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Comment Obama gère l’économie américaine

mercredi 2 octobre 2013, par Robert Paris

Si Obama fait sa pub avec son bras de fer contre les Républicains, pour augmenter le plafond de la dette US et pour Medicare, et le chantage à la fermeture des services d’Etat est une action qui paraît impressionnante, il est toujours autant au service des trusts. Si 600 milliards de fonds d’état devraient être alloués pour la santé (projet pour dix ans), c’est 950 milliards à 1000 dollars qui ont été donnés (effectivement et sans contrepartie) aux seules banques américaines, auxquels s’ajoutent les baisses drastiques de taux d’intérêt. … Et encore, ces aides n’empêchent pas les banques américaines, comme les autres banques mondiales, d’être pourries de créances douteuses au point qu’aucune banque ne fait toujours confiance à une autre banque.

D’ailleurs les 600 milliards ne sont pas donnés directement aux personnes ayant besoin de soins mais aux compagnies d’assurances et sociétés privées de santé, ce qui signifie une autre forme d’aide aux capitalistes. Quant à la hausse du plafond des dettes d’Etat, il sert toujours essentiellement à subventionner les capitalistes et pas les personnes endettées, au chômage ou sans soins de santé...

Rien ne prouve que l’Etat américain déboursera même la moitié des 600 milliards pour la santé et par contre cela détourne l’attention du fait que l’essentiel des sommes déboursées par l’Etat et la banque fédérale le sont pour faire marcher un capitalisme qui, sans cela, serait déjà hors circuit...

Non seulement Obama n’a pas mis en place une Sécurité sociale à l’américaine mais il n’a pas donné l’accession à la santé pour tous. Il s’est contenté de négocier avec les compagnies d’assurance privées, avec une aide d’Etat à celles-ci, d’ouvrir des droits à la santé en fonction des revenus des personnes, ce qui signifie que pour le moment les plus démunis n’ y ont toujours pas accès, Obama prétendant que cela va venir avec l’ouverture sur internet de polices d’assurance-santé à un prix abordable. Aux milieux populaires, Obama vend sa lutte contre les Républicains et particulièrement le Tea Party en faveur d’une santé ouverte à tous à prix abordable qui n’est encore qu’un mythe.

Alors que l’obligation de s’assurer, décidée par la réforme du président Barack Obama, va entrer en vigueur au 1er janvier 2014, quelque 48 millions de personnes ne sont toujours pas assurées pour leur santé dans le pays, soit 15,4% en 2012, un taux là aussi quasi inchangé. Et la meilleure manière de souligner combien Obama est toujours au service des grands capitalistes a consisté à maintenir les aides mensuelles massives de la FED aux marchés financiers alors qu’il était question de les interrompre. La Réserve fédérale américaine (Fed) a annoncé, mercredi 18 septembre, qu’elle maintenait son soutien exceptionnel à la reprise économique. Elle va continuer d’acheter chaque mois pour 85 milliards de dollars de bons du Trésor et de titres hypothécaires, jugeant qu’un resserrement actuel des conditions financières, "s’il continuait, pourrait ralentir le rythme de la reprise de l’économie et du marché du travail".

Le ralentissement de ce dispositif de soutien à l’économie américaine était fréquemment évoqué depuis quelques mois. La Fed avait laissé entendre que, en raison de la consolidation de la reprise, cette politique dite "accommodante" devrait s’arrêter ou, du moins, fortement ralentir dans les mois à venir. Les experts s’attendaient à ce que la Fed injecte désormais 75 milliards de dollars dans l’économie, contre 85 actuellement. Depuis septembre 2012, la Fed achète en effet chaque mois 40 milliards de dollars d’obligations adossées à des crédits hypothécaires (Mortgage-Backed Security, ou MBS) et 45 milliards de bons du Trésor.

Ce programme d’achats massifs est destiné à soutenir l’économie américaine : l’opération augmente mécaniquement la masse monétaire en circulation, ce qui, en période de crise, est capital pour éviter un manque de liquidités. Cette injection de "cash" sert à renflouer les réserves des banques et leur permet ainsi d’accorder plus facilement des prêts, à un taux plus faible, aux ménages et aux entreprises, permettant ainsi de relancer la consommation et l’investissement.

On remarquera aussi que ses mesures d’allègement de la dette américaine frappent les plus pauvres et pas les trusts US…

De 2008 à 2009, sous la présidence d’Obama, les dépenses du budget fédéral des États-Unis ont augmenté de plus de 40 %, au point de connaître le plus fort accroissement en rythme annuel de l’histoire du pays. Le déficit budgétaire moyen sous George W. Bush s’élevait à 300 milliards de dollars. Il est passé à 1 400 milliards de dollars.

Conséquence de la crise, à la fin de la première année du mandat de Barack Obama, 4 200 000 d’emplois auront été supprimés en un an, un chiffre jamais atteint depuis 1949. En valeur absolue, le nombre des emplois détruits durant l’année 2009 (4,6 millions) est le plus élevé depuis 1939. Si les chiffes du chômage se sont redressés depuis, cela ne veut pas dire que les salariés aient retrouvé un emploi équivalent ni un salaire équivalent bien entendu. C’est l’effet des aides massives de l’Etat et de la FED…

Si on a prétendu qu’Obama s’attaquait au pouvoir sans contrôle des trusts et des banques, la réalité est très différente.

Sa réforme du mode de régulation financière fait certes 2300 pages mais il n’y a pas de quoi faire trembler les marchés financier, les spéculateurs, les banquiers et les trusts…

Le journaliste Jean-Michel Quatrepoint démontre comment au fil du temps et de la crise, dans la lignée de Bush et Clinton, Obama aura laissé prospérer les cinq grands lobbies américains : militaro-indutriel, automobile et pétrolier, la chambre de commerce et les grandes entreprises, le lobby médical et last but not least le lobby financier : « si le président veut faire passer sa réforme de la santé, à laquelle il tient tant ; s’il veut sauver l’industrie automobile, pilier de l’activité économique de l’Illinois et de Chicago, s’il veut éviter un effondrement du système financier mondial, il faut aider Wall-Street en injectant de l’argent dans les banques, en laissant la Réserve fédérale inonder le marché de dollars ».

Contre-productif : « les risettes au lobby financier n’ont servi à rien. Bien au contraire » écrit Jean-Michel Quatrepoint, « ayant montré sa faiblesse-pour ne pas dire sa complaisance – à son égard, il a stimulé ses adversaires, à commencer par le lobby médical ».

L’idée d’une couverture médicale universelle est rapidement abandonnée. Obama négocie alors avec les assureurs privés la gestion de la couverture santé : « plus le président cherche le compromis, plus le lobby médical et des assurances se déchaîne contre lui ». Compromis un jour, compromis toujours.

Alors qu’Obama avait lancé une grande enquête sur les responsables de l’effondrement de 2007, il est remarquable qu’aucun haut responsable des grands établissements financiers en cause dans cette catastrophe capitaliste n’ait jamais été inquiété personnellement. En réalité, l’enquête des services d’Obama finit par blanchir y compris Goldman Sachs ! Trois mois avant la dernière présidentielle, Obama a livré ses conclusions : « Après un examen attentif des informations fournies et après plus d’un an d’enquête fouillée, le ministère de la Justice et plusieurs autres agences gouvernementales dont le FBI ont déterminé qu’il n’y a pas de base viable pour engager des poursuites pénales contre Goldman Sachs ou l’un de ses employés ».

Réformer Wall Street, encadrer les banques, limiter l’étendue de leurs activités, faire payer les banques, tout cela s’est surtout révélé de la poudre aux yeux… En 2010, on ne parlait que de ce bras de fer d’Obama contre les banques et la montagne n’a même pas accouché d’une souris : les banques américaines restent les chouchous du pouvoir…

La limitation de taille des poids lourds bancaires et spéculatifs, le plan Volcker annoncé à grand coups de trompettes, n’a pas donné finalement grand-chose. On ne limitera pas le niveau des profits sous Obama plus que sous aucun autre président américain, bien entendu…

Obama fait de la morale, discourt beaucoup, dénonce aussi mais les actes vont toujours dans le sens de l’aide massive au grand capital…

Quant aux problèmes financiers issus de 2007, malgré les interventions de la banque centrale, ils sont toujours aussi impressionnants, à commencer par la montagne d’emprunts toxiques, de titres pourris et autres titrisations des dettes, qui sont reparties à la hausse, comme seul moyen de relancer de l’argent sur les marchés autrement que grâce à la banque fédérale…

Tout le jeu entre les Républicains et Obama consiste à laisser les Républicains prendre au parlement des initiatives particulièrement anti-ouvrières et antipopulaires, contre les services publics, les chômeurs, les retraités et les salariés et Obama à faire mine de défendre, très partiellement, ceux-ci. De sorte que les conditions d’existence des milieux populaires américains, loin d’être repartis à la hausse avec la hausse économique annoncée, continuent à dégringoler…

Par exemple, les Républicains font pression pour remettre en cause les « food stamps » qui permettent au plus démunis de se nourrir à l’Etat de subventionner l’agriculture capitaliste… Obama fait mine de défendre les pauvres et défend ainsi l’agrobusiness…

Le bras de fer entre Obama et les Républicains sur le plafonnement ou le déplafonnement du budget fédéral n’est encore rien d’autre que ce même ballet dans lequel les milieux populaires ne cessent de payer l’essentiel des restrictions et où Obama se place en défenseur, très relatif, d’une toute petite part des mesures antipopulaires.

En fait, dans ses négociations avec les Républicains, c’est Obama lui-même qui, sous prétexte de pression républicaine, met en place des mesures d’austérité contre les classes populaires américaines.

Les bonnes statistiques du chômage ont été davantage obtenues en virant des chômeurs des statistiques qu’en créant des emplois…

La publication des chiffres de la pauvreté par le Census Bureau montre que celle-ci touche 15 % des foyers américains, soit 46,5 millions de personnes, pas loin du record de ces vingt dernières années.

Dans ces conditions, la meilleure manière d’éviter la montée de la contestation est d’ériger le bras de fer Obama/Républicains en lutte des pauvres contre les riches. Cela explique que les classes dirigeantes ne cherchent pas à se presser de résoudre le problème et s’en servent tous, Obama comme les Républicains mais surtout comme les capitalistes et leurs institutions à tous les niveaux, pour faire pression dans le même sens : encore plus de sacrifices sociaux sous la menace de la fermeture de tous les services sociaux…

L’objectif réel n’est pas économique mais de classe : il s’agit d’affaiblir progressivement la classe laborieuse en lui faisant accepter, bon an mal an, des sacrifices qui la discréditent vis-à-vis des couches moyennes en la faisant apparaître pour une assistée cause des déficits alors que ce sont les banquiers, les industriels et les financiers qui en sont la cause.... Et aussi en faisant croire aux travailleurs américain que le meilleur défenseur de leurs emplois et de leurs salaires, si ce n’est de leur santé et de leurs services publics, se trouverait être la tête de l’Etat capitaliste !!!

7 Messages de forum

  • Comment Obama gère l’économie américaine 2 octobre 2013 10:12, par Robert Paris

    Une caractéristique sur le fait que ce bras de fer et le shut-down qui en résulte ne menacent pas le système bien au contraire est le fait que la bourse américaine ne s’en émeut nullement..

    La stratégie de "tout sauf Obamacare" des Républicains, Tea Party en tête, est rejetée par 64% des Américains, ce qu’Obama risque d’utiliser pour négocier le relèvement du plafond de la dette d’Etat des USA pour mieux encore aider les capitalistes.

    Ce faisant, il détruit encore davantage toute conscience de classe, ce dont les capitalistes lui sont reconnaissants.

    Il a ainsi transformé la gestion d’un problème politique en gestion de classe de l’Etat..

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  • Comment Obama gère l’économie américaine 2 octobre 2013 11:50, par Robert Paris

    Les menaces sur les emplois publics provenant du shut-down ont l’avantage pour la bourgeoisie de rappeler que tous les emplois publics sont des sièges éjectables en faisant croire qu’ils sont menacés par des manoeuvres politiciennes et pas par la crise capitaliste...

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  • "Il est exact que (le FMI) représente l’économie (mondiale) telle qu’elle était en 2008...", a déclaré Mme Lagarde à Washington.

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  • Comment Obama gère l’économie américaine 10 octobre 2013 19:29, par Max

    "le chantage à la fermeture des services d’Etat est une action qui paraît impressionnante"
    Chantage ou réalité ?
    Et si lla bourgeoisie se coupait le pied vraiment !
    Pour éviter la gangrenne !
    Illusion ou échec &mat pour un système économique en faillite complète.

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    • Comment Obama gère l’économie américaine 14 octobre 2013 17:39, par Robert Paris

      Non, je ne crois pas que les Républicains fassent jusqu’au bout un chantage contre l’Etat américain. C’est autre chose. Ils vont s’entendre contre les travailleurs ce qui est différent. Obama va se servir de la pression républicaine pour aggraver l’attaque antisociale en faisant semblant d’avoir défendu des emplois...

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  • Le site de Medicare mis en place par Obama fonctionne toujours au ralenti. Par contre, la pompe à finances vers les banques, les trusts et les marchés financiers fonctionne toujours à fond… Seules quelque 27 000 personnes ont réussi à souscrire une assurance via ce site en octobre, selon des chiffres officiels. L’objectif gouvernemental d’inscriptions sur six mois n’a été en outre rempli qu’à 1,5 % le premier mois.

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  • Obama a été visiter la ville ouvrière sinistrée de Flint. Il y a fait sa classique campagne de compassion et de sympathie, version aussi hypocrite que l’ancienne « charity business » où le business est bien entendu devant la charité. Quant aux problèmes de la classe ouvrière américaine, à Flint comme ailleurs, chômage, misère, logement, santé, éducation, etc, et l’eau polluée de Flint, ses habitants comme tous les démunis des USA auront juste droit aux beaux discours et pas à la moindre aide sérieuse de l’Etat, bien trop occupé à « aider » les capitalistes !

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