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Le NPA (nouveau parti anticapitaliste) : succès ou échec ? Quel projet et quels résultats ?

vendredi 27 janvier 2012, par Robert Paris

Il est bien clair que ce n’est pas la faucille et le marteau et le nom NPA signifie retirer le CR (de LCR) c’est-à-dire communiste révolutionnaire ! Un haut parleur est un amplificateur des luttes mais celles-ci doivent être menées dans quelle orientation pour permettre un changement de système et l’anticapitalisme ratisse large mais qu’y a-t-il de commun entre les diverses versions de ce slogan ?

Le NPA (nouveau parti anticapitaliste) : succès ou échec ? Quel projet et quels résultats ?

Il n’est pas facile de rapporter simplement et honnêtement le processus qui a donné naissance au NPA car il est venu dans bien des sens et les camarades du NPA nous excuseront si nous donnons une histoire un peu différente de la manière dont ils l’ont vécue.

Il ne s’agit pas ici de juger, de condamner mais de comprendre. Il est certain que le choix fait par les camarades de la direction de la LCR n’est absolument pas le nôtre et il convient de le dire d’emblée. Cependant, nous ne sommes pas des partisans du splendide isolement de groupuscule (nous avons maintes fois milité avec les camarades de la LCR à plusieurs époques, participons actuellement à maintes activités communes avec divers groupes en France et ailleurs) et l’idée d’un grand parti des travailleurs révolutionnaires est loin de nous faire peur, mais il y a des démarches que nous récusons complètement. Autant le dire dès le départ. Nous n’avons pas attendu les résultats actuels pour le penser et nous n’avons pas souhaité faire partie du bateau dès que les objectifs et les moyens ont commencé à se clarifier. Nous avons, par contre, participé à une bonne dizaine de semaines de réunions organisées en vue de discuter de sa formation et elles nous ont par avance édifié sur la démarche choisie : ce n’est pas la nôtre. Ici, on peut lire ce que nous écrivions à la fondation du NPA : Questions à tous les militants qui souhaitent fonder un nouveau parti anticapitaliste avec Olivier Besancenot Donc nous ne prétendons pas dans ce texte faire œuvre objective tout en tâchant de discuter sérieusement une expérience de camarades qui ont tenté quelque chose qui nous semble à discuter dans le courant révolutionnaire pour en tirer des leçons.

Selon nous, la direction de la LCR a réalisé ce qui était son idée de départ même si les résultats déçoivent nombre de ses militants. Elle a fait ce qu’elle avait dit vouloir et le NPA correspond au projet qui était présenté à l’origine. Personne n’a été trompé sur la marchandise. Il est d’autant plus intéressant d’en discuter.

Nous emploierons la méthode suivante : exposer les circonstances politiques et sociales qui ont mené au NPA, les choix de la direction de la LCR puis ce qui nous semble avoir été réalisé et notre point de vue.

Ceux que cela intéresse pourront se reconnecter sur cette adresse les prochains jours et, éventuellement, participer au débat.

Essayons de refaire le fil des événements…

De quelle manière étrange Lutte Ouvrière est un peu à l’origine

Une conférence pour la fondation d’un nouveau parti anticapitaliste avait lieu les 28 et 29 juin 2008 à l’initiative de la LCR, mais les racines de cette construction remontent bien avant. Il est incontestable que l’origine essentielle avait été dans le succès de la candidature de Besancenot, un succès apparu comme le successeur des succès électoraux d’Arlette Laguiller.

Partir des résultats surtout électoraux pour construire un parti, une idée de la LCR ? Pas tout à fait. C’est Lutte Ouvrière qui a, la première, montré que l’idée n’était pas tout à fait irréaliste et convaincu, du coup, les dirigeants de la LCR qu’ils avaient peut-être un peu négligé l’arène électorale, ce qui a mené à la candidature Besancenot puis, grâce à son succès, au NPA…

Aux élections présidentielles de 1995, Arlette Laguiller dépassait en effet les 5% (5,3%), juste après la grande grève du privé qui avait précédé la grande grève du secteur public. Dans la foulée de cette élection, au soir des résultats à la télévision, elle avait appelé à la formation d’un parti.

Lancer un parti en s’appuyant seulement sur un succès électoral est une idée neuve à Lutte Ouvrière et cela mérite qu’on y revienne un peu même si apparemment on est hors sujet puisqu’on parle de la transformation de la LCR en NPA. Mais, une minute, s’il vous plait.

On peut se dire, à juste titre, que les circonstances n’étaient pas qu’électorales puisqu’on était entre deux grandes grèves nationales massives et réussies. Cependant, tel n’était pas le point de vue de la direction de LO qui a suffisamment dit, en interne et dans ses textes de congrès, que ces mobilisations lui semblaient modestes et ne pas refléter une véritable radicalisation des masses. Donc LO lance un appel au parti en dehors d’une époque de radicalisation des masses ! Et ce n’est nullement un élément classique dans sa tradition politique…

Pourquoi ? Parce que le succès de ses campagnes politiques semble à la direction avoir creusé un sillon qui va lui amener du monde ? Peut-être. Et aussi parce que la LCR a de longue date affirmé vouloir construire un parti de masse et accuse LO d’en être incapable. Réponse du berger à la bergère que le dirigeant de LO, Hardy, appelle « leur couper l’herbe sous le pied ».

Enfin, puisqu’appel au parti il y avait, pourquoi bouder son plaisir et ne pas tenter de contacter au-delà du petit groupe ? Des réunions commencent immédiatement à l’initiative locale des militants et le résultat n’est pas nul. Cela attire des syndicalistes, des anciens du PCF et même des militants du PCF, des sympathisants de l’extrême gauche. Des groupes d’extrême gauche se disent intéressés par la démarche.

Revenons sur les circonstances de ce lancement là, presque treize avant le NPA, alors que la crise du PCF est beaucoup moins avancée, les attaques anti-sociales aussi, et que des luttes se profilent….

Lutte Ouvrière avait déjà évoqué ce projet en interne avant le résultat électoral et elle avait fermement pris la décision qu’on n’appellerait au parti que si on atteignait les 10% des voix ou quelque chose d’équivalent. C’est de son propre chef que le dirigeant de LO, Hardy, a demandé à Arlette Laguiller, invitée à commenter ses « bons résultats le soir des résultats du premier tour, de déclarer qu’elle appelait au parti. Donc une décision contraire à celle présentée à l’organisation. Hardy avait-il perçu qu’un courant plus important que le score venait de la base prolétarienne ? Pas du tout. C’est lui-même qui se chargeait les semaine suivantes de clarifier sa position : il avait choisi de lancer cet appel pour ne pas laisser le terrain à ses concurrents de la LCR et pas parce qu’il y croyait. Il pensait au contraire que les résultats électoraux n’étaient pas suffisants pour permettre une force attractive suffisante menant à un élan militant. Peut-être avait-il raison, peut-être pas, en tout cas il était rapidement plutôt déconseillé de faire des réunions ouvertes tous azimuts comme les militants étaient spontanément partis pour le faire. Là où c’était commencé, la direction dénigrait les résultats, affirmant que ce n’était pas ces gens-là que l’on cherchait à gagner… Dans la grève générale de 1995, loin de faire apparaître Lutte Ouvrière comme une perspective dans les luttes face aux appareils syndicaux, LO se contentait de participer gentiment aux côtés des centrales et des grévistes sans forcer sur les comités de grève et sans dénoncer certaines trahisons ouvertes comme la casse de la grève par Bernard Thibaut à peine sorti du ministère… Consigne était même donnée aux militants de ne pas critiquer l’annonce de la fin de grève sans respecter les assemblées générales sous le prétexte que LO aurait vu que le mouvement avait atteint ses limites. LO l’avait vu seulement après Thibaut et ce dernier après… le gouvernement…

Donc les grèves n’avaient pas été un terrain favorable, aux yeux de la direction de LO, pour affirmer l’existence de ce nouveau « parti de défense des intérêts politiques de la classe ouvrière ». LO n’y avait pas défendu une perspective particulière, la démarquant du reste des organisations politiques et syndicales.

La crise du PCF n’avait pas non plus été une occasion d’initiatives particulières pour s’adresser à ses militants désorientés et découragés.

C’est en 2002, au premier tour des élections présidentielles, que l’extrême gauche ensemble a atteint les 10%. Arlette Laguiller l’avait emporté d’une courte tête. Ce qui aurait pu sembler un important succès a été en partie oublié du fait de la présence du Front National au deuxième tour. L’existence d’une extrême gauche ayant un crédit non négligeable a été immédiatement nié des deux côtés par cette extrême gauche elle-même. En effet, le soir du premier tour Arlette a été l’une des premières à réagir aux résultats alors que les partis bourgeois classiques de droite et de gauche apparaissaient KO. Loin de démontrer la force des révolutionnaires, on a vu une Arlette pâle comme un linge affirmer d’une voix blanche qu’il n’y avait pas 10% à l’extrême gauche car, selon LO, les deux groupes « n’avaient pas le même électorat » !!!! Or, tout au long de la campagne, nos milieux de boite nous disaient exactement le contraire : ils hésitaient entre les deux candidatures et avaient parfois voté Arlette seulement par continuité, mais estimaient que Besancenot, faisant une campagne du même type qu’Arlette, volontairement, était simplement la suite d’Arlette en plus jeune…

Les réunions pour le parti organisées par les camarades de LO n’ont absolument pas mené à un parti et tout au plus à quelques sympathies se traduisant essentiellement sur le terrain électoral. Il n’a jamais été question de permettre aux sympathies ainsi capitalisées de se transformer en une véritable organisation. Cela aurait pu ou pas modifier le poids spécifique des révolutionnaires ? Pas sûr. Cela n’a certainement pas été tenté et c’est ainsi que LO qui ne se voulait surtout pas le dirigeant de l’ensemble de l’extrême gauche a laissé place au projet de la LCR.

De son côté, la LCR, en appelant à faire barrage au FN "dans la rue et dans les urnes", faisait de Chirac un barrage à l’extrême droite !

En 2007, Olivier Besancenot apparaissait comme ayant pris le relai d’Arlette Laguiller… et engrangeait un succès important.

En janvier 2008, le 17ème congrès de la LCR l’engageait vers son auto-dissolution et le lancement du NPA.

Mais toute cette histoire tourne essentiellement autour des élections présidentielles et du crédit que cela donne médiatiquement au porte-parole de l’extrême gauche. Même si les élections sont un prise déformant des crises sociales et politiques, c’est sur le terrain des institutions les plus bourgeoises et étatiques, l’élection présidentielle étant pire encore sur ce plan que les élections parlementaires puisqu’il s’agit d’élire un chef de l’Etat, alors qu’en théorie les révolutionnaires ne postulent pas à devenir chef de l’Etat… bourgeois !

Alors, cette idée que l’on pouvait construire le parti ou une étape vers le parti par la popularité engrangée au travers des élections sans que ce parti ait une politique autonome dans les luttes sociales, était-ce une bonne idée ? Voilà une première question que le NPA allait lui aussi poser, comment on en discutera dans la suite….

Partir des élections bourgeoises pour construire le parti révolutionnaire prolétarien ou même un parti de masse "anticapitaliste", une bonne idée ?

L’idée même de construire un parti révolutionnaire sur la base de simple succès aux élections de la bourgeoisie française est déjà le point de départ d’illusions tendant à faire croire que c’est dans ce cadre truqué que les révolutionnaires entendraient gagner la majorité pour transformer la société. Comme si l’intervention des travailleurs devait passer par deux portillons bourgeois : les élections dans la cadre de l’Etat bourgeois et les syndicats qui ne sont pas moins des institutions qui en font partie….

Il est frappant que ceux qui reprochent au NPA son échec le fassent uniquement sur des bases électorales (baisse dans les sondages, refus d’alliance avec le Front de Gauche, retrait de la candidature de Besancenot, type de campagne jugée identitaires par certains, etc…). C’est bel et bien la démonstration que le projet était surtout à visées électorales. Et pourtant, les critiques auraient très bien pu pointer bien d’autres faiblesses du NPA qui était censé être le parti des luttes… Par exemple le manque de démarcation des centrales syndicales pendant le conflit des retraites. Les interventions dans les entreprises menacées de fermeture qui visait à soutenir les équipes syndicales sans critique des centrales qui laissaient ces luttes isolées et vaincues. L’absence du NPA sur le terrain des manifestations à organiser contre l’intervention française en Afghanistan. L’absence d’une campagne, face à la propagande anti-turque se cachant sous le but prétendu de dénonciation du génocide des Arméniens, pour dénoncer le génocide français au Rwanda au moment même où la justice française reconnaissait à mots couverts que c’est du camp français qu’était parti le missile contre le président Habyarimana, dont l’assassinat avait été le signe déclencheur du génocide au Rwanda…

Sur le terrain de classe, même absence politique de Lo que du NPA, nouveau parti ou pas...

Dans les luttes ouvrières, les manœuvres des appareils syndicaux visant à détourner d’une lutte d’ensemble ne sont jamais dénoncées, les candidats et autres porte-paroles des partis d’extrême gauche se présentant seulement en soutien de la lutte, comme on vient encore de le voir dans la grève des aéroports récemment. Les appareils syndicaux peuvent tranquillement promener les salariés, empêcher la convergence des luttes, ils ne sont jamais dénoncés vigoureusement et clairement de manière médiatique même si cette trahison est manifeste et publique comme cela a été le cas en 1995 avec la fin de la grève ou dans les journées décousues des retraites, dans le refus de jonction des grèves des hôpitaux, dans la trahison des grèves des raffineries et j’en passe...

Du coup, il n’apparaît nullement de parti révolutionnaire dans les luttes ouvrières, sinon pour ramer pour la réussite... des journées d’inaction des centrales syndicales !

Le monde a changé, les anciens clivages sont dépassés ?

On se souvient que l’un des points de départ politiques des déclarations de Besancenot et Krivine au lancement du NPA était le tournant du monde. On changeait de monde et les anciens clivages n’avaient plus court. Besancenot, qui n’avait personnellement aucune sympathie pour ces anciens clivages, était d’autant plus désireux d’y mettre fin, s’adressant jusqu’aux "réformistes honnêtes" et allant jusqu’à envisager des participations au gouvernement sous certaines conditions de situation, au point que bien des adhérents pensaient que c’est dans le cadre des élections bourgeoises qu’on comptait transformer la société, "sans violence" diraient-ils - sans révolution prolétarienne, dirions-nous...

Ce n’était d’ailleurs pas entièrement nouveau de la part de la direction de la LCR qui n’avait pas nécessairement attendu ce "tournant de l’Histoire" pour avoir ce type de langage et chercher un "débouché politique" légèrement démarqué de la révolution prolétarienne pure et dure.

Quels clivages étaient donc dépassés ? Par exemple ceux entre courants politiques comme trotskysme et maoïsme, marxisme et écologie, féminisme bourgeois et féminisme révolutionnaire, etc...

On peut lire dans une interview d’Olivier Besancenot lors de la fondation du NPA :

Comment se passe le passage d’un parti trotskyste à un autre, plus large ? A-t-il été difficile de quitter le « dogme révolutionnaire » ?

O.B. Mais il n’a jamais été question d’abandonner nos idées ! On a toujours dit qu’on voulait puiser dans différentes traditions, des histoires les plus anciennes aux apports les plus récents des mouvements sociaux et de les fusionner dans la pratique et la réflexion. Cela n’a jamais été de renier son héritage, quel qu’il soit. Avoir des militants qui viennent de la culture syndicale CGT et des militants de l’écologie radicale et de la décroissance, forcément cela fait des étincelles. Il y a aussi des approches générationnelles, sociales, qui ne sont pas forcément les mêmes. Le plus difficile, c’est de pousser les uns et les autres à avoir une vision globale. Car chacun vient à cet outil politique avec sa propre approche, ce qui est légitime. Mais ce nouveau parti ne peut pas être la somme d’interventions sur tel ou tel sujet. Nous avons toujours dit que nous allions apprendre en marchant. On assume notre statut un peu paradoxal, qui le sera un peu moins à l’issue de notre congrès de fondation, fin janvier. Et quand bien même on existera, tout n’aura pas été réglé. Certaines questions programmatiques et d’orientation resteront en suspens. Je dirais, pour faire un peu de provocation, que le sujet même de notre outil politique, c’est une démarche de refondation programmatique autour de l’anticapitalisme. Ensuite, l’idée d’un nouveau parti est un vieux projet. La LCR n’était plus l’outil politique le plus adapté à la période. Et à la différence des années 1990, il y a eu une opportunité, au bon sens du terme, politique et sociale, pour en créer un nouveau. Ensuite, je crois qu’il y a eu la fin de deux illusions : celle qu’on pouvait fédérer la gauche radicale en recollant les vieux morceaux du mouvement ouvrier avec le dernier épisode de 2005, cette idée de recomposer autour d’un cartel, d’une alliance unitaire en partant par le haut plutôt que par le bas ; et celle que le mouvement social pouvait se suffire à lui-même. Mais à force de se suffire à lui-même depuis 1995, le mouvement a surtout servi de boîte à idées aux partis de la gauche institutionnelle.

Pour des militants comme vous, qui ont eu pour berceau politique la LCR, est-ce douloureux de la fermer ?

O.B. A titre personnel et militant, vraiment pas. Daniel Bensaïd parle de se « sublimer » . Je n’ai pas du tout l’impression de renier aucune de mes idées. C’est vrai qu’il y a une certaine injustice pour les militants de la Ligue en général et ceux de ma génération en particulier, car le travail de renouvellement de refondation programmatique, nous l’avons déjà fait au sein de la Ligue. Mais, autour de nous, beaucoup de personnes n’étaient pas prêtes à entrer à la Ligue. Il faut être cohérent : si on veut écrire une nouvelle page avec d’autres, il faut forcément tourner une page sur sa propre histoire et dire qu’on ne veut pas faire un nouveau parti trotskyste. Cela n’est pas simple pour certains, il y a toujours des réticences.

Dans la sphère militante, syndicale et politique, beaucoup de personnes s’interrogent sur le fait de rejoindre le NPA et, pour le moment, n’y vont pas. Est-ce que cela vous soucie ?

O.B. Le problème, ce sont les rencontres et les démonstrations. Pour le moment, ce qui est important, c’est de consolider notre espace. J’avais cité à l’université d’été pour lancer l’appel pour un NPA, le poète cubain José Marti, qui dit que « le meilleur moyen de dire, c’est faire » . On n’a pas la prétention de tout représenter, on fait à notre échelle et on continue d’avancer. Ce qui veut dire être attentif à ce que vous dites. Nous constatons déjà une rotation importante en notre sein et nous savons bien que certains autour de nous attendent de voir. Mais nous ne pouvons rien répondre d’autre que le fait que ce processus continue d’en être un, un processus qui va du bas vers le haut, et pas le contraire. Ensuite on discute et on continuera de discuter avec toutes les mouvances politiques et sociales qui le souhaitent, avec toutes les organisations de la gauche radicale, avec LO, avec le PCF, avec les Alternatifs, avec Jean-Luc Mélenchon, avec la nouvelle Fédération qui s’est montée, avec Alternative libertaire, avec les militants d’AC le Feu, etc. Pour résumer, et sans faire de démagogie, nous cherchons à faire le mélange entre le vieux et le neuf. On ne fait pas le parti des ex et des déçus ! Il y a une recomposition politique qui s’accentue et c’est tant mieux. Entre le PS et nous, beaucoup de choses sont en train de se passer. Mais je crois que la polarisation de la politique va continuer à s’accentuer. Notre propos, c’est de cristalliser un pôle un peu stable, qui donne un point de repère.

A plusieurs reprises, dans la manière dont vous avez expliqué cette polarisation, on a pu avoir l’impression que pour vous, il n’y avait que deux pôles, le NPA d’un côté, le PS de l’autre et rien d’autre au milieu...

O.B. Bien sûr que non ! Nous n’avons jamais pensé ni dit qu’entre le PS et nous, il n’y avait rien. Pour prendre un seul exemple, on n’a même eu de cesse de proposer une riposte unitaire au PCF, qui l’a systématiquement rejetée. Cette polarisation s’effectue à gauche entre deux grands types d’orientation, celle du PS, de plus en plus libérale, et celle d’une logique anticapitaliste, indépendante du PS, dont nous avons toujours dit que nous n’en étions pas les seuls représentants. Il y a en effet un débat au sein de la gauche radicale. Certains pensent qu’un autre espace est possible, celui que j’appellerai l’espace d’un réformisme conséquent. C’est ce que dit Mélenchon. Sa sortie du PS va dans le bon sens. Mais il dit qu’il n’est pas d’accord avec le choix stratégique du NPA. Son idée, c’est de faire une sorte de Die Linke et donc il se rapproche du PCF. Die Linke et le PCF ont un point commun : gérer ensemble des collectivités locales avec la social-démocratie et laisser ouverte la question de la participation gouvernementale. On a deux options, soit essayer de peser de l’intérieur de la gauche, soit renforcer un pôle indépendant pour construire une autre gauche et contester l’hégémonie du PS. Ce n’est pas jeter l’anathème contre qui que ce soit. Premièrement, nous n’avons pas d’ennemis dans le camp de la gauche radicale. Deuxièmement, nous allons discuter et faire tout ce qu’on pourra faire avec les uns et les autres. Les médiations politiques, ça existe, et on va continuer à les mener.

Vous posez comme préalable à des alliances avec le reste de la gauche radicale la non-participation à des exécutifs où le PS est présent. Comprenez-vous que ce préalable, dans sa généralité et en dehors de toute analyse des rapports de force, fait débat ? Est-ce que toutes les expériences de participation à des exécutifs avec le PS doivent être reniées ?

O.B. Notre stratégie peut paraître frustrante mais il n’y a pas pire qu’un espoir déçu. Nous avons conscience de l’urgence sociale et de la nécessité de peser au plus vite. Nous ne faisons pas la politique du pire : tout ce qu’on peut arracher, on va l’arracher maintenant y compris dans le cadre institutionnel. Le problème, c’est de faire émerger, à partir de ce qui existe au niveau social, un correspondant politique qui ne sera pas pris dans l’engrenage du pouvoir et qui ne sera pas satellisé par le PS. Car dans ce cas, on recrée de la désespérance. C’est vrai que notre stratégie de rupture et d’indépendance a un coût : en l’absence de proportionnelle, et en refusant les alliances avec le PS, nous ne sommes, pour le moment, pas représentés à la hauteur de ce que nous pesons réellement. Dans le mouvement social, il y a eu beaucoup d’expériences, je le sais bien. Certains ont été présents sur des listes, d’autres ont participé à des exécutifs. Je continue à les estimer. Certains sont des écorchés vifs, on sait bien qu’ils et qu’elles ne se laissent pas instrumentaliser. Mais quand on rentre dans une logique collective, la seule garantie politique pour ne pas se laisser absorber par ce système institutionnel-là ne peut pas être d’avoir que des écorchés vifs dans les postes où il faut. Il faut être cohérent. Si la droite est reconduite, il faut lui opposer une gauche radicale, unitaire, indépendante, capable d’apporter un débouché politique aux luttes sociales. Si le PS l’emporte, il lui faut une opposition très forte à sa gauche. Contrairement aux trente dernières années, il pourra y avoir alors une incidence sur le rapport de force, y compris sur le système institutionnel. Du point de vue de l’espoir, nous pensons que notre stratégie est la bonne. On peut aussi regarder ce qui s’est passé au niveau international, par exemple ce qu’a fait Rifondazione Comunista en Italie ou ce que s’apprête à faire la direction de Die Linke en Allemagne. On n’a pas le droit de décevoir demain les espérances d’aujourd’hui.

Mais le mouvement social, les luttes expriment souvent leur besoin d’élus, qui se battent et qui pèsent...

O.B. Oui, mais dans quel système institutionnel ? Car la question du pouvoir comme question stratégique, elle n’épargne personne. Ce n’est pas seulement la gauche politique qui doit en discuter. Et cette réflexion, on doit l’avoir non seulement en France mais aussi depuis l’expérience du Venezuela ou du mouvement zapatiste. Notre idée, c’est de « prendre le pouvoir sans se faire prendre par le pouvoir » . En effet, si on veut faire un nouvel objet politique, en termes de révolution culturelle, c’est aussi admettre que nous ne sommes pas condamnés à être éternellement minoritaires. On peut créer des majorités d’idées et notre but, c’est qu’un jour, ces idées gouvernent. Mais même avec un gouvernement anticapitaliste, quel que soit son échelle, le problème du type de fonctionnement du pouvoir demeure. Et toutes nos options impliquent qu’il y ait une masse de la population, sans parler du mouvement social organisé, qui fasse irruption sur ce terrain-là. Sinon, cela ne marchera pas.

Le NPA veut être le parti des luttes. Mais ce n’est pas si évident pour le mouvement social d’avoir « son » parti. L’échec de Rifondazione Comunista en Italie en a aussi montré la difficulté. Comment l’appréhendez-vous ?

O.B. Le problème, c’est d’être le carrefour entre une gauche sociale et une gauche politique. En France, on nous fait le procès que nous ne sommes pas tentés par le jeu institutionnel. Mais on a été vacciné par l’expérience brésilienne et l’expérience italienne ! Rifondazione apparaissait comme un correspondant possible à une mobilisation sociale forte. Et la gauche s’est suicidée, notamment à cause de la logique de la solidarité de gestion. On a ainsi vu certains parlementaires de Rifondazione qui manifestaient contre l’envoi des troupes en Afghanistan et qui se retrouvaient ensuite sur les bancs du Sénat et de l’Assemblée italiens à voter l’envoi des troupes en raison de la solidarité de l’exécutif avec Romano Prodi. On ne peut plus aujourd’hui se permettre cette désillusion. Dans les discussions qu’on a entre nous en ce moment, il est justement question de consolider nos liens avec des nouvelles organisations, en Italie, en Allemagne, en Pologne, en Suède, en Irlande, pour essayer de bâtir une nouvelle force anticapitaliste européenne. Le PSE a son parti, les Verts et le PC aussi. Cet espace politique de l’anticapitalisme, il va falloir l’occuper.

Vous avez reçu froidement l’idée d’une alliance avec le Parti de gauche et le PCF pour les élections européennes. A votre dernier Comité d’animation nationale, la discussion a semblé moins close. Le camp antilibéral n’a pas de divergences programmatiques majeures. Qu’est-ce qui empêcherait des listes communes ?

O.B. Ce qui nous anime, c’est autre chose. Toute la gauche a les yeux braqués sur les élections européennes. C’est bien beau, mais on a une autre perspective, celle de la grève générale du 29 janvier prochain et, vu ce qui se passe en Italie et en Grèce, je pense vraiment que ça peut tout changer. Je trouve ça hallucinant qu’on puisse se réfléchir à partir des échéances électorales. Après, nous allons discuter. Pour le moment, il y a comme un parfum de déjà vu : si c’est pour faire du réchauffé de l’après 2005 et de la candidature unitaire, en oubliant ce qui n’a pas pu se faire à l’époque, non, merci ! Les raisons de l’échec n’ont pas été réglées depuis. On ne peut pas remettre cent balles dans la machine simplement pour faire un score à deux chiffres. Si c’est ça la discussion, je passe mon tour ! Par contre, si on a une discussion sur le contenu, sur quel type d’alternative on fait naître à partir des luttes et de la crise du système capitaliste, c’est différent. Ensuite, il est faux de dire que nous sommes d’accord sur tout. Ce n’est pas vrai. Par exemple, nous proposons un service public bancaire unique qui ait le monopole du crédit et non pas un pôle public qui évoluerait dans un espace privé. On propose de réunifier toutes les banques publiques et privées, en expropriant les intérêts privés sans rachat, sans indemnité, pour financer un plan de relance sociale, en augmentant les salaires, en interdisant les licenciements et en développant les services publics. Il ne s’agit pas de laisser de la concurrence. Est-ce qu’il s’agit de laisser de nouveau de la place pour le keynésianisme ou s’agit-il d’avoir une option clairement anticapitaliste ? La discussion est profonde et doit avoir lieu.

Vous voulez dire qu’actuellement, cette discussion-là n’existe pas ?

O.B. Non, cela veut dire qu’on va l’avoir. Mais on va prendre le temps. On ne va pas nous refaire le coup du score à deux chiffres et de l’unité, au détriment de ça. On a assez donné. J’ai passé des mois, après 2005, à mener une campagne où je disais qu’il y avait un problème de contenu entre nous. On me répondait : « Non, tu casses l’ambiance. » J’avais raison, puisque juste après la présidentielle, Marie-George Buffet a été voir Ségolène Royal, et José Bové, entre les deux tours, apparaissait comme ministrable. C’était leur droit le plus strict. Mais j’aurais aimé qu’on débatte de ce désaccord, avant et devant la base. Cela veut dire qu’il faut qu’il y ait un débat et qu’il soit assumé en tant que tel. L’alternative anticapitaliste, c’est clairement ne pas donner l’illusion qu’on pourrait d’une manière ou d’une autre, moraliser le capitalisme. Entre un plan de sauvegarde pour le peuple ou un pour les banques, il faut choisir. Quand je discutais du réformisme sincère, j’aimerais avoir la discussion de fond avec eux. Est-ce qu’il y a encore de la place pour le réformisme, au sens premier et historique du terme ? Ceux qui sortent du PS ou de la gauche radicale, qui ne veulent pas aller au NPA, je l’entends et je le respecte. Mais ce que j’aimerais, c’est qu’on discute pourquoi. Il y a une séquence nouvelle qui est en train de s’ouvrir et nous allons y prendre notre place. Mais nous ne lâcherons pas la proie pour l’ombre.

Au-delà de la discussion que vous aurez sur le nom de votre parti, ne croyez-vous pas qu’il faudrait construire autour de l’idée du post-capitalisme plutôt que de l’anticapitalisme ?

O.B. Nous sommes bien conscients que le nom de « NPA » a un inconvénient, dans la mesure où nous apparaissons d’abord en négatif. En même temps, il a le mérite d’être clair. La refondation programmatique d’un projet d’émancipation sociale qui fera vibrer à nouveau des millions de personnes, cela ne va pas naître du NPA seul, de la réflexion féconde de tel ou tel intellectuel. Cela naîtra d’expériences fondatrices. Nous ne sommes qu’aux prémices d’un cycle de remobilisation dans lequel il commence à y avoir quelques expériences fondatrices. Mais il en faudra plein d’autres. Peut-être que ce projet de société s’appellera autrement, écosocialisme, communisme, autogestion libertaire, etc. Un nouveau nom finira par s’imposer. Dans l’Histoire, chaque fois qu’un mot a apporté quelque chose, c’est parce qu’une expérience collective le portait et que cela ne faisait plus débat à ce moment-là.

Bilan et perspectives

Le NPA a certes permis à des militants de divers courants et à des personnes qui ne se reconnaissaient dans aucun courant de militer dans un même cadre en échangeant des avis sur la situation, ce que nous ne négligeons pas et que nous ne méprisons pas. C’est ce qui a fait que nous avions participé aux premières réunions avant la fondation.

Par contre, le NPA n’a pas été (et ne le voulait pas vraiment être) le moule d’un parti communiste révolutionnaire et c’est ce qui nous a amené à ne pas participer à son lancement.

Bien sûr, nous comprenons très bien que des militants, des travailleurs, des jeunes, des femmes ne croient pas qu’un jour sortira un parti communiste révolutionnaire ex nihilo.

Ceux-là se disent qu’il vaut mieux participer dans ce qui existe, se faire une raison des défauts et limites de l’extrême gauche actuelle et qu’elle vaut mieux que rien. C’est aussi le raisonnement des courants qui se sont agglomérés dans le NPA.

Ce sont des réformistes du courant d’extrême gauche en somme. Comme les travailleurs et les milieux populaires sont des réformistes de la société bourgeoise parce qu’ils ne se voient pas en construire une autre ex nihilo.

L’absence de véritable confiance dans les forces révolutionnaires a toujours été à la base de tous les réformismes.

L’inconvénient principal de ce type de démarche est qu’il mène au véritable réformisme politique.

En effet, prenons les travailleurs comme ils sont, prenons les centrales syndicales comme elles sont et prenons les groupes d’extrême gauche comme ils sont et on a très vite fait de prendre aussi les discours sur la crise de la société capitaliste comme celle-ci voudrait qu’on la prenne, c’est-à-dire de manière non révolutionnaire....

Bien sûr, les militants du NPA peuvent à juste titre considérer qu’ils ont essayé de radicaliser la situation, de porter leur porte voix partout et d’augmenter l’ambiance de lutte. Ils estiment ainsi que c’est le principal rôle des militants révolutionnaires. Nous ne le pensons pas. Les luttes de classe ont un niveau qui dépend avant tout des attaques des classes dirigeantes et des réactions populaires et prolétariennes, des facteurs sur lesquels les révolutionnaires, aussi nombreux soient-ils et aussi militants soient-ils, n’ont par nature quasi aucune action. Tel n’est pas, selon nous, l’essentiel du rôle des révolutionnaires et particulièrement des communistes prolétariens.

Ce qui les caractérise, nous allons essayer de le résumer en quelques points :

- Démarcation claire sur le rôle de l’Etat bourgeois qu’ils n’appellent pas à agir en faveur des travailleurs et des milieux populaires et sur lequel ils ne sèment aucune illusion

- Démarcation claire vis-à-vis de tous les appareils institutionnels de la bourgeoisie, y compris les appareils syndicaux

- Développement de la conscience politique de classe au travers de tous les événements petits et grands et de toutes les luttes, petites et grandes

- Diffuser les leçons de ces luttes et, en particulier, montrer que l’organisation indépendante des travailleurs est la clef des succès futurs

- Aider dans toutes les circonstances possibles à l’auto-organisation des travailleurs et des milieux populaires même si ces derniers ne sont pas spontanément portés vers ce type d’organisation

- Face à l’effondrement actuel du capitalisme, ne semer aucune illusion sur la pérennité du système qui fait croire qu’il veut seulement nous faire payer un peu mais parviendra à se maintenir au travers de "la crise".

Pour apprécier les résultats du NPA, il convient d’en rappeler les buts. Voilà comment des dirigeants de la LCR, qui en étaient à l’origine, le formulaient :

- Notre volonté est de construire un parti pour la lutte de classe, jusqu’au bout, un parti pour la révolution, un parti pour le socialisme

- Les piliers du nouveau parti doivent être l’anticapitalisme, le refus de toute alliance avec le PS et le travail pour la convergence des luttes

- L’objectif est de construire un parti de masse qui associe anticapitalisme et écologie, féminisme et antiracisme, socialisme et démocratie, contre la politique politicienne et le syndicalisme d’accomodation et d’accompagnement du capitalisme

- Faire en sorte qu’un nouveau Mai 68 débouche sur un succès

C’est par rapport à ces buts qu’il convient d’apprécier le succès ou l’échec de l’entreprise. Etant entendu que pour nous, un échec pourrait être porteur si l’expérience faisait avancer vers le but des révolutionnaires prolétariens. Un échec politique ou social peut être cependant une grande avancée dans le combat du prolétariat. Nous n’estimons pas que les luttes qui ont mené à des échecs ne sont que des échecs. La Commune ou Octobre 17 sont des avancées spectaculaires du prolétariat révolutionnaire tout en ayant été des échecs. Par contre, la question est de savoir si la construction du parti communiste révolutionnaire, d’une part, la construction de la conscience socialiste d’autre part, et la nécessaire auto-organisation des travailleurs ont pu progresser, ne serait-ce que dans leur conception, grâce à cette expérience.

Comment faire en sorte qu’un nouveau mai 68 débouche sur un succès si on n’analyse pas clairement les causes de cet échec ? Comment aller vers la destruction du capitalisme si on refuse de s’affronter (verbalement) à ceux qui ne veulent pas d’une révolution (violente) ? Comment peut-on se contenter de ne pas pactiser avec le PS sans dire en clair ce qu’on ferait avec le PCF qui, lui, dit clairement qu’il compte pactiser avec le PS... Comment s’étonner si ensuite, une partie du NPA est attiré par le succès de Mélenchon, cet ancien ministre du gouvernement bourgeois "socialiste" si on n’a pas de démarcation claire vis-à-vis d’une telle participation....

La direction de la LCR, en lançant le NPA, a pensé contourner une difficulté et passer directement au recrutement de masse : les orientations on verrait après, la direction révolutionnaire, on verrait après...

Comment reconnaître des capacités à une direction politique pour les jours chauds qui nous attendent vu la crise actuelle mondiale ?

1°) Il va falloir trouver son chemin dans un écheveau compliqué de situations, apprendre à apprécier les avancées ou reculs dans le monde. La première qualité sera de savoir reconnaître des éventuelles erreurs d’appréciation. Est-ce trop demander à la direction de LO ou du NPA de savoir admettre des erreurs ?

2°) La capacité à défendre des perspectives qui dépassent les seules activités qui se présentent immédiatement aux travailleurs et dans la situation politique pour défendre une perspective révolutionnaire. Exemple mettre en avant l’organisation des travailleurs en comités comme perspective politique et sociale, sans que cela nous gène d’avoir des responsabilités syndicales qui pourraient interagir avec cette défense politique.

3°) La nécessité au travers de événements de combattre toutes les illusions sur l’Etat, sur le nationalisme, sur le réformisme.

4°) Former des militants et des dirigeants qui pensent de manière indépendante, sachent défendre leurs idées à l’intérieur comme à l’extérieur en s’engageant sur ce qu’ils pensent. Les organisations ne pensent pas à la place des militants et aucune organisation révolutionnaire ne doit exiger une confiance aveugle.

5°) Ne jamais faire confiance à une autre force que la classe ouvrière organisée de manière indépendante c’est-à-dire en comités, les syndicats n’ayant jamais été indépendants de la bourgeoisie et le parti n’étant pas une organisation de la masse des travailleurs

Le monde a changé, les anciens clivages sont dépassés ?

Nous diffusons ici une discussion interne (CCR) du NPA :

NPA « Nouvelle période, nouveau programme, nouveau parti »

Le lancement du NPA s’appuyait d’abord et avant tout sur une certaine analyse de la période. Celle-ci consistait à dire que la chute du Mur de Berlin et l’effondrement de l’URSS avaient mis fin à une période historique ouverte avec la révolution russe de 1917 pour en ouvrir une autre, nouvelle et aux traits relativement imprévisibles. Personne ne peut nier que ces événements ont une grande importance et ont considérablement changé la configuration politique mondiale, et qu’ils méritent donc d’être étudiés et expliqués par tous ceux qui entendent défendre l’idée d’une transformation sociale radicale. L’extension du mode de production capitaliste à toute une série de régions qui en avait été extraites pendant des décennies, l’offensive contre les conditions de vie et de travail des exploités à l’échelle mondiale qui s’en est suivie, le triomphalisme capitaliste qui prétendait que l’histoire était arrivée à son terme, l’effondrement du stalinisme en tant qu’appareil contre-révolutionnaire, tous ces éléments présentaient de nouveaux défis à une analyse marxiste de la période actuelle.

Il est néanmoins indispensable de préciser en quoi consistent ces transformations et quelles sont leurs implications réelles pour la stratégie révolutionnaire. D’autant plus que le moment auquel s’est fondé le NPA, et donc celui de la matérialisation de cette analyse dans une nouvelle organisation sensée correspondre à la nouvelle période, coïncide avec le début de la crise capitaliste aux proportions historiques que nous vivons. En ce sens, il nous semble que certaines affirmations apparues dans le cadre du « débat stratégique » ouvert au sein de la LCR à la veille de la création du NPA étaient erronées dans leur interprétation de ce basculement. Notamment lorsqu’elles prévoyaient une recomposition lente et évolutive du mouvement ouvrier, pendant laquelle il fallait admettre, comme le prônait alors Francis Sitel, que l’actualisation de la question de la conquête du pouvoir serait « aujourd’hui au dessous de la ligne de notre horizon politique » [4] .

Car après des années d’offensive capitaliste, et un début de résistance à partir du milieu des années 1990, la « nouvelle période » au sein de laquelle le NPA aurait à se développer remettait au contraire au devant de la scène toute une série d’éléments qui semblaient avoir disparu de « l’horizon politique ». Dès 2009 – comme on s’apprête à le voir plus longuement ci-dessous –, nombre d’éléments signalaient des tendances à une plus grande polarisation, entre d’un côté la radicalisation du mouvement de masses, et de l’autre le durcissement des issues bourgeoises face à la crise, ou en d’autres mots des tendances initiales à la révolution et à la contre-révolution. A posteriori, le déclenchement de processus révolutionnaires dans le monde arabe, la situation pré-insurrectionnelle en Grèce (pour reprendre le terme utilisé par Kouvelakis [5] ), le réveil de la jeunesse dans l’État espagnol, et, en face, les réponses contre-révolutionnaires de la bourgeoisie et de l’impérialisme, ainsi que les tendances à une bonapartisation des régimes en Europe et les phénomènes nationalistes et d’extrême droite de l’autre, en sont une preuve incontestable.

C’est en ce sens que, manifesté par d’importantes transformations de la situation politique, ce qui était en train de se réactualiser était précisément le caractère d’une « période » bien plus large, définie par Lénine au début du siècle comme « de crises, guerres et révolutions », à laquelle toute l’histoire du XXe siècle n’a pas pu apporter de solution, précisément à cause des défaites dont notre mouvement a été victime.

Au lieu d’effacer les clivages du passé, bannis car n’étant soi-disant plus d’actualité, il aurait donc fallu enrichir le projet fondateur du NPA des leçons stratégiques de cette histoire. Il était en effet capital de préparer le parti à intervenir dans une situation qui redevenait convulsive et au sein de laquelle, inévitablement, des problèmes déjà rencontrés par le mouvement révolutionnaire allaient se reposer quoique sous une forme nouvelle. Ceci était aussi indispensable pour réhabiliter l’idée même de la révolution, à un moment où elle se trouvait discréditée, car nous subissions encore les conséquences de l’offensive bourgeoise et des défaites passées, sans que la nouvelle situation puisse encore apporter des démonstrations claires de l’actualité de notre projet. Par ailleurs, il aurait été tout aussi fondamental de combattre les préjugés qui veulent que la bureaucratisation soit une conséquence inévitable de toute révolution, à l’exemple de l’URSS, faisant du projet révolutionnaire une perspective non seulement impossible mais de plus non souhaitable. Réhabiliter ce dernier, c’était donc revendiquer haut et fort l’héritage de ceux qui, au sein du mouvement révolutionnaire, ont toujours combattu le stalinisme et levé le drapeau d’une révolution internationale axée sur la démocratie ouvrière.

Malheureusement, c’est plutôt le contraire qui a été fait. Sous l’influence de la situation précédente, où le reflux idéologique était généralisé, nombre de camarades ont cru que pour s’élargir il fallait diluer le programme, la stratégie, les références idéologiques pour mieux s’adapter au milieu que l’on essayait de toucher. Le mot « révolution » fut donc considéré comme « trop clivant », le trotskisme une référence trop datée, le tout étant remplacé par des formules floues telles que « la transformation révolutionnaire de la société » et « le socialisme du XXIe siècle ». C’est la conséquence de ne pas avoir su maintenir une continuité révolutionnaire à contre-courant pendant cette période de reflux, d’avoir déserté nos positions idéologiques à la recherche de fausses « vérités nouvelles », que nous payons aujourd’hui. Cela est d’autant plus dramatique que cette crise et cette paralysie nous atteignent précisément au moment où la situation permettrait de faire un bond en avant.

Comment la thèse de « l’orphelinat stratégique » a désarmé le NPA

Une des thèses fondatrices du projet NPA a consisté à affirmer que les hypothèses en matière de stratégie avec lesquelles nous avions opéré jusque là n’étaient plus d’actualité après la chute du mur de Berlin ; et que, partant, nous serions devenus « orphelins d’hypothèse stratégique » [6] . Il s’agirait désormais de repenser la question stratégique en dehors du cadre de ces « hypothèses » et en tentant de rassembler les éléments du « meilleur » des différentes traditions et courants du mouvement ouvrier et révolutionnaire [7] .

Ainsi, s’appuyant sur l’analyse du caractère prétendument imprévisible de la période qui s’ouvrait, est née l’idée qu’on pouvait construire un parti dépourvu de toute stratégie, et qu’en la matière les « modèles » passés n’étaient plus opératoires. Les camarades signataires du texte « Quelques éléments... » n’inventent donc pas la poudre lorsqu’ils affirment que « la nouvelle époque, dont il faut d’ailleurs constamment renouveler le travail d’analyse et de décryptage, implique une redéfinition du programme, de la stratégie et sans doute du type de parti à construire. En aucun cas, le bégaiement des modèles révolutionnaires du XIXe et du XXe siècle qui aujourd’hui ne sont plus opératoires [sic]. Un processus de transformation révolutionnaire d’une société capitaliste comme la société française ne ressemblera pas à la révolution russe mais sans doute pas non plus à un mai 68 qui irait ‘jusqu’au bout’ ».

Nous verrons par la suite à quel point cette idée trouve toutes ses limites lorsqu’on la confronte à la réalité. Mais il faut dire tout de suite que ce prétendu « vide » stratégique a empêché le NPA d’être à la hauteur des événements auxquels il a dû faire face, laissant la porte ouverte aux dérives électoralistes et réformistes, puisque, comme on dit, souvent, la politique a horreur du « vide »...

Un petit rappel : la grève générale en Guadeloupe

Comme s’il s’agissait d’un fait concerté, au moment exact où se tenait le Congrès fondateur du NPA, en janvier 2009, un message nous était envoyé sur le terrain de la lutte des classes. En plein territoire colonial français, en Guadeloupe, cette « relique du passé » qu’était devenue la grève générale pour un certain nombre de camarades, montrait qu’elle avait encore son mot à dire. Une grève générale pour de vrai, avec la quasi-totalité de l’île paralysée, au bord de la pénurie. Le patronat et le gouvernement refusaient de négocier, craignant un effet contagion, non seulement vers les autres îles (ce qui est de fait arrivé), mais aussi en métropole, où le mécontentement populaire grimpait face aux premiers effets de la crise. D’autant plus que 78% de la population en France métropolitaine soutenaient ce mouvement et que la journée d’action appelée par les confédérations syndicales fin janvier avait été un franc succès. Tout cela ne pouvait pas passer inaperçu pour les délégués réunis à Saint-Denis pour fonder un nouveau parti.

Face à l’intransigeance, le mouvement s’est radicalisé. Pour limiter les privations des masses, les grévistes décidaient au cas par cas de la production et la distribution de certains biens et services, notamment de l’essence, du gaz, de l’électricité, dans une forme embryonnaire de contrôle ouvrier. Face à la répression, des comités d’auto-défense se mettaient en place et les jeunes des quartiers populaires rejoignaient les affrontements et montaient des barricades. Bref, étaient réunis tous les ingrédients d’une grève générale qui entraîne, par sa propre dynamique, l’ensemble de la population derrière les travailleurs en lutte, devient de plus en plus politique, acquiert des traits insurrectionnels et commence à poser de fait le problème de savoir qui gouverne.

Tout cela constituait un premier symptôme, n’était qu’une entrée en matière, une anticipation de la dynamique qu’allait prendre la lutte de classe internationale face à la crise. Mais, pour ceux qui s’apprêtaient alors à fonder une organisation à partir de l’idée que la fameuse « grève générale insurrectionnelle » était devenue obsolète, cela aurait dû constituer un rappel. Car non seulement il s’agissait d’une grève générale comme en 1968, mais on y a vu se poser des problèmes politiques comparables, notamment la déviation du mouvement par le biais d’une augmentation de salaires, de même que la trahison du PCF.

Plus encore, si le NPA avait accordé l’importance nécessaire à cet évènement début 2009, ne serait-il pas arrivé mieux préparé à l’automne 2010 ? N’aurait-il pas pu tirer notamment la leçon que le manque d’organismes d’auto-organisation, combiné à une politique suiviste des directions syndicales [8] (réformistes combatives en Guadeloupe, ouvertement conciliatrices en métropole) de la part des révolutionnaires amènerait inévitablement à une défaite ?

L’opportunité ratée des grèves ouvrières de 2009-2010

Mais ce n’était pas seulement dans les DOM-TOMs que la dynamique de la lutte de classe était en train de changer. Depuis fin 2008, face aux premiers effets de la crise en France, toute une série de grèves ouvrières contre les fermetures d’entreprise et les licenciements ont eu lieu un peu partout dans le pays. Cette résurgence de conflits ouvriers très durs venait après des années de transformations réelles et profondes dans la division mondiale du travail, qui ont provoqué une réduction du nombre d’ouvriers industriels dans les pays avancés, au profit des services et des délocalisations d’usines. Elle constituait un début de rupture avec les défaites subies pendant plusieurs décennies. Enfin, elle se démarquait de phénomènes antérieures de la lutte de classes où c’étaient plutôt les paysans (mouvement zapatiste), les jeunes (mouvement altermondialiste) ou la population urbaine en général (Argentine 2001) qui avaient été sur le devant de la scène, contribuant à diffuser l’idée que la classe ouvrière n’était plus le sujet principal de la transformation sociale. Avec la vague de lutte de 2009-2010, celle-ci était définitivement de retour sur le devant de la scène politique.

Pendant plusieurs mois, des dizaines de grèves dures ont fait la une de tous les journaux. La reprise de la méthode radicale de séquestration des patrons et des cadres a fait rapidement tâche d’huile, et contrastait avec un programme de revendications se limitant à la demande d’indemnités de départ. Dans l’histoire du mouvement ouvrier français, les travailleurs n’avaient eu recours à ce type d’action de manière plus ou moins étendue que pendant les périodes les plus révolutionnaires de l’histoire du XXe siècle. Comme nous l’écrivions dans un article publié en 2010 : « l’extension de ce type d’action à différents moments de l’histoire n’est pas nouvelle. Xavier Vigna, à propos des séquestrations des années 1960 et 1970, explique que “ces formes de violence ne sont pas neuves et nous font émettre l’hypothèse d’un répertoire d’actions violentes quasi souterrain, qui chemine par-delà une pacification générale des relations sociales, et qui se manifeste par des ‘surgeons’. Ou, pour le dire autrement, l’institutionnalisation et la diffusion de la pratique gréviste n’empêchent pas que demeurent, chez les ouvriers, des pratiques conflictuelles plus vives, plus aiguës, dont l’expression est facilité par une mémoire des grandes grèves antérieures, notamment celles de 1947-1948 et qui se manifeste pendant les années 68” [9]. Serions-nous en train de vivre le même phénomène, de façon différée, comme une mémoire souterraine de la poussée des années 60 et 70 qui peut-être est en train d’annoncer une nouvelle poussée ouvrière qui aille au-delà des profondes limitations subjectives actuelles [...] ? » [10]

Il nous paraît que le mouvement historique contre la réforme des retraites et le rôle central qu’y ont joué des secteurs stratégiques de la classe ouvrière répond positivement à la question que nous nous posions à l’époque, et cela bien que la conjoncture électorale que nous traversons actuellement constitue une espèce d’interrègne plus réformiste. Cette vague de 2009-2010 avait de plus une composante anti bureaucratique très intéressante, dans la mesure où ces conflits se menaient en extériorité et parfois en opposition à la politique des confédérations. Il y a même eu des tentatives de coordination indépendante de cette avant-garde radicale, comme la rencontre de Champhol fin 2008, la manif sur Paris octobre 2009, la mise en place du Collectif contre les Patrons Voyous, la réunion à Blanquefort ou encore l’envoi de délégations ouvrières à Châtellerault pour soutenir les New Fabris en juillet 2010. Bref, le moins qu’on puisse dire est que la situation dans le mouvement ouvrier était plutôt favorable à la construction d’un parti anticapitaliste...

Cependant, le défaut initial d’implantation du NPA dans le mouvement ouvrier industriel a été profondément aggravé par l’enfermement du parti dans des discussions électorales alors même que ce processus gréviste était en plein développement. Pour illustrer à quel point le parti a été en deçà des enjeux, il suffit de citer le cas de la grève de la raffinerie de Flandres à Dunkerque, où le principal dirigeant, Philippe Wullens, avait une grande sympathie pour le discours d’Olivier Besancenot. Il l’a invité à plusieurs reprises à venir sur le site leur apporter du soutien, sans succès, alors même qu’il s’agissait du principal conflit en cours à l’échelle nationale, conflit qui avait même déclenché une grève nationale des raffineries. Deuxième exemple, la lutte de Philips à Dreux, où le secrétaire du syndicat CGT, Manu Georget, qui était à la tête du secteur combatif de la boîte et qui avait même tenté de mettre en place le contrôle ouvrier de la production sur le site, était membre du NPA et tête de liste électorale dans son département. La direction du NPA l’a laissé absolument seul alors même que le conflit avait pris une ampleur nationale, avec l’affaire du lock-out patronal et de l’intervention du Ministre de l’industrie Christian Estrosi, qui avait dû défendre explicitement les patrons de Philips en disant qu’ils n’étaient pas des patrons voyous.

Encore une fois, si le NPA s’était investi à fond sur ces grèves, considérant chacune d’elle comme une « école de guerre » (Lénine dixit), s’il avait soutenu résolument la mise en place d’une coordination de ces conflits indépendamment de la bureaucratie de Cherèque et Thibault, s’il avait tout fait pour gagner à ses rangs les meilleurs éléments de cette avant-garde, et apporter à tous ceux qui était en train de lutter un peu de confiance quant à leur capacité à gagner s’ils se battaient tous ensemble... n’aurait-il pas abordé en meilleur position l’automne 2010 ? Le « vide stratégique » de l’organisation, et ses illusions sur la possibilité d’occuper des espaces super-structurels notamment dans les élections, ne seraient-ils pas à l’origine de l’incapacité du NPA à jouer un rôle dans le cadre de cette occasion en or offerte par la lutte des classes ? En effet, lorsque l’on ne pense plus que la transformation révolutionnaire passera par une insurrection dirigée par les travailleurs et entrainant l’ensemble des couches populaires, c’est la question même du sujet de la transformation sociale, et partant des priorités de construction, qui est remise en cause.

Le mouvement de l’automne 2010 et la capacité des travailleurs à bloquer le pays

Nous arrivons enfin à la grande échéance du mouvement des retraites, significative aussi bien par le rôle joué par des secteurs stratégiques de la classe ouvrière comme ceux de l’énergie et des transports que par les rapports qui ont été établis entre l’ensemble des secteurs en lutte. Les frais de tous les manquements stratégiques du NPA se sont alors révélés explicitement.

Lorsque le mouvement a commencé, les raffineurs sortaient à peine d’une autre lutte, dont nous parlions à l’instant, contre la fermeture de la raffinerie de Flandres. Elle avait entrainé l’arrêt de toutes les raffineries de France. Très vite donc, la grève chez les raffineurs a été déclarée reconductible, et ils se sont adressés à tous ceux qui se battaient contre la réforme en disant qu’ils avait la force d’arrêter le pays et étaient déterminés à le faire. Ils demandaient à ceux qui n’avaient pas les mêmes moyens de pression qu’eux et qui n’étaient pas en grève reconductible de contribuer à une caisse de grève visant à compenser leurs pertes de salaires à la fin du mouvement.

Même si cela cachait une certaine tendance à l’autosuffisance, qui s’est heurtée à ses limites lorsque les directions syndicales ont joué la carte de l’isolement des raffineurs, la subjectivité de ces travailleurs, qui se proposaient d’utiliser leur place centrale dans la production pour faire entendre la voix de tous les exploités, était une donnée tout à fait nouvelle. D’autant plus que, du côté de la population, la réponse a été plus que favorable : les contributions à la caisse de grève ont été tellement importantes qu’elles ont largement dépassé le nécessaire pour rembourser les salaires et ont été reversées à d’autres secteurs. Lorsque, face à une pénurie imminente, l’État a décidé, avec la complicité de l’Intersyndicale, de déloger les piquets de grève et de réquisitionner des salariés, des milliers de travailleurs d’autres secteurs et de jeunes mobilisés sont venus défendre à côté des raffineurs des piquets qu’ils considéraient comme les leurs.

Plus globalement, le mouvement de l’automne 2010 et sa dynamique qui tendait clairement à la grève générale ont attiré la sympathie et la mobilisation des secteurs les plus divers de la société, avec notamment l’entrée des lycéens et des jeunes de banlieue. Cela témoignait sans aucun doute de la grande capacité de la classe ouvrière, lorsqu’elle se met au service des intérêts de tous les exploités, à devenir hégémonique. Sans les services rendus à la bourgeoisie par les directions syndicales, le développement de ces tendances aurait pu arriver à un seuil ouvertement politique qui pose le problème du pouvoir, comme le montre le fait qu’au moment même où la menace de pénurie de carburant était concrète, les raffineurs pouvaient compter sur le soutien de 75% de la population, alors que le Président de la république avait un taux de popularité au plus bas, avec 29%.

Malheureusement, notre parti s’y est très mal préparé. Avant même la création du NPA, la LCR, qui avait fait un effort pendant les deux premières décennies de son existence pour s’implanter dans la classe ouvrière (quoique avec des résultats relatifs) s’était adaptée de façon non négligeable à ce que Daniel Bensaïd appelait « l’illusion du social », c’est à dire à l’idée d’une multitude de mouvements partiels dont la simple addition serait le moteur de la transformation sociale.

La logique des « secteurs d’intervention » a matérialisé du point de vue organisationnel cette conception. Mouvement féministe, mouvement sur les questions environnementales, mouvements des chômeurs, mouvement LGBTI, mouvement pour le logement, mouvement étudiant, lycéen, quartiers populaires, etc. A l’opposé de la démarche de LO, qui néglige de façon sectaire le combat contre les oppressions et même l’intervention dans le mouvement étudiant, la LCR puis le NPA se sont dispersées dans des fronts divers, sans aucune hiérarchie.

C’est ainsi que le NPA naissait non seulement sans délimitation stratégique, mais avec une faible délimitation de classe, et une composition sociale où les enseignants et les cadres échelon A de la fonction publique représentaient la majorité. Sa très faible implantation dans les secteurs stratégiques du prolétariat n’a en rien était comblée lors de ses premières années d’existence.

Ainsi, lorsque les camarades du courant Gauche Anticapitaliste affirment, bien qu’avec une part de vérité, que pendant le mouvement contre la réforme « la mise en avant du mot d’ordre de grève générale a aussi servi de paravent à l’absence de propositions concrètes dans le cours de la mobilisation » [11], la réponse à ce problème ne peut pas trouver de solution dans l’orientation politique qu’ils proposent. Le NPA est arrivé très mal préparé à cette grande échéance dont la dynamique poussait bel et bien vers une grève générale politique. C’est alors le manque d’accumulation préalable, et l’incapacité de ce parti à construire des fractions radicales au sein de la lutte de classe, à combattre concrètement la bureaucratie syndicale et à présenter une alternative de direction au mouvement, ancrée dans les embryons d’organismes d’auto-organisation qu’étaient les AGs interprofessionnelles, qui a condamné le NPA à une simple posture propagandiste en ce qui concerne la grève générale (d’ailleurs hésitante, et glissant parfois sur le mot d’ordre ambigu de « blocage de l’économie »). Notre organisation était incapable de peser effectivement sur le destin de la lutte, ne serait-ce qu’à partir de quelques secteurs.

Pour finir, et nonobstant les accusations de « propagandisme sectaire » portées par ces camarades à l’égard de la majorité actuelle, c’est bien la politique de construction par occupation d’espaces super-structurels et électoraux qui a mené le NPA à cette situation d’impuissance sur le terrain de la lutte de classe. Or, elle est partagée par toute l’ancienne direction, et les fondateurs de Gauche Anticapitaliste en sont les plus fidèles défenseurs.

Le printemps arabe et les « révolutions classiques »

Cependant, le plus fondamental était encore à venir. Malgré toutes les prévisions d’un certain nombre de camarades, les premières révolutions du XXIe siècle sont arrivées assez vite. Cette fois-ci, c’est dans une autre aire de l’arrière cour coloniale française, le Maghreb, que les choses ont bougé. Le mot « révolution », qu’on s’était interdit de mettre en avant lors de la fondation du NPA, était soudainement dans toutes les bouches. La chute des dictateurs en Tunisie et en Égypte – le cas libyen étant plus contradictoire à cause de l’intervention impérialiste – par l’action des masses n’était pas encore, bien entendu, l’aboutissement d’une révolution sociale victorieuse. Mais le processus est ouvert, et cela personne n’ose plus nier.

Dans ce nouveau contexte, toute une série de questions et de problèmes se sont posés de façon très concrète. Le premier a été celui de la dynamique et de l’alliance de classes qui peut porter la révolution. Comme souvent dans l’histoire, les premiers éclats sont venus des maillons faibles de la chaîne capitaliste mondiale, de pays vivant sous des régimes autocratiques et subissant les pires conséquences de la crise. En leur sein, c’est plus particulièrement la jeunesse et les secteurs populaires les plus opprimés qui se sont levés. Mais en Tunisie et surtout en Égypte, c’est la convergence entre la « place » et les entreprises (avec l’annonce d’une grève générale à la veille de la chute de Moubarak) qui a été capable de mettre à bas le dictateur et qui reste encore aujourd’hui décisive pour que la révolution puisse avancer dans ses objectifs.

Le deuxième concerne la nécessité de construire des organismes d’auto-organisation des masses [12] qui soient de véritables embryons d’un double pouvoir, sans quoi les classes dominantes trouverons toujours le moyen de reprendre la main, parfois même en détournant des aspirations légitimes comme celle de l’Assemblée Constituante en Tunisie, pour opérer un changement superficiel, sans toucher aux racines du système d’oppression et d’exploitation.

Le troisième est celui de la combinaison entre les tâches démocratiques et sociales. A ainsi été mise à l’ordre du jour la question de l’articulation entre la lutte contre des régimes autocratiques et pour résoudre des tâches démocratiques structurelles dans des pays semi-coloniaux, et la lutte contre le capitalisme en tant que système d’exploitation.

En Tunisie par exemple, le lien a souvent été fait au cours du processus révolutionnaire entre la dictature de Ben Ali et celle des « petits Ben Alis » [13] , en particulier des patrons liés au régime, qui se faisaient expulser des entreprises au moment le plus explosif de la mobilisation. De même, en Égypte, une des premières mesures de la junte militaire après la chute de Moubarak a été de supprimer le droit de grève, dans une tentative d’empêcher les travailleurs qui avaient joué un rôle déterminant dans la chute du dictateur de pousser plus loin le processus. Cette mesure a été un élément accélérateur de l’expérience faite par les masses avec l’armée, comme on a vu récemment lors de la mobilisation contre la junte qui a précédé les élections parlementaires, et qui se poursuit jusqu’aujourd’hui.

Ce que démontrent ces processus aussi bien que les tentatives de déviation en cours, c’est que la satisfaction des revendications démocratiques, à commencer par la libération de l’oppression impérialiste, ne pourra être effective que si les travailleurs et les couches populaires mènent jusqu’au bout la révolution, c’est à dire s’ils s’attaquent à la propriété privée des moyens de production, et commencent à créer les bases de leur propre pouvoir. Pour cela, il leur faut développer un programme de transition qui réponde aux aspirations démocratiques et sociales de toutes les couches populaires. Car si la classe ouvrière n’est pas capable d’offrir un programme et une perspective à l’ensemble des couches populaires, une partie de ces secteurs sera fatalement attirée par les partis musulmans et leur politique d’assistanat, comme c’est déjà en partie le cas aussi bien en Égypte qu’en Tunisie.

En ce sens, il nous faut souligner à quel point le saut actuel dans l’intervention de la classe ouvrière égyptienne dans le processus est encourageant, et pourrait constituer un premier pas. L’universitaire anglaise Anne Alexander écrit à propos de la deuxième vague révolutionnaire qui se développe sous nos yeux : « Cette série complexe d’événements ne peut être comprise sans prendre en compte le profond changement dans la nature et la portée de l’action collective des travailleurs égyptiens depuis fin août 2011. Une vague de grèves et de manifestations coordonnées sur l’ensemble du territoire, telles que celles organisées par les travailleurs de la poste et les enseignants, couplées avec l’industrie et l’ensemble du secteur du sucre et des travailleurs de l’administration publique des transports au Caire, est la principale cause d’une paralysie qui a saisi le régime militaire en septembre et a donc ouvert la voie pour le soulèvement de novembre. Les luttes sociales et politiques continues, qui approfondissent toujours plus la révolution en Égypte, sont encore à un stade précoce de leur développement. Pourtant, plusieurs caractéristiques de la vague de grèves de septembre 2011 indiquent que le degré auquel le mouvement des travailleurs s’organise a réintroduit la classe ouvrière comme un facteur important dans la politique nationale, à un niveau inconnu en Égypte depuis plus de soixante ans » [14]

On conçoit alors comment la donne pourrait être radicalement changée dans ce pays. Il suffirait que ces mobilisations, d’ores et déjà de plus en plus offensives et coordonnées, mais qui se concentrent sur les conséquences des réformes libérales des dernières années, dépassent le caractère sectoriel de leurs revendications et se tournent ouvertement vers la lutte pour la chute de la dictature militaire.

Ces processus réactualisent de façon claire et vivante ce qu’expliquait la Théorie de la Révolution Permanente, systématisée par Trotsky sur la base de l’expérience des révolutions russe et chinoise. Contre toute conception voulant restreindre les révolutions arabes à une première étape purement démocratique et repousser aux calendes grecques l’expropriation des capitalistes et une véritable indépendance face au pillage impérialiste, elle a une énorme actualité pour penser et se préparer à intervenir dans les processus en cours.

On pourrait encore citer nombre de ces problèmes « classiques » ressuscités par le printemps arabe. Ainsi, par exemple, de la question de l’armement des travailleurs face à la répression sanguinaire qui se déroule sous nos yeux en Égypte. Qu’on le veuille ou non, les révolutions arabes remettent donc à l’ordre du jour toute une série de questions qui concernent la stratégie et la tactique révolutionnaires et, pour y réfléchir, les expériences tirées des révolutions passées sont d’une énorme utilité. Que peut être le sens d’un parti révolutionnaire si ce n’est de synthétiser les expériences historiques de notre mouvement, afin d’éviter à notre classe de repartir à chaque fois de zéro et de refaire les mêmes erreurs ?

Est-ce que les camarades qui ont proclamé notre absence totale de références stratégiques et la « mort du modèle de 1917 » considèrent que la nécessité d’une alliance entre les ouvriers et les classes populaires ou paysannes, d’un programme de transition capable de répondre aux aspirations et d’unifier tous ces secteurs, de l’auto-organisation comme base du nouveau pouvoir à mettre en place, est un fait totalement nouveau et imprévisible ? Que la question de la dynamique permanente de la révolution est, elle aussi, parfaitement nouvelle et imprévisible ?

Si par « modèle de 1917 » on entend schéma immuable condamné à se répéter exactement de la même façon, il s’agit bien évidemment d’une sottise. Chaque révolution a une dynamique propre et se développe selon les conditions concrètes du pays concerné, des rapports entre les classes en son sein, du moment historique auquel elle se développe, etc. Un des grands mérites des révolutionnaires russes eux-mêmes a d’ailleurs été de s’être plongés, de nombreuses années, sur la question théorique et pratique de la construction d’une stratégie de la révolution dans les conditions concrètes de la Russie du début du siècle.

Comment expliquer alors la pertinence réitérée de tous ces aspects qui, déjà posés dans ce lointain 1917, le sont encore aujourd’hui ? Nous pensons que cela est dû au fait que la révolution russe était à son époque terriblement moderne. Dans les conditions très particulières de l’existence, dans un pays arriéré du point de vue du développement capitaliste, de la classe ouvrière la plus concentrée et éduquée dans un sens révolutionnaire, elle anticipait une grande partie des problèmes des révolutions de notre époque dans un sens large, c’est à dire de la révolution socialiste.

Ceci ne veut pas dire, bien entendu que les choses en Égypte se passeront comme en Russie. La chute de Moubarak n’est pas une sorte de révolution de février. En Égypte l’armée ne s’est pas complètement divisée ente soldats solidaires de la révolution et officiers liés à l’ancien régime, la classe ouvrière n’a pas encore joué un rôle hégémonique et des organismes de double pouvoir ouvrier (les soviets) n’ont pas vu le jour. C’est en grande partie grâce à l’absence de ces éléments que les régimes ont pu rester en place en se débarrassant seulement de la personne du dictateur. On pourrait affirmer en ce sens que la politique de déviation contre-révolutionnaire, entamé en Tunisie avec l’appel à une Assemblée Constituante dans le cadre du régime, et en Égypte par la mise en place d’un gouvernement de la junte militaire, a eu pour but précisément d’éviter une dynamique de type « février 17 ».

Il est probable d’ailleurs que le développement de la révolution égyptienne soit plus lent que celui de la révolution de 1917, où la guerre et les expériences préalables du mouvement de masses – notamment 1905 – ont pu accélérer le processus. Nous sommes ainsi peut-être face à une dynamique plus proche de celle de la révolution espagnole, démarrée en 1931 avec la chute du roi Alphonse et qui ne s’est achevée qu’avec la défaite dans la guerre civile en 1939. Cette analogie sert surtout à souligner que face à une faiblesse subjective (les travailleurs et les jeunes égyptiens ont pour l’instant peu conscience des mécanismes réels de leur exploitation et de leur possibilité de s’en débarasser) et en l’absence d’un parti révolutionnaire qui puisse y pallier de manière organisée, le processus peut avoir des rythmes plus prolongés, en traversant des situations diverses (électorales, de recul, etc.) avant de pouvoir se résoudre dans le sens de la révolution ou de la contre-révolution. En même temps ce développement plus lent peut avoir l’avantage de laisser plus de temps pour la construction d’une organisation révolutionnaire.

Comment intervenir correctement dans un processus révolutionnaire ouvert sans avoir réfléchi à ces problèmes ? Le désarmement politico-stratégique du NPA l’a empêché même d’avoir une politique conséquente de solidarité à l’égard de ces révolutions et d’être conséquemment anti-impérialiste face à une intervention militaire contre-révolutionnaire dirigée par la France en Lybie [15]. Imaginons seulement un instant ce qu’aurait donné ce niveau d’impréparation s’il avait été amené à y intervenir directement...

Parti large d’adhérents ou parti révolutionnaire pour la lutte de classe ?

L’ensemble des éléments répertoriés tout au long de cet article montrent que la logique qui a présidé à la fondation du NPA, celle d’un parti processus dont les délimitations se construiraient « en marchant » (pour reprendre l’expression du poète espagnol Antonio Machado, qui a été citée lors d’une des premières réunions du parti [23] ) s’est heurté à des limites très concrètes. Une intervention correcte dans la lutte de classes dans le contexte d’une situation politique qui bascule très rapidement et devient de plus en plus convulsive exige une préparation. Cette préparation passe par l’élaboration d’une stratégie et d’un programme qui tire les leçons des expériences présentes et passées, ainsi que par un travail d’implantation réelle chez les travailleurs et les jeunes radicalisés.

L’écho d’un porte-parole charismatique ne pouvait pas se substituer à ce travail. Et lorsque ce travail n’était pas fait, son absence à partir du printemps dernier a eu tendance à faire sauter cette contradiction. Le vieux révolutionnaire russe Léon Trotsky disait à propos de la "disproportion" entre les effectifs du Parti Communiste Français des années 1930 et son influence : « L’expérience du mouvement ouvrier atteste que la différence entre le rayon d’organisation et le rayon d’influence du parti — toutes traditions égales — est d’autant plus grande que le caractère dudit parti est moins révolutionnaire et plus "parlementaire". L’opportunisme s’appuie beaucoup plus facilement que le marxisme sur des masses dispersées. […] L’accroissement systématique de la "disproportion", parallèlement à la décroissance du nombre des communistes organisés, ne pourrait, par conséquent, rien signifier d’autre que ceci : que le Parti communiste français, de révolutionnaire, se transforme en parti parlementaire et municipal. » [24]

Le NPA a été d’une certaine façon victime de ce même piège. La disproportion entre le poids superstructurel « artificiel » de Besancenot et la capacité militante réelle du parti a créé l’illusion que l’on pouvait se passer des débats stratégiques et de la construction de fractions militantes importantes chez les travailleurs et les étudiants au sein de la lutte de classe. Si, pendant les années 1930, alors que les organisations du mouvement ouvrier regroupaient des dizaines de milliers de militants, dont de nombreux ouvriers, la « disproportion » entre l’influence électorale d’un parti et sa réalité militante dans les luttes était déjà un danger, elle l’est a fortiori aujourd’hui, alors que le militantisme lui-même est remis en cause et la pression du régime démocratique bourgeois en décomposition sur les partis d’extrême gauche en est en effet d’autant plus forte. La réponse apportée par le courant Gauche Anticapitaliste ne fait qu’aggraver les choses. Car sans un travail militant permettant l’implantation dans les principales usines, services, hôpitaux, universités, etc., aucune lutte sérieuse ne peut être envisagée, et encore moins un gouvernement des travailleurs arrivant au pouvoir par le biais d’une révolution socialiste.

Mais alors, que répondons-nous à la question de savoir s’il fallait ou non fonder le NPA ? De notre point de vue, il était juste de la part de l’ancienne LCR de vouloir utiliser l’écho trouvé par Olivier Besancenot dans les élections présidentielles de 2007 pour s’élargir en tant qu’organisation, même si cet écho correspondait plus à un espace électoral dans une conjoncture politique précise qu’à un phénomène réel de radicalisation politique. Il aurait été conservateur de ne pas essayer de convertir cet écho en force militante, et si pour cela il fallait éviter un vocabulaire et des habitudes trop attachées à la tradition de l’extrême gauche post-soixante-huitarde, pourquoi pas ? Cependant il n’était pas nécessaire d’abandonner la stratégie et le programme révolutionnaires, l’intervention dans la lutte de classes, l’implantation dans les principaux bastions ouvriers, etc. Les milliers de travailleurs et de jeunes qui avaient voté pour Olivier et la LCR en 2007 l’avaient fait malgré une étiquette exprimant explicitement son ancrage communiste et révolutionnaire.

Si pendant les premières années d’existence du parti nous avions mené avec ces camarades les débats stratégiques cruciaux, en cherchant à convaincre et à avancer ensemble, sans peur des « clivages », si nous avions fait avec eux une expérience en commun au sein de la lutte de classe, alors il aurait sûrement été possible de garder nombre de celles et ceux qui ont été attirés par le lancement du NPA, et même d’en gagner d’autres.

Quelques propositions concrètes pour avancer

Néanmoins, et même si nous avons déjà perdu beaucoup de temps, il reste possible d’éviter que le parti ne continue à reculer jusqu’à une éventuelle explosion, dramatique en ce qu’elle mènerait à la démoralisation de nombreux militants. Pour cela, il nous faut mener enfin ces débats, et refonder le NPA sur de nouvelles bases, révolutionnaires. Ce qui implique que la majorité actuelle arrête de jouer à cache-cache et fasse un bilan sérieux et profond des trois années qui se sont écroulés.

Ce bilan stratégique devrait aller de pair avec une série de mesures immédiates pour remettre le parti à l’offensive et changer le cours actuel :

Tout en accélérant le rythme de la recherche des parrainages administratifs, il faudrait prendre au sérieux la question de la fermeture des sites de PSA, qui constitue une attaque centrale à l’ensemble de la classe ouvrière. Si nous mobilisons la concentration de militants que nous avons en région parisienne, nous pourrons mettre en place une grande campagne de solidarité avec les ouvriers d’Aulnay. Nous pourrions aussi utiliser l’espace médiatique qui s’ouvre à Philippe Poutou au service de cette bataille de classe.

Sur le plan de l’internationalisme, nous devrions d’ores et déjà lancer une campagne de soutien à la révolution égyptienne, qui fait en ce moment de nouveaux pas, et parallèlement subit de nouveaux coups, avec la répression féroce du gouvernement militaire. Il faudrait porter une attention particulière à la poussée ouvrière en cours et à la structuration des syndicats indépendants. Et cela sans oublier la mobilisation à Mayotte qui prend un deuxième souffle et qui passe sous silence en métropole et la solidarité avec les travailleurs et le peuple grecs

La jeunesse du parti et en particulier les étudiants auraient un rôle fondamental à jouer en se tournant de façon résolue vers les luttes du monde du travail pour recréer une tradition d’unité entre la jeunesse et la classe ouvrière. En même temps, face à la crise capitaliste et étant donné un certain regain des idées marxistes dans le milieu universitaire, elle devrait mener un combat idéologique frontal contre l’idéologie dominante, pour réhabiliter un marxisme vivant et pour attirer de nouveaux étudiants et intellectuels au militantisme révolutionnaire.

Avancer dans la relance d’une dynamique d’intervention en direction des principaux phénomènes de lutte ouvrière, d’internationalisme actif et de lutte idéologique offensive, voilà le pas en avant nécessaire pour corriger les erreurs passées et commencer à nous mettre à la hauteur des enjeux de la situation.

[1] Daniela Cobet est membre du Comité Politique National du NPA et du Courant Communiste Révolutionnaire, Plateforme 4

[2] BORRAS Frédéric, GROND Pierre-François, HAYES Ingrid, LECLERC Anne,LIEGARD Guillaume, MARTIN Myriam, WAWRZYNIAK Coralie. « Quelques éléments pour un bilan du NPA ».

[3] Idem

[4] SITEL, Francis. « Stratégie révolutionnaire : résurgences et cours nouveaux »..

[5] Voir note de bas de page numéro 17

[6] Dans le cadre de ce même “débat stratégique” qui a eu lieu au sein de la LCR courant 2007 (peu avant la fondation du NPA), Daniel Bensaïd parlait d’un retour de la question politico-stratégique après des décennies où les polémiques et les discussions entre courants de l’extrême gauche autour de problèmes aussi centraux que l’auto-organisation, la participation ou non à des gouvernements de front populaire, etc. avaient disparues. Si la poussée révolutionnaire des années 60-70 avait réactualisé le débat sur les stratégies de la prise du pouvoir – avec notamment un clivage entre les partisans de la prise du pouvoir sur la base de l’auto organisation de la classe ouvrière et les partisans de la guérilla –, la défaite de ces expériences a ensuite rayé d’un trait ce débat stratégique, et cela non pas parce qu’une des deux stratégies aurait triomphé sur l’autre mais plus tragiquement dans la mesure où elles ont toutes deux été écrasées ou déviées.

suite à venir...

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