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Le communisme, une fiction ?

jeudi 28 février 2008, par Robert Paris

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Van Vogt, auteur de science fiction, polémique sur la possibilité d’une société communiste sans Etat

Présentation du texte de Van Vogt

Dans le texte qui suit, écrit en postface à « Les joueurs des à», suite du fameux ouvrage de science fiction, le « Monde des à», Van Vogt discute l’idéal communiste. Le « Monde des à» a été écrit à partir de 1948, en pleine vague anti-communiste aux USA. Il y parle de « cités vénusiennes qui n’ont pas d’équivalent dans la galaxie. Elles sont disposées autrement, organisées autrement. Tout est gratuit, nourriture, transport, logement, tout. (…) Personne ne semblait y disposer d’une autorité (…) Les vénusiens non-à étaient des individus pleinement responsables. » Dans ce roman, Vénus est la planète qui connaît une société sans Etat et qui s’oppose à la formation d’un grand empire tentée par un dictateur qui veut conquérir le monde … intergalactique. La postface du « Monde des à», écrite beaucoup plus tard, à la fin des années soixante, au moment où la jeunesse américaine retrouvait le chemin des idées communistes révolutionnaires, on staliniennes, dans la foulée de la lutte contre la guerre du Vietnam, contre l’oppression des Noirs et contre l’impérialisme US. Il développe des idées hostiles à l’idée d’une société supérieure au capitalisme. Bien évidemment, pour Van Vogt, le summum de l’idéal communiste réside dans les Etats staliniens, URSS et Chine, qui sont aux antipodes de tout objectif d’une société débarrassée de l’Etat, de l’oppression des travailleurs, des frontières ou du nationalisme. L’Etat stalinien, très loin de l’objectif communiste de l’Etat en voie de disparition, est l’Etat hypertrophié, remplaçant de l’oppression de classe par celle d’une bureaucratie étatique. Quant aux USA dont Van Vogt défend l’idéal, ils sont loin d’avoir souhaité la chute du stalinisme puisqu’ils sortaient à peine d’une époque où le stalinisme venait de sauver le monde capitaliste des dangers du communisme réel, c’est-à-dire des risques de la révolution prolétarienne, à la fin de la guerre mondiale. L’intérêt de cet écrit ne réside pas dans la connaissance profonde qu’aurait Van Vogt des idées communistes, ni dans des arguments anti-communistes particulièrement originaux. Au contraire, ce qui en fait l’intérêt, c’est le contenu d’arguments anti-communistes simples et classiques qui mérite d’être discutés. Et d’abord, ce qui frappe, c’est le désir d’estimer si la société communiste serait plus efficace sans changer de société. Or, l’idéal communiste n’a aucun sens sans changer de société. Ainsi, Van Vogt n’envisage jamais que le but actuel de la société moderne est l’intérêt d’une classe dirigeante et qu’avant la suppression de l’Etat, l’idéal communiste signifie la fin d’une société au service d’une minorité d’exploiteurs, la suppression de la société divisée en classes. Ensuite, Van Vogt suppose que le rôle de l’Etat actuel, ou des Etats de l’Histoire, est de régler les problèmes de la société civile, de rendre les relations entre les hommes plus pacifiques. Or, toute l’Histoire aussi bien que la vie moderne montre qu’il n’en est rien. L’Etat n’est certes pas le policier qui fait traverser les personnes âgées et les enfants dans les clous, et n’est pas non plus cette fonction visant à protéger l’individu contre ses congénères aliénés, comme l’imagine Van Vogt, mais cette « bande d’hommes en armes au service de la classe dirigeante », comme l’appelait Friedrich Engels. Loin de pacifier la société, les Etats ont surtout comme rôle de monopoliser la violence et de l’exercer aux dépens des individus et non de les protéger. Ce sont les classes et leurs luttes qui permettent de comprendre le sens de l’apparition de l’Etat. Dans des sociétés sans classes, on n’a jamais connu d’Etat. Et même des sociétés où les classes étaient apparues n’ont pas connu immédiatement l’apparition de l’Etat, ce pouvoir se plaçant au dessus de la société civile et vivant à ses crochets. Elles l’ont généralement payé cher, puisqu’elles ont été balayées par la révolte des classes opprimées. C’est dire que l’Etat est apparu d’abord et avant tout comme nécessité pour calmer les révoltes et non pour calmer les aspirations violentes des individus. Estimer la possibilité d’une société sans classe à des comportements individualistes courants dans notre société, c’est appréhender une autre société comme si elle ne pouvait qu’être fondée sur des hommes ayant des comportements identiques aux nôtres. L’étude du futur est difficile, même pour des grands auteurs de science fiction. Elle est carrément impossible si on n’essaie pas de faire preuve d’un peu d’imagination sociale et humaine. Le passé, par contre, nous enseigne déjà que les individus se comportent différemment dans une société sans classe et sans Etat que dans la société moderne.

Postface au « Monde des à» « Dans cette suite du « Monde des à», il y a une idée à laquelle le lecteur risque de ne pas prêter autant d’attention que je le souhaiterais. Je fais allusion à la société sans Etats qui existe sur la Vénus non aristotélicienne (non-Ã). Il en était déjà question dans le « Monde des à», mais elle y était considérée comme un but suprême et lointain, un rêve, un prix pour lequel luttaient les hommes et les femmes qui devaient s’entraîner, et prouver qu’ils l’avaient fait avant d’aller là-bas. Où veut-il en venir ? se demandera-t-on . Pour bien des peuples, le plus grand rêve du monde, au cours de ce demi-siècle, auquel croient aujourd’hui des millions de Russes et de Chinois et qu’ils espèrent réaliser est l’idéal communiste de la disparition de tout gouvernement, c’est-à-dire d’une société sans Etat. Quand j’ai conçu la lointaine utopie de Vénus, dans les récits du « Monde des à», mon propos était d’étudier discrètement cette admirable possibilité. Ce qui m’intéressait avant tout, c’était ce que nous deviendrions, vous et moi, quels êtres nous serions si ce rêve devenait réalité. (…) Si le lecteur le permet, je vais supposer qu’il n’a pas pu se faire une opinion sur ma société sans Etat. Alors, je vais m’en expliquer. Afin de comprendre un tel rêve – la disparition de tout gouvernement -, nous devons avant tout examiner les gens qui nous entourent, et chercher comment ils pourraient s’intégrer, aujourd’hui, dans un monde sans Etats. L’année dernière, une femme que je connais a été battue par son fils de dix-huit ans. Rien d’extraordinaire à cela, semble-t-il. Un autre garçon du même âge insulte grossièrement sa mère à longueur de journée et menace de la battre. (…) Si nous n’avions pas déjà la triste preuve du contraire, nous pourrions imaginer une future société communiste comme une espèce de coopérative paternaliste, où chacun travaille pour la communauté. Chaque semaine, l’employé touche son salaire, le dépense dans les magasins de la société, et rentre chez lui, dans l’appartement appartenant à la société. Ce qui nous inquiète, c’est que, dans les années 30, plusieurs millions de personnes vivant dans cette « coopérative » et soupçonnées de ne pas vouloir travailler pour la coopérative furent « renvoyées », en un mot mises à mort. C’est la structure corporative russe, qui a tué un nombre incalculable d’hommes, qui doit éventuellement disparaître. Quels changements devront se produire dans le comportement avant que la chose puisse arriver ? Un soir, tout dernièrement, après avoir rendu visite à un ami, je voulus reprendre ma voiture mais quelqu’un s’était garé en double file et, comme il y avait une voiture devant moi et une autre derrière, je me trouvais totalement bloqué. Je dus attendre une heure (non, je ne prévins pas la police, et d’ailleurs, dans une société sans Etat, il n’y en aurait pas) avant que la voiture qui se trouvait devant moi s’en aille, me permettant de partir à mon tour. Je laissai un billet sous l’essuie-glace du coupable, le gourmandant gentiment pour son sans-gêne. Mon ami me rapporta plus tard qu’il avait vu de sa fenêtre le conducteur de cette voiture, un très jeune garçon, arracher mon petit mot, le rouler en boule, le jeter sans le lire et démarrer tranquillement. Est-ce que ce jeune homme, ou son homologue communiste, ferait preuve de plus d’égards dans mon Etat sans gouvernement ? Il serait présomptueux de répondre simplement à cette question par un oui ou un non. Il est fort douteux que quiconque puisse « prouver » la moindre chose concernant un rêve aussi mystique, aussi controversé. Pourtant, un activiste m’a récemment écrit textuellement : « Le monde doit être libéré, l’anarchie doit régner … Et Huey Newton dit que si vous ne faites pas partie de la solution, vous ne faites pas partie du problème… » Ainsi, le rêve existe dans l’esprit de ces jeunes gens incroyablement violents, justifiant en quelque sorte l’extrême intensité avec laquelle ils frappent et combattent toute société qui n’est pas encore la structure simple qui (croient-ils) doit exister … jusqu’à ce que tout s’effondre. Si vous parvenez à vous faire une idée favorable de Huey Newton, le chef des Panthères Noires, et de son comportement dans un Etat sans gouvernement, vous avez une âme plus simple et plus confiante que la mienne. Huey, dit-on, se croit prêt dans l’immédiat à toute espèce de liberté. Mais, hélas, il se trahit (…) par son attitude « noire-blanche ». (…) Il est permis de penser que, jusqu’à ce jour, nous avons eu des gouvernements parce que les gens sont ce qu’ils sont. Personne n’a décidé un beau matin de fonder une force de police et de voter des lois. En étudiant l’histoire de l’homme, grâce au cerveau curieux des anthropologues et autres savants, on constate tristement que, il y a bien longtemps, tout groupe ethnique se protégeait de ses éléments aliénés, sinon les hommes de valeur étaient assassinées et les femmes violées. Avec le temps, le rôle protecteur fut délégué aux forces spécialement entraînées et elles finirent par avoir leur propre impact à tête d’hydre. La question est d’autant plus confuse que, aujourd’hui, on a réellement besoin de changement. Les peuples devraient avoir leur part égale des biens de la planète. Alors comment résoudre ce problème ? Je dirai tout de suite que, pour parvenir à l’égalité, il ne suffit pas d’une bande de jeunes en colère (…) Mao savait ce qu’il faisait (en enrôlant des jeunes de moins de quinze ans dans son armée rebelle en 1934). Pour preuve le fait qu’il tenta récemment de répéter ses succès d’antan en lâchant les Gardes Rouges de treize à quatorze ans sur ses anciens camarades, dans sa lutte pour le pouvoir. (…) Certains rapports nous apprirent plus tard que leurs groupes avaient été dispersés, que les jeunes combattants se retrouvaient dans les camps de travail, et que ceux qui résistaient avaient été exécutés. Quelles sont les chances de disparition d’une structure corporative instaurée par des assassins rusés comme Mao ? (…) Dans la structure corporative soviétique, nous observons que ses séides et hommes de lige mangent mieux, voyagent plus souvent, et toujours en première classe, vivent dans des quartiers plus agréables, travaillent moins péniblement et bénéficient d’une forte importance-ego. (…) Dans « Les joueurs du à», on a lu l’histoire la plus fantastique et « hors de ce monde » que j’aie écrite durant une vie de rêves fantastiques. Cependant, sous la scintillante folie, on pourra découvrir une société sans Etat, et ce qu’elle nécessiterait pour pouvoir exister. Elle devrait avant tout trouver des gens qui sachent résoudre les problèmes, par profession, qui n’exigent pas pour eux-mêmes des plaisirs qu’ils dénient aux autres, et qui soient totalement non-aliénés. Je crois que ces exigences fermeraient la porte à tous les activistes de ma connaissance et enrichiraient toutes les hiérarchies de tous les Etats communistes du monde. A quel prix, cet Etat sans gouvernement ? Cher lecteur, contemplez (chaque fois qu’elle sera visible) la Vénus non aristotélicienne. » A E. Van Vogt

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