ouvriers des villes et des campagnes. Si Malon avait puisé ses notions historiques ailleurs que dans un dictionnaire, il aurait su que toutes les villes italiennes dont il nous vante l’héroïque aristocratie républicaine avaient été agitées par de semblables luttes entre deux partis, énergiquement et pittoresquement caractérisés par l’appellation de popolo grasso et popolo minuto, le peuple gras et le peuple maigre, ou le menu peuple, comme on disait en France.

En 1336, le comte de Flandre, Louis de Mâle, pour des raisons que nous n’avons pas à rechercher ici, fit arrêter les marchands anglais qui se trouvaient en Flandre. En guise de représailles, le roi d’Angleterre, Edouard, arrêta tous les marchands flamands trafiquant dans son royaume, et rendit responsables de la mesure du comte Louis les bourgmestres de Gand, Bruges et Ypres. Les trois principales villes de la Flandre flamingante.

La prospérité des trois villes reposait surtout sur le tissage du drap. Elles tiraient une partie de leur laine d’Angleterre : Edouard interdit l’exportation des laines anglaises et l’importation des draps flamands. Le comte Louis était donc la cause des représailles du roi d’Angleterre, et ces représailles frappaient au cœur les intérêts mercantiliques des aristocraties communières et corporatives des trois grandes villes flamandes. Mais le comte Louis avait commis un autre crime plus grave encore : il avait essayé de briser le monopole des trois grandes villes, qui interdisaient aux campagnes et aux petites villes le tissage de la laine.

Gand était à cette époque une ville considérable ; Henri Martin porte sa population et celle de sa banlieue à près de 400000 habitants (H. Martin, Histoire de France, t. V). Son aristocratie municipale fut la première à se révolter ; Bruges et Ypres suivirent. Le mouvement à Gand était dirigé par un homme de grand courage et de grande intelligence politique, par Jack Van Artevelde, tisserand, brasseur, doyen des métiers et un de ses plus riches aristocrates municipaux. Sous l’énergique et habile direction d’Artevelde, les bourgeois triomphèrent facilement ; les gens du comte, battus à Bruges par les Gantois, durent abandonner les villes. Artevelde ouvrit des négociations avec l’Angleterre ; il disait : "toute la Flandre est fondée sur draperie et sans laine on ne peut draper". La victoire des bourgeois avait été rapide et aisée, et si la guerre civile n’avait pas éclaté entre les campagnes et les grandes villes et entre les bourgeois et les ouvriers, il est probable que le comte Louis n’aurait jamais pu redevenir maître des villes flamandes.

Mais après neuf années d’oppression, en 1345, les petites villes et les campagnes se révoltèrent contre les trois grandes villes qui monopolisaient l’industrie. Artevelde comprima violemment les campagnes ; c’est ainsi qu’Etienne Marcel, le héros bourgeois, avait pour allié et voulait livrer Paris à Charles le Mauvais, qui détruisit impitoyablement les paysans révoltés et qui couronna d’un trépied de fer rouge le chef des Jacques, Guillaume Callet.

Les foulons qui étaient la dernière classe d’artisans employés à la fabrique du drap, se soulevèrent à leur tour contre les tisserands de Gand, qui voulaient diminuer leurs salaires. "Il se livra un furieux combat sur le marché du vendredi (le grand marché de Gand). Les foulons furent écrasés. Oudegherst prétend que les tisserands en tuèrent plus de 1500 ; une multitude d’autres furent chassés de la ville". Artevelde avait dirigé le combat et autorisé le massacre des ouvriers ; il essaya cependant d’arrêter la fureur exterminatrice des bourgeois ; mal lui en prit. En aucun temps, en aucun pays les bourgeois n’ont permis à aucun gouvernement de s’interposer pour les empêcher de châtier leurs ouvriers révoltés. Sous la direction de Gérard Denys, syndic des tisserands, les bourgeois commencèrent à se tourner contre Artevelde. Tandis que la guerre civile entre bourgeois et ouvriers régnait à Gand, les petites villes, qui trouvaient le joug des trois municipalités plus despotique que celui du comte de Flandre, rappelèrent et ouvrirent leurs portes au comte Louis.

Artevelde comprit qu’il était impossible de résister à la coalition des petites villes et des campagnes avec le comte Louis, et à la lutte des classes entre maîtres des métiers et ouvriers qui déchirait les grandes villes ; il songea à implorer le secours de l’Angleterre, et à transférer la suzeraineté des Flandres au duc de Galles. Ses ennemis l’accusèrent alors de trahison et de concussions, et en 1345 il fut massacré par ces mêmes bourgeois pour qui il avait écrasé les paysans et les ouvriers, opprimé les petites villes et chassé les nobles.

Artevelde mort, l’union des trois grandes villes se rompit. Bruges fut la première à se soumettre au comte Louis à condition que "l’alliance de la communauté de Flandre" avec l’Angleterre, "pour le fait des marchandises" serait respectée. C’était là l’intérêt mercantilique qui avait causé la révolte des "héroïques communiers" ; la révolte n’avait plus raison d’être.

Les ouvriers foulons de Gand avaient été battus, mais non vaincus ; encouragés en dessous main par le comte Louis, ils se soulevèrent de nouveau ; soutenus par les bouchers, les poissonniers, et tout le reste du menu peuple, ils prirent sur la place du marché leur revanche et infligèrent une sanglante défaite aux tisserands. Ce soulèvement était la révolte du popolo minuto contre le popolo grasso, c’était une vraie révolte ouvrière ; semblable à celle du menu peuple de Paris contre les bandits des campagnes franches dégouttant encore du sang des Jacques, qu’Etienne Marcel introduisit dans Paris, pour contenir les ouvriers. L’aristocratie communière de Gand terrorisée par le soulèvement populaire, se soumit au comte Louis en 1348 ; — en 1871 la haute bourgeoisie parisienne terrorisée par les agitations populaires du siège, accueillit comme une délivrance la paix prussienne qui livrait cinq milliards et deux provinces de la France.

Ainsi se termina le premier soulèvement de la ville de Gand. Les "héroïques communiers" mirent à profit leur facile victoire sur le comte Louis pour opprimer les campagnes, les petites villes et les ouvriers ; mais ils s’empressèrent de se soumettre dès que le menu peuple voulut secouer leur joug oppressif.

L’histoire du second soulèvement de la ville de Gand, dont nous parlerons dans la prochaine Egalité, est encore plus caractéristique des luttes entre le popolo grasso et le popolo minuto. Mais nos lecteurs peuvent déjà remarquer que "les communiers" dont les fétichistes communalistes à la Malon, glissent l’éloge immodéré dans les documents du Comité national étaient surtout "héroïques" quand il s’agissait de massacrer des ouvriers désorganisés et mal armés ; les officiers bourgeois de 1871 déployaient à Paris un héroïsme semblable, pendant la Semaine sanglante. — Et pour montrer combien est fortement marqué le caractère de ces luttes entre bourgeois et ouvriers, que les historiens bourgeois ont supprimées, je dirai que je ne connais pas les documents originaux de l’époque, que tous les faits cités et à citer sont puisés dans des historiens bourgeois qui avaient intérêt à éliminer, altérer et dénaturer les faits ne concordant pas avec leur légende bourgeoise. 2

Le deuxième soulèvement de la ville de Gand eut, ainsi que le premier, pour point de départ une cause mercantilique. — La ville rivale de Gand, Bruges, avait obtenu en 1379 du comte Louis, moyennant un nouvel impôt, le droit de creuser un canal jusqu’à la Lys. L’aristocratie municipale gantoise craignit que Bruges ne lui enlevât le transit de la rivière. Sous la conduite de Hyoens, les bourgeois de Gand, qui avaient repris, en signe de révolte, le chaperon blanc du temps d’Artevelde, attaquèrent les terrassiers qui creusaient le canal de Bruges, les chassèrent et détruisirent les travaux.

Gand, depuis la dernière révolte, était déchirée par des luttes intestines. "Le sang coulait chaque jour dans les étuves, les lieux de prostitution, les maisons de jeux et les cabarets, dit l’annaliste Meyer ; les places publiques étaient autant de champs de bataille." Le comte Louis fomentait ces luttes, qui lui permettaient de dominer la ville. Aux chaperons blancs, il oppose les navieurs (bateliers), les gens des petits métiers et le menu peuple. Il y eut combat sur le fameux marché du Vendredi ; comme du temps d’Artevelde, les ouvriers furent battus. Hyoens poursuivant sa victoire attaqua Bruges ; chose étrange, qui indique bien le caractère autonomique des luttes de cette époque, les chaperons blancs, qui venaient d’écraser les ouvriers de Gand, furent accueillis avec joie par les ouvriers de Bruges, par opposition aux bourgeois qui voulaient résister aux Gantois. Bruges soumise, Hyoens alla à Dam, qui ouvrit ses portes ; il y fut empoisonné dans un dîner que lui donnèrent les bourgeoises de la ville.

La direction du mouvement, qui prenait un caractère populaire, passa entre les mains d’un homme héroïque, Petervan-des-Bosche, ancien valet de Hyoens. Par jalousie contre la ville de Gand, les aristocraties municipales des autres villes de Flandre firent cause commune avec le comte Louis, tandis que partout le menu peuple se soulevait en faveur des Gantois, qui pour eux représentaient le parti anti-bourgeois. A Ypres, ainsi qu’à Bruges, les ouvriers s’insurgèrent contre les bourgeois et les nobles ligués, les battirent et ouvrirent leurs portes à Bosche et aux Gantois. Le caractère populaire du mouvement s’accentuait, à mesure qu’il s’étendait. Les bourgeois de Gand prirent peur, et au milieu de leurs triomphes, ils bâclèrent une paix hâtive avec le comte Louis, en novembre 1379.

Pour montrer le cas qu’il faisait de cette paix, le comte Louis fit saisir 40 bateaux gantois, mutila, aveugla leurs bateliers et les renvoya à Gand. Le peuple demanda vengeance. Jean Pruneaux, un des capitaines populaires, s’empara et démantela Oudenarde, une des places fortes du comte de Flandre. Mais la bourgeoisie, effrayée de l’effervescence populaire, réussit encore à suspendre les hostilités ; elle rendit Oudenarde et bannit son capitaine victorieux. Le comte se fit livrer Jean Pruneaux et le décapita ; il reconquit Ypres et "décolla à foison les ouvriers foulons qui en avaient ouvert les portes aux Gantois". Pendant ce temps, les bourgeois de Bruges qui, selon Meyer, "ne songeaient à nulle autre chose qu’a leur marchandise", battaient les ouvriers et livraient leur ville au comte, qui y fit décapiter plus de cinq cents habitants.

Le comte vint alors mettre le siège devant Gand, dont le peuple s’était soulevé en dépit de la bourgeoisie. Le parti populaire dominait ; pour contenir les bourgeois, qui parlaient de se rendre, le doyen des tisserands, accusé de trahison, fut mis à mort. Bosche crut qu’en donnant au mouvement un chef d’origine aristocratique, on donnerait satisfaction aux bourgeois qui lui reprochaient sans cesse son origine plébéienne ; il alla chercher le fils d’Artevelde qui vivait dans la retraite. Philippe Artevelde accepta le poste d’honneur et de danger qu’on lui offrait. Les bourgeois accueillirent avec joie le fils de leur ancien chef, le fils du "grand Jack" ; ils crurent reconquérir leur suprématie. Ils furent désillusionnés. Philippe fut digne de le confiance que lui témoigna Bosche ; il se mit à la tête du parti populaire ; et pour première mesure il promulgua que "le pauvre, comme le riche, aurait accès et voix délibérative dans l’assemblée du peuple" ; il changea tous les magistrats, nomma de nouveaux doyens des métiers et prit pour lieutenants Bosche et les autres capitaines populaires. La bourgeoisie était domptée ; la dictature ouvrière était établie solidement. La classe ouvrière fut héroïque.

Gand était bloquée de près ; les provisions faisaient défaut. Les bourgeois demandaient à ce que l’on se rendit. Artevelde convoqua le peuple sur la place du marché et parla ainsi : "Bonnes gens de Gand, il ne nous reste qu’à faire trois choses : la première, de nous enclore en cette ville, enterrer toutes nos portes, confesser nos péchés et nous bouter (enfermer) en nos églises, pour mourir là, confès et repentants, comme martyrs chrétiens desquels Dieu prendra les âmes à merci ; la seconde, d’aller crier merci la hart au col (la corde au cou) nu-pieds et nu-chefs (tête nue) à monseigneur de Flandre ; moi, tout le premier, pour lui ôter de sa félonie, présenterai ma tête et veux bien mourir pour amour de ceux de Gand ; la troisième, d’élire 5 à 6 mille de nos meilleurs hommes et d’aller quérir hâtivement le comte à Bruges et le combattre. Si nous mourons en ce voyage, ca sera honorablement, et Dieu aura pitié de nous, et le monde aussi, et dira-t-on que vaillamment et loyalement nous avons soutenu notre querelle. Si en cette bataille Dieu a pitié de nous, nous serons le plus honoré peuple qui ait régné depuis les Romains. Or, regardez laquelle des trois choses vous voulez tenir ; car l’une des trois vous faut-il faire."

– La troisième ! cria le peuple.

Le lendemain cinq mille hommes choisis "comme les plus grands de coeur et les plus robustes de corps" sortirent de Gand sous les ordres d’Artevelde emportant toutes les provisions de la ville. "N’ayez aucun espoir de revenir sinon à votre honneur, dirent ceux qui restaient à ceux qui partaient, car plus rien ne trouveriez ici. Sitôt que nous ouïrons (entendrons) que vous êtes morts ou déconfits (battus) nous bouterons (mettrons) le feu en la ville et nous détruirons nous-mêmes ainsi que gens désespérés." Le 2 mai la petite armée populaire défit aux portes de Bruges l’armée féodale et bourgeoise. Le comte de Flandre faillit être fait prisonnier par Artevelde.

Cette bataille donna la suprématie de la Flandre à la ville de Gand. Mais le roi de France vint au secours du comte de Flandre, une terrible bataille fut livrée et perdue par les Gantois à Commines ; Bosche y fut grièvement blessé. Cette victoire fit tourner les bourgeois d’Ypres du côté du comte. Les bourgeois d’Ypres massacrèrent le capitaine préposé par Artevelde et ouvrirent leurs portes aux troupes féodales. La reddition d’Ypres abattit le parti populaire dans toutes les villes de la West-Flandre ; leurs bourgeois livrèrent les capitaines d’Artevelde, qui furent décapités sur le mont d’Ypres.

Bosche, quoique blessé, s’était fait transporter à Bruges ; il souleva le peuple et contint la bourgeoisie. Artevelde avait reformé une armée populaire de cinquante mille hommes "forts et apperts et qui pour peu comptaient leur vie", dit Froissart. Il vint offrir bataille aux féodaux à Roosbeeke. L’armée ouvrière, mal armée, ne put résister au choc des troupes féodales bardées de fer et commandées par Clisson, un des meilleurs généraux de l’époque, qui avait fait la guerre avec Duguesclin. La déroute fut terrible. Artevelde mourut en combattant.

Bosche courut à Gand, enflamma le peuple, jura de s’ensevelir sous les décombres de la ville, plutôt que de se rendre. – Gand devint la ville des révoltés. De tous côtés accouraient les proscrits poursuivis par la vengeance du comte de Flandre et les hommes de coeur qui fuyaient l’oppression féodale et bourgeoise. Le peuple les accueillit comme des combattants et leur donna le droit de cité. Secourus par les Anglais, les Gantois reprirent l’offensive et mirent le siège devant Ypres, que le roi de France fit lever. Le comte Louis de Mâle fut alors assassiné (26 janvier 1384) après avoir signé une trêve.

La trêve expirée, les hostilités recommencèrent ; les milices populaires de Gand et de Bruges furent encore battues à Dam. Toutes ces défaites fauchaient les hommes les plus énergiques du parti populaire ; car en Flandre, comme en France en 1793, c’étaient les fils du peuple, les révolutionnaires qui couraient aux armées, les bourgeois restaient cois et prenaient soin de leurs intérêts. Le successeur du comte Louis, le duc Philippe, comprenant que ces guerres ruinaient ses Etats, offrit une paix honorable à la bourgeoisie de Gand, qui l’accepta en 1485.

Un des premiers résultats de cette paix fut l’assassinat d’Ackerman, un des grands capitaines du parti populaire. Bosche, qui n’avait pas été assez puissant pour empêcher la bourgeoisie de Gand de se soumettre, n’accepta pas la paix ; il se réfugia en Angleterre, arma un navire, devint corsaire et fit des courses afin de ruiner le commerce de la bourgeoisie française et flamande, à qui il avait voué une haine éternelle.

Ainsi fut terminé le deuxième soulèvement de Gand, caractérisé par l’héroïsme de la classe ouvrière et par les trahisons et les lâchetés des aristocraties municipales des villes flamandes.

Paul Lafargue

P.S. – Dans sa nomenclature, Malon cite le soulèvement de 1539 ; probablement il ne l’a mentionné que pour allonger sa liste. Malon ignore que l’aristocratie communière de Gand se soumit dès que Charles Quint se présenta, sans faire l’ombre de résistance. Les échevins et les principaux bourgeois de Gand vinrent tête nue et déchaussés implorer à genoux le pardon de l’empereur.

Je comptais dire quelques mots sur les Maillotins et les Cabochiens de Paris, j’y renonce. Labusquière traite cette question, Malon recevra dans son journal sa leçon d’histoire ; il apprendra qu’à Paris comme à Gand, les révoltés ne représentaient pas la bourgeoisie communière et municipale, mais le popolo minuto, le menu peuple. Malon se pose en historien parce qu’il a composé avec des ciseaux une histoire du Socialisme depuis les temps antédiluviens ; il comprendra alors, peut-être, qu’on n’écrit pas l’histoire en entassant pêle-mêle des citations piquées au hasard de la fourchette et en débitant des litanies de noms, de faits et de dates ramassés en bâillant dans un dictionnaire historique.

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