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Que veut dire Haïti occupée par des forces armées étrangères ?

dimanche 7 mars 2010, par Robert Paris

Antoine Dupré :

« Si un jour sur tes rives

Reparaissent nos tyrans

Que leur horde fugitive

Serve d’engrais à nos champs »

Haïti : de la nourriture, des soins, des maisons

Pas d’occupation militaire !

NOU PA VLE RETE ANBA DJOL OKENN PEYI ETRANJE

Nous ne voulons pas nous placer sous la tutelle des pays étrangers

GRO PEYI-YO KITE AYITI VIV

Que les grands pays laissent vivre Haïti

REVOLISYON SEL SOLISYON

La révolution est la seule solution

Haïti occupée militairement par les forces armées les plus féroces de plusieurs pays veut dire que les classes dirigeantes du monde ont si peur des opprimés que les prolétaires de la moitié d’une ile qui pourraient se rebeller les inquiètent au point d’occuper militairement et massivement de façon préventive .... L’inquiétude des grandes puissances, ce sont les réactions populaires et pas les victimes à sauver et les populations survivantes à aider, contrairement ce que l’on cherche à nous faire croire ici. Si les forces armées du monde se sont empressées d’intervenir, c’est pour éviter que le vide du pouvoir, causé par le tremblement de terre qui a mis à bas les édifices publics, les bâtiments de l’Etat et des forces armées d’occupation étrangères, ne se transforme en tremblement de terre... social. Et ces forces cachent leur crainte du peuple d’Haïti derrière de prétendus pillages, mais, quand on crève de faim, se servir dans les magasins, c’est simplement vital, ce n’est pas un crime ! Les vrais bandits, ce sont les grandes puissances qui pillent Haïti depuis des centaines d’années, lui imposent des dictatures, n’ont rien fait pour les débarrasser des escadrons de la mort, macoutes ou autres, militaires, paramiliaires ou milices.

Pour comprendre le rôle des armées étrangères en Haïti, il faut se rappeler que l’intervention militaire américaine, onusienne ou française ne date pas du tremblement de terre. Elle prétendait déjà défendre la sécurité de la population civile alors que les petites gens n’ont cessé d’être rançonnées et assassinées par les bandes armées. Le véritable but des interventions armées étrangères, celle des USA en premier, était déjà de combattre la révolte sociale du peuple travailleur qui a commencé en 1986, lorsque le peuple haïtien s’est débarrassé de la dictature des Duvalier que soutenaient les pays occidentaux. Oui, le peuple travailleur d’Haïti a vécu une révolution, en s’attaquant aux barbares « tontons macoutes » et en renversant la dictature de « Bébé doc » Duvalier, soutenue par les USA.

Lire sur Haïti

Haïti : le pré-carré américain

"Le séisme à Haïti donne lieu à « l’une des plus grandes opérations de secours de l’histoire des Etats-Unis », a déclaré, hier, le président Barack Obama, dans une allocution solennelle à la Maison Blanche, aux côtés de ses prédécesseurs, George W. Bush et Bill Clinton, qu’il a chargés de rassembler des fonds pour les victimes, tandis qu’Hillary Clinton est arrivée, hier, à Port-au-Prince.

La secrétaire d’État américaine va tenter de répondre au défi logistique posé par la distribution de l’aide internationale et chercher des solutions pour faire parvenir cette aide aux Haïtiens, alors que les militaires américains sont déjà à pied d’oeuvre sur place. Ainsi, reconnaissables à leurs bérets noirs et à leurs blasons rouges et bleus flanqués des lettres « AA », les parachutistes de la 82e division aéroportée américaine ont pris position en nombre dans l’aéroport de Port-au-Prince depuis vendredi.

À côté de l’unique piste d’atterrissage engorgée que compte le site, certains « paras » ont établi leur camp, tandis que d’autres se sont déployés dans ce centre névralgique de l’acheminement des secours, sonnant le glas de la relative anarchie qui avait cours depuis le séisme de mardi dans l’aéroport, privé de sa tour de contrôle..

Près de 10.000 militaires américains sur zone

D’autres « paras » américains devaient arriver tout au long du week-end à bord d’avions de transport depuis la Caroline du Nord, pour atteindre un total de 3.500 hommes. Avec l’arrivée prévue des Marines et des trois navires qui les accompagnent, 9.000 à 10.000 militaires américains seront déployés à Haïti et en mer dès demain." Jean Guisnel.

"La Fran­ce pleu­re sur les 40.​000 ca­dav­res de l’île mi­nu­s­cu­le, et le monde en­t­ier s’em­pres­se de sécher les lar­mes de la Répu­bli­que. Mais com­ment était-​ce quand, il y a quel­ques siècles, la Fran­ce a versé le sang à tor­rents pour prend­re les Pe­ti­tes et les Gran­des An­til­les ? En mer, au large des côtes de l’Afri­que de l’Est exis­te l’île volca­ni­que de Ma­da­g­a­s­car. Il y a 50 ans, nous vîmes com­ment la Répu­bli­que au­jourd’hui in­con­solable et qui pleu­re la perte de ses en­fants, a alors so­u­mis les indigènes ob­s­tinés à son joug par les chaînes et l’épée. Nul volcan n’y a ou­vert son cratère, ce sont les bou­ches des ca­nons français qui ont semé la mort et de la déso­la­ti­on. Les tirs de l’ar­til­le­rie française ont balayé des mil­liers de vies hu­mai­nes de la sur­face de la terre jusqu’à ce que ce peup­le libre se pros­ter­ne face cont­re terre et que la reine des « sau­va­ges » soit traînée, comme trophée, dans la « Cité des Lumières »."

Rosa Luxemburg dans "Martinique" (1902) Depuis que les impérialismes et les classes dirigeantes locales prétendent nous sauver à coups d’interventions militaires et policières, nous sommes morts...

Leurs bandes armées tuent plus surement que les séismes et les cyclones !!!!

Prolétaires, sauvons nous nous-mêmes !

Pourquoi les armées étrangères occupent Haïti au lieu d’intervenir pour un sauvetage et une aide d’urgence ?

Haïti sait ce que veut dire une occupation militaire US et étrangère

A chaque fois, il y a eu un prétexte de venir aider le peuple haïtien contre telle ou telle dictature par exemple mais, à chaque fois, loin de débarrasser le peuple de ses oppresseurs, les forces armées ont mis en place une dictature aussi ou plus féroce. Depuis 1994, Haïti est militairement occupé et pourtant y règne toujours la misère, la dictature, les bandes armées liées aux riches, aux grands propriétaires, aux militaires, aux divers régimes qui se sont succédé....

Le mercredi 20 janvier 2010, une manifestation des Haïtiens du centre de la capitale clamait : « de la nourriture, des soins, mais pas d’armée d’occupation étrangère », « on a demandé des secours et de l’aide, pas des militaires ». Les forces armées étrangères qui occupent le pays affirment avoir sauvé cent vies, des personnes enfouies dans les décombres. C’est beaucoup moins que les vies sauvées par les Haïtiens eux-mêmes sans la moindre aide, à mains nues. Les forces étrangères qui se ruent en masse sur Haïti sont d’abord composées de soldats et non de sauveteurs lesquels ont été bloqués d’accès à l’aéroport de Port-au Prince par le débarquement des soldats. Mais, depuis que des forces étrangères ont occupé Haïti, depuis que des pays comme la France et les USA soutiennent ou mettent en place des dictatures en Haïti, combien ont-ils permis de tuer d’Haïtiens, soit directement par leurs soldats, soit indirectement par les dictatures qu’ils cautionnaient, aidaient et finançaient ?

Comment le peuple travailleur d’Haïti voit les troupes d’occupation

En 1868 le président Andrew Johnson a évoqué l’idée d’une annexion de toute l’île d’Hispaniola, à l’époque Haïti et la République Dominicaine, pour assurer une présence américaine dans les Caraïbes.

Sa suggestion n’a pas été suivie mais les navires de guerre américains ont été actifs dans les eaux haïtiennes 17 fois entre 1862, date de la reconnaissance d’indépendance, et 1915, date de l’occupation du territoire haïtien.

Alvey Adee, assistant au secretaire d’Etat résume ainsi la vision d’Haïti en 1888 : "C’est une nuisance publique a notre porte".

Histoire tumultueuse

Les années suivantes, Haïti ne va pas cesser d’être un casse-tête pour son puissant voisin.

Entre 1888 et 1915 aucun président haïtien n’a achevé son mandat de 7 ans.

10 ont été tués ou renversés y compris 7 dans les 4 ans d’invasion américaine en 1915. Un seul est mort de causes naturelles.

En 1914 le président Woodrow Wilson prend le contrôle de la banque nationale haïtienne en envoyant des marines qui s’emparent de 500 000 dollars pour "les conserver à l’abri" à New York.

L’assassinat du président haïtien l’année suivante a accéléré la décision du président Wilson d’envahir Haïti avec l’objectif de protéger les avoirs américains et de limiter l’influence allemande dans la région.

Après avoir échoué à convaincre le nouveau parlement haïtien d’adopter une constitution qui autoriserait les étrangers à acquérir des terres, l’administration Wilson l’a poussé à la dissolution en 1917.

1915-1934 : En 1915, l’armée des États-Unis occupe Haïti. Plusieurs milliers de civils et de combattants désarmés sont tués par les forces d’occupation américaines alors que ces dernières combattent, avec l’aide de la gendarmerie haïtienne commandée par des officiers américains, une insurrection armée de paysans, les Cacos , principalement dans les campagnes du Centre et du Nord-Est du pays. (La guérilla des Cacos représente la seule véritable résistance armée à l’occupation américaine et est organisée et menée par Charlemagne Péralte, exécuté par un officier américain le 31 octobre 1919, avant d’émerger plus tard comme une figure héroïque nationale.) Le nombre total, même approximatif, de victimes demeure inconnu. La mémoire collective haïtienne garde vivace le souvenir des exécutions sommaires, dont la plupart ont probablement lieu de juillet à novembre 1915 et surtout de 1918 à 1921, périodes de résistance ouverte à l’occupant. En 1918-1919, les prisonniers et blessés Cacos sont systématiquement exécutés une fois désarmés. Des ordres clairs sont passés, par écrit, à cet effet. La torture des Cacos ou de supposés Cacos par les Marines était également pratiquée : pendaison par les parties génitales, absorption forcée de liquide, et ceps , pression sur les tibias à l’aide de deux fusils. Outre les violences et exécutions commises sur des combattants désarmés, l’armée américaine et ses auxiliaires haïtiens auraient également perpétré des exactions et de nombreuses tueries contre la population civile. Selon des témoignages oraux recueillis par l’historien Roger Gaillard (1981, 1983), ces exactions incluent des exécutions sommaires, viols, maisons mises à feu après y avoir enfermées des familles entières, pendaisons, civils brûlés vivants et un notable enterré vivant. La mémoire collective dans les localités touchées conserve le souvenir des noms, en créole, des gradés américains qui ont commis des actes de violence contre les civils : Ouiliyanm (lieutenant Lee Williams), Linx (Commandant Freeman Lang) et le capitaine Lavoie. H.J. Seligman (in Gaillard, 1983), journaliste américain ayant enquêté sur place à l’époque, affirma que les soldats américains pratiquent le bumping off Gooks , le tir contre des civils comme s’il s’agissait d’un sport ou d’un exercice de tir. Un rapport interne de l’armée américaine, en juin 1922, reconnaît et justifie l’exécution des femmes et des enfants, les présentant comme des « auxiliaires » des Cacos. Un mémorandum confidentiel du Ministère américain de la Marine s’élève contre « des tueries aveugles (« indiscriminate ») contre les indigènes qui se sont déroulées pendant plusieurs semaines. » H. J. Seligman évalue, en juillet 1920, le nombre des victimes innocentes, hommes, femmes et enfants, à 3 000. Gaillard totalisant victimes innocentes et Cacos morts au combat, avance le nombre de 15 000. Mise à part la lutte contre la rébellion, des centaines voire des milliers de civils meurent et sont tués lors de constructions forcées de routes dans le pays, travaux appelés corvée . Selon Trouillot (1990:106), 5 500 personnes sont mortes pendant les corvées. Des civils tentant de fuir le travail forcé sont abattus. Certains de ceux qui ralentissent le travail sont tués à l’arme blanche par des officiers américains (Gaillard, 1982). Le racisme des Marines américains pendant cette occupation, la plupart originaires du sud des États-Unis (particulièrement de la Louisiane et de l’Alabama) a été présenté comme un facteur de ces tueries indiscriminées contre des « nègres qui prétendent parler le français » (dans les termes d’un général américain).

Octobre 1937 : En République Dominicaine voisine, entre 15 000 et 20 000 haïtiens et dominicains d’origine haïtienne sont tués sur l’ordre du dictateur Trujillo, par l’armée dominicaine, dans le cadre de l’Opération Perijil (persil en espagnol, un mot présumé difficile à prononcer pour les Haïtiens sans trahir leur origine ; ceux qui échouent sont tués sur place). Dans la seule région du nord-est, jusqu’à 15 000 individus sont tués, la plupart à coup de machette entre le 2 et le 8 octobre. Les armes blanches sont utilisées, plutôt que les armes à feu, pour éviter de donner l’alerte aux communautés haïtiennes voisines, qui sont alors exterminées à leur tour. Le 5 octobre, l’armée dominicaine ferme les postes-frontières pour empêcher les Haïtiens de s’échapper. En janvier 1938 à Washington D.C., le gouvernement de la République Dominicaine accepta de payer une indemnité de 750 000 dollars (525 000 furent versés) au gouvernement Haïtien en compensation mais refusa paradoxalement de reconnaître toute responsabilité dans le document signé pour l’occasion (Cuello, 1985:456 ; Turits, 2002:622-623). Peu après, les tueries continuent dans le sud de la région frontalière du pays jusque dans les six premiers de 1938, quand plusieurs centaines de Haïtiens sont tués (plusieurs milliers selon l’historien Dominicain Juan Manuel Garcia, 1983). Une majorité d’historiens situent ces événements dans le cadre de la politique de terreur d’État de Trujillo et de l’idéologie raciste anti-haïtienne mise sur pied par ce même régime et des intellectuels dominicains. Turits (2003), dans un ouvrage de référence sur ces événements, identifie cependant la défense de l’intégrité territoriale, face à la perception d’une haïtianisation des régions frontières, comme un facteur déterminant. Turits (2003:169) affirme aussi, documents à l’appui, que les civils dominicains n’ont pas participé aux tueries, ce que contestent Castor (1988) et la mémoire collective haïtienne. Le terme de « génocide » est utilisé par plusieurs auteurs pour qualifier ces tueries.

15-16 juin 1957 : L’armée tue plusieurs centaines (Leconte, 1999), voire jusqu’à trois mille (Pierre-Charles, 1973) partisans du Président Fignolé (dans lequel les masses déshéritées de la capitale Port-au-Prince se reconnaissent) après l’avoir renversé et forcé à s’exiler. La plupart des victimes se trouvent dans les quartiers populaires de Bel-Air, La Saline et Saint-Martin. Le général Kébreau, responsable des tueries, est surnommé général Thompson en référence à l’utilisation de la mitraillette du même nom. Il s’autoproclame, avec le soutien de François Duvalier, chef de l’exécutif et organise les élections du 22 septembre qui porteront ce dernier au pouvoir. Dès ce moment, l’armée établit les bases d’un ordre « totalitaire ».

La dictature de Papa Doc, soutenue par les USA, est connue pour ses nombreux assassinats et massacres. 2 053 individus ont été tués de 1957 à 1967 dans les seuls locaux du quartier général de la police. Quant à eux, les macoutes ont fait entre 30.000 et 50.000 morts.

26 avril 1963, à Port-au-Prince, suite à une tentative d’enlèvement de Jean-Claude Duvalier, le fils de Papa Doc, les macoutes assassinent plusieurs familles présumées opposées au gouvernement. La tactique des macoutes consiste, lors de cette journée, à encercler le domicile d’un ou plusieurs opposants puis d’y mener un raid ; il y tuent alors ses habitants, personnes âgées, enfants, nourrissons et domestiques avec des armes de poing et des machettes avant de s’attaquer ensuite à la maison d’un autre présumé opposant au régime. Les familles Benoît, Edelyn et Paris sont exterminées, leurs corps laissés à la vue de tous sur les trottoirs devant leurs maisons. D’autres personnes sont assassinées dans la rue et parfois au volant de leurs voitures. Le bilan atteint une centaine de personnes. Plusieurs dizaines d’autres personnes sont emmenées à la prison de Fort-Dimanche à Port-au-Prince et « disparaîtront », 26 avril 1986 fusillades de Fort Dimanche

23 juillet 1987 : massacres de paysans par les milices des grandons : plus de trois cent morts en tout dont 250 à Jean Rabel.

A partir de septembre 1987 jusqu’en septembre 1988, multiplication des massacres organisés par des groupes armés.

Le 10 septembre 1988, massacre au cours d’une messe à Port-au-Prince. A coups de revolvers, de piques et de machettes, les hommes de main du général Namphy font 13 morts et 70 blessés.

De août à novembre 1989, la répression par l’armée ou les "zenglendos", militaires reprenant les méthodes macoutes se développe : enlèvements, assassinats, tortures...

Janvier 1991- Les tueries de Gervais À Gervais, dans l’Artibonite, 12 paysans sont tués et 8 portés disparus (auxquels il faut ajouter 20 blessés et 494 maisons incendiées). Les causes, les responsables et les auteurs de la tuerie semblent sujets à discussion. Selon une commission diocésaine de l’Artibonite (Danroc et Roussière), qui enquête et documente avec des photographies les méfaits, un commando militaire appuyé par des hommes de main d’un propriétaire terrien a perpétré la tuerie. Selon la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme (ICHR, 1991), la tuerie s’inscrit dans le cadre d’un conflit terrien, dans les lieux-dits de Terre-Cassée, près de Gervais, Guyton et Coligny, où plusieurs familles de paysans, petits propriétaires terriens inclus, s’opposent entre elles depuis 1973. Quelques jours avant le 17 janvier, à la suite de la destruction d’un dépôt d’une des parties impliquées dans ce qui n’est alors qu’un litige foncier, le juge de paix ordonne l’arrestation de 27 paysans de Gervais. Le 17 janvier, alors qu’ils procèdent à l’arrestation, le Chef de Section et ses assistants abattent un paysan. Peu après, les paysans de Gervais se vengent et tuent les assistants du Chef de section. À la suite de ces deux assassinats, dans la même journée du 17, des paysans de Guyton et Coligny, soutenus par des soldats venus de Saint-Marc (sous-préfecture de l’Artibonite), se rendent à Gervais et commencent la tuerie. Aucune enquête judiciaire n’a été ouverte.

29 septembre 1991 Avec le renversement d’Aristide par le général Cédras, celui qu’Aristide lui-même avait nommé son chef d’Etat-major des armées et dont le coup d’état est soutenu par les classes dirigeantes, des massacres dans les quartiers populaires font 2000 morts en deux jours. De septembre à février 1992 : des milliers de morts, victimes de la répression.

30 septembre 1991- premiers jours d’octobre : Dans l’après-midi du 30 septembre, un commando de soldats se rend à Lamentin 54, dans la banlieue de Port-au-Prince, ouvre le feu au hasard sur les piétons et les maisons du quartier, et jette des grenades, toujours au hasard, dans plusieurs maisons du quartier, apparemment en représailles après l’assassinat d’un sergent de la caserne locale dans la matinée du 30. La répression se poursuit pendant deux à trois semaines, faisant un total de 30 à 40 victimes. Selon des témoignages recueillis par la Commission Vérité et Justice, plusieurs cadavres auraient été jetés dans des fosses communes creusées à proximité du quartier sur ordre des soldats ; plusieurs jeunes auraient également été exécutés après avoir creusé ces fosses ; d’autres cadavres auraient « été disparus » après avoir été emmenés en camion. 1er et 2 octobre1991 : Lors du Coup d’État militaire, à Martissant, un quartier de Port-au-Prince, pendant les deux jours qui suivirent le Coup d’État, des soldats et des attachés paramilitaires terrorisent la population locale et tuent au moins sept individus, dont un mineur. Cette tuerie aurait été organisée après l’incendie du domicile d’un lieutenant de l’armé dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre. 2 octobre 1991 : Lors du Coup d’État militaire, trente civils sont tués dans la même journée à Cité-Soleil, un bidonville à l’ouest de Port-au-Prince, connu pour abriter de nombreux partisans du président Aristide, par des soldats de l’armée, après l’attaque d’un commissariat local. 2 octobre 1991 : Au moins 7 personnes sont tuées aux Gonaives, dont un enfant et un adolescent, par l’armée lors d’une manifestation de soutien au président Aristide.

21 mai 1994, l’ONU décrète l’embargo d’Haïti qui va faire de nombreuses victimes de misère et de faim

19 septembre 1994, débarquement des marines US à Port-au Prince qui ramènent Aristide au pouvoir

28 mai 1999 : La Police Nationale Haïtienne (PNH) tue 11 personnes dans la nuit du 27 au 28 mai, dans un bidonville au-dessus du quartier de Carrefour-Feuilles, à Port-au-Prince, à l’issue d’une patrouille de routine à l’origine. Selon les examens médico-légaux de la MICIVIH, réalisés dans les jours qui suivent, il s’agit d’exécutions extrajudiciaires « menées de sang froid », les 11 individus ayant eu les mains attachées dans le dos et étant allongés sur le ventre au moment de la mort. Huit des onze victimes n’étaient pas armées. Bien que cette tuerie ne semble pas avoir de racines politiques, elle provoque une émotion considérable dans la population car elle constitue la première grande tuerie depuis le retour de la démocratie et suggère donc que les tactiques violentes de la Police Haïtienne, qui avait remplacé les Forces Armées d’Haïti en 1994, contre les pauvres n’ont pas cessé.

11 février 2004 : Événement nommé « massacre de la scierie » par les médias haïtiens. Cinquante personnes, membres de RAMSICOM (parfois orthographié RAMICOS), une organisation populaire d’opposition au président Aristide, sont tuées dans le quartier dit de la Scierie, à Saint-Marc (département de l’Ouest), par des partisans armés et illégaux de Jean-Bertrand Aristide, communément appelés chimères , et dirigés par l’organisation Balé Wouzé , dont le leader, Amanus Mayette, est alors député au Parlement.

29 septembre 2004, nouvelle intervention des USA pour enlever du pouvoir Aristide.

2008 : révoltes de la faim et répression font des quantités de victimes

Un article de 1993

"L’accord de Governor’s Island permettra peut-être à Aristide de retourner au Palais National. Même cela n’est pas une certitude absolue : d’ici le 30 octobre, l’état-major a le temps de renier la signature de Cédras. Et s’il la respecte, parce que c’est l’ordre des États-Unis et parce que cela correspond aux intérêts bien compris de l’armée et des privilégiés haïtiens eux-mêmes, il pourrait toujours se trouver parmi les brutes en uniforme un militaire assez stupide pour se croire investi de la mission d’empêcher, par la violence, le retour d’Aristide.[…]

Le retour d’Aristide […] voilà la concession que l’état-major a consentie […].

C’est d’ailleurs la seule concession. Pour le reste, c’est Aristide qui a été amené à céder sur à peu près tout. La presse américaine a rapporté que, jusqu’au dernier moment, Aristide a hésité à signer l’accord, tant on lui demandait d’avaler des couleuvres. Mais au dernier moment, il a fini par céder. Pour sauver l’honneur, il a refusé de rencontrer personnellement Cédras. Mais il faudra bien, à son retour, qu’il rencontre et côtoie tous les jours, sinon Cédras, du moins les autres membres de l’état-major, tout aussi responsables du putsch du 30 septembre. Soit dit en passant, les lavalassiens [1] présentent comme le signe du pouvoir futur d’Aristide, le fait qu’il lui appartiendra de nommer le futur commandant en chef. C’est une énormité après ce qui s’est passé le 30 septembre 1991, sous la responsabilité de Cédras qui avait, déjà, été nommé par Aristide. Mais en outre, Aristide devra nommer le nouveau commandant en chef parmi les généraux du haut commandement, et il n’y en a que quatre, tous autant responsables les uns que les autres dans l’établissement et le maintien de la dictature militaire : Biambi, Duperval, Max Mayard et Cédras lui-même.

Sur la question la plus importante, Aristide avait déjà cédé depuis très longtemps, bien avant les négociations de Governor’s Island, en amnistiant l’armée dans son ensemble de son coup d’État. Il s’est seulement accroché, pendant des mois, à l’idée d’expulser Cédras de l’armée et même du pays. C’était déjà absoudre les responsables civils et militaires du 30 septembre, car ce n’est tout de même pas Cédras tout seul, ni même flanqué du colonel François, qui a massacré de ses mains les trois mille victimes de la répression. Mais au dernier moment, on lui a même fait accepter que Cédras lui-même ne soit pas démis de ses fonctions, mais qu’il « fasse valoir son droit à la retraite ». L’armée a donc refusé de fournir même un seul bouc émissaire issu de ses rangs. Non, au contraire, ses chefs affirment fièrement qu’ils avaient raison de faire le putsch, apportant ainsi, pour reprendre l’expression cynique récente de Cédras, une « correction démocratique » au régime d’Aristide. En signant l’accord de Governor’s Island, non seulement Aristide absout donc l’armée du putsch du passé, mais il lui donne, implicitement, le droit d’apporter dans le futur ce genre de « correction démocratique » au fonctionnement du système politique.

Non seulement donc l’armée sera là après le 30 octobre, avec le même état-major, avec la même hiérarchie, avec les mêmes chiens enragés, et donc en position de renverser Aristide le jour et l’heure où elle le choisira, mais elle pourra le faire avec le blanc-seing tacite qu’Aristide vient de lui délivrer. En outre, la menace du putsch servira de justification y compris aux dirigeants lavalassiens pour s’opposer à toutes revendications voire pour désavouer même des manifestations en faveur d’Aristide. « Pas de provocations » pour ne pas donner des prétextes aux putschistes. Voilà au nom de quoi on fera taire les oppositions. Sans même avoir à intervenir, l’état-major pèsera en permanence sur la vie politique. Ce qui ne l’empêchera pas, pour autant qu’Aristide se déconsidère, d’intervenir quand même.[…]

Dès aujourd’hui, on fait cependant mine de reconnaître Aristide pour chef d’État. C’est lui qui nommera officiellement le futur Premier ministre que les conseillers américains ont sans aucun doute déjà choisi pour lui. Ce Premier ministre devra cependant être accepté par le Parlement.

Il y a évidemment un côté surréaliste dans le pouvoir théoriquement reconnu à cette collection de paillassons sur lesquels tous les militaires se sont essuyé les pieds et qui s’appellent Parlement et Sénat. Et passons sur le ridicule de tous ces gens, frétillant, se prenant au sérieux devant le rôle qu’on leur attribue. Ils ont cependant une fonction. En faisant mine d’augmenter le rôle du Parlement, on diminue celui du président de la République.

On a vu avec quelle facilité l’armée avait congédié Aristide il y a deux ans, alors pourtant qu’il bénéficiait de l’autorité du président le mieux élu de toute l’histoire d’Haïti et qu’on l’accusait de concentrer trop de pouvoir entre ses mains, notamment par rapport au Parlement. Eh bien, cette fois, même officiellement, il n’aura qu’un rôle restreint. C’est le Premier ministre qui gouvernera. C’est le Parlement qui contrôlera le Premier ministre. Et bien entendu, c’est toujours l’armée qui surveillera tout ce beau monde, sous la tutelle des États-Unis. Et Aristide ne sera plus le « président élu », mais le président « réhabilité », ramené par la grâce des États-Unis, comme se plaisent à le rappeler déjà, avec insistance, les publications conservatrices genre Haïti Observateur.

Cela ne fait rien, Aristide est désormais, de nouveau, le président. Il faudra désormais sa signature sur les actes officiels. On lui a même donné la permission de s’exprimer sur les ondes nationales. Oh, avec des précautions, pour ne pas vexer les militaires ou les macoutes : Aristide a dû faire sa première déclaration depuis la signature de l’accord de Governor’s Island à une radio américaine. Mais les ondes nationales ont consenti à reproduire son discours. Il est vrai qu’il n’était nullement agressif à l’endroit des militaires putschistes. Au contraire, il s’est adressé à l’armée pour dire qu’il revient « aux actuels responsables de l’institution militaire de garantir la sécurité de tous ». Appel entendu : le soir même de l’appel les militaires ont matraqué, au nom du maintien de l’ordre, les militants et les sympathisants lavalassiens qui manifestaient à Cité Soleil en brandissant des portraits d’Aristide. […] Pourquoi les États-Unis ont-ils patronné le retour d’Aristide ?

Bien que l’accélération des négociations pour le retour d’Aristide durant les toutes dernières semaines soit de toute évidence le résultat d’une pression accrue des dirigeants des États-Unis, pour nombre de pauvres, c’est quand même leur victoire.

Il y a quelque chose de vrai dans ce sentiment des masses pauvres. C’est bien en dernier ressort la crainte des masses pauvres et de leurs révoltes, tant en Haïti même que, plus généralement, dans cette région explosive que sont les Caraïbes et l’Amérique centrale, qui rend Aristide utile à l’impérialisme américain (comme leur est utile un Juan Bosch en Dominicanie) [2]. Mais en dernier ressort seulement car si, concrètement, les Américains ont accéléré le mouvement pour le retour d’Aristide, c’est justement parce que les masses sont démobilisées et que le retour d’Aristide ne sera ressenti comme une victoire que passivement et surtout pas comme un encouragement dangereux pour se mettre dans la lutte. D’ailleurs, c’est une des raisons pour lesquelles les puissances impérialistes qui, depuis le début, traitent Aristide en chef d’État ne se sont cependant pas pressées pour faire pression sur les militaires pour qu’ils acceptent son retour ; une des raisons, aussi pour ajouter, même maintenant, un délai d’attente supplémentaire jusqu’au 30 octobre, est que les dirigeants impérialistes veulent que cela se fasse progressivement, que les masses ne sortent pas de leur apathie.

Car si le choix de ramener Aristide est fait par les Américains depuis le lendemain du coup d’État, ce n’est évidemment pas pour respecter les sentiments et les intérêts des masses pauvres mais pour les tromper et les démobiliser et éviter le danger que représentent ces centaines de milliers de pauvres d’Haïti tenaillés par la faim, vivant dans des conditions infrahumaines et en plus terrorisés par une dictature militaire sanguinaire qui se durcit de jour en jour.

Aristide vit encore dans le coeur de ces masses pauvres de la population en dépit de tout. En patronnant son retour, les États-Unis essayent de récupérer son crédit pour le compte du maintien de l’ordre et de la stabilité en Haïti.

Voilà pourquoi ils ont mis leur poids dans la balance pour convaincre l’armée d’accepter le retour. Le blocus décrété par l’ONU est aussi un moyen de pression. Si certains secteurs de la bourgeoisie en profitent, d’autres en souffrent. La crise politico-militaire engendrée par le coup du 30 septembre est préjudiciable aux affaires. Ce n’est pas pour rien que la réunion des partis pour donner à la solution dictée des États-Unis une couverture parlementaire, sera suivie par une réunion des hommes d’affaires, haïtiens comme américains, et des représentants du FMI autour d’Aristide. Haïti les intéresse, en effet surtout pour les bas salaires. Mais pour que les affaires marchent, il faut de l’ordre. Et il faut la paix sociale : voilà ce qu’ils demandent à Aristide de garantir. L’extrême droite macoutique et les nationalistes dits progressistes contre l’ingérence américaine

Une mission civile et bientôt une force de police internationale seront censées garantir le bon déroulement de la période de transition.

La mission civile est déjà là. Ses membres ne s’occupent pas exclusivement à se prélasser autour des piscines des grands hôtels où ils sont logés. Radio Métropole a rapporté qu’elle a organisé, dans plusieurs villes de province, des réunions regroupant des chefs de sections et les officiers ou sous-officiers commandant les postes militaires locaux, pour les convaincre de la nécessité de la démocratie. A la fin de ces réunions, à Hinche notamment, ils ont distribué le texte de la Déclaration des droits de l’Homme aux militaires présents. Ces derniers ont dû apprécier à sa juste valeur cet effort pédagogique méritoire. La mission a été un peu moins brillante devant Saint-Jean Bosco [3] ou à la Cité Soleil où, bien que dûment convoqués par les responsables lavalassiens, les observateurs internationaux ont dû se contenter d’observer les militaires en train de matraquer les manifestants, en se faisant eux-mêmes copieusement injurier au passage.

Quant à la mission militaire, elle n’est pas encore là. Les signataires et les protecteurs de Governor’s Island sont fort discrets à ce sujet. Il s’agirait d’un millier de militaires, de pays latino-américains ou alors de pays francophones peut-être, destinés officiellement à garantir que la transition se fait.

Cette présence militaire découragerait-elle les éventuelles tentatives de putsch de la part des secteurs macoutiques les plus bornés ? Peut-être, mais cela n’est pas sûr. Elle est au moins autant destinée à démobiliser les masses pauvres, ne serait-ce qu’en accréditant l’argument : ce n’est pas la peine de bouger pour protéger le retour d’Aristide, il y a des troupes pour cela.

En attendant cependant, la présence éventuelle de ces troupes étrangères est le prétexte invoqué par les milieux macoutiques, pour habiller leur hostilité congénitale au retour d’Aristide des défroques du nationalisme outragé. La chose n’est pas nouvelle. Les militaires putschistes, l’extrême droite macoutique, comme les trafiquants de drogue, font depuis deux ans large usage de la démagogie nationaliste ou noiriste pour contester à quiconque le droit de s’ingérer contre leur liberté de trafiquer et d’assassiner chez soi. Tout cela ne les empêche pas, bien entendu, de déposer leur argent volé chez cette puissance impérialiste dont ils font mine de contester les ingérences, ni de pleurnicher pour être reconnus par elle.

La dénonciation de l’intervention étrangère est cependant également la raison invoquée par certains nationalistes dits progressistes, style Ben Dupuy et plus généralement la mouvance Haïti Progrès, pour prendre leurs distances à l’égard d’Aristide.

Les classes pauvres ne doivent certainement pas voir dans ces troupes étrangères des amis, et encore moins des protecteurs, même si elles sont envoyées officiellement pour protéger le retour d’Aristide. Ces troupes, instruments de la politique des États-Unis, sont tout autant les ennemis des masses pauvres que l’armée haïtienne.

Mais il ne faut pas que l’anti-impérialisme verbal des gens comme Ben Dupuy fasse oublier que ces gens-là n’ont nullement protesté et encore moins démissionné, lorsque Aristide encore au Palais National, prônait le mariage armée-peuple. Ces coteries nationalistes-progressistes sont tout aussi responsables que les lavalassiens les plus modérés dans la politique funeste qui a désarmé les classes pauvres face à l’armée. Et même aujourd’hui, en rompant avec Aristide sur la question de l’anti-impérialisme verbal, ces gens-là continuent à tromper les classes pauvres, en dissimulant la responsabilité dans la répression de l’appareil d’État national, de l’armée nationale. C’est d’ailleurs précisément en cela que même leur prétendu anti-américanisme, même leur prétendu anti-impérialisme, auxquels se limite leur identité politique de progressiste, est complètement bidon. Depuis que les troupes d’occupation américaines ont été retirées de ce pays, depuis bientôt soixante ans, c’est bien « notre » appareil d’État national, c’est bien « notre » armée, « notre » classe politique, qui sont les principaux instruments de l’impérialisme.

Voilà pourquoi, les travailleurs, les djobeurs, les chômeurs, les pauvres des campagnes, les prolétaires n’ont rien à attendre, ni des protagonistes de l’accord de Governor’s Island, ni de ses adversaires les plus bruyants […]

Voix des Travailleurs, le 15 juillet 1993"

***

Depuis que ce texte a été écrit, le processus imposé par les États-Unis s’est mis en marche. Un processus de démocratisation ?

Même pas côté jardin !

Oh, les acteurs prévus dans le scénario de la « démocratisation » ont joué leur rôle. Aristide pour commencer, qui inaugura sa fonction de « président restauré » en honorant de sa présence cette rencontre d’hommes d’affaires, organisée à Miami, où se retrouvèrent des capitalistes américains intéressés dans la sous-traitance en Haïti et les représentants des grandes dynasties bourgeoises haïtiennes, comme Mews ou Bigio, fiers d’avoir financé le coup d’État, ou encore Brandt, le « Rockefeller d’Haïti » selon le Miami Herald, qui aurait impulsé une collecte parmi les grands patrons pour aider le gouvernement putschiste à payer la solde des soldats. L’apothéose de la rencontre aura été l’accolade donnée par Aristide au président de la Chambre de Commerce d’Haïti, représentant de tout ce beau monde. Les mêmes milieux d’affaires n’ont eu aucun mal à accepter que Aristide désigne, comme candidat au poste de Premier ministre, le patron d’une des grandes imprimeries d’Haïti, Robert Malval.

La procédure constitutionnelle a été scrupuleusement respectée. Le Sénat, puis le Parlement ont débattu de la candidature Malval, avec force motions et contre-motions. Malval se paya le luxe de donner une coloration vaguement « de gauche » à son gouvernement, en y incluant quelques ex-ministres ou ex-hauts fonctionnaires du gouvernement « lavalas » renversé par l’armée ; en donnant le ministère de l’Éducation nationale au leader en titre du KONAKOM, formation qui passe pour « socialiste » ; et en prenant pour ministre des Affaires sociales un proche de Théodore, ex-secrétaire général de l’ex-PC.

Dans son discours d’investiture, Malval a prêché « l’union nationale », « l’oubli du passé », le « dialogue entre tous », avant de faire appel « à tous les exilés sans exception pour retourner au pays ».

L’appel fut entendu. Les généraux Namphy et Avril, les deux dictateurs militaires de la période post-Duvalier, en exil même sous la dictature militaire de Cédras, sont rentrés au pays. Frank Romain, un des principaux dignitaires du régime de Duvalier, aussi. Mme Simone Duvalier, femme de François et mère de Jean-Claude, est en partance pour Haïti. Et des rumeurs courent sur l’éventualité d’un retour de Jean-Claude Duvalier lui-même. Ainsi, il se pourrait que l’ex-dictateur déchu en 1986 soit de retour en Haïti avant même qu’Aristide, président en titre, puisse y remettre les pieds.

Même côté jardin, la « démocratisation » profite donc surtout à l’extrême droite macoutique. Cela a suffi cependant pour que, aussitôt Malval investi, les États-Unis considèrent que la démocratie est en marche, lèvent l’embargo, débloquent les comptes dans des banques américaines des responsables les plus notoires du putsch.

Côté cour, cette toute nouvelle démocratie des Caraïbes ressemble comme deux gouttes d’eau à la dictature militaire. Pendant la cérémonie d’investiture même de Malval, Premier ministre désigné par Aristide, les militaires matraquaient les quelques dizaines de jeunes venus près des grilles du Palais National, acclamer Aristide. Et les quelques militants lavalassiens, assez naïfs pour prendre pour argent comptant l’appel lancé par Malval pour le « retour des exilés » et qui décidèrent de quitter un exil intérieur pour rentrer dans leur ville ou village, ont été en général cueillis à leur arrivée, battus, arrêtés, et parfois torturés par les autorités officielles, censées désormais obéir à Malval et à Aristide.

La « grande démocratie » américaine est toute prête à se faire une raison devant ces imperfections du processus démocratique... Des « démocraties » de cet acabit, il y en a bien d’autres dans ce bas monde. Elle peut être cependant plus gênée par l’activisme provocant de tous ceux qui, accord de Governor’s Island ou pas, signature de Cédras ou pas, ne veulent pas le retour d’Aristide, pas plus qu’ils ne veulent que l’on touche à leurs petits ou grands privilèges, à leurs postes, à leurs trafics.

Les « attachés » - sortes d’auxiliaires civils de l’armée - viennent par deux fois d’exprimer, de façon provocante, non dissimulable, leur hostilité au processus en cours. La première fois en assassinant plusieurs partisans d’Evans Paul, le maire légal de Port-au-Prince, à l’occasion de sa tentative de réinstallation en sa mairie. La deuxième fois, en intervenant, les armes à la main, contre la commémoration pacifique du massacre de l’église Saint-Jean Bosco, perpétré au temps de la dictature de Namphy. Isméry, grand commerçant libéral proche d’Aristide, a été tué de plusieurs balles tirées à bout portant, et cinq autres personnes présentes assassinées à coups de machette, avant que les assassins repartent tranquillement. Tout cela, devant les observateurs de l’ONU qui ont, en effet, observé...

Il ne s’agit pas de réactions isolées de quelques crapules d’extrême droite. Une partie de la couche privilégiée, à commencer par la hiérarchie militaire, tire trop de profits de la contrebande, du racket et du trafic de drogue, pour seulement courir le risque d’en être écartée.

Les États-Unis finiront-ils par intervenir, directement ou sous l’égide de l’ONU ou de l’Organisation des États américains ?

Se contenteront-ils de repousser la date du retour d’Aristide, jusqu’à ce que le président légal, exerçant ses prérogatives fictives de son émigration, finisse par arriver au terme de son mandat ?

Devant le refus manifeste d’une partie de l’armée et de l’extrême droite macoutique d’accepter le retour d’Aristide, les dirigeants américains parlent avec de plus en plus d’insistance d’une « nouvelle police », encadrée par des spécialistes d’une force d’intervention internationale.

L’armée haïtienne est une armée faible en nombre, peu disciplinée, avec une hiérarchie corrompue jusqu’à la moelle, largement liée au trafic de la drogue. Mais elle est la seule face aux masses pauvres - avec, il est vrai, le soutien des troupes auxiliaires des « chefs de section », des « attachés », les milices privées des grandons [4] et l’extrême droite macoutique. Voilà pourquoi, malgré tous les discours sur la « démocratisation », les États-Unis ménagent l’armée haïtienne, comme celle-ci protège l’extrême droite macoutique - bien qu’ils voudraient profiter du prétexte de la protection d’Aristide pour l’encadrer, la moderniser et la rendre un peu plus fiable.

Les masses pauvres d’Haïti ne peuvent espérer même seulement le droit à quelques libertés démocratiques sans que l’armée et ses auxiliaires soient balayés. A certains moments au cours des sept dernières années - dans les mois qui suivirent la chute de Duvalier, comme plus tard, juste avant l’accession d’Aristide à la présidence, lorsqu’une mobilisation spontanée violente des quartiers pauvres fit échouer une première tentative de coup d’État - ces masses se sont heurtées à l’armée et l’ont fait reculer. Mais toutes les formations auxquelles elles faisaient confiance étaient liguées pour dévier leur colère, pour les empêcher de prendre conscience.

Les quartiers pauvres, trompés, trahis avant d’être saignés, semblent aujourd’hui démoralisés, résignés, sans perspective si ce n’est celle d’espérer, quand même, qu’au moins Aristide revienne, sans beaucoup en attendre. Personne ne peut prédire quand, comment et à quel rythme les masses pauvres reprendront confiance en elles-mêmes. C’est leur éveil qui avait mis fin à la dictature de Duvalier et qui avait assuré, pendant quelques mois, un climat de relative liberté démocratique. C’est leur éveil qui pourrait, de nouveau, changer le rapport des forces et sûrement pas la « démocratisation » patronnée par les États-Unis.

[1] Lavalassien : partisan d’Aristide. L’expression vient du mot créole « lavalasse », qui désigne la crue brutale d’une rivière, emportant tout sur son passage. Un des slogans d’Aristide pendant sa campagne était d’en appeler à une « lavalasse » de vote en sa faveur.

[2] Saint-Domingue.

[3] Église proche du quartier pauvre de Cité Soleil où avait officié Aristide. Aujourd’hui à moitié brûlée par un incendie volontaire, elle fut le lieu de plusieurs massacres perpétrés par des macoutes.

[4] Grandon : propriétaire terrien ou puissant notable des campagnes.

Haïti après le débarquement américain

Aristide, dans une cage de verre blindé sur le perron du Palais national, entouré de dignitaires de l’armée et de l’État, devant Warren Christopher, secrétaire d’État américain, et une brochette de diplomates, pendant que le petit peuple était à l’extérieur, séparé de la scène par les grilles du jardin présidentiel : cette image retransmise par toutes les télévisions du monde symbolise plus que tout discours le contenu politique du retour d’Aristide.

Même la cage de verre installée sous prétexte d’éviter à Aristide un attentat apparaissait surtout comme une démonstration destinée à souligner que le prêtre-président devait être protégé et que sans la protection de l’armée américaine, il n’est rien.

Aristide n’a pas été avare de remerciements à qui de droit. Il a fait les gestes politiques que les dirigeants américains attendaient de lui. Dès sa descente de l’avion américain qui le ramenait, ceint de son écharpe présidentielle, il a donné une accolade chaleureuse à Duperval, nouveau chef de l’armée, numéro trois dans la hiérarchie sous la dictature, juste derrière Cédras et Biamby. Accolades chaleureuses également au président du Sénat et au président de la Chambre des députés, ce dernier pourtant un ex-macoute notoire, et tous les deux des marionnettes de Cédras au parlement !

Et puis, déposé en hélicoptère au Palais national, Aristide a fait son premier discours sur la terre haïtienne, après trois ans d’exil forcé. Un discours de réconciliation, c’est-à-dire un discours appelant la population pauvre à oublier les milliers de morts du coup d’État, à oublier trois ans de régime de terreur, à tendre la main à ceux qui l’ont humiliée, torturée.

Cette fois, Aristide ne s’est pas contenté de métaphores, bien qu’il en ait servi quelques-unes du genre : « Nous continuerons à couler le café de la réconciliation dans le filtre de la justice pour qu’il n’y ait ni marque de violence, ni marque de vengeance ». Pour mettre les points sur les i, il a ajouté : « Si vous voyez un attaché - NDLR : ces auxiliaires civils de l’armée chargés d’espionner et de terroriser la population - avec son arme tomber entre vos mains, remettez-le aux militaires qui rétablissent la sécurité. Chaque jour, marchez avec les militaires haïtiens qui veulent la paix, et avec les militaires américains qui vous fournissent la sécurité à gogo, et avec les forces multinationales qui donnent la sécurité ‘gratis ti chéri’ ».

Ce discours de réconciliation ne s’adressait évidemment pas à la bourgeoisie qui continue à vouer une haine féroce à Aristide. Cette haine n’a pas pour objet l’instrument politique des Américains qu’il est devenu. Non, la haine inextinguible de la bourgeoisie s’adresse toujours à l’espoir qu’Aristide continue d’incarner malgré tout dans la majorité de la population pauvre !

Cette majorité pauvre de la population haïtienne croyait que le retour d’Aristide représentait l’espoir d’un peu de justice, au moins l’espoir que les massacreurs devraient rendre des comptes. Eh bien, Aristide a été chargé par les Américains de tuer même cet espoir-là ! Comme le répètent les dirigeants américains, Aristide et tout le personnel politique lavalassien, revenu avec le prêtre-président pour retrouver quelques postes et prébendes : c’est à la police d’assurer l’ordre et c’est à la justice de rendre la justice.

Il ne s’agit pas seulement de mots. Les télévisions du monde entier ont largement montré des images d’arrestations de quelques attachés par l’armée américaine. Mais les télévisions n’étaient plus là lorsque les attachés ont été remis par les Américains à la police. C’est bien à la police d’assurer l’ordre ! Mais la police en Haïti, c’est l’armée. Elle en est même une des composantes les plus sinistres, dirigée qu’elle était par le colonel François, véritable âme du putsch de septembre 1991 et patron du corps des attachés. Remettre les attachés à la police, c’est leur assurer la protection d’abord, puis la liberté.

Mais il est vrai que les troupes américaines n’ont aucune raison d’inquiéter plus que cela les attachés ou les nervis du FRAPH, milice d’extrême droite patronnée également par l’armée, puisque le chef du FRAPH, Constant, n’est nullement inquiété et demeure un personnage public.

Le désarmement des attachés, des macoutes, des membres des milices privées que les Américains prétendent réaliser, n’est qu’une vaste fumisterie. L’armée américaine n’aurait évidemment pas besoin de l’opération « rachats d’armes », aussi ridicule qu’inefficace. Au quartier général de la police, occupé par les troupes américaines, il y a le fichier de tous les attachés : nom, photo, adresse, numéro du port d’arme délivré. Il suffirait de s’en servir. Mais il n’en est pas question. Les États-Unis savent qu’eux-mêmes ou la bourgeoisie locale pourront avoir besoin de ces gens-là contre la population. On les laisse donc armés et prêts à servir. Certains d’entre eux continuent d’ailleurs à agir : plusieurs assassinats ont eu lieu à la cité Soleil depuis le retour d’Aristide. Et si la plupart des attachés, des macoutes ou des membres du FRAPH se font, malgré tout, petits et s’ils se cachent, c’est qu’ils ne sont pas sûrs, malgré les promesses d’Aristide et la présence de l’armée américaine, que la population de leur quartier ne leur fasse pas un sort.

Et, derrière ces milices d’extrême droite, plus ou moins désorganisées, il y a l’armée elle-même.

Elle est désorganisée également, en partie en raison des mêmes craintes vis-à-vis de la population que les attachés. Dans certaines villes de province, les casernes sont vides et leurs occupants se sont volatilisés. Malgré la volonté affichée de leurs chefs de laisser les tâches de police aux corps de répression haïtiens, les troupes américaines sont contraintes, dans maints endroits, d’assumer ces tâches. Malgré les inconvénients de la chose, les États-Unis ne veulent pas laisser s’installer un vide de pouvoir. Voilà pourquoi, la mise en place d’une police est un des objectifs prioritaires des occupants. En attendant, les troupes américaines chercheront à se débarrasser de cette tâche sur leurs auxiliaires de la « force multinationale ».

L’organisation d’une police indépendante de l’armée soulève la question de la restructuration de celle-ci. Mais il est de plus en plus question de garder l’ancienne hiérarchie militaire, quitte à faire appel à des générations plus jeunes. L’absolution de l’armée telle qu’elle est - c’est-à-dire telle qu’elle a exécuté le putsch et exercé la dictature - à laquelle Aristide donne sa bénédiction, prépare ce choix. Comme le prépare l’hommage rendu par Evans Paul - maire de Port-au-Prince, prototype du politicien arriviste lavalassien, ex-maoïste devenu la coqueluche de la bourgeoisie, démagogue soutenu par les Américains - aux « capitaines légitimistes » qui, paraît-il, lui ont apporté leur protection sous la dictature.

Les États-Unis ont annoncé que cette réorganisation de l’armée implique une réduction de ses effectifs. Une bonne partie de la première ligne de crédit débloquée par les États-Unis « pour aider Haïti » serait consacrée à cette opération. Elle serait plus précisément destinée à assurer la paie des militaires qui le resteraient, et à financer la reconversion de ceux dont l’armée n’aura plus besoin. Voilà la seule catégorie de futurs chômeurs dont l’avenir est d’ores et déjà garanti, dans ce pays où quelque 80 % de la population urbaine est au chômage.

Pour l’instant cependant le principal changement, pour ainsi dire le seul, à l’intérieur de l’armée a été le départ du trio Cédras-Biamby-François. Mais s’ils n’ont pas obtenu le droit de rester, du moins dans l’immédiat car cela eût été trop provocant, les « exilés » de cette vague-là ne sont certainement pas à plaindre.

Cédras, par exemple, a accepté de quitter Haïti pour Panama. Sa fortune est estimée à quelque chose comme 100 millions de dollars, volée pour une large part pendant les années de dictature, complétée par les à-côtés du trafic de drogue ! Détail par rapport à cette somme, mais qui en dit long sur la façon dont les affaires ont été traitées entre militaires putschistes et armée américaine : c’est le gouvernement américain qui a pris en location la luxueuse villa de Cédras à Port-au-Prince et ses résidences secondaires, en payant six mois d’avance, histoire d’assurer un peu d’argent de poche au dictateur parti, et histoire surtout de protéger lesdites résidences contre d’éventuels « déchoukages ».

Alors, même si la population pauvre voit encore pour une large part dans l’armée américaine une armée de libération, l’opération qui se déroule vise à blanchir la hiérarchie militaire, et plus encore la bourgeoisie qui a financé le putsch, et à sauver de la vengeance ou même simplement du désarmement les milliers de nervis, exécuteurs des basses oeuvres de l’armée et des bourgeois.

Les dirigeants des États-Unis peuvent considérer que, jusqu’à présent, leur opération a réussi. Ils ont pu débarquer pour surveiller la population pauvre d’Haïti avec le consentement de celle-ci et sous les applaudissements de ceux qui parlent en son nom, à commencer par Aristide.

Ils auront réussi par la même occasion à damer le pion à l’impérialisme français qui, à Haïti, se pose volontiers en rival de l’impérialisme américain. Lors des dix premiers mois de sa présidence, Aristide avait été enclin à jouer sur cette rivalité pour conquérir une petite marge de manoeuvre. Et la France se flattait de ce que son ambassadeur ait sauvé la vie d’Aristide en l’arrachant des mains de la soldatesque putschiste. Pourtant l’ambassade de France est désormais hors course par rapport à l’ambassade américaine.

Aveuglée par sa haine d’Aristide et de ce qu’il symbolisait à ses yeux, la bourgeoisie haïtienne - traditionnellement pro-américaine, et c’est un euphémisme - observait avec réticence et surtout avec une certaine incompréhension cette intervention militaire américaine qui semblait avoir pour principal but de ramener le prêtre-président. Cette incompréhension frisa l’affolement lorsque la dislocation de l’armée haïtienne sembla livrer la couche privilégiée à la merci « de la populace ». Les interventions vigoureuses de l’armée américaine contre les « pilleurs » furent des gestes politiques à la fois en direction de la bourgeoisie et en direction des classes pauvres. L’armée américaine tolère, à la rigueur, que la population pauvre s’en prenne aux macoutes, aux attachés, aux lampistes de la dictature, à condition tout de même qu’ils lui soient livrés et surtout que les armes récupérées lui soient remises. Mais il n’est pas question de tolérer que les pauvres s’en prennent aux biens des profiteurs, même pas à ceux qui se sont enrichis sous la dictature en volant dans les caisses de l’État ; même pas à ceux qui se sont enrichis en affamant la population, en stockant de la nourriture, des médicaments, des produits de première nécessité pour les revendre de plus en plus cher à ceux qui avaient de l’argent, quitte à ce que les autres crèvent littéralement de faim.

Il n’est pas question que l’armée américaine accepte que les pauvres touchent à la propriété, même à la propriété la plus notoirement mal acquise. Elle est intervenue précisément pour que ce genre d’engrenage ne s’enclenche pas ; pour que, en s’en prenant aux suppôts de la dictature, les masses pauvres ne commencent pas à s’en prendre à leur propriété, pour finir par s’en prendre à la propriété tout court. Voilà pourquoi, d’ailleurs, cette armée américaine dont les chefs pérorent sur le désarmement des civils accepte tout à fait que les bourgeois en armes, eux-mêmes ou leurs hommes de main, soient sur le pied de guerre contre les « pilleurs » et que plusieurs hommes aient déjà été tués lors des incidents où des affamés ont tenté de se servir dans des stocks de nourriture.

De l’armée américaine aux milices privées des bourgeois, en passant par les nervis d’extrême droite et par l’armée haïtienne, il y a une chaîne de complicités contre le même ennemi : la population pauvre d’Haïti. Et cela même s’il y a eu des désaccords entre eux que seul le débarquement américain a réglés. Les bandes armées haïtiennes n’ont pas voulu comprendre - et dans une certaine mesure, n’avaient pas intérêt à comprendre - que l’intervention de l’armée américaine visait seulement à préserver par d’autres moyens, probablement plus efficaces, la propriété, les inégalités sociales criantes d’Haïti, le droit pour une minorité bourgeoise de s’enrichir de la misère de la majorité pauvre de la population. D’autant plus que cet enrichissement n’était pas seulement celui d’une couche privilégiée haïtienne pillarde, mais plus encore celui des trusts américains qui prélèvent, directement ou indirectement, la majeure partie de la plus-value produite en Haïti.

C’est cette opération-là qu’Aristide cautionne en mettant dans la balance tout le crédit qu’il a dans les masses pauvres. Lorsqu’il s’en prend, lui aussi, dans ses discours, aux pillages qui visent « à discréditer la démocratie et la réconciliation ». Lorsqu’il nomme comme Premier ministre un riche commerçant. Lorsqu’il fait une cour effrénée aux « milieux d’affaires », c’est-à-dire à cette bourgeoisie parasitaire qui, de longue date, investit de moins en moins dans la production parce qu’il est infiniment plus intéressant de faire son profit dans la spéculation, dans la contrebande, dans les trafics. Lorsqu’enfin, Aristide promet d’exécuter à la lettre le programme du FMI, prévoyant des privatisations, la réduction des effectifs de la fonction publique, etc.

Cette politique d’Aristide ne peut évidemment que rassurer la bourgeoisie, dissiper ses fausses frayeurs et accroître encore son arrogance envers les masses pauvres.

Il n’est cependant pas dit qu’Aristide y conquière l’estime de la bourgeoisie. Il n’est pas dit qu’il soit considéré comme fiable par la couche privilégiée.

Dès aujourd’hui, il est convenu, avec son accord d’ailleurs, qu’à la fin de sa dernière année de mandat - alors que, rappelons-le, sur ses cinq ans de présidence, il n’aura exercé que moins de deux ans, plus de trois ans ayant été passés en exil - Aristide sera écarté et pourra s’estimer bien heureux si on ne le considère pas trop dangereux dans l’opposition et s’il n’est pas chassé du pays.

Mais la situation n’est encore nullement stabilisée en Haïti. Certes, les couches pauvres, et en particulier la classe ouvrière et les paysans pauvres, affrontent les épreuves et les problèmes politiques à venir dans les pires conditions. Principalement en raison de la force de répression que représente l’armée américaine, autrement plus grande que l’armée haïtienne. Mais aussi, et sur un tout autre plan, en raison des illusions qui persistent à l’égard d’Aristide.

Mais, en même temps, les événements peuvent apprendre beaucoup et vite aux masses pauvres. La rapide mobilisation lorsque a couru le faux bruit d’un attentat contre Aristide, comme la persistance des scènes de « déchoukage » contre des attachés, ou encore le fait que les attaques contre les dépôts de nourriture continuent malgré l’attitude de l’armée américaine, montrent que l’énergie des masses ne s’est pas épuisée, fût-elle alimentée par le désespoir ou la faim. Et tant que cette énergie n’est pas retombée, une fraction de la population peut parvenir à la conscience qu’elle n’a pas intérêt à rendre les armes prises aux attachés, mais qu’elle doit les garder ; qu’il ne lui faut pas espérer que les troupes américaines désarment ses ennemis mais qu’elle peut le faire elle-même. Cette fraction de la population peut, aussi, parvenir à la conscience que ce n’est pas un crime de prendre dans les dépôts de nourriture des spéculateurs, mais un droit, une légitime défense contre les affameurs de la bourgeoisie.

Mais il faudra évidemment plus qu’une prise de conscience spontanée, surtout dans les conditions présentes, pour que les masses pauvres parviennent à la conscience qu’il n’y a pas d’avenir pour elles, autre que la misère et la faim, si elles ne procèdent pas au désarmement de toutes les bandes armées de la bourgeoisie, armée comprise, et à leur remplacement par la population en armes et si elles ne réalisent pas l’expropriation radicale de la bourgeoisie elle-même. Cette compréhension-là nécessite un parti qui se place sur le terrain de la lutte de classe, un parti véritablement communiste.

33 Messages de forum

  • Depuis que les impérialismes et les classes dirigeantes locales prétendent nous sauver à coups d’interventions militaires et policières, nous sommes morts...

    Leurs bandes armées tuent plus surement que les séismes et les cyclones !!!!

    Répondre à ce message

  • 29 Novembre 1791 : Pour contrecarrer le révolte des esclaves régnant à Saint-Domingue, L’Assemblée Nationale française envoie une première commission à l’île. Cette commission, consistant de Frédérick-Ignace de Mirbeck, Philippe-Rose Roume, et Edmon Saint-Leger, débarque au Cap.

    18 Septembre 1792 : L’Assemblée Nationale, envoie Léger-Félicité Sonthonax, Etienne Polverel, et Ailhaud, accompagnés de 6000 soldats commandés par le général Etienne Maynard Laveaux, débarque au Cap Français.

    7 Mai 1793 : Thomas François Galbaud, un général français expérimenté, débarque au Cap, envoyé de France par l’Assemblée Nationale, qui craignait une explosion à Saint-Domingue.

    19 Juin 1793 : Après avoir soumis le Nord et l’Ouest, Sonthonax et Polverel, essayant d’appliquer le décret du 4 Avril 1792, envoient une armée sur la Grande-Anse. Cette armée, appelée la Légion d’Egalité, est commandée par André Rigaud et composée d’esclaves armés qui seront libérés après un an de service militaire. La Légion d’Egalité est vaincue par les planteurs blancs sur l’Habitation Desrivaux, près de Pestel.

    19 Juin 1793 : Thomas François Galbaud, royaliste, se proclame gouverneur de Saint-Domingue, s’opposant à Sonthonax.

    21 Juin 1793 : Thomas François Galbaud, royaliste, s’étant proclamé gouverneur de Saint-Domingue, conquiert le Cap après une furieuse bataille contre les forces républicaines.

    23 Juin 1793 : Après la défaite du 21 Juin, les Jacobins arrivent à faire parvenir un message aux noirs : Tout noir qui prend les armes pour la République sera libéré. Macaya et Pierrot acceptent l’offre, et envahissent le cap, avec 10000 noirs. Galbaud est vaincu et s’enfuit en exil.

    26 Juin 1793 : Sonthonax et Polverel, qui s’étaient réfugiés à Breda pendant que Macaya et Pierrot combattaient Galbaud, retourne au Cap. Là, Sonthonax arme les noirs de mousquets en clamant : « Ces armes sont votre liberté. Quiconque voudra vous enlever ces armes voudra vous remettre en esclavage. »

    29 Août 1793 : Sonthonax et Polverel proclament la liberté générale dans le nord.

    3 Septembre 1793 : Les colons signent un traité d’intervention avec l’Angleterre à Santiago de la Vega. Ce traité stipule que l’occupation sera provisoire, la question de souveraineté sera réglée après la victoire, les lieux occupés par l’Angleterre seront administrés par un anglais assisté de six colons, les lois anglaises y seront appliquées, et l’esclavage y sera rétabli.

    20 Septembre 1793 : Les anglais, venant de la Jamaïque, occupent Jérémie.

    22 Septembre 1793 : Sonthonax et Polverel proclament la liberté générale dans l’Ouest et le Sud.
    28 Janvier 1794 : Candy, encerclé par les espagnols, est forcé de leur céder Fort Liberté.
    2 Février 1794 : Les anglais attaquent le fort Tiburon et l’occupent.

    4 Février 1794 : Après l’arrivée la veille d’une délégation venant de Saint-Domingue, l’Assemblée Nationale abolit l’esclavage.

    19 Février 1794 : Les anglais attaquent et occupent l’Acul de Léogane.

    6 Mai 1794 : Toussaint Louverture, après avoir communiqué avec Laveaux, se rend à Marmelade et, dirigeant un régiment de noirs sous la bannière de France, vainc une garnison de soldats espagnols et restore Limbé, l’Acul, Gros Morne et Plaisance à la France.

    4 Juin 1794 : Les Anglais conquièrent Port-au-Prince.

    1er Mai 1796 : Une troisième commission arrive de France à Saint-Domingue, avec pour mission de rétablir l’autorité de la république. Cette fois, la commission est composée de cinq membres : Sonthonax, Raymond, Roume, Leblanc et Giraud. Ils étaient accompagnés de 900 soldats.

    23 Juin 1796 : Vilatte et huit subordonnés sont arrêtés et embarqués à bord du Wattigny avec destination les donjons de Rochefort.

    20 Juillet 1796 : Arrestation et déportation de Vimeur Rochambeau.

    20 Août 1797 : Toussaint rentre au Cap et embarque Sonthonax sur un navire pour la France. Sonthonax ne reviendra jamais en Haïti.

    8 Mai 1798 : Les Anglais laissent l’Ouest pacifiquement, après que Toussaint ait accepté de suspendre ses opérations contre le Môle et la Grande-Anse.

    22 Octobre 1798 : Hedouville, commissionnaire du Directoire, chassé par Toussaint, embarque pour la France avec 1800 réfugiés, après avoir essayé de désarmer des régiments noirs du Nord. Toussait rentre au Cap et est reçu avec un Te Deum.

    18 Juin 1799 : Les troupes de Rigaud laissent Miragoâne et attaquent Fort Garit, à Petit-Gôave. Là, ils battent une garnison de Toussaint, commandée par Laplume.

    25 Juillet 1799 : Toussaint occupe Port-de-Paix, où Maurepas avait résisté, pacifiant le Nord-Ouest.

    4 Février 1800 : Rigaud essaye de faire venir du renfort et des provisions des Cayes, en utilisant deux navires, mais le USS Experiment, du blocus naval américain, coule un des navires et capture l’autre.

    12 Mars 1800 : Occupation de Jacmel par des régiments du Nord. Cette conquête de l’armée de Toussaint marque la défaite de Rigaud.

    19 Juin 1800 : Toussaint proclame l’armistice générale dans le Sud.
    7 Juillet 1800 : La guerre entre Rigaud et Toussaint recommence, au Vieux Bourg d’Aquin. Rigaud est encore battu, et l’armée mulâtre fait retraite. Toussaint essaie de négocier, mais Rigaud refuse.

    25 Juillet 1800 : Avancée finale de l’armée de Toussaint sur le Sud. Saint-Louis de sud capitule.

    8 Novembre 1801 : Bonaparte, Premier Consul, écrit une proclamation s’adressant aux habitants de Saint-Domingue, leur demandant de se rallier autour du capitaine général Leclerc (son beau-frère), et leur assurant que l’esclavage ne sera pas rétabli.

    15 Novembre 1801 : Napoléon déclare être résolu à « Annihiler le gouvernement de noirs à Saint-Domingue ».

    29 Janvier 1802 : Une flotte française de 67 navires, commandée par l’amiral Comte Louis-Thomas Villaret Joyeuse, et emmenant une l’armée de 21.175 hommes, commandée par Leclerc est en route pour Saint-Domingue. La moitié de cette flotte touche terre ce jour dans la baie de Samaná, dans l’Est de l’île.

    2 Février 1802 : Une force de 23 navires de guerre et de 5000 soldats français prend position en face du Cap. Christophe refuse à la flotte d’accoster.

    23 Février 1802 : Rochambeau, commandant 3000 soldats, bat les troupes de Toussaint à Ravine-à-Couleuvres.

    8 Juin 1802 : Aux Gonaïves, Toussaint est embarqué sur la frégate La Créole, qui se rend au Cap. Là, Toussaint est transféré sur le navire Le Héros, qui part pour la France.

    20 mai 1802 : Napoléon signe un décret préparé par le Duc de Decrès, Ministre de la Marine, rétablissant l’esclavage et la traite des noirs en Martinique, Tobago, et Sainte Lucie.

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  • Haïti occupée militairement par les forces armées les plus féroces de plusieurs pays veut dire que les classes dirigeantes du monde ont si peur des opprimés que les prolétaires de la moitié d’une ile qui pourraient se rebeller les inquiètent autant....

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  • Trois petites infos sont parlantes sur la "générosité" des forces qui occupent Haïti

    1°) La Banque Mondiale retarde le paiement de la dette haïtienne de cinq ans... Elle ne l’annule bien sûr pas !

    2°) Les forces occupantes vont payer des haïtiens pour faire les travaux de déblaiement au tarif très généreux de cinq dolalrs par jour ...

    3°) Les habitants des villes seront parqués dans des camps de tente loin des villes et encadrés par des forces d’occupation.

    Et on pourrait rajouter bien des 4°, 5° et 6° comme le fait de traiter en bandits des gens qui n’ont pas un sou, rien à manger et qui "volent" dans les magasins.

    Qui sont les voleurs ? Ceux qui vont continuent à occuper militairement et policièrement, rançonner, mettre leur dictature sur Haïti, bien entendu !!!!

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  • Haïti en 1987

    Dans la nuit du 28-29 juillet, des détachements armés envoyés par la caserne Dessaline - siège du régiment notoirement spécialisé dans la répression, commandé par le colonel Jean-Claude Paul, réputé chef de file de la fraction « dure » de l’état-major, ex-haut dignitaire macoute et trafiquant de drogue à ses heures - sillonnèrent plusieurs quartiers et tirèrent. Les radios annoncèrent dix cadavres rammassés le lendemain. Ce lendemain, justement, date traditionnelle de la fête des « macoutes » sous Duvalier, lors d’une manifestation pacifique contre le macoutisme, il y eut une nouvelle intervention d’un détachement de la caserne Dessaline : dix morts, plusieurs dizaines de blessés. Nuit suivante : fusillade contre plusieurs radios privées, généralement liées à l’Eglise, et à la liberté de ton exceptionnelle pour un pays de dictature. Encore des assassinats, exécutés nuitamment par des hommes en « vert olive ». Devant les protestations, un communiqué cynique du Grand Quartier Général spécifia que les agissements armés la nuit n’étaient nullement le fait de l’armée mais « d’individus entraînés à Cuba et infiltrés dans le pays sous couvert de boat-people rapatriés » ainsi que de communistes ayant volé des uniformes militaires pour se déguiser...

    Le scénario était désormais au point. Les agissements nocturnes, mêlant la terreur politique à des actes de pur banditisme, devinrent systé-matiques. Un certain nombre de jeunes, connus pour leur engagement dans les manifestations ou dans des comités de quartier, furent enlevés, parfois « seulement » battus et torturés, parfois, sommairement exécutés. Mais plus généralement, il y eut des agressions plus ou moins sanglantes, contre n’importe qui se trouvant dehors - agressions manifestement destinées à frapper la population dans son ensemble, à la terroriser, à faire en sorte que plus personne n’ose sortir la nuit, que les gens se cloîtrent chez eux, isolés, séparés, repliés dans leur peur et en conséquence, sans réaction collective.

    La participation de certains éléments de l’armée à ces expéditions nocturnes ne faisait aucun doute et il était à peu près évident que le mouvement avait été lancé par des hommes de la caserne Dessaline - directement commandité par le CNG, ou peut-être, à l’initiative « privée » du colonel Jean-Claude Paul, qui semblait avoir ses propres projets politiques, et en tous les cas, sa propre ambition. Mais à en juger par l’extension de ce mouvement, y compris dans un grand nombre de villes de province, les militaires étaient relayés à la fois par une sorte d’extrême-droite civile, composée d’ex-macoutes ou pas, et sans doute par des lumpen-prolétaires armés et protégés par la police, voyous que l’on ait autorisé à joindre l’utile à l’agréable en quelque sorte, c’est-à-dire la répression au brigandage pur et simple. Mais il faut se souvenir que c’est sur cette base-là que s’était développé, sous le premier des Duvalier, le « macoutisme », cette sorte de « fascisme » de pays pauvre.

    Les agissements de ces hommes revêtirent des formes plus ouvertes dans différents endroits de la province. Dans plusieurs « sections rurales » et petites villes, les « déchoukages » reprirent, mais cette fois, non pas contre des macoutes ou des notables mis en place sous Duvalier, mais contre des gens réputés « communistes » - et il ne fallait pas grand’chose pour mériter cette réputation. Dans la petite ville de Léôgane, un candidat à la prési-dence, aux opinions fort modérées et tout à fait de droite, venu tenir un meeting électoral, se fit ainsi découper à coups de machettes par une bande d’hommes criant « à bas le communisme ».

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  • La première ile où les esclaves se sont libérés en prenant le pouvoir et en battant les puissances esclavagistes, l’Angleterre et la France, n’a pas besoin de troupes étrangères d’occupation, même si si ces brigands se disent animés des meilleures intentions du monde !!!! Ils veulent seulement démanteler les villes, enfermer la population travailleuse dans des camps militairement surveillés, seulement faire travailler la population à du déblaiement et faire partir les autres en exode. Ils veulent seulement écraser l’ile révolutionnaire. Ne soyons pas dupes du matraquage médiatique et politique. Ces puissances-là n’ont jamais eu la moindre intention humanitaire et pacifique !!!

    Robert Paris

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  • 2005 : Une Année qui se termine en Répression et Terreur pour les Masses Populaires

    Durant la fin de l’année 2005, particulièrement au cours de ces deux dernières semaines, tandis que les politiciens se débattaient dans un processus électoral nébuleux et que les impérialistes renforçaient quotidiennement leur emprise sur le processus électoral ainsi que la vie nationale généralement, la répression et la terreur ont continué avec toujours plus d’ardeur. Dès novembre, ce phénomène avait atteint un climat à Pelé, quand les soldats de la MINUSTAH avaient littéralement mitraillé la population. Aujourd’hui, davantage encore et avec une intensité accrue, ce climat s’étend à travers le pays, particulièrement à Port-au-Prince.

    Les quartiers spécialement ciblés sont ceux de Cité Soleil et Drouillard. Les habitants incapables de trouver à se reloger ailleurs y sont soumis à rude épreuve. Elles sont prises dans un étau. D’un côté, les gangs armés continuent à y exercer la terreur. La presse, télévision y compris, diffuse largement ces exactions afin de dénoncer ces gangs et ainsi atteindre ses objectifs politiques. Certes, ces actes doivent être dénoncés, mais nous devons également dévoiler leurs connections politiques, connaître leurs vrais commanditaires et comprendre leur nature dans le cadre du pourrissement où le pays s’engouffre davantage de jour en jour.

    Nous, de Batay Ouvriye, dénonçons ces crimes dans ce contexte précis ; pour nous, en final : ce sont les masses qui en subissent les conséquences. Incontestablement, la hausse des cas de kidnapping s’inscrit aussi dans le cadre de ce pourrissement. Nous les dénonçons également en tant que pratiques enlisant davantage encore la situation, car le caractère dévoyé de cette violence a cette conséquence de multiplier encore plus le nombre de gangsters, ce qui constitue un effet important dans le climat de terreur qui sévit. Nous devons dénoncer tout cela. Et tout cela doit être résolu ! Rappelons, cependant, que Lavalas n’a pas introduit les premiers gangs dans cette zone. L’industriel Mevs en avait mis sur pied depuis belle lurette à des fins antisyndicales, pour tenter de résoudre ses problèmes le confrontant aux ouvriers de la HASCO (Haitian-American Sugar Company) et pour avoir un meilleur contrôle de la zone, cherchant ainsi à faciliter ses activités et les divers trafics de son port. De même, Dr. Boulos fonctionnait aussi avec des gangs, toujours dans l’objectif de maîtriser la zone et pour bénéficier de meilleures conditions pour réaliser ses « expériences ». On voudrait nous faire croire que ces pratiques n’ont commencé que récemment mais, en réalité, leurs racines sont profondes et ce qu’il nous faut comprendre clairement c’est qu’elles prennent toujours souche au sein des classes dominantes, bourgeois « traditionnels » ou bourgeois bureaucratiques lavalassiens.

    A la fin de l’année 2005, suite à la mort d’un policier et d’un soldat de l’ONU, les forces d’occupation ont ainsi déclenché une gigantesque offensive de terreur dans les zones de Cité Soleil et Drouillard. La « pacification » de ces quartiers leur est difficile mais leurs patrons, les impérialistes américains, leur a intimé l’ordre d’intervenir malgré tout. La seule forme possible, dans cette contradiction, est par l’emploi de la TERREUR. En effet, tandis que les gangs armés festoyaient pour la Noël, les soldats de l’ONU intervenaient brutalement et aveuglément, ce qui implique nécessairement : sur la population, les masses populaires. De manière systématiquement répétée, jour après jour, avec une intensité variable. Accompagnés d’indicateurs cagoulés, ce qui renforçait davantage la terreur dans ces quartiers. Le 25 décembre, cette répression atteignait son paroxysme. De nombreuses personnes ont été blessées, les forces d’occupation ayant mitraillé maisons et même églises. Jusqu’aux porcs dans la rue gisaient, victimes des projectiles balayés par jets de façon criminelle. Des balles portaient même jusqu’au quartier avoisinant de Cité Brisson. Ces actes dévoilent non seulement l’impuissance des forces d’occupation onusiennes à mener des opérations réellement ciblées, mais encore leur parfait mépris pour la population.

    Également répréhensible est l’attitude de la presse face à ces attaques sanguinaires des forces d’occupation. Le silence est gardé. Et si parfois des informations percent, elles sont fort rares et jamais accompagnées de réelles dénonciations. Ce qui montre comment fonctionne cette presse devant l’occupation, comment elle s’y accommode. Batay Ouvriye dénonce ces actes de terreur de toute ses forces, tout comme nous dénonçons en même temps la présence même des forces de l’ONU sur le terrain, dans le pays. A BAS LA TERREUR EXERCÉ SUR LES MASSES POPULAIRES ! A BAS L’OCCUPATION ! Deux situations qui vont ensemble. Nous le répétons : la seule solution est que les masses reprennent leur vie en main. Leur organisation dans les quartiers populaires, avec les travailleurs en position centrale, seule peut arriver à bout des gangs et, en même temps, combattre l’occupation, la présence dans le pays des forces étrangères, sur la base de leurs intérêts propres. Les travailleurs, alliés au reste du camp du peuple, sont ceux qui, réellement, peuvent mener une telle lutte. Elle ne sera certainement pas facile. Le chemin peut paraître long et difficile. Mais il n’en existe pas d’autre.

    A BAS LA RÉPRESSION ET LA TERREUR SUR LES MASSES POPULAIRES, PARTICULIÈREMENT À CITÉ SOLEIL ET DROUILLARD !

    VIVE LA LUTTE DES MASSES POPULAIRES !

    VIVE LA LUTTE DES TRAVAILLEURS !

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  • Haïti occupée par des forces armées étrangères veut dire que les grandes puissances veulent toujours diriger ce pays.

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    • Samba, diriger Haïti pour les grandes puissances, c’est aussi important que diriger le monde.

      Parce qu’abandonner Haïti à la révolution prolétarienne, ce serait abandonner le monde à elle.

      N’oublions que ces puissances craignent le prolétariat d’une demi île parce qu’ils ont craint le prolétariat d’une seule ville révolutionnaire : paris en 1871, sous la Commune.

      Pour les exploiteurs, il n’y a pas d’endroit qui ne compte pas.

      Il n’y a pas d’expérience révolutionnaire qu’ils ne craignent pas.

      Avec des travailleurs qui ont déjà vécu une expérience révolutionnaire, il y a toujours une crainte importante des exploiteurs.

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  • Alors qu’Haïti compte ses victimes - 75 000 morts, 250 000 blessés et un million de sans-abri, selon un bilan provisoire mardi soir - Médecins sans Frontières (MSF) lance un cri d’alarme. Un avion de l’organisation humanitaire a été empêché d’atterrir à trois reprises à Port-au-Prince depuis dimanche soir.
    Il transportait 12 tonnes d’équipement médical, dont des médicaments, du matériel chirurgical et deux appareils de dialyse.

    « Des patients décèdent faute de matériel médical, on perd du temps, l’urgence, c’est le matériel médical », souligne un porte-parole de MSF joint cette nuit par téléphone. Selon l’organisation, déjà présente à Haïti avant le séisme, cinq patients sont décédés au centre médical de Martissant à cause du manque de matériel médical qui se trouvait à bord de cet avion.

    Des amputations avec les moyens du bord

    « Je n’ai jamais rien vu de pareil, explique Loris de Filippi, coordonnateur d’urgence pour MSF à l’hôpital Choscal de Haïti, dans le communiqué mis en ligne cette nuit. À chaque fois que je quitte la salle d’opération, je vois un nombre considérable de personnes en attente d’une opération chirurgicale. Aujourd’hui, à l’hôpital Choscal, 12 personnes nécessitant d’urgence une amputation attendaient en vain par manque du matériel nécessaire pour réaliser ces interventions. Nous avons été forcés d’acheter une scie au marché local pour continuer les amputations. C’est une vraie course contre la montre. »

    Un hôpital gonflable acheminé par la route depuis Saint-Domingue

    Depuis le 14 janvier, cinq avions de MSF ont été déroutés de leur destination de Port-au-Prince vers la République dominicaine. « Nos équipes attendaient ce week-end un hôpital gonflable de cent lits pour opérer les blessés dans des conditions acceptables, rapporte le porte-parole de MSF joint par téléphone. L’avion qui le transportait, parti vendredi, a été détourné sur Saint-Domingue (en République dominicaine). Nous avons dû acheminé par la route le matériel, qui n’est arrivé que lundi. Il nous faut deux jours pour installer cet hôpital... » Pendant ce temps, les risques de scepticémie se développent.

    Ce porte-parole n’incrimine pas les Américains : « Ils font ce qu’ils peuvent, il y a énormément de demandes pour faire atterrir des avions à Port-au-Prince » En revanche, pour MSF, il faut faire des choix, celui de l’urgence médicale est une priorité pour éviter que le bilan des victimes ne s’alourdisse encore.

    Les militaires américains en force à Port-au-Prince

    Pour faire face à l’afflux de trafic aérien humanitaire qui dépasse les capacités de l’aéroport de la capitale haïtienne, les Etats-Unis ont annoncé l’ouverture - d’ici à aujourd’hui, mercredi - d’une nouvelle piste d’atterrissage près de Port-au-Prince. « La première piste (supplémentaire) convenable entrera en activité dans les environs de (la ville de) Jacmel dans les prochaines 24 heures », a indiqué à la presse le général Daniel Allyn, chef adjoint de la force spéciale américaine en Haïti.

    L’aéroport international de Port-au-Prince Toussaint Louverture, passé sous contrôle américain, accueille actuellement 200 vols par jour, contre 13 vols commerciaux quotidiens avant le séisme.

    Par ailleurs, des troupes héliportées américaines ont pris position à des endroits stratégiques de Port-au-Prince

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  • Au 18e siècle, Haïti, l’une des colonies les plus riches en production de canne à sucre fournissait à la France un quart de ses richesses. Cette richesse était le fruit du travail de plus de 700 000 esclaves d’origine africaine. Ces esclaves constituaient 85% de la population de l’île. Leur combat pour la liberté leur apporta l’indépendance en 1804. Puis, les grandes puissances occidentales ; la France, la Grande Bretagne, l’Espagne, les Etats-Unis, etc. qui n’ont jamais pardonné à des esclaves de s’être révoltés et d’avoir obtenu l’indépendance, leur imposèrent de dures conditions de vie à travers guerres de conquêtes et de reconquêtes, ré-esclavages, dédommagements financiers, et surtout dirigeants pantins agissant pour leurs comptes. Tout cet ensemble a fini par produire l’Haïti d’aujourd’hui, attirant la pitié du monde sur lui. L’Haïti au chevet duquel sont accourus, en premier, les Etats-Unis, la plus grande puissance du monde.

    Un sapeur-pompier pyromane. Les Etats-Unis, ce sapeur pompier d’aujourd’hui, a été longtemps l’un des pyromanes qui ont mis sens dessous dessus Haïti. Occupant le pays de 1915 à 1934, l’administrateur américain avait le pouvoir de veto sur toutes les décisions gouvernementales haïtiennes. L’économie était dans ses mains. 40% des recettes de l’Etat haïtien étaient sous son contrôle. La violence américaine à travers les corvées concernant la construction des routes, les traitements inégaux entre Noirs, Mulâtres et Blancs, la confiscation des ressources du pays, etc. poussèrent les Haïtiens à la révolte et l’occupant américain n’hésita pas à faire usage des armes.

    Cette situation n’anéantit en rien, le courage des Haïtiens. Finalement, les troupes américaines quittèrent l’île en 1934, mais ont maintenu leur contrôle sur les sources d’entrées de devises notamment les douanes jusqu’en 1946. De cette date à 1956, les militaires haïtiens essayèrent d’assurer tant bien que mal la transition. De 1957 à 1986, avec la bénédiction et l’aide des Etats-Unis vinrent François Duvalier dit "Papa Doc" et son fils, Jean-Claude dit "Baby Doc" parce qu’il a accédé au pouvoir à l’âge de 19 ans, au décès de son père. Les Duvalier semèrent la terreur en réprimant toute opposition.

    En 1967 par exemple, plus de 2000 opposants subirent la colère meurtrière de Duvalier père. En 1990, Baby Doc forcé de quitter le pouvoir s’exila en France. La situation des Haïtiens n’émeut en rien les Américains. Ceux fuyant et la misère et la dictature, si capturés dans les eaux internationales parce que voulant se rendre aux Etats-Unis, sont immédiatement rapatriés en Haïti. Or les Cubains, eux, sont escortés et ramenés sur le sol américain. Mieux, ils bénéficient du "political asylum". L’espoir a semblé naître pour les Haïtiens avec, en 1990, l’élection du charismatique prête et avocat des pauvres, Jean-Bertrand Aristide. Mais, il est renversé par le général Raoul Cédras, soutenu par les Etats-Unis.

    Rétabli de force dans ses fonctions par le gouvernement de Bill Clinton en 1995, Jean-Bertrand Aristide finit par démissionner en 2004. En 2006, de nouvelles élections permettent d’élire René Préval qui depuis lors dirige le pays. Mais avec le tremblement de terre, il affirme ne pas savoir où dormir : son palais a été détruit. Chose inimaginable dans un pays développé. Pire encore, le pays n’a plus de gouvernement. Et même s’il en avait un, qu’aurait t-il pu faire pour sa population ?

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    • Si les forces armées du monde se sont empressées d’intervenir, c’est pour éviter que le vide du pouvoir, causé par le tremblement de terre qui a mis à bas les édifices publics, les bâtiments de l’Etat et des forces armées d’occupation étrangères, ne se transforme en tremblement de terre... social. Et ces forces cachent leur crainte du peuple d’Haïti derrière de prétendus pillages, mais, quand on crève de faim, se servir dans les magasins, c’est simplement vital, ce n’est pas un crime ! Les vrais bandits, ce sont les grandes puissances qui pillent Haïti depuis des centaines d’années, lui imposent des dictatures, n’ont rien fait pour les débarrasser des escadrons de la mort, macoutes ou autres, militaires, paramiliaires ou milices.

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  • USA, France : Bourik toujou rete bourik.

    Sa-a se dènye kou ki touye koukou.

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  • Jeremy Hobbs, directeur général de l’organisation non gouvernementale Oxfam, estime qu’« il y a un risque réel que, dans les semaines et les mois suivant le séisme, des Haïtiens influents politiquement et plus riches accaparent les ressources pour la reconstruction au détriment des plus pauvres de Port-au-Prince ». La réunion de Montréal n’aura pas levé ces inquiétudes : la question de la dette d’Haïti n’y a pas été tranchée, pas plus que celle de la coordination financière des opérations, après que la Banque mondiale eut proposé de gérer un fonds unique pour la reconstruction.

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  • Rosa Lu­xem­burg : Mar­ti­ni­que (1902)

    Des mon­ta­g­nes de rui­nes fu­man­tes, des tas de ca­dav­res mutilés, une mer fu­man­te, par­tout où l’on se tour­ne boue et cend­res, c’est tout ce qui reste de la pe­ti­te ville prospère perchée comme une hi­ron­del­le sur la pente ro­cheu­se du volcan. De­puis quel­que temps, on avait en­t­en­du le géant en colère gron­der et s’em­por­ter cont­re la présomp­ti­on hu­mai­ne, cont­re la suf­fi­sance aveug­le des nains à deux jam­bes. Au grand cœur dans sa colère même, un véri­ta­ble géant, il avait prévenu les créatu­res in­sou­ci­an­tes qui ram­pai­ent à ses pieds. Il fu­mait, répan­dant des nu­a­ges ar­dents ; dans son sein il y avait un bouil­lon­ne­ment et un four­mil­le­ment, des ex­plo­si­ons sem­bla­bles à des coups de fu­sils et au ton­n­er­re du canon. Mais les sei­gneurs de la terre, ceux qui or­don­nent à la de­s­tinée hu­mai­ne, ont main­tenu la foi inébranlable en leur prop­re sa­ges­se.

    Le septième jour du mois, une com­mis­si­on expédiée par le gou­ver­ne­ment a an­noncé à la po­pu­la­ti­on inquiète de Saint-​Pier­re que tout était en règle dans le ciel comme sur la terre. Tout est en règle, au­cu­ne cause d’alar­me ! comme ils l’avai­ent dit, in­to­xi­qués par les dan­ses de salon, à la veil­le du ser­ment du Jeu de paume à l’époque de Louis XVI, alors qu’une lave ar­den­te s’ac­cu­mu­lait avant l’érup­ti­on du volcan révo­lu­ti­onn­ai­re. Tout est en ordre, la paix et la tran­quil­lité règnent par­tout ! comme ils le di­sai­ent il y a 50 ans à Vi­en­ne et à Ber­lin à la veil­le de l’érup­ti­on de mars. Mais, le vieux titan souf­frant de la Mar­ti­ni­que n’a prêté au­cu­ne at­ten­ti­on aux rap­ports de l’ho­no­ra­ble com­mis­si­on, après que la po­pu­la­ti­on ait été ras­surée le septième jour par le gou­ver­neur, il fit érup­ti­on au cours des premières heu­res du huitième jour et il a en­t­erré en quel­ques mi­nu­tes, le gou­ver­neur, la com­mis­si­on, la po­pu­la­ti­on, les mai­sons, les rues et les ba­teaux sous les ex­ha­lai­sons ar­den­tes de son cœur in­digné.

    Le tra­vail a été ra­di­cal. Qua­ran­te mille vies hu­mai­nes fauchées, une poignée de réfugiés sauvés, le vieux géant peut gron­der et bouil­lon­ner en paix, il a ma­ni­festé sa puis­sance, il s’est af­freu­se­ment vengé de cet af­front à sa puis­sance pri­ma­le. Et main­ten­ant, dans les rui­nes de la ville détrui­te, un nou­vel ar­riv­ant s’in­vi­te en Mar­ti­ni­que, un invité en­core in­con­nu, ja­mais ren­contré au­pa­ra­vant : l’être hu­main. Ni maître, ni serf, ni noir, ni blanc ; ni riche, ni pau­vre, ni pro­priétaire de plan­ta­ti­on ou es­cla­ve sala­rié, l’être hu­main sur­vi­ent sur l’île brisée et mi­nu­s­cu­le, l’être hu­main qui res­sent seu­le­ment la dou­leur et cons­ta­te seu­le­ment le désast­re, qui cher­che seu­le­ment à aider et se­cour­ir. Le vieux Mont Pelé a réalisé un mi­ra­cle ! Oubliés les jours de Facho­da, oublié le con­flit de Cuba, oubliée « la Re­van­che » ; les Français et les Ang­lais, le Tsar et le Sénat de Wa­shing­ton, l’Al­le­ma­gne et la Hol­lan­de don­nent de l’ar­gent, en­vo­i­ent des télégram­mes, ten­dent une main se­coura­ble. La confrérie des peu­ples cont­re la haine brûlante de la na­tu­re, une résur­rec­tion de l’hu­ma­nis­me sur les rui­nes de la cul­tu­re hu­mai­ne s’est ma­ni­festée. Le prix du re­tour à l’hu­ma­nité fut élevé, mais le ton­n­er­re du Mont Pelé a capté leur at­ten­ti­on.

    La Fran­ce pleu­re sur les 40.​000 ca­dav­res de l’île mi­nu­s­cu­le, et le monde en­t­ier s’em­pres­se de sécher les lar­mes de la Répu­bli­que. Mais com­ment était-​ce quand, il y a quel­ques siècles, la Fran­ce a versé le sang à tor­rents pour prend­re les Pe­ti­tes et les Gran­des An­til­les ? En mer, au large des côtes de l’Afri­que de l’Est exis­te l’île volca­ni­que de Ma­da­g­a­s­car. Il y a 50 ans, nous vîmes com­ment la Répu­bli­que au­jourd’hui in­con­solable et qui pleu­re la perte de ses en­fants, a alors so­u­mis les indigènes ob­s­tinés à son joug par les chaînes et l’épée. Nul volcan n’y a ou­vert son cratère, ce sont les bou­ches des ca­nons français qui ont semé la mort et de la déso­la­ti­on. Les tirs de l’ar­til­le­rie française ont balayé des mil­liers de vies hu­mai­nes de la sur­face de la terre jusqu’à ce que ce peup­le libre se pros­ter­ne face cont­re terre et que la reine des « sau­va­ges » soit traînée, comme trophée, dans la « Cité des Lumières ».

    Sur la côte asia­tique, lavée par les va­gues de l’océan, se trou­vent les sou­rian­tes Phil­ip­pi­nes. Il y a six ans, nous y avons vu les Yan­kees bi­en­veil­lants, le Sénat de Wa­shing­ton au tra­vail. Il n’y a pas là-bas de mon­ta­gne crach­ant le feu et pour­tant le fusil améri­cain y a fauché des vies hu­mai­nes en masse ; le car­tel du sucre du Sénat qui en­vo­ie au­jourd’hui des dol­lars-​or par mil­liers à la Mar­ti­ni­que pour sau­ver des vies, avait au­pa­ra­vant envoyé des ca­nons et des ca­nons, des vaisseaux de gu­er­re et des vaisseaux de gu­er­re ; des mil­li­ons et des mil­li­ons de dol­lars-​or sur Cuba pour semer la mort et la déva­s­ta­ti­on.

    Hier et au­jourd’hui, très loin dans le sud de l’Afri­que, où il y a quel­ques années en­core, un petit peup­le tran­quil­le y vi­vait de son tra­vail et en paix, nous avons vu com­ment les Ang­lais y ont tout ravagé. Ces mêmes Ang­lais qui sau­vent la mère et l’en­fant en Mar­ti­ni­que, nous les avons vus piétiner bru­ta­le­ment des corps hu­mains et même ceux d’en­fants avec leurs bot­tes de sol­dats, se vau­trant dans des mares de sang et se­mant la mort et la déva­s­ta­ti­on.

    Ah, et les Rus­ses, le Tsar de tou­tes les Rus­sies, ai­dant et pleu­rant – une vi­eil­le con­nais­sance ! Nous vous avons vus sur les rem­parts de Pra­gue, où le sang po­lo­nais en­core chaud cou­lait à flots fais­ant virer le ciel au rouge de ses va­peurs. Mais c’était aut­re­fois. Non ! Main­ten­ant, il y a seu­le­ment quel­ques se­mai­nes, nous avons vu les Rus­ses bi­en­veil­lants sur les rou­tes pous­siéreu­ses, dans des vil­la­ges rus­ses ruinés, con­fron­ter une foule de lo­que­teux en révolte et tirer sur des mou­jiks ha­l­etants, nous avons vu le sang rouge des pays­ans se mélan­ger à la pous­sière du che­min. Ils doiv­ent mour­ir, ils doiv­ent tom­ber parce que leurs corps sont tor­dus par la faim, parce qu’ils récla­ment du pain et en­core du pain !

    Et nous vous avons vus, vous aussi, oh Répu­bli­que, en lar­mes ! C’était le 23 mai 1871, quand le soleil glo­rieux du prin­temps bril­lait sur Paris, des mil­liers d’êtres hu­mains pâles dans des vête­ments de tra­vail étai­ent enchaînés en­sem­ble dans les rues, dans les cours de pri­son, corps cont­re corps et tête cont­re tête ; les mitrailleu­ses fai­sai­ent crépiter par les meur­trières leurs mu­seaux san­gui­n­ai­res. Aucun volcan n’avait éclaté, aucun jet de lave n’avait été versé. Vos ca­nons, Répu­bli­que, ont tiré sur la foule com­pac­te, pous­s­ant des cris de dou­leur – plus de 20.​000 ca­dav­res ont re­cou­vert les trot­toirs de Paris !

    Et vous tous – Français et Ang­lais, Rus­ses et Al­le­man­ds, Ita­li­ens et Améri­cains – nous vous avons vus tous en­sem­ble pour une première fois dans une en­tente fra­ter­nel­le, unie dans une gran­de ligue des na­ti­ons, ai­dant et vous entrai­dant les uns les au­tres : c’était en Chine. Là, vous aviez oublié tou­tes les que­rel­les entre vous, là aussi vous aviez fait la paix des peu­ples – pour le meurt­re et l’in­cen­die. Ah ! Com­bi­en d’in­di­vi­dus sont tombées sous vos bal­les, comme un champ de blé mûr haché par la grêle ! Ah ! Com­bi­en de femmes jetées à l’eau, pleu­rant leurs morts dans leurs bras fro­ids et fu­yant les tor­tu­res mêlées à vos em­bras­sa­des ar­den­tes !
    Et main­ten­ant, ils se tour­nent tous vers la Mar­ti­ni­que d’un même mou­ve­ment et le cœur sur la main, ces meur­triers bi­en­veil­lants ai­dent, sau­vent, sèchent les lar­mes et mau­dis­sent les ra­va­ges du volcan. Mont Pelé, géant au grand cœur, tu peux en rire ; tu peux les mépri­ser, ces car­ni­vo­res pleu­rants, ces bêtes en ha­b­its de Sa­ma­ri­tains. Mais un jour vi­en­dra où un autre volcan fera en­t­endre sa voix de ton­n­er­re, un volcan qui gronde­ra et bouil­lon­ne­ra et, que vous le vou­liez ou non, ba­lay­e­ra tout ce monde dégou­li­n­ant de sang de la sur­face de la terre. Et c’est seu­le­ment sur ses rui­nes que les na­ti­ons se réun­iront en une véri­ta­ble hu­ma­nité qui n’aura plus qu’un seul en­nemi mor­tel : la na­tu­re aveug­le.

    Leip­zi­ger Volks­zei­tung, 15 mai 1902.
    Trad. Bul­le­tin com­mu­nis­te (2005).

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  • Face à la révolte qui monte en Haïti, le p^résident Préval appelle à la patience.

    Pourtant lui-même reconnaissait la veille qu’il n’avait pas touché un centime de l’aide internationale.

    Les manifestants de Port-aux-princes ont conspué Clinton, le nouvel empereur-gouverneur américain d’Haïti

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  • Préval et ses commanditaires des grandes puissances veulent en finir avec le regroupement de prolétaires de Port-aux-Princes.

    Il ne s’agit pas de rebâtir la capitale Port-au-Prince, mais d’investir dans la décentralisation, a souligné le président René Garcia Préval, mardi dernier 23 fevrier 2010, résumant sa position à deux rencontres régionales, sur la reconstruction d’Haïti, tenues le weekend écoulé à Cancùn (Mexique) et à Rio de Janeiro (Brésil).

    Des tentes ont été achetées pour une somme de 5 millions de dollars américains par l’Etat haïtien.

    De retour à Port-au-Prince, Préval a également fait part de sa position vis-à-vis de la relocalisation des sans abris.

    « Je pense que c’est dans les sites qu’il faudra intervenir et construire des camps de 100 à 150 tentes. Si des conditions spéciales le permettent nous construirons des espaces plus grands, mais je crois qu’il faut privilégier la proximité des gens avec leur lieu de travail, leur famille. » a-t-il dit.

    Jusqu’ici seuls 30% des sans abris ont pu recevoir une aide leur permettant de se protéger temporairement, selon les chiffres du bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (Ocha). [kft rc apr 24/02/2010 19:10]

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  • Les Etats-Unis dans leur zone d’influence
    Les marines et les soldats de la 82e division aéroportée se sont déployés dans la capitale pour, officiellement, éviter que la catastrophe ne débouche sur le chaos. Au total, 3 500 hommes ont, dans un premier temps, débarqué sur le sol haïtien, en provenance des États-Unis et du Canada, deuxième composante de cette mission internationale. En mer, quelque 9 000 marins sont mobilisés pour appuyer le déploiement. Le projet de Washington d’envoyer 16 000 militaires au sol en deux contingents de 8 000 aurait finalement été revu à la baisse. Selon une source proche de l’ONU, le Brésil, qui apporte la première contribution en hommes à la force de 7 000 Casques bleus stationnés dans l’île, s’y serait opposé.
    Brasilia aurait même menacé de retirer ses propres troupes. En définitive, les Etats-Unis ont déployé 12 000 hommes sur le terrain (bientôt 15 000), 20 navires, 167 millions de dollars d’aide.
    Les relations entre l’ONU, les Etats-Unis et le gouvernement haïtien, les trois composantes qui se partagent désormais le pouvoir dans l’île, ne sont pas faciles à définir, car les missions de chacun sont floues. Une convention signée avec les autorités locales donne officiellement aux Nations unies la coordination de l’aide internationale à un million de sinistrés.
    Mais si l’ONU s’occupe de tout coordonner, elle ne peut pas décider de ce qui entre ou sort du pays, car ce sont les Etats-Unis qui ont ce pouvoir. Les Casques bleus sont également censés assurer la sécurité de la ville avec la police haïtienne. Les troupes américaines, quant à elles, sont prêtes à intervenir en cas de besoin, mais sont chargées de la sécurisation de la distribution de nourriture qui continue de poser de grandes difficultés. L’autre atout des Etats-Unis est Bill Clinton, l’envoyé spécial de Ban Ki-moon.
    Dans le cadre de la reconstruction, les troupes étrangères devraient être réparties dans le pays. Les Américains se concentreraient sur la capitale, tandis que les Canadiens seraient chargés des provinces. L’ONU envisage ensuite de calquer son dispositif sur celui de l’Afghanistan. Chaque pays volontaire se verrait affecter la direction de la reconstruction et du développement d’une région haïtienne.
    Le Canada s’est vu propulser sur la scène internationale. En effet, après les Etats-Unis, Haïti entretient des rapports étroits avec ce pays et arrive au deuxième rang des bénéficiaires de l’aide dispensée par Ottawa. La présence canadienne dans l’île est importante et comptait plus de 6 000 ressortissants avant le séisme, contre 1 400 pour la France. Ottawa déploie 2 000 soldats dans l’île. Des effectifs importants pour une armée de taille modeste. L’importance de la diaspora haïtienne au Canada, 130 000 personnes, explique également cet effort. D’ailleurs, la gouverneur générale du Canada, Michaëlle Jean, représentante de la reine Élisabeth II à Ottawa, est haïtienne.
    Corine Lesnes le rappelle à juste titre, Haïti et les Etats-Unis entretiennent une longue histoire depuis la première campagne de juillet 1915, décidée par Woodrow Wilson, le précurseur des interventions armées menées au nom de la promotion de la démocratie. L’occupation a duré 19 ans. Les Etats-Unis débarquent à nouveau en 1994 pour rétablir au pouvoir le père Jean-Bertrand Aristide, victime d’un coup d’Etat, puis en 2004 pour chasser le même
    Aristide, devenu un sanglant dictateur. A chaque fois, l’armée américaine a servi d’élément avancé d’une force multinationale de l’ONU.

    La France et l’Europe cherchent leur place
    La France est clairement dans l’incapacité matérielle de rivaliser avec la logistique déployée par les Etats-Unis. A son compte, 500 sauveteurs, deux bateaux spécialisés, trois avions et autant d’hélicoptères. Pour compenser, elle suggère déjà d’aider les Haïtiens à bâtir un système de sécurité sociale ou à repenser le plan d’urbanisme de Port-au-Prince.
    Tous les analystes s’accordent à dire que, pour la France, les opérations extérieures sont un instrument important visant à maintenir son rang sur la scène internationale et à justifier son siège de membre permanent au Conseil de sécurité.
    Le caractère stratégique de ces opérations explique ce que certains considèrent comme des dérives antidémocratiques. A titre d’exemple, le gouvernement a choisi le huis clos pour auditionner les officiers français présents sur le terrain dans le cadre de la mission d’information parlementaire sur Srebrenica. Il a également introduit l’article 124 dans les statuts de la Cour pénale internationale, montrant sa réticence à accepter le témoignage de ses militaires devant le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie.
    Face à la faiblesse structurelle française, l’Union européenne peut-elle servir de moyen de compensation tant matérielle que politique ? L’Europe, puissance normative par excellence, tente de réduire l’écart qui la sépare des Etats-Unis.
    Ainsi 350 gendarmes et policiers européens seront-ils dépêchés en Haïti pour renforcer les effectifs de la Minustah, la force des Nations unies dans le pays, ont annoncé les chefs de la diplomatie de l’UE.
    Ce contingent européen sera construit autour de la Force européenne de gendarmerie, à laquelle participent la France, l’Espagne, l’Italie, le Portugal, les Pays-Bas et la Roumanie. Plusieurs pays, dont l’Allemagne et le Royaume-Uni, ont refusé de s’y joindre, alors que les Etats-Unis ont déjà déployé près de 20 000 soldats sur place. La majorité des effectifs proviendra de pays dont la police est militarisée et opérera sous le drapeau européen. La décision répond à la demande présentée par l’ONU pour renforcer sa mission en Haïti (Minustah), mais pas seulement.
    Pour des raisons historiques connues, la France est la plus engagée dans la course contre les Etats-Unis. Plusieurs responsables français ont regretté que l’UE soit reléguée au second plan derrière les Etats-Unis alors que son effort financier -430 millions d’euros à terme- est largement supérieur à celui consenti par Washington. La haute représentante pour la politique étrangère de l’UE a essuyé des critiques pour avoir préféré maintenir, quelques heures après la catastrophe, un déplacement à Londres plutôt que de coordonner l’action européenne à Bruxelles ou sur place. La France a proposé la création d’« une force européenne de sécurité civile ». L’absence de cet instrument de projection humanitaire apparaît d’autant plus criante qu’avec 420 millions de dollars d’aide l’UE fournira trois fois plus de financements que les États-Unis à Haïti. Une fois encore, l’Europe paie mais ne pèse pas.

    L’humanitaire et le politique
    L’action humanitaire, écrit Bernard Hours, repose sur un ensemble de pratiques et de principes qui constituent une idéologie ayant trois piliers : l’universalité des droits de l’Homme ; la construction de la figure de la victime, sans laquelle il n’y a pas de sauvetage possible ; l’ingérence comme droit d’accès aux victimes. La première génération de l’humanitaire répond à cette définition. Elle est personnifiée par l’action d’Henri Dunant, créateur de la Croix-Rouge, dont les actions consistaient à soigner les blessés. La deuxième génération d’humanitaires est politisée, puisqu’elle est issue d’une fronde de médecins œuvrant pour la Croix-Rouge au Biafra qui n’acceptaient pas de soigner en silence, sans prendre parti. L’humanitaire déborde alors les champs de bataille pour
    s’appliquer à toutes les situations dites d’urgence et de catastrophe.
    Il n’en est plus sorti.
    La relation entre les deux est une problématique aussi insoluble que celle qui lie la politique à la morale ou encore au droit. Si la question de leur comptabilité est couramment posée, celle qui consiste à se demander si l’humanitaire peut se passer du politique est moins difficile. L’intervention politique et militaire des grandes puissances ou de coalitions internationales et l’action humanitaire indépendante sont deux activités nécessaires, qui, pour être utiles, supposent de se déployer de manière indépendante, déclaraient Philippe Biberson et Rony Brauman. Chose bien moins facile à faire qu’à écrire.
    Partisan de l’indépendance de l’une par rapport à l’autre, Jean-Hervé Bradol écrit : « En opposition au pouvoir mais non lancée à sa conquête, l’action humanitaire est subversive par nécessité car les partisans de l’ordre établi acceptent rarement la solidarité en faveur de ceux dont ils décrètent ou tolèrent
    l’élimination ».
    Pour lui, l’action humanitaire est une fin en soi, puisque son objectif est de porter des secours de qualité à des populations en situation de crise, avec des moyens pacifiques, quel que soit l’agenda politique des Etats. Par ailleurs, l’indépendance vis-à-vis du pouvoir, des partis politiques, des financements
    gouvernementaux, des forces armées, est la condition même d’une action impartiale.
    Cette précision faite, des confusions peuvent facilement s’installer. Ainsi les acteurs humanitaires peuvent-ils faire appel à des interventions armées au nom des victimes civiles ou de choix opérationnels. Ils peuvent également demander l’aide financière des institutions internationales. Dans ce type de cas, c’est l’humanitaire qui est discrédité par une action politique illégitime. Il en résulte des prises à partie qui peuvent être très graves. En Afghanistan, 2 membres d’Action contre la faim (ACF) ont été pris en otages, 3 volontaires d’International Rescue Committee (IRC) ont été assassinés en 2008. Au Sri Lanka, 17 membres d’ACF ont été tués en 2006. Des volontaires de MSF ont été capturés au Daghestan ou en République démocratique du Congo depuis 2005. Les cas de la Palestine, de l’Erythrée, du Yémen, du Sri Lanka, du Darfour, de l’Irak ou de l’Afghanistan obéissent à la même logique. Quand les ONG cohabitent avec des militaires ou des Casques bleus, leur neutralité est mise en cause. Dans ces lieux, l’intention humanitaire sert de moins en moins de sauf-conduit. Au cœur du problème se trouve l’absence de légitimité politique de l’ingérence. Elle présume une société civile mondiale qui n’existe pas, donnant un mandat universel (comme les droits) à des intervenants dont la nationalité, les ressources, l’idéologie seraient neutralisées ou occultées comme par enchantement. Elle nie la territorialité de l’existence humaine, l’insertion des hommes dans un tissu géographique et politique, c’est-à-dire, entre autres, des Etats souverains. Une autre confusion s’installe quand c’est le politique qui fait appel à l’humanitaire.
    Les exemples sont nombreux et légion : l’intervention internationale au Kurdistan irakien, en Somalie, en Bosnie, au Rwanda, au Kosovo, au Darfour, etc. Des considérations humanitaires ont bel et bien permis de justifier le déploiement des forces armées, « sans que pour autant les objectifs et les moyens de ces forces soient clairement assignés à la protection des populations », affirme Françoise Bouchet-Saulnier, responsable juridique à MSF, en 2000. D’autres exemples peuvent être cités.
    En juillet 2008, l’armée colombienne a utilisé l’emblème de la Croix-Rouge pour libérer 15 otages des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). A Kaboul, l’International Rescue Committee (IRC), qui employait trois volontaires tués le 13 août, a annoncé la suspension de ses activités en Afghanistan.
    Tous les aspects de l’humanitaire peuvent être politiquement exploités, y compris le nombre de victimes, sous-évalué, ou surévalué, en fonction de l’objectif, à savoir susciter l’intervention ou la prévenir. Des Etats, en Amérique latine par exemple (lors du cyclone Mitch, en 1998, au Nicaragua, au Honduras, au Guatemala et au Salvador), ont eu tendance à surestimer le nombre de victimes pour s’inscrire dans l’agenda humanitaire global. La Birmanie ou, à un moindre degré la Chine, fait l’inverse lors du séisme de 2008.
    Ces deux pays étant très susceptibles pour tout ce qui est ingérence. « Le temps n’est plus où, avant la guerre du Biafra, en 1967, l’aide d’urgence affichait sa
    neutralité », conclut Bernard Hours. L’humanitaire, prolongement de la politique par d’autres moyens ?

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  • Article sur l’impérialisme américain en Haiti , article volontairement incomplet car ne dénonçant pas les autres impérialisme et ne voyant que partiellement la lutte de classe ce que pourtant les impérialistes et leurs sous traitants aux ordres redoutent par dessus tout.

    Les marines étasuniens s’entraînent pour l’Afghanistan en Haïti
    02-04-2010
    La nouvelle est apparue dans Stars and Stripes, une revue destinée aux militaires, à leurs familles et au personnel civil du Pentagone, qui est publiée depuis 1942 : les marines que des Etats-Unis ont envoyé en Haïti pour prêter une aide humanitaire s’entraînent pour lutter en Afghanistan (www.stripes.com , 29-3-10).

    L’explication est candide : comme cela fait des semaines que les tâches humanitaires ont diminué - explique le journal-, les effectifs ont peu à faire et alors s’entraîne en simulant des combats et en pratiquant des tactiques ad hoc. Le droit international établit que cet acte est une violation de souveraineté nationale, mais Washington est très habitué à cela, spécialement en Haïti.

    Il est notoire que la première occupation des marines Nord-Américains s’est étendue de 1915 à 1934 pour empêcher que les guerilleros haïtiens ne prennent le gouvernement. Ils les appelaient "cacos" et répondaient à différents groupes politiques dont certains voulaient les envahisseurs dehors. Pendant ces vingt années la loi martial a régné, les forces de Etats-Unis ont pris le contrôle du trésor et des douanes de Haïti et, de plus, du Parlement, pour que celui-ci élise le président que la Maison Blanche avait choisi. Tout cela très démocratique. Trois mille Haïtiens sont morts, mais seulement 16 des habiles marines. En 1994, ils ont intervenu à nouveau pour mettre Jean-Bertrand Aristide à la présidence, et dix ans après ils sont revenus pour l’en sortir. Washington dedit, Washington abstulit.

    Le lieutenant colonel Gary Keim, chef d’un bataillon de logistique, a rappelé ou enseigné cette histoire aux effectifs que les Etats-Unis ont envoyé après le tremblement de terre. "Ils nous ont demandé de la relire, a-t-il dit. Nous sommes déjà venus ici. Nous y avons déjà eu du succès" (www.usatoday.com , 25-1-10). Les interventions étasuniennes en Haïti auront-elles quelque chose à voir avec une opération d’aide humanitaire ? Ou le lieutenant colonel savait-il que l’humaniste n’enlèverait pas le militaire, comme on le voit bien ? On ignore quand les occupants laisseront la presque moitié de l’île La Española. Selon Keim, ils leur ont dit qu’ils resteraient pour "un temps indéfini".

    Il faut se demander comment a été obtenu "le succès passé". Les marines ont inauguré des tactiques qu’ils ont appliquées et continuent d’appliquer ensuite : le bombardement aérien en appui de l’infanterie, la pratique de la torture et des exécutions sommaires, la création d’une force répressive locale dirigée par des employés étasuniens. L’opposition civile a accompagné la guerrillera. Les travailleurs urbains se sont joints à une grève étudiante et, en décembre 1929, des milliers de paysans ont affrontés les mitrailleuses de l’occupant avec des pierres, des gourdins et des machettes. Résultat : 24 haïtiens morts, 51 blessés et un marine blessé. Le commandant de la troupe a été décoré de la Croix Navale pour le mérite indubitable de diriger le massacre.

    Le major de l’époque, Smedley Butlerde, a été un des premiers à débarquer en Haïti, où il a reçu sa deuxième Médaille d’Honneur pour sa valeur au combat. Il s’est retiré avec le degré de major général en 1931 et en août de cette année il s’est confié dans une convention de la Légion Américaine (Jules Archer, The Plot to Seize the White House, Hawthorn Books, Nueva York, 1973). Cela vaut la peine de citer ses mots in extenso : ils révèlent la vraie nature des interventions militaires étasuniennes dans des pays étrangers.

    Butler a dit : "J’ai passé 33 ans en étant un muscle de grande classe pour les Grandes Affaires, pour Wall Street et les banquiers. En synthèse, j’ai été un déprédateur du capitalisme... J’ai aidé à purifier le Nicaragua pour la banque internationale Brown Brothers en 1909-1912. J’ai aidé à faire du Mexique, spécialement de Tampico, un lieu sûr pour les intérêts pétroliers étasuniens en 1916. J’ai préparé le terrain en République dominicaine pour les intérêts sucriers étasuniens en 1916. J’ai aidé à transformer Haïti et Cuba en lieu décent pour que les gars de (la banque) National City puissent obtenir des profits. J’ai aidé à piller une demi-douzaine de républiques d’Amérique centrale pour le bénéfice de Wall Street... En Chine, en 1927, j’ai aidé à ce que la Standard Oil puisse faire son travail sans ennuis ... elle avait une bande distinguée. Ils m’ont récompensé avec des honneurs, des médailles, des promotions... Je pourrais faire des clins d’oeil à Al Capone. Le maximun que j’ai pu faire a été d’agir dans trois villes. Les marines ont agi dans trois continents". Archer assure que l’audience était abasourdie. Et que peu de journaux ont osé publier ne fut-ce qu’un fragment innocent du discours.

    Un fait confirme que les troupes des Etats-Unis resteront en Haïti par un certain temps, comme l’a avancé le lieutenant colonel Keim : la Maison Blanche a chargé la DynCorp International, entreprise semi-officielle du Pentagone et de la CIA, de l’agrandissement de la base militaire des occupants. Pour cela ils exproprieront et démoliront les logements de centaines d’haïtiens à Café Soleil, le quartier de Port-au-Prince qui exhibe le plus de trous de balles étrangères.

    Juan Gelman, Pagina/12, 01 avril 2010.

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  • Six ans après le séisme qui a servi de prétexte à l’occupation militaire internationale, il n’est toujours pas question de lever cette occupation !!!

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  • Haïti populaire en a de plus en plus marre de l’occupation impérialiste : voir ici

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  • Plusieurs centaines de partisans de l’opposition ont défilé à Port-au-Prince pour exprimer leur colère contre le président Michel Martelly et celui qu’il a choisi pour lui succéder. "On veut une réelle évaluation des résultats du premier tour avant la poursuite du processus électoral", explique Frantz Legros, l’un des responsables politiques de l’opposition. Au premier tour du scrutin présidentiel le 25 octobre, Jovenel Moïse, le candidat du pouvoir, avait recueilli 32,76% des voix, contre 25,29% pour Jude Célestin, des chiffres largement contestés par l’opposition qui dénonce un "coup d’Etat électoral" fomenté par le président Michel Martelly. Leurs cartes électorales en main, les manifestants anti-gouvernement ont raillé le président : "Si on ne peut pas voter, alors Martelly doit partir", ont-ils scandé dans les ruelles des quartiers populaires de la capitale. Le Conseil électoral provisoire (CEP) a annulé vendredi "pour des raisons évidentes de sécurité" le second tour de la présidentielle qui devait se dérouler dimanche, plongeant Haïti dans l’incertitude : la date constitutionnelle de passation du pouvoir présidentiel, le 7 février, ne pourra être respectée. La communauté internationale s’inquiète de la dégradation du climat sécuritaire en Haïti. La capitale a été le théâtre d’incidents violents vendredi et samedi.

    Contre les élections bidons mais aussi contre l’occupation étrangère et militaire : affrontements à Pétion-Ville, Port au Prince, Petit Goave

    Lire ici/

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  • Konstitisyon se papie

    Baionet se fe

    Déclare un proverbe haïtien

    Ce qui veut dire :

    La constitution est en papier

    Les baïonnettes sont en acier

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  • Des centaines de morts en Haïti, victimes du cyclone et des mauvaises conditions de logement, les masures ayant été immédiatement détruites ! Haïti occupée ne veut pas dire Haïti protégée !!!

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  • A quoi ont servi les forces d’occupation internationales pour éviter les mille morts d’Haïti dans le séisme ? A rien !!!! Et la reconstruction, elle est revenue à zéro !!!

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  • Plus de 300 morts en Haïti !!! La population est BIEN protégée par la fameuse aide internationale !!! Et on va encore nous refaire le coup de l’aide internationale qui ne servira encore une fois que la bourgeoisie !!!

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  • Après le cyclone, c’est le choléra, qui a été amené, rappelons-le, en Haïti par les troupes d’occupation népalaises, et c’est l’accroissement de l’occupation sous prétexte d’aide !

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  • Que veut dire Haïti occupée par des forces armées étrangères ? 13 octobre 2016 18:22, par d’Ayiti qui survit !!!

    Le cyclone a fait mille morts, le choléra menace le reste et la famine aura-t-elle quelqu’un encore à frapper. S’il en reste, comptez sur l’impérialisme. Ensuite, voilà une ile nettoyée de ses habitants que l’on pourra livrer aux promoteurs pour en faire un paradis des proxénètes touristiques, avec surveillance militaire internationale !!!

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  • Le séisme a depuis longtemps pris fin mais pas l’intervention internationale en Haïti !!! La Minustah prend fin mais pas l’occupation militaire d’Haïti !!! L’opération internationale d’occupation militaire change seulement de nom… On ne voit plus quelle en est le prétexte !!! A bas l’occupation d’Haïti !!!

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  • Washington a abrogé lundi le Statut de protection temporaire (TPS) accordé aux Haïtiens arrivés aux Etats-Unis depuis le tremblement de terre dévastateur de 2010, soit 58.557 personnes, estimant que la situation en Haïti ne justifie plus cette protection. Cette mesure ouvre la porte à leur expulsion à partir de juillet 2019.

    Par contre, Trump continue de justifier l’occupation militaire internationale qui a été organisée par les USA sous prétexte de séisme !!!

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