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Accueil du site > 08- Livre Huit : ACTUALITE DE LA LUTTE DES CLASSES > 1984-1986 : la révolution prolétarienne commençait en Haïti

1984-1986 : la révolution prolétarienne commençait en Haïti

dimanche 28 mars 2010, par Robert Paris

NOU DECHOUKE LESPLWATASYON !!!!!

Duvalier : père et fils

Les tontons macoutes

Une pancarte de la révolution de 1986 : "La révolution est la seule solution" !!

AYITI : NOU PA VLE RETE ANBA DJOL OKENN PEYI ETRANJE

GRO PEYI-YO KITE AYITI VIV

ABA LESPLWATASYON ! ABA OKIPASYON !

Pou yo gen dwa pren pwopriyete yon moun, nan espwopriyasyon

ABA OKIPASYON

VIV LIT KLAS OUVRIYÈ A ! VIV LIT TOUT TRAVAYÈ ! VIV LIT MAS POPILÈ YO AN JENERAL !

VIV KONSTRIKSYON KAN PÈP LA AK TRAVAYÈ YO KÒM POTO MITAN ANBA DIREKSYON KLAS OUVRIYÈ A !

TOUT MOUN GEN DWA VIV

DWA METE BYEN, PWOPRIETE AK KAY MOUN

REKONSTRUKSIYON : BENEFIS POU KILES ?

AYITI : KI SOLISYION POU PEYI A ?

PWOLETARYA !!!!!

REVOLISYON SEL SOLISYON

Viv Lit travayè ak travayèz peyi d Ayiti ! Viv lit de klas !

VIV LIT TRAVAYÈ YO, VIV LIT KAN PÈP LA !

Aba Lokipasyon ! Ayiti pou nou, pa pou peyi etranje !

Aba Fòs Ame d Ayiti.

You sel solisyon pou Ayiti, se oganizasyon !

Sel fos nou, se pep-la !

Sel pep-la, se fos nou !

La Revolisyon,se sel solisyon pou se pep-la !

An nou konte sou fos nou !

Travayè nou rezoud pwoblèm nou noumenm, san entèvansyon etranje !

Gouvènman an tout travayè

Ayiti !!!

Quel est le véritable objectif de l’intervention massive des forces armées étrangères en Haïti, après le séisme ?

QUELQUES SLOGANS DE LA RÉVOLUTION DE 1986 CONTRE LA DICTATURE DE DUVALIER SOUTENUE PAR LES GRANDES PUISSANCES :

Que les grands pays laissent vivre Haïti

Nous ne voulons pas nous placer sous la tutelle des pays étrangers

En 1984, puis surtout en 1986, le peuple haïtien a entrepris de se débarrasser de la dictature des Duvalier que soutenaient les pays occidentaux. Oui, le peuple travailleur d’Haïti a vécu une révolution, en s’attaquant aux barbares « tontons macoutes » et en renversant la dictature de « Bébé doc » Duvalier, soutenue par les USA. Le pouvoir a été durablement ébranlé. Ce n’est que récemment que les grandes puissances occupant Haïti ont pu permettre à l’armée haïtienne de retourner dans son quartier général qui avait été complètement déserté après la révolution.

Au lendemain du 7 février 1986, de la chute de Bébé Doc Duvalier, dans les quartiers populaires des villes et de certains secteurs ruraux, des groupes de jeunes chômeurs et de travailleurs armés de bâtons, de machettes, de couteaux, de pierres et de bidons d’essence parcourent les rues en chantant et prennent pour cible les macoutes, leurs maisons, leurs boutiques, leurs véhicules ainsi que les bureaux de la VSN, parti de la dictature. Mais les casernes et les postes militaires ne sont pas attaqués et les armes saisies chez les macoutes et autres tortionnaires du pouvoir sont remises dans les casernes ! Pendant ce temps, des chefs de la dictature de Duvalier sont blanchis par une très légère cure d’opposition comme de Ronceray et Bazin ou et des tortionnaires connus comme Ti Boulé ne sont pas inquiétés. Les milices macoutes sont attaquées par le peuple mais l’armée, elle, ni le gouvernement ne feront rien pour désarmer systématiquement les bandes armées des grandons. Nombre de militants de quartier et d’activistes d’associations paysannes ou religieuses se tournent vers cette espèce d’opposition politique constituée par la petite bourgeoisie démocratique bavarde mais peu active et encore moins radicale socialement : celle du KONAKOM et autres « mouvements démocratiques ». Ou encore celle des Comités de Liaison Démocratique ou du PANPRA. La mouvance des comités ecclésiales de base ou Ti-Légliz ou encore les « missions Alpha » (pour dire alphabétisation et conscientisation) offrent un vaste cadre à la jeunesse pauvre et se préoccupent davantage du sort des plus démunis que la petite bourgeoisie démocratique, mais ils n’ont aucun programme qui exprime politiquement les intérêts des masses populaires face aux chefs militaires et aux classes dirigeantes. Le syndicat CATH est aussi apparu en pointe du « secteur démocratique » même si, en fait, il n’offrait aucune perspective claire aux exploités. Et la CATH s’est très vite retrouvée happée par des calculs politiciens comme toute l’opposition politicienne. Quant au parti stalinien, le PUCH de Theodore, sa réputation de radicalisme était usurpée. Theodore s’alignera systématiquement derrière les généraux ou les colonels en vogue du moment. Après avoir « donné acte » au général Namphy, pris la défense de Jean-Claude Paul, sablé le champagne avec Avril, fait applaudir Abraham, félicité Cédras, Theodore finira sa carrière en postulant au rôle de représentant au pouvoir des bourreaux du peuple haïtien, comme premier ministre de la dictature militaire !!! Lui qui avait obtenu son crédit parmi les militants du déchoukage va accepter un poste de premier ministre de la dictature avant que celle-ci ne retire sa proposition. Quand le PUCH appellera à voter « oui » au référendum du 29 mars 1987, beaucoup de gens se désolidariseront définitivement de lui.

L’échec de cette révolution haïtienne provenait du fait que les partis et organisations sociales, syndicales, religieuses et politiques qui en avaient pris la tête, loin de souhaiter la prise de pouvoir par les opprimés, ne visaient qu’à faire rentrer le peuple dans le rang. Jamais ils n’ont averti le peuple contre l’armée de Duvalier à peine reconvertie. Jamais ils n’ont appelé le peuple à se lier aux petits soldats et ces derniers à ne plus obéir à leur hiérarchie. Jamais ils n’ont voulu désarmer les milices des grandons. Jamais ils n’ont souhaité que cette révolution remette en question les classes dirigeantes et leur système d’exploitation. Au contraire, tous leurs efforts ont consisté à réconcilier le peuple et l’armée, le peuple et les classes dirigeantes. Les syndicalistes, les religieux, les sociaux-démocrates et les staliniens ont collaboré pour finir par mettre au pouvoir le démagogue Aristide. Ce dernier a fini de se discréditer en devenant la marionnette des USA en 1994. Aristide ou pas Aristide, jamais le calme social n’est revenu. C’est pour cela que les troupes américaines puis internationales sont intervenues car elles craignent que la révolution haïtienne se remette en marche !

Sur la situation actuelle en Haïti, après le séisme

Après le séisme, la révolte ?

Que faisaient les troupes internationales en Haïti ?

Les évènements de 1986 menant à la chute de Duvalier :

Manifestations de femmes au cours du renversement de Duvalier :

Après la fin de Duvalier et des tontons macoutes, c’est l’armée qui pren le relais pour réprimer les masses poulaires :

26 avril 1986 : arrivés devant le Fort Dimanche, la police ouvre le feu sur les manifestants.

11 novembre 1986, manifestation pour exiger la libération de Charlot Jacquelin, militant politique, porté disparu, néanmoins soupçonné d’avoir été enlevé par les militaires.

A lire sur Haïti

Les années d’insurrection

1984

1984 : Plus de 200 paysans furent massacrés à Jean-Rabel après une manifestation pour l’accès à des propriétés terriennes. La Conférence des évêques haïtiens lança un programme d’instruction partout dans le pays (mais de courte durée).

En 1984, pour la première fois depuis le début de la dictature des Duvalier, des émeutes éclatèrent, et les populations des bidonvilles mirent au pillage les entrepôts de nourriture. Les émeutes anti-gouvernementales eurent lieu dans toutes les villes principales du pays.

Les premières émeutes ont commencé en mai 1984 dans la ville de Gonaïves. Malgré la répression habituelle, les échauffourées et les manifestations ne cessèrent pas. Les écoliers et les lycéens manifestaient aux cris de : « A bas la misère, à bas le chômage ». A Raboteau, Gonaïves, le 14 mai, les premières pancartes sont sorties, inscrivant clairement ce que tout le monde pense : Aba la mize. Les ministres, envoyés sur les lieux, sont insultés. Les manifestations suivent les paroles et elles gagnent La Fossette au Cap, puis Hinche. La révolte du peuple a commencé et elle n’est pas prête de s’éteindre…

En mai 1984, le bidonville de La Fossette, au Cap, s’émeute.

1985

Les jeunes, réunis au concile de Jérémie en avril 1985, expriment la souffrance de tout un peuple qui explose dans la parole des jeunes. Il y a des gens qui sont issus de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie qui rejoignent le peuple, par conviction ou par calcul. Un Hubert de Ronceray, qui était un duvaliériste, devient ainsi un opposant. La centrale syndicale CATH dénonce la situation sociale et politique. Le pouvoir essaie de se crédibiliser par un référendum en juillet 1985. Mais, pour cela, il est obligé de laisser un peu aller la parole libre et cela se retourne contre lui. L’émission « Garanti la lwa » de Radio Soleil dénonce le manque de démocratie avec humour. Le directeur de la radio est expulsé ainsi que trois autres prêtres étrangers. Le PNDPH tente de préparer un soulèvement armé. Son responsable, le docteur Lionel Lainé est arrêté et assassiné.

C’est à Gonaïves, la capitale symbole de l’indépendance d’Haïti à l’époque de la première république noire de Dessalines en 1804, que la révolte populaire prend un tour massif et public. Déjà, en mai 1984, des manifestations contre la dictature à Gonaïves avaient pris un tour explosif. Le 28 octobre 1985, Pollux Saint-Jean, enfant de Gonaïves, est arrêté sans jugement. Le peuple manifeste aux cris de « Réclamons Pollux » qui se transforment vite en manifestations avec pancartes : « ABA JAN KLOD », « ABA LA KONSTITUSYON », « ABA LA DIKTATI, VIV LAME ». Cette dernière mention favorable aux petits soldats est caractéristique des manifestations à Gonaïves car il semble qu’en cette localité, les soldats soient réticents pour appliquer les mesures anti-populaires du pouvoir. Ce n’est pas ainsi que l’armée est perçue dans nombre d’autres régions, particulièrement dans les zones campagnardes. Le 27 novembre 1985, le mot d’ordre « A bas Jean-Claude ! » est lancé sur les ondes de Radio Lumière. Le ministre Alix Cinéa, dépêché sur place, fait face au peuple des bidonvilles de Gonaïves qui ne s’en laisse pas compter. Désormais, ce n’est pas avec du blabla gouvernemental que l’on va calmer le peuple. Les échauffourées reprennent. Les tracts à la main circulent avec marqué clairement « Jean Clod asasin, aleousan ! ». Les manifestants entrent dans les collèges et entraînent massivement les jeunes dans la rue.

Le 28 novembre 1985, l’armée et la milice tirent et tuent à Gonaïves : trois jeunes écoliers sans armes sont abattus en plein jour. Désormais, les noms de Jean-Robert Cius (19 ans), Michel Mackenson (12 ans) et Daniel Israël ne vont pas cesser d’hanter la révolte jusqu’au départ de Bébé Doc le sanglant. Dans la rue de Gonaïves, les jeunes demandent justice et sont suivis de ceux de Marchand-Dessalines, petite ville de l’Arbonite. Toute la jeunesse du pays se mobilise et pousse les aînés à s’engager dans le mouvement. La radicalisation n’est pas prête de retomber. Les communautés religieuses sont débordées par la révolte et l’accompagnent.

Par crainte de la colère populaire d’un enterrement, les autorités refusent les cadavres et organisent un enterrement clandestin. Ce n’est pas un meurtre de plus pour une dictature qui en avait commis pourtant bien d’autres. C’est le dernier meurtre avant que le peuple se soulève. La mort des trois écoliers a fait céder tous les barrages. Les communautés religieuses, la petite bourgeoisie, les travailleurs, les bidonvilles se rejoignent désormais dans un volonté claire : Duvalier, c’est fini, il faut le chasser ! Il n’y aura pas de clarification plus importante de ce qui a si longtemps permis à son pouvoir dictatorial de se maintenir : les intérêts d’une classe dirigeante. L’Eglise exprime la colère du peuple et ne craint pas de dire que ces trois morts doivent être le signal du changement en Haïti. Par contre, ces dirigeants religieux ne veulent pas aller à la racine du mal, alors que le peuple, lui, parle de déraciner la dictature, de la déchouker. Ces dirigeants sont réformistes. Dans la cathédrale de Gonaïves, où se rassemblent tous ceux qui dénoncent le crime, circule leur texte qui affirme : « Si le peuple entier prend la parole, il arrivera à la démocratie. » Pas un mot sur la nécessité de désarmer la hiérarchie militaire et toutes les milices. Tout au plus est-il clair pour le plus grand nombre que les USA ont soutenu Duvalier malgré tous ses crimes. Le rôle des macoutes qui est souligné mais pas celui pourtant criminel de l’armée. Le 25 décembre 1985, Radio Soleil est fermée mais désormais le peuple se débrouille seul pour faire passer ses informations et revendications à l’aide de tracts rédigés à la main, de rassemblements et de réunions. Les tracts en créole qui circulent désormais ne laissent pas de doute sur le caractère révolutionnaire du soulèvement des masses. Cinq slogans en témoignent :

Babouket la tonbe : Retirer la bride (le bâillon de la dictature)

Kouve you zè istorik : Les événements qui couvent vont être historiques

Rache manyok, bay tè a blanchi : Arracher le manioc pour laisser la terre libre (déraciner la dictature pour renaître)

Vole gagè : Prendre ses jambes à son cou (le dictateur et ses séides n’ont plus qu’à fuir)

Teke mab la jous sa kaba : Frapper sans relâcher et jusqu’au bout

Et finalement :

Dechouke Janklod !

A Gonaïves, les manifestants se sont imposés face à l’armée. Ils étaient partiellement armés de machettes et de couteaux et très déterminés. L’armée a été contrainte de reculer. Les manifestants ont désarmé des policiers et des soldats et se sont emparés de fusils. Ils ont été un exemple pour le petit peuple dans l’ensemble du pays.

Partout dans le pays, l’annonce de l’assassinat de Mackenson Michel, Daniel Israël et Jean Robert Cius, les trois élèves abattus par balles à Gonaïves dans le cadre d’une manifestation pour réclamer le départ de Bébé Doc, entraîne des mobilisations des collégiens qui ne se laissent plus intimider par les forces de répression et sont suivies de mobilisations de masse. Des milliers de jeunes et d’habitants révoltés vont désormais militer ouvertement pour le départ de Duvalier, mouvement qui n’existait pas auparavant.

Dans la ville des Cayes, la deuxième manifestation pour les trois jeunes et contre la dictature se transforme en une véritable émeute avec des barricades. La ville est en feu. Aristide est encore seulement un des curés populaires des Cayes.

Les manifestations de protestations et surtout la grève des écoles vont progressivement gagner tout le pays en novembre-décembre 1985 : de Gonaïves, elles gagnent Jérémie, Les Cayes, Petit Goâve, Bainet, Belladère, Hinche, Cap-Haïtien et n’atteindront Port-au-Prince qu’en janvier 1986, quand le soulèvement deviendra général dans tout le pays.

Quant aux jeunes, ils déclarent « Tant que nous n’obtiendrons pas satisfaction, nous ne retournerons pas à l’école ». Le 29 novembre au matin, toutes les écoles de Gonaïves sont déjà dans la rue pour crier « Vive la jeunesse, A bas la Constitution ! »

Le 2 décembre, les jeunes du lycée du Cap envoient une lettre ouverte aux autorités qui leur interdisent d’aller prier dans la cathédrale pour les trois victimes de la répression : « Aucune loi n’oblige un lycéen à devenir macoute. »

Le 5 décembre 1985, les jeunes de Gonaïves lancent une chanson : « Enfin qu’on nous permette de décider, de dire ce que nous voulons, parce qu’il est vraiment temps que cela change dans le pays. Nous gardons espoir que cette rencontre nous permette d’ouvrir les yeux pour que nous luttions jusqu’à ce que notre pays soit délivré de toutes ces misères… »

Le 5 décembre 1985, celui qui n’est encore que le père Jean-Bertrand Aristide, un prètre salésien, diffuse à la paroisse des Verrettes, Gonaïves sa « Lettre pour toutes les familles de Gonaïves » où il dit notamment : « Face à la coupe amère que vous buvez aux Gonaïves, nous de la paroisse Verrettes, membres de l’Eglise, avec tous les citoyens conscients de la situation du pays, voulons vous dire combien nos entrailles se déchirent en voyant des Haïtiens, nos semblables, nous considérer comme des chiens vagabonds ou du gibier à plume. (…) Nous ne comprenons pas du tout comment quelqu’un de notre sang a pu donner l’ordre de tirer sur un peuple, enfant de cette terre. » Aristide lance son « Va-t-en Satan », poésie en créole appelant le peuple à renvoyer Duvalier. Le thème des veillées de prière est : « Jésus, c’est un homme dont la situation était mauvaise, mais qui avait compris que c’est parce que la situation de quelques-uns était trop bonne que sa situation à lui était mauvaise. C’est un homme qui savait voir comment on volait la terre des paysans autour de chez lui, comment les gros propriétaires se réunissaient pour rançonner le peuple, le pauvre malheureux Jésus, c’est un homme qui cherchait l’origine de la misère, de la faim, de la mésentente de ses frères, c’est un homme qui a vu comment quelques assassins tuaient pour le pouvoir. Jésus, c’est un camarade qui a tellement vu les pauvres devenir des tapis pour les pieds des riches et des puissants qu’il prit la décision de donner aux pauvres plus d’importance pour être avec eux pour les aider à sortir de cette situation. Oui, Jésus, … c’est un grand révolutionnaire qui est venu changer toute la charpente de la société pour que tout homme puisse vivre en « égal égaux » avec tous les hommes. … Devant cet exemple que nous donne Jésus que voulons-nous faire nous-mêmes, comment voulons-nous nous organiser pour que le peuple haïtien puisse se lever de cette terre, pour qu’il puisse avoir la vie, la liberté, pour qu’on le respecte ? (…) C’est ce que comprirent les trois jeunes de Gonaïves et c’est pourquoi les malfaiteurs sans patrie les assassinèrent. C’est parce qu’ils défendaient la dignité du pays qu’ils moururent. Et nous-mêmes ici que voulons-nous ? Allons-nous laisser leur sang couler en pure perte ? Ne sommes-nous pas des enfants de Goman, Toussaint, Dessalines ? (…) Nous nous battrons. Tant que les gros se serviront de la force. Tant que les petits ne se redresseront pas. Ça va changer, c’est vrai, quand tous ouvriront les yeux. Ça va changer, c’est vrai, quand l’exploitation ne sera plus. » Les religieux lancent au peuple : « Legliz se nou, nou se Legliz » et « Nous comptons sur vous, vous pouvez compter sur nous ». Le discours est radical et social, mais le programme politique ne l’est pas. Un document de travail de l’Eglise à Gonaïves le 10 janvier 1986 déclare : « La démocratie, c’est simple à expliquer…. Pour ce faire, le peuple choisit différents représentants qui forment l’Etat. L’Etat et le gouvernement sont là pour respecter la volonté et le programme du peuple…. Afin de permettre ces élections libres et honnêtes, l’Etat doit garantir la liberté nécessaire pour pouvoir s’exprimer. Pour que le peuple puisse s’organiser, … il doit pouvoir comprendre les taxes et les impôts et pourquoi l’Etat prend tant d’argent dans sa poche… L’armée doit protéger le peuple… L’Etat doit permettre aux paysans d’avoir des titres de propréiété en toute justice… »

Pourtant, l’Etat apparaît alors pour ce qu’il est : une bande d’hommes en armes au service d’une minorité de profiteurs et prêt à massacrer les masses populaires.

1986

Le 15 janvier 1986, les jeunes des Gonaïves écrivent dans leur tract « Kinbe pa lague joustan nou finn grizonnnen mab. Viv Ayiti ! You ayiti ki pi bel kote moun viv tankou moun. » (Tenez bon, ne lâchez pas jusqu’à ce que nous ayons fini de fendiller la bille ! Vive Haïti ! Une Haïti plus belle où les hommes vivent comme des hommes.)

A Port-au-Prince, début janvier 1986, des directeurs d’écoles, dont ceux de Saint-Louis de Gonzagues, du collège Bird et du Sacré-Coeur, établissements fréquentés par la moyenne et grande bourgeoisie, décrétèrent une journée de deuil et de prière.

En janvier 1986, malgré les tentatives de Duvalier de réprimer, les manifestations gagnent l’ensemble du pays.

Le 8 janvier 1986, à Gonaïves, les forces de l’ordre tirent et tuent Dieulifet Petit, un ouvrier boulanger.

La mutinerie commence à menacer le régime. Est-ce le fait de soldats révoltés ou de gradés qui préparent l’avenir sentant le vent tourner ?

Le 14 janvier 1986, apparaît le « MOSOLDA, Mouvman solda lame dayiti » (mouvement des petits soldats contre la dictature) qui déclare : « Nous ne pouvons plus continuer à servir nos propres oppresseurs. La cause du peuple est la nôtre. Nous sommes des soldats de l’armée d’Haïti attachés aux différents corps de départements militaires du pays. Nous avons créé ce mouvement afin d’appuyer et de prendre position aux côtés de la jeunesse et de tous les secteurs antigouvernementaux pour chasser Duvalier, les officiers macoutes et leurs complices, de l’armée, du pouvoir en vue de rétablir l’ordre et la sécurité du peuple haïtien, sous l’égide de la loi et des libertés démocratiques. Nous lançons un appel à tous les autre soldats, leur demandant d’appuyer toutes actions et opérations nécessaires pour renverser le régime dictatorial pourri de Jean-Claude Duvalier. Nous félicitons les soldats qui n’ont pas accepté de tirer sur le peuple, et protestons contre la formation de la brigade criminelle, d’un groupe de tontons macoutes, destinés à assassiner le peuple…. Quartier Général » Le député Rockfeller Guerre écrit aux forces armées d’Haïti, le 20 janvier 1986 : « A lire les revendications de certaines pancartes, « A bas la constitution, vive l’armée », il est clair que le peuple n’a rien contre vous. Il vous aime car vous êtes là pour garantir sa sécurité. Il sait que vous n’êtes pas responsables de sa misère puisque vous ne roulez pas dans de luxueuses Mercedes, vous n’avez pas de châteaux en Haïti et à l’étranger, vous n’avez pas des millions dans les banques étrangères et tant d’entre vous ne peuvent pas payer une école pour leurs enfants, payer un loyer moyen pour une maison décente... Tout en vous renouvelant Messieurs les Membres de Forces Armées ma profonde admiration mon respect et ma détermination à lutter à vos côtés pour le salut de la Patrie… Ingénieur Rockfeller Guerre, député »

L’opération de blanchiment de l’armée commence pour lui permettre de succéder au dictateur qui apparaît déjà fini. Les tracts et les manifestations montrent clairement que c’est fini pour la dictature comme ce tract du 13 janvier : « A bas Jean-Claude, a bas tout débarquement d’armée étrangère, vive Haîti libre, vive la grève populaire… grève, grève, grève, grève… »

Le 25 janvier 1986, la « Déclaration numéro un » du Comité provisoire pour l’organisation de la lutte du peuple haïtien affirmait : « Pour arriver à préparer une grève nationale en vue de déchouquer ce régime dictatorial par héritage, pour réussir à rebâtir une terre d’Haïti où cessera l’exploitation, où le peuple pourra avoir droit à la santé, l’éducation pour ses enfants, la sécurité, la liberté en tout ce dont un peuple vaillant a besoin pour vivre, IL FAUT S’ORGANISER.

Pour cela, chaque ville, chaque localité, chaque section rurale, chaque quartier formera un comité de lutte populaire. Ces comités seront responsables de la circulation de l’information et de la coordination des actions faites dans le pays. Tous les comités populaires devront rester secrets et travailler sous le manteau afin que les espions ne les mangent pas. »

Le 28 janvier 1986, trois personnes sont encore abattues au Cap. Trois autres meurent pendant les opérations d’embauchage des braceros à Léogane. Les manifestations contre l’embauche deviennent violentes à Léogane et à La Croix-des-Bouquets. Le 27, le tribunal civil et le parquet des Gonaïves sont incendiés.

Au Cap Haïtien, 40 000 manifestants se retrouvèrent le 29 janvier 1986 pour demander le départ de Duvalier.

Partout en province, les jeunes tenaient tête aux miliciens et aux soldats qui tiraient et tuaient. A Port-au-Prince, les « tontons macoutes » étaient concentrés et regroupés. L’état de siège fut décrété à partir du 30 janvier 1986 au soir.

Le 31 janvier 1986, le peuple apprend que les USA négocient le départ de Duvalier mais ce n’est encore qu’une annonce prématurée. Manifestation à Port-au-Prince. Etat de siège : la chape de plomb s’abat sur le pays avec des centaines de morts. Des affrontements ont lieu avec des macoutes et le déchoukage des macoutes commence. Parfois l’armée s’en prend à des macoutes.

Port-au-Prince, silencieux jusque-là, entre en scène le vendredi qui précède la chute du dictateur. C’était une véritable démonstration de gens venus des quartiers populaires. Les gens de Saline ont été en un instant à Lalue pour un premier déchoukage. C’était la répression totale des forces de répression. Mais seuls les macoutes et autres partisans zélés du pouvoir sont pourchassés et tués. L’armée, avec l’aide du nouveau pouvoir, passe pour avoir pris le parti du peuple.

Le 7 février 1986, après des semaines de manifestations antigouvernementales, le « président à vie » Jean-Claude Duvalier, dit Bébé Doc, est chassé du pouvoir et se réfugie en France. L’annonce de la chute de Duvalier est suivie de déchoukage dans tout le pays. Les macoutes sont violemment pris à partie.

Le 7 février 1986, Duvalier est tombé et l’annonce de sa chute, loin de calmer, entraîne un véritable soulèvement populaire. Des manifestations de masse dans tout le pays tournent au déchoukage des macoutes connus. Partout, naissent des organisations spontanées qui discutent de l’avenir du pays.

Dans la nuit du 6 au 7 février, l’armée américaine emmène Duvalier en exil en France avec une fortune représentant environ le double de la dette du pays soit 800 millions de dollars.

Dans un enregistrement vidéo diffusé après son départ, Duvalier fils déclare : « J’ai décidé de passer le destin de la nation, le pouvoir, aux forces armées d’Haïti en souhaitant que cette décision permette une issue pacifique et rapide à la crise actuelle. »

Le lieutenant-général Henri Namphy, chef d’état-major des armées, est le premier à répondre : « Les Forces armées d’Haïti, pleinement conscientes de leur mission de défendre l’intégrité du territoire national, responsables du maintien de l’ordre et de la sécurité publique, ainsi que de la paix, ont dû, pour la sauvegarde et la préservation de patrimoine national, si sérieusement menacé, se saisir des rênes du pouvoir. »

La seule question était : l’armée estimait le « patrimoine national » menacé par qui ? Par Duvalier et compagnie ? Ou par le peuple travailleur mobilisé ? La réponse allait venir très vite…

C’étaient les travailleurs qui menaçaient les patrons qui inquiétaient l’armée.

Le 26 avril 1986, l’armée allait donner une preuve de ce qu’elle estimait être le danger. Une grande manifestation du souvenir s’avançait vers Fort Dimanche, la caserne où furent arrêtés et torturés bon nombre des 30.000 Haïtiens victimes de Duvalier. Soudain l’armée tire sur la manifestation pacifique : six morts. Le nouveau pouvoir issu de la chute de Duvalier n’avait pas attendu pour annoncer la couleur ! Ce n’est que le début d’une longue série de crimes de l’armée.

Mais cela ne suffit pas à faire rentrer dans le rang un peuple travailleur qui vient de commencer à mesurer sa force. La chute de Duvalier signifie aussi que les travailleurs s’organisent, luttent, se battent contre leurs patrons. La chape de plomb de la dictature ne joue plus son rôle.

Après la chute de Duvalier, des exilés de retour forment la CATH-CLAT qui se revendique des origines démocrates-chrétiennes de syndicalisme du syndicat qui avait été fondé en 1980 en profitant du discours libéral de Duvalier à ce moment-là mais avait été balayé par la répression en novembre 1980. Le Manifeste de la CATH déclare : « Les syndicats, c’est une bonne chose. Lorsqu’un ouvrier peut entrer librement dans un syndicat, il se sent responsable de son avenir, responsable de l’avenir du pays. En même temps, il sait jusqu’où il peut mener sa lutte…. Actuellement, beaucoup de patrons conscients reconnaissent l’intérêt des syndicats en Haïti. Nous, la CATH, nous souhaitons leur donner la main pour que le syndicalisme devienne une réalité en Haïti. Le syndicat n’est pas seulement là pour faire des revendications, il est là aussi pour aider l’ouvrier à s’éduquer, à apprendre, à accepter l’opinion du groupe même s’il n’est pas d’accord avec lui ; c’est ainsi qu’il apprend à prendre ses responsabilités et ses droits vis-à-vis de la société. »

Dans un tract diffusé à Port-au-Prince le 31 janvier 1986, la CATH diffuse sa « Déclaration sur les événements qui se passent en Haïti » :

« En ce moment de crise politique qui frappe le pays, nous de la CATH, au nom de tout ouvrier, nous ne pouvons pas ne pas faire entendre notre voix pour aider le pays à trouver une solution démocratique, c’est-à-dire avec la participation de tous les enfants du pays. »

Traduisez, nous dirigeons la classe ouvrière en nous engageons à permettre aux autres classes y compris la grande bourgeoisie que son accès au pouvoir ne sera pas mis en cause.

« Nous précisions pour tous : la CATH n’est pas un parti politique, la CATH ne recherche pas le pouvoir. Et la CATH ne veut se lier à aucun parti politique pour garder la liberté de défendre les intérêts des ouvriers face à l’Etat et aux patrons. »

Mais la CATH, qui s’engage à ne pas se lier aux partis politiques, ne s’engage pas à ne pas se lier aux chefs militaires ni patronaux. Quant au programme social de la CATH, il n’existe pas. Ce syndicat demande seulement des droits d’élections libres « pour que le peuple choisisse l’homme qu’il veut à la tête du pays ».

La CATH va, par la suite, se comporter comme les politiciens bourgeois et négocier des alliances avec la bourgeoisie et les dictateurs militaires.

Aucune force sociale ou politique, ni la Ti Egliz, ni le parti stalinien PUCH, ni la CATH ne vont aider les travailleurs à s’adresser aux petits soldats qui commencent à se révolter pour en finir avec l’exploitation et l’oppression.

La révolution de 1986 va échouer… prêt du but !

Les détourneurs de lutte sont, en effet, à l’œuvre. Le slogan qu’ils lancent en dit long sur leurs perspectives qui n’est nullement de désarmer les forces armées qui ont pourtant soutenu Duvalier jusqu’au dernier moment et seraient à déchouker tout autant que les macoutes. Ils lancent le slogan « diktaté à alé aba makout viv lamé » : le dictateur est parti, à bas les macoutes, vive l’armée…

Ce n’est pas la seule opération de tromperie de ces professionnels de la politique. Ils ont également décidé de lancer des faux objectifs à la population révoltée. D’abord faire croire que l’armée est du côté du peuple, ensuite constituer un gouvernement militaire avant qu’il n’ ait un vide du pouvoir, enfin faire croire à une démocratisation en lançant des discussions sur la constitution, les élections.

Légalisés, les partis politiques se créèrent par dizaines, ainsi que les journaux et les stations de radio, mais ce fut un Conseil national du gouvernement (CNG), composé de six duvaliéristes, qui fut chargé d’assurer la transition.

Le général Namphy, ancien chef d’Etat-Major des armées, devient président d’un Conseil national de gouvernement (CNG) composé de quatre militaires et de deux civils. Le Conseil Natione de Gouvernement qui va commander le pays ne sera jamais élu. C’est désormais l’armée qui a le pouvoir en lieu et place des classes dirigeantes.

La mise en place de la tromperie

Denis Hautin-Guiraut, « Haïti sans « Baby Doc » : Explosion de joie et règlements de comptes »

« ...Jamais en trois décennies, la population n’a eu l’occasion d’une telle exaltation. C’est une véritable explosion d’enthousiasme pendant les premières heures de la journée succédant au scepticisme du début (...) Dans l’état actuel des choses, la junte militaro-civile a remarquablement contrôlé la situation. Sa jeunesse -ses membres ont entre quarante-six et cinquante-trois ans,- l’affirmation maintes fois répétée que l’armée ne souhaite pas prendre le pouvoir mais seulement assurer un retour au calme et une plus grande stabilité dans le pays, ont facilité sa tâche. Mais il faut déjà penser à l’avenir. Même si l’échéance n’est pas officiellement fixée, elle devra intervenir dans un laps de temps relativement court pour garder toute son efficacité à l’actuel « gouvernement de transition ». »

Le Monde (France), 9 et 10 février 1986, p. 4.

Jean-Paul Mari, « Les miraculés de Port-au-Prince »

« ...Un gouvernement Duvalier sans Duvalier ? « Non, il s’agit d’éviter la fracture du pays en deux et d’écarter toute idée de revanche », explique Rosny Desroches, prédicateur protestant et ministre de l’Éducation. De fait, le général Namphy ne cesse de répéter que « le Conseil, animé du plus pur désintéressement, se veut un gouvernement provisoire ». En clair, l’armée ne tient pas à garder le pouvoir. Le régime Duvalier est tombé à l’intérieur : la pression américaine et les émeutes populaires n’ont fait qu’accélérer un lent pourrissement. Le bébé de la démocratie sur les bras, l’armée s’est empressée d’aller le faire baptiser à l’église. Quelques heures après son investiture, le général Namphy a reçu les évêques. Premier objectif : obtenir la puissante intervention de l’Église pour rétablir le calme dans le pays. » (...) « La grogne va s’amplifier si on ne va pas aux élections très vite, grimace un haut fonctionnaire du gouvernement. Pour le moment, c’est l’euphorie de l’après-Duvalier. Mais la course au pouvoir va être féroce. »

Le Nouvel Observateur (France), 14 au 20 février 1986, p. 37.

C.H., « En attendant la démocratie »

« ...La première tâche du nouveau pouvoir, qui vient de recevoir les « encouragements » des États-Unis, sera de réconcilier les Haïtiens. Et, d’abord, de contenir les règlements de comptes et les vengeances personnelles, inévitables dans un pays marqué par le souvenir de la terreur (...) « Duvalier part, misère partie », criait la foule. Les lendemains déchantent quelque peu. Le retour d’un million d’exilés, par exemple ? « Il se fera dans le cadre de la loi. Et pas dans l’intérêt de certains petits politiciens », explique le général Namphy. De nouvelles élections (la Chambre a été dissoute) ? « Aucun calendrier électoral n’est pour l’instant prévu », ajoute-t-il, l’air crispé. Manifestement, la junte semble avoir du mal à répondre à des interrogations pressantes, dans une situation de grande instabilité et de misère pathétique. Cette question encore : faut-il ou non demander l’extradition de Jean-Claude Duvalier, pour le juger à Haïti ? »

L’Express (France), 21 février 1986, p. 10.

L’armée au pouvoir trompe le peuple puis le massacre

Reprenons le cours des événements en février 1986. Le 9 février 1986, cinq mille manifestants réclament la formation d’un gouvernement civil.

En mars 1986, le capitaline Diderot Sylvain gifle un chauffeur et est pris à parti par la population pauvre qui s’attaque aux militaires. L’armée répond par une répression féroce, faisant de nombreux morts. Des barricades sont érigées par le peuple dans les rues. Le nouveau pouvoir ne vaut pas plus cher que l’ancien.

Le 26 avril 1986, la fusillade de Fort Dimanche montre une fois de plus que le pouvoir militaire est l’ennemi du petit peuple d’Haïti.

Le 7 novembre 1986, 200.000 manifestants sont dans la rue pour Charlot Jacquelin

Le 17 novembre 1986, une grève générale se déclenche pour obtenir la dissolution du CNG. Le parti stalinien le PUCH apparaît alors comme une force radicale. Avec les Ti-Légliz, ce sont les militants les plus radicaux. Les milieux populaires croient à ce moment disposer d’organisations qui vont vouloir vraiment démacoutiser le pouvoir... Mais c’était une illusion.

1987

Profitant de l’échec d’une tentative de grève générale déclenchée par le syndicat CATH le 30 juin 1987 pour la dissolution du CNG, le gouvernement fit interdire ce syndicat et fit arrêter ses responsables. Devant la réaction populaire, le CNG dut reculer et libéra les responsables de ce syndicat. Le mouvement populaire se sent en force mais il suit des mauvais bergers, démagogues mais nullement décidés à désarmer les bourreaux du peuple haïtien. Pendant que le peuple admire Aristide, les escadrons de la mort se mettent en place à l’initiative de Régala et Jean-Claude Paul.

La montée populaire est marquée par la manifestation du 10 juillet dans les rues de Port-au-Prince, avec les drapeaux rouges du PUCH et Theodore en tête. Mais le radicalisme du PUCH ne va pas durer.

Du 23 au 28 juillet 1987, 250 paysans de Jean Rabel étaient assassinés par la milice privée de Poitevin et de Lucas, montrant que le pouvoir du CNG soutenait les massacreurs... Ces assassinats devaient en encourager d’autres. Dans les campagnes, les macoutes démoralisés reprenaient confiance.

A partir de septembre 1987 jusqu’en septembre 1988, multiplication des massacres organisés par des groupes armés.

Le 29 novembre 1987, les élections sont annulées. Tous les candidats aux élections du 29 novembre 1987, y compris Gourgue et Theodore, savaient parfaitement que les chefs de l’armée préparaient un coup d’état - le CNG avait à peine caché son jeu - mais ils se gardaient bien d’en prévenir la population. ils craignaient plus que celle-ci s’arme et renverse le pouvoir que de risquer d’être menacés par un coup d’état militaire.

La responsabilité des organisations "démocratiques"

Au lendemain du 7 février, de la chute de Bébé Doc Duvalier, dans les quartiers populaires des villes et de certains secteurs ruraux, des groupes de jeunes chômeurs et de travailleurs armés de bâtons, de machettes, de couteaux, de pierres et de bidons d’essence parcourent les rues en chantant et prennent pour cible les macoutes, leurs maisons, leurs boutiques, leurs véhicules ainsi que les bureaux de la VSN, parti de la dictature. Mais les casernes et les postes militaires ne sont pas attaqués et les armes saisies chez les macoutes et autres tortionnaires du pouvoir sont remises dans les casernes ! Pendant ce temps, des chefs de la dictature de Duvalier sont blanchis par une très légère cure d’opposition comme de Ronceray et Bazin ou et des tortionnaires connus comme Ti Boulé ne sont pas inquiétés. Les milices macoutes sont attaquées par le peuple mais l’armée, elle, ni le gouvernement ne feront rien pour désarmer systématiquement les bandes armées des grandons. Nombre de militants de quartier et d’activistes d’associations paysannes ou religieuses se tournent vers cette espèce d’opposition politique constituée par la petite bourgeoisie démocratique bavarde mais peu active et encore moins radicale socialement : celle du KONAKOM et autres « mouvements démocratiques ». Ou encore celle des Comités de Liaison Démocratique ou du PANPRA. La mouvance des comités ecclésiales de base ou Ti-Légliz ou encore les « missions Alpha » (pour dire alphabétisation et conscientisation) offrent un vaste cadre à la jeunesse pauvre et se préoccupent davantage du sort des plus démunis que la petite bourgeoisie démocratique, mais ils n’ont aucun programme qui exprime politiquement les intérêts des masses populaires face aux chefs militaires et aux classes dirigeantes. Le syndicat CATH est aussi apparu en pointe du « secteur démocratique » même si, en fait, il n’offrait aucune perspective claire aux exploités. Et la CATH s’est très vite retrouvée happée par des calculs politiciens comme toute l’opposition politicienne. Quant au parti stalinien, le PUCH de Theodore, sa réputation de radicalisme était usurpée. Theodore s’alignera systématiquement derrière les généraux ou les colonels en vogue du moment. Après avoir « donné acte » au général Namphy, pris la défense de Jean-Claude Paul, sablé le champagne avec Avril, fait applaudir Abraham, félicité Cédras, Theodore finira sa carrière en postulant au rôle de représentant au pouvoir des bourreaux du peuple haïtien, comme premier ministre de la dictature militaire !!! Lui qui avait obtenu son crédit parmi les militants du déchoukage va accepter un poste de premier ministre de la dictature avant que celle-ci ne retire sa proposition. Quand le PUCH appellera à voter « oui » au référendum du 29 mars 1987, beaucoup de gens se désolidariseront définitivement de lui.

1988

Le 17 janvier 1988, des élections sont organisées sous l’égide de l’armée. L’abstention est massive. Leslie Manigat devient président.

Le 18 juin 1988, Namphy reprend le pouvoir et nomme, le 22 juin, un gouvernement de militaires.

Le 10 septembre 1988, massacre au cours d’une messe à Port-au-Prince. A coups de revolvers, de piques et de machettes, les hommes de main du général Namphy font 13 morts et 70 blessés.

Septembre 1988 Début de la rébellion des soldats qui déposent leurs commandants et leurs officiers supérieurs. Il n’y aura aucune politique des organisations milieux populaires pour faire en sorte que le mouvement populaire se lie aux petits soldats pour désarmer les généraux, les grands propriétaires et les classes dirigeantes.

Le 18 septembre, le général Prosper Avril, chef de la garde présidentelle et ancien homme de confiance de BébéDoc renverse Namphy. Durant toute l’année qui suit, le général Avril échappe à plusieurs tentatives de coup d’état et ne peut rétblir la paix sociale.

1989

Le 31 mars 1989, un putsch militaire échoue.

De août à novembre 1989, la répression par l’armée ou les "zenglendos", militaires reprenant les méthodes macoutes se développe : enlèvements, assassinats, tortures...

7 et 8 novembre 1989, 22 novembre 1989 et 29 novembre 1989 : une série de grèves générales contre la répression

1990

12 mars 1990, lâché par tous ses soutiens, le général Avril quitte le pouvoir et Haïti. Quelques heures plus tard, Theodore (PUCH), le pèr Adrien et Victor Benoit (KONAKOM) apparaissent sur la balcon du grand quartier général, main dans la main avec le général Abraham, et font applaudir l’armée ... !!!! Jusqu’au bout, rien n’aura été fait par les organisations qui prétendaient représenter les milieux populaires pour qu’il existe une politique des travailleurs indépendante des militaires.

Durant l’année 1990, les anciens « tontons macoutes » font régner la terreur dans les rues de la capitale. Les néo-duvaliéristes créent l’Union pour la réconciliation nationale dirigée par Roger Lafontant. La vague de protestation populaire empêche que ce parti soit admis à participer aux élections.

Le 16 décembre 1990, le père Jean Bertrand Aristide, partisan de la « théologie de la libération », remporte haut la main l’élection présidentielle et devient président le 7 février 1991. Il est renversé le 30 septembre 1991 par un coup d’état dirigé par le général Raoul Cédras, commandant en chef de l’armée.

1991

Janvier 1991- Les tueries de Gervais À Gervais, dans l’Artibonite, 12 paysans sont tués et 8 portés disparus (auxquels il faut ajouter 20 blessés et 494 maisons incendiées). Les causes, les responsables et les auteurs de la tuerie semblent sujets à discussion. Selon une commission diocésaine de l’Artibonite (Danroc et Roussière), qui enquête et documente avec des photographies les méfaits, un commando militaire appuyé par des hommes de main d’un propriétaire terrien a perpétré la tuerie. Selon la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme (ICHR, 1991), la tuerie s’inscrit dans le cadre d’un conflit terrien, dans les lieux-dits de Terre-Cassée, près de Gervais, Guyton et Coligny, où plusieurs familles de paysans, petits propriétaires terriens inclus, s’opposent entre elles depuis 1973. Quelques jours avant le 17 janvier, à la suite de la destruction d’un dépôt d’une des parties impliquées dans ce qui n’est alors qu’un litige foncier, le juge de paix ordonne l’arrestation de 27 paysans de Gervais. Le 17 janvier, alors qu’ils procèdent à l’arrestation, le Chef de Section et ses assistants abattent un paysan. Peu après, les paysans de Gervais se vengent et tuent les assistants du Chef de section. À la suite de ces deux assassinats, dans la même journée du 17, des paysans de Guyton et Coligny, soutenus par des soldats venus de Saint-Marc (sous-préfecture de l’Artibonite), se rendent à Gervais et commencent la tuerie. Aucune enquête judiciaire n’a été ouverte.

6 janvier 1991, devant le coup d’état de Lafontant, les masses populaires se mobilisent mais c’est Aristide qui les calme en leur disant de respecter l’ordre constitutionnel et d’attendre les élections… Les ouvriers sont alors une force importante de la mobilisation et tous les Aristide craignent plus les ouvriers que les coups d’états militaires. A l’époque, il y avait 60.000 ouvriers dans la zone industrielle de Port-au-Prince (Sonapi et Parc Mews) et 8.000 ouvriers dans les anciennes entreprises industrielles (Hasco, la Minoterie, l’Acierie, la Cimenterie d’Haïti…). Ils manifestent ensemble massivement le 10 juillet.

Le 10 juillet 1991, manifestation ouvrière devant le parlement pour un salaire minimum de 28 gourdes

En septembre 1991, à la suite d’un putsch sanglant, suivi d’une violente répression, une junte militaire dirigée par le général Raoul Cédras reprit le pouvoir. Alors que depuis son élection, Aristide n’avait cessé de célébrer « la réconciliation du peuple et de l’armée », Cédras et sa clique se chargèrent de démontrer le contraire en soumettant le pays à une sanglante répression. Aristide s’exila aux États-Unis. Ces derniers décidèrent le blocus économique d’Haïti, ce qui aggrava plus encore la vie dans l’île. Poussés par la misère, des milliers d’Haïtiens fuirent ou tentèrent de fuir le pays.

Les dirigeants de l’impérialisme américain n’étaient pas fâchés de voir les militaires haïtiens faire un bain de sang dans les quartiers populaires de Port-au-Prince. Mais les militaires ne se sont pas contentés de mettre au pas les classes populaires d’Haïti. Ils ont soumis l’économie haïtienne exsangue à un tel pillage, ils ont tant élargi les rackets, la corruption, le trafic de drogue que cela en devenait gênant pour la bourgeoisie elle-même, y compris pour les patrons américains qui voulaient exploiter en paix des ouvriers haïtiens payés un dollar et demi par jour.

29 septembre 1991 Avec le renversement d’Aristide par le général Cédras, celui qu’Aristide lui-même avait nommé son chef d’Etat-major des armées et dont le coup d’état est soutenu par les classes dirigeantes, des massacres dans les quartiers populaires font 2000 morts en deux jours. De septembre à février 1992 : des milliers de morts, victimes de la répression 30 septembre 1991- premiers jours d’octobre : Dans l’après-midi du 30 septembre, un commando de soldats se rend à Lamentin 54, dans la banlieue de Port-au-Prince, ouvre le feu au hasard sur les piétons et les maisons du quartier, et jette des grenades, toujours au hasard, dans plusieurs maisons du quartier, apparemment en représailles après l’assassinat d’un sergent de la caserne locale dans la matinée du 30. La répression se poursuit pendant deux à trois semaines, faisant un total de 30 à 40 victimes. Selon des témoignages recueillis par la Commission Vérité et Justice, plusieurs cadavres auraient été jetés dans des fosses communes creusées à proximité du quartier sur ordre des soldats ; plusieurs jeunes auraient également été exécutés après avoir creusé ces fosses ; d’autres cadavres auraient « été disparus » après avoir été emmenés en camion. 1er et 2 octobre 1991 : Lors du Coup d’État militaire, à Martissant, un quartier de Port-au-Prince, pendant les deux jours qui suivirent le Coup d’État, des soldats et des attachés paramilitaires terrorisent la population locale et tuent au moins sept individus, dont un mineur. Cette tuerie aurait été organisée après l’incendie du domicile d’un lieutenant de l’armé dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre. 2 octobre 1991 : Lors du Coup d’État militaire, trente civils sont tués dans la même journée à Cité-Soleil, un bidonville à l’ouest de Port-au-Prince, connu pour abriter de nombreux partisans du président Aristide, par des soldats de l’armée, après l’attaque d’un commissariat local. 2 octobre 1991 : Au moins 7 personnes sont tuées aux Gonaives, dont un enfant et un adolescent, par l’armée lors d’une manifestation de soutien au président Aristide.

1992

Février 1992, la répression s’intensifie dans les quartiers populaires, les partisans d’Aristide sont pourchassés. Les 40.000 ouvriers de la zone industrielle de Port-au-Prince sont licenciés.

Le 19 juin 1992, les militaires ne retiennent pas la candidature de Theodore pour servir de pantin de la dictature et choisissent Marc Bazin comme premier ministre.

1993

Les militaires et forces de répression sont directement obligés d’assumer le pouvoir sans paravent d’un gouvernement civil.

1994

Les exactions des forces armées se multiplient sans être capables de ramener le calme et cvont permettre aux USA d’occuper le pays...

La Cité Soleil mise à feu et à sang

Quelque 70 hommes, femmes et enfants sont morts lors d’une attaque lancée par des membres du FRAPH contre un quartier pauvre de Port-au-Prince connu sous le nom de Cité Soleil, en décembre 1993. Certains ont été brûlés vifs dans l’incendie provoqué par les membres du FRAPH, d’autres ont été abattus alors qu’ils tentaient d’échapper aux flammes. Plusieurs personnes ont été portées manquantes, leur corps n’ayant pu être retrouvé. Selon certaines sources, les militaires et les policiers se sont contentés de regarder tandis que les sapeurs-pompiers, lesquels dépendent de l’armée, n’ont rien fait ou rien pu faire pour lutter contre l’incendie. Il semble que l’attaque ait été menée en représailles de la mort d’un militant du FRAPH tué la veille au soir. Selon des groupes locaux de défense des droits de l’homme, les habi­tants du bidonville n’étaient pas responsables de sa mort.

Attaques répétées contre le bidonville de Raboteau près de Gonaïves

(département de l’Artibonite)

Raboteau, un bidonville situé dans le département de l’Artibonite, a été régulière­ment la cible des militaires. En novembre et en décembre 1993, il a été investi par des membres de la police et de l’armée qui étaient à la recherche d’un dirigeant lo­cal, Amio Métayer. Comme ils ne le trouvaient pas, ils ont arrêté à sa place plu­sieurs hommes jeunes, dont le petit frère d’Amio Métayer, Balaguer Métayer, connu sous le surnom de "Chatte". Tous ont été battus une première fois lors de leur arrestation et une deuxième fois dans les locaux du tristement célèbre Service d’investigation et de recherches anti-gang (SIRA), une branche de la police com­munément appelée l’Anti-gang. Ce service portait auparavant le nom de Service des recherches criminelles et son siège est situé à proximité du palais national. Il a été le théâtre, au fil des années, de nombreuses morts des suites de torture ou de mauvais traitements ainsi que d’exécutions sommaires. Toutes les personnes interpellées à Raboteau ont été relâchées, à l’exception de "Chatte", qui a été retenu dans les ca­sernes militaires de Gonaïves. Au moment où nous rédigeons ce rapport, il était ap­paremment en très mauvaise santé après avoir été soumis à des tortures. Amnesty International a été informée par des sources dignes de foi qu’il lui était interdit de recevoir la visite d’un médecin, d’un avocat ou de sa famille.

La ville de Raboteau a de nouveau été investie par des soldats, en avril 1994, tou­jours à la recherche d’Amio Métayer. Ne le trouvant pas plus que la première fois, ils auraient brûlé son domicile, mis à sac d’autres maisons, battu des villageois qui cherchaient à s’enfuir et arrêté un certain nombre de personnes, dont le père et la sœur d’Amio Métayer. Toutes les personnes interpellées ont été relâchées le lende­main. Cependant, le 22 avril, au petit matin, des soldats accompagnés par des membres du FRAPH ont encerclé Raboteau et tiré des coups de feu en l’air. Tandis que des habitants affolés tentaient de fuir vers la plage, les assaillants les auraient poursuivis, en leur tirant dans le dos et dans les jambes. D’autres soldats et hommes armés postés du côté de la mer auraient eux aussi tiré sur les villageois en fuite et auraient visé des gens qui dormaient dans leurs bateaux.

Selon certaines sources, l’attaque n’aurait pas fait moins de 50 morts. Il a été dif­ficile d’établir avec certitude le nombre des victimes dans la mesure où les militaires ont brûlé les corps ou les ont jetés à la mer, dit-on, et où de nombreux habitants ont fui la région. Les militaires ont affirmé que les personnes tuées avaient trouvé la mort lors d’un affrontement armé entre l’armée et des « terroristes » fidèles au pré­sident en exil.

"Disparitions"

Le recours aux enlèvements pour faire "disparaître" des gens semble de plus en plus fréquent en Haïti. Il est vrai aussi que de très nombreuses personnes décident elles-mêmes de disparaître en choisissant la clandestinité. Il n’est donc pas toujours possible de savoir si une personne dont on est sans nouvelles a bel et bien "dis­paru". Il existe néanmoins des cas où des personnes ont effectivement "disparu" après avoir été arrêtées ou enlevées. Certaines sont revenues après avoir été vic­times de torture ou de traitements cruels, inhumains ou dégradants pendant leur in­terrogatoire au sujet d’organisations populaires. Selon les observateurs mandatés par l’OEA et l’ONU, 91 "disparitions" leur ont été signalées entre le 31 janvier et le 31 mai 1994, parmi lesquelles 62 pouvaient être considérées comme politiques. Vingt-huit des personnes présumées victimes d’enlèvement ont été remises en li­berté. On reste sans nouvelles des autres, et leur famille ignore tout de leur sort.

L’un des cas de "disparition" les plus récents est celui de Jeanne Toussaint, vingt-quatre ans, dont on est sans nouvelles depuis le 19 juin. Il semble qu’elle ait été ar­rêtée par huit hommes qui sont venus la chercher à son domicile de Port-au-Prince et l’ont emmenée dans une voiture noire. Certains d’entre eux portaient un uniforme militaire, d’autres, apparemment des "attachés", étaient habillés en civil. Le mari de la jeune femme, Levius Toussaint, s’était vu accorder l’asile politique par les États-Unis, en 1993, après avoir été arrêté arbitrairement et battu en raison de ses activi­tés à titre de présentateur et journaliste sous le gouvernement du président Aristide. Il est l’un des rares dont la demande d’asile aux États-Unis présentée en Haïti ait abouti. Levius Toussaint continue de critiquer haut et fort le gouvernement militaire actuellement en place en Haïti, et il craint que l’enlèvement de sa femme ne soit une action de représailles.

Dans les jours qui ont immédiatement suivi l’expulsion de la Mission civile interna­tionale, Amnesty International a reçu d’autres informations faisant état de "dispari­tions", notamment celle de Moïse Paul et d’Émile Georges. Les deux hommes ont "disparu" de la Cité Soleil le 16 et le 18 juillet respectivement. Des groupes locaux de défense des droits de l’homme pensent qu’ils ont pu être enlevés en raison de leur militantisme au sein de groupes populaires favorables au président déchu.

Torture

La torture continue d’être une pratique répandue en Haïti et les passages à tabac lors des arrestations sont monnaie courante. Les victimes sont souvent prises pour cibles en raison de leurs opinions ou activités politiques, en particulier les partisans du retour du président Aristide.

Citons les cas du syndicaliste Cajuste Lexius, arrêté et violemment battu par la po­lice, le 23 avril 1993, en même temps que Phabonor St Vil et Saveur Aurélus (ou Orilus selon les sources). Tous trois sont membres de la Centrale générale des tra­vailleurs (CGT), l’un des plus grands syndicats indépendants d’Haïti. Ils ont été ar­rêtés alors qu’ils faisaient le tour des stations de radio haïtiennes pour diffuser un communiqué de presse appelant à une grève générale de soutien au retour du prési­dent. Ils ont été transférés, le 26 avril, dans les locaux de l’Anti-gang, où ils au­raient été de nouveau maltraités. Cajuste Lexius, qui est resté inconscient pendant deux jours après avoir été roué de coups, a été transféré à l’hôpital militaire. Il a reçu des soins pour une insuffisance rénale et pour de nombreuses plaies ouvertes sur les fesses. Il était incapable de marcher ou de s’alimenter en raison des tortures qu’il avait endurées, notamment l’infâme djak (la victime a les bras et les jambes pliés et attachés ensemble ; elle est ensuite suspendue à un bâton passé dans les creux des genoux et des coudes, et rouée de coups). Il a été libéré à sa sortie de l’hôpital, le 21 mai 1993. Phabonor St Vil et Saveur Aurélus ont également eu be­soin de soins médicaux lors de leur mise en liberté, le 29 avril 1993. Amnesty International les a aidés à se faire soigner.

Arrestations arbitraires ou illégales

Des arrestations arbitraires sont signalées presque quotidiennement en Haïti. La plupart se font sans mandat ou en dehors des heures prescrites par la Constitution dans les cas autres que les flagrants délits. Il arrive souvent que les personnes in­terpellées soient détenues au-delà du délai de quarante-huit heures prévu par la Constitution, sans êtres présentées à une autorité judiciaire. L’année dernière, il suffisait d’exprimer le moindre soutien au président Aristide pour être arrêté, à son

domicile ou dans la rue, et passé à tabac. Jean Dominique et Jean-Marie Exil ont ainsi été arrêtés à Port-au-Prince, en juillet 1993, puis battus et détenus pendant plusieurs jours simplement parce qu’ils placardaient des affiches en l’honneur des quarante ans du président Aristide.

Menaces, harcèlement et intimidation

Menaces, harcèlement et intimidation sont le lot quotidien de ceux qui tentent de s’exprimer librement ou de collaborer avec toute association que le gouvernement considère comme une menace, réelle ou potentielle, pour son autorité. Le cas de Jean (ce n’est pas son vrai nom) est éloquent. Cet homme est membre du Front na­tional pour le changement et la démocratie (FNCD), qui a soutenu la candidature de Jean-Bertrand Aristide lors des élections de 1990. Il a également étroitement colla­boré avec ceux qui tentaient de dénoncer le non-respect des droits de l’homme en Haïti. Les soldats sont venus une première fois le chercher chez lui au lendemain du coup d’État de septembre 1991. Il n’était pas là et sa famille a été menacée de repré­sailles si elle ne révélait pas l’endroit où il se trouvait. Il s’est caché à Port-au-Prince, mais une semaine plus tard, un soldat en uniforme a pointé sa mitraillette vers lui, apparemment dans l’intention de tirer. Jean s’est enfui et n’a cessé depuis de changer de cachette. En août 1993, un "attaché" l’a retrouvé et l’a blessé à la tête. En mai 1994, il a reçu des menaces de quelqu’un qui, selon lui, était soit un "attaché", soit un membre du FRAPH, et qui l’a traité de Lavalassien. Le 30 mai, il a de nouveau été menacé par des agents secrets lorsqu’ils ont fait irruption dans les locaux d’un groupe religieux recueillant des informations sur les droits de l’homme. Jean a alors décidé de chercher asile à l’étranger. Il vit actuellement dans la clandestinité par peur d’être tué.

Les journalistes qui tentent de faire état des violations commises par les autorités ont également fait l’objet de menaces et de harcèlement. En août 1993, John Smith Dominique Prien, un employé de Radio Plus, une station de radio privée de la capi­tale, s’est échappé par le mur arrière lorsque plus d’une dizaine de soldats ont atta­qué sa maison. Des coups de feu ont été tirés dans la cour, tandis que les militaires donnaient des coups dans les portes avec leurs fusils et lançaient des cailloux sur le toit. Il avait déjà reçu des menaces des militaires en raison de ses activités à la radio. Il pense que le raid lancé contre son domicile était lié à de récentes émissions diffu­sées sur Radio Plus concernant la répression de plus en plus sévère exercée à Port-au-Prince.

Plusieurs journalistes qui étaient présents lorsque Antoine Izméry a été contraint de sortir d’une église sous la menace d’une arme, avant d’être assassiné, en septembre 1993, se sont plaints d’avoir été malmenés par des "attachés". Parmi eux figurent Daniel Morel d’Associated Press et Hans Bazard de l’hebdomadaire Haïti en marche. Ce dernier a expliqué que les "attachés" qui l’avaient brutalisé lui avaient aussi confisqué son appareil, son sac et sa carte de presse avant de le chasser et de le menacer en lui disant qu’il aurait encore de leurs nouvelles. Ce même jour, Wilson Suren, un reporter de Haitian News Service, a été détenu pendant environ trois heures.

Peu de temps après l’assassinat d’Antoine Izméry, les employés de Radio Caraïbes ont reçu un coup de téléphone anonyme leur disant : « Après Izméry, ce sera votre tour... ». La veille, le 10 septembre 1993, une vingtaine "d’attachés" armés de fusils auraient fait irruption dans les locaux de la radio et auraient menacé toutes les personnes présentes. Ils ont déclaré que Radio Caraïbes avait fait une erreur en di­vulguant les noms des attachés présents à la mairie le jour de l’attentat contre Evans Paul, le 8 septembre (cf. ci-dessous). Le directeur de Radio Caraïbes, Patrick Moussigac, a ensuite été obligé de quitter le pays.

En juin 1994, lors d’une nouvelle tentative pour museler la presse, les autorités ont annoncé que les journalistes étrangers ne pourraient plus quitter Port-au-Prince sans une autorisation spéciale. Tout ressortissant étranger qui serait trouvé dans les zones déclarées stratégiques et délimitées autour des centres de police et des bases militaires, des aéroports et des centres de communications, le long des côtes ou près de la frontière avec la République dominicaine, serait expulsé. Début août, trois journalistes américains ont ainsi été expulsés pour avoir filmé l’aéroport de Port-au-Prince de trop près. Leur chauffeur et leur interprète ont été placés en dé­tention au Pénitencier national (cf. Annexe).

Destruction de biens, racket et corruption

La corruption et le racket sont devenus une pratique courante chez les forces de sé­curité et leurs alliés. La corruption sévit aussi dans le système judiciaire, et la connivence existant entre le pouvoir judiciaire et les pouvoirs exécutif et militaire fait qu’il est impossible d’obtenir réparation devant les tribunaux. Le simple citoyen n’a d’autre recours que celui de déposer des plaintes auprès d’organisations de dé­fense des droits de l’homme locales ou internationales, et n’a d’autre protection que celle de se cacher ou de se faire rançonner.

C’est pourquoi les témoignages reçus par Amnesty International concernant d’autres violations graves des droits de l’homme contiennent toujours des accusa­tions selon lesquelles les biens de la victime ont été saisis ou détruits par ses assail­lants, ou qu’elle a été obligée de verser une somme d’argent en échange de sa libé­ration après avoir été arbitrairement arrêtée.

C’est ainsi qu’en avril 1994, après une cérémonie de mariage dans une église de Carrefour, un quartier pauvre de Port-au-Prince, le pasteur a demandé à Paul (ce n’est pas son vrai nom) d’aller acheter de la nourriture et des boissons. À son re­tour, Paul a été attaqué et menacé de mort par deux hommes, dont l’un portait une arme. Le pasteur, qui était couché par terre et ligoté, a été accusé de tenir des ré­unions du Lavalas et a également été battu et menacé. Sa femme a été violée dans une autre pièce. Les assaillants sont partis en emmenant deux magnétoscopes, de l’argent ainsi que le portefeuille et les lunettes du pasteur.

Violations commises à l’encontre des femmes et des enfants

Personne n’est en sécurité pour le moment en Haïti. Même les plus vulnérables, notamment les femmes enceintes et les enfants en bas âge, sont victimes d’atrocités.

Citons à titre d’exemple le cas d’une enfant de quatre ans, Jocelyne Jeanty. Elle a été blessée aux bras et à la main lorsque des soldats et des "attachés" l’ont sauva­gement frappée à coups de crosse, lors d’un raid lancé sur Raboteau en décembre 1993. Quatorze enfants – âgés de quatre à quinze ans – ont été victimes de vio­lences. Deux personnes sont mortes : Evallière Bornelus, qui s’est apparemment noyé en cherchant à s’enfuir, et Louisiana Jean, une femme âgée qui a succombé à une commotion.

Alerte Belance, trente-deux ans, vendeuse sur les marchés et femme d’un sympa­thisant connu du président Aristide, a elle aussi été sauvagement agressée. Elle et son mari avaient été régulièrement menacés par l’armée en raison de leurs opinions politiques. Dans la nuit du 16 au 17 octobre 1993, des membres du FRAPH l’ont enlevée alors qu’ils n’arrivaient pas à trouver son mari. Ils l’ont emmenée dans un endroit désert à la périphérie de Port-au-Prince, connu sous le nom de titanyen, et souvent utilisé comme décharge pour abandonner les cadavres. Là, ses ravisseurs l’ont frappée à coups de machette répétés sur le nez, la bouche, les oreilles et les bras, puis l’ont laissée pour morte. Elle a survécu miraculeusement, mais elle a été amputée de l’avant-bras droit et n’entend plus de l’oreille droite, qui a été tranchée. Les médecins ont réussi à lui reconstituer partiellement sa langue, qui avait été lacé­rée par ses agresseurs. Des membres du personnel hospitalier l’ont cachée lorsque des membres du FRAPH sont venus à l’hôpital où elle était soignée afin de « l’achever », pour reprendre ses termes. Elle s’est depuis réfugiée à l’étranger avec son mari, qui est soudeur, et leurs trois enfants.

Les militantes politiques et celles qui sont proches des sympathisants du président Aristide sont également victimes de viols et de sévices sexuels. Les responsables, parmi lesquels des soldats et des policiers mais aussi des attachés et des zenglen­dos, agissent en toute impunité. Bien que les femmes hésitent à dénoncer de tels crimes, les chiffres disponibles montrent une recrudescence des viols et des sévices sexuels au cours des derniers mois. À la date d’octobre 1993, la MICIVIH n’avait enregistré qu’un nombre limité de viols commis par des soldats. Entre la fin du mois de janvier et le mois de mai 1994, cependant, elle a recensé 66 cas de viols de nature politique commis par des militaires et des auxiliaires de l’armée. Au nombre des victimes figuraient dix mineures et une femme enceinte de six mois. De la même manière, une mission de la Commission interaméricaine des droits de l’homme, envoyée dans le pays en mai 1994, a dénombré 21 cas de viols commis par des militaires, des "attachés" et des membres du FRAPH entre janvier et mai 1994. L’association Solidarité des femmes haïtiennes a également reçu de nom­breuses plaintes pour viol ayant des motivations politiques. Lors d’un seul raid lancé par l’armée contre des quartiers pauvres de Port-au-Prince, en mars 1994, une quarantaine de femmes auraient été violées, dont une fillette de huit ans et une femme de cinquante-cinq ans. Une seule des victimes avait été violée par moins de trois hommes. Le cas de Mathilde est représentatif : cette jeune femme de vingt-sept ans a raconté, en juin 1994, comment quatre hommes en uniforme étaient tout à coup entrés dans sa maison alors qu’elle se trouvait en compagnie de ses trois fils (son mari, un partisan du président Aristide, avait déjà été tué) et l’avaient violée. Mathilde était enceinte et a fait une fausse couche à la suite de ce viol.

En septembre 1994, les États-Unis, avec l’accord de l’ONU, envoyèrent enfin un corps expéditionnaire dans l’île. Le président Aristide fut rétabli dans ses fonctions le 15 octobre 1994.

Aristide fut remis en selle, en 1994, après que le débarquement de 20000 marines eut chassé Cédras du pouvoir. A l’époque, Aristide conservait un certain crédit auprès des masses pauvres mais il s’évertua à éteindre tous les espoirs qu’elles avaient mis en lui, ne faisant absolument rien pour améliorer un tant soit peu le sort des classes populaires. Au contraire, alors que les barons du régime et Aristide lui-même s’enrichissaient, ce pays, déjà l’un des plus pauvres du monde, s’enfonça plus encore dans la misère et la famine. Parallèlement, Aristide s’appuya de plus en plus sur la police et des bandes armées à son service, les « chimères », pour quadriller les quartiers pauvres, terroriser et bâillonner la population.

Le fait que des chefs de l’actuelle rébellion comme Louis-Jodel Chamblain et Guy Philippe, pourtant connus pour être à l’origine d’une multitude d’assassinats et d’exactions du temps de Cédras, aient pu être accueillis en libérateurs à Port-au-Prince et dans plusieurs villes, montre à quel point le régime d’Aristide s’était coupé de la population. Certes, parmi la foule venue les acclamer, beaucoup, la majorité peut-être, venaient des beaux quartiers de Pétionville, qui n’ont jamais accepté Aristide. Mais il y avait également des gens issus des quartiers populaires, applaudissant les oppresseurs d’avant-hier pour les avoir débarrassés d’un régime devenu dictatorial et honni.

1995

En décembre 1995, René Préval, membre de la coalition gouvernementale d’Aristide, fut élu à la présidence de la République

1999

28 mai 1999 : La Police Nationale Haïtienne (PNH) tue 11 personnes dans la nuit du 27 au 28 mai, dans un bidonville au-dessus du quartier de Carrefour-Feuilles, à Port-au-Prince, à l’issue d’une patrouille de routine à l’origine. Selon les examens médico-légaux de la MICIVIH, réalisés dans les jours qui suivent, il s’agit d’exécutions extrajudiciaires « menées de sang froid », les 11 individus ayant eu les mains attachées dans le dos et étant allongés sur le ventre au moment de la mort. Huit des onze victimes n’étaient pas armées. Bien que cette tuerie ne semble pas avoir de racines politiques, elle provoque une émotion considérable dans la population car elle constitue la première grande tuerie depuis le retour de la démocratie et suggère donc que les tactiques violentes de la Police Haïtienne, qui avait remplacé les Forces Armées d’Haïti en 1994, contre les pauvres n’ont pas cessé.

2004

11 février 2004 : Événement nommé « massacre de la scierie » par les médias haïtiens. Cinquante personnes, membres de RAMSICOM (parfois orthographié RAMICOS), une organisation populaire d’opposition au président Aristide, sont tuées dans le quartier dit de la Scierie, à Saint-Marc (département de l’Ouest), par des partisans armés et illégaux de Jean-Bertrand Aristide, communément appelés chimères , et dirigés par l’organisation Balé Wouzé , dont le leader, Amanus Mayette, est alors député au Parlement.

Les troupes d’occupation franco-américaines ont débarqué en Haïti, le 1er mars 2004.

29 septembre 2004, nouvelle intervention des USA pour enlever du pouvoir Aristide.

Bureau de l’Information et de la Communication de la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti communique, "ce mardi 14 décembre 2004, la MINUSTAH, a entamé, à 4 heures du matin, une vaste opération de sécurisation de Cité Soleil, l’un des quartiers de Port-au-Prince abritant les bandes armées" :

"Cette opération de grande envergure a pour objectif le rétablissement de l’ordre et de la loi dans cette partie de la capitale haïtienne".

"Elle a nécessité l’implication des troupes terrestres brésiliennes, jordaniennes, sri lankaises et de l’aviation chilienne, ainsi que des Unités de Police Constituée (Formed Police Unit -FPU) de la police civile de la MINUSTAH issues des contingents jordanien et chinois".

"Le quartier Cité Soleil est actuellement sous contrôle des forces de la MINUSTAH. Aucune perte en vie humaine ni blessure n’a, jusqu’à présent, été rapportée. Les forces de la MINUSTAH comptent installer et maintenir une présence permanente et transférer graduellement la responsabilité de la sécurité de Cité Soleil à la Police Nationale d’Haïti".

Pourquoi ces opérations d’envergure sont-elles toujours dirigées contre des quartiers populaires (Bel-Air, Cité Soleil), alors que les bandes armées et d’autres gangsters violent l’ordre et la loi sur tout le territoire du pays, depuis que le coup d’Etat a renversé l’ordre constitutionnel et rétabli l’état sauvage illégal. Parce que la Minustah est là pour écraser les milieux populaires ...

Avec la présence des troupes et forces de police venant de l’Argentine, du Bénin, de la Bolivie, du Brésil, du Canada, du Chili, de la Chine, de la Croatie, de El Salvador, de l’Espagne, du Guatemala, du Ghana, de la Jordanie, du Mali, du Népal, du Niger, du Paraguay, du Pérou, du Portugal, de la Roumanie, du Sénégal, du Sierra Leone, de Sri Lanka, du Tchad, du Togo, de la Turquie, de l’Uruguay, et de la Zambie, Haiti est devenue une véritable tour de Babel politique et militaire. Les USA et la France font presssion pour intervention militaire plus violente explique le chef brésilien des forces de la Minustah !!!

2008

2008 : révoltes de la faim et répression font des quantités de victimes

2009

La grève ouvrière pour les 200 gourdes s’étend, trouve le soutien des jeunes et des étudiants, menace de devenir le centre politique de la révolte popualire.

Un rapport de la Minustah reconnaît l’échec de l’opération et préconise de mettre Haïti sous tutelle avec occupation militaire massive.

2010

Le séisme qui détruit Haïti met à bas les édifices d’Etat et de la Minustah à Port-aux-Princes. L’armée US en profite pour lancer son opération d’occupation militaire qui était déjà prête.

D’ANCIENS ARTICLES SUR LA REVOLUTION HAITIENNE

Un article de novembre 1991

Haïti après le putsch – Pendant que la diplomatie s’occupe d’Aristide, l’armée s’occupe des Haïtiens pauvres

Le 29 et le 30 septembre, l’état-major de l’armée a pris le pouvoir en Haïti, pour la énième fois depuis la chute de la dictature duvaliériste. Mais à la différence des coups d’État précédents, le dernier en date n’a pas substitué simplement un général à un autre, une clique d’officiers à une autre. Le président renversé et expulsé du pays, Jean Bertrand Aristide, est le premier président civil élu dans des conditions à peu près régulières depuis l’existence de l’État haïtien, depuis bientôt deux siècles. Il a été élu en décembre 1990, par un véritable raz de marée électoral en sa faveur, parti des classes les plus pauvres de la société haïtienne, de la paysannerie misérable, des taudis des quartiers pauvres des villes. Ce prêtre jeune, à l’attitude courageuse sous les dernières années de la dictature duvaliériste, issu de milieux pauvres, qui dénonçait dans ses messes-meetings les inégalités sociales, la pauvreté, la présence des dignitaires macoutes aux leviers du pouvoir même après le départ de Duvalier, était devenu en quelques années l’espoir de ces masses pauvres haïtiennes qui rêvaient de changements, mais n’imaginaient pas encore qu’elles pouvaient se donner les moyens pour les obtenir elles-mêmes. Sa candidature surprise à l’élection présidentielle de décembre 1990 a bouleversé une campagne électorale que les masses observaient jusque-là avec apathie. Elle a suscité une véritable mobilisation électorale, déjouant dans les villes les manœuvres, les bourrages d’urnes ; surmontant dans les campagnes la crainte traditionnelle des autorités. Aristide fut élu, au premier tour avec 67 % des votes, quelque six fois plus que son suivant immédiat, Bazin, candidat disposant pourtant de l’argent et de moyens importants, soutenu qu’il était par la bourgeoisie haïtienne comme par Washington. Washington comme Paris, les deux puissances tutélaires, avec leur noria d’observateurs sur place, ont pris sur le champ la mesure de l’événement, et malgré leurs réserves largement exprimées auparavant à l’encontre d’Aristide, elles furent dans les premières à reconnaître la légitimité du nouveau président.

Aristide, déjà élu, n’était même pas encore officiellement investi, qu’une première tentative de coup d’État se produisit pour l’en empêcher. La nuit du 7 janvier, un petit groupe de civils et de militaires, conduit par Roger Lafontant, ex-ministre de l’Intérieur de Duvalier, et principal chef de l’extrême droite macoutique, occupa le palais présidentiel, força la présidente provisoire Ertha-Trouillot encore en place à démissionner. Mais la nouvelle à peine connue, des milliers, des dizaines de milliers de femmes et d’hommes quittèrent les quartiers populaires pour encercler le palais présidentiel, le bâtiment de l’état-major, au point que l’armée, dans une prudente expectative au début du putsch, se décida à arrêter la poignée de putschistes pour les soustraire à la fureur populaire. Et voilà donc que, à peine plus de six mois après, Aristide fut brutalement délogé du palais présidentiel, arrêté mais sauvé in extremis par, paraît-il, les interventions des ambassades française et américaine, puis expédié au Venezuela.

Les putschistes avaient, cette fois, préparé le terrain. Ce ne fut pas un de ces putschs dont Haïti est coutumier depuis la chute de Duvalier – sans remonter plus loin – se réduisant à une épreuve de force entre cliques militaires rivales et se dénouant parfois après quelques échanges de coups de feu. Cette fois, c’est la population qui fut visée, pour la terroriser, pour l’empêcher de réagir comme en janvier. Les camions du "camp d’application militaire" d’où est parti le putsch, secondé par des tout terrain remplis de civils en armes et tirant sur tout ce qui bougeait, avaient déjà fait plusieurs centaines de morts, lorsque le général Cedras, le chef d’état-major annonça qu’il prenait le pouvoir.

Peu importe de savoir si le putsch a été préparé et exécuté dès ses débuts par l’état-major ou alors, si ce dernier a pris le train en marche, une fois le coup amorcé par l’extrême droite macoutique, militaire ou civile (plusieurs heures après le début de la fusillade, parlant de leurs auteurs, Cedras disait encore "les rebelles").

La répression armée fut massive et sanglante. Le nombre de victimes est estimé à plus de cinq cents morts, à plusieurs milliers de blessés. Les fusillades aveugles des premiers temps d’une armée qui était d’autant plus sauvage qu’elle n’était pas assurée de l’emporter, ont été relayées par une répression plus systématique, clairement de classe, contre les quartiers pauvres de Port-au-Prince, Carrefour, Bel Air et contre les taudis des bidonvilles de la cité Soleil, de la cité Carton, etc.

Il y eut au début des réactions dans bien des quartiers de la capitale et plus encore, semble-t-il, dans certaines villes de province. Mais à Port-au-Prince, des fusillades systématiques des groupes armés militaires ou civils ont brisé les regroupements qui auraient pu confluer vers le centre, comme en janvier. Les tentatives d’arrêter les camions militaires par des tranchées, des planches à clous, ont tourné court devant l’usage intensif des armes à feu auquel la population ne s’attendait pas. Dans certaines villes de province – notamment à Gonaïve – la résistance a été plus déterminée, faisant parfois localement reculer les militaires. Mais ce fut une lutte inégale. La population n’était pas préparée, ni matériellement, ni surtout, politiquement, pour faire face à une offensive aussi violente et aussi sanglante de l’armée.

Aristide et l’armée

La population avait pourtant montré en janvier sa capacité à réagir. En outre, l’armée est numériquement faible, sept mille soldats en tout pour une population de six millions et, surtout, une capitale de près d’un million d’habitants, avec une part prépondérante pour les quartiers pauvres. Elle était, lors de l’accession d’Aristide au pouvoir, notoirement divisée entre cliques d’officiers plus versés dans les trafics et la contrebande que dans le métier militaire. En outre, si la caste des officiers dans son ensemble, comme une partie des troupes fortement influencée par l’extrême droite macoutique, vouait une haine viscérale à l’encontre d’Aristide et de cette "populace" qu’il prétendait représenter, Aristide suscitait en revanche de la sympathie parmi une partie des soldats du rang, issus généralement de la paysannerie pauvre.

Mais que demander de plus aux militaires en guise de "geste démocratique" que d’accepter comme Premier ministre un "homme de gauche", et même un ex-"communiste", bénéficiant de surcroît de l’aval d’Aristide lui-même. Les États-Unis, qui n’ont pas à être plus royalistes que le roi, pourront alors proclamer que le processus démocratique est désormais de nouveau en marche – et lever l’embargo. Même si, "à titre temporaire", on demande à Aristide de rester à l’étranger, comme Théodore l’envisage. Même si, derrière la marionnette Théodore, l’armée a les mains entièrement libres pour continuer sa politique de répression mais aussi, ses petites affaires lucratives.

Reste l’armée elle-même. Du point de vue des têtes politiques de l’état-major, Théodore ne manque pas d’atouts. Il a été le premier leader politique non macoute à soutenir le coup d’État militaire et à saluer en Cédras le "sauveur de la démocratie". Cela mérite récompense. D’autant que ce n’était pas un moment d’égarement : depuis 1986, de Namphy à Avril, Théodore a fait la cour à tous les généraux de passage au pouvoir. Et quand il sembla avoir une politique "autonome" à l’égard du général installé dans le fauteuil bourré, ce fut pour soutenir le colonel Jean-Claude Paul. Par ailleurs, Théodore a donné bien des gages politiques aux milieux macoutiques eux-mêmes. Il a été un de ceux qui, après la chute de Duvalier, menaient campagne pour "l’union nationale", en précisant même clairement que les duvaliéristes devaient avoir leur place dans cette union. Il n’est pas certain pour autant que Théodore soit accepté par les milieux macoutiques et par leurs prolongements dans l’armée. D’où, pour les convaincre, la véritable déclaration d’amour de Théodore lors de sa conférence de presse en direction de l’armée. Mais comme il n’y a pas que les sentiments qui comptent, Théodore promet à l’armée, aussi, de l’argent, des moyens plus importants.

Honorat ou Théodore : de toute façon le pouvoir sera entre les mains de l’état-major

Les jours prochains diront qui imposera sa solution entre ceux dans les milieux dirigeants qui veulent faire quelques concessions au "processus démocratiques" – c’est-à-dire, à la recommandation américaine de déguiser la dictature derrière une façade constitutionnelle – et ceux qui n’en veulent pas. Cela n’ira pas sans une sorte d’épreuve de force entre brigands au pouvoir. Cette épreuve de force peut rester feutrée, mais elle peut aussi se traduire par des démonstrations armées, voire par une nouvelle tentative de putsch. Le domicile de Théodore aurait été, pour la première fois, soumis à la menace d’un groupe militaire armé. Il faut croire que, malgré les "assurances" dont il se prévaut, il y a des militaires qui ne marchent pas. Étant donné l’état d’indiscipline de l’armée, même à l’égard de son état-major, même si les "assurances" viennent de Cédras en personne, elles ne constituent pas une assurance-vie... […]. Si le gouvernement Théodore finit par se mettre en place et si les États-Unis lui donnent leur bénédiction – et si les militaires sont d’accord, pourquoi ne la donneraient-ils pas, puisque même Aristide donne sa caution à Théodore – les masses pauvres auront alors la démonstration du maximum de démocratie qui leur est consentie sous l’égide des classes privilégiées. La toute-puissance des chefs de section dans les campagnes ; les interventions systématiques des militaires dans les quartiers pauvres ; la répression, les tortures, les assassinats ; le droit de tous ceux qui détiennent une parcelle de pouvoir, de par leur uniforme, leur revolver, leur poste – ou de par leur argent – de voler, de piller les plus pauvres. Comme avant. Comme au temps de Duvalier. A ceci près que le multipartisme existera – mais cela fait cinq ans qu’il existe et même les auteurs du coup d’État du 30 septembre ne l’ont pas supprimé – et que les affrontements, verbaux ou armés, au Parlement, tiendront lieu de "démocratie".Ces parlementaires, lâches, cupides, veules, soumis à tous les pouvoirs qui passent, voilà ce qui est accordé aux masses pauvres, au mieux, comme "représentants du peuple". Et ce Parlement qui, sans même que sa composition soit changée, est passé du soutien à Aristide au soutien à Cédras-Nérette-Honorat, voilà le garant suprême de la "démocratie" ! Il est probable que les masses pauvres n’auront même pas droit au retour d’Aristide, car on trouvera bien une "solution" pour le tenir éloigné, gardé seulement en réserve par les puissances impérialistes, au cas où, dans l’avenir, il faudrait calmer les masses pauvres. Mais si, malgré tout, on laissait Aristide revenir et s’il n’était pas transformé en martyr par un militaire macoute aussitôt qu’il aura posé son pied sur le sol haïtien, il serait de toute façon un otage impuissant.

La politique des militaires

A l’ombre des négociations sous l’égide de l’OEA, l’armée poursuit sa politique de répression. Lors du coup d’État, la répression indistincte, large, avait pour but de frapper les masses, les terroriser. S’y mêlait la vengeance de toute la racaille macoute qui se sentait menacée sous Aristide, même si Aristide s’est contenté de faire des discours contre eux, mais ne leur a fait aucun mal. Depuis quelques semaines, il y a autre chose. Au travers des arrestations, des perquisitions à domicile, des assassinats ciblés sur des militants, se manifeste une volonté politique. Celle de décimer, de démoraliser, de pousser à l’inaction cette génération de militants qui a surgi avant et après le renversement de Duvalier, ces femmes et hommes qui animent des associations, des comités de quartiers, la Ti Église, qui fournissent la base des organisations politiques qui prétendent vouloir changer Haïti dans un sens plus démocratique.

Ces quelques milliers de jeunes avaient bien des illusions successives, leur détermination d’agir avait bien des limites. Leurs perspectives étaient floues, et se réduisaient en général à la conviction que l’ordre des choses sous Duvalier ne devait pas revenir, mais sans trop savoir ce qu’il fallait faire pour que cela soit le cas.

Mais leur simple existence était une menace pour l’ordre établi, pour la couche privilégiée, pour les militaires. Non pas pour ce qu’ils étaient ou pour ce qu’ils disaient, mais pour ce qu’ils étaient susceptibles de devenir. Mais aussi, pour ce qu’ils faisaient – malgré le caractère modéré de leur activité – car les associations de paysans, de jeunes dans les campagnes ou les comités de quartiers dans les villes, représentaient en eux-mêmes une contestation de l’autorité des chefs de section, une menace de contrôle sur les détournements, une structure parallèle aux structures militaires. Et puis, quand bien même les comités, les associations ne regroupaient jamais le grand nombre, n’étaient ni très actifs ni radicaux, ils entretenaient de fait un climat de discussion politique. La couche dirigeante d’Haïti n’a jamais toléré que se développe un vivier de ce genre. Il pourrait en surgir des militants, des organisations, susceptibles de donner aux masses pauvres ces cadres, ces structures qui leur sont nécessaires pour se défendre et, crainte des craintes des possédants, pour se libérer !

Malgré la répression, ce milieu militant n’a pas disparu. Mais il est durement éprouvé et surtout, manque de perspectives. Il a cru à la démocratie et à la liberté, et cette conviction lui a donné le courage de renverser Duvalier. Il a cru ensuite aux élections, mais les massacres de la ruelle Vaillante ont bouché cette perspective. Désorienté, il a retrouvé espoir et a cru retrouver des perspectives lorsqu’Aristide s’est présenté aux élections. Aristide fut élu. Mais – quelle que soit par ailleurs l’appréciation que l’on puisse porter sur les six mois de son pouvoir – le 30 septembre a montré que ce pouvoir dépendait du bon vouloir de l’armée, et que, malgré ce qu’en disait Aristide lui-même, c’était la même armée qu’avant, féroce contre les classes exploitées.

Quelles perspectives ?

Les militants issus de 1986 et qui n’ont pas été terrorisés par la répression au point d’abandonner l’action sont, en quelque sorte, à la croisée du chemin. Ceux que la répression effraie, qui se découragent, donnent en quelque sorte raison aux militaires, qui en tireront comme conclusion que la terreur est efficace. Mais on ne peut pas militer éternellement sans perspectives. Et celle que donne la direction lavalassienne n’en est pas une. Diffuser des tracts, faire des graffitis, etc., pour soutenir l’embargo, demande certainement du courage de la part des militants qui le font, et ce courage mérite du respect. Mais l’embargo ne dépend absolument pas des militants. Il dépend des décisions de Bush. Ce dernier peut l’abandonner quand cela l’arrange. Proposer cela aux militants, c’est leur proposer l’inactivité, l’impuissance. En outre, cela signifie les faire militer pour propager des illusions dans les masses, l’illusion qu’ils peuvent faire confiance aux dirigeants du monde impérialiste, aux Bush, Mitterrand ou Ocampo pour la réalisation de leurs aspirations démocratiques. Mais que dire demain, si l’embargo n’aboutit qu’à un gouvernement Théodore-Cédras ? Comment continuer à justifier, honnêtement, les sacrifices qu’au nom de l’embargo, on impose de cette façon aux plus pauvres ? Il faut que les militants réfléchissent à cette question. Il faut qu’ils se rendent compte de l’inanité de cette politique. Les masses ne sont pas assez mobilisées ou mobilisables pour pouvoir en proposer une autre ? Peut-être. Mais ce n’est pas en leur faisant croire au père Noël ou à la bonne volonté démocratique de Bush qu’on contribue à amener les pauvres à la conscience et surtout, à la confiance en elles-mêmes.

Et puis, il y a autre chose. L’embargo, même tel qu’il est présenté par la direction lavalassienne, n’est qu’un moyen. Le but, c’est ramener Aristide. Mais même si l’on y parvenait ?

La veille du coup d’État, Aristide était bien là où les lavalassiens voudraient le ramener. Il avait théoriquement le pouvoir. Il avait le soutien de 67 % de l’électorat. Eh bien, la volonté clairement exprimée de plus de deux millions d’hommes et de femmes, pour ne parler que de ceux qui ont voté, a pu être bafouée par cette armée corrompue, indisciplinée, minable autant que féroce, par à peine plus de quatre mille hommes, dont d’ailleurs certains parmi les soldats étaient partisans d’Aristide.

Mais comment cela a-t-il été possible ? Pourquoi quatre mille hommes ont pu imposer le choix de leurs chefs à plusieurs millions de citoyens ? Et surtout, comment éviter cela dans l’avenir, même au cas, "optimiste" où l’évolution actuelle aboutirait au retour d’Aristide ?

Se poser ces questions, honnêtement, en allant jusqu’au bout, c’est remettre en cause la politique d’Aristide et de la direction lavalassienne pendant leur passage au gouvernement. C’est remettre en cause le mensonge du "mariage peuple-armée", c’est remettre en cause toute une politique qui consistait de ne donner aux pauvres que des mots d’espoir, alors qu’aux bourgeois, on donnait des avantages avec pour prétexte l’idée de les gagner à la "cause aristidienne". Total, les bourgeois ont financé le coup d’État, et les masses pauvres, à qui l’on a refusé les moyens de se défendre et dont on a bourré la tête d’une fausse sécurité, n’étaient pas en état de se défendre. Les militants qui ne se poseraient pas ces questions, qui n’oseraient pas aller jusqu’au bout de ces idées et rompre avec leurs illusions passées, sont condamnés, au mieux, à l’inefficacité et au pire, au cas où les masses se mettraient en branle au point d’obliger les couches dirigeantes à ramener Aristide pour les calmer, ils seraient les complices actifs de mensonges pour les désarmer de nouveau.

Accuser les classes pauvres, dans le présent ou le futur, de ne pas être capables de résister aux militaires, serait écœurant de stupidité. Les prétendues "élites" du pays ont toujours accusé "le peuple", de ne pas être mûr pour la démocratie, ne pas être mûr pour le développement. Et ce genre d’accusation venait de cette "élite", de cette intelligentsia, dont les quelques éléments les plus honnêtes ont en général toujours fui à l’étranger pour s’assurer une vie pas trop infecte ; et dont la majorité utilisait ses connaissances, ses positions, pour apporter sa contribution aux classes privilégiées dans leur pillage du peuple.

La seule façon de ne pas reproduire cette attitude dans les milieux militants, c’est de choisir clairement, consciemment le camp des classes exploitées. Il n’y a pas de place en Haïti, même seulement pour un démocratisme conséquent, hors du choix de militer pour organiser les classes exploitées, la classe ouvrière en premier lieu, discrètement, moléculairement dans les périodes dures, de plus en plus ouvertement au fur et à mesure que les classes pauvres apprennent à se défendre. Même pour les libertés et les droits tout relatifs qui sont donnés à d’autres peuples, on ne peut pas compter sur des combinaisons d’en haut. Le salut ne peut venir que d’en bas. La classe ouvrière, les quartiers pauvres s’organisant pour leurs intérêts de classes, politiques mais aussi matériels ; se donnant les moyens de se défendre, voilà la seule base possible pour la démocratie.

Mais cela ne peut pas se réaliser par incantation, par hasard, dans le feu des événements. Cela demande des militants qui défendent cette politique. Cela demande qu’ils aient fait un choix de fond préalablement. Et ce choix, c’est celui de la seule stratégie politique qui part de l’idée que c’est la prise et l’exercice du pouvoir par le prolétariat organisé qui peut transformer radicalement la société et déchouker non seulement la caste des officiers, les macoutes, mais toute la classe des possédants, c’est-à-dire le choix du marxisme et du communisme.

Au moment où l’éventualité de l’accession au pouvoir de Théodore comme l’effondrement des régimes des pays de l’Est en Europe montrent la profondeur de la pourriture atteinte par le communisme "officiel", de cette idéologie qui n’a gardé l’étiquette "communiste" que pour mieux en trahir l’esprit, pour servir la bureaucratie de l’ex-Union soviétique, il est indispensable que notre génération de militants, renoue, après tant d’illusions, d’errements, d’hésitations, d’incertitudes, avec les idées de la lutte des classes, avec le communisme, avec les combats que le prolétariat mène, à travers ses avancées et ses reculs, pour renverser le pouvoir de la bourgeoisie.

Et si ce choix est fait, ne serait-ce que par une fraction significative du milieu militant, des épreuves de la répression pourra sortir une véritable organisation révolutionnaire au service du prolétariat. Une organisation révolutionnaire dont les militants garderaient l’enthousiasme des jeunes de 1986, mais sans leurs illusions, leurs naïvetés. Des militants qui sauraient que la liberté, la démocratie sont inséparables de l’égalité sociale et que cette égalité sociale ne sera pas donnée aux classes exploitées, mais qu’en revanche, les classes exploitées ont la force de l’imposer en prenant sous leur contrôle toutes les richesses de ce pays et leur utilisation. Dans ce cas, l’histoire pourra réserver des surprises non seulement aux bourreaux en uniforme, mais à toute la bourgeoisie, tant haïtienne qu’internationale."

Un article de 1993

Le retour d’Aristide […] voilà la concession que l’état-major a consentie […].

C’est d’ailleurs la seule concession. Pour le reste, c’est Aristide qui a été amené à céder sur à peu près tout. La presse américaine a rapporté que, jusqu’au dernier moment, Aristide a hésité à signer l’accord, tant on lui demandait d’avaler des couleuvres. Mais au dernier moment, il a fini par céder. Pour sauver l’honneur, il a refusé de rencontrer personnellement Cédras. Mais il faudra bien, à son retour, qu’il rencontre et côtoie tous les jours, sinon Cédras, du moins les autres membres de l’état-major, tout aussi responsables du putsch du 30 septembre. Soit dit en passant, les lavalassiens (1) présentent comme le signe du pouvoir futur d’Aristide, le fait qu’il lui appartiendra de nommer le futur commandant en chef. C’est une énormité après ce qui s’est passé le 30 septembre 1991, sous la responsabilité de Cédras qui avait, déjà, été nommé par Aristide. Mais en outre, Aristide devra nommer le nouveau commandant en chef parmi les généraux du haut commandement, et il n’y en a que quatre, tous autant responsables les uns que les autres dans l’établissement et le maintien de la dictature militaire : Biambi, Duperval, Max Mayard et Cédras lui-même. Sur la question la plus importante, Aristide avait déjà cédé depuis très longtemps, bien avant les négociations de Governor’s Island, en amnistiant l’armée dans son ensemble de son coup d’État. Il s’est seulement accroché, pendant des mois, à l’idée d’expulser Cédras de l’armée et même du pays. C’était déjà absoudre les responsables civils et militaires du 30 septembre, car ce n’est tout de même pas Cédras tout seul, ni même flanqué du colonel François, qui a massacré de ses mains les trois mille victimes de la répression. Mais au dernier moment, on lui a même fait accepter que Cédras lui-même ne soit pas démis de ses fonctions, mais qu’il "fasse valoir son droit à la retraite". L’armée a donc refusé de fournir même un seul bouc émissaire issu de ses rangs. Non, au contraire, ses chefs affirment fièrement qu’ils avaient raison de faire le putsch, apportant ainsi, pour reprendre l’expression cynique récente de Cédras, une "correction démocratique" au régime d’Aristide. En signant l’accord de Governor’s Island, non seulement Aristide absout donc l’armée du putsch du passé, mais il lui donne, implicitement, le droit d’apporter dans le futur ce genre de "correction démocratique" au fonctionnement du système politique.

Non seulement donc l’armée sera là après le 30 octobre, avec le même état-major, avec la même hiérarchie, avec les mêmes chiens enragés, et donc en position de renverser Aristide le jour et l’heure où elle le choisira, mais elle pourra le faire avec le blanc-seing tacite qu’Aristide vient de lui délivrer. En outre, la menace du putsch servira de justification y compris aux dirigeants lavalassiens pour s’opposer à toutes revendications voire pour désavouer même des manifestations en faveur d’Aristide. "Pas de provocations" pour ne pas donner des prétextes aux putschistes. Voilà au nom de quoi on fera taire les oppositions. Sans même avoir à intervenir, l’état-major pèsera en permanence sur la vie politique. Ce qui ne l’empêchera pas, pour autant qu’Aristide se déconsidère, d’intervenir quand même.[…]

Dès aujourd’hui, on fait cependant mine de reconnaître Aristide pour chef d’État. C’est lui qui nommera officiellement le futur Premier ministre que les conseillers américains ont sans aucun doute déjà choisi pour lui. Ce Premier ministre devra cependant être accepté par le Parlement. Il y a évidemment un côté surréaliste dans le pouvoir théoriquement reconnu à cette collection de paillassons sur lesquels tous les militaires se sont essuyé les pieds et qui s’appellent Parlement et Sénat. Et passons sur le ridicule de tous ces gens, frétillant, se prenant au sérieux devant le rôle qu’on leur attribue. Ils ont cependant une fonction. En faisant mine d’augmenter le rôle du Parlement, on diminue celui du président de la République.

On a vu avec quelle facilité l’armée avait congédié Aristide il y a deux ans, alors pourtant qu’il bénéficiait de l’autorité du président le mieux élu de toute l’histoire d’Haïti et qu’on l’accusait de concentrer trop de pouvoir entre ses mains, notamment par rapport au Parlement. Eh bien, cette fois, même officiellement, il n’aura qu’un rôle restreint. C’est le Premier ministre qui gouvernera. C’est le Parlement qui contrôlera le Premier ministre. Et bien entendu, c’est toujours l’armée qui surveillera tout ce beau monde, sous la tutelle des États-Unis. Et Aristide ne sera plus le "président élu", mais le président "réhabilité", ramené par la grâce des États-Unis, comme se plaisent à le rappeler déjà, avec insistance, les publications conservatrices genre Haïti Observateur.

Cela ne fait rien, Aristide est désormais, de nouveau, le président. Il faudra désormais sa signature sur les actes officiels. On lui a même donné la permission de s’exprimer sur les ondes nationales. Oh, avec des précautions, pour ne pas vexer les militaires ou les macoutes : Aristide a dû faire sa première déclaration depuis la signature de l’accord de Governor’s Island à une radio américaine. Mais les ondes nationales ont consenti à reproduire son discours. Il est vrai qu’il n’était nullement agressif à l’endroit des militaires putschistes. Au contraire, il s’est adressé à l’armée pour dire qu’il revient "aux actuels responsables de l’institution militaire de garantir la sécurité de tous". Appel entendu : le soir même de l’appel les militaires ont matraqué, au nom du maintien de l’ordre, les militants et les sympathisants lavalassiens qui manifestaient à Cité Soleil en brandissant des portraits d’Aristide. […]

Pourquoi les États-Unis ont-ils patronné le retour d’Aristide ?

Bien que l’accélération des négociations pour le retour d’Aristide durant les toutes dernières semaines soit de toute évidence le résultat d’une pression accrue des dirigeants des États-Unis, pour nombre de pauvres, c’est quand même leur victoire.

Il y a quelque chose de vrai dans ce sentiment des masses pauvres. C’est bien en dernier ressort la crainte des masses pauvres et de leurs révoltes, tant en Haïti même que, plus généralement, dans cette région explosive que sont les Caraïbes et l’Amérique centrale, qui rend Aristide utile à l’impérialisme américain (comme leur est utile un Juan Bosch en Dominicanie) (2). Mais en dernier ressort seulement car si, concrètement, les Américains ont accéléré le mouvement pour le retour d’Aristide, c’est justement parce que les masses sont démobilisées et que le retour d’Aristide ne sera ressenti comme une victoire que passivement et surtout pas comme un encouragement dangereux pour se mettre dans la lutte. D’ailleurs, c’est une des raisons pour lesquelles les puissances impérialistes qui, depuis le début, traitent Aristide en chef d’État ne se sont cependant pas pressées pour faire pression sur les militaires pour qu’ils acceptent son retour ; une des raisons, aussi pour ajouter, même maintenant, un délai d’attente supplémentaire jusqu’au 30 octobre, est que les dirigeants impérialistes veulent que cela se fasse progressivement, que les masses ne sortent pas de leur apathie.

Car si le choix de ramener Aristide est fait par les Américains depuis le lendemain du coup d’État, ce n’est évidemment pas pour respecter les sentiments et les intérêts des masses pauvres mais pour les tromper et les démobiliser et éviter le danger que représentent ces centaines de milliers de pauvres d’Haïti tenaillés par la faim, vivant dans des conditions infrahumaines et en plus terrorisés par une dictature militaire sanguinaire qui se durcit de jour en jour.

Aristide vit encore dans le cœur de ces masses pauvres de la population en dépit de tout. En patronnant son retour, les États-Unis essayent de récupérer son crédit pour le compte du maintien de l’ordre et de la stabilité en Haïti.

Voilà pourquoi ils ont mis leur poids dans la balance pour convaincre l’armée d’accepter le retour. Le blocus décrété par l’ONU est aussi un moyen de pression. Si certains secteurs de la bourgeoisie en profitent, d’autres en souffrent. La crise politico-militaire engendrée par le coup du 30 septembre est préjudiciable aux affaires. Ce n’est pas pour rien que la réunion des partis pour donner à la solution dictée des États-Unis une couverture parlementaire, sera suivie par une réunion des hommes d’affaires, haïtiens comme américains, et des représentants du FMI autour d’Aristide. Haïti les intéresse, en effet surtout pour les bas salaires. Mais pour que les affaires marchent, il faut de l’ordre. Et il faut la paix sociale : voilà ce qu’ils demandent à Aristide de garantir.

L’extrême droite macoutique et les nationalistes dits progressistes contre l’ingérence américaine

Une mission civile et bientôt une force de police internationale seront censées garantir le bon déroulement de la période de transition. La mission civile est déjà là. Ses membres ne s’occupent pas exclusivement à se prélasser autour des piscines des grands hôtels où ils sont logés. Radio Métropole a rapporté qu’elle a organisé, dans plusieurs villes de province, des réunions regroupant des chefs de sections et les officiers ou sous-officiers commandant les postes militaires locaux, pour les convaincre de la nécessité de la démocratie. A la fin de ces réunions, à Hinche notamment, ils ont distribué le texte de la Déclaration des droits de l’Homme aux militaires présents. Ces derniers ont dû apprécier à sa juste valeur cet effort pédagogique méritoire. La mission a été un peu moins brillante devant Saint-Jean Bosco (3) ou à la Cité Soleil où, bien que dûment convoqués par les responsables lavalassiens, les observateurs internationaux ont dû se contenter d’observer les militaires en train de matraquer les manifestants, en se faisant eux-mêmes copieusement injurier au passage.

Quant à la mission militaire, elle n’est pas encore là. Les signataires et les protecteurs de Governor’s Island sont fort discrets à ce sujet. Il s’agirait d’un millier de militaires, de pays latino-américains ou alors de pays francophones peut-être, destinés officiellement à garantir que la transition se fait.

Cette présence militaire découragerait-elle les éventuelles tentatives de putsch de la part des secteurs macoutiques les plus bornés ? Peut-être, mais cela n’est pas sûr. Elle est au moins autant destinée à démobiliser les masses pauvres, ne serait-ce qu’en accréditant l’argument : ce n’est pas la peine de bouger pour protéger le retour d’Aristide, il y a des troupes pour cela.

En attendant cependant, la présence éventuelle de ces troupes étrangères est le prétexte invoqué par les milieux macoutiques, pour habiller leur hostilité congénitale au retour d’Aristide des défroques du nationalisme outragé. La chose n’est pas nouvelle. Les militaires putschistes, l’extrême droite macoutique, comme les trafiquants de drogue, font depuis deux ans large usage de la démagogie nationaliste ou noiriste pour contester à quiconque le droit de s’ingérer contre leur liberté de trafiquer et d’assassiner chez soi. Tout cela ne les empêche pas, bien entendu, de déposer leur argent volé chez cette puissance impérialiste dont ils font mine de contester les ingérences, ni de pleurnicher pour être reconnus par elle.

La dénonciation de l’intervention étrangère est cependant également la raison invoquée par certains nationalistes dits progressistes, style Ben Dupuy et plus généralement la mouvance Haïti Progrès, pour prendre leurs distances à l’égard d’Aristide.

Les classes pauvres ne doivent certainement pas voir dans ces troupes étrangères des amis, et encore moins des protecteurs, même si elles sont envoyées officiellement pour protéger le retour d’Aristide. Ces troupes, instruments de la politique des États-Unis, sont tout autant les ennemis des masses pauvres que l’armée haïtienne.

Mais il ne faut pas que l’anti-impérialisme verbal des gens comme Ben Dupuy fasse oublier que ces gens-là n’ont nullement protesté et encore moins démissionné, lorsque Aristide encore au Palais National, prônait le mariage armée-peuple. Ces coteries nationalistes-progressistes sont tout aussi responsables que les lavalassiens les plus modérés dans la politique funeste qui a désarmé les classes pauvres face à l’armée. Et même aujourd’hui, en rompant avec Aristide sur la question de l’anti-impérialisme verbal, ces gens-là continuent à tromper les classes pauvres, en dissimulant la responsabilité dans la répression de l’appareil d’État national, de l’armée nationale. C’est d’ailleurs précisément en cela que même leur prétendu anti-américanisme, même leur prétendu anti-impérialisme, auxquels se limite leur identité politique de progressiste, est complètement bidon. Depuis que les troupes d’occupation américaines ont été retirées de ce pays, depuis bientôt soixante ans, c’est bien "notre" appareil d’État national, c’est bien "notre" armée, "notre" classe politique, qui sont les principaux instruments de l’impérialisme. Voilà pourquoi, les travailleurs, les djobeurs, les chômeurs, les pauvres des campagnes, les prolétaires n’ont rien à attendre, ni des protagonistes de l’accord de Governor’s Island, ni de ses adversaires les plus bruyants […]

Voix des Travailleurs, le 15 juillet 1993" *** Depuis que ce texte a été écrit, le processus imposé par les États-Unis s’est mis en marche. Un processus de démocratisation ?

Même pas côté jardin !

Oh, les acteurs prévus dans le scénario de la "démocratisation" ont joué leur rôle. Aristide pour commencer, qui inaugura sa fonction de "président restauré" en honorant de sa présence cette rencontre d’hommes d’affaires, organisée à Miami, où se retrouvèrent des capitalistes américains intéressés dans la sous-traitance en Haïti et les représentants des grandes dynasties bourgeoises haïtiennes, comme Mews ou Bigio, fiers d’avoir financé le coup d’État, ou encore Brandt, le "Rockefeller d’Haïti" selon le Miami Herald, qui aurait impulsé une collecte parmi les grands patrons pour aider le gouvernement putschiste à payer la solde des soldats. L’apothéose de la rencontre aura été l’accolade donnée par Aristide au président de la Chambre de Commerce d’Haïti, représentant de tout ce beau monde. Les mêmes milieux d’affaires n’ont eu aucun mal à accepter que Aristide désigne, comme candidat au poste de Premier ministre, le patron d’une des grandes imprimeries d’Haïti, Robert Malval.

La procédure constitutionnelle a été scrupuleusement respectée. Le Sénat, puis le Parlement ont débattu de la candidature Malval, avec force motions et contre-motions. Malval se paya le luxe de donner une coloration vaguement "de gauche" à son gouvernement, en y incluant quelques ex-ministres ou ex-hauts fonctionnaires du gouvernement "lavalas" renversé par l’armée ; en donnant le ministère de l’Éducation nationale au leader en titre du KONAKOM, formation qui passe pour "socialiste" ; et en prenant pour ministre des Affaires sociales un proche de Théodore, ex-secrétaire général de l’ex-PC.

Dans son discours d’investiture, Malval a prêché "l’union nationale", "l’oubli du passé", le "dialogue entre tous", avant de faire appel "à tous les exilés sans exception pour retourner au pays".

L’appel fut entendu. Les généraux Namphy et Avril, les deux dictateurs militaires de la période post-Duvalier, en exil même sous la dictature militaire de Cédras, sont rentrés au pays. Frank Romain, un des principaux dignitaires du régime de Duvalier, aussi. Mme Simone Duvalier, femme de François et mère de Jean-Claude, est en partance pour Haïti. Et des rumeurs courent sur l’éventualité d’un retour de Jean-Claude Duvalier lui-même. Ainsi, il se pourrait que l’ex-dictateur déchu en 1986 soit de retour en Haïti avant même qu’Aristide, président en titre, puisse y remettre les pieds. Même côté jardin, la "démocratisation" profite donc surtout à l’extrême droite macoutique. Cela a suffi cependant pour que, aussitôt Malval investi, les États-Unis considèrent que la démocratie est en marche, lèvent l’embargo, débloquent les comptes dans des banques américaines des responsables les plus notoires du putsch.

Côté cour, cette toute nouvelle démocratie des Caraïbes ressemble comme deux gouttes d’eau à la dictature militaire. Pendant la cérémonie d’investiture même de Malval, Premier ministre désigné par Aristide, les militaires matraquaient les quelques dizaines de jeunes venus près des grilles du Palais National, acclamer Aristide. Et les quelques militants lavalassiens, assez naïfs pour prendre pour argent comptant l’appel lancé par Malval pour le "retour des exilés" et qui décidèrent de quitter un exil intérieur pour rentrer dans leur ville ou village, ont été en général cueillis à leur arrivée, battus, arrêtés, et parfois torturés par les autorités officielles, censées désormais obéir à Malval et à Aristide.

La "grande démocratie" américaine est toute prête à se faire une raison devant ces imperfections du processus démocratique... Des "démocraties" de cet acabit, il y en a bien d’autres dans ce bas monde. Elle peut être cependant plus gênée par l’activisme provocant de tous ceux qui, accord de Governor’s Island ou pas, signature de Cédras ou pas, ne veulent pas le retour d’Aristide, pas plus qu’ils ne veulent que l’on touche à leurs petits ou grands privilèges, à leurs postes, à leurs trafics. Les "attachés" - sortes d’auxiliaires civils de l’armée - viennent par deux fois d’exprimer, de façon provocante, non dissimulable, leur hostilité au processus en cours. La première fois en assassinant plusieurs partisans d’Evans Paul, le maire légal de Port-au-Prince, à l’occasion de sa tentative de réinstallation en sa mairie. La deuxième fois, en intervenant, les armes à la main, contre la commémoration pacifique du massacre de l’église Saint-Jean Bosco, perpétré au temps de la dictature de Namphy. Isméry, grand commerçant libéral proche d’Aristide, a été tué de plusieurs balles tirées à bout portant, et cinq autres personnes présentes assassinées à coups de machette, avant que les assassins repartent tranquillement. Tout cela, devant les observateurs de l’ONU qui ont, en effet, observé...

Il ne s’agit pas de réactions isolées de quelques crapules d’extrême droite. Une partie de la couche privilégiée, à commencer par la hiérarchie militaire, tire trop de profits de la contrebande, du racket et du trafic de drogue, pour seulement courir le risque d’en être écartée.

Les États-Unis finiront-ils par intervenir, directement ou sous l’égide de l’ONU ou de l’Organisation des États américains ?

Se contenteront-ils de repousser la date du retour d’Aristide, jusqu’à ce que le président légal, exerçant ses prérogatives fictives de son émigration, finisse par arriver au terme de son mandat ?

Devant le refus manifeste d’une partie de l’armée et de l’extrême droite macoutique d’accepter le retour d’Aristide, les dirigeants américains parlent avec de plus en plus d’insistance d’une "nouvelle police", encadrée par des spécialistes d’une force d’intervention internationale.

L’armée haïtienne est une armée faible en nombre, peu disciplinée, avec une hiérarchie corrompue jusqu’à la moelle, largement liée au trafic de la drogue. Mais elle est la seule face aux masses pauvres - avec, il est vrai, le soutien des troupes auxiliaires des "chefs de section", des "attachés", les milices privées des grandons (4) et l’extrême droite macoutique. Voilà pourquoi, malgré tous les discours sur la "démocratisation", les États-Unis ménagent l’armée haïtienne, comme celle-ci protège l’extrême droite macoutique - bien qu’ils voudraient profiter du prétexte de la protection d’Aristide pour l’encadrer, la moderniser et la rendre un peu plus fiable.

Les masses pauvres d’Haïti ne peuvent espérer même seulement le droit à quelques libertés démocratiques sans que l’armée et ses auxiliaires soient balayés. A certains moments au cours des sept dernières années - dans les mois qui suivirent la chute de Duvalier, comme plus tard, juste avant l’accession d’Aristide à la présidence, lorsqu’une mobilisation spontanée violente des quartiers pauvres fit échouer une première tentative de coup d’État - ces masses se sont heurtées à l’armée et l’ont fait reculer. Mais toutes les formations auxquelles elles faisaient confiance étaient liguées pour dévier leur colère, pour les empêcher de prendre conscience.

Les quartiers pauvres, trompés, trahis avant d’être saignés, semblent aujourd’hui démoralisés, résignés, sans perspective si ce n’est celle d’espérer, quand même, qu’au moins Aristide revienne, sans beaucoup en attendre. Personne ne peut prédire quand, comment et à quel rythme les masses pauvres reprendront confiance en elles-mêmes. C’est leur éveil qui avait mis fin à la dictature de Duvalier et qui avait assuré, pendant quelques mois, un climat de relative liberté démocratique. C’est leur éveil qui pourrait, de nouveau, changer le rapport des forces et sûrement pas la "démocratisation" patronnée par les États-Unis.

(1) Lavalassien : partisan d’Aristide. L’expression vient du mot créole "lavalasse", qui désigne la crue brutale d’une rivière, emportant tout sur son passage. Un des slogans d’Aristide pendant sa campagne était d’en appeler à une "lavalasse" de vote en sa faveur.

(2) Saint-Domingue.

(3) Église proche du quartier pauvre de Cité Soleil où avait officié Aristide. Aujourd’hui à moitié brûlée par un incendie volontaire, elle fut le lieu de plusieurs massacres perpétrés par des macoutes.

(4) Grandon : propriétaire terrien ou puissant notable des campagnes.

Haïti - L’agonie du régime d’Aristide - Extraits de la Voix des Travailleurs du 22 janvier 2004 Une vague de contestation se lève contre Aristide

Port-Au-Prince, 22 janvier 2004

La nouveauté de la situation qui s’est créée depuis le début de décembre 2003 est l’ampleur et la fréquence des manifestations contre Aristide. Alors que l’opposition s’agitait depuis les élections de 2000, elle n’avait réussi que très sporadiquement à organiser des manifestations un tant soit peu représentatives. Ce n’est plus le cas.

Un mouvement de contestation est en train de se dessiner. Les manifestations se multiplient et la répression - tantôt celle de la police officielle, tantôt celle des chimères quand ce n’est pas les deux - ne décourage pas les participants de revenir la fois suivante aussi ou plus nombreux. Le mouvement ne se limite pas à Port-au-Prince ou à Gonaïves. Il touche, avec plus ou moins d’ampleur, les villes du Nord et du Centre du pays. Il fait bouger la caste politique à l’intérieur et la diplomatie des grandes puissances à l’extérieur.

Quelle est l’ampleur du mouvement ? Quelle en est la dynamique ? Quelle en est la composition sociale ? Quels en sont les objectifs affirmés... et, derrière ceux-ci, les objectifs réels ? Voilà les questions qui se posent, avant de pouvoir supputer ses chances de succès et ce qu’il peut représenter du point de vue des intérêts des travailleurs. Les chimères cristallisent et unifient des mécontentements disparates

La violente intervention des chimères à la faculté des Sciences humaines, le 5 décembre 2003, a été le tournant. Elle a donné à la contestation une base combative large avec les étudiants qui ont fourni, depuis lors, le gros des manifestants.

Ce n’était pas la première incursion des chimères dans les facultés. Mais ce fut l’intervention de trop. Ce n’était pas, non plus, le début de la contestation estudiantine. Mais c’est à partir de là qu’elle devint politique, aboutissant à la seule revendication du départ d’Aristide et rejoignant l’opposition existante, de fait d’abord puis, avec la publication d’une « plate-forme démocratique », officiellement.

Depuis quelque temps déjà, le milieu estudiantin était en ébullition, sur des revendications ou des craintes pour l’essentiel corporatistes. La révocation du rectorat par Aristide, la revendication de « l’autonomie universitaire » ont été les éléments moteurs de la lente et progressive mobilisation du milieu étudiant. Sur ce point, la comparaison s’impose d’ailleurs avec la mobilisation des élèves en 1986, facteur déclenchant de la mobilisation générale qui avait poussé Duvalier à partir. Elle n’est pas à l’avantage du mouvement estudiantin actuel - en tous les cas, pas pour le moment.

En 1986, les élèves ont été dès le début motivés par des aspirations qui ne se limitaient pas à leur statut dans la société, à la préservation ou à la consolidation d’une situation particulière, porteuse de l’espoir d’échapper à la misère commune des classes populaires. Leur opposition au clan Duvalier, leurs revendications à plus de libertés et de démocratie, malgré leur caractère vague, rejoignaient les aspirations de l’ensemble de la société. Le mouvement « d’aller au peuple » pour le « conscientiser », combattre l’analphabétisme en allant enseigner dans les villages, avait ses limites. Il charriait, aussi, bien des naïvetés - naïvetés compréhensibles cependant après trente ans de dictature féroce et d’isolement pas rapport à l’extérieur. Il était cependant porteur d’idéaux généreux. Il se posait le problème du sort de la population pauvre des villes et des campagnes, sans être capable, il est vrai, d’apporter des solutions.

Le mouvement actuel des étudiants s’est amorcé autour de revendications purement universitaires. Avec l’irruption violente des chimères dans les facultés, la vie réelle, celle que vivent les quartiers populaires, a rejoint les préoccupations universitaires. Oh, bien sûr, beaucoup de ces étudiants sont issus des milieux populaires et en tant que tels, ils connaissent la vie des quartiers pauvres. Mais l’accès à l’université leur apparaît un moyen d’y échapper. Lorsqu’ils protestent contre la « violation des privilèges universitaires », ils n’expriment pas seulement une légitime réaction contre la terreur semée par les chimères. Ils proclament leur droit, à eux, d’y échapper. Dans la formulation même, c’est une tentative de défendre leurs propres privilèges futurs. Que la plupart des étudiants n’en soient pas conscients, voire que certains d’entre eux cherchent à échapper aux limites du mouvement, ne change rien à l’affaire. Les forces politiques incarnées par Convergence et surtout, les prétendus représentants autoproclamés de la « société civile » ne s’y sont pas trompés. Ils ont proposé leurs services, sachant que le mouvement étudiant n’était hostile ni à ce qu’elles étaient, ni à la perspective qu’elles entendaient incarner. Elles n’ont pas eu trop de mal à imposer leur direction politique au mouvement étudiant, au nom de la « plate-forme démocratique ».

Les étudiants eux-mêmes ont fait l’expérience que cette direction-là veut bien la chute d’Aristide - c’est d’ailleurs à cela que se limite son programme politique - mais pas du tout une remise en cause, fût-elle littéraire, du rôle de la classe privilégiée dans ce pays. Même l’innocente banderole affirmant que « la bourgeoisie nous a volé la révolution de 1804 » a failli être enlevée, dans les enceintes pourtant de la faculté des Sciences humaines, sur demande d’un représentant du groupe des 184, au nom de l’unité du mouvement, bien entendu. Comme a été demandé aux étudiants d’effacer le graffiti ou le slogan, plus explicite : « À bas les politiciens corrompus, bourgeois tilolit, État corrompu ». Que ce genre de banderole chatouille les yeux des représentants du groupe des 184 et de la Convergence en dit long sur ce que sont ces gens. Qu’ils demandent que la banderole soit enlevée en dit long sur leur conception de la démocratie. Que des étudiants aient accepté d’effacer le slogan de ces banderoles montre leur pusillanimité politique. Le courage face à la police ou aux chimères n’implique ni clairvoyance, ni courage politiques.

Bien sûr, le mouvement des étudiants peut évoluer dans le combat lui-même, sortir de son corporatisme, formuler des revendications qui concernent les masses pauvres, les inégalités sociales criantes, l’exploitation des ouvriers et des paysans par une poignée de dynasties de grands bourgeois alliés au grand capital américain ou français. Mais le fait de se limiter à l’objectif de renverser Aristide et rien qu’à cela, sans aller au-delà, sans se poser la question de pourquoi Haïti ne parvient à échapper ni à la dictature ni à la misère, limite leur propre compréhension et les livre, pieds et poings liés, à l’opposition dont ils sont en passe de devenir les fantassins peu exigeants. La base sociale et les objectifs de l’opposition

Lors des élections contestées des 21 mai et 26 novembre 2000, le succès électoral de Lavalas d’abord, puis d’Aristide ne résultait pas seulement de la tricherie ni de la pression des chimères - bien que les deux aient été importants et témoignaient avant tout du mépris des lavalassiens à l’égard de leur propre base sociale. La popularité d’Aristide version 2000 n’avait plus grand-chose à voir avec ce qu’elle avait été avant et après son élection de 1990. La trahison des espoirs qu’il avait soulevés, son incapacité à faire quoi que ce soit pour les pauvres, les enrichissements scandaleux de son entourage et de lui-même, son retour dans les fourgons de l’armée américaine, ses compromissions avec les pires crapules des régimes précédents, son respect craintif des riches et des puissants, sont passés par là. Le soutien des masses populaires à son égard devenait de plus en plus passif. Mais il n’avait pas encore disparu, pas au point que les quartiers populaires votent pour d’autres.

Malgré sa servilité à l’égard des possédants, Aristide n’a pas et ne pouvait pas gagner le noyau dirigeant de la « société civile », c’est-à-dire la bourgeoisie d’affaires. À part quelques individus, la bourgeoisie n’a jamais pardonné à Aristide d’avoir incarné un espoir pour les pauvres. Elle se faisait une raison d’Aristide qui ne les gênait pas dans les affaires, bien au contraire, mais elle ne l’aimait pas.

Mais elle n’avait pas le choix. Les politiciens de l’opposition, un ramassis hétérogène, mêlant des ex-macoutes à des ex-maoïstes, saupoudrés de déçus d’Aristide qui se considéraient mal récompensés, n’étaient pas crédibles, pas même aux yeux de cette « société civile », cette couche privilégiée au sens large du terme, c’est-à-dire ces quelque 10 % de la population, joignant aux bourgeois d’affaires petits et grands, la petite bourgeoisie intellectuelle et de façon générale tous ceux qui sont, ou se sentent, ne pas faire partie de la masse méprisée des ouvriers, des chômeurs, des petits marchands ou paysans. C’est auprès de cette couche-là que l’opposition politique a toujours cherché reconnaissance et représentativité, en méprisant souverainement les classes populaires. En contestant Aristide, ils ne contestaient pas seulement l’apprenti dictateur - aux yeux de la bourgeoisie d’affaires, gouverner de manière dictatoriale les classes populaires n’a jamais été un handicap - ils contestaient surtout l’élu de la population pauvre.

C’est cette incapacité de Convergence démocratique à se faire reconnaître comme une alternative politique par la classe privilégiée elle-même qui a poussé à la création du groupe des 184. La fiction de « représentants de la société civile », l’apolitisme affirmé, étant plus susceptibles d’être acceptés par l’ensemble de la classe privilégiée, y compris par ceux, enseignants, intellectuels, médecins, artistes, attirés un moment par Aristide, mais qui s’en sont détournés. L’opération semble avoir réussi.

Apaid passe plus facilement comme représentant du mouvement de contestation que les ex-macoutes à la de Ronceray, Reynold-George ; les ex-militaires putschistes à la Himler Rébu ou les girouettes à la Pierre-Charles, K-Plim. Il peut même espérer capter à son profit non seulement les aspirations de la bourgeoisie d’affaires grande et petite qu’il représente directement, mais des mécontentements aussi divers que celui des petits marchands grugés par le scandale des coopératives, voire celui des chimères passés dans l’opposition contre Aristide. Car il ne faut pas oublier qu’un des facteurs majeurs de la crise politique et de la déstabilisation du régime, outre la colère des étudiants, est la révolte des chimères de Gonaïves qui se considèrent provoqués par l’assassinat d’Amiot Métayer.

Ce mélange contradictoire ne fait pas encore une politique - mais en ont-ils besoin, eux qui ne cherchent qu’à préserver l’ordre social existant sans Aristide - mais il ébranle d’autant plus le régime lavalas que celui-ci a perdu sa base sociale. Les dernières semaines sont éloquentes. Aristide ne parvient pas à mobiliser les quartiers populaires contre l’opposition. Alors que pendant plusieurs années, cette dernière faisait périodiquement la démonstration qu’elle n’avait pas de soutien dans la masse de la population, depuis que les étudiants alimentent les manifestations auxquelles l’opposition appelle, c’est au contraire Aristide qui fait la démonstration de son incapacité d’organiser des contre-manifestations convaincantes. C’est par l’intermédiaire de la police ou de ses chimères armés qu’il cherche à briser la contestation. Il ne fait même plus appel, en réalité, aux quartiers pauvres, comme il savait le faire naguère ; il cherche à les terroriser.

Les quartiers populaires ne semblent plus mobilisables avec des mots ou avec des discours - pas même ceux d’Aristide. Oh, sans doute pourraient-ils l’être, si au lieu des mots, Aristide réalisait ne serait-ce qu’une petite partie des espoirs qu’il avait suscités. Mais il ne le fait pas. Il est trop respectueux des possédants pour toucher à leurs privilèges, condition élémentaire pour venir en aide aux plus pauvres. Lui, le démagogue versatile de ses débuts est devenu, manifestement, assez responsable devant les possédants et l’impérialisme pour accepter de perdre son pouvoir, plutôt que de prendre des mesures en faveur des classes populaires qui pourraient le sauver. Aristide et l’impérialisme américain

(Port-au-Prince, le 22 janvier 2004)

(...)

Le climat politique se détériore et semble très défavorable à Aristide. (...)

Mais si les patrons qui dirigent l’opposition ont pris une telle importance sur le terrain politique, c’est grâce à Aristide lui-même qui leur a accordé de la considération au lieu de les mettre au pas pour leurs malversations, leur organisation de la hausse des prix, leurs dettes en impôts non payés depuis des années et en factures des services publics de l’État.

II aurait pu mener une politique différente pour redresser la situation générale du pays. (...) Mais Aristide n’a cessé de folâtrer avec la « société civile », avec « les élites », oubliant que son poste de président il le devait à la mobilisation des masses pauvres.

D’un autre côté, il était accepté comme interlocuteur privilégié par les Américains qui l’avaient ramené dans leurs fourgons, le considérant comme

la meilleure solution pour empêcher une explosion incontrôlable en Haïti !

Et c’est à cause de son influence, de sa capacité d’être écouté par les masses pauvres d’Haïti, que jusqu’ici il avait été « admis », voire soutenu, par les Américains. Les dirigeants de l’impérialisme américain estimaient qu’Aristide était la moins mauvaise solution pour maintenir l’ordre en Haïti. Ils ne le considéraient cependant pas comme quelqu’un de totalement fiable, son passé de leader populaire entretenait leur vigilance à son égard. Ils l’ont ramené en Haïti après en avoir chassé les putschistes de l’armée, puis ils l’ont laissé se représenter aux présidentielles, mais ils ont toujours trouvé toutes sortes de prétextes pour ne pas lui accorde les aides financières internationales (élection législatives frauduleuses, manque de démocratie).

Mais tout en faisant mine de réclamer plus de démocratie ou plus de droits pour les opposants, les USA ne leur ont jamais accordé leur soutien et n’ont jamais lâché Aristide. Celui-ci a toujours été considéré comme leur meilleure carte pour maintenir une relative paix sociale en Haïti, jugement fondé sur les illusions dont Aristide était capable de nourrir les couches pauvres d’Haïti.

C’est grâce à cela qu’il pouvait maintenir l’ordre, mais aujourd’hui l’ordre est gravement troublé par les manifestations, par les exactions des chimères et Aristide ne paraît pas pouvoir compter sur sa propre base populaire, hormis les voyous armés et financés par lui qui se nomment les « chimères ».

(...)

Même un Aristide affaibli par les manifestations actuelles pourrait avoir quelque utilité aux yeux des Américains, plus que les Apaid, Convergence et Cie qui n’ont aucune prise réelle sur la population laborieuse et pauvre, celle surtout dont la colère est à craindre. Ce qui veut dire qu’en l’absence de quelqu’un comme Aristide, ce serait la porte ouverte à toutes sortes d’événements incontrôlables par la suite. Ce que ne souhaitent évidemment pas les Américains. Mais ils ne peuvent ni tout prévoir ni tout contrôler.

Il est difficile de dire comment va évoluer la situation actuelle ; elle peut changer d’un moment à l’autre. Dans la journée de mercredi 21 janvier, Aristide et sa police ont réussi à bloquer et étouffer dans l’oeuf une manifestation qui devait partir de l’université avec étudiants et enseignants. Ce fut un échec pour les organisateurs car personne ne put quitter les environs de l’université pour aller défiler en ville. Dans le même temps, les parlementaires lavalassiens défilaient dans Port-au-Prince avec une manifestation de plusieurs milliers de personnes ! Est-ce le début de la remobilisation du camp lavalassien ? Ou est-ce un baroud d’honneur ? Trop tôt pour le dire !

(...)

Même si Aristide se sortait de cette crise, il serait considérablement affaibli et le mouvement dit Lavalas encore plus. Autant dire que ses adversaires reviendront à la charge à la première occasion, histoire de démontrer aux Américains qu’Aristide n’est pas capable de maintenir l’ordre !

Quoi qu’il en soit, pour les travailleurs, leurs espoirs ne peuvent être placés ni dans un camp ni dans l’autre. L’un est celui d’un homme qui a trahi les espérances que la population avait placées en lui, l’autre celui des prétendus démocrates des « 184 », c’est celui des patrons qui exploitent et exercent une dictature de tous les instants sur les travailleurs de leurs entreprises.

Si c’est ce camp qui l’emporte, les travailleurs ne devront pourtant pas considérer que la chute d’Aristide est une défaite pour eux. La défaite, ils l’ont déjà subie, il y a quelques années, quand Aristide a abandonné tous les objectifs qu’il mettait en avant lorsqu’il n’était que le militant de TKL. Une fois président, il s’est tout de suite surtout soucié d’avoir de bons rapports avec les riches, avec l’armée. Et c’est ce qui lui a d’ailleurs valu d’être renversé par cette armée qu’il croyait avoir mise dans sa poche.

Aujourd’hui, dix ans après, il mène la même politique fondée sur le respect des intérêts des riches au détriment de ceux des travailleurs et des pauvres. Il n’a toujours rien fait pour contraindre les patrons à verser ce qu’ils doivent aux caisses publiques, pour les obliger à respecter un minimum d’obligations sociales, à commencer par un salaire minimum réévalué en fonction de la valeur réelle de la gourde, au moins au niveau des salaires en dollars US de 1986/1987, le respect des droits élémentaires de se réunir, de se grouper en association ou syndicat de travailleurs, le droit de s’exprimer librement sur les lieux de travail.

Quelle que soit l’issue de la crise actuelle, il faudra que les travailleurs en tirent la leçon qu’ils doivent se donner les moyens de peser, eux-mêmes, sur la vie politique, comme les étudiants réussissent à le faire. D’autant plus que le poids des travailleurs et leur rôle sont infiniment plus importants que ceux des étudiants dans la société. C’est ce qui est important pour l’avenir, mais pas du tout de se placer à la remorque de l’un ou l’autre camp qui, tous les deux, sont ennemis des travailleurs et des classes pauvres. Ceux-ci seuls peuvent imposer les changements qui sont nécessaires à l’amélioration de leur sort, mais aussi à toute la population, des petites marchandes aux petits transporteurs, taximen, à tous ceux qui n’ont que leur travail pour vivre. Se battre contre la dictature et les chimères, oui ! Mais pas derrière Apaid et Cie ou les politiciens ex- ou futurs macoutes

(Port-au-Prince, le 22 janvier 2004)

Depuis l’agression sauvage des chimères contre la faculté des Sciences humaines, le 5 décembre dernier, les étudiants sont engagés dans une lutte courageuse pour protester contre cette agression et, au-delà, contre l’évolution de plus en plus marquée du régime lavalas vers la dictature. Les bastonnades, la répression souvent violente des manifestations, les fusillades ne les ont pas découragés. Les manifestations se multiplient et le nombre de manifestants s’accroît. Et le régime, malgré ses efforts, a du mal à mobiliser contre eux, en dehors des chimères eux-mêmes. Contrairement à d’autres époques, les quartiers populaires n’ont nullement envie de voler au secours d’Aristide.

Et pour cause. Les classes populaires qui avaient naguère porté Aristide au pouvoir, qui l’avaient défendu contre le coup d’État de Lafontant, qui ont assuré pendant longtemps ses succès électoraux et ceux de Lavalas, ont toutes les raisons de se sentir aujourd’hui trompées, trahies.

Personne n’avait la naïveté d’espérer la lune de l’accession d’Aristide au pouvoir. Mais nombreux avaient été dans les classes pauvres ceux qui en espéraient un peu moins de misère, un peu plus de respect. Après tant d’années de dictature sous Duvalier, puis de dictatures militaires, féroces à l’égard des travailleurs, des chômeurs, des petits paysans, ils espéraient une politique un peu plus favorable aux plus pauvres. Aucun de ces espoirs n’a été réalisé. La misère ne cesse de s’accroître. Les services publics les plus indispensables, l’eau potable, le ramassage des fatras, les hôpitaux sont à la dérive. Le pouvoir d’achat des travailleurs de la zone industrielle a été divisé par trois. Mais combien plus nombreux encore sont ceux qui n’ont même pas de travail ? Dans combien de familles de prolétaires il n’y a pas de quoi manger tous les jours ? Et dans plusieurs régions comme le Nord et le Nord-Ouest, la famine est installée et commence à tuer.

Le régime lavalas n’est certainement pas le seul responsable du sort catastrophique des classes laborieuses. Ceux qui le prétendent sont de fieffés menteurs. Les travailleurs des villes et des campagnes n’ont jamais connu autre chose dans ce pays que la misère extrême. Ils ont toujours subi le mépris des classes privilégiées qui vivent pourtant de leur travail. Ils n’ont jamais rien reçu de la part des dirigeants de l’État que des coups.

Le régime lavalas n’est pas pire que ceux qui l’avaient précédé. Mais il n’est en rien meilleur non plus. Là est certainement la plus grande déception pour ceux qui avaient cru en Aristide et qui l’ont porté au pouvoir. Il est aussi méprisant vis-à-vis des pauvres, aussi corrompu, aussi favorable aux riches qui continuent à s’enrichir pendant que les pauvres n’ont que leurs yeux pour pleurer leurs espoirs déçus. Aux pilleurs des caisses publiques sont seulement venus s’ajouter d’autres, issus de Lavalas. À commencer par Aristide lui-même. Celui qui se posait il y a quinze ans en porte-parole des pauvres est devenu le riche baron de Tabarre.

Et pire encore : le régime foule aux pieds même la dignité des travailleurs et des pauvres, en livrant les quartiers populaires aux chimères qui se distinguent de moins en moins des macoutes de Duvalier.

Les étudiants se sont révoltés, à juste raison, contre l’incursion violente des chimères dans leur faculté. Mais les travailleurs, mais les pauvres qui vivent à Cité Soleil, ne subissent pas la terreur des chimères à l’occasion d’une incursion ou d’une manifestation, mais en permanence. Mettre fin à la dictature des chimères est de leur intérêt, autant et plus que de l’intérêt des étudiants.

En combattant cette dictature, les étudiants donnent un exemple de courage. Leur combat n’est cependant pas le combat des travailleurs.

D’abord parce que les étudiants limitent eux-mêmes leur combat au respect des privilèges des universités pour les plus modérés d’entre eux et au départ d’Aristide pour les plus radicaux. Ils se désintéressent de la situation intenable des classes laborieuses, de leur misère et des causes de cette misère. Ils ont pourtant tort, car la dictature, le règne des chimères, poussent sur le terreau de la pauvreté extrême et de l’inégalité sociale.

Et surtout, si les étudiants sont les fers de lance de la contestation, ils n’en assurent pas la direction politique. Ils laissent cette direction à d’autres.

Ils la laissent à la « Convergence démocratique », cette association de politiciens véreux qui se sont vendus dans le passé, les uns à Duvalier, les autres aux généraux qui se sont relayés au pouvoir, d’autres encore à Aristide lui-même, et certains à tous ceux-là successivement. Cette association de politiciens est tellement déconsidérée cependant, tellement peu crédible, tellement peu utilisable pour la classe privilégiée de ce pays et pour ses protecteurs des grandes puissances, que certains éléments de la bourgeoisie elle-même ont dû mettre la main à la pâte pour faire un travail habituellement laissé à la caste politique. Ils ont dû constituer eux-mêmes une force politique, dirigée directement par de riches patrons d’entreprise comme Apaid ou Becker. Par rapport aux politiciens corrompus de la « Convergence », ils ont pour eux de n’avoir été ministres ni sous Duvalier, ni sous les généraux. Ils se sont contentés de s’enrichir sous la protection des uns comme des autres.

Ces gens-là s’intitulent les « représentants de la société civile ». Rien que cette prétention rappelle qu’ils considèrent que la société, c’est eux, patrons d’entreprise, bourgeois grands et petits, dignitaires de l’Église, et rien qu’eux. Les ouvriers, les chômeurs, les djobeurs, les petits marchands, les petits paysans, la majorité écrasante de la population n’existent tout simplement pas. Ces gens-là ont toujours été hostiles à Aristide, et le sont toujours, non pas à cause de ce qu’il est devenu, protecteur des riches et riche lui-même, mais à cause de ce qu’il a été, fût-ce seulement en paroles, fût-ce seulement pour un court moment. Les possédants de ce pays ont toujours été à courte vue même du point de vue de leurs intérêts, stupides à force d’être aussi avides que peureux devant la masse des pauvres. Ils n’ont jamais pardonné l’égarement de leurs dirigeants politiques du côté des « miséreux ».

Apaid et Cie, leurs représentants politiques d’aujourd’hui, se servent des étudiants et essaient de canaliser les mécontentements pour tenter d’écarter Aristide. Mais les travailleurs, les classes pauvres n’ont rien de bon à attendre de ces gens-là. Et ceux qui travaillent sur la zone industrielle ne se font pas d’illusions : ils savent qu’avec Apaid, ce ne sera pas mieux qu’avec Aristide. Ces gens-là osent prétendre incarner la liberté face à la dictature d’Aristide mais dans leurs entreprises, c’est la dictature contre ceux qui y travaillent. Ils osent parler de « nouveau contrat social » et dénoncer la misère, mais ils sont les principaux responsables et profiteurs de la misère.

Qu’est-ce qui empêche donc Apaid ou Becker et tous les autres patrons qui se pavanent à la tête des manifestations de soulager au moins la misère de leurs propres ouvriers, ne serait-ce qu’en rétablissant le pouvoir d’achat des salaires du temps de Duvalier, qui ne prétendait pourtant pas être un ami des ouvriers ? Le salaire de 3 $ US correspond aujourd’hui à 135 gourdes. Qu’est-ce qui les empêche de reconnaître aux travailleurs des droits démocratiques élémentaires, comme celui de se réunir, de se syndiquer ? Qu’est-ce qui les empêche d’arrêter de révoquer pour un oui ou pour un non ? Qu’est-ce qui les empêche d’assurer des conditions de travail, d’hygiène et de sécurité dignes d’êtres humains et pas d’une porcherie ?

Mais pas un travailleur sensé de la zone industrielle n’espère tout cela de son patron. De AGC, propriété d’Apaid, à PB Apparel SA, appartenant à Becker, en passant par Michiko, dans toutes les entreprises des chefs de file de la « société civile », l’exploitation est aussi féroce, les conditions de travail aussi infectes, les salaires aussi bas que partout. Les profits de ces patrons viennent précisément de tout ce qui fait la misère de leurs ouvriers.

Alors, si les travailleurs peuvent se retrouver aux côtés des étudiants et aux côtés de ces jeunes des quartiers pauvres entraînés dans les manifestations pour s’opposer aux chimères, il ne faut pas qu’ils acceptent ce que les étudiants acceptent : taire leurs revendications au nom de « l’unité du mouvement » contre Aristide.

Dans la guerre entre le camp d’Aristide et celui de l’opposition, aucun ne représente les intérêts des travailleurs et des pauvres. Les deux représentent, au contraire, la continuation de la misère et de l’oppression pour les classes laborieuses. La forme elle-même ne changera pas nécessairement : les chimères pro-Aristide d’aujourd’hui peuvent se transformer en chimères favorables à l’opposition, pour peu qu’on les paye pour cela. Ceux de Gonaïves ne sont pas devenus meilleurs depuis qu’ils s’opposent à Aristide.

Se battre contre la dictature et les chimères, oui. Mais pas derrière Apaid et Cie ou les politiciens ex- ou futurs macoutes dont le régime sera toujours une dictature contre les travailleurs et les pauvres.

Se battre pour les libertés, oui, mais pas seulement celle d’une petite minorité qui s’intitule « l’élite » et qui méprise la majorité pauvre de la société. Il faut exiger pour les travailleurs la liberté de défendre leurs conditions d’existence à l’intérieur même des entreprises, le droit de s’organiser et de contester le pouvoir du patron.

Et il faut exiger la liberté qui, pour les classes populaires, conditionne toutes les autres : celle de ne pas mourir de faim, c’est-à-dire de trouver du travail et, lorsqu’on en a un, de toucher un salaire qui permette de vivre. Ce qui signifie imposer à Apaid et ses semblables des salaires corrects. Ce qui signifie leur imposer qu’ils investissent en Haïti même les profits qu’ils réalisent par l’exploitation de leurs travailleurs, au lieu de placer leurs capitaux dans les banques américaines. Ce qui signifie imposer à l’État lui-même qu’au lieu de livrer les caisses publiques aux bourgeois, aux hauts fonctionnaires corrompus et aux politiciens grands mangeurs, il fasse rentrer les impôts des riches et qu’il consacre l’argent à créer des emplois utiles, à commencer par des grands travaux pour construire des adductions d’eau dans les quartiers populaires, pour assurer le ramassage des fatras, pour constituer un réseau routier, pour construire et faire fonctionner des hôpitaux et des dispensaires.

Les hausses de prix rendent inabordables même les produits de première nécessité pour un nombre croissant de pauvres. La malnutrition et la famine qui en résultent menacent d’une catastrophe humaine majeure. Le seul moyen de l’éviter est de prendre des mesures draconiennes : réquisitionner les stocks d’aliments détenus dans un but spéculatif pour les distribuer à ceux qui ont faim, prélever sur les fortunes des plus riches de quoi importer les produits alimentaires qui manquent pour les vendre à prix coûtant dans des magasins d’État. Ceux qui ont faim ne peuvent pas attendre, ni se contenter de mots et de promesses.

Le mouvement d’opposition espère canaliser à son profit et autour de la seule revendication du départ d’Aristide les multiples mécontentements qui taraudent la société. Ce que l’on peut souhaiter de mieux, c’est que l’agitation des étudiants touche et entraîne les classes laborieuses et que celles-ci ne se contentent pas des mots creux qu’on leur sert comme programme mais se battent pour des revendications dont la satisfaction est vitale pour eux, et qui correspondent, aussi, aux intérêts de l’écrasante majorité de la société.

Des trois extraits de « La Voix des Travailleurs », écrits donc le 22 janvier 2004, c’est celui-ci qui est le plus dépassé par l’accélération des événements qui ont conduit les États-Unis à faire partir Aristide. Deux semaines avant cependant, les États-Unis parlaient encore d’un gouvernement « légitime » en parlant du régime d’Aristide et cherchaient entre différentes solutions politiques.

L’intérêt de l’article est d’expliquer pourquoi Aristide a fait l’affaire des Américains jusqu’à une date récente. Bien que ramené par les troupes américaines sous l’administration Clinton, l’administration Bush n’a jamais caché son aversion pour Aristide et sa méfiance à l’égard de son manque de fiabilité. Elle l’a soutenu faute de mieux. Lorsque, cependant, Aristide a cessé d’être utile, Washington l’a largué sans le moindre état d’âme.

LA RÉVOLUTION PROLÉTARIENNE EN HAITI

Source : l’article qui suit est de socialisme.free.fr :

L’unanimité se faisait contre le régime. Au début de février 1986, de nouvelles émeutes agitèrent les principales villes du pays. Le 7 février, Jean-Claude Duvalier dut s’enfuir en France dans un avion de l’armée américaine. Légalisés, les partis politiques se créèrent par dizaines, ainsi que les journaux et les stations de radio, mais ce fut un Conseil national du gouvernement (CNG), composé de six duvaliéristes, qui fut chargé d’assurer la transition. Les élections d’octobre mobilisèrent moins de 5 % des inscrits. En revanche, la nouvelle constitution, en mars 1987, fut ratifiée par un très grand nombre d’électeurs. Les « tontons macoutes » perturbèrent les élections législatives, qui se déroulèrent finalement en janvier 1988. Un duvaliériste, Leslie Manigat, fut élu : en juin, un coup d’État militaire porta au pouvoir le général Namphy, qui fut chassé en septembre par le général Prosper Avril. Celui-ci démissionna en avril 1990. Mme Ertha Trouillot, choisie par les douze partis d’opposition, exerça alors la présidence d’un gouvernement civil de transition. En décembre 1990, des élections régulières se tinrent enfin. Le père J ?-B ? Aristide (prêtre exclu de son ordre en 1988 pour ses positions réputées d’extrême gauche) fut élu président de la République à une large majorité. En septembre 1991, à la suite d’un putsch sanglant, suivi d’une violente répression, une junte militaire dirigée par le général Raoul Cédras reprit le pouvoir. Aristide s’exila aux États-Unis. Ces derniers décidèrent le blocus économique d’Haïti, ce qui aggrava plus encore la vie dans l’île. Poussés par la misère, des milliers d’Haïtiens fuirent ou tentèrent de fuir le pays. Cherchant à gagner du temps, les putschistes se dérobèrent aux ordres américains. En septembre 1994, les États-Unis, avec l’accord de l’ONU, envoyèrent enfin un corps expéditionnaire dans l’île. Le président Aristide fut rétabli dans ses fonctions le 15 octobre 1994. En décembre 1995, René Préval, membre de la coalition gouvernementale d’Aristide, fut élu à la présidence de la République et confia la direction du gouvernement à Jacques Edouard Alexis en 1998. En novembre 2000, dans un pays privé de Parlement depuis 1999, Aristide reprenait la tête de l’État après des élections boycottées par l’opposition et entachées d’irrégularités.

J.C. DUVALLIER CHASSE ... L’ARMEE AU POUVOIR

L’absence de direction révolutionnaire se fait immédiatement, douloureusement sentir en Haïti. Dans ce petit pays de 6 millions d’habitants se développe une authentique et profonde révolution prolétarienne. Toutes les couches exploitées et opprimées sont en mouvement. Sans quoi Jean‑Claude DUVALLIER n’aurait pu être chassé du pouvoir et contraint de fuir Haïti le 7 février (après trente ans de dictature de la famille DUVALLIERs il s’appuyait sur 200.000 "tontons‑ macoutes"). Sans quoi 18 mois après sa chute les puissantes grèves générales qui ont commencé le 22 juin contre le Conseil National de Gouvernement et celui qui le dirige, le général NAMPHY, qui ont succédé à J.C. DUVALLIER, n’auraient pas eu lieu.

Chasser DUVALLIER était indispensable. ‑ Tout devait commencer par là. Mais cela n’a pas suffi et ne pouvait suffire. Dans ce qui en constitue l’essentiel, l’armée et le corps des officiers, la police et ses détachements spéciaux, l’Etat bourgeois est resté en place. Y compris les prétoriens du régime DUVALLIER, les "tontons‑macoutes" n’ont pas été disloqués, liquidés. Le Conseil National de Gouvernement, le général NAMPHY, qui ont succédé au pouvoir à DUVALLIER, représentent le corps des officiers et les bandes d’anciens " tontons‑macoutes". Ils s’appuient sur eux. Comme le régime de DUVALLIER, ils bénéficient du soutien de l’impérialisme américain qui considère Haïti ainsi qu’une colonie. Le gouvernement en place dans le pays doit l’administrer à son compte et selon ses directives.

Suite à sa chute et à la fuite de J.C. DUVALLIER, le CNG et le général NAMPHY étaient par contre incapables d’éviter la floraison d’innombrables organisations politiques, la constitution de syndicats, une extraordinaire liberté d’expression, la naissance de multiples journaux, de postes d’émission de radio. Conjointement une formidable aspiration de changement radical de leurs conditions d’existence économique et politique anime le prolétariat, la population laborieuse, la jeunesse.

L’euphorie due à la chute de DUVALLIER et à sa fuite a rapidement pris fin. La déception, l’amertume et la colère ont suivi. Aucune des revendications économiques, sociales et politiques des masses populaires n’ont été satisfaites. Le CNG a plutôt aggravé leur situation économique et sociale et il veut imposer un cadre politique contraignant qui sauvegarde les intérêts de l’impérialisme américain et de l’oligarchie bourgeoise compradore.

CONTRE LA TERRIBLE MISÈRE DES MESURES D’URGENCE

Les conditions de vie du peuple de Haïti sont effroyables. L’économie de Haïti est non seulement de type colonial mais elle a été soumise au pillage des DUVALLIER et de quelques familles. Cela allait jusqu’à : la vente de corps de Haïtiens morts aux universités américaines pour leurs classes d’anatomie ; la vente d’organes et du sang de Haïtiens aux laboratoires américains ; des Haïtiens étaient pour ainsi dire vendus en République Dominicaine comme coupeurs de canne à sucre. L’aide étrangère était en partie détournée dans les caisses des DUVALLIER et compagnie. DUVALLIER empochait 1 dollar sur chaque sac de farine sortant de la minoterie nationale d’Haïti et 50 cents sur chaque sac de ciment produit par la Société "Les ciments d’Haïti".

L’agriculture et l’industrie dépérissaient : l’agriculture ne satisfait plus que 60 % de la consommation d’une population mal nourries ; le revenu annuel par habitant (donc une moyenne qui comprend les revenus des plus riches et des plus pauvres) a baissé de 9 % entre 1980 et 1985 ; l’endettement extérieur atteint 1 milliard de dollars pour 5,4 millions d’habitants dans un pays où le revenu national par habitant (moyenne) était de 360 dollars en 1984, le plus bas d’Amérique latine. Le chômage touche 60 % de la population "active". Sur un autre plan : 80 % de la population est analphabète.

Seules les mesures économiques, sociales et politiques peuvent faire diminuer l’énorme et terrible misère populaire, réorganiser, réorienter et impulser la production. Expropriation de tous les spéculateurs, les prévaricateurs, les profiteurs d’hier et d’aujourd’hui. Mesures d’urgence qui permettent à chacun de satisfaire ses besoins élémentaires aussi bien par le paiement de salaires et l’attribution de ressources nécessaires que par la répartition des produits de première nécessité. Pas de superflu, de gros revenus, de grande richesse particulière alors que la classe ouvrière, la population laborieuse, la jeunesse souffrent de la faim, sont plongées dans la misère. Un emploi, un travail pour tous ceux qui peuvent travailler.

Rien que la réalisation de ces mesures exige l’organisation, l’intervention, le contrôle des travailleurs à tous les niveaux et dans tous les rouages de l’économie et de la finance et sans de profondes incursions dans la propriété privée des moyens de production et d’échange. D’emblée se pose la question : quelles décisions politiques sont indispensables pour appliquer ces mesures. En premier lieu, bien que cela ne suffise pas, tous les participants, les soutiens de la dictature, les profiteurs doivent être éliminés et châtiés. A l’évidence la bourgeoisie, compradore ou non, ne s’inclinera pas devant la brûlante nécessité de ces mesures d’urgence indispensables pour réduire dans l’immédiat la terrible misère populaire. L’impérialisme américain ne les acceptera pas non plus.

LA POLITIQUE DU CONSEIL NATIONAL DE GOUVERNEMENT

Le CNG est l’instrument de défense de la bourgeoisie et de l’impérialisme. "Le Monde Diplomatique" de novembre 1986 écrivait :

" Si le rançonnement des patrons à pris fin, d’une certaine manière les postes clés sont toujours entre les mains des duvaliéristes. Et les structures des monopoles, de la contrebande et de la corruption demeurent en place solidement implantées. Elles peuvent réduire à néant les timides efforts d’assainissement conduits par le CNG. Ces effets sont notoirement insuffisants en matière d’épuration puisque jusqu’à présent, seuls deux grands tortionnaires de l’ancien régime ont été jugés : M. Edouard CLAUL, condamné à trois ans de prison et M. Luc DESYE condamné à mort ".

" Cette faiblesse à l’égard des hommes de main de la dictature est perçue par la plupart des citoyens comme un flagrant manque d’autorité et de légalité pour remettre de l’ordre dans la maison de fond en comble. Et tout est à faire : l’administration ne possède pas de fichier fiscal, il n’y a pas de registre de la fonction publique, aucun contrôle des fonds budgétaires ; bref, deux siècles après son indépendance, l’Etat haïtien reste effectivement à construire.

Les plus importantes décisions dans ce sens ne paraissent pas forcément heureuses, en particulier le projet de réduire de moitié le nombre des fonctionnaires et de renforcer, en revanche, les effectifs et la puissance des forces armées avec l’aide des USA. Cette dernière mesure, surtout, est interprétée par certains comme un moyen détourné d’intégrer les impopulaires "tontons‑macoutes" dans l’armée. Il va sans dire qu’un tel soupçon n’est pas de nature à calmer les esprits ni à apaiser les tensions sociales".

En quels termes ces choses‑là sont dites ! Le CNG ne fait aucun effort, même timide, d’assainissement sinon au compte du capital : privatisation et fermeture des sociétés d’Etat déficitaires sont à son programme. Les "citoyens" n’estiment pas que le CNG et le général NAMPHY manquent "d’autorité". Tout au contraire. Dès les mois de mars‑avril 1986 des manifestations, des grèves contre le CNG ont eu lieu. Le 26 avril 1986, devant la prison de Fort‑Dimanche, l’armée tirait : 7 morts. Une tentative de grève générale était sabotée par le PC d’Haïti et toutes les forces politiques bourgeoises pour qui, comme pour le PCH :

"le CNG est un gouvernement provisoire. Nous constatons qu’il est relativement paralysé à cause des contradictions internes, mais en même temps il réagit aux pressions des mouvements populaires et est amené à faire des concessions. Il est juste de parler d’apprentissage de la démocratie ; cela est également valable pour le CNG lui‑même. Avant de songer à l’élection présidentielle nous pensons qu’il serait préférable d’élire une Constituante qui pourrait elle‑même se convertir en Assemblée Nationale et désigner l’exécutif en attendant une normalisation".

Le CNG a tenté d’établir sa propre "légalité". Le 8 juin 1986, il annonçait que le 19 octobre aurait lieu l’élection d’une Assemblée Constituante. Il décidait que sur 61 "constituants", 20 seraient désignés par le CNG lui‑même. Les conditions d’élection éliminaient nombre d’électeurs et de partis. Les différents partis ont appelé au boycott des élections. 95 % des électeurs n’ont pas voté. Le CNG en a tiré la conclusion que le peuple haïtien n’était pas mûr pour la démocratie. L’ensemble des partis dont le Vent Communiste d’Haïti, l’église, ont appelé à voter "oui" au référendum du 29 mars organisé pour ratifier la "constitution". La fraude électorale éhontée s’ajoutant, il y eut 99,81 % de "oui", on ne sait cependant pas sur quel pourcentage de votants. La "constitution" prévoit l’élection d’un président de la République et d’une Assemblée. Le président de la République ne peut dissoudre le parlement. Le parlement ne peut renvoyer le président de la République. L’arbitre est de facto l’armée qui jouit de l’immunité. Elle constituera de fait le pouvoir réel. L’élection présidentielle devrait avoir lieu le 29 novembre 1987, le président élu entrer en fonction le 7 février 1988.

A peine la constitution était‑elle "ratifiée" dans ces conditions que le CNG dissolvait la Centrale autonome des travailleurs haïtiens pour avoir appelé à une grève générale à partir du 22 juin. La CATH appelait à la grève générale pour exiger la réouverture des entreprises d’État liquidées pour cause de déficit, la subvention du prix du riz récolté en Haïti, le dédommagement des planteurs frappés par la fermeture des sucreries, le doublement des salaires ouvriers (de 3 à 6 dollars par jour), etc... Il interdisait également toute manifestation commémorative de l’assassinat de manifestants par l’armée, le 26 avril 1986.

LA GREVE GENERALE SABOTEE.

La grève générale lancée par la CATH pour la réintégration des travailleurs licenciés était largement suivie. A la suite de la promulgation d’un décret électoral réglementant les élections à venir et qui ne laissait qu’un rôle secondaire au Conseil électoral provisoire pourtant prévu par la constitution, la grève générale rebondissait et s’étendait. Un "comité de grève" constitué de "57 partis et organisations" lançait alors un mot d’ordre de grève générale à partir du 26 juin. Tout en annulant le décret et en relâchant des syndicalistes arrêtés, le CNG déclenchait la répression : en quelques jours l’armée et la police tuaient au mains 20 personnes et en blessaient des centaines d’autres. Après avoir suspendu, le vendredi 4 juillet# le mot d’ordre de grève générale, le comité des 57 appelait à une nouvelle grève relançant la semaine suivante un nouveau mot d’ordre de grève générale, grève ’qui allait, au cours des semaines suivantes, être interrompue, puis reprise, puis interrompue et ainsi de suite. C’est une technique soigneusement étudiée pour disloquer la grève générale.

Au lendemain des massacres par l’armée le "comité de grève" a "radicaliser" sa position. Il a réclamé le départ du général NAMPHY du CNG. Un de ses porte‑paroles précisait :

"Nous voulons rester dans le cadre de la constitution et nous sommes à la recherche d’une solution alternative démocratique".

Le "comité de grève" était à la recherche d"’un militaire patriote". Quant au Parti Unifié Communiste de Haïti, dès le début du mouvement, il définissait ainsi sa position :

Le Parti unifié des communistes haïtiens, quant à lui, fait remarquer que s’il reconnaît l’institution CNG, le gouvernement doit être composé d’autres personnes que des gens discrédités. Le PUCH met l’accent sur trois objectifs immédiats : le CNG doit retirer le décret de dissolution du syndicat (CATH) ; il doit revenir sur le décret anticonstitutionnel qui restreint les droits de Comité Electoral (CEP) ; enfin le PUCH demande que ce soit la CEP qui rédige le décret électoral puisque c’est la seule instance habilitée à organiser les élections. " ("L’Humanité" du 1/7/87.)

Depuis, la plupart des partis et, des organisations qui ont composé le "comité de grève" sont à la recherche, par la médiation de l’église catholique qui prêche le calme, d’un "compromis".

UNE REVOLUTION PROLETARIENNE

La volonté de combat du prolétariat, de la jeunesse, de la population laborieuse est inappréciable, de même que leur capacité révolutionnaire. Mais tout est fait pour les désarmer politiquement. Aucune organisation ne défend le programme, la politique, n’ouvre la perspective qui leur sont indispensables pour vaincre. Les masses populaires de ce pays, constamment écrasées sous une dictature, connaissent le prix des libertés démocratiques. En opposition à la tradition dictatoriale, elles sont pour une représentation démocratique et une Assemblée Nationale souveraine. Encore que l’usage fait par le général NAMPHY et le CNG du mot d’ordre d’Assemblée Nationale souveraine, ou constituante, n’est certainement pas sans l’hypothéquer. Contre la dictature ouverte des DUVALLIER, celle du CNG, combattre sur ces mots d’ordre et pour ces objectifs est indispensable.

Mais les libertés démocratiques sont nécessaires à la classe ouvrière, à la population laborieuse, à la jeunesse. Pourquoi ? Sinon pour s’organiser elles‑mêmes et comme moyens et instrument de leur lutte de classe en vue d’atteindre leurs objectifs de classe. Une représentation démocratique de toutes les classes de la société, une Assemblée Nationale souveraine ne sauraient se maintenir longtemps en période de révolution, alors que les antagonismes entre les classes s’exaspèrent et deviennent inconciliables, lorsque dans un délai proche une des classes fondamentales doit l’emporter sur l’autre. Qui peut nier qu’il en soit ainsi actuellement en Haïti ?

Les mesures économiques et sociales évoquées plus haut ne sont que des mesures d’urgence. Elles exigent déjà une profonde incursion dans la propriété privée des moyens de production et d’échange et seul un gouvernement ouvrier et paysan porté au pouvoir par le prolétariat, la population laborieuse et s’appuyant sur eux peut les prendre. Satisfaire les énormes besoins populaires exige de réorganiser, de réorienter la production, de l’impulser selon un plan élaboré et réalisé sous le contrôle des travailleurs. C’est pratiquement l’ensemble des grands moyens de production, les banques, les assurances qu’il faut exproprier, c’est une réforme agraire radicale qu’il faut réaliser, c’est la dette extérieure qu’il faut annuler. Un gouvernement ouvrier et paysan, l’organisation et l’action révolutionnaire des masses, sont indispensables.

D’autant plus que, tant du point de vue économique que politique, la révolution en Haïti ne peut être considérée et n’a d’avenir que dans la perspective de la révolution prolétarienne dans les Caraïbes et en Amérique latine qui dresse les masses de ces pays contre l’impérialisme américain notamment, et les bourgeoisies compradores, subordonnées, ou au moins étroitement liées, au système impérialiste.

Les mots d’ordre démocratiques, y compris celui d’une Assemblée Nationale souveraine, sont des mots d’ordre transitoires et subordonnés au mot d’ordre et au combat pour le gouvernement ouvrier et paysan. Ils doivent être des leviers aidant le prolétariat la population laborieuse, la jeunesse à s’organiser, à constituer leurs comités, à les centraliser, à former leur propre parlement, leur propre exécutif ‑ comme doivent y contribuer tous les mots d’ordre et revendications de transition. L’objectif c’est : la prise du pouvoir par le prolétariat, la destruction de l’Etat bourgeois, la construction de l’Etat ouvrier fonctionnant selon les normes de la démocratie ouvrière.

L’ARMEMENT DES OUVRIERS ET DES PAYSANS

Quelque soit le pays où elle se produit, dans toute grande lutte de classe, le prolétariat, la population laborieuse, la jeunesse sont généralement confontés à la police et à ses détachements spéciaux, lorsqu’ils ne les affrontent pas. Depuis longtemps la bourgeoisie évite autant que possible d’engager l’armée, lorsque c’est une armée de conscription, contre la classe ouvrière en mouvement : elle craint que les soldats ne se souviennent qu’ils sont des prolétaires sous l’uniforme. De plus, souvent l’armée semble avoir d’autres "missions" qu’une mission de guerre civile : la défense du pays. La fonction fondamentale de l’armée et du corps des officiers est très souvent masquée. En réalité dans tous les pays impérialistes, la fonction de l’armée et du corps des officiers est toujours la défense, à l’intérieur et à l’extérieur des frontières, des intérêts du capitalisme du pays qui est le leur. En cas de révolution prolétarienne# dans tous les pays, l’armée et le corps des officiers a comme tâche essentielle, la guerre civile au compte du capital, contre la classe ouvrière, la population laborieuse, la jeunesse, pour noyer dans le sang, si nécessaire# la révolution. Il faut remarquer d’ailleurs que la tendance actuelle des bourgeoisies des différents pays capitalistes et notamment impérialistes# est de revenir à une armée de métier, instrument beaucoup plus maniable entre les mains du corps des officiers que l’armée de conscription.

Dans la plupart des pays semi‑coloniaux, notamment en Amérique latine, Caraïbes comprises, l’armée a une fonction et une seule, évidente à tous : la guerre civile, le maintien de « l’ordre » impérialiste et bourgeois dans le pays. Une fois encore, en Haïti elle remplit cette unique fonction. Il ne peut y avoir d’authentique combat pour les libertés démocratiques, une Assemblée Nationale, et bien sûr pour les revendications du prolétariat, que sur la ligne qui mène au gouvernement ouvrier et paysan qui inclut une politique de liquidation de l’armée, du corps des officiers, de la police, de ses détachements spéciaux, des "tontons‑macoutes". Jamais la bourgeoisie, jamais aucune organisation ou parti de la bourgeoisie ne s’engageront sur cette voie. Tout juste parleront‑ils, s’ils ne peuvent faire autrement et pour faire illusion "d’épuration".

Seuls le prolétariat, la population laborieuses la jeunesse peuvent s’y engager. En Haïti, rien de plus urgent aujourd’hui que de développer une agitation politique, en relation avec les autres mots d’ordre, face à la répression et aux fusillades de l’armée, pour l’armement des ouvriers et des paysans. Commencer à organiser des groupes d’auto‑défense de travailleurs armés, s’orienter vers les milices ouvrières et paysannes, contre l’armée, le corps des officiers, la police, les " tontons‑macoutes" est une impérieuse nécessité. Attendre du pouvoir bourgeois leur liquidation est vain et dangereux. Espérer qu’ « ils » se désagrégeront du seul fait de la grève générale ou de tout autre mouvement n’est pas moins dangereux. Par une politique résolue, en commençant à s’organiser en milices et à s’armer, seuls les travailleurs les feront se disloquer, éclater, les liquideront.

Voilà qui situe bien la nature de la révolution en cours en Haïti : une révolution prolétarienne. Elle s’oppose radicalement aux gouvernements, au pouvoir, à l’État bourgeois. Pour le prolétariat une seule issue positive : prendre le pouvoir en s’appuyant sur les couches exploitées et opprimées, détruire l’Etat bourgeois jusqu’en ses fondements, constituer un Etat ouvrier. Aucune organisation ne l’explique et ne pratique une politique en conséquence. Aucune organisation ne développe d’agitation pour l’armement des ouvriers et des paysans et n’agit pour la constitution de la milice ouvrière et paysanne. Là réside une des faiblesses de la révolution en Haïti.

26 Messages de forum

  • LA RÉVOLUTION PROLÉTARIENNE EN HAITI

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  • 1984 : la révolution prolétarienne commençait en Haïti 16 janvier 2010 09:43, par Robert Paris

    Le désespoir a engendré de la violence, et l’angoisse s’est transformée en colère à Haïti, vendredi, où les survivants ont tenté par tous les moyens de mettre la main sur des denrées de base.

    Dans un centre commercial à étages du centre-ville de Port-au-Prince qui s’est effondré, des pillards désespérant de trouver de la nourriture et de l’eau apparaissaient des décombres les bras chargés. Ils ont cependant été rapidement entourés par une bande d’émeutiers. De leur côté, les policiers haïtiens sont demeurés impassibles.

    Alors que les travailleurs humanitaires poursuivaient leur besogne pour extirper des décombres des survivants au séisme qui a frappé Haïti mardi, la plupart des Haïtiens se faisaient plutôt du souci pour leur survie à long terme.

    La caporale-chef Christine Briand, une policière de la Gendarmerie royale du Canada déployée avec l’Organisation des Nations unies (ONU), a qualifié la situation de tendue et de très fluctuante, mais tout de même stable.

    "La situation est calme pour le moment, a-t-elle affirmé. Mais les choses peuvent changer en un instant ici."

    La violence a gagné les bidonvilles situés en périphérie de Port-au-Prince, dont la notoire Cité Soleil, tandis que des résidants ont mis à sac des magasins, a indiqué la police canadienne.

    Dans la ville, de longues queues se sont formées autour des quelques stations-service ayant réussi à demeurer ouvertes.

    Le prix pour trois gallons d’essence s’élève maintenant à 50 $ US, contre 15 US $ il y a une semaine.

    Craignant les voleurs, la plupart des autres magasins ont fermé leurs portes ou vidé leurs tablettes.

    Des jeunes hommes et des adolescents armés de machettes et marchant en petites bandes dans les rues se sont approprié le moindre objet trouvé dans les maisons détruites.

    "Ils prennent tout. Que peut-on faire ?", a déploré Michel Legros, âgé de 53 ans, alors qu’il attendait de l’aide pour tenter de retrouver sept proches ensevelis sous les décombres de sa résidence.

    Invoquant l’insécurité générale, une équipe de recherches et de secours russe a suspendu son travail à la tombée de la nuit.

    "La situation dans la ville est très difficile et tendue", a expliqué le chef de l’équipe, Salavat Mingaliyev, cité par l’agence de presse russe Interfax.

    Le plus grand défi pour la communauté internationale est de parvenir à coordonner toute l’aide dans un pays où les télécommunications sont quasi inexistantes.

    La plupart des véhicules de l’ONU sont utilisés pour escorter des convois ou transporter des victimes.

    L’acheminement de l’aide alimentaire a souffert des importants dommages au quartier général du Programme alimentaire mondial (PAM), dont les employés ont été contraints de réorienter leurs efforts de distribution.

    La crainte que la sécurité dégénère si les Haïtiens font face plus longuement à une pénurie de nourriture et d’eau est généralisée.

    "C’est difficile parce que nous devons d’abord assurer la sécurité pour le PAM, a expliqué la caporale-chef Christine Briand. Mais c’est important pour la population de voir qu’il y a de la nourriture disponible."

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  • 1984 : la révolution prolétarienne commençait en Haïti 17 janvier 2010 21:39, par Robert Paris

    Les Etats-Unis ont pris une place prépondérante dans l’organisation des secours avec déjà 1 000 soldats sur le sol haïtien et 3 600 dans des navires au large de ses côtes Cette armada vise bien sûr à lutter contre le séisme !!!
    "Dans les prochains jours, des Marines vont arriver", ainsi que des engins lourds...

    Voici la guerre que les USA mènent : une guerre "humanitaire" contre le peuple haïtien traité de pillard et de brigand parce qu’il voudrait manger et boire !!!

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  • 1984 : la révolution prolétarienne commençait en Haïti 18 janvier 2010 13:46, par Robert Paris

    Les USA veulent faire croire qu’ils craignent les gangs haïtiens. Exu qui occupent le pays depuis des années ne s’en sont pas souciés tout ce temps là ! Le magazine Time citait Roberto Perito, présenté comme un expert des USA sur les gangs haïtiens de l’Institut pour la paix, une agence publique avec des liens étroits avec le renseignement américain et la CIA, qui disait que leur menace est « très certainement l’explication des mesures de sécurité importantes mises en œuvre lors du déploiement de l’armée américaine ».

    Quant à Hillary Clinton elle a clairement dit que les USA occupent désormais Haïti et ne sont pas prêts de quitter l’île de si tôt !

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  • 1984 : la révolution prolétarienne commençait en Haïti 18 janvier 2010 22:26, par Robert Paris

    La presse relève : "les autres journalistes que nous avons côtoyés et qui ont patrouillé le même secteur depuis jeudi en arrivent à la même conclusion que nous : il n’y a aucun secouriste, militaire, pompier ou policier dans les quartiers les plus pauvres."

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  • Ce qu’est veritablement le Haiti qu’on nous cache depuis des decennies :

    1984 : la révolution prolétarienne commençait en Haïti

    Un haïtien

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  • Pa bliye 29 novanm 1987 !
    Les élections de novembre 1987 ou la chronique d’un massacre annoncé
    Posté le mardi 29 novembre 2005 par ickl-haiti

    Le dimanche 29 novembre 1987 des paramilitaires néo-duvaliéristes, avec la complicité active des Forces Armées d’Haïti, ont saboté le premier scrutin de l’après-Duvalier. Scrutin qui devrait permettre au pays de choisir démocratiquement ses dirigeants. Le carnage au bureau de vote de la ruelle Vaillant (Ecole Argentine Bellegarde) où une vingtaine d’électeurs furent assassinés est tristement emblématique de cette journée de terreur à Port-au-Prince. Les autres départements, surtout l’Artibonite, furent également touchés par cette vague de terreur.

    Si on s’en tient exclusivement à cette journée on pourrait croire que la tuerie du 29 novembre 1987 fut un coup de tonnerre dans un ciel serein. Il n’en fut nullement ainsi ! On peut même parler de chronique d’un massacre annoncé à la lumière du contexte général du pays du 26 avril 1986 à cette date tragique, ou pour serrer de plus près le contexte du 22 juin 1987 au 29 novembre. Le Conseil National de Gouvernement, présidé par le Général Henri Namphy, avait bien montré par diverses mesures qu’il était contre le processus électoral dont le contrôle échappait à l’Armée. En effet, passant outre de la Constitution de 1987, il publia le 22 juin 1987 son propre décret électoral. En réponse à l’option néo-duvaliériste du CNG l’opération Rache Manyòk, campagne d’intenses mobilisations populaires pour exiger le départ du gouvernement fut lancée.

    Incapable d’en venir à bout du pouvoir militaire, pour diverses raisons qu’on ne se propose pas d’analyser ici, la mobilisation populaire s’est essoufflée dès la fin du mois de juillet 1987. Entre-temps il y a eu le massacre des paysans des Gwoupman Tèt Ansanm. Le secteur dit démocratique dominé par les partis du centre gauche décida alors de se lancer dans les élections en avançant que le peuple pourra obtenir par voie des urnes ce qu’il n’a pu obtenir dans la rue. Et ce sera Rache manyòk nan eleksyon. Mais certaines organisations populaires plus avancées s’étaient prononcées contre, arguant qu’il ne saurait y avoir d’élections dignes de ce nom avec le CNG, sans désarmement et jugement des duvaliéristes.

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  • 1984 : la révolution prolétarienne commençait en Haïti 31 janvier 2010 12:07, par Robert Paris

    France Info :

    Dans un pays déjà largement désorganisé avant le tremblement de terre, la tâche est énorme pour les humanitaires. Sur place, la mission de l’ONU a été balayée, sans parler de l’absence de pouvoirs publics. Avec la dévastation de la capitale. il n’y a plus en Haïti d’Etat capable de fonctionner. Ni de services ou d’infrastructures : police, secours, hôpitaux, électricité, routes, assainissement... Tout a été balayé.

    Face à "la plus grave crise humanitaire depuis des décennies", selon le secrétaire général de l’ONU Ban Ki Moon, l’aide et les secours affluent vers l’île caraïbe, mais ont du mal à atteindre leurs buts en raison d’une logistique chaotique : 105.000 rations d’aide alimentaire ont été distribuées, 280 centres d’accueil devraient ouvrir au plus vite autour de Port-au-Prince, mais certaines communes, parfois distantes de quelques kilomètres, n’ont toujours vu aucune aide arriver.

    Les prix des denrées alimentaires et des transports sont montés en flèche depuis une semaine. Dans un quartier de Port-au-Prince, le prix du pain a même doublé en moins de 6 jours. "Les gens ont tout perdu. Il n’y a pas d’argent et le marché noir fleurit", raconte Verlène, une habitante. Les délégués du CICR indiquent qu’il y a des marchands de légumes et de fruits dans les rues, mais peu de clients, car personne n’a les moyens d’acheter la nourriture.

    "Les nerfs sont en train de craquer alors que les survivants affamés et assoiffés réalisent l’étendue de leurs pertes" , explique le CICR. "La population est à bout", renchérit la porte-parole du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (Ocha) Elisabeth Byrs et "les scènes de violence se multiplient à mesure que le désespoir grandit."

    "Les gens deviennent plus agressifs car ils ont besoin d’eau et de nourriture", explique Sherley, une rescapée âgée de 29 ans. "Aujourd’hui, les gens se battent pour survivre" , raconte-t-elle. La faim, la soif et le traumatisme d’avoir tout perdu provoquent une montée de la violence et des ambiances lourdes de tension. Emeutes lors des (toujours peu nombreuses) distributions de rations alimentaires, ruées vers les rares magasins qui dégénèrent en luttes désespérées pour se procurer de la nourriture. "Actes de désespoir" pour certains, "scènes de pillages" pour d’autres. Instinct de survie surtout. Les rumeurs d’attaques les plus folles se propagent sur l’île. Le contre-amiral Mike Rogers, responsable du renseignement à l’Etat-major interarmées des Etats-Unis évoque pour sa part des "incidents isolés". "Il n’y a pas de panique générale" , insiste-t-il.

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  • 1984 : la révolution prolétarienne commençait en Haïti 31 janvier 2010 19:48, par Robert Paris

    Deux semaines et demie après le violent séisme en Haïti, nombreux sont les rescapés qui ont encore le ventre vide. Dans une petite ville, les habitants se sont révoltés. Ils ont barré la route pour bloquer les camions remplis d’aide alimentaire qui filent sur Leogâne sans jamais s’arrêter. “On meurt de faim” ont écrit des Haïtiens isolés pour dire leur désespoir. Certaines ONG critiquent notamment les forces américaines qui refusent, selon elles, de sécuriser les distributions de vivres ; la bousculade entraîne souvent la violence.

    Euronews

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  • 1984 : la révolution prolétarienne commençait en Haïti 2 février 2010 09:39, par Robert Paris

    Haïti : de la nourriture, des soins, des maisons

    Pas d’occupation militaire !

    NOU PA VLE RETE ANBA DJOL OKENN PEYI ETRANJE

    Nous ne voulons pas nous placer sous la tutelle des pays étrangers

    GRO PEYI-YO KITE AYITI VIV

    Que les grands pays laissent vivre Haïti

    REVOLISYON SEL SOLISYON

    La révolution est la seule solution

    PAS D’ARMEES ETRANGERES, PAS D’ESCADRONS DE LA MORT HAITIENS

    PAS D’ETAT POUR NOUS ECRASER !

    GOUVERNEMENT DU PEUPLE TRAVAILLEUR PAR SES COMITÉS DE QUARTIERS !!!!

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  • 1984 : la révolution prolétarienne commençait en Haïti 4 février 2010 12:52, par Robert Paris

    Le 2è janvier, un journaliste écrivait :

    un bidonville de Port-au-Prince, les habitants attendent toujours un premier camion d’aide. « On ne sait pas si l’aide est arrivée dans d’autres endroits de la ville. Mais ce qui est certain, c’est que nous n’avons rien vu », a dit un père de quatre enfants, Placide Jemais.

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  • 1984 : la révolution prolétarienne commençait en Haïti 7 février 2010 22:09, par Robert Paris

    Gonaïves aura été aussi le théâtre du premier déchouquage avant la lettre en 1972. Les résidences des frères Delva, Zacharie et Prophète, furent saccagés et pillés. L’histoire récente nous apprend que c’est de la cité de l’indépendance que partit le mouvement décisif de renversement de la dictature suite aux émeutes des 21 au 24 mai 1984. Et l’année suivante en novembre 1985, c’est de là que partit l’épisode final de la rébellion anti duvaliériste avant de gagner les autres villes de province pour aboutir au 7 février 1986.

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  • 1984 : la révolution prolétarienne commençait en Haïti 7 février 2010 22:21, par Les émeutiers

    C’est le 7 février 1986 qu’a lieu l’Octobre haïtien. Ses prémices, les lézardes de l’Etat de « Baby Doc » Duvalier, ont commencé à se manifester, de manière moderne, dans les émeutes de Gonaïves et de Cap-Haïtien, en mai 1984. Puis de décembre 1985 à février 1986, c’est l’insurrection victorieuse qui chasse le dictateur en exil, en France. Un général Namphy dirige ensuite un gouvernement provisoire. Les jours, puis les semaines, et les mois qui ont suivi cette liesse (le « déchoucage » – lynchage – des « tontons macoutes » – ex-milice privée du dictateur – y a été présence immédiate de la vengeance), les plus gueux des gueux, ceux d’Haïti, ont désappris l’obéissance nécessaire à la prospérité de l’Etat.
    Certes, Haïti n’est qu’une île (en fait, une moitié d’île, puisque l’île d’Hispaniola est partagée entre Haïti francophone à l’ouest et la République dominicaine, hispanisante, et à peine moins bouillante, à l’est), mais Cuba et la Jamaïque sont à moins de deux cents kilomètres, et le Venezuela et la Floride à moins de mille. A New York et à Miami vivent un dixième des Haïtiens de nationalité. Aussi, Haïti, contrairement à Madagascar et à la Réunion, menace à tout moment d’entraîner dans son explosion toutes les Caraïbes. Et les ennemis des gueux se demandent comment transformer cette semi-insularité en insularité réunionnaise.
    Comme les émeutiers en général, ceux d’Haïti donnent la chair de poule à la démo-police, surtout si elle pense bien. Les chiffres et le folklore les habillent d’horreur : 80 % d’analphabètes, 75 % de chômeurs, 40 % de moins de quinze ans, le vaudou et les combats de coq font exagérer de trouille la première salope venue (le photographe Toni Belizaire), non sans un certain humour involontaire : « Ici, les gens sont analphabètes ; c’est difficile pour eux de trouver leur candidat sur le bulletin de vote. Beaucoup ne savent même pas distinguer les couleurs ni reconnaître quelqu’un sur une photo. » Jamais ces gueux-là ne réagissent selon les manipulations nécessaires à l’arrivisme.

    La vérité de ce coup d’Etat n’est pas macoute, d’ambition personnelle, ou de rapine collective. Elle est dans la licence sans bornes que manifestent, avec une arrogance croissante, les gueux haïtiens. Prosper Avril, coup d’Etat, remplace Namphy le 17 septembre 1988 : le tout, sur le versant de la famine, s’arrose du sang des massacres, fort sud-africains dans leur conception (c’est que la vengeance engendre la vengeance, en Macoutie), et des émeutes, assez mondiales dans leur essence (c’est que, pourquoi rester calme quand les méninges vous brûlent de désir).
    Partout où l’information dominante domine, vous ne pourrez pas lire que c’est une insurrection qui a fait tomber le général Avril du 5 au 12 mars 1990 ; vous lirez au contraire que cette chute est due à la vertueuse protestation des démocrates de métier, qui sont vraiment mécontents. Ils ont raison. La nouvelle dictature n’a nullement ramené dans leur passivité bestiale, perdue sous l’ancienne, nos analphabètes ; il est temps de réessayer une démo-bilisation électorale. Américains et Français, donneurs d’argent et d’armes, sans oublier les leçons, opinent vigoureusement du poing, de bas en haut, ce qui est presque homonyme et tout à fait synonyme de Bazin en haut, Bazin n’étant pas le putride Hervé, mais le putride Marc, numéro un haïtien des politiciens présentables en ces fins de sandinisme. Après le soulèvement du 5, l’opposition appelle au soulèvement. Avril s’enfuit comme Duvalier. Une Ertha Pascal Trouillot est nommée présidente provisoire. La suite du soulèvement est étouffée dans la calomnie (attaques de brigands) et dans l’occultation. Elle dure jusqu’au 20, 22, 23 mars et est suivie par au moins une émeute, à Cabaret le 19 avril, et ce n’est pas du café-théâtre, puisqu’il y a au moins 1 mort à la suite de cette protestation contre les factures d’électricité alors qu’il y a pénurie d’électricité.
    Mais la récupération n’est pas une plaisanterie, et en Haïti elle n’est plus si simple, parce que les molles bazineries ont déjà échoué. Et l’arrivisme n’est pas une science exacte, pas même à moins de mille kilomètres des côtes de la patrie du marketing politique. Aussi, l’arrivée inopinée du père Aristide à la candidature présidentielle a été à la fois une surprise et une nécessité. Ce Savonarole tiers-mondiste, théologien de la libération, c’est-à-dire curé marxiste, petit crapaud venimeux et luisant, illuminé et mégalomane, détonait certainement par rapport à ses concurrents à la physionomie de seconds rôles de feuilletons télévisés américains, grisonnants et plutôt hippopotames dans la prestance. « Titid », comme l’appelle affectueusement la rue-gueuse populace qu’il entame de fourvoyer par des sermons lavalassiens (de « lavalas », le torrent en créole, nom qu’il donne à son mouvement), approuve la violence et prétend haïr la bourgeoisie, bref, ressemble le mieux à ces humeurs sautillantes qu’il est donc, selon Mme Mitterrand, le plus à même d’éteindre. Et voilà un « héros des bidonvilles » comme il nous en manquait !
    Aussitôt élu, en décembre 1990 (l’information est très discrète sur le taux de participation qui a permis l’arrivée de son favori), cet illuminé se fait sagement son petit trou. D’abord, le « libérateur des pauvres », qui doit être intronisé à la date mythique du 7 février, les libère discrètement de sa présence, dès le coup d’Etat suivant. L’ancien macoute Lafontant s’empare de l’Etat entre le 6 janvier 1991 au soir et le 7 au matin. Mais le soulèvement de Port-au-Prince retourne l’armée, qui avait d’abord soutenu le coup, ce qui n’empêche pas policiers et soldats de devoir lutter avec acharnement le 8, pour limiter le soulèvement, notamment contre les insurgés de Cap-Haïtien, et pour faire cesser une nouvelle vague de déchoucage. Quelques macoutes et artistes engagés ont fait connaissance intime avec le Père Lebrun (c’est ainsi qu’on appelle le supplice du pneu enflammé autour du cou, pratiqué également dans les townships d’Afrique du Sud, où il est appelé supplice du collier – « necklace »). Cathédrale et nonciature, réduites à un petit tas de cendres, ont fait connaissance intime avec la religiosité des gueux qui passent pour avoir élu Aristide. Le 9 seulement, ce curé se manifeste par un appel au calme. Il était temps. Ses « partisans », laissant libre cours à leurs réflexions antireligieuses, c’est-à-dire antiéconomistes, avaient même, dans le mépris du PNB le plus bas d’Amérique, le leur, « brûlé une mallette remplie de liasses de dollars », lors d’un pillage qui établit donc leur QI en proportion inverse de leur PNB. Il y eut 74 morts.
    A la fin de janvier, le 27, le prétexte pour commettre ces actes impardonnables est encore plus ténu : une rumeur de coup d’Etat. Cette fois, l’armée n’a plus à dissimuler de volte-face et reconnaît être responsable de plus de victimes que le déchoucage (11 à 6). Aristide, lui, part à Paris, le 28 au matin, faire la manche. Les 14, 15, 17 avril, les émeutes contre les prix, les bourgeois et les macoutes permettent une fête moins plate et pâle que celle de son intronisation, le 7 février. L’impatience de la diaspora aisée, des petits milieux des petites affaires et des Etats protecteurs grandit. C’est bien d’avoir un curé à la tête de l’Etat (tant que l’Etat n’est pas islamique), et c’est amusant que ce curé soit stalinien (tant qu’il est stalinien réformé, donc qu’il n’entrave pas le libéralisme) mais qu’en est-il de l’économie ? Il est dangereux de permettre des émeutes sans punir. La récupération de l’émeute, cette difficile discipline des années à venir, est tentée par ce bon père le 13 août, ses « sympathisants » ayant tenté d’empêcher, comme sous la Convention, un vote de défiance contre son premier ministre lavalassien, Préval. Mais il n’est pas à exclure que ce ne soit là que le récit après coup d’une émeute contre les députés, pour des raisons beaucoup moins politiques qu’humaines, et que donc la récupération ne soit que dans le récit.
    Les techniques et les degrés du mysticisme sont, bien compris, les différentes étapes de la continence et de la sublimation sexuelle. Mais lorsque les exercices rigoureux nécessaires à la non-libération de la semence entrent en conflit avec les exercices non moins rigoureux du matérialisme dans l’idéologie et de la gestion de l’Etat, il faut avoir les capacités démesurées d’un Père Joseph pour que le système de canalisation interne n’éclate pas en une poussée cervicale incontrôlée, comme cela semble s’être produit pour le père Aristide. Ce vaillant extincteur semble en effet avoir pris feu, et plutôt que son froc, c’est sa lucidité qu’il a jetée aux orties. D’abord le voici en train d’embaucher les déserteurs de l’armée dont il est le chef dans une garde personnelle, ce qui, dans la patrie des « tontons macoutes », viole non seulement la plus récente Constitution, mais surtout six ans de déchoucage contre l’infamie d’une milice présidentielle. Puis, le 25 septembre, Aristide tient un discours, plus proche de celui de Picrochole que de celui de Savonarole, devant l’ONU à New York, à laquelle il propose « dix commandements démocratiques ». La pompe messianique du soliloque, et les applaudissements dithyrambique de la presse haïtienne, achèvent de convaincre notre héros qu’il en est un. Son discours du 27, à son retour à Port-au-Prince, prend donc le ton qu’il suppose à ses partisans rassemblés : antibourgeois et violemment « lavalassien ». Il est vrai qu’une maladresse d’interprétation a, par la suite, permis à ses adversaires de lui imputer l’apologie du Père Lebrun, là où il faisait l’apologie de la Constitution. Mais s’évadant dans l’éther des prophètes, il menace surtout d’avoir abdiqué les capacités de récupérateur avisé et rusé nécessaires à son poste. Aussi, il a indisposé l’armée, que sa milice relègue dans la peur d’une police politique, les affairistes et leurs alliés de tous les pays, les politiciens d’opposition, et tous ceux qui s’opposent à la dictature des militants lavalassiens. L’information occidentale, qui, depuis sa candidature à la présidence, a pris sans partage le parti du taré, quoique à distance, présuppose que parce qu’il les courtise les loqueteux lui sont acquis. Mais les souverains de cet Etat sont maintenant aguerris et habitués à ne plus s’identifier à l’Etat ; et les flatteries présidentielles, qui ont pour séduction l’arrivisme lavalassien, n’ont pas détourné beaucoup de loqueteux de leurs préoccupations et plaisirs : vaudou, combats de coq, orgie ; déchoucage, émeute, pillage.
    Le coup d’Etat du 29 septembre n’a été raconté que dans la version d’Aristide : les vilains militaires du général Cédras chassent le gentil démocrate Titide, car ils sont pleins de convoitise et d’ambition, contrairement à lui. Ces protagonistes spectaculaires et hiérarchiques n’ont été que les substituts officiels des véritables acteurs. Car, tout d’abord, il y a eu une mutinerie. Ce sont des soldats sans officiers qui se sont révoltés contre l’Etat et la hiérarchie. Cette hiérarchie a appliqué exactement la même tactique qu’en janvier : elle a rallié sa base insurgée pour la freiner, la contenir. Car les soldats haïtiens ne sont pas moins gagnés par la licence que les civils. Ceux-ci, aux premières rumeurs de la mutinerie, sont descendus dans les rues, ont érigé leurs barricades, bref, préparaient la fête à laquelle depuis cinq ans ils ont abondamment prouvé avoir pris un goût croissant. Ce que nous ignorons, c’est pourquoi les insurgés civils et militaires n’ont pas sympathisé, et comment les officiers de l’armée ont réussi à retourner la rage des premiers contre celle des seconds (on notera qu’une mutinerie avait déjà eu lieu le 29 juillet, mais que Préval avait cédé aux revendications des soldats qui avaient arrêté leurs officiers, ce qu’il a refusé cette fois-ci). Ceci permet à l’information de rétablir son manichéisme traditionnel autour d’Aristide : une féroce soldatesque réprime, à la solde d’intérêts sordides, la valeureuse population prête à se sacrifier pour son président chéri. Mais dans chaque exaction narrée, les soldats sont les furieux, les officiers les retiennent par la persuasion et la démagogie. Et Cédras, qui a endossé la tête du coup, était considéré comme le plus « démocrate » et le moins corrompu des officiers supérieurs.
    Aristide (quelques heures avant la mutinerie, le pasteur Sylvio Claude, démo-concurrent de Titide, est mort du Père Lebrun) se retrouve avec un pneu autour du cou, déféquant jusqu’à l’intervention d’un officier qui empêche qu’on gratte l’allumette. Dufour-le-fayot, ambassadeur de France, prend sous son aile le président tabassé et l’amène, sous les balles, à l’aéroport, d’où il s’envole vers Caracas. Dans la capitale, les combats durent deux jours, et probablement plusieurs nuits. Il y a environ 100 morts, mais la répression pendant octobre et novembre aurait fait multiplier ce bilan par quinze. Les soldats mutins commettent toutes les exactions qu’une grande fureur alliée à l’impunité peut générer. Les civils barricadiers, battus, fuient Port-au-Prince par dizaines de milliers.

    Il semble que contre le long mouvement d’insubordination généralisé en Haïti la récupération radicale d’Aristide, soutenue par la France, a échoué au point de perdre la base de l’armée. Et la décision prise par les officiers autour de Cédras, poussés en première ligne, d’en finir pour de bon, serait celle des Etats-Unis. C’est probablement le sens des massacres et des fusillades des premiers jours d’octobre, si dissimulés dans l’information derrière le malheur spectaculaire d’Aristide. Mais la condamnation de tous les Etats permet d’entamer l’étape répressive suivante : l’embargo alimentaire sur Haïti. Comme en Irak et comme en Somalie, la famine est utilisée pour détruire les révoltés, et d’ailleurs ne sert jamais à rien d’autre. Cette mesure extrême prouve à quel point le mouvement en Haïti est devenu redoutable à ses ennemis ; il prouve aussi, par la multiplication des embargos alimentaires, que le doute sur leurs effets n’existe plus pour ceux qui les décrètent.

    Les retournements entre répression et récupération pour éradiquer la rare vitalité des gueux d’Haïti ont donc produit cette tragédie. Mais, compte tenu de son long et déjà douloureux prologue, et des circonstances de son déroulement, tout porte à croire que la racine est plus profonde que la bêche de l’ennemi. La suspension de ce mouvement est aussi l’incapacité de le comprendre contre l’incapacité de le communiquer. Vous le verrez rebondir.

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  • An nou konte sou fos nou !

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  • 1984 : la révolution prolétarienne commençait en Haïti 12 février 2010 16:20, par Robert Paris

    Un film à voir sur la chute de Duvalier :

    ici

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  • AYITI : NOU PA VLE RETE ANBA DJOL OKENN PEYI ETRANJE

    GRO PEYI-YO KITE AYITI VIV

    ABA LESPLWATASYON ! ABA OKIPASYON !

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  • REVOLISYON SEL SOLISYON

    Viv Lit travayè ak travayèz peyi d Ayiti ! Viv lit de klas !

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  • Dans la matinée du 12 novembre 1964 , contre le mur Nord-ouest du cimetière de Port-au-Prince, deux jeunes, originaires de la Grande-Anse, Louis Drouin et Marcel Numa. tombaient sous les balles d’un peloton d’exécution des Forces Armées d’Haiti. . Des centaines d’écoliers amenés sur ordre de François Duvalier ont assisté à l’exécution dont le film sera repassé tout au long de la semaine par l’unique station de télévision de Port-au-Prince.

    DROUIN et NUMA appartenaient au mouvement JEUNE HAITI, qui regroupait plus d’une centaine de jeunes, militant contre la dictature. Cette organisation avait déjà participé à plusieurs tentatives d’invasion à partir de la République Dominicaine, au cours de l’année 1963.. Après le renversement de Bosch ( sept. 1963) et la mort de Kennedy (novembre 63), la plupart s’étaient établis aux Etats-Unis et au Canada.

    Le 27 juin 1964, l’année de la présidence à vie, le groupe de Fred Baptiste et de Gérard Lafontant, FARH avait débarqué près de Saltrou.. JEUNE HAITI décida alors d’organiser une expédition de renforcement C’est ainsi que le 5 aout 1964, un commando de JEUNE HAITI débarque à la Petite Rivière de Dame-Marie.. Quelques jours plus tard, le cyclone Cléo dévaste la presqu’ile du Sud.. Ils avaient promis de tenir un mois dans la perspective de débarquements ultérieurs. Ils tiendront trois mois, infligeant de lourdes pertes à l’armée d’Haiti au cours de divers affrontements qui les opposèrent aux 3000 hommes de troupe envoyés de Port-au-Prince. Numa et Drouin seront faits prisonniers et transportés à Port-au-Prince sur un bateau des Garde-Côtes. Les trois derniers, Rigaud, Villedrouin et Jourdan seront tués dans la zone de l’Asile, à Ravine Roche, le 26 octobre, après un périple de près de 200 kilomètres.

    Ce groupe de JEUNE HAITI, connu pour l’histoire comme "LE GROUPE DES TREIZE" était composé de :: Jacques Armand, son frère Max Armand, Gérald Brièrre, Mirko Chandler, Louis Drouin, Charles-Henri Forbin, Jean Gerdès, Réginald Jourdan, Yvan Laraque, Marcel Numa, Roland Rigaud, Guslé Villedrouin, Jacques Wadestrandt.

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  • Plus de 10 000 personnes ont manifesté lundi 18 novembre à Haïti, dans la capitale Port-au-Prince, pour protester contre la misère, contre la politique du président Martelly qui défend ses propres intérêts, ceux des possédants, et qui est aussi corrompu que ses prédécesseurs.

    Depuis plusieurs semaines, un mouvement de protestation touche non seulement la capitale mais d’autres villes, où des milliers d’habitants des quartiers pauvres descendent dans la rue, prêts à affronter la répression policière, comme le relate le journal de nos camarades antillais de l’UCI, Combat Ouvrier du 2 novembre, dont nous citons quelques extraits.

    Durant le mois d’octobre, plusieurs manifestations ont été dirigées contre le pouvoir du président Martelly. Le 23 octobre, des jeunes de quartiers, des étudiants ont pris la rue à Port-au-Prince en soutien à l’avocat André Michel, qui a lancé une plainte contre la famille Martelly pour corruption. À proximité du Palais national, les étudiants ont demandé la démission du gouvernement. Ils ont été dispersés par la police, après des affrontements où les jets de pierre ont répondu aux gaz lacrymogènes.

    Le 8 octobre, c’est parce qu’ils réclamaient la construction du port qui avait été promis par le maire de Fort-Liberté, commune du Nord, que des centaines d’habitants ont pris la rue. Le maire a fait intervenir la police avec ses gaz lacrymogènes. Mais les policiers ont aussi tiré à balles réelles et un homme a été tué d’une balle dans le dos. Les manifestants en colère ont alors mis le feu au sous-commissariat de police le plus proche.

    Il y a des mouvements sporadiques qui réclament des mesures rapides pour améliorer les conditions de vie de la population, et les politiciens opposants à Martelly participent à ces mouvements en vue d’en tirer des bénéfices pour leurs partis. Ainsi, c’est la « Famni Lavalas » qui a appelé le 17 octobre des milliers de personnes à manifester à Port-au-Prince, dénonçant le prix de l’école, la cherté des produits de base, la nécessité d’être relogé, et pour réclamer la démission du président Michel Martelly. Les parlementaires ont pris la tête de la manifestation, où des portraits de l’ancien président Aristide ont été brandis. Pourtant, avant son départ, Aristide était tout autant au service des « grands-mangeurs » (des riches) que peut l’être Martelly.

    Pour l’instant donc, le mécontentement s’est fait entendre le plus souvent dans le sillage de manifestations orchestrées par des politiciens qui ne défendent nullement les intérêts des travailleurs et des pauvres, mais qui cherchent à les utiliser. (...)

    Ces manifestations, ces mobilisations de rue sont la voie d’avenir pour les travailleurs et la population pauvre d’Haïti et un exemple de combativité pour les travailleurs et les pauvres de la Caraïbe et des États-Unis. Mais les exploités ont toujours intérêt à ne compter que sur eux-mêmes, et pas sur les politiciens au service des riches.

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  • Le transport en commun, les activités commerciales et scolaires ont connu un ralentissement dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, à l’occasion de la journée de grève de ce lundi 9 novembre 2015, observe l’agence en ligne AlterPresse.

    Lancée par les syndicalistes de la Plateforme nationale des syndicats de transports fidèles (Pnstf), cette grève a paralysé les activités scolaires en divers endroits du pays, notamment au centre-ville de la capitale Port-au-Prince.

    Très peu d’élèves en uniforme ont été remarqués à l’Avenue Poupelard et à Nazon (secteur nord-est), où les activités commerciales paraissaient timides.

    Tôt dans la matinée, les véhicules de transport en commun se faisaient rares à l’avenue Poupelard, où des barricades ont été dressées sur la route, plus précisément aux alentours de l’église (catholique romaine) de Saint-Antoine de Padoue pour empêcher toute circulation automobile.

    Ces barricades ont été enlevées, peu de temps après, par des patrouilles policières qui en ont profité pour tirer des coups de feu en l’air.

    Des patrouilles ont été remarquées dans divers quartiers ainsi que des points fixes.

    Des pierres ont été lancées par des individus non identifiés contre des véhicules de transport en commun qui n’ont pas voulu respecter ce mot d’ordre de grève dans la zone, où, vers 4:00 am (9:00 gmt), des tirs sporadiques ont été entendus.

    Aux environs de 7:30 am, les rues de Tabarre, notamment le boulevard 15 octobre (périphérie nord), étaient quasiment vides.

    Très peu d’élèves ont été vus dans les rues, alors que des véhicules de transport public étaient disponibles.

    Sur la route de Frères et à Delmas, la circulation était fluide, alors que, habituellement, vers 8:00 am, il y a toujours de l’embrouillage.

    Des badauds, postés devant leurs maisons, observaient l’évolution de la situation et commentaient les dernières décisions prises par le gouvernement, en ce qui concerne l’augmentation de plusieurs taxes.

    Ces mesures gouvernementales concernaient l’augmentation du droit de timbre sur les passeports, la taxe supplémentaire sur le permis de conduire et sur le matricule fiscal, les privilèges ou primes de séparation additionnels, en faveur des membres du gouvernement, des secrétaires généraux de la Présidence et de la Primature.

    Alors que, dans un communiqué, émis le 6 novembre 2015, le premier ministre Evans Paul a annoncé le retrait de ces mesures, la publication d’un décret est exigée par les syndicats des transports publics, pour remplacer celui qui a été pris le 23 septembre 2015, puis publié le 8 octobre 2015 dans le journal official « Le Moniteur ».

    Ce mot d’ordre de grève, fixée pour les lundi 9 et mardi 10 novembre 2015, contre les mesures d’augmentation de taxes et d’octroi de privilèges aux membres du gouvernement, intervient dans une conjoncture politique difficile, où les résultats préliminaires de la présidentielle du 25 octobre 2015, qui ont suscité des troubles dans plusieurs départements du pays, soulèvent encore de nombreuses protestations.

    AlterPresse

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  • Les syndicats lèvent la grève de 48 heures avant la fin de la première journée...

    Pourquoi ? Surement pas parce qu’ils ont consulté les travailleurs !

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  • Krik ? Krak !

    Nous racontons les histoires pour que les jeunes sachent ce qui s’est passé avant eux. Ils disent : Krik ? Nous répondons : Krak ! Nos histoires demeurent dans nos cœurs.

    Haïti est comme tu l’as laissée. Oui, exactement pareille. Coups de fusil jour et nuit… Les écoles sont fermées depuis que l’armée a pris le pouvoir… Tous les autres membres de la Fédération de la jeunesse ont disparu. On ne sait plus rien d’eux. J’ai l’impression qu’ils sont tous en prison. Ou peut-être tous morts… J’espère qu’un autre groupe de jeunes reprendra l’émission de radio. Pendant longtemps, cette émission a été toute ma vie. C’était bien d’avoir réussi à la créer, de pouvoir exprimer ce que nous attendions du gouvernement et ce que nous souhaitions pour l’avenir de notre pays… Aujourd’hui, un groupe d’étudiants a été tué devant la prison de Fort-Dimanche. Ils manifestaient pour réclamer les cadavres de la Radio Six. C’est comme ça qu’ils vous appellent. La Radio Six. Tus as un nom. Tu as une réputation… Ils veulent qu’on remette les corps aux familles. Cet après-midi, l’armée a fini par rendre quelques cadavres. Les soldats ont dit aux familles d’aller les chercher à la morgue, dans la salle des indigents. Notre voisine, Madan Roger, est rentrée chez elle avec la tête de son fils, rien d’autre. Juste sa tête, je le jure devant Dieu. On lui a raconté qu’une voiture lui était passée dessus et lui avait coupé la tête. Alors, à la morgue, on lui a donné la tête. Elle a circulé dans tout Port-au-Prince, la tête dans les bras, avant de rentrer chez elle. Juste pour montrer ce qu’on avait fait à son fils. Devant sa maison, les Macoutes se sont moqués d’elle. Ils lui ont demandé si elle rapportait son dîner. Il a fallu dix personnes pour l’empêcher de se jeter sur eux. Ils l’auraient tuée, ces chiens…

    Hier soir ils sont venus dans la maison de Madan Roger… Les soldats cherchaient son fils. Madan Roger hurlait : Vous l’avez déjà tué ! Nous avons enterré sa tête. Vous ne pouvez pas le tuer deux fois. Les soldats braillaient : Tu fais partie de cette fédération de la jeunesse, avec les vauriens de la radio ?... Ils continuaient à interroger Madan Roger en criant : Ton fils faisait partie de cette fédération de la jeunesse ? C’est pas lui qui parlait de la police à la radio ? C’est pas lui qui a dit : A bas les Tontons Macoutes ? Et aussi : A bas l’armée ? Il a dit que les militaires devaient partir. C’est pas lui qui écrivait les slogans ? Il organisait les réunions, pas vrai ? Il participait aux manifestations dans les rues… Alors ils ont commencé à la frapper… On aurait dit qu’ils lui brisaient tous les os du corps…

    Je hais les soldats, les Macoutes, et tous ceux qui se servent d’un fusil…

    Edwige Canticat

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  • Sans l’aide efficace des États-Unis, Duvalier n’aurait jamais pu tenir, or ce qui a fait cette étonnante longévité, c’est la mise en avant d’une seule idée : Duvalier est le rempart efficace contre le communisme. Qu’il soit un tyran n’entre aucunement en ligne de compte, il faut l’aider. Dans le cas contraire, Haïti va tomber entre les mains des communistes et la situation politique sera dure à tenir car l’édifice est fragile… c’est aussi la raison de l’aide massive des états-uniens à un autre tyran, celui-là dans l’autre morceau de l’île, Trujillo, en Dominicanie… Duvalier sera donc aidé, en sous-main, certes, mais très aidé. Il aura même l’appui, vers la fin de son règne, de l’ambassadeur US en personne, Clinton Knox, noir, appelé en Haïti, et ce n’est pas dit dans ce livre, « Tonton Macoute Number One »… c’est tout dire. Le résultat effrayant en soi, c’est qu’au départ de Baby-Doc mettant fin à 29 années de duvaliérisme, une grosse partie de l’argent de l’aide internationale s’évadera avec sa famille. Avec la bénédiction des grandes puissances…

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  • Les millions de dollars détournés par la famille Duvalier constituent une grosse partie de la dette extérieure d’Haïti qui s’élève, aujourd’hui, à 1,4 milliard de dollars. A la chute de Bébé Doc en 1986, la dette externe du pays était évaluée à 800 millions de dollars, soit à peu près l’équivalent de la fortune du clan Duvalier.

    Le lien entre le butin de Duvalier placé à l’étranger et la dette est donc évident. Pourtant, alors qu’Haïti figure parmi les pays les plus pauvres de la planète (80% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté), le remboursement de la dette extérieure, essentiellement multilatérale, constitue la priorité pour les créanciers. En effet, le gouvernement haïtien a payé à la Banque mondiale des arriérés de 52,6 millions de dollars en janvier 2005. Le service de la dette (sommes des montants des intérêts et du capital emprunté) a, quant à lui, doublé entre 1996 et 2003. Au cours des dernières années, il a représenté le double du budget de la santé publique.

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  • En souvenir du massacre de Cazale en mars-avril 1969 :

    Lire ici

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  • Plus d’un an et demi après le lancement du processus électoral, les 6,2 millions d’électeurs haïtiens sont appelés aux urnes dimanche 20 novembre pour élire leur président ainsi que des députés et des sénateurs. L’ouragan Matthew, qui a ravagé la moitié du pays le mois dernier, avait forcé un nouveau report des élections. Les autorités électorales assurent que les centres de vote détruits ont été suffisamment réhabilités pour accueillir les électeurs.

    Mais les élections ne cacheront ni la misère, ni la dictature ni l’occupation militaire du pays !!!

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