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Accueil du site > 03 - Livre Trois : HISTOIRE > 3ème chapitre : Révolutions bourgeoises et populaires > La disparition soudaine de la civilisation des Anasazis

La disparition soudaine de la civilisation des Anasazis

samedi 19 mai 2012, par Robert Paris

Le canyon de Chelly a abrité pendant des centaines d’années un peuple immense sédentarisé dans des villes de grottes dans les falaises jusqu’à ce que...

Les causes de la disparition soudaine de la civilisation des Anasazis du canyon de Chelly (issus d’une civilisation qui s’était développée dans les États actuels du Colorado, de l’Utah, de l’Arizona et du Nouveau-Mexique)

Les Anasazis occupèrent le Canyon de manière continue depuis le début de l’ère chrétienne jusque vers 1300. L’âge d’or des Anasazis du Canyon de Chelly se situe de 1100 à 1300. Un millier de personnes devaient occuper les différents villages du Canyon. Les sites les plus connus sont White House, Antelope House et Mummy Cave. Les Anasazis désertèrent la région pour des raisons mal connues. Les Anasazis, répartis en plusieurs groupes indépendants dans les futurs États du Colorado, de l’Utah, de l’Arizona, du Nevada et du Nouveau-Mexique, succèdent au VIIIe siècle apr. J.-C. aux Basketmakers, les « vanniers », implantés dans ces territoires montagneux et semi-arides quelque temps avant l’ère chrétienne. La sédentarisation progressive de ces chasseurs-cueilleurs, liée au développement de l’agriculture, aboutit à l’émergence d’une nouvelle culture dite de Pueblo, en référence aux villages constitués de maisons en briques de terre que les Anasazis du Mesa Verde installent à l’abri des falaises des grands canyons d’une région accidentée et verdoyante située au cœur du désert du Colorado.

Bien que les hommes soient les seuls à pénétrer dans la kiva, édifice en partie souterrain où se pratiquent les rites sacrés, la société des Anasazis s’organise selon un système matriarcal (le couple s’installe sur le lieu de résidence de la mère de l’épouse) et matrilinéaire. Ce sont les femmes qui possèdent le patrimoine familial, maison et champs, où sont cultivés la courge, le maïs et le haricot importé de la Méso-Amérique, dont l’influence a toujours été essentielle dans l’évolution matérielle des Anasazis.

Si la période Pueblo II (de 900 à 1100) marque une apogée qui coïncide avec l’apparition du coton et se manifeste par un enrichissement de la parure, Pueblo III (de 1100 à 1300) connaît un refoulement des divers Anasazis dans le seul Mesa Verde et le retour à un habitat troglodyte rudimentaire. Les causes de cette régression et de l’exode définitif au XIIIe siècle restent indéterminées, les spécialistes avançant plusieurs hypothèses : une catastrophe naturelle, la surpopulation ou des agressions extérieures. Vers 1300, ils sont soudain partis vers le sud en abandonnant leurs terres, leurs villages, leurs champs et les tombes de leurs ancêtres. Nous ne savons pas pourquoi. La sécheresse, la guerre, la dégradation de leur environnement ? Aucune de ces théories ne l’explique de façon satisfaisante.

Une énigme

Voici encore un exemple qui met en cause les thèses dominantes sur la chute des civilisations…

Deux thèses dominent : le cas de la civilisation battue de manière guerrière par une autre civilisation et le cas de la civilisation qui a épuisé ses ressources écologiques. On se souvient du dernier livre de Jared Diamond qui a particulièrement développé cette dernière thèse dans les cas des Vikings, du peuple des pierres dressées de l’ile de Pâques et des Mayas.

Nous avons eu sur ce site bien des fois l’occasion de discuter sur le fait que nombre de civilisations ont disparu sans être écrasées par des guerres et sans tomber du fait de catastrophes climatiques et écologiques contrairement à ce que prétend la thèse dominante actuellement. Nous en donnons un nouvel exemple aujourd’hui : celui de la civilisation des Anasazis du canyon de Chelly. Cette civilisation a disparu brutalement sans conserver la moindre activité, sans même la présence d’aucune population dans la même région.

À partir de 1300, les Anasazis se réfugièrent dans la vallée du Río Grande et au centre de l’Arizona. On finit par perdre leur trace avant l’arrivée des Européens. Les causes de cet exode restent mystérieuses : un changement climatique a-t-il touché les récoltes ? L’environnement s’est-il soudainement dégradé (déforestation, manque de terres cultivables) ? La pression démographique est-elle devenue trop forte (surpopulation) ? Des problèmes d’ordre politique sont-ils apparus ? Des guerres ont-elles ruiné la région ? En l’absence de documents écrits et en l’état des connaissances actuelles, il est difficile de répondre à ces questions.

De nombreuses hypothèses ont été envisagées : guerre, disparition des ressources liée à la sécheresse,…

Mais ces hypothèses sont contredites par des observations. En effet, cette civilisation s’est « arrêtée » d’un seul coup et non progressivement. Les habitants ont brutalement laissé tout en plan, avec même de la nourriture dans les assiettes… On n’a pas retrouvé des corps de personnes décédées. Pas d’armes non plus. Pas d’autre peuple vivant sur place ensuite…

Longtemps, c’est le départ de tout un peuple du fait de la sécheresse qui avait été retenu, mais les observations ont précisé la date de chute de la société comme celle de la période de sécheresse. Il en découle que la civilisation a disparu des dizaines d’années avant le commencement de la période de sécheresse.

Donc ? Les scientifiques déclarent qu’ils n’ont pas de thèse alternative et qu’il s’agit d’une énigme.

Les premiers Anasazis, dits culture de Pueblo I, sans renoncer à la chasse ni à la cueillette, se muent en agriculteurs. Ils bâtissent des hameaux de petites maisons dites maisons-puits, partiellement enfouies, préservant des grands froids et de la canicule , édifiées autour d’un foyer central , recouvertes d’un toit de terre et de branchages. Afin d’arroser leurs champs, ils installent un réseau d’ irrigation élaboré, savoir -faire peut-être emprunté à leurs voisins aztèques du Mexique, qui pompe l’ eau du Rio Grande et des autres rivières de la région ; barrages, canaux, réservoirs à pluie assurent des récoltes régulières. Ils ne possèdent pourtant que des instruments aratoires primitifs (houes, pelles, bâtons à fouir), car ils ne maîtrisent pas les techniques de la métallurgie.

Issus d’une culture de vanniers, les Anasazis tressent l’osier, le yucca et la fibre de sumac. Mais c’est dans la poterie qu’ils excellent, fabriquant divers ustensiles habilement décorés de simples motifs géométriques, puis de figures humaines et animales stylisées. Selon les villages, les couleurs varient : noir et blanc dans le Colorado, noir et rouge dans l’Arizona, rouge et chamois dans l’Utah.

Les Anasazis ont des métiers à tisser, une activité masculine, à l’instar du tannage, qui leur fournit vêtements et couvertures , sandales et mocassins . Ils fabriquent du fil, de la ficelle, des cordages, travaillent la pierre et l’os pour faire des aiguilles , des flèches, des haches et des couteaux. Ils créent des instruments de musique et des bijoux, ornés de corail , de perles de cuivre, de coquillages et de turquoises , produits importés de Californie et du Mexique.

Tout cela arrive à dos d’ homme , car les Anasazis ne connaissent pas les animaux de trait. Ils se dotent d’un important réseau routier, dont 800 kilomètres ont été mis au jour , parfois simples sentiers, mais souvent routes de 10 mètres de large, étonnamment rectilignes, méprisant les obstacles naturels. La plupart relient entre elles les communautés anasazies, soit environ 30 000 personnes ; d’autres n’aboutissent en apparence nulle part. Sans doute s’agit-il de chemins de pèlerinage vers des lieux sacrés, portes invisibles de l’autre monde.

Pourtant, ce peuple entreprenant, industrieux, commerçant, ne connaît ni la roue , ni le fer, ni l’ écriture , ni la monnaie, critères qui, en principe, distinguent les peuplades primitives des civilisations établies. Mais comment qualifier les Anasazis de peuplade préhistorique ? Ces gens sans écriture ni métallurgie, adeptes du troc, maîtrisent, en revanche , des savoirs d’une extrême complexité, qui laissent les spécialistes perplexes.

Vers l’an 900, et pour deux siècles environ, période de Pueblo II, les Anasazis connaissent une expansion et une prospérité dont témoignent non seulement la richesse des parures et bijoux, mais surtout la transformation de leur habitat. Aux hameaux primitifs qui regroupaient quelques familles succèdent des villages, voire de petites villes comptant plusieurs centaines d’habitants, tel Pueblo Bonito, à Chaco Canyon, qui devient vers l’an mille le grand centre commercial de la région. De même à Mesa Verde, où s’édifie un complexe troglodytique.

L’édification de ces ensembles constitue une prouesse , si l’on songe aux efforts pour amener et hisser des matériaux de construction , entre autres des arbres destinés aux poutres des plafonds , coupés à plus de 100 kilomètres de là, dans les monts Chuska et San Mateo. Même en considérant que les Anasazis travaillent en équipes , l’exploit n’est pas mince et oblige à réviser les critères entre civilisés et primitifs. Même constat, d’ailleurs, s’agissant de leurs connaissances astronomiques telles qu’elles se révèlent à travers les pétroglyphes, peints ou gravés sur les parois rocheuses. Quoiqu’il faille opérer un tri entre les dessins d’origine et les oeuvres indiennes postérieures à l’ arrivée des Européens, ce qui explique la présence de chevaux, nombre d’oeuvres renvoient à une symbolique astronomique élaborée : rituels solaires des solstices et des équinoxes, comme au lieu-dit le Poignard du Soleil sur la butte Fajada ou à Hovenweep National Monument, calendriers , figuration du cycle draconitique de la lune, d’une durée de dix-huit ans et demi, témoignent d’une excellente observation des phénomènes célestes.

Pourtant, le monde anasazi cache des failles qui l’ont probablement conduit à sa perte. Dès les premières découvertes, les chercheurs , tout en admirant l’ingéniosité et le talent de ce peuple, se sont rendus à l’ évidence : parfaits pour se protéger des intempéries, constituant des citadelles naturelles à peu près inexpugnables, les grands sites retrouvés ont un point commun, celui d’être éloignés des terres agricoles et des terrains de chasse. Aller aux champs ou à la chasse a dû très vite devenir pénible. Pourquoi se compliquer ainsi l’ existence ? Pourquoi, au tournant du XIIe siècle, début de la période de Pueblo III, les Anasazis semblent-ils se replier sur eux-mêmes et sur quelques sites de Mesa Verde d’ accès presque impossible tandis que leur culture et leur civilisation périclitent ? Pourquoi, enfin, vers 1300, disparaissent-ils, abandonnant, presque du jour au lendemain, ces cités, laissant derrière eux toutes leurs richesses ?

Qui sont les Anasazis ?

Ancêtres des Pueblos, les Anasazis sont des successeurs des chasseurs-cueilleurs du Grand Bassin il y a dix mille ans. Leur existence est notée de l’année zéro par rapport à J-C jusqu’au treizième siècle où ils disparaissent complètement sans qu’aucune guerre ne l’explique.

Les Anasazis sont des Amérindiens du sud-ouest de l’Amérique du Nord qui étaient répartis en plusieurs groupes dans les États actuels du Colorado, de l’Utah, de l’Arizona et du Nouveau-Mexique. Leur civilisation, similaire à certaines autres cultures d’Oasisamérique comme les Hohokams et les Mogollon, a laissé de nombreux vestiges monumentaux et culturels sur plusieurs sites, dont deux sont classés sur la liste du patrimoine mondial établie par l’UNESCO. Ces vestiges témoignent d’une maîtrise de techniques de céramique, de tissage, d’irrigation, d’observations astronomiques et d’un système d’expression pictural.

Ce nom d’Anasazis n’est pas le leur mais celui donné par les explorateurs militaires américains en écoutant les guides navajos évoquer les sites archéologiques où ces pueblos vivaient. Anasazis veut dire anciens ennemis. Les Hopi appellent ce peuple Hisatsinom (Le Peuple de Jadis). Il semble en fait qu’ils s’appelaient To-when-an-ung-wa.

Les Anasazis, pour conserver le terme sous lequel tout le monde en parle, ont laissé de nombreux pétroglyphes dans le désert américain, sur des falaises en grès. Il s’agit de dessins plus ou moins stylisés, gravés par endroits sur la paroi des canyons. Certains de ces graffitis étaient peints directement sur la roche. Ils peuvent être isolés ou couvrir plusieurs mètres carrés.

Les archéologues ont retrouvé des vestiges de cette culture dans quatre états américains : l’Arizona, l’Utah, le Nouveau-Mexique et le Colorado. Comme ces états se touchent par un coin, on désigne cette région sous le nom anglais de Four Corners (région des « Quatre Coins »). Si les paysages de ces contrées sont grandioses, les conditions naturelles y rendent la vie difficile : l’aridité marque la plupart des espaces, qui prennent un aspect désertique (désert de Sonora) ou semi désertique. Les deux plus grands fleuves coulent du nord vers le sud et sont le Río Grande, se jetant dans le golfe du Mexique, et le Colorado qui se jette dans le golfe de Californie. Les arroyos sont des cours d’eau temporaires qui se remplissent au moindre orage. Cependant, les Anasazis savaient utiliser les ressources naturelles et respecter l’équilibre de l’environnement. Ils cueillaient par exemple les feuilles du yucca pour les tresser. Ils maîtrisaient les techniques agricoles, l’irrigation, et se sont adaptés aux contraintes du milieu. Les produits qu’ils ne trouvaient pas sur place étaient importés d’autres régions.

. La société des Anasazis s’organise selon un système matrilocal (le couple s’installe sur le lieu de résidence de la mère de l’épouse) et matrilinéaire. Ce sont les femmes qui possèdent le patrimoine familial, maison et champs. Le mari doit intégrer le clan de sa femme. La femme peut divorcer. Les Anasazis savaient choisir des sites naturels exceptionnels pour s’installer : plusieurs villages ont été ainsi construits à l’abri d’imposantes falaises, au XIIIe siècle. Creusées dans les parois de gigantesques canyons, les habitations troglodytiques attirent toujours la curiosité des touristes. Ce type d’habitat présentait l’avantage d’offrir une protection contre la pluie ou la neige. L’orientation des villages préservait la communauté du froid en hiver et de la canicule en été. De plus, de tels sites constituaient un rempart naturel contre d’éventuelles attaques. En revanche, les champs étaient plus éloignés des habitations et moins accessibles pour leurs occupants. Agriculteurs sédentaires, les Anasazis cultivaient les champs proches de leurs habitations. Ils récoltaient le maïs, base de leur alimentation, les haricots, les courges, les calebasses et le tabac. Ces plantes étaient originaires de la Mésoamérique et occupent une place fondamentale dans les civilisations précolombiennes. Les champs s’étendaient sur les espaces plats (mesas, plaines…) jusqu’à 2 100 mètres d’altitude. Plus haut, les conditions climatiques rendaient la culture trop difficile. Leurs instruments aratoires étaient faits de pierre et de bois (houe, pelle, bâton à fouir…) : les Anasazis ne maîtrisaient pas les techniques de la métallurgie.

En revanche, ce peuple a progressivement adopté les techniques d’irrigation du Mexique : en puisant l’eau des fleuves (Rio Grande), et en constituant des réserves d’eau de pluie. La construction de petits barrages, de canaux et de réservoirs nécessitait une certaine organisation de la communauté.

Un peuple qui tisse le coton, qui a la maîtrise de l’irrigation, les maisons en pierres et à étages (Pueblo Bonito en compte cinq), les connaissances en astronomie, témoigne d’une culture dynamique et riche. Si l’on mesure les civilisations à leur degré d’urbanisation, il est certain que les Anasazis en font partie. Certaines agglomérations auraient compté six mille habitants. Les villages du Chaco Canyon étaient si rapprochés qu’ils formaient une conurbation rassemblant 15 à 30 000 habitants. Les Anasazis réussirent la prouesse de construire, dans des endroits difficilement accessibles, sans animaux de trait ni outils métalliques. Les grandes maisons de Chaco Canyon ont nécessité des centaines de millions de blocs de grès et des centaines de milliers de poutres.

Le climat aride de la région a permis la bonne conservation de milliers d’objets faits de fibres végétales : atlatl en bois, flèches en roseau, tissus en coton, ou animales : tendons, cuirs. De même, le milieu sec a préservé plusieurs squelettes qui ont été étudiés par les anthropologues, et qui donnent des renseignements sur la santé, l’alimentation et la morphologie des Anasazis.

L’histoire de ce peuple reste énigmatique, faute de témoignages écrits. Les travaux des archéologues permettent néanmoins d’entrevoir plusieurs phases chronologiques, dont les dates sont approximatives : la région du sud-ouest des États-Unis a d’abord été occupée par les peuples de la tradition Sohara (v. 5500 av. J.-C. – v. 400 ap. J.-C.). Les Anasazis succédèrent au VIIIe siècle ap. J.-C. aux Basketmakers, les « vanniers », implantés dans ces territoires montagneux et semi-arides, quelque temps avant l’ère chrétienne. La sédentarisation progressive de ces chasseurs-cueilleurs, liée au développement de l’agriculture, aboutit à l’émergence d’une nouvelle culture dite de Pueblo, en référence aux villages constitués de maisons en briques de terre que les Anasazis du Mesa Verde construisirent à l’abri des falaises des grands canyons, dans une région accidentée et verdoyante située au cœur du désert du Colorado. Les débuts (période Pueblo I, de 700 à 900) sont caractérisés par la construction de petites maisons isolées (« maisons-puits »), et par l’apparition de la culture du coton irriguée. Si la période Pueblo II (de 900 à 1100) marque un apogée qui se manifesta par un enrichissement des parures, Pueblo III (de 1100 à 1300) connut un refoulement des divers Anasazis dans le seul Mesa Verde, et le retour à un habitat troglodytique rudimentaire.

Les Anasazis succèdent au VIIIe siècle apr. J.-C. aux Basketmakers dans le Sud-Ouest. La sédentarisation progressive liée au développement de l’agriculture, aboutit à l’émergence d’une nouvelle culture dite de Pueblo, en référence aux villages constitués de maisons en briques de terre construites par les Anasazis. Les débuts (période Pueblo I, de 700 à 900) sont caractérisés par de petites maisons isolées et par l’apparition de la culture du coton et de l’irrigation. Ils s’installent en haut des mesas, dans des abris semi-enterrés. Si la période Pueblo II (de 900 à 1100) marque un apogée qui se manifeste par un enrichissement des parures, Pueblo III (de 1100 à 1300) connaît un refoulement des divers Anasazis dans le seul Mesa Verde et le retour à un habitat troglodytique rudimentaire.

Il faut attendre le Xe siècle pour que les Anasazis descendent et bâtissent dans le Chaco Canyon. C’est à partir de cette époque qu’ils construisent des grands ensembles de bâtiments tels que Penasco blanco (900-1125), Chetro Ketl (à partir de 900), Keet Seel (occupé vers 950), Pueblo Bonito (à partir de 960 : première section de 50 pièces disposées en arc de cercle.

Le XIe siècle voit une extension spectaculaire des routes depuis Chaco Canyon, qui témoigne d’un essor du commerce. Vers 1050, la communauté comptait entre 1500 et 5000 personnes. Elle importait des perles de cuivre, des aras et des coquillages. Il est également possible que les habitants aient construit un barrage à l’ouest du canyon durant ce siècle.

La thèse de la sécheresse

Si les réalisations de cette civilisation sont assez remarquables, leur disparition brutale ne l’est pas moins. On a longtemps attribué celle-ci à une sécheresse mais on s’est aperçus ensuite que la fin de cette civilisation avait précédé de nombreuses années la vague de sécheresse. D’autre part, après cette chute, il n’y a eu aucune société de remplacement dans cette région, ce qui aurait été le cas si elle avait été vaincue par des ennemis combattants.

L’auteur de l’ouvrage « Effondrement » étudie ensuite d’autres effondrements de civilisations comme celles des peuples d’une région allant du Mexique au Colorado. Jared Diamond dit : « Remarquons surtout que nous n’avons pas affaire à un seul effondrement, mais à plusieurs. Parmi les peuples de cette région qui connurent des effondrements locaux, des réorganisations radicales ou des abandons de cités en divers lieux et à différentes époques, on peut citer les Mimbres, vers 1130 après J.-C, les habitants de Chaco Canyon, de North Black Mesa et les Anasazis qui vécurent dans les plaines alluviales de la Virgin River au milieu ou à la fin du 12e siècle ; les habitants de Mesa Verde et les Anasazis de Kayenta vers 1300 ; le peuple de Mogollon vers 1400 ; et, peut-être aussi tardivement qu’au 15e siècle, les Hohokams, réputés pour leur système élaboré d’agriculture irriguée. (…) Pour quelles raisons tant de civilisations voisines ont-elles aussi souvent périclité et été affectées par autant de changements brutaux ? (…) Le cas d’abandon d’un site qui a été le plus souvent étudié est celui du Chaco Canyon, le plus spectaculaire et le plus vaste, qui rassemble un ensemble de villages anasazis, au nord-ouest du Nouveau-Mexique. La société anasazi de Chaco Canyon apparut vers l’an 600 après J.-C et perdura pendant plus de cinq siècles, jusqu’à sa disparition que l’on situe entre 1150 et 1200. Cette société était basée sur une organisation complexe, elle s’étendait sur une vaste zone géographique et elle s’était parfaitement adaptée à son environnement. Elle érigea les constructions les plus imposantes de l’Amérique du Nord précolombienne. (…) L’existence d’une population importante est prouvée non seulement par les fameuses « grandes maisons » (comme Pueblo Bonito) séparées d’environ un kilomètre et demi sur le versant nord du Chaco Canyon, mais aussi par la présence de trous creusés dans la falaise nord, et destinés à recevoir des poutres de charpente. Il existait donc une rangée continue d’habitations au pied des falaises entre les grandes maisons. (…) Cette importante population n’était plus en mesure de subvenir à ses propres besoins et elle était approvisionnée par des communautés satellites éloignées, construites dans des styles architecturaux similaires et reliées à Chaco Canyon par un réseau régional constitué de centaines de kilomètres de routes encore visibles aujourd’hui et dont Chaco Canyon était le centre. (…) Chaco Canyon devint un trou noir où des produits importés étaient engloutis mais duquel rien de tangible n’était exporté. (…) La société du Chaco Canyon se transforma en un petit empire, divisé en une aristocratie bien nourrie vivant dans le luxe et une paysannerie moins bien nourrie, chargée de travaux et de la production de nourriture. (…) Les grandes maisons se distinguaient par une architecture plus raffinée (…) beaucoup plus d’objets de luxe importés (…). La dernière construction mise à jour à Pueblo Bonito, et qui remonte à la décennie précédant l’an 1110, est un complexe d’habitations cernant la partie sud de la place centrale, qui auparavant était ouverte vers l’extérieur. Cette disposition de défense peut suggérer des conflits. (…) Sur d’autres sites anasazis, on trouve de plus nombreuses traces de conflits. (…) Sur ces sites du sud-ouest qui survécurent à Chaco Canyon (les colonies anaszis de Kayenta), jusqu’à une date postérieure à l’an 1250, de violents combats se déroulèrent, ainsi que le prouvent un grand nombre de murs défensifs, de douves et de tours, des amoncellements de petits casques (…) des villages brûlés, (…) des corps qui n’avaient pas été enterrés (…). Ces conflits résultent de l’instabilité politique générée par les problèmes environnementaux et démographiques. (…) On peut imaginer que les colonies qui avaient auparavant approvisionné les centres politiques et religieux de Chaco Canyon perdirent leur foi dans les prêtres du Chaco Canyon dont les prières pour la pluie demeuraient sans effet. Refusèrent-elles de livrer des produits alimentaires ? Un exemple peut éclairer la fin de l’occupation anasazi du Chaco Canyon : la révolte des indiens du Pueblo contre les Espagnols en 1680. A l’instar des centres anaszis du Chaco Canyon, les Espagnols obligeaient les fermiers locaux à leur fournir de la nourriture. Ces prélèvements de produits alimentaires durent acceptés jusqu’à ce qu’une sécheresse prive les paysans eux-mêmes de toute ressource alimentaire, et les pousse à se révolter. » Jared Diamond dit : « Remarquons surtout que nous n’avons pas affaire à un seul effondrement, mais à plusieurs. Parmi les peuples de cette région qui connurent des effondrements locaux, des réorganisations radicales ou des abandons de cités en divers lieux et à différentes époques, on peut citer les Mimbres, vers 1130 après J.-C, les habitants de Chaco Canyon, de North Black Mesa et les Anasazis qui vécurent dans les plaines alluviales de la Virgin River au milieu ou à la fin du 12e siècle ; les habitants de Mesa Verde et les Anasazis de Kayenta vers 1300 ; le peuple de Mogollon vers 1400 ; et, peut-être aussi tardivement qu’au 15e siècle, les Hohokams, réputés pour leur système élaboré d’agriculture irriguée. (…) Pour quelles raisons tant de civilisations voisines ont-elles aussi souvent périclité et été affectées par autant de changements brutaux ? (…) Le cas d’abandon d’un site qui a été le plus souvent étudié est celui du Chaco Canyon, le plus spectaculaire et le plus vaste, qui rassemble un ensemble de villages anasazis, au nord-ouest du Nouveau-Mexique. La société anasazi de Chaco Canyon apparut vers l’an 600 après J.-C et perdura pendant plus de cinq siècles, jusqu’à sa disparition que l’on situe entre 1150 et 1200. Cette société était basée sur une organisation complexe, elle s’étendait sur une vaste zone géographique et elle s’était parfaitement adaptée à son environnement. Elle érigea les constructions les plus imposantes de l’Amérique du Nord précolombienne. (…) L’existence d’une population importante est prouvée non seulement par les fameuses « grandes maisons » (comme Pueblo Bonito) séparées d’environ un kilomètre et demi sur le versant nord du Chaco Canyon, mais aussi par la présence de trous creusés dans la falaise nord, et destinés à recevoir des poutres de charpente. Il existait donc une rangée continue d’habitations au pied des falaises entre les grandes maisons. (…) Cette importante population n’était plus en mesure de subvenir à ses propres besoins et elle était approvisionnée par des communautés satellites éloignées, construites dans des styles architecturaux similaires et reliées à Chaco Canyon par un réseau régional constitué de centaines de kilomètres de routes encore visibles aujourd’hui et dont Chaco Canyon était le centre. (…) Chaco Canyon devint un trou noir où des produits importés étaient engloutis mais duquel rien de tangible n’était exporté. (…) La société du Chaco Canyon se transforma en un petit empire, divisé en une aristocratie bien nourrie vivant dans le luxe et une paysannerie moins bien nourrie, chargée de travaux et de la production de nourriture. (…) Les grandes maisons se distinguaient par une architecture plus raffinée (…) beaucoup plus d’objets de luxe importés (…). La dernière construction mise à jour à Pueblo Bonito, et qui remonte à la décennie précédant l’an 1110, est un complexe d’habitations cernant la partie sud de la place centrale, qui auparavant était ouverte vers l’extérieur. Cette disposition de défense peut suggérer des conflits. (…) Sur d’autres sites anasazis, on trouve de plus nombreuses traces de conflits. (…) Sur ces sites du sud-ouest qui survécurent à Chaco Canyon (les colonies anaszis de Kayenta), jusqu’à une date postérieure à l’an 1250, de violents combats se déroulèrent, ainsi que le prouvent un grand nombre de murs défensifs, de douves et de tours, des amoncellements de petits casques (…) des villages brûlés, (…) des corps qui n’avaient pas été enterrés (…). Ces conflits résultent de l’instabilité politique générée par les problèmes environnementaux et démographiques. (…) On peut imaginer que les colonies qui avaient auparavant approvisionné les centres politiques et religieux de Chaco Canyon perdirent leur foi dans les prêtres du Chaco Canyon dont les prières pour la pluie demeuraient sans effet. Refusèrent-elles de livrer des produits alimentaires ? Un exemple peut éclairer la fin de l’occupation anasazi du Chaco Canyon : la révolte des indiens du Pueblo contre les Espagnols en 1680. A l’instar des centres anaszis du Chaco Canyon, les Espagnols obligeaient les fermiers locaux à leur fournir de la nourriture. Ces prélèvements de produits alimentaires durent acceptés jusqu’à ce qu’une sécheresse prive les paysans eux-mêmes de toute ressource alimentaire, et les pousse à se révolter. »

Comment Jared Diamond exclue les systèmes sociaux et la lutte des classes des catastrophes historiques

Un ouvrage collectif intitulé « Questioning Collapse de Patricia A. McAnany, University of North Carolina, Norman Yoffee, University of Michigan, Ann Arbor, remet en question les thèses de Diamond.

Sur base des fouilles qu’il a dirigées sur l’île de Pâques, Terry Hunt pulvérise la thèse de l’écocide, prouve que la population n’a jamais dépassé 3.000 personnes et remet les pendules à l’heure en montrant l’impact catastrophique des raids esclavagistes. Quant à la destruction de la forêt de grands palmiers qui couvrait l’île, il l’impute aux rongeurs importés par les Polynésiens (des rats dont la prolifération n’était freinée par aucun prédateur). Les dégâts causés par ces animaux sur d’autres îles du Pacifique montrent que l’explication tient la route. Hunt accuse Diamond d’avoir inventé des effectifs de population dans le seul but d’étayer sa thèse d’un effondrement : « Les chiffres importants d’une population de 15.000 ou même 30.000 sont sans fondement. Ils ont été fixés principalement pour dramatiser le soi-disant ‘écocide’ dans lequel les populations auraient basculé »

La dendrochronologie montre qu’il y eut une sécheresse à la fin du XIIIe siècle, mais il y en eut d’autres avant cette époque. Les études ont mis en évidence une période très humide dans la région entre 1300 et 1340. À Kayenta, la population s’exile seulement 15 ans après le début de la Grande Sécheresse. Les archéologues ont démontré que, malgré la sécheresse, plusieurs cours d’eau ont continué à couler et que certaines communautés auraient pu rester si elles l’avaient voulu. Sur le site de Sand Canyon Pueblo, dans le Colorado, les habitants ont supprimé le système agricole et le travail forcé et ont connu une phase de retour à la chasse et à la cueillette, du fait des mauvaises récoltes ; ils ont également fortifié leur village et furent attaqués sans doute par des parties du même peuple restées sous la domination du système agraire.

Au début, on pensait que la grande sécheresse avait eu lieu entre 1276 et 1299 et que la disparition ou l’exode de ce peuple avait eu lieu en 1290 ou en 1300.

Des études récentes prouvent que ce changement climatique ne pouvait pas expliquer le déclin de l’Anasazi seul et suggèrent que des facteurs sociaux et politiques comme un conflit violent ont conduit à leur fin, à la place.

Michael Wilcox signe une contribution particulièrement vigoureuse sur les « anasazis » du Nouveau Mexique et des régions environnantes. Archéologue, Wilcox est un descendant direct d’ancêtres amérindiens qui vivaient dans le Sud-Ouest des USA. C’est peu dire que les thèses d’Effondrement l’interpellent. Quoique très rigoureux sur le plan scientifique, l’auteur ne dissimule pas son indignation face à la manière dont Diamond accuse les Indiens Pima et Hohokam (leur vrai nom) de mauvaise gestion environnementale. Pour Wilcox, l’écocide provoqué par les Indiens est une « fiction » et « la vraie question qui devrait nous préoccuper est de savoir pourquoi (cette fiction) existe et pourquoi la voix des vaincus n’est pas entendue, alors que leurs descendants sont toujours là ». Ses réponses : d’une part, la thèse de l’écocide justifie a posteriori la colonisation qui, grâce à la propriété privée capitaliste, aurait sauvé les ressources naturelles mises à mal par la propriété collective des Indiens, synonyme de surexploitation (on retrouve ici la thèse de la « tragédie des communs » de Garret Hardin).

Diamond escamote les modes de production, les rapports de classe, les rapports de genre, et fourre dans un même sac des « sociétés » – qui deviennent de ce fait de pures abstractions – qu’il somme de « choisir » si elles veulent « réussir ou échouer ».

Lire ici un exemple des présupposés idéologiques de Diamond et de ses partisans

Conclusions ?

La disparition des Anasazis a longtemps été une énigme et a suscité bien des hypothèses. Les archéologues, qui ont vu les lieux pour la première fois, ont retrouvé beaucoup d’objets leur appartenant (à voir absolument au musée d’ailleurs, c’est vraiment bluffant) et des restes de repas fossilisés dans les assiettes. Cela prouverait qu’ils ont dû partir précipitamment. Aucun corps n’a été trouvé, il ne s’agit donc pas d’une bataille, d’un massacre. Laisser ses affaires et des reliefs de repas ne laisse pas à penser à un départ organisé mais à un événement brutal donnant lieu à un départ inopiné.

Certains y ont bien sûr vu l’arrivée d’êtres extraterrestres venus les chercher… (voir X-Files)

Quant aux hypothèses d’une guerre avec d’autres peuples, l’arrivée de ceux-ci venus du nord date de cent ans plus tard...

On a commencé par dire qu’il n’y avait aucun événement violent et aucun corps étendu à terre mais ensuite on s’est aperçus que des corps avaient été recueillis dans un musée de Washington puis à Falgstaff. Des corps avec des bras et des jambes sont cassés. Il y a de nombreux impacts de coups sur la quasi-totalité des têtes. Il semble bien qu’une révolution violente ait fait chuter cette civilisation parvenue à son apogée…

Les archéologues penchent souvent pour des meurtres rituels mais rien ne dit que les morts aient été causés par des causes religieuses. Il semble aussi que cette thèse d’une guerre civile c’est-à-dire sociale plaise moins aux archéologues et divers scientifiques… Cependant bien des éléments plaident pour une guerre civile qui aurait été produite par l’enrichissement de la société devenue très nombreuse et non par sa misère liée à une sécheresse.

Et surtout, il y a le fait qu’arrivé à ce stade de l’agriculture, le développement de classes sociales fasse chuter nombre de civilisations.

Le même type de question s’étaient posées pour les Mochicas ou les Mayas.

En 1980 un climatologue Lornie Thompson, va faire une découverte. En allant dans les Andes pour étudier les glaces, glaces qui sont la mémoire du climat. Il découvre que si le temps en montagne est sec, il est très pluvieux sur la cote avec une humidité très importante (el Nino) .Il remonte jusqu’à la période des Mochicas 560 avant J.C. et s’aperçois que la météo était devenue complètement folle (date de la disparition des Mochicas). Un régime pluvieux très important de 565 à 650 après J.C., inondations dévastatrices suivi d’une sécheresse de 30 ans sans une goutte de pluie. Pourtant, toutes les pyramides ont des marques de traces d’eau.

Steve Bourget va faire une autre découverte sur le site de Huancaco, les murs ont été coupés par des rivières de boue. En utilisant le carbone 14, il pourra prouver que cela date bien de la période des Mochicas. D’autres fouilles prouvent que 600 après J.C. il y eu bien 30 ans de sécheresses grâce au sable qui recouvrait les sites.

Quand on sait que cette civilisation se basait sur la culture du climat (sacrifices humains pour faire venir la pluie) tout s’effondre et les hommes doutent, les bases de cette société s’effondrent.

A la fin de 1990 Tom Dillehay fait voler en éclat la thèse de Steve Bourget en allant sur un site non exploré avec John Warner qui date le site par un procédé photographique et le date de 650 à 700 après J.C. Alors tout est remis en cause. Les Mochicas ont survécus. Ils disparaîtront définitivement au 8eme siècle. Alors que l’on ne connaissait aucune activité belliqueuse chez eux .IL semble que les Mochicas ont connu des guerres mais contre qui ? une hypothèse le peuple affaibli a été envahie par des voisins ? Mais aucune preuve de guerre extérieure n’a été trouvée. Alors pourquoi se défendre en construisant des cités avec des murailles ? Dillehay a supposé alors qu’il s’agissait d’une guerre civile pour les terres. Après avoir survécu aux inondations et à la sécheresse les Mochicas se seraient donc entretués dans une guerre sociale.

Dans la revue GEO de décembre 2007, on peut lire un article intitulé « Le mystère du Canyon de Chelly » dont voici quelques extraits indiquant que l’explication de la sécheresse serait insuffisante pour comprendre que ce peuple ait quitté un tel habitat et insistant sur le fait qu’une perte de confiance dans les autorités religieuses et les classes dirigeantes aurait pu être provoqué indirectement par la sécheresse et les incendies à répétition :

« Le mystère du Canyon de Chelly

Pourquoi les Indiens Anasazis, architectes ingénieux ont-ils disparu de la région au treizième siècle ? Les ruines de la White House proviennent d’un spectaculaire ensemble architectural de maisons de pierre maçonnées bâties à partir du onzième siècle sur une corniche, au milieu de la falaise. Là, jusqu’au treizième siècle, les Anasazis (un nom navajo qui signifie « les anciens » ou « les anciens ennemis ») vivaient à l’ombre, protégés des éléments. Ils étaient tout petits.

Les vestiges ont été très bien conservés car, pour les Navajos, il est en effet interdit de se rendre sur les lieux où vivaient les Anasazis et même d’en réutiliser les matériaux de construction. Ajouté à la protection naturelle que constitue la falaise, ce tabou explique pourquoi les ruines sont si bien conservées. (…) Les Anasazis avaient bâti des immeubles et des tours montant jusqu’à cinq ou six mètres dans les replis des falaises. Il s’agissait à l’époque des constructions les plus élevées du continent. Les étages, jusqu’à quatre, étaient marqués par des poutres croisées couvertes de branches et d’argile. Les rez-de-chaussée ne comptaient généralement ni porte ni fenêtre : on grimpait sur les maisons par des échelles, que l’on retirait pour se protéger d’éventuelles menaces ; on descendait ensuite dans les pièces par d’autres échelles. Il faut scruter attentivement la falaise pour apercevoir les prises sculptées par les Indiens. Ils les utilisaient pour atteindre ces lieux accrochés à plusieurs dizaines de mètres du fond du canyon (jusqu’à trente ou quarante mètres pour certaines habitations).

Reste un mystère. Considérant toute l’énergie investie dans ces habitations, pourquoi les Indiens les ont-ils abandonnées ? D’après les archéologues, le Canyon de Chelly s’est vidé de ses quelques 800 habitants à la fin du treizième siècle. Simultanément ou presque, dix à vingt mille Anasazis évacuèrent le plateau voisin de Mesa Verde. Le Canyon de Chelly s’endormit alors durant de longs siècles, avant d’être à nouveau occupé, vers 1700, par les Navajos cette fois.

Mais pourquoi donc les Anasazis sont-ils partis de Chelly et de Mesa Verde, puisque, semble-t-il, personne ne les en a chassés ? Pendant longtemps, on a expliqué que la grande sécheresse de la fin du treizième siècle aurait fait déguerpir tous les Indiens Pueblos de la région des « Four Corners », cette zone située aux confins du Nouveau-Mexique, de l’Arizona, de l’Utah et du Colorado (des Pueblos dont les Anasazis faisaient partie).

L’explication ne satisfait plus entièrement historiens et anthropologues. Certains s’étaient déjà demandé si cette grande sécheresse avait été suffisamment sévère pour entraîner de telles conséquences. En 1990, la chercheuse Carla Van West émit les premiers doutes : en croisant données météorologiques et rendements des sols, elle démontra que les Anasazis, bons cultivateurs, auraient pu maintenir une activité agricole de subsistance pendant la grande sécheresse. Les immeubles à flanc de paroi, les systèmes d’irrigation sophistiqués ou encore leur pratique du tissage du coton prouvent que ces Indiens étaient étonnamment ingénieux et adaptables. Ils auraient pu s’accommoder des conditions climatiques.

« L’analyse des cercles des troncs d’arbre indiquent que la région avait déjà connu d’autres périodes d’aridité sévère. Le canyon ne s’était pas vidé pour autant. », observe Steve Lekson, du musée d’Histoire naturelle de l’Université du Colorado.

Qui plus est, les dates ne coïncident pas : « La grande sécheresse sévit entre 1275 et 1299. Or, les Anasazis commencent à partir vers 1220. », résume-t-il.

Alors, l’explication du départ ? Certains avancent l’hypothèse d’incursions de tribus hostiles en provenance du nord. On a trouvé des traces de violences datant du treizième siècle. Mais si une partie de la population a fui, pourquoi les vainqueurs ne sont-ils pas restés ? (…)

Les variations climatiques ont aussi pu ébranler les pouvoirs politiques et religieux. Keith Kintigh, professeur d’anthropologie à l’université de l’Etat d’Arizona, fait valoir que les bâtiments spectaculaires qu’ont bâti les Anasazis, comme le White House, supposaient de fortes structures de contrôle social. « Ces constructions visaient à impressionner, un peu comme nos tribunaux ou nos cathédrales. » Or, à écouter ce chercheur, des pluies trop incertaines ont pu affecter ce pouvoir.

« La religion était très liée à la pluie, à l’appel de l’eau. Si les gens avaient l’impression que le pouvoir était efficace, ils avaient le sentiment de tirer parti de leur participation au système. Mais si le système auquel ils faisaient confiance faillissait – ici parce que le climat était devenu imprévisible – alors ils remettaient en question l’autorité » explique encore Keith Kintigh. » (…)

Dans la légende des Pueblos, les Anasazis auraient été chassés du canyon et des plateaux voisins par des incendies à répétition, interprétés alors comme une punition divine.

« Ma grand-mère disait qu’ils ont été détruits par le feu. » explique Adam Teller, guide du parc.

La légende affirme qu’ils ont été punis, ou l’ont cru, parce qu’ils avaient trop prié Kokopelli, le gracile joueur de flûte que l’on retrouve sur les pétroglyphes des falaises. »

Ceci donne à entendre que l’hypothèse d’une révolution sociale et politique n’est pas à écarter…

A lire notamment :

Keith Kintigh | L’archéologie et la constitution identitaire des Indiens américains du Sud-Ouest des États-Unis dans la revue "Les nouvelles de l’archéologie" numéro 103

Lire ici

3 Messages de forum

  • Entre 200 et 1200, les Indiens Fremont et Anasazis s’installent ensuite sur ce territoire, principalement sur les plateaux recouverts de prairies et de forêts, terrain idéal pour la chasse et la cueillette. Les archéologues ont pu retrouver de nombreux vestiges de leur occupation, des vestiges de poteries et de mocassins indiquent bien que ces deux cultures sont différentes même si de nombreux objets se ressemblent par ailleurs. Par exemple, les mocassins des Anasazis sont réalisés avec des feuilles tissées de Yuccas tandis que ceux des Fremonts sont réalisés avec des jarrets de cerfs.

    Aux alentours de 1200, les Païutes viennent également de manière saisonnière pour la cueillette de pignons de pins et pour y chasser le lapin. C’est d’ailleurs à ces derniers que sont rattachées les légendes concernant les hoodoos.

    En 1936, un Païute vivant dans la réserve amérindienne de Kaibab rapporte une des légendes de sa tribu concernant le canyon. Selon ce récit, les Païutes racontaient qu’avant l’arrivée des Amérindiens, un peuple légendaire habitait les lieux. Appelés To-when-an-ung-wa, ces êtres étaient des animaux de forme humaine. Ayant commis de mauvaises actions, ils sont punis par les coyotes qui les transforment tous en rochers. C’est une des interprétations légendaire véhiculée par la culture païute, présentant une explication à la présence sur le pourtour du canyon de rochers de formes et couleurs particulières.
    Les tribus amérindiennes riveraines ont donné le nom de Angka-ku-wass-a-wits à ce lieu, ce qui signifie "Figures peintes en rouge".

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  • La disparition des Indiens Anasazis , depuis longtemps entourée de mystères (à tel point qu’elle a servi de trame à deux épisodes d’ X-files) et pour laquelle de nombreux scénarios ont été proposés, ne fait l’objet d’aucun point de vue dissident. Ce peuple ne connaissant pas l’écriture, les incertitudes devraient pourtant être plus grandes. Là, une seule version nous est proposée : la surpopulation dans les villages, dûe à l’exode des régions périphériques devenues trop sèches , a favorisé les conflits qui ont accentué la disette. Il s’en est suivi une baisse de la démographie très brutale qui a exposé ces indiens aux agressions extérieures. La violence et la famine auraient eu raison des derniers survivants.

    Dans la conduite de la démonstration, de nombreux points laissent le lecteur perplexe : extrapolations douteuses dans l’évaluation des quantités de maïs disponibles pour les Indiens de l’époque, puis, les chiffres semblant ne pas satisfaire leurs auteurs, ils sont corrigés ; les variations climatiques sont aussi établies de façon peu convaincante ; des traces de violences sont rapportées lors de la deuxième crise démographique ,vers 1280, mais en l’absence d’information sur l’état des squelettes de la première crise (vers 920), il n’est pas possible de démontrer que c’est bien cela le facteur expliquant l’ abandon de la Mesa Verde.

    Les mayas du Nord, vivant dans une zone climatique quasi sahélienne (500 mm /an) ont fui bien après les mayas du Sud, exposés à une pluviométrie tropicale humide (4000 mm/an).

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  • On peut dater le début de la construction de pueblos dans la période Basketmaker II. À cette époque les Anasazis commencent à construire des maisons en puits (pit houses) avec des murs en bois calfeutrés de torchis. Ces constructions sont rondes, d’un diamètre de 2,50 m à 9 m. Elles n’ont qu’un seul étage. Les provisions sont stockées dans des paniers en vannerie, (basketmaker est le mot anglais pour vannier).

    Pendant les siècles suivants (période Basketmaker III), l’agriculture se développe avec l’apparition du haricot et du coton. On trouve les premières poteries grises. Des fouilles dans Chaco Canyon, par exemple dans les vestiges du village de Shabik’eshchee, montrent des changements dans l’architecture. Si au début de cette ère les maisons sont toujours rondes et abaissées d’environ un mètre dans la terre, elles sont plus tard rectangulaires et collées les unes aux autres, formant des rues et des places. Pour la première fois, on distingue des bâtiments pour les cérémonies, toujours ronds : ce sont les premiers kivas, qui n’ont pas encore l’entrée dans le toit mais sur le côté.

    Les techniques se développent. Les maisons sont collées les unes aux autres, formant de grands ensembles de 50 pièces et plus. Deux styles de villages existent : ceux groupés en demi-cercle autour d’une place centrale avec les kivas, comme Pueblo Bonito dans Chaco Canyon où vivaient 1500 personnes, et d’autres constitués de plusieurs rues et places parallèles.

    La période du XIIe siècle au XIVe siècle voit la plus grande étendue géographique de la culture des Pueblos. Dans les canyons, où sont construits des Cliff Dwellings (habitats dans les falaises), soit on élève des murs devant des abris naturels (Chaco Canyon), soit on creuse le rocher comme à Puye dans le canyon de Santa Clara, non loin de l’actuel Pueblo de Santa Clara.

    Le Cliff Palace dans le Parc national de Mesa Verde, important centre de population soudainement abandonné dans la seconde moitié du XIIIe siècle.

    C’est une période de grands mouvements de populations, avec près de 30 000 personnes partant de la région dite des Four Corners, entre l’Arizona, le Colorado, le Nouveau-Mexique et l’Utah, et notamment des habitations troglodytes du Parc national de Mesa Verde, dans la deuxième moitié du XIIIe siècle.

    On a souvent pensé que la grande sécheresse des années 1270, associée à une vague de froid, avait causé l’exil des habitants de Mesa Verde, dont une bonne partie vers la région du Rio Grande, à une centaine de km 1. Cependant, des archéologues affirment maintenant que d’importants mouvements de population avaient déjà eu lieu dans les décennies précédant cette sécheresse, et soutiennent que l’abandon de cette région serait vraisemblablement due à une conjonction de facteurs, dont, outre le changement climatique, des tensions politiques et culturelles menant à un niveau de violence très important.

    La population de Chaco Canyon diminue et le lieu est finalement complètement abandonné, tandis que les pueblos en Arizona sur le territoire Hopi et le long de la vallée du Rio Grande s’agrandissent.

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