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Quand les économies asiatiques semblaient devoir dominer le monde : non loin de l’époque de Jésus-Christ…

lundi 30 septembre 2013, par Robert Paris

Quand les économies asiatiques semblaient devoir dominer le monde : non loin de l’époque de Jésus-Christ…

A l’heure de l’émergence des capitalismes indien et chinois, il est intéressant de remarquer que durant des centaines d’années, il semblait évident que la bourgeoisie allait y prendre le pouvoir puis dominer le monde alors qu’à cette époque la bourgeoisie n’avait pas décollé en Europe occidentale…. Les bourgeoisies indienne et chinoise se sont développées bien avant les bourgeoisies occidentales. Elles ont développé un commerce international déjà à l’époque de Jésus Christ et même bien avant… Et jusqu’en 1500 !!!

Le Dr Possehl, du département d’Archéologie et d’Anthropologie de l’université de Philadelphie, exprimait l’embarras des chercheurs devant la première civilisation indienne en déclarant : « L’expression archéologique de la civilisation de l’Indus ne ressemble en rien à ce qui nous est familier - pas de palais, pas de monuments, pas de temples. Nous avons là l’expression d’une antique complexité socio-culturelle, sans la présence ostentatoire d’une idéologie ou l’évidence d’un souverain, roi ou reine. Il n’y a pas de vrai modèle dans l’histoire ou l’ethnographie qui suggère qu’il y ait jamais eu une civilisation de ce type » (New York Times du 20 février 1998).

Les ruines des cités démontrent un réel urbanisme ; des rues droites, un système sophistiqué d’évacuation des eaux, des puits, l’usage de briques calibrées, et les divers objets retrouvés attestent d’un grand raffinement dans le travail des métaux précieux, de la poterie, de la céramique décorée et de la verrerie.

« Une culture urbaine d’une immense sophistication sur un territoire deux fois plus grand que celui sur lequel régnait Sumer ou l’Égypte contemporaine », écrivait Holland Cotter.

Florence Leroy dans « La civilisation disparue de la Vallée de l’Indus » :

« Il y a cinq mille ans, apparut sur les rives de l’Indus une civilisation urbaine sophistiquée. Sans temple, palais, ni armée.

Comme chaque matin pendant la saison commerciale, la ville de Harappa se réveille au bruit des chars à bœuf dévalant les rues et des boutiquiers proposant bracelets de coquillages ou colliers de fines pierres précieuses. De riches marchands venus des lointains pays d’Oman, d’Afghanistan et d’Asie centrale débattent avec les inspecteurs de l’octroi des taxes qui vont être appliquées au lapis-lazuli, à l’or, l’argent et l’étain qu’ils espèrent écouler au près de clients fortunés. Après quelques nuits passées au caravansérail aménagé aux portes de la cité, ils repartiront, emportant dans leurs bagages des céréales, du bétail, des tissus de coton et peut-être de soie, et les perles de coraline et bracelets de coquillages qui ont rendu les artisans de l’Indus célèbres de la Mésopotamie à l’Himalaya. Les paysans sont venus nombreux de la plaine féconde qui entoure la ville pour vendre leurs surplus (…) des ouvriers nettoient les les énormes cuves servant d’égout installées dans les artères principales, terminus des conduits d’évacuation venant des latrines et des salles de bain des habitations. Par des canalisations plus larges, ces boues fertiles se déverseront dans les champs, à l’extérieur des hautes murailles de la ville. C’est un jour comme un autre, il y a quatre millénaires, à Harappa, prospère cité de la verte plaine du Sindh (actuel Pakistan), riche de 40.000 habitants. (…) La plus grande ville de ce que les archéologues appellent la civilisation harappéenne ou de l’Indus, du nom du fleuve qui en fut l’artère vitale et qui fit sa prospérité. (…) « On a longtemps cru que l’idée de ville avait été importée du Proche-Orient et mise en pratique dans la vallée de l’Indus par un groupe dynamique », observe Jean-François Jarrige, ancien directeur du musée Guimet à Paris et l’un des rares Français à avoir effectué des fouilles dans la région. « Mais aujourd’hui, nous savons, grâce aux travaux que nous avons menés à Merhgarh, au Baloutchistan (Pakistan), que des agglomérations bien planifiées se sont formées dès la fin du huitième millénaire, avec la domestication de plantes comme l’orge et le développement du pastoralisme. » (…) C’est vers 2800-2600 avant notre ère, à cause peut-être de changements climatiques poussant les montagnards vers les plaines, que se développent véritablement de grandes agglomérations, à partir de villages fortifiés le long de routes commerciales ou près de terres agricoles bien fertilisées par les alluvions de l’Indus. (…) C’est alors qu’apparaissent sur des sceaux et des poteries les premiers signes d’une mystérieuse écriture encore indéchiffrée, parallèlement à une explosion du savoir-faire artisanal. L’âge d’or de la civilisation harappéenne débute, tandis que se développe un véritable maillage de cités partageant un destin commun culturel. (…) Pas de secret : si tout fonctionne aussi bien, c’est avant tout grâce aux deux classiques « mamelles » : labourage et pâturage : une agriculture et un élevage assez productifs pour nourrir sans trop de peine des urbains nombreux. Il se trouve que les inondations venues de l’Himalaya viennent gonfler l’Indus en été, juste avant les semailles. L’exploitation de la crue ne nécessite donc pas de grands travaux d’irrigation. Les hommes de l’Indus montrent dès lors d’éclatantes qualités commerciales, faisant des villes de Harappa et Mohenjo-Daro de véritables plaques tournantes du commerce de l’Asie du sud. On en retrouve trace jusqu’en Mésopotamie, lorsque le roi Sargon d’Akkad, vers 2300 avant J.-C., indique que les marchandises de Mehuhha (nom akkadien de la vallée de l’Indus) sont si précieuses qu’elles ne doivent pas être déchargées dans le port de Ur mais remonter l’Euphrate jusqu’à Akkad. Deux siècles plus tard, la tombe de la reine sumérienne Paabi recélait déjà, entre autres trésors, de précieux bijoux en perles de cornaline. (…) « Dès l’époque de Mehrgahr, au siècle millénaire avant JC, ce qui intéresse les hommes de l’Indus, c’est de transformer les matériaux, d’exploiter des secrets techniques », note Jean-François Jarrige. « On a retrouvé trace dans la région d’un négoce intense de lapis-lazuli avec les mésopotamiens, grands amateurs d’objets exotiques. » La préférence donnée au commerce devait frapper tout étranger arrivant dans une ville de l’Indus. (…) On chercherait en vain dans la région de l’Indus la représentation des batailles sanglantes et glorieuses, des hauts faits d’armes de rois prestigieux qui paraissent la règle dans les empires contemporains. (…) Une vaste civilisation préoccupée de prouesses technologiques, dédiée au commerce et au confort, voilà la première image que nous offre la région. Mais ce qui devait frapper le plus le visiteur, c’est l’absence. De batailles et de dieux. D’individus distingués pour leurs prouesses militaires, leur autorité politique ou leur art. D’effigies monumentales. (…) Selon les mots de Gregory Possehl, un « système socio-culturel sans visage, sans Etat ». (…) Le développement de la civilisation harappéenne répondrait non à une volonté de conquête, mais aux exigences de marchands désireux d’accroître leur aire de développement. (…) Nul besoin donc d’un pouvoir aux mains de rois et de prêtres comme les premiers archéologues l’ont imaginé. (…) Comment une culture si brillante, si structurée, a-t-elle pris fin ? Ce n’est pas la moindre des énigmes fascinantes qu’elle offre aux chercheurs. (…) Si Harappa a été habitée jusque vers 1300 av J.-C., tout semble indiquer que les murs et les égouts ne sont plus entretenus, et que les pouvoirs publics sont impuissants à contrôler, sans armée, une ville devenue surpeuplée. »

Alain Daniélou dans « Histoire de l’Inde » écrit :

« Dans la vallée du Gange, l’usage du fer est antérieur au huitième siècle avant J.-C…. La technique du fer devait atteindre, dans l’Inde, un très haut niveau de perfection. Nul ne sait, même de nos jours, comment ont été fabriqués les piliers de fer aux chapiteaux ouvragés qui ont été érigés à l’époque Maurya (troisième siècle avant J.-C.) et qui ont défié le temps et la rouille…. L’Inde du Sud, qui semble avoir été à l’origine une colonie de la civilisation dravidienne du Nord (civilisation dite de l’Indus), lui servit de refuge lorsque les envahisseurs nordiques (Aryens) ravagèrent les fertiles plaines de l’Indus et du Gange… L’archéologie indique que les royaumes du Sud avaient des relations commerciales directes avec l’Egypte, avec Babylone, avec l’Arabie et la Palestine, dès le deuxième millénaire avant J.-C. et probablement bien avant. Depuis une très haute antiquité, les royaumes du Sud ont bénéficié d’une stabilité et d’une continuité dans leurs institutions que le Nord de l’Inde n’a plus connues après l’invasion des Aryens. Les tissus enveloppant les momies égyptiennes sont teints avec de l’indigo qui vient de l’Inde du Sud. Nous avons vu que le bois de tek employé pour les constructions de Babylone venait de Kerala. D’après la Bible, le roi Salomon importa de l’Inde du Sud de l’ivoire, des singes et des paons. De nombreux termes employés dans les langues anciennes de la Méditerranée sont dérivés du tamoul (langue dravidienne)…. Au premier siècle avant J.-C., le commerce avec Rome était considérable, consistant surtout en poivre, en perles et en pierres précieuses… Lorsque les Aryens envahirent le Nord de l’Inde, ils y rencontrèrent une civilisation urbaine très évoluée et qui les surprit… La grande culture préaryenne servit de base au développement de la culture des envahisseurs. Mèdes, Scythes, Parthes, Iraniens adoptèrent graduellement ce qu’ils avaient laissé survivre des sciences, des arts, des coutumes de leurs prédécesseurs… Des commerçants et voyageurs indiens étaient venus en Grèce avec laquelle ils avaient d’importants échanges économiques. Eusebius, citant Arisoxène, raconte qu’un Indien avait rencontré Socrate et lui avait demandé quel était le but de sa philosophie : « L’étude du phénomène humain » aurait répondu Socrate. L’Indien aurait ri et dit : « Comment un homme pourrait-il comprendre le phénomène humain, alors qu’il ignore les phénomènes divins. » D’après l’écrivain syrien Zenob, il y avait une colonie d’Hindous sur le Haut Euphrate (Syrie) dès le deuxième siècle avant J.-C. Avec l’empire Maurya, l’Inde commence à entrer dans l’Histoire… L’empire Maurya représente le premier grand effort d’unification de l’Inde durant la période historique… Les monuments de cette époque sont nombreux et indiquent un haut degré de technique et de raffinement artistique. L’usage des métaux est très répandu, et les piliers de fer, qui ont été retrouvés sans trace d’oxydation, supposent une technique métallurgique inconnue dans les autres parties du monde. La ville de Pãtaliputra, au confluent du Gange et de la rivière Sône, était longue de 80 stades (15 kilomètres) et large de 15 stades (3 kilomètres)… Le mur de la ville avait 64 portes et 570 tours… La grande demande de produits de luxe indiens à Rome devait conduire à une augmentation considérable du commerce, par cette route maritime à l’abri des voleurs et des pirates… Les Indiens faisaient aussi du commerce avec Madagascar et y avaient une importante colonie… Plus tard, le commerce de l’Inde avec l’Occident fut centralisé dans les grands ports de la Côte d’Azania (Kenya et Tanganyika)… Des commerçants romains s’installèrent dans l’Inde, particulièrement dans la région de Madura. Les ruines d’une ville romaine assez importante ont été retrouvées près de Pondichéry, sur la côte sud-est de l’Inde… Le commerce avec Rome par voie de terre se continuait également, en dépit des difficultés créées par les Parthes et les Sassanides… Les Romains qui visitaient l’Inde et les Indiens qui visitaient le monde méditerranéen étaient donc nombreux. Dion Chrysostome (vers 117 de notre ère) mentionne une importante colonie indienne résidant en permanence à Alexandrie…. Sous l’empire des Guptas, le commerce avec l’Egypte, Rome et la Perse était florissant… Hiuen Tsang, dans son grand ouvrage, le Si-yu-ki, donne une description détaillée des conditions de la vie dans l’Inde du septième siècle... Les grands centres de la culture hindoue et bouddhiste étaient Shrinagar au Kashmir, Kanauj, Prayãg et Bénarès… Les riches vaishyas s’occupent du commerce… Hiuen Tsang resta cinq ans à l’université de Nãlandã, où résidaient plus de sept mille moines… Les études y comprenaient la grammaire, la mécanique, la médecine, la physique. La médecine était très efficace et la chirurgie assez évoluée... La pharmacopée était énorme ; l’astronomie très avancée. Le diamètre de la terre avait été calculé avec précision. En physique, Brahmagupta (vers 628) avait découvert la loi de la gravitation. La vaisheshika avait une théorie atomique étonnante, dont les conclusions, sur les limites de l’espace et sur la relativité du temps, semblent modernes. »

L’histoire de la soie semble débuter, selon les découvertes récentes, en Chine entre 3000 et 2000 ans av. J.-C. (le plus vieux fragment de soie découvert en Chine datant de 2570 av. J-C.). Elle se serait poursuivie ensuite avec trois millénaires d’exclusivité durant lesquels la Chine aurait fait commerce de ce tissu précieux sans jamais en transmettre le secret. L’art de fabriquer la soie se serait ensuite progressivement transmis aux autres civilisations par le biais d’espions de tous genres (moines, princesses ...) aux pillards et aux marchands. Cependant, des découvertes récentes dans la Vallée de l’Indus (à Harappa et à Chanhu Daro), entre l’Inde et le Pakistan actuels, laissent à penser que la civilisation qui y vivait (-2800 à -1900 avant J.-C.) connaissait et maîtrisait déjà l’usage de la soie. En Chine, l’usage quotidien de la soie ne semble réellement prendre son essor que sous la dynastie des Han, c’est-à-dire deux siècles avant notre ère. À cette époque, la Chine a déjà perdu son secret puisque les Coréens, les Japonais, et plus tard les Indiens, parvinrent à le découvrir. Des allusions au tissu dans l’Ancien Testament montrent qu’il était connu dans l’Ouest de l’Asie aux temps bibliques. Les spécialistes pensent que dès le IIe siècle av. J.-C., les Chinois avaient mis en place un réseau commercial visant à exporter la soie vers l’Occident. Elle était par exemple utilisée par la cour de Perse et son roi Darius III lorsqu’Alexandre le Grand fit la conquête de cet empire. Bien que la soie fût diffusée rapidement à travers l’Eurasie, sa production resta pendant trois millénaires l’exclusivité de la Chine (avec l’exception du Japon).

Le grand commerce international de la soie a été suivi par un développement très important de l’artisanat et du commerce chinois, les commerçants chinois envahissant toute l’Asie et allant jusqu’au Moyen Orient…

Cette vivacité sociale et économique de l’empire chinois a entraîné une domination mondiale de la Chine qui a failli en faire la première nation bourgeoise du monde, avant l’Angleterre ou la France, et bien avant les USA.

Si cela ne s’est pas produit, c’est que la classe noble a montré une grande capacité de réaction et est parvenue à écraser dans le sang la première grande révolution bourgeoise au monde, celle des Turbans jaunes. Et, ce faisant, elle a non seulement ramené la Chine dans le féodalisme mais l’a fait reculer économiquement de deux cent ans, transformant le pays le plus riche et développé du monde dans le plus grand cimetière du monde.

Cela renverse l’imagerie traditionnelle selon laquelle la domination bourgeoise devait nécessairement démarrer d’occident. Et aussi celle sur les révolutions selon laquelle les révolutions nécessaires triomphent nécessairement. La nécessité sociale historique ne colle pas exactement avec la nécessité historique. Une classe dont la domination est nécessaire ne parvient pas nécessairement au niveau de la capacité historique de prendre le pouvoir. L’Histoire peut alors prendre un grand retard… puisque c’est seulement récemment que la Chine a repris le cours de sa prétention à devenir une nation bourgeoise dominante !

La Chine avait des siècles d’avance sur l’Europe dans le domaine du développement d’une série de techniques productives. Mais la puissance du pouvoir d’Etat central – fonction dans ces sociétés des besoins d’irrigation de l’agriculture – impose un processus discontinu d’accumulation de capitaux-argent. Les familles bourgeoises les plus riches voient leurs trésors régulièrement confisqués. Le capital est soumis, il se terre, il guette l’occasion de se retransformer en propriété immobilière.

HENRI MASPERO « Les institutions de la Chine » :

« L’aristocratie commence à perdre son influence sous les Ts’in. En même temps se fait sentir, pour la première fois dans l’histoire de la Chine, celle des marchands. C’est un riche marchand, Lu Pou wei, qui a exercé la régence au temps où le « Premier Empereur » n’était encore que le prince Tcheng. Ce sont les marchands qui réclameront l’unification des poids et mesures et de l’écartement des essieux. Sous les Han, l’expansion géographique de la Chine, la conquête ou l’exploitation de nombreux pays étrangers, le développement remarquable des communications favorisent la constitution d’une riche bourgeoisie commerciale. Le sel, le fer, les chevaux, les produits de luxe, perles, soieries, or, bronze, jade, laques, épices, offrent autant de moyens de faire fortune, tandis que les classes supérieures s’enrichissent par les taxes, les corvées, le travail des artisans. D’autres fortunes s’édifient sur l’exploitation de mines, de fonderies, sur le commerce des grains, des prêts d’argent. Mais la classe des marchands ne tarde pas à encourir la défaveur générale. Déjà les philosophes de la fin des Tcheou leur reprochaient de diminuer la matière taxable et la tradition chinoise est d’exalter l’agriculture. Les lettrés Han voient d’un mauvais œil ces ennemis du paysan, avec leurs habitudes de luxe et leur cosmopolitisme, leurs activités qui engendrent l’inflation monétaire et jettent le trouble dans une économie rurale où le grain est la commune mesure des échanges. Et puis, ces nouveaux riches accaparent les terres pour y investir leurs profits. Dès le début de la dynastie, des mesures sévères sont prises contre les marchands. Ils sont lourdement taxés. Il leur est interdit de porter des vêtements de soie, d’avoir des chars, d’occuper des fonctions publiques. Plus tard, on leur retirera le droit d’acheter des terres. On gêne leurs activités en créant des monopoles d’État et des « greniers d’égalisation », p’ing ts’ang, en stabilisant les prix, en faisant aux paysans des prêts de semences et de nourriture. Mais ces mesures n’agissent que médiocrement et sous l’empereur Wou, par exemple, on voit les marchands prospérer à l’envi aux dépens de l’agriculture, négligée par de nombreux paysans qui vont chercher fortune dans les grandes villes et se livrent à des spéculations commerciales. L’industrie n’est guère représentée que par des artisans, que l’État favorise, tandis qu’il persécute les marchands. A la capitale, d’innombrables artisans exercent toutes sortes de métiers, dont beaucoup sont de véritables métiers d’art, et contribuent ainsi au luxe de la cour et des classes riches. Quant aux matières premières et à certains produits fabriqués, le gouvernement des Ts’in s’en réserve le monopole et celui-ci sera maintenu longtemps par les Han. Toutefois un débat fameux eut lieu, au cours de l’ère che yuan (86 81 av. J. C.) de l’empereur Tchao, à propos du monopole du sel et de celui du fer. Attaquées par les lettrés, ces institutions furent défendues par le yu che ta fou Sang Hong yang. La controverse fit l’objet d’un ouvrage en 10 livres, dû au lettré Houan K’ouan, le Yen tie louen (Discussions sur le sel et le fer), et publié sous l’empereur Siuan (73 49 av. J. C.). (…) La structure de la société des Han était trop délicate pour résister à une crise grave : la révolte des Turbans Jaunes, puis les rivalités des généraux et gouverneurs provinciaux qui se disputèrent le pouvoir un demi-siècle durant sous des empereurs impuissants la détruisirent de fond en comble. La population des campagnes, que la carence de la police publique laissait sans défense à la merci des bandes armées (pirates ou soldats), s’enfuit en abandonnant ses champs (ce furent les « familles errantes », lieou li kia), ou se mit sous la protection des grandes familles là où celles ci étaient capables de maintenir un peu d’ordre. Après le passage de Tong Tcho et de ses lieutenants à Tch’ang ngan (191), toute la région avoisinante resta p.74 déserte pour plusieurs années : des centaines de milliers d’habitants de la vallée de la Wei avaient fui jusqu’aux bords du Yang tseu, où Ts’ao Ts’ao les trouva encore installés une trentaine d’années plus tard. Dans d’autres régions, les paysans, sans fuir aussi loin, se cachaient dans la montagne ou dans les marais avoisinants. Les grandes familles se défendaient mieux, fortifiaient leurs résidences, armaient leurs membres, leurs fermiers, leurs esclaves. Ainsi se constituaient des compagnies, pou kiu, de soldats privés, kia che ou kia ping. A ces noyaux de résistance s’agrégèrent les petits propriétaires, mais à un rang subordonné ; ils devinrent des protégés, yin jen. Il y en avait deux classes : les « hôtes du vêtement et de la nourriture », yi che k’o, les parents pauvres, protégés jusqu’au septième degré et qui imposaient leur entretien aux trois premiers degrés des branches prospères de la famille ; les autres formaient la foule des « hôtes cultivateurs », tien k’o. Au début du IIIe siècle, les cinq sixièmes de la population s’étaient ainsi trouvés sous la protection du dernier sixième. La situation de ces protégés, qui n’existaient pas sous les Han Postérieurs, ne ressemblait en rien à celle des colons du monde méditerranéen : ils n’étaient pas liés au sol, mais au seigneur, et celui-ci les emmenait avec lui quand il changeait de séjour. Li K’ien ayant quitté vers 190 193 son domaine de K’iu ye (dans le Chan tong actuel) à cause des troubles, pour aller s’installer à Tch’eng che (dans le Chan tong actuel, au sud de la même sous préfecture K’iu ye), qui lui paraissait plus tranquille, y emmena plusieurs milliers de familles d’« hôtes », c’est à dire de clients et de salariés de sa famille. Et quand, un quart de siècle environ après, son fils Tien devint marquis de Tou t’ing, ces trois mille familles furent de nouveau déplacés, et transférées dans son fief, près de Ye (dans le Ho nan actuel) : elles comptaient treize mille personnes. D’aussi longs déplacements devaient être rares, car transporter tant de monde coûtait cher et était fort difficile ; mais on voit à tout instant des patrons déplacer quelques dizaines de familles de leurs clients. Au début de la dynastie Tsin, dans la seconde moitié du IIIe siècle, l’empereur Wou ayant reconstitué l’unité impériale et rétabli la paix, s’efforça par tous les moyens de faire sortir les paysans de cette dépendance : en 265, il rendit la liberté à tous les engagés qui faisaient partie de l’armée, pou kiu, et la mesure fut prise encore une fois en 277. En 280, s’attaquant directement à la clientèle des grandes familles, il en fixe l’importance d’après le rang du patron : les « hôtes du vêtement et de la nourriture » ne devaient pas dépasser trois pour le plus haut dignitaire et un pour les petits fonctionnaires ; « les hôtes cultivateurs », de quinze familles pour les fonctionnaires du premier et du second rang à une famille pour ceux du neuvième rang. Ces mesures n’eurent qu’un succès limité : les paysans répugnaient à abandonner la position à laquelle ils étaient habitués, malgré ses inconvénients. Néanmoins, la population libre doubla lentement en une quinzaine d’années. Mais bientôt la guerre civile et les invasions barbares montrèrent que le gouvernement central était incapable d’assurer la sécurité des campagnes et les petites gens durent rentrer dans cette clientèle dont quelques uns avaient été libérés un instant. Cette fois ce fut définitif ; sans devenir esclaves ou serfs, ils rentraient dans la clientèle des grands et formaient peu à peu une classe intermédiaire entre les hommes libres, lang, leang, et les esclaves, nou pei : celle des clients, pou k’iu et des « familles diverses », tsa hou, que connaît encore le Code des T’ang et dont il détermine la situation juridique. Ceux qui échappaient à la « protection » furent presque tous de grands propriétaires avec des domaines très étendus. »

Les progrès des techniques et des sciences sont multiples : la boussole, le gouvernail, la représentation de la Terre par le globe, le papier sont nées à cette époque (dynastie Han) en Chine…

• Agriculture : sous les Han occidentaux, les socs d’araire en fonte, apparus sous les royaumes combattants, devinrent largement disponibles. La traction animale se développe. Les systèmes d’irrigation sont étendus dès le règne de Gaozu, et le système de rotation des cultures amélioré.

• La première représentation connue d’un gouvernail est un modèle de bateau découvert dans une tombe chinoise du Ier siècle av. J.-C.

• Améliorant les techniques élaborées sous les Han occidentaux, Cai Lun détermine en 105 le processus de fabrication d’un papier performant, le premier au monde.

• Zhang Heng invente le sismographe (- 132) et l’odomètre et conçoit le premier globe céleste rotatif chinois.

• En -104, est promulgué le calendrier Taichu, premier véritable calendrier chinois.

• Progrès médicaux sous les Han orientaux avec Zhang Zhongjing et Hua Tuo, à qui l’on doit entre autres la première anesthésie générale. Sous les Han occidentaux, les socs d’araire en fonte, apparus sous les royaumes combattants, se répandent. La traction animale se développe grâce au harnachement de garrot, plus efficace que le collier à sangle de gorge. Les systèmes d’irrigation sont étendus dès le règne de Gaozu, et le système de rotation des cultures amélioré. La première représentation connue d’un gouvernail est un modèle de bateau découvert dans une tombe chinoise du Ier siècle av. J.-C. En -104, est promulgué le calendrier taichu, premier véritable calendrier chinois. En mathématiques, les Chinois inventent, vers le IIe siècle av. J.-C., la numération à bâtons. Il s’agit d’une notation positionnelle à base 10 comportant dix-huit symboles, avec un vide pour représenter le zéro, c’est-à-dire la dizaine, centaine, etc. dans ce système de numérotation (comme nous le faisons, à la suite des Indiens et des Arabes). En raison de son usage très approprié au calcul, beaucoup de mathématiciens chinois de l’époque adoptèrent cette numération pour leurs travaux.

La médecine progresse sous les Han orientaux avec Zhang Zhongjing et Hua Tuo, à qui l’on doit en particulier la première anesthésie générale.

À la même époque, dans le Zhejiang, la porcelaine apparait, elle n’est pas une invention en tant que telle mais plutôt une amélioration progressive des techniques du feu et de l’usage du kaolin. Le secret de sa fabrication ne sera percé qu’au XVIIe siècle en Europe. L’astronomie chinoise s’est développée sur plusieurs siècles et s’est longtemps montrée en avance sur celle du monde occidental. Un très grand nombre d’observations antérieures à la fin du Moyen Âge sont sans comparaison avec ce qui se faisait dans le monde occidental. Une des finalités du développement de l’astronomie était de nature divinatoire. Les premières observations de comètes, d’éclipses solaires et de supernovæ furent faites en Chine.

En physique, les travaux sur le magnétisme permirent aux Chinois de mesurer avec précision la déclinaison d’une boussole.

En médecine, l’acupuncture et l’usage des plantes médicinales fut précoce et développé. Les alchimistes taoïstes ont été des pionniers. Shennong est réputé avoir goûté de nombreuses substances pour tester leurs vertus médicinales, suite à quoi il a écrit une des premières pharmacopées incluant 365 remèdes issus de minéraux, plantes, animaux.

Les Chinois inventèrent de nombreux systèmes techniques, comme la brouette, l’horloge mécanique etc.

Cependant, loin d’être un progrès continu, l’état social de la Chine était explosif du fait des exactions des grands seigneurs féodaux. L’état de nomadisme dans lequel étaient jetés les paysans expropriés, le paupérisme croissant de la paysannerie, maintenaient le pays dans un état d’anarchie permanent. Bandit devient synonyme de rebelle et dans cet état de décomposition du système impérial, chaque aventurier pouvait être sûr de recruter une armée et se poser en prétendant à l’empire. Après la prise de la capitale de l’empire Tchang-ngang (23 de notre ère) et la mort de Wang-Mang qui, fidèle en son origine surnaturelle, s’obstinait à implorer le Ciel pour éloigner les armées rivales, les candidats à la succession noyèrent l’insurrection dans le sang. L’empire des Han postérieur (25-220 de notre ère), après une courte période d’essor économique et culturel, connut le même processus de décomposition. La concentration et le regroupement des terres entre les mains des propriétaires fonciers prirent des proportions inouïes. Les paysans asservis cultivaient la terre pour des « maisons puissantes » qui possédaient des centaines de milliers de « mou ». La ruine de la paysannerie était telle qu’une partie des lettrés eux-mêmes demandaient la limitation de la propriété foncière. C’est dans cette atmosphère de décomposition du pouvoir impérial qu’éclata la grande insurrection populaire des Turbans Jaunes qui, par son inspiration taoïste, devait donner aux revendications paysannes un caractère de radicalisme révolutionnaire inconnu jusqu’alors. Elle dura près d’un quart de siècle et ne fut réprimée qu’au prix d’efforts incessants de la part du gouvernement central. Parallèlement éclata, dans l’ouest de la Chine, l’insurrection des Cinq Boisseaux de Riz ; elle devait donner naissance à un État d’un type nouveau fondé sur des principes moraux communautaires.

Vers le début de l’ère chrétienne, la concentration des terres, l’accroissement des impôts, le luxe et la corruption de la Cour impériale provoquèrent une série de révoltes populaires qui, après les réformes sociales d’un usurpateur, Wang-Mang, aboutit à un soulèvement armé général. C’est la révolte des Sourcils Rouges (18 après notre ère). Elle n’est le début et le signal d’une révolte sociale générale… Ce premier échec de la perspective de révolution sociale entraînera un recul idéologique (idéologie du renoncement au monde matériel) marqué par le développement du bouddhisme (débuts en 65 après Jésus Christ). Cependant le bouddhisme est dans la lignée des nouvelles idéologies bourgeoises. Le bouddhisme, avec son esprit de prosélytisme, encourageait notamment le commerce maritime que le brahmanisme réprouvait ; selon Manou, l’individu qui va sur la mer est exclu des banquets funéraires.

En 184 après Jésus Christ, la révolution bourgeoise semble prête à prendre le pouvoir sur toute la Chine au travers de la lutte des Turbans Jaunes. Au printemps de l’an 184, Zhang Jiao, fondateur de la secte taoïste Taïping (« grande paix » qui régnera quand les Han seront éliminés), soulève le peuple chinois contre la dynastie Han, jugée décadente et corrompue. Les partisans de Zhang arborent sur leur front un foulard jaune (huángjīn) en signe de ralliement, ce qui donna son nom à la révolte Huáng jīn zhī luàn des turbans jaunes. Les chefs féodaux, dans un dernier sursaut violent, parviennent cependant à l’écraser dans le sang.

Assiégés, les Han lancent un appel à l’aide et ordonnent une campagne contre les Turbans jaunes qui se comptent par centaines de milliers. De puissants et célèbres généraux répondent à cet appel. Les Turbans Jaunes vont se dissoudre avec la mort de leur chef. Le commandant des forces impériales, He Jin, mate le reste de la rébellion. Zhang Bao et Zhang Liang sont eux aussi tués au combat. Des insurrections sporadiques persisterons néanmoins jusqu’en 192. L’échec de la tentative de renversement de la féodalité et d’avènement de la bourgeoisie chinoise dans sa tentative d’arriver au pouvoir, avec l’écrasement de la révolution des Turbans jaunes au 2ème siècle avant J.-C, sonne le glas de la supériorité (économique, social et culturelle) de la Chine, les féodaux ayant détruit le pays pour conserver leur mainmise sociale.

En 184, révolution des Turbans jaunes qui marque la fin de l’empire des Hans. Au printemps de l’an 184, Zhang Jiao, fondateur de la secte taoïste Taiping (« grande paix » qui régnera quand les Han seront éliminés), soulève le peuple chinois contre la dynastie Han, jugée décadente et corrompue. Les partisans de Zhang arborent sur leur front un foulard jaune (huángjīn) en signe de ralliement, ce qui donna son nom à la révolte des turbans jaunes. Assiégés, les Han lancent un appel à l’aide et ordonnent une campagne contre les Turbans jaunes qui se comptent par centaines de milliers. De puissants et célèbres généraux, tels que Yuan Shao, Cao Cao, Sun Jian et Ma Teng répondent à cet appel. De son côté, le général Lu Zhi recrute des volontaires. Parmi eux, Liu Bei, Guan Yu et Zhang Fei qui, selon l’Histoire des Trois royaumes, se jurent fraternité et s’en vont combattre les Turbans jaunes. Ils viennent en aide au général Dong Zhuo. Les frères de Zhang Jiao, Bao et Liang, sont battus par Cao Cao et Sun Jian. Le destin a voulu que Zhang Jiao meure la même année de maladie, ironie du sort pour celui qui s’appelait « le grand guérisseur ». Les Turbans Jaunes vont se dissoudre avec la mort de leur chef. Le commandant des forces impériales, He Jin, mate le reste de la rébellion. Zhang Bao et Zhang Liang sont eux aussi tués au combat. Des insurrections sporadiques persisteront néanmoins jusqu’en 192. Ce soulèvement est un des facteurs de la chute des Han.

De violentes révoltes marquèrent la fin de la dynastie des Han postérieurs. En 190, le palais de Luoyang fut pillé et incendié, les trésors et les œuvres d’art que les Han accumulaient depuis 200 ans furent détruits. La dynastie fut définitivement emportée par l’insurrection des Turbans Jaunes, qui fut un soulèvement paysan d’une très grande ampleur mené par le prophète taoïste Zhang Jiao. Ce soulèvement était dirigé contre toutes les institutions administratives et gouvernemental ; contre l’Empire Han qu’ils jugeaient corrompu. Pour réprimer le mouvement, les chefs de guerre procédèrent à la formation d’armées autonomes qui ne répondaient qu’à leurs chefs et non plus à l’empereur. Des généraux s’illustrèrent, dont Cao Cao (115-220), désireux de profiter de l’instabilité du pouvoir pour se tailler une part du royaume. À ce moment, même si le dernier empereur des Han n’avait pas encore été déposé, les chefs militaires détenaient la réalité du pouvoir. Ce fut à la fin du IIe siècle que les empereurs Han perdirent toute autorité. À la cour à Luoyang, les dirigeants se disputèrent le pouvoir jusqu’à ce que Cao Cao s’y rende à la tête de ses troupes afin de se proclamer Protecteur du trône. La Chine se fragmenta alors en unités politiques rivales dont les conflits plongèrent le pays dans une anarchie durable. Ici débuta la période des Trois Royaumes, et le commencement de nombreuses années d’instabilité politique.

Etienne Balazs dans « La bureaucratie céleste » :

« La crise sociale et la philosophie politique à la fin des Han « (...) Nous sommes au milieu du 2ème siècle. L’immense empire des Han jouit depuis de longues années d’une paix relative, la population a presque doublé depuis la restauration, aux environs de l’ère chrétienne et les richesses s’accumulent. Mais l’accumulation même de la richesse et la différenciation des professions qui marquent le passage d’une économie naturelle vers une économie d’échange ont comme rançon une plus grande inégalité dans la distribution des revenus et le renversement des rapports sociaux traditionnels. Le signe le plus évident de ce déséquilibre est l’affaiblissement du pouvoir impérial. (...) La pointe de la pyramide hiérarchique commence à s’ébrécher, et une lutte serrée s’engage pour l’exercice du pouvoir réel. (...) Tandis que l’avant-scène retentit des querelles des diverses fractions de la classe dirigeante, toute occupée à se tailler la plus grande part des revenus et sourde aux avertissements des philosophes, le peuple des campagnes se prépare à se soulever contre l’exploitation intolérable des grands propriétaires et les exactions vexatoires des mandarins. La population agricole, c’est-à-dire la presque totalité de la nation, vivait dans une misère indicible. Le paysan libre était en train de disparaître. Constamment menacé sur son lopin par la famine, les impôts, les corvées et pressuré par de multiples demandes des fonctionnaires mal payés, ou encore menacé d’expropriation par quelque grand seigneur désireux d’agrandir son domaine, il était condamné tôt ou tard à aller rejoindre les rangs du prolétariat agricole. (...) Cette énorme masse des meurt la faim et des cul-terreux vit dans une sourde fermentation, travaillée depuis une dizaine d’années par les émissaires d’une nouvelle foi : la « Voie de la Grande Paix » taiping dao. (...) Ils ne se contentent plus d’annoncer à leurs adeptes la venue d’une nouvelle ère, celle de la prospérité, de l’âge d’or de l’égalité, car c’est le véritable sens de l’expression Taiping (...) ils les organisent en de véritables phalanstères, des communautés rustiques (...). Et ils mettent sur pied une étonnante organisation militaire en trente-six divisions qui, mises en branle le jour de l’an 184, occuperont le pays en une marche foudroyante. (...) Les turbans jaunes – c’est le nom le plus connu de la secte à cause du jaune qu’ils portent en tant que couleur symbolique de la terre - vont mettre à feu et à sang toute la Chine du Nord. De deux foyers, les régions les plus peuplées du bas Fleuve Jaune et du Sichuan, la révolte se propage comme une traînée de poudre et gagne toute la Chine (...). Les premiers actes, et combien significatifs, de cette énorme jacquerie mi-sociale mi religieuse seront de prendre d’assaut les préfectures et sous-préfectures, de tuer ou de chasser les fonctionnaires, d’en nommer d’autres, de lever des impôts et de réparer les chemins. (...) La répression est féroce, elle fait, au cours de la seule année 184, un demi million de victimes. (...) Le pays est bouleversé de fond en comble par le combat entre troupes impériales et Turbans Jaunes, battus sur un point pour se retrouver plus nombreux sur un autre. C’est l’exode des riches et des lettrés vers un coin tranquille, la fuite éperdue des vagabonds et des réfugiés : des masses humaines se déplacent dans toutes les directions. (...) Les dirigeants se ressaisissent et organisent des expéditions punitives. (...) C’est l’heure des militaires, la lutte de tous contre chacun (...) jeu sanglant de l’élimination des concurrents dans la course effrénée au pouvoir. Cette lutte durera encore pendant une génération et transformera la Chine d’un puissant empire en un vaste cimetière. »

Le pays le plus riche du monde s’est transformé dans le plus grand cimetière du monde mais la féodalité a durablement vaincu la bourgeoisie.

Cela n’empêche pas des tentatives de moins grande ampleur…

De 617 à 623, une guerre civile se développe en Chine. La tyrannie de Yang Ti est renversée par une révolte populaire, dirigée par Li-Huan T’ang qui, aidé par son fils Tai Tsong, conquiert progressivement le pouvoir royal.

En 756, échec d’une révolte populaire contre l’Empereur en Chine.

En 764, nouvel échec d’une révolte générale en Chine.

Le IXe siècle fut jalonné de révoltes paysannes réprimées dans le sang ; au cours de la plus importante, qui dura six ans (874-880), eut lieu la prise de Canton, avec le massacre de cent vingt mille étrangers. La capitale fut sauvée in extremis grâce à l’aide des Turcs, mais la dynastie des Tang devait néanmoins sombrer en 907 dans le désordre général. La Chine allait connaître alors un nouveau morcellement (période des Cinq Dynasties) jusqu’à l’arrivée des Song.

Une révolte paysanne, d’abord victorieuse, est écrasée en Chine, vers 861.

De 874 à 883, les paysans se soulèvent contre la classe dominante. Ils conquièrent de larges fractions du territoire, y compris la capitale. Ils partagent les biens entre les pauvres. Mais, ils sont finalement écrasés par les armées de l’Empereur.

En 874, une immense révolte paysanne, dirigée par Wang Sien-tche (marchand de sel), secoue le Hebei et le Shandong. Le gouvernement impérial débordé, arme des milliers de paysans des provinces voisines pour écraser la jacquerie mais ceux-ci se joignent bientôt au soulèvement dont la puissance est telle que le commerce cesse, que le pouvoir politique commence à se disloquer... En 875, Houang Tchao (riche contrebandier du sel) rejoint les insurgés avec sa forte bande de paysans et d’anciens contrebandiers. En 878, il prend le commandement de tous les insurgés après la mort au combat de Wang Sien-tche.

Au lieu de commencer à construire un autre pouvoir politique, il écume la Chine, de province en province, s’en prenant à tout ce qui symbolise l’éclatement de la société traditionnelle chinoise (développement des villes, du commerce, d’une couche sociale enrichie, d’étrangers...). Faute de dirigeants politiques, il s’agit plus d’une jacquerie que d’une révolution.

Sous les dynasties des Sui et des Tang, l’économie fut très prospère, les échanges avec l’étranger fréquents, les réussites dans les domaines scientifique, technique et culturel brillantes. La calligraphie, la peinture et la sculpture s’épanouirent. Les poèmes des Tang marquent l’apogée de la poésie chinoise avec les noms de Li Bai et Du Fu. La prose connut un grand succès, et Han Yu et Liu Zongyuan en furent des représentants remarquables. La dynastie des Tang est la plus puissante des dynasties chinoises, et la Chine est à cette époque un des pays les plus prospères dans le monde.

Le féodalisme des seigneurs de la guerre, honnis par les paysans, les artisans et les bourgeois, va se maintenir, imposant à la Chine des massacres et des destructions sans fin, ponctionnant toutes les richesses, empêchant la Chine de jouer le rôle dirigeant du monde qui semblait se profiler...

A plusieurs reprises, la société chinoise a considérablement reculé parce que le régime a préféré le massacre que le risque de révolution sociale. (voir le chapitre « Les révolutions de l’Antiquité », les événements de la révolution des Turbans Jaunes.)

Par exemple, sous la dynastie des Tchéou, selon Maspéro, on disait « Quand le mur d’une ville dépasse trois mille pieds de long (environ 600 mètres ) , c’est un danger pour l’État. »

La bourgeoisie chinoise avait un développement économique qui dépassait de loin celui des bourgeoisies européennes et se heurtait à la puissance des régimes de l’empire du Milieu. Le slogan favori des empereurs chinois n’était-il pas « ne pas laisser s’installer le chaos » ? Et, s’ils n’ont jamais réussi, ni par la muraille de Chine ni autrement, à se protéger des attaques extérieures, ils ont parfaitement réussi en maintenant toujours un fort pouvoir central, à renvoyer la bourgeoisie chinoise dans les filets, maintenant ainsi l’ordre féodal. Le roi Gengis Khan ne déclarait-il pas qu’en entrant dans une ville, il tuait mille bourgeois et avait ainsi la paix pour mille ans ? C’est donc la force de l’Etat chinois, et non la force de la bourgeoisie européenne – la bourgeoisie était bien plus riche et entreprenante -, qui explique le retard pris par la Chine sur l’Europe. La classe dirigeante européenne, féodale, avait besoin pour maintenir un pouvoir central, de s’appuyer sur l’essor économique des villes et sur la bourgeoisie, développant ainsi ses propres fossoyeurs.

Dès lors, l’éveil des bourgeoisies occidentales va leur permettre de refaire leur retard, de conquérir le pouvoir en Europe de l’Ouest et d’en tirer une domination mondiale, en intervenant notamment en Chine par des guerres successives (guerres dites de l’opium notamment) pour que l’Empire du Milieu n’émerge pas...

Sous les coups des impérialismes occidentaux, l’empire du Milieu, la première puissance économique mondiale au quinzième siècle, avec un PIB représentant 25% du PIB mondial, a fini par ne plus représenter que 4,5% de ce PIB mondial en 1950.

Quand la Chine dominait l’Océan indien

En 1405, une gigantesque expédition quitte le port de Nankin avec 317 vaisseaux et 28 000 hommes embarqués. Les navires mesurant 120 mètres de long et 50 mètres de large témoignent de l’avance technique de la première puissance économique mondiale. A titre de comparaison, la Santa Maria de Christophe Colomb mesurait 39 mètres de long. Ces « bateaux-trésors », comme ils étaient surnommés, comptaient 9 mâts non alignés et 12 voiles carrées de soie rouge. Equipés de luxueuses cabines et de salles éclairées de baies, ils étaient de véritables palais dignes des fils du Ciel. Les navires qui les accompagnaient remplissaient diverses fonctions : navires pour le transport des marchandises et de la nourriture, bateaux pour chevaux, vaisseaux de guerre, petits bateaux rapides pour la chasse aux pirates, et navires pour le transport d’eau capables d’assurer un long approvisionnement supérieur à un mois. Une flotte à la mesure de son chef, l’amiral et eunuque Zheng He, un colosse de presque deux mètres de haut qui aurait pu devenir le Christophe Colomb chinois. Une flotte à la mesure d’une puissance qui possédait plusieurs siècles d’avance sur la technologie européenne, et était capable de construire dans de gigantesques bassins de radoub 1 681 navires en trois ans. Une armada auprès de laquelle les trois caravelles de Colomb font figure de nains.

En sept voyages, Zheng He explore la côte des Indes, l’Arabie jusqu’à Djeddah dans la mer Rouge, puis l’Afrique dont il rapporte girafes et zèbres qui deviendront le symbole de la chance dans l’empire du Milieu. Lui, ou l’un de ses capitaines, atteint l’Australie bien avant James Cook. Un ancien officier de la Royal Navy, Gavin Menzies, va même jusqu’à affirmer que Zheng He a découvert l’Amérique entre 1421 et 1423, ce qui expliquerait, selon lui, l’apparition des éléments bouddhistes dans l’art maya, l’extraordinaire habileté du travail du jade chez les artisans olmèques, l’étonnante correspondance entre les calendriers chinois et maya et des épaves retrouvées aux quatre coins du globe qui pourraient fort bien s’apparenter aux jonques chinoises. Des expertises ADN auraient même établi que des peuplades d’Amérique descendraient de colonies laissées par la flotte impériale. Ces arguments n’ont pas convaincu la communauté scientifique mais ont le mérite de relancer la question de savoir pourquoi la Chine n’a pas transformé cet essai et a ainsi laissé passer l’occasion de devancer l’Occident dans la conquête du globe. En 1436, en effet, un nouvel empereur insensible à cette ouverture de la Chine au monde extérieur décrète l’interdiction de la construction de navires au long cours. L’édit hai jin met fin à des dépenses jugées inutiles. Rapidement, la navigation de haute mer est interdite et on condamne à mort ceux qui construisent des bateaux de plus de deux mâts. Zheng He, décédé en mer pendant son dernier voyage, ses navires pourrissent à quai et on brûle ses livres de bord. Comme pour effacer le souvenir de ce qui s’était passé de crainte que les générations à venir ne soient tentées de renouveler pareille folie.

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