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Editorial 17-01-2010 - Les grandes puissances s’inquiètent pour Haïti !!!

samedi 16 janvier 2010, par Robert Paris

LA VOIX DES TRAVAILLEURS

« Travailleurs de tous les pays unissez-vous »

Karl Marx

Comment les forces internationales répriment la population pauvre, le film

Haïti : l’intervention "humanitaire" cache une guerre contre le peuple révolté

Lorsque les Etats occidentaux justifient leur intervention militaire, ils prétendent être bloqués par les émeutes de gens se disputant pour recevoir des vivres et par les pillards. C’est faux ! Les vivres bloqués sur l’aéroport, ce n’est pas à cause de bandits ou d’émeutes... Les Haïtiens dénoncent les troupes étrangères parce qu’ils les connaissent. Depuis 1994 pour les USA, depuis 2004 pour toutes les troupes étrangères, elles occupent le pays et ce n’est pas pour les sauver d’une catastrophe naturelle !!! Elles interviennent contre la population. Elles prétendent que, si les secours n’arrivent pas, c’est dû à l’état des routes. C’est faux ! Elles affirment vouloir sauver le peuple haïtien, c’est faux !

Les forces armées internationales ne surveillent que les quartiers pauvres alors que les riches entretiennent des bandes armées qui pillent, terrorisent et assassinent.

Les horreurs de l’exploitation en Haïti

Les émeutes de la faim

Les bandes armées du pouvoir haïtien intervenant contre la population en 2004

D’où vient l’inquiétude des grandes puissances envers le peuple haïtien ?

C’est sans délai que des forces armées considérables (des dizaines de milliers de soldats) venues des USA, de France et du reste du monde ont débarqué en Haïti, suite au tremblement de terre qui a frappé durement la capitale, Port-au-Prince. Et, malgré un discours médiatique voulant faire croire à une aide humanitaire, la tâche essentielle qui leur est assignée est le rétablissement de l’ordre. Elles sont équipées pour la répression et non pour le sauvetage. Les équipes de sauveteurs sont bloquées par la priorité donnée à l’envoi des militaires.

D’emblée, il est impossible de cacher que l’inquiétude principale des grandes puissances, ce sont les réactions populaires et pas les victimes à sauver et les populations survivantes à aider, contrairement ce que l’on cherche à nous faire croire ici. Si quelques immeubles occupés par des Occidentaux ont été secourus rapidement, ce n’est pas le cas des quartiers habités par des Haïtiens. La plupart des gens n’ont reçu ni aide alimentaire, ni sanitaire.

Aucune force gouvernementale, aucune armée n’a participé aux sauvetages de première urgence réalisés à mains nues par la population elle-même. Certaines équipes de sauveteurs liées à des ONG n’ont toujours pas pu se rendre sur place tandis que les forces armées sur place sont des centaines de fois supérieures en nombre aux équipes de sauveteurs. Un avion-hôpital et des secouristes avec chiens ont été refusés parce que l’envoi des troupes de Marines était prioritaire, étant données les révoltes populaires qui commencent.

Si les forces armées du monde se sont empressées d’intervenir, c’est pour éviter que le vide du pouvoir, causé par le tremblement de terre qui a mis à bas les édifices publics, les bâtiments de l’Etat et des forces armées d’occupation étrangères, ne se transforme en tremblement de terre... social. Bien sûr, les forces armées parlent d’insécurité en accusant les Haïtiens de s’attaquer aux magasins, mais, quand on crève de faim, est-ce un crime ?

Pour comprendre le rôle des armées étrangères en Haïti, il faut se rappeler que l’intervention militaire américaine, onusienne ou française ne date pas du tremblement de terre. Elle est le produit de la révolte sociale qu’a connu Haïti lorsque, en 1986, le peuple haïtien a entrepris de se débarrasser de la dictature des Duvalier que soutenaient les pays occidentaux. Oui, le peuple travailleur d’Haïti a vécu une révolution, en s’attaquant aux barbares « tontons macoutes » et en renversant la dictature de « Bébé doc » Duvalier, soutenue par les USA. Le pouvoir a été durablement ébranlé. Ce n’est que récemment que les grandes puissances occupant Haïti ont pu permettre à l’armée haïtienne de retourner dans son quartier général complètement déserté après la révolution.

L’échec de cette révolution haïtienne provenait du fait que les partis et organisations sociales, syndicales, religieuses et politiques qui en avaient pris la tête, loin de souhaiter la prise de pouvoir par les opprimés, ne visaient qu’à faire rentrer le peuple dans le rang. Jamais ils n’ont averti le peuple contre l’armée de Duvalier à peine reconvertie. Jamais ils n’ont appelé le peuple à se lier aux petits soldats et ces derniers à ne plus obéir à leur hiérarchie. Jamais ils n’ont voulu désarmer les milices des grandons. Les syndicalistes, les religieux, les sociaux-démocrates et les staliniens ont collaboré pour finir par mettre au pouvoir le démagogue Aristide. Ce dernier a fini de se discréditer en devenant la marionnette des USA en 1994. Aristide ou pas Aristide, jamais le calme social n’est revenu.

Et les dizaines de milliers de soldats des armées étrangères occupant le pays depuis 2004 ne visaient nullement à remettre en cause la dictature et la misère qui règnent dans l’un des pays les plus pauvres du monde. Non, ils sont venus occuper ce pays contre cette population parce qu’elle pouvait menacer le pouvoir et les classes dirigeantes haïtiennes.

Cette « force de paix », comme elle se dénomme elle-même, n’a fait qu’attaquer violemment la population des quartiers pauvres et bidonvilles aux côtés des forces armées et de police locales. Lors des dernières émeutes de la faim en 2008, le petit peuple d’Haïti, entre autres revendications, réclamait le départ des troupes de l’ONU et des troupes étrangères. Toutes ces forces armées n’ont rien fait contre la classe dirigeante, contre la misère et l’exploitation. Rien face aux cyclones. Celui qui a détruit Gonaïves, la ville la plus révolutionnaire du pays, et laissé le peuple détruit, englué dans la boue sans que cette fameuse « communauté internationale » ne bouge le petit doigt.

Le tremblement de terre a achevé de détruire la crédibilité du pouvoir, et les grandes puissances craignent que le peuple haïtien se saisisse de l’occasion pour se débarrasser de ses oppresseurs.

Quant aux travailleurs d’ici, loin de marcher dans la propagande humanitaire hypocrite des grandes puissances, ils devraient souhaiter au peuple haïtien ce que ses oppresseurs craignent le plus : que le peuple se libère et que l’île révolutionnaire renaisse de ses cendres....!

Que faisaient les grandes puissances en Haïti ?

La révolte sociale de la population

La dictature des Duvalier, le film

UN PETIT RAPPEL HISTORIQUE :

En 1984, puis surtout en 1986, le peuple haïtien a entrepris de se débarrasser de la dictature des Duvalier que soutenaient les pays occidentaux. Oui, le peuple travailleur d’Haïti a vécu une révolution, en s’attaquant aux barbares « tontons macoutes » et en renversant la dictature de « Bébé doc » Duvalier, soutenue par les USA. Le pouvoir a été durablement ébranlé. Ce n’est que récemment que les grandes puissances occupant Haïti ont pu permettre à l’armée haïtienne de retourner dans son quartier général qui avait été complètement déserté après la révolution.

Au lendemain du 7 février, de la chute de Bébé Doc Duvalier, dans les quartiers populaires des villes et de certains secteurs ruraux, des groupes de jeunes chômeurs et de travailleurs armés de bâtons, de machettes, de couteaux, de pierres et de bidons d’essence parcourent les rues en chantant et prennent pour cible les macoutes, leurs maisons, leurs boutiques, leurs véhicules ainsi que les bureaux de la VSN, parti de la dictature. Mais les casernes et les postes militaires ne sont pas attaqués et les armes saisies chez les macoutes et autres tortionnaires du pouvoir sont remises dans les casernes ! Pendant ce temps, des chefs de la dictature de Duvalier sont blanchis par une très légère cure d’opposition comme de Ronceray et Bazin ou et des tortionnaires connus comme Ti Boulé ne sont pas inquiétés. Les milices macoutes sont attaquées par le peuple mais l’armée, elle, ni le gouvernement ne feront rien pour désarmer systématiquement les bandes armées des grandons. Nombre de militants de quartier et d’activistes d’associations paysannes ou religieuses se tournent vers cette espèce d’opposition politique constituée par la petite bourgeoisie démocratique bavarde mais peu active et encore moins radiclae socialement : celle du KONAKOM et autres « mouvements démocratiques ». Ou encore celle des Comités de Liaison Démocratique ou du PANPRA. La mouvance des comités ecclésiales de base ou Ti-Légliz ou encore les « missions Alpha » (pour dire alphabétisation et conscientisation) offrent un vaste cadre à la jeunesse pauvre et se préoccupent davantage du sort des plus démunis que la petite bourgeoisie démocratique, mais ils n’ont aucun programme qui exprime politiquement les intérêts des masses populaires face aux chefs militaires et aux classes dirigeantes. Le syndicat CATH est aussi apparu en pointe du « secteur démocratique » même si, en fait, il n’offrait aucune perspective claire aux exploités. Et la CATH s’est très vite retrouvée happée par des calculs politiciens comme toute l’opposition politicienne. Quant au parti stalinien, le PUCH de Theodore, sa réputation de radicalisme était usurpée. Theodore s’alignera systématiquement derrière les généraux ou les colonels en vogue du moment. Après avoir « donné acte » au général Namphy, pris la défense de Jean-Claude Paul, sablé le champagne avec Avril, fait applaudir Abraham, félicité Cédras, Theodore finira sa carrière en postulant au rôle de représentant au pouvoir des bourreaux du peuple haïtien, comme premier ministre de la dictature militaire !!! Lui qui avait obtenu son crédit parmi les militants du déchoukage va accepter un poste de premier ministre de la dictature avant que celle-ci ne retire sa proposition. Quand le PUCH appellera à voter « oui » au référendum du 29 mars 1987, beaucoup de gens se désolidariseront définitivement avec lui.

L’échec de cette révolution haïtienne provenait du fait que les partis et organisations sociales, syndicales, religieuses et politiques qui en avaient pris la tête, loin de souhaiter la prise de pouvoir par les opprimés, ne visaient qu’à faire rentrer le peuple dans le rang. Jamais ils n’ont averti le peuple contre l’armée de Duvalier à peine reconvertie. Jamais ils n’ont appelé le peuple à se lier aux petits soldats et ces derniers à ne plus obéir à leur hiérarchie. Jamais ils n’ont voulu désarmer les milices des grandons. Jamais ils n’ont souhaité que cette révolution remette en question les classes dirigeantes et leur système d’exploitation. Au contraire, tous leurs efforts ont consisté à réconcilier le peuple et l’armée, le peuple et les classes dirigeantes. Les syndicalistes, les religieux, les sociaux-démocrates et les staliniens ont collaboré pour finir par mettre au pouvoir le démagogue Aristide. Ce dernier a fini de se discréditer en devenant la marionnette des USA en 1994. Arisitde ou pas Aristide, jamais le calme social n’est revenu. C’est pour cela que les troupes américaines puis internationales sont intervenues car elles craignent que la révolution haïtienne se remette en marche !

1984 : la révolution prolétarienne commençait en Haïti

1984 : Plus de 200 paysans furent massacrés à Jean-Rabel après une manifestation pour l’accès à des propriétés terriennes. La Conférence des évêques haïtiens lança un programme d’instruction partout dans le pays (mais de courte durée).

En 1984, pour la première fois depuis le début de la dictature des Duvalier, des émeutes éclatèrent, et les populations des bidonvilles mirent au pillage les entrepôts de nourriture. Les émeutes anti-gouvernementales eurent lieu dans toutes les villes principales du pays.

Les premières émeutes ont commencé en mai 1984 dans la ville de Gonaïves. Malgré la répression habituelle, les échauffourées et les manifestations ne cessèrent pas. Les écoliers et les lycéens manifestaient aux cris de : « A bas la misère, à bas le chômage ». Des unités de répression, les « Unités tactiques », furent envoyées de Port-au-Prince et le 28 novembre 1985, l’armée abattit trois jeunes gens.

Trois morts de trop qui allaient entraîner des manifestations dans les différentes villes de province.

L’après-duvaliérisme

En novembre 1985, une manifestation de la jeunesse fut sauvagement réprimée. L’unanimité se faisait contre le régime.

A Port-au-Prince, début janvier 1986, des directeurs d’écoles, dont ceux de Saint-Louis de Gonzagues, du collège Bird et du Sacré-Coeur, établissements fréquentés par la moyenne et grande bourgeoisie, décrétèrent une journée de deuil et de prière.

Une partie de la bourgeoisie, par l’intermédiaire de l’Association des Industries d’Haïti, commença à parler de démocratie dans un communiqué daté du 11 janvier 1986. Elle fut suivie par l’Association Médicale Haïtienne.

Au Cap Haïtien, 40 000 manifestants se retrouvèrent le 29 janvier 1986 pour demander le départ de Duvalier.

Partout en province, les jeunes tenaient tête aux miliciens et aux soldats qui tiraient et tuaient. A Port-au-Prince, les « tontons macoutes » étaient concentrés et regroupés. L’état de siège fut décrété à partir du 30 janvier 1986 au soir.

Duvalier et ses partisans, surtout ceux qui savaient qu’ils n’auraient pas d’exil doré, allaient encore essayer de se maintenir.

Mais la dictature duvaliériste se révélait incapable de briser le mouvement de révolte.Pour les États-Unis, qui jusque-là n’avaient pas ménagé leur soutien, il devenait urgent d’arrêter le mouvement de masse. Il fallait se débarrasser de Duvalier tant que la révolte restait focalisée sur lui.

Au début de février 1986, de nouvelles émeutes agitèrent les principales villes du pays. Le 7 février, Jean-Claude Duvalier dut s’enfuir en France dans un avion de l’armée américaine. Légalisés, les partis politiques se créèrent par dizaines, ainsi que les journaux et les stations de radio, mais ce fut un Conseil national du gouvernement (CNG), composé de six duvaliéristes, qui fut chargé d’assurer la transition. Les élections d’octobre mobilisèrent moins de 5 % des inscrits. En revanche, la nouvelle constitution, en mars 1987, fut ratifiée par un très grand nombre d’électeurs. Les « tontons macoutes » perturbèrent les élections législatives, qui se déroulèrent finalement en janvier 1988. Un duvaliériste, Leslie Manigat, fut élu : en juin, un coup d’État militaire porta au pouvoir le général Namphy, qui fut chassé en septembre par le général Prosper Avril. Celui-ci démissionna en avril 1990. Mme Ertha Trouillot, choisie par les douze partis d’opposition, exerça alors la présidence d’un gouvernement civil de transition. En décembre 1990, des élections régulières se tinrent enfin. Le père J ?-B ? Aristide (prêtre exclu de son ordre en 1988 pour ses positions réputées d’extrême gauche) fut élu président de la République à une large majorité. En septembre 1991, à la suite d’un putsch sanglant, suivi d’une violente répression, une junte militaire dirigée par le général Raoul Cédras reprit le pouvoir. Aristide s’exila aux États-Unis. Ces derniers décidèrent le blocus économique d’Haïti, ce qui aggrava plus encore la vie dans l’île. Poussés par la misère, des milliers d’Haïtiens fuirent ou tentèrent de fuir le pays. Cherchant à gagner du temps, les putschistes se dérobèrent aux ordres américains. En septembre 1994, les États-Unis, avec l’accord de l’ONU, envoyèrent enfin un corps expéditionnaire dans l’île. Le président Aristide fut rétabli dans ses fonctions le 15 octobre 1994. En décembre 1995, René Préval, membre de la coalition gouvernementale d’Aristide, fut élu à la présidence de la République et confia la direction du gouvernement à Jacques Edouard Alexis en 1998. En novembre 2000, dans un pays privé de Parlement depuis 1999, Aristide reprenait la tête de l’État après des élections boycottées par l’opposition et entachées d’irrégularités.

L’administration Bush a choisi de se débarrasser d’Aristide, qu’elle n’a jamais porté dans son cœur, parce qu’il a cessé d’être utile du point de vue des intérêts américains. La crise politique amorcée depuis décembre dernier, transformée en crise militaire au début février, a montré qu’Aristide, en perdant son crédit auprès de la population, a perdu sa capacité de maintenir l’ordre.

Lors de sa première élection, en décembre 1990, Aristide fut porté par un vaste mouvement populaire qui lui valut d’être élu à la présidence avec plus de 67% des voix. Cet élan fut brutalement stoppé quelques mois plus tard, en septembre 1991, par le coup d’État militaire du général Raoul Cédras. Alors que depuis son élection, Aristide n’avait cessé de célébrer « la réconciliation du peuple et de l’armée », Cédras et sa clique se chargèrent de démontrer le contraire en soumettant le pays à une sanglante répression.

Les dirigeants de l’impérialisme américain n’étaient pas fâchés de voir les militaires haïtiens faire un bain de sang dans les quartiers populaires de Port-au-Prince. Mais les militaires ne se sont pas contentés de mettre au pas les classes populaires d’Haïti. Ils ont soumis l’économie haïtienne exsangue à un tel pillage, ils ont tant élargi les rackets, la corruption, le trafic de drogue que cela en devenait gênant pour la bourgeoisie elle-même, y compris pour les patrons américains qui voulaient exploiter en paix des ouvriers haïtiens payés un dollar et demi par jour. L’administration Clinton finit par se convaincre qu’il valait encore mieux au pouvoir un Aristide, convenablement mis au pas et chapitré pendant son exil américain, qu’une dictature militaire déliquescente.

Aristide fut remis en selle, en 1994, après que le débarquement de 20000 marines eut chassé Cédras du pouvoir. A l’époque, Aristide conservait un certain crédit auprès des masses pauvres mais il s’évertua à éteindre tous les espoirs qu’elles avaient mis en lui, ne faisant absolument rien pour améliorer un tant soit peu le sort des classes populaires. Au contraire, alors que les barons du régime et Aristide lui-même s’enrichissaient, ce pays, déjà l’un des plus pauvres du monde, s’enfonça plus encore dans la misère et la famine. Parallèlement, Aristide s’appuya de plus en plus sur la police et des bandes armées à son service, les « chimères », pour quadriller les quartiers pauvres, terroriser et bâillonner la population.

Le fait que des chefs de l’actuelle rébellion comme Louis-Jodel Chamblain et Guy Philippe, pourtant connus pour être à l’origine d’une multitude d’assassinats et d’exactions du temps de Cédras, aient pu être accueillis en libérateurs à Port-au-Prince et dans plusieurs villes, montre à quel point le régime d’Aristide s’était coupé de la population. Certes, parmi la foule venue les acclamer, beaucoup, la majorité peut-être, venaient des beaux quartiers de Pétionville, qui n’ont jamais accepté Aristide. Mais il y avait également des gens issus des quartiers populaires, applaudissant les oppresseurs d’avant-hier pour les avoir débarrassés d’un régime devenu dictatorial et honni.

Six années d’insurrection

Le 7 février 1986, après des semaines de manifestations antigouvernementales, le « président à vie » Jean-Claude Duvalier, dit Bébé Doc, est chassé du pouvoir et se réfugie en France. Le général Namphy devient président d’un Conseil national de gouvernement (CNG) composé de quatre militaires et de deux civils.

Le 9 février, cinq mille manifestants réclament la formation d’un gouvernement civil.

Le 17 novembre 1986, une grève générale se déclenche pour obtenir la dissolution du CNG

Le 29 novembre 1987, les élections sont annulées.

Le 17 janvier 1988, des élections sont organisées sous l’égide de l’armée. L’abstention est massive. Leslie Manigat devient président.

Le 18 juin 1988, Namphy reprend le pouvoir et nomme, le 22 juin, un gouvernement de militaires.

Le 10 septembre 1988, massacre au cours d’une messe à Port-au-Prince

Le 18 septembre, le général Prosper Avril, chef de la garde présidentelle et ancien homme de confiance de BébéDoc renverse Namphy. Durant toute l’année qui suit, le général Avril échappe à plusieurs tentatives de coup d’état et ne peut rétblir la paix sociale.

En 1990, les anciens « tontons macoutes » font régner la terreur dans les rues de la capitale. Les néo-duvaliéristes créent l’Union pour la réconciliation nationale dirigée par Roger lafontant. La vague de protestation populaire empêche que ce parti soit admis à participer aux élections.

Le 16 décembre 1990, le père Jean Bertrand Aristide, partisan de la « théologie de la libération », remporte haut la main l’élection présidentielle et devient président le 7 février 1991. Il est renversé le 30 septembre 1991 par un coup d’état dirigé par le général Raoul Cédras, commandnat en chef de l’armée.

Un article de novembre 1991

Haïti après le putsch – Pendant que la diplomatie s’occupe d’Aristide, l’armée s’occupe des Haïtiens pauvres

Le 29 et le 30 septembre, l’état-major de l’armée a pris le pouvoir en Haïti, pour la énième fois depuis la chute de la dictature duvaliériste. Mais à la différence des coups d’État précédents, le dernier en date n’a pas substitué simplement un général à un autre, une clique d’officiers à une autre. Le président renversé et expulsé du pays, Jean Bertrand Aristide, est le premier président civil élu dans des conditions à peu près régulières depuis l’existence de l’État haïtien, depuis bientôt deux siècles. Il a été élu en décembre 1990, par un véritable raz de marée électoral en sa faveur, parti des classes les plus pauvres de la société haïtienne, de la paysannerie misérable, des taudis des quartiers pauvres des villes. Ce prêtre jeune, à l’attitude courageuse sous les dernières années de la dictature duvaliériste, issu de milieux pauvres, qui dénonçait dans ses messes-meetings les inégalités sociales, la pauvreté, la présence des dignitaires macoutes aux leviers du pouvoir même après le départ de Duvalier, était devenu en quelques années l’espoir de ces masses pauvres haïtiennes qui rêvaient de changements, mais n’imaginaient pas encore qu’elles pouvaient se donner les moyens pour les obtenir elles-mêmes. Sa candidature surprise à l’élection présidentielle de décembre 1990 a bouleversé une campagne électorale que les masses observaient jusque-là avec apathie. Elle a suscité une véritable mobilisation électorale, déjouant dans les villes les manœuvres, les bourrages d’urnes ; surmontant dans les campagnes la crainte traditionnelle des autorités. Aristide fut élu, au premier tour avec 67 % des votes, quelque six fois plus que son suivant immédiat, Bazin, candidat disposant pourtant de l’argent et de moyens importants, soutenu qu’il était par la bourgeoisie haïtienne comme par Washington. Washington comme Paris, les deux puissances tutélaires, avec leur noria d’observateurs sur place, ont pris sur le champ la mesure de l’événement, et malgré leurs réserves largement exprimées auparavant à l’encontre d’Aristide, elles furent dans les premières à reconnaître la légitimité du nouveau président.

Aristide, déjà élu, n’était même pas encore officiellement investi, qu’une première tentative de coup d’État se produisit pour l’en empêcher. La nuit du 7 janvier, un petit groupe de civils et de militaires, conduit par Roger Lafontant, ex-ministre de l’Intérieur de Duvalier, et principal chef de l’extrême droite macoutique, occupa le palais présidentiel, força la présidente provisoire Ertha-Trouillot encore en place à démissionner. Mais la nouvelle à peine connue, des milliers, des dizaines de milliers de femmes et d’hommes quittèrent les quartiers populaires pour encercler le palais présidentiel, le bâtiment de l’état-major, au point que l’armée, dans une prudente expectative au début du putsch, se décida à arrêter la poignée de putschistes pour les soustraire à la fureur populaire. Et voilà donc que, à peine plus de six mois après, Aristide fut brutalement délogé du palais présidentiel, arrêté mais sauvé in extremis par, paraît-il, les interventions des ambassades française et américaine, puis expédié au Venezuela.

Les putschistes avaient, cette fois, préparé le terrain. Ce ne fut pas un de ces putschs dont Haïti est coutumier depuis la chute de Duvalier – sans remonter plus loin – se réduisant à une épreuve de force entre cliques militaires rivales et se dénouant parfois après quelques échanges de coups de feu. Cette fois, c’est la population qui fut visée, pour la terroriser, pour l’empêcher de réagir comme en janvier. Les camions du "camp d’application militaire" d’où est parti le putsch, secondé par des tout terrain remplis de civils en armes et tirant sur tout ce qui bougeait, avaient déjà fait plusieurs centaines de morts, lorsque le général Cedras, le chef d’état-major annonça qu’il prenait le pouvoir.

Peu importe de savoir si le putsch a été préparé et exécuté dès ses débuts par l’état-major ou alors, si ce dernier a pris le train en marche, une fois le coup amorcé par l’extrême droite macoutique, militaire ou civile (plusieurs heures après le début de la fusillade, parlant de leurs auteurs, Cedras disait encore "les rebelles").

La répression armée fut massive et sanglante. Le nombre de victimes est estimé à plus de cinq cents morts, à plusieurs milliers de blessés. Les fusillades aveugles des premiers temps d’une armée qui était d’autant plus sauvage qu’elle n’était pas assurée de l’emporter, ont été relayées par une répression plus systématique, clairement de classe, contre les quartiers pauvres de Port-au-Prince, Carrefour, Bel Air et contre les taudis des bidonvilles de la cité Soleil, de la cité Carton, etc.

Il y eut au début des réactions dans bien des quartiers de la capitale et plus encore, semble-t-il, dans certaines villes de province. Mais à Port-au-Prince, des fusillades systématiques des groupes armés militaires ou civils ont brisé les regroupements qui auraient pu confluer vers le centre, comme en janvier. Les tentatives d’arrêter les camions militaires par des tranchées, des planches à clous, ont tourné court devant l’usage intensif des armes à feu auquel la population ne s’attendait pas. Dans certaines villes de province – notamment à Gonaïve – la résistance a été plus déterminée, faisant parfois localement reculer les militaires. Mais ce fut une lutte inégale. La population n’était pas préparée, ni matériellement, ni surtout, politiquement, pour faire face à une offensive aussi violente et aussi sanglante de l’armée.

Aristide et l’armée

La population avait pourtant montré en janvier sa capacité à réagir. En outre, l’armée est numériquement faible, sept mille soldats en tout pour une population de six millions et, surtout, une capitale de près d’un million d’habitants, avec une part prépondérante pour les quartiers pauvres. Elle était, lors de l’accession d’Aristide au pouvoir, notoirement divisée entre cliques d’officiers plus versés dans les trafics et la contrebande que dans le métier militaire. En outre, si la caste des officiers dans son ensemble, comme une partie des troupes fortement influencée par l’extrême droite macoutique, vouait une haine viscérale à l’encontre d’Aristide et de cette "populace" qu’il prétendait représenter, Aristide suscitait en revanche de la sympathie parmi une partie des soldats du rang, issus généralement de la paysannerie pauvre.

Mais ni Aristide, ni les courants "nationalistes progressistes" qui, dans la foulée de l’élection d’Aristide, ont été propulsés dans les allées du pouvoir, n’ont cherché à préparer les masses pauvres aux affrontements inévitables avec l’armée. Ils n’ont pas plus voulu dresser les soldats acquis au nouveau régime contre les officiers hostiles, même indirectement, même seulement en demandant aux soldats de surveiller ces derniers pour pouvoir, le cas échéant, les empêcher de nuire.

Au contraire. Ils s’évertuèrent à expliquer que, avec l’accession d’Aristide au pouvoir, l’armée avait changé de caractère, qu’elle était désormais liée au peuple. Le putsch raté de Lafontant lui-même, où pourtant le rôle de l’armée n’était pas des plus glorieux, servit d’occasion à Aristide pour remercier l’armée au nom du peuple d’avoir défendu la démocratie. Aristide ne disait pas autre chose que toute la caste de politiciens, ou encore, que Paris ou Washington – mais justement. L’homme qui parlait était porté par la confiance, par les espoirs et surtout, par les illusions de la majorité pauvre de la population.

Même les quelques épurations au sommet de l’armée auxquelles avait procédé Aristide, ou encore, le limogeage du chef d’état-major Abraham au profit du jeune Cedras, qui étaient alors présentés par les amis comme par les adversaires d’Aristide comme des mesures hautement radicales, contribuaient à tromper et à désarmer ceux qui avaient porté Aristide au pouvoir. Le nouveau président ne montrait-il pas qu’il avait plus de pouvoir que l’état-major ? Et cette jeune génération d’officiers supérieurs, membres de l’état—major ou commandants de casernes, qui occupaient les places laissées vacantes par les survivants de l’ère Duvalier, ne représentaient-ils pas une armée nouvelle, plus moderne, moins corrompue, acceptant la démocratie ? C’est en tout cas ce que répétaient Aristide et toute la mouvance prétendument "progressiste" qui s’agitait dans son ombre. C’est Aristide lui-même qui redonna ainsi du crédit à la caste des officiers auprès des soldats ; comme à l’armée dans son ensemble – c’est-à-dire, à son état-major – auprès du peuple.

Pourtant, dans la nuit du 28 et 29 juillet, une première alerte, une première tentative avortée, partit de la base navale de Port-au-Prince. Elle échoua après plusieurs heures de négociations, sans qu’Aristide ou son Premier ministre Préval, daignent donner la moindre explication sur les causes du putsch et les promesses qu’ils ont dû faire pour le désamorcer. Aristide et le parlement.

Il est vrai que, pendant la même période, Aristide et le mouvement dit "lavalasse" qui l’appuyait avaient d’autres cibles. Le régime s’acheminait vers une crise institutionnelle, opposant le président de la République au parlement. La caste politique, traditionnellement aussi couarde qu’ambitieuse, qui avait fait quelque temps le gros dos devant le raz de marée en faveur d’Aristide, commença à relever la tête. Le parlement était composé en partie d’invertébrés doués pourtant de capacités de rebondissement exceptionnelles, qui ont réussi à traverser les régimes militaires qui se sont succédé de putsch en putsch depuis la chute de Duvalier (les uns avaient été dans l’opposition à ce dernier, les autres, ses anciens ministres). Face à eux, une nouvelle génération de politiciens, élus dans la vague aristidienne. Ces deux composants rivaux du parlement ont cependant fini par se retrouver dans une commune hostilité à Aristide, qui faisait peu de cas du parlement et qui nomma un gouvernement composé de techniciens et de proches. Les parlementaires aristidiens invoquaient la volonté du peuple qui avait donné la majorité à Aristide. Les parlementaires hostiles à Aristide invoquaient la constitution et les droits du parlement. Mais ils voulaient tous que leur rôle soit reconnu et récompensé par un poste de ministre ou, au moins, par une de ces positions politiques qui permettent de nommer parents et amis aux postes lucratifs de l’appareil d’État ou des entreprises nationalisées.

Malgré leurs ambitions, les parlementaires eussent été trop couards pour déclencher contre Aristide et son Premier ministre le harcèlement parlementaire qui prit son envol deux ou trois mois à peine après l’investiture d’Aristide et qui prit des proportions croissantes durant l’été. Mais ces parlementaires, petits bourgeois arrivistes admiratifs devant les bourgeois fortunés, ou bourgeois eux-mêmes, sentaient le vent souffler du côté des classes privilégiées.

Dans leur écrasante majorité, les classes privilégiées n’ont jamais pardonné à Aristide d’être sorti de son rôle de "curé des pauvres" (ou plus exactement, de son rôle de curé tout court). Elles lui ont encore moins pardonné d’avoir été imposé au fauteuil présidentiel par "la populace". Si les têtes politiques de la bourgeoisie, avec l’appui de l’ambassade américaine, n’avaient pas ménagé pendant plusieurs mois leurs efforts – tout verbaux, mais quand même – pour convaincre les généraux de bien vouloir quitter la scène politique et laisser se dérouler des élections, ce fut pour assurer l’accession à la présidence de Marc Bazin, ancien haut fonctionnaire international, ancien ministre de Duvalier fils et surtout bourgeois bon teint et homme des Américains. Mais pas pour hisser un Aristide au fauteuil présidentiel ! Une fois au pouvoir, Aristide ne leur fit pourtant aucun mal. Il ne prit aucune mesure qui eût pu limiter les appétits d’une classe privilégiée vorace, habituée à réaliser des fortunes non pas dans la production – le secteur productif est pour l’essentiel entre les mains des capitaux étrangers... ou de l’État – mais dans le commerce, dans la spéculation sur le prix des denrées alimentaires, dans la contrebande, et plus souvent encore, dans le pillage pur et simple des caisses de l’État. Aucune mesure de prise, même pas dans les domaines où un coup de balai eût été nécessaire du point de vue même des intérêts généraux de la bourgeoisie (aucune mesure par exemple pour arrêter la contrebande, dénoncée pourtant par une partie de la bourgeoisie qui en souffrait elle-même ; aucune mesure pour mettre fin au pillage des ressources de l’électricité d’Haïti alors pourtant que les entreprises capitalistes non équipées pour produire leur électricité privée étaient condamnées à disparaître, etc.).

Aucune mesure de prise même contre cette couche de "grandons" qui dominaient les campagnes pour avoir mis la main sur les terres d’État ou en spoliant les paysans de leur terre.

Aristide n’a donc pas choisi de tenter ne serait-ce qu’une remise en ordre des aspects les plus criants des injustices de la société haïtienne ; il n’a même pas tenté de moderniser un peu le fonctionnement de l’État et de l’économie, à l’instar de ce que certains régimes "nationalistes-progressistes" du tiers monde ont tenté dans le passé. A l’instar même de certaines tentatives qui ont été faites, en Haïti même, dans le passé, notamment par Salnave, ce militaire qui s’est emparé pour quelque temps du pouvoir en Haïti à la fin du siècle dernier pour tenter de moderniser le pays par une dictature paternaliste "progressiste", et qui s’est montré capable de s’appuyer sur les classes pauvres pour briser la résistance des classes privilégiées, en payant de surcroît les premières de retour.

Même ce qui fut présenté comme une lutte contre la corruption dans l’appareil d’État ou comme la lutte pour "démacoutiser" la fonction publique et qui était évidemment bien vue par la majorité pauvre de la population et qui a abouti au limogeage d’un assez grand nombre de fonctionnaires, de responsables voire d’employés, servit bien souvent de couverture à des licenciements économiques purs et simples, quand cela ne servit pas tout simplement à remplacer les hommes du régime précédent par des hommes nouveaux, pas nécessairement moins corrompus, ni moins arrogants vis-à-vis des pauvres. Mais pour donner le change aux classes pauvres, Aristide se répandit en discours. Il fit la pire des choses qui soit : promettre verbalement des mesures contre les classes privilégiées, mais sans en prendre aucune. Leur donner le sentiment que les pauvres représentaient une menace pour leur richesse, pour leur quiétude voire pour leur vie, mais sans donner aux pauvres les moyens de se défendre et à plus forte raison, d’imposer. Cet aspect démagogique du discours d’Aristide était pourtant largement compensé par d’autres, en direction des États-Unis, du FMI, de la Banque mondiale, vis-à-vis desquels Aristide a adopté un profil bas. Lui-même et, plus encore, les dirigeants nationalistes qui le soutenaient et qui avaient fait auparavant de l’anti-américanisme et de l’hostilité contre le FMI l’expression de leur radicalisme, ont exécuté un tournant à 180°. L’ambassadeur américain, et plus encore, l’ambassadeur français, ont été propulsés au rang des amis du peuple haïtien. Les ministres d’Aristide annonçaient leur désir de coopérer avec le FMI pour décrocher des crédits.

Même en ce qui concerne la bourgeoisie locale, la démagogie d’Aristide s’est arrêtée à la distinction, répétée au fil des discours, entre les bourgeois patriotes – dont le régime cherchait l’amitié – et les bourgeois "patripoche". Là encore, ce ne fut qu’un bon mot...

Néanmoins, les classes privilégiées n’avaient pas tort de se méfier sinon d’Aristide, du moins, de ceux qui l’ont porté au pouvoir. Car l’élection d’Aristide a été, effectivement, ressentie par les classes exploitées comme leur victoire. C’est cela qui a engendré les illusions qui auront tant contribué à les désarmer le 28-29 septembre. Mais auparavant l’idée qu’elles avaient un ami au fauteuil présidentiel, un homme assez proche pour les comprendre et qui est devenu président grâce à elles, encouragea les revendications. Ce fut vrai pour les travailleurs de la zone industrielle qui, quelques semaines avant le putsch commençaient à bouger pour revendiquer une augmentation du salaire minimum de 15 gourdes – à peu près autant de francs – par jour, misérable de toute façon, mais surtout, rogné de semaine en semaine par une inflation qui s’accélérait. Oh, ce n’était pas une mobilisation de combat, en tous les cas, pas encore ; ce fut plutôt la volonté d’affirmer une aspiration à un président que l’on croyait ami. Et comme le salaire minimum dépendait d’un vote du parlement, en opposition avec Aristide, ce fut même un moyen de soutenir ce dernier. Il n’empêche qu’il y avait un changement de climat que le patronat a ressenti comme tel, déclenchant aussitôt une violente campagne de presse contre ces revendications ouvrières qui risquaient de "ruiner l’économie", menaçant de déménager leurs capitaux ailleurs, dans un autre pays d’Amérique centrale ou des Caraïbes.

Dans les campagnes aussi se produisirent des changements, mineurs encore – contestation des droits des grandons voleurs de terre, délégations de paysans dans la capitale pour venir se plaindre en haut lieu contre des officiers qui les spoliaient, quelques occupations de terres – mais qui ne pouvaient être que violemment ressentis par les notables des campagnes, habitués à imposer leur loi à la paysannerie la plus pauvre d’Amérique latine. Et puis, dans la capitale, il y avait simplement ces pauvres, chômeurs, jobeurs vivant d’activités occasionnelles, trimardeurs, petits revendeurs, qui ne revendiquaient pas grand—chose, mais qui osaient occuper des bouts de trottoirs dans les quartiers bourgeois. Cette "arrogance" de la "populace" alimentait la haine des privilégiés contre celui qui ne pouvait pas, ou pire, ne voulait pas les "tenir".

C’est la haine montante dans la bourgeoisie qui a donné des ailes aux parlementaires avant d’en donner aux officiers généraux fraîchement promus par Aristide lui-même, mais qui étaient en général enfants des beaux quartiers, qui y avaient leurs villas, leurs piscines.Mais fait significatif, c’est contre le parlement qu’Aristide a su, occasionnellement faire appel à la rue. C’est ainsi que le 13 août, lorsque le gouvernement Préval était menacé d’un vote de censure, les militants aristidiens ont mobilisé plusieurs milliers de manifestants, venus des quartiers pauvres, pour s’opposer par la violence – et avec succès – au vote. Cette tâche accomplie, une partie des manifestants s’en est pris au local de la CATH, une des principales organisations syndicales du pays, dont le responsable, qui se revendique pourtant d’Aristide, critiquait certains aspects de sa politique. Le local fut saccagé, ainsi que celui de l’organisation nationaliste radicale KID, dont le chef fut pourtant un des promoteurs de la campagne d’Aristide.

Etant donné les sentiments que le parlement et les parlementaires inspiraient aux masses pauvres, les militants d’Aristide n’avaient pas grand mal à mobiliser contre eux dans les quartiers pauvres. Il n’empêche que même si ce furent les quartiers pauvres qui fournirent les troupes, ils ne furent pas mobilisés pour exprimer leurs propres aspirations et pour imposer leurs propres revendications. Ils furent mobilisés, à l’occasion d’obscures manœuvres parlementaires, pour soutenir un gouvernement qui n’a rien fait en leur faveur. Il n’empêche, aussi, que le parlement n’était qu’un leurre. Le parlement fit oublier l’armée. Mais c’est de l’armée que vinrent les coups. Et quand vint l’heure de l’armée, elle bénéficia du soutien du gros de la bourgeoisie, des classes privilégiées, convaincues dans leur majorité qu’il fallait mettre fin à la chienlit.

Les troupes d’Aristide, ces centaines de militants de quartiers populaires et dont on disait qu’Aristide voulait former une "milice lavalassienne", et qui commençaient à apprendre à encadrer la population pour pouvoir la mobiliser dans la défense du gouvernement Préval, n’étaient en revanche nullement prêtes à préparer la population à se défendre contre l’armée. C’était, en partie, lié au niveau de détermination de la population, sans doute. Mais c’était ainsi, surtout, parce que les chefs aristidiens voulaient que cela soit ainsi.

Aristide ne subit pas le sort d’Allende. Il n’est même pas exclu qu’un jour, il puisse resservir. Mais les masses, elles, furent exposées aux coups. Et maintenant ?

Contrairement à bien d’autres putschs du passé dans l’hémisphère sud-américain, il est peu vraisemblable que les États-Unis aient été derrière le putsch en Haïti (encore que le gouvernement américain peut avoir sa politique, et ses différents appareils en avoir d’autres). Même si Aristide n’était pas l’élu de leur cœur, il leur donnait des gages de bonne volonté. En outre, son élection permettait d’assurer la transition pseudo-démocratique qui paraissait impossible à réaliser depuis la chute de Duvalier qui remonte tout de même à février 1986, tant était grande l’irresponsabilité intéressée des clans militaires qui ne voulaient pas être écartés, au profit de civils, des postes qui permettaient le mieux le pillage des caisses de l’État.

En outre, les États-Unis, leur ambassadeur qui se comporte comme le véritable Premier ministre occulte du pays, comme leurs experts, sont les premiers à savoir que l’armée haïtienne, dont la sauvagerie ne compense pas la pourriture interne et l’incompétence, ne ferait pas le poids contre une véritable insurrection populaire. Les dirigeants américains avaient-ils des raisons de craindre qu’écarter Aristide ne provoque une insurrection populaire ? On peut supposer que les États-Unis, en tous les cas, leurs têtes politiques, n’avaient pas envie de tenter l’expérience. Mais on peut aussi penser que, une fois l’expérience tentée – et réussie – les États-Unis sauront en tirer la leçon et se faire une raison.

Si la France a condamné le renversement d’Aristide et demande son retour – tout verbalement, évidemment, mais c’est déjà cela – les États-Unis ont une attitude plus nuancée, en changeant dans le temps. Il est vrai, aussi, que la France, petite puissance mais à laquelle son lointain passé de colonisatrice donne quelques ambitions en Haïti, semble avoir misé sur Aristide pour la favoriser face aux Américains.

Mais ce sont les États-Unis qui comptent. Ceux-ci, après avoir condamné le putsch et, revendiqué dans un premier temps le retour d’Aristide, ont commencé peu après à reprendre à leur compte les accusations de tentation dictatoriale formulées à l’encontre d’Aristide. Ce fléchissement va dans le sens du fléchissement observé, de leur côté, par les putschistes. Cedras a toujours prétendu qu’il n’a pris le pouvoir que pour empêcher Aristide d’instaurer sa dictature. Et pour montrer sa bonne volonté "démocratique", il ne s’est pas installé dans le fauteuil présidentiel, mais y a installé celui qui, dans l’ordre de succession constitutionnelle, doit remplacer le président et le Premier ministre en cas de vacance de pouvoir, le doyen des juges de la Cour de cassation, Joseph Nérette. Et pour pousser plus loin la parodie du respect de la constitution, il a obligé le parlement, entouré de l’armée, à officialiser le choix.

A vrai dire, la contrainte militaire a plus rendu service aux parlementaires qu’elle ne les a effrayés (sauf pour les quelques fidèles d’Aristide). Ils peuvent, en cas de rebondissement, avoir l’excuse de la contrainte pour avoir fait ce qu’ils avaient envie de faire. Pendant que l’armée massacrait dans la rue, procédait à des rafles et des arrestations, le nouveau "président par intérim" nomma un Premier ministre, ancien président d’une Ligue des droits de l’homme (!), qui se mit à faire des tractations avec les représentants des partis politiques, dont aucun ne fut interdit. Débarrassés d’Aristide, toute la faune politique – Théodore, chef du Parti communiste haïtien compris – a retrouvé sa raison d’être, se mit à combiner, discuter de futures élections, se démarquer plus des "tentations dictatoriales" d’Aristide que de la dictature réelle de l’armée, et préparer ainsi une nouvelle "transition démocratique" avec de nouvelles élections, que l’armée semble vouloir accepter. Si les États-Unis restent associés à l’embargo économique contre le nouveau pouvoir, un terrain d’entente se dessine donc entre leurs dirigeants et Cedras pour trouver une forme de retour à "l’ordre constitutionnel". Cedras se déclare prêt à procéder au plus vite à des élections – c’est seulement au retour d’Aristide qu’il s’oppose catégoriquement. Il sait que, sur ce terrain, il représente assez bien les sentiments des couches privilégiées haïtiennes qui, d’un côté, voudraient bien que l’embargo cesse – l’embargo sur le pétrole notamment risque de bloquer toute activité économique – même s’il faut pour cela reprendre Aristide, mais qui redoutent encore plus qu’Aristide puisse revenir en se présentant en vainqueur et que ce retour puisse déclencher une explosion et un désir de vengeance dans les classes pauvres que plus personne ne pourrait contrôler.

Oh, Aristide, lui, donne des gages politiques ! A l’égard de l’armée, d’abord, dont il déclare toujours qu’il faut attendre de ses "éléments sains" le retour à la démocratie ! A l’égard des puissances extérieures, les États-Unis, la France ou encore le Venezuela qui l’accueille, dans l’action desquelles il déclare mettre ses espoirs. A l’égard des craintes même des couches privilégiées et de la caste politique, en réduisant au fil du temps ses prétentions, en acceptant de se subordonner au parlement et donc en admettant virtuellement d’être un président inaugurant des chrysanthèmes. Il ne demande pratiquement plus que le remplacement de Cedras à la tête de l’armée – ce qui lui permet au demeurant de rendre la "folie" ou "l’ambition" du chef d’état—major seul responsable du coup d’État militaire et de la répression. Mais peut-être qu’Aristide devra même accepter Cedras. Pourra-t-il revenir à la présidence pour autant ?

Les États-Unis pourraient accepter le retour d’Aristide, dont certains pays d’Amérique Latine comme le Venezuela sont de chauds partisans. Mais il ne faut pas que ce retour puisse apparaître comme une conquête pour les masses pauvres, mais un cadeau des démocraties occidentales. Le problème pour les États-Unis, comme pour les classes privilégiées, n’est pas Aristide, c’est encore et toujours cette masse pauvre haïtienne, avec son immense capacité de supporter la misère et l’oppression, dont ont tant tiré profit toutes les crapules grandes et petites qui ont fait des fortunes sur son dos ; mais avec, aussi, ses brusques sursauts de colère explosifs. Comme l’a rappelé ingénument il y a peu un officier supérieur français que l’on interrogeait sur l’éventualité d’une intervention de l’armée française en Haïti afin d’y "rétablir la démocratie" : "ce sont tout de même les Haïtiens qui ont administré une piquette mémorable à l’armée française, la meilleure du monde à l’époque, sous Napoléon". Les Haïtiens que craignent dirigeants français comme américains, ce n’est pas Cedras et son armée, sûrement pas. Tout le problème des puissances impérialistes est de convaincre cette armée d’avoir un comportement un peu plus responsable. Mais surtout, sans lui faire du mal, car si cette armée craque, comment les États-Unis pourraient-ils éviter l’intervention militaire, soit directe, soit sous l’égide de l’OEA (Organisation des États Américains) ?

Un article de janvier 1992

L’armée d’Haïti n’étant qu’une association de brigands armés mus surtout par les intérêts les plus immédiats des différentes cliques entre lesquelles elle se divise – et dont chacune est plus ou moins liée à des cliques similaires de la couche privilégiée civile – même si Cédras veut la "solution Théodore", il lui faudrait bien des manœuvres pour l’imposer. La Cafétéria (NDLR : unité militaire liée aux macoutes à l’origine du coup d’État) n’a pas encore nécessairement dit son dernier mot. Et même s’il y a des moyens – argent, promesse de promotion, fromage – pour désamorcer l’opposition du major François, des comme ce dernier, il en repousse sans cesse au sein du vivier d’une caste d’officiers pourrie jusqu’à la moelle. D’autant que cette fraction de la classe privilégiée qui s’enrichit dans ou autour des mafias macoutiques vient encore de montrer, par ses manifestations autour du Parlement, […], etc., qu’elle ne veut pas qu’on touche à la situation actuelle qui lui convient parfaitement. Il suffit qu’un des clans macoutes s’estime, à tort ou à raison, sous la menace d’être écarté d’une position lucrative pour que ses alliés ou hommes de main dans les casernes, puissent tenter la nième édition d’un coup armé.

Et on a vu, le 30 septembre, comment l’action déclenchée par un nombre limité de militaires de la Cafétéria et du Camp d’application (NDLR : l’autre unité militaire à l’origine du coup d’État), soutenus et financés par des bourgeois macoutes, a entraîné l’ensemble de l’armée, puis à partir de là, toute la caste politique. Cédras, comme ses prédécesseurs, préfère suivre les initiatives des régiments les plus directement liés aux macoutes, qui sont, aussi, souvent, les plus irresponsables même du point de vue des intérêts de la classe privilégiée, plutôt que de briser l’armée. Et là-dessus, Cédras sait qu’il peut compter sur la compréhension des dirigeants américains. Les États-Unis n’auraient aucun mal à mettre au pas cette armée peut nombreuse et pas combative, dont l’irresponsabilité et la corruption les gênent. Mais c’est la seule armée qui est à leur disposition en Haïti pour tenir les classes pauvres. Il n’y en a pas d’autres. Sauf à être en situation politique d’intervenir militairement, ou de pouvoir faire intervenir les troupes d’une autre nation, les États-Unis protégeront l’armée d’Haïti, c’est-à-dire son état-major et son corps des officiers. Si les États-Unis sont impuissants devant les frasques et l’irresponsabilité politique de l’armée haïtienne, c’est parce qu’ils ne veulent pas faire autrement. Et c’est le même mécanisme politique qui fait que même les quelques – très rares ! – têtes pensantes de l’état-major, ceux qui sont capables de comprendre que la forme pseudo-démocratique ne menace en rien le rôle de l’armée – dans bien des "démocraties" latino-américaines, à commencer par le Venezuela ou la Colombie, l’armée joue dans la vie sociale un rôle aussi écrasant qu’en Haïti, sinon plus – même ces "têtes pensantes", finissent toujours par céder devant les plus macoutiques et les plus pourris de l’armée. L’expérience fut faite sous Avril. Elle est en train d’être refaite sous Cédras. Les Cédras ou les Avril ne peuvent pas s’en prendre aux François, Régala, J.-C. Paul, si ce n’est à fleuret moucheté, sans leur faire vraiment du mal – sauf à les empoisonner en douce (NDLR : allusion à la mort de J.-C. Paul, chef en son temps de la principale caserne de la capitale, trafiquant de drogue notoire, mort empoisonné).

Voilà pourquoi Cédras louvoie et cherche à se concilier les énergumènes de l’armée. Voilà pourquoi, en passant, l’armée sera toujours marquée par le macoutisme, soumis à la pression de l’extrême droite. Voilà pourquoi seuls les imbéciles peuvent rêver d’une "armée démocratique" et seuls ceux qui veulent tromper les classes pauvres peuvent en défendre l’illusion.

Théodore, premier ministre ?

A défaut d’être sûre, l’accession de Théodore au poste de Premier ministre n’est cependant pas invraisemblable.

La bourgeoisie qui, dans sa quasi totalité, s’est réjouie du coup d’État du 30 septembre, subit cependant les inconvénients de l’embargo. Oh, pas dans leurs personnes : pour ceux qui ont de l’argent, il n’y a pas d’embargo. Pendant que les pauvres crèvent de faim, tant le prix du riz, du sucre, etc., s’est envolé, les bourgeois n’ont aucun mal à se procurer des aliments de luxe, et si le ventre leur en dit, à manger du caviar et boire du champagne. Ils ne souffrent même pas tous de l’embargo dans leurs affaires. Pour ceux qui s’enrichissent dans la contrebande – généralement les secteurs les plus liés au macoutisme – l’embargo est même un cadeau : cela fait marcher la contrebande, cela permet d’augmenter les prix pour augmenter les bénéfices et en rejeter la responsabilité sur l’embargo. De surcroît, comme les "lavalassiens" (NDLR : les partisans d’Aristide) ne proposent que l’embargo comme espoir aux masses pauvres, ces derniers ne protestent même pas contre les hausses de prix de peur d’avoir l’air d’être opposés à l’embargo. En subissant les hausses de prix, les pauvres croient souffrir pour le retour d’Aristide, alors que dans la réalité, ils ne souffrent que pour enrichir encore plus un certain nombre de gros commerçants et de spéculateurs. Malgré ses aspects avantageux pour certains dans la classe privilégiée, l’embargo est néanmoins gênant pour les affaires de tous ceux qui ont besoin du commerce international "légal", des échanges internationaux : les sous-traitants de la zone industrielle, les entreprises qui vendent ou achètent à l’extérieur. En outre, les conséquences de l’embargo sur l’approvisionnement en carburant rendent plus difficile le fonctionnement de toutes les entreprises productives.

Si donc la nomination de Théodore – dont les couches privilégiées ont eu l’occasion au cours des cinq années passées de mesurer la servilité à leur égard – est susceptible de donner aux États-Unis un prétexte pour abandonner l’embargo, cela arrangerait les affaires d’une grande partie de la bourgeoisie.

Côté américain, il peut sembler paradoxal que Washington accepte, voire patronne, la nomination d’un homme qui est encore le secrétaire général d’un parti qui s’affiche communiste dans son nom, même s’il promet d’en démissionner au cas où il deviendrait Premier ministre. Et Washington aurait sûrement préféré Bazin. Cette ancienne étiquette "communiste" elle-même – dont les Américains savent parfaitement qu’elle ne signifie rien, Théodore étant même prêt à faire plus de bassesses à l’égard des USA que n’en fit en son temps Duvalier à certaines périodes – fournit cependant un avantage du point de vue des Américains. Ils claironnent leur attachement au "processus démocratique". En début décembre encore, Alvin Adams affirmait dans une interview sur radio Métropole qu’il n’était pas question de mettre fin à l’embargo avant la "restauration de l’ordre constitutionnel" qui passe par "le retour d’Aristide". Alvin Adams – comme le département d’État – voudrait pouvoir se passer d’Aristide, mais il lui faut une solution qui lui laisse le beau rôle de défenseur de la démocratie, même si ce mot ne couvre qu’une dictature à peine déguisée.

Mais que demander de plus aux militaires en guise de "geste démocratique" que d’accepter comme Premier ministre un "homme de gauche", et même un ex-"communiste", bénéficiant de surcroît de l’aval d’Aristide lui-même. Les États-Unis, qui n’ont pas à être plus royalistes que le roi, pourront alors proclamer que le processus démocratique est désormais de nouveau en marche – et lever l’embargo. Même si, "à titre temporaire", on demande à Aristide de rester à l’étranger, comme Théodore l’envisage. Même si, derrière la marionnette Théodore, l’armée a les mains entièrement libres pour continuer sa politique de répression mais aussi, ses petites affaires lucratives.

Reste l’armée elle-même. Du point de vue des têtes politiques de l’état-major, Théodore ne manque pas d’atouts. Il a été le premier leader politique non macoute à soutenir le coup d’État militaire et à saluer en Cédras le "sauveur de la démocratie". Cela mérite récompense. D’autant que ce n’était pas un moment d’égarement : depuis 1986, de Namphy à Avril, Théodore a fait la cour à tous les généraux de passage au pouvoir. Et quand il sembla avoir une politique "autonome" à l’égard du général installé dans le fauteuil bourré, ce fut pour soutenir le colonel Jean-Claude Paul. Par ailleurs, Théodore a donné bien des gages politiques aux milieux macoutiques eux-mêmes. Il a été un de ceux qui, après la chute de Duvalier, menaient campagne pour "l’union nationale", en précisant même clairement que les duvaliéristes devaient avoir leur place dans cette union. Il n’est pas certain pour autant que Théodore soit accepté par les milieux macoutiques et par leurs prolongements dans l’armée. D’où, pour les convaincre, la véritable déclaration d’amour de Théodore lors de sa conférence de presse en direction de l’armée. Mais comme il n’y a pas que les sentiments qui comptent, Théodore promet à l’armée, aussi, de l’argent, des moyens plus importants.

Honorat ou Théodore : de toute façon le pouvoir sera entre les mains de l’état-major

Les jours prochains diront qui imposera sa solution entre ceux dans les milieux dirigeants qui veulent faire quelques concessions au "processus démocratiques" – c’est-à-dire, à la recommandation américaine de déguiser la dictature derrière une façade constitutionnelle – et ceux qui n’en veulent pas. Cela n’ira pas sans une sorte d’épreuve de force entre brigands au pouvoir. Cette épreuve de force peut rester feutrée, mais elle peut aussi se traduire par des démonstrations armées, voire par une nouvelle tentative de putsch. Le domicile de Théodore aurait été, pour la première fois, soumis à la menace d’un groupe militaire armé. Il faut croire que, malgré les "assurances" dont il se prévaut, il y a des militaires qui ne marchent pas. Étant donné l’état d’indiscipline de l’armée, même à l’égard de son état-major, même si les "assurances" viennent de Cédras en personne, elles ne constituent pas une assurance-vie... […]. Si le gouvernement Théodore finit par se mettre en place et si les États-Unis lui donnent leur bénédiction – et si les militaires sont d’accord, pourquoi ne la donneraient-ils pas, puisque même Aristide donne sa caution à Théodore – les masses pauvres auront alors la démonstration du maximum de démocratie qui leur est consentie sous l’égide des classes privilégiées. La toute-puissance des chefs de section dans les campagnes ; les interventions systématiques des militaires dans les quartiers pauvres ; la répression, les tortures, les assassinats ; le droit de tous ceux qui détiennent une parcelle de pouvoir, de par leur uniforme, leur revolver, leur poste – ou de par leur argent – de voler, de piller les plus pauvres. Comme avant. Comme au temps de Duvalier. A ceci près que le multipartisme existera – mais cela fait cinq ans qu’il existe et même les auteurs du coup d’État du 30 septembre ne l’ont pas supprimé – et que les affrontements, verbaux ou armés, au Parlement, tiendront lieu de "démocratie".Ces parlementaires, lâches, cupides, veules, soumis à tous les pouvoirs qui passent, voilà ce qui est accordé aux masses pauvres, au mieux, comme "représentants du peuple". Et ce Parlement qui, sans même que sa composition soit changée, est passé du soutien à Aristide au soutien à Cédras-Nérette-Honorat, voilà le garant suprême de la "démocratie" ! Il est probable que les masses pauvres n’auront même pas droit au retour d’Aristide, car on trouvera bien une "solution" pour le tenir éloigné, gardé seulement en réserve par les puissances impérialistes, au cas où, dans l’avenir, il faudrait calmer les masses pauvres. Mais si, malgré tout, on laissait Aristide revenir et s’il n’était pas transformé en martyr par un militaire macoute aussitôt qu’il aura posé son pied sur le sol haïtien, il serait de toute façon un otage impuissant.

La politique des militaires

A l’ombre des négociations sous l’égide de l’OEA, l’armée poursuit sa politique de répression. Lors du coup d’État, la répression indistincte, large, avait pour but de frapper les masses, les terroriser. S’y mêlait la vengeance de toute la racaille macoute qui se sentait menacée sous Aristide, même si Aristide s’est contenté de faire des discours contre eux, mais ne leur a fait aucun mal. Depuis quelques semaines, il y a autre chose. Au travers des arrestations, des perquisitions à domicile, des assassinats ciblés sur des militants, se manifeste une volonté politique. Celle de décimer, de démoraliser, de pousser à l’inaction cette génération de militants qui a surgi avant et après le renversement de Duvalier, ces femmes et hommes qui animent des associations, des comités de quartiers, la Ti Église, qui fournissent la base des organisations politiques qui prétendent vouloir changer Haïti dans un sens plus démocratique.

Ces quelques milliers de jeunes avaient bien des illusions successives, leur détermination d’agir avait bien des limites. Leurs perspectives étaient floues, et se réduisaient en général à la conviction que l’ordre des choses sous Duvalier ne devait pas revenir, mais sans trop savoir ce qu’il fallait faire pour que cela soit le cas.

Mais leur simple existence était une menace pour l’ordre établi, pour la couche privilégiée, pour les militaires. Non pas pour ce qu’ils étaient ou pour ce qu’ils disaient, mais pour ce qu’ils étaient susceptibles de devenir. Mais aussi, pour ce qu’ils faisaient – malgré le caractère modéré de leur activité – car les associations de paysans, de jeunes dans les campagnes ou les comités de quartiers dans les villes, représentaient en eux-mêmes une contestation de l’autorité des chefs de section, une menace de contrôle sur les détournements, une structure parallèle aux structures militaires. Et puis, quand bien même les comités, les associations ne regroupaient jamais le grand nombre, n’étaient ni très actifs ni radicaux, ils entretenaient de fait un climat de discussion politique. La couche dirigeante d’Haïti n’a jamais toléré que se développe un vivier de ce genre. Il pourrait en surgir des militants, des organisations, susceptibles de donner aux masses pauvres ces cadres, ces structures qui leur sont nécessaires pour se défendre et, crainte des craintes des possédants, pour se libérer !

Malgré la répression, ce milieu militant n’a pas disparu. Mais il est durement éprouvé et surtout, manque de perspectives. Il a cru à la démocratie et à la liberté, et cette conviction lui a donné le courage de renverser Duvalier. Il a cru ensuite aux élections, mais les massacres de la ruelle Vaillante ont bouché cette perspective. Désorienté, il a retrouvé espoir et a cru retrouver des perspectives lorsqu’Aristide s’est présenté aux élections. Aristide fut élu. Mais – quelle que soit par ailleurs l’appréciation que l’on puisse porter sur les six mois de son pouvoir – le 30 septembre a montré que ce pouvoir dépendait du bon vouloir de l’armée, et que, malgré ce qu’en disait Aristide lui-même, c’était la même armée qu’avant, féroce contre les classes exploitées.

Quelles perspectives ?

Les militants issus de 1986 et qui n’ont pas été terrorisés par la répression au point d’abandonner l’action sont, en quelque sorte, à la croisée du chemin. Ceux que la répression effraie, qui se découragent, donnent en quelque sorte raison aux militaires, qui en tireront comme conclusion que la terreur est efficace. Mais on ne peut pas militer éternellement sans perspectives. Et celle que donne la direction lavalassienne n’en est pas une. Diffuser des tracts, faire des graffitis, etc., pour soutenir l’embargo, demande certainement du courage de la part des militants qui le font, et ce courage mérite du respect. Mais l’embargo ne dépend absolument pas des militants. Il dépend des décisions de Bush. Ce dernier peut l’abandonner quand cela l’arrange. Proposer cela aux militants, c’est leur proposer l’inactivité, l’impuissance. En outre, cela signifie les faire militer pour propager des illusions dans les masses, l’illusion qu’ils peuvent faire confiance aux dirigeants du monde impérialiste, aux Bush, Mitterrand ou Ocampo pour la réalisation de leurs aspirations démocratiques. Mais que dire demain, si l’embargo n’aboutit qu’à un gouvernement Théodore-Cédras ? Comment continuer à justifier, honnêtement, les sacrifices qu’au nom de l’embargo, on impose de cette façon aux plus pauvres ? Il faut que les militants réfléchissent à cette question. Il faut qu’ils se rendent compte de l’inanité de cette politique. Les masses ne sont pas assez mobilisées ou mobilisables pour pouvoir en proposer une autre ? Peut-être. Mais ce n’est pas en leur faisant croire au père Noël ou à la bonne volonté démocratique de Bush qu’on contribue à amener les pauvres à la conscience et surtout, à la confiance en elles-mêmes.

Et puis, il y a autre chose. L’embargo, même tel qu’il est présenté par la direction lavalassienne, n’est qu’un moyen. Le but, c’est ramener Aristide. Mais même si l’on y parvenait ?

La veille du coup d’État, Aristide était bien là où les lavalassiens voudraient le ramener. Il avait théoriquement le pouvoir. Il avait le soutien de 67 % de l’électorat. Eh bien, la volonté clairement exprimée de plus de deux millions d’hommes et de femmes, pour ne parler que de ceux qui ont voté, a pu être bafouée par cette armée corrompue, indisciplinée, minable autant que féroce, par à peine plus de quatre mille hommes, dont d’ailleurs certains parmi les soldats étaient partisans d’Aristide.

Mais comment cela a-t-il été possible ? Pourquoi quatre mille hommes ont pu imposer le choix de leurs chefs à plusieurs millions de citoyens ? Et surtout, comment éviter cela dans l’avenir, même au cas, "optimiste" où l’évolution actuelle aboutirait au retour d’Aristide ?

Se poser ces questions, honnêtement, en allant jusqu’au bout, c’est remettre en cause la politique d’Aristide et de la direction lavalassienne pendant leur passage au gouvernement. C’est remettre en cause le mensonge du "mariage peuple-armée", c’est remettre en cause toute une politique qui consistait de ne donner aux pauvres que des mots d’espoir, alors qu’aux bourgeois, on donnait des avantages avec pour prétexte l’idée de les gagner à la "cause aristidienne". Total, les bourgeois ont financé le coup d’État, et les masses pauvres, à qui l’on a refusé les moyens de se défendre et dont on a bourré la tête d’une fausse sécurité, n’étaient pas en état de se défendre. Les militants qui ne se poseraient pas ces questions, qui n’oseraient pas aller jusqu’au bout de ces idées et rompre avec leurs illusions passées, sont condamnés, au mieux, à l’inefficacité et au pire, au cas où les masses se mettraient en branle au point d’obliger les couches dirigeantes à ramener Aristide pour les calmer, ils seraient les complices actifs de mensonges pour les désarmer de nouveau.

Accuser les classes pauvres, dans le présent ou le futur, de ne pas être capables de résister aux militaires, serait écœurant de stupidité. Les prétendues "élites" du pays ont toujours accusé "le peuple", de ne pas être mûr pour la démocratie, ne pas être mûr pour le développement. Et ce genre d’accusation venait de cette "élite", de cette intelligentsia, dont les quelques éléments les plus honnêtes ont en général toujours fui à l’étranger pour s’assurer une vie pas trop infecte ; et dont la majorité utilisait ses connaissances, ses positions, pour apporter sa contribution aux classes privilégiées dans leur pillage du peuple.

La seule façon de ne pas reproduire cette attitude dans les milieux militants, c’est de choisir clairement, consciemment le camp des classes exploitées. Il n’y a pas de place en Haïti, même seulement pour un démocratisme conséquent, hors du choix de militer pour organiser les classes exploitées, la classe ouvrière en premier lieu, discrètement, moléculairement dans les périodes dures, de plus en plus ouvertement au fur et à mesure que les classes pauvres apprennent à se défendre. Même pour les libertés et les droits tout relatifs qui sont donnés à d’autres peuples, on ne peut pas compter sur des combinaisons d’en haut. Le salut ne peut venir que d’en bas. La classe ouvrière, les quartiers pauvres s’organisant pour leurs intérêts de classes, politiques mais aussi matériels ; se donnant les moyens de se défendre, voilà la seule base possible pour la démocratie.

Mais cela ne peut pas se réaliser par incantation, par hasard, dans le feu des événements. Cela demande des militants qui défendent cette politique. Cela demande qu’ils aient fait un choix de fond préalablement. Et ce choix, c’est celui de la seule stratégie politique qui part de l’idée que c’est la prise et l’exercice du pouvoir par le prolétariat organisé qui peut transformer radicalement la société et déchouker non seulement la caste des officiers, les macoutes, mais toute la classe des possédants, c’est-à-dire le choix du marxisme et du communisme.

Au moment où l’éventualité de l’accession au pouvoir de Théodore comme l’effondrement des régimes des pays de l’Est en Europe montrent la profondeur de la pourriture atteinte par le communisme "officiel", de cette idéologie qui n’a gardé l’étiquette "communiste" que pour mieux en trahir l’esprit, pour servir la bureaucratie de l’ex-Union soviétique, il est indispensable que notre génération de militants, renoue, après tant d’illusions, d’errements, d’hésitations, d’incertitudes, avec les idées de la lutte des classes, avec le communisme, avec les combats que le prolétariat mène, à travers ses avancées et ses reculs, pour renverser le pouvoir de la bourgeoisie.

Et si ce choix est fait, ne serait-ce que par une fraction significative du milieu militant, des épreuves de la répression pourra sortir une véritable organisation révolutionnaire au service du prolétariat. Une organisation révolutionnaire dont les militants garderaient l’enthousiasme des jeunes de 1986, mais sans leurs illusions, leurs naïvetés. Des militants qui sauraient que la liberté, la démocratie sont inséparables de l’égalité sociale et que cette égalité sociale ne sera pas donnée aux classes exploitées, mais qu’en revanche, les classes exploitées ont la force de l’imposer en prenant sous leur contrôle toutes les richesses de ce pays et leur utilisation. Dans ce cas, l’histoire pourra réserver des surprises non seulement aux bourreaux en uniforme, mais à toute la bourgeoisie, tant haïtienne qu’internationale."

Un article de 1993

Le retour d’Aristide […] voilà la concession que l’état-major a consentie […].

C’est d’ailleurs la seule concession. Pour le reste, c’est Aristide qui a été amené à céder sur à peu près tout. La presse américaine a rapporté que, jusqu’au dernier moment, Aristide a hésité à signer l’accord, tant on lui demandait d’avaler des couleuvres. Mais au dernier moment, il a fini par céder. Pour sauver l’honneur, il a refusé de rencontrer personnellement Cédras. Mais il faudra bien, à son retour, qu’il rencontre et côtoie tous les jours, sinon Cédras, du moins les autres membres de l’état-major, tout aussi responsables du putsch du 30 septembre. Soit dit en passant, les lavalassiens (1) présentent comme le signe du pouvoir futur d’Aristide, le fait qu’il lui appartiendra de nommer le futur commandant en chef. C’est une énormité après ce qui s’est passé le 30 septembre 1991, sous la responsabilité de Cédras qui avait, déjà, été nommé par Aristide. Mais en outre, Aristide devra nommer le nouveau commandant en chef parmi les généraux du haut commandement, et il n’y en a que quatre, tous autant responsables les uns que les autres dans l’établissement et le maintien de la dictature militaire : Biambi, Duperval, Max Mayard et Cédras lui-même. Sur la question la plus importante, Aristide avait déjà cédé depuis très longtemps, bien avant les négociations de Governor’s Island, en amnistiant l’armée dans son ensemble de son coup d’État. Il s’est seulement accroché, pendant des mois, à l’idée d’expulser Cédras de l’armée et même du pays. C’était déjà absoudre les responsables civils et militaires du 30 septembre, car ce n’est tout de même pas Cédras tout seul, ni même flanqué du colonel François, qui a massacré de ses mains les trois mille victimes de la répression. Mais au dernier moment, on lui a même fait accepter que Cédras lui-même ne soit pas démis de ses fonctions, mais qu’il "fasse valoir son droit à la retraite". L’armée a donc refusé de fournir même un seul bouc émissaire issu de ses rangs. Non, au contraire, ses chefs affirment fièrement qu’ils avaient raison de faire le putsch, apportant ainsi, pour reprendre l’expression cynique récente de Cédras, une "correction démocratique" au régime d’Aristide. En signant l’accord de Governor’s Island, non seulement Aristide absout donc l’armée du putsch du passé, mais il lui donne, implicitement, le droit d’apporter dans le futur ce genre de "correction démocratique" au fonctionnement du système politique.

Non seulement donc l’armée sera là après le 30 octobre, avec le même état-major, avec la même hiérarchie, avec les mêmes chiens enragés, et donc en position de renverser Aristide le jour et l’heure où elle le choisira, mais elle pourra le faire avec le blanc-seing tacite qu’Aristide vient de lui délivrer. En outre, la menace du putsch servira de justification y compris aux dirigeants lavalassiens pour s’opposer à toutes revendications voire pour désavouer même des manifestations en faveur d’Aristide. "Pas de provocations" pour ne pas donner des prétextes aux putschistes. Voilà au nom de quoi on fera taire les oppositions. Sans même avoir à intervenir, l’état-major pèsera en permanence sur la vie politique. Ce qui ne l’empêchera pas, pour autant qu’Aristide se déconsidère, d’intervenir quand même.[…]

Dès aujourd’hui, on fait cependant mine de reconnaître Aristide pour chef d’État. C’est lui qui nommera officiellement le futur Premier ministre que les conseillers américains ont sans aucun doute déjà choisi pour lui. Ce Premier ministre devra cependant être accepté par le Parlement. Il y a évidemment un côté surréaliste dans le pouvoir théoriquement reconnu à cette collection de paillassons sur lesquels tous les militaires se sont essuyé les pieds et qui s’appellent Parlement et Sénat. Et passons sur le ridicule de tous ces gens, frétillant, se prenant au sérieux devant le rôle qu’on leur attribue. Ils ont cependant une fonction. En faisant mine d’augmenter le rôle du Parlement, on diminue celui du président de la République.

On a vu avec quelle facilité l’armée avait congédié Aristide il y a deux ans, alors pourtant qu’il bénéficiait de l’autorité du président le mieux élu de toute l’histoire d’Haïti et qu’on l’accusait de concentrer trop de pouvoir entre ses mains, notamment par rapport au Parlement. Eh bien, cette fois, même officiellement, il n’aura qu’un rôle restreint. C’est le Premier ministre qui gouvernera. C’est le Parlement qui contrôlera le Premier ministre. Et bien entendu, c’est toujours l’armée qui surveillera tout ce beau monde, sous la tutelle des États-Unis. Et Aristide ne sera plus le "président élu", mais le président "réhabilité", ramené par la grâce des États-Unis, comme se plaisent à le rappeler déjà, avec insistance, les publications conservatrices genre Haïti Observateur.

Cela ne fait rien, Aristide est désormais, de nouveau, le président. Il faudra désormais sa signature sur les actes officiels. On lui a même donné la permission de s’exprimer sur les ondes nationales. Oh, avec des précautions, pour ne pas vexer les militaires ou les macoutes : Aristide a dû faire sa première déclaration depuis la signature de l’accord de Governor’s Island à une radio américaine. Mais les ondes nationales ont consenti à reproduire son discours. Il est vrai qu’il n’était nullement agressif à l’endroit des militaires putschistes. Au contraire, il s’est adressé à l’armée pour dire qu’il revient "aux actuels responsables de l’institution militaire de garantir la sécurité de tous". Appel entendu : le soir même de l’appel les militaires ont matraqué, au nom du maintien de l’ordre, les militants et les sympathisants lavalassiens qui manifestaient à Cité Soleil en brandissant des portraits d’Aristide. […]

Pourquoi les États-Unis ont-ils patronné le retour d’Aristide ?

Bien que l’accélération des négociations pour le retour d’Aristide durant les toutes dernières semaines soit de toute évidence le résultat d’une pression accrue des dirigeants des États-Unis, pour nombre de pauvres, c’est quand même leur victoire.

Il y a quelque chose de vrai dans ce sentiment des masses pauvres. C’est bien en dernier ressort la crainte des masses pauvres et de leurs révoltes, tant en Haïti même que, plus généralement, dans cette région explosive que sont les Caraïbes et l’Amérique centrale, qui rend Aristide utile à l’impérialisme américain (comme leur est utile un Juan Bosch en Dominicanie) (2). Mais en dernier ressort seulement car si, concrètement, les Américains ont accéléré le mouvement pour le retour d’Aristide, c’est justement parce que les masses sont démobilisées et que le retour d’Aristide ne sera ressenti comme une victoire que passivement et surtout pas comme un encouragement dangereux pour se mettre dans la lutte. D’ailleurs, c’est une des raisons pour lesquelles les puissances impérialistes qui, depuis le début, traitent Aristide en chef d’État ne se sont cependant pas pressées pour faire pression sur les militaires pour qu’ils acceptent son retour ; une des raisons, aussi pour ajouter, même maintenant, un délai d’attente supplémentaire jusqu’au 30 octobre, est que les dirigeants impérialistes veulent que cela se fasse progressivement, que les masses ne sortent pas de leur apathie.

Car si le choix de ramener Aristide est fait par les Américains depuis le lendemain du coup d’État, ce n’est évidemment pas pour respecter les sentiments et les intérêts des masses pauvres mais pour les tromper et les démobiliser et éviter le danger que représentent ces centaines de milliers de pauvres d’Haïti tenaillés par la faim, vivant dans des conditions infrahumaines et en plus terrorisés par une dictature militaire sanguinaire qui se durcit de jour en jour.

Aristide vit encore dans le cœur de ces masses pauvres de la population en dépit de tout. En patronnant son retour, les États-Unis essayent de récupérer son crédit pour le compte du maintien de l’ordre et de la stabilité en Haïti.

Voilà pourquoi ils ont mis leur poids dans la balance pour convaincre l’armée d’accepter le retour. Le blocus décrété par l’ONU est aussi un moyen de pression. Si certains secteurs de la bourgeoisie en profitent, d’autres en souffrent. La crise politico-militaire engendrée par le coup du 30 septembre est préjudiciable aux affaires. Ce n’est pas pour rien que la réunion des partis pour donner à la solution dictée des États-Unis une couverture parlementaire, sera suivie par une réunion des hommes d’affaires, haïtiens comme américains, et des représentants du FMI autour d’Aristide. Haïti les intéresse, en effet surtout pour les bas salaires. Mais pour que les affaires marchent, il faut de l’ordre. Et il faut la paix sociale : voilà ce qu’ils demandent à Aristide de garantir.

L’extrême droite macoutique et les nationalistes dits progressistes contre l’ingérence américaine

Une mission civile et bientôt une force de police internationale seront censées garantir le bon déroulement de la période de transition. La mission civile est déjà là. Ses membres ne s’occupent pas exclusivement à se prélasser autour des piscines des grands hôtels où ils sont logés. Radio Métropole a rapporté qu’elle a organisé, dans plusieurs villes de province, des réunions regroupant des chefs de sections et les officiers ou sous-officiers commandant les postes militaires locaux, pour les convaincre de la nécessité de la démocratie. A la fin de ces réunions, à Hinche notamment, ils ont distribué le texte de la Déclaration des droits de l’Homme aux militaires présents. Ces derniers ont dû apprécier à sa juste valeur cet effort pédagogique méritoire. La mission a été un peu moins brillante devant Saint-Jean Bosco (3) ou à la Cité Soleil où, bien que dûment convoqués par les responsables lavalassiens, les observateurs internationaux ont dû se contenter d’observer les militaires en train de matraquer les manifestants, en se faisant eux-mêmes copieusement injurier au passage.

Quant à la mission militaire, elle n’est pas encore là. Les signataires et les protecteurs de Governor’s Island sont fort discrets à ce sujet. Il s’agirait d’un millier de militaires, de pays latino-américains ou alors de pays francophones peut-être, destinés officiellement à garantir que la transition se fait.

Cette présence militaire découragerait-elle les éventuelles tentatives de putsch de la part des secteurs macoutiques les plus bornés ? Peut-être, mais cela n’est pas sûr. Elle est au moins autant destinée à démobiliser les masses pauvres, ne serait-ce qu’en accréditant l’argument : ce n’est pas la peine de bouger pour protéger le retour d’Aristide, il y a des troupes pour cela.

En attendant cependant, la présence éventuelle de ces troupes étrangères est le prétexte invoqué par les milieux macoutiques, pour habiller leur hostilité congénitale au retour d’Aristide des défroques du nationalisme outragé. La chose n’est pas nouvelle. Les militaires putschistes, l’extrême droite macoutique, comme les trafiquants de drogue, font depuis deux ans large usage de la démagogie nationaliste ou noiriste pour contester à quiconque le droit de s’ingérer contre leur liberté de trafiquer et d’assassiner chez soi. Tout cela ne les empêche pas, bien entendu, de déposer leur argent volé chez cette puissance impérialiste dont ils font mine de contester les ingérences, ni de pleurnicher pour être reconnus par elle.

La dénonciation de l’intervention étrangère est cependant également la raison invoquée par certains nationalistes dits progressistes, style Ben Dupuy et plus généralement la mouvance Haïti Progrès, pour prendre leurs distances à l’égard d’Aristide.

Les classes pauvres ne doivent certainement pas voir dans ces troupes étrangères des amis, et encore moins des protecteurs, même si elles sont envoyées officiellement pour protéger le retour d’Aristide. Ces troupes, instruments de la politique des États-Unis, sont tout autant les ennemis des masses pauvres que l’armée haïtienne.

Mais il ne faut pas que l’anti-impérialisme verbal des gens comme Ben Dupuy fasse oublier que ces gens-là n’ont nullement protesté et encore moins démissionné, lorsque Aristide encore au Palais National, prônait le mariage armée-peuple. Ces coteries nationalistes-progressistes sont tout aussi responsables que les lavalassiens les plus modérés dans la politique funeste qui a désarmé les classes pauvres face à l’armée. Et même aujourd’hui, en rompant avec Aristide sur la question de l’anti-impérialisme verbal, ces gens-là continuent à tromper les classes pauvres, en dissimulant la responsabilité dans la répression de l’appareil d’État national, de l’armée nationale. C’est d’ailleurs précisément en cela que même leur prétendu anti-américanisme, même leur prétendu anti-impérialisme, auxquels se limite leur identité politique de progressiste, est complètement bidon. Depuis que les troupes d’occupation américaines ont été retirées de ce pays, depuis bientôt soixante ans, c’est bien "notre" appareil d’État national, c’est bien "notre" armée, "notre" classe politique, qui sont les principaux instruments de l’impérialisme. Voilà pourquoi, les travailleurs, les djobeurs, les chômeurs, les pauvres des campagnes, les prolétaires n’ont rien à attendre, ni des protagonistes de l’accord de Governor’s Island, ni de ses adversaires les plus bruyants […]

Voix des Travailleurs, le 15 juillet 1993" *** Depuis que ce texte a été écrit, le processus imposé par les États-Unis s’est mis en marche. Un processus de démocratisation ?

Même pas côté jardin !

Oh, les acteurs prévus dans le scénario de la "démocratisation" ont joué leur rôle. Aristide pour commencer, qui inaugura sa fonction de "président restauré" en honorant de sa présence cette rencontre d’hommes d’affaires, organisée à Miami, où se retrouvèrent des capitalistes américains intéressés dans la sous-traitance en Haïti et les représentants des grandes dynasties bourgeoises haïtiennes, comme Mews ou Bigio, fiers d’avoir financé le coup d’État, ou encore Brandt, le "Rockefeller d’Haïti" selon le Miami Herald, qui aurait impulsé une collecte parmi les grands patrons pour aider le gouvernement putschiste à payer la solde des soldats. L’apothéose de la rencontre aura été l’accolade donnée par Aristide au président de la Chambre de Commerce d’Haïti, représentant de tout ce beau monde. Les mêmes milieux d’affaires n’ont eu aucun mal à accepter que Aristide désigne, comme candidat au poste de Premier ministre, le patron d’une des grandes imprimeries d’Haïti, Robert Malval.

La procédure constitutionnelle a été scrupuleusement respectée. Le Sénat, puis le Parlement ont débattu de la candidature Malval, avec force motions et contre-motions. Malval se paya le luxe de donner une coloration vaguement "de gauche" à son gouvernement, en y incluant quelques ex-ministres ou ex-hauts fonctionnaires du gouvernement "lavalas" renversé par l’armée ; en donnant le ministère de l’Éducation nationale au leader en titre du KONAKOM, formation qui passe pour "socialiste" ; et en prenant pour ministre des Affaires sociales un proche de Théodore, ex-secrétaire général de l’ex-PC.

Dans son discours d’investiture, Malval a prêché "l’union nationale", "l’oubli du passé", le "dialogue entre tous", avant de faire appel "à tous les exilés sans exception pour retourner au pays".

L’appel fut entendu. Les généraux Namphy et Avril, les deux dictateurs militaires de la période post-Duvalier, en exil même sous la dictature militaire de Cédras, sont rentrés au pays. Frank Romain, un des principaux dignitaires du régime de Duvalier, aussi. Mme Simone Duvalier, femme de François et mère de Jean-Claude, est en partance pour Haïti. Et des rumeurs courent sur l’éventualité d’un retour de Jean-Claude Duvalier lui-même. Ainsi, il se pourrait que l’ex-dictateur déchu en 1986 soit de retour en Haïti avant même qu’Aristide, président en titre, puisse y remettre les pieds. Même côté jardin, la "démocratisation" profite donc surtout à l’extrême droite macoutique. Cela a suffi cependant pour que, aussitôt Malval investi, les États-Unis considèrent que la démocratie est en marche, lèvent l’embargo, débloquent les comptes dans des banques américaines des responsables les plus notoires du putsch.

Côté cour, cette toute nouvelle démocratie des Caraïbes ressemble comme deux gouttes d’eau à la dictature militaire. Pendant la cérémonie d’investiture même de Malval, Premier ministre désigné par Aristide, les militaires matraquaient les quelques dizaines de jeunes venus près des grilles du Palais National, acclamer Aristide. Et les quelques militants lavalassiens, assez naïfs pour prendre pour argent comptant l’appel lancé par Malval pour le "retour des exilés" et qui décidèrent de quitter un exil intérieur pour rentrer dans leur ville ou village, ont été en général cueillis à leur arrivée, battus, arrêtés, et parfois torturés par les autorités officielles, censées désormais obéir à Malval et à Aristide.

La "grande démocratie" américaine est toute prête à se faire une raison devant ces imperfections du processus démocratique... Des "démocraties" de cet acabit, il y en a bien d’autres dans ce bas monde. Elle peut être cependant plus gênée par l’activisme provocant de tous ceux qui, accord de Governor’s Island ou pas, signature de Cédras ou pas, ne veulent pas le retour d’Aristide, pas plus qu’ils ne veulent que l’on touche à leurs petits ou grands privilèges, à leurs postes, à leurs trafics. Les "attachés" - sortes d’auxiliaires civils de l’armée - viennent par deux fois d’exprimer, de façon provocante, non dissimulable, leur hostilité au processus en cours. La première fois en assassinant plusieurs partisans d’Evans Paul, le maire légal de Port-au-Prince, à l’occasion de sa tentative de réinstallation en sa mairie. La deuxième fois, en intervenant, les armes à la main, contre la commémoration pacifique du massacre de l’église Saint-Jean Bosco, perpétré au temps de la dictature de Namphy. Isméry, grand commerçant libéral proche d’Aristide, a été tué de plusieurs balles tirées à bout portant, et cinq autres personnes présentes assassinées à coups de machette, avant que les assassins repartent tranquillement. Tout cela, devant les observateurs de l’ONU qui ont, en effet, observé...

Il ne s’agit pas de réactions isolées de quelques crapules d’extrême droite. Une partie de la couche privilégiée, à commencer par la hiérarchie militaire, tire trop de profits de la contrebande, du racket et du trafic de drogue, pour seulement courir le risque d’en être écartée.

Les États-Unis finiront-ils par intervenir, directement ou sous l’égide de l’ONU ou de l’Organisation des États américains ?

Se contenteront-ils de repousser la date du retour d’Aristide, jusqu’à ce que le président légal, exerçant ses prérogatives fictives de son émigration, finisse par arriver au terme de son mandat ?

Devant le refus manifeste d’une partie de l’armée et de l’extrême droite macoutique d’accepter le retour d’Aristide, les dirigeants américains parlent avec de plus en plus d’insistance d’une "nouvelle police", encadrée par des spécialistes d’une force d’intervention internationale.

L’armée haïtienne est une armée faible en nombre, peu disciplinée, avec une hiérarchie corrompue jusqu’à la moelle, largement liée au trafic de la drogue. Mais elle est la seule face aux masses pauvres - avec, il est vrai, le soutien des troupes auxiliaires des "chefs de section", des "attachés", les milices privées des grandons (4) et l’extrême droite macoutique. Voilà pourquoi, malgré tous les discours sur la "démocratisation", les États-Unis ménagent l’armée haïtienne, comme celle-ci protège l’extrême droite macoutique - bien qu’ils voudraient profiter du prétexte de la protection d’Aristide pour l’encadrer, la moderniser et la rendre un peu plus fiable.

Les masses pauvres d’Haïti ne peuvent espérer même seulement le droit à quelques libertés démocratiques sans que l’armée et ses auxiliaires soient balayés. A certains moments au cours des sept dernières années - dans les mois qui suivirent la chute de Duvalier, comme plus tard, juste avant l’accession d’Aristide à la présidence, lorsqu’une mobilisation spontanée violente des quartiers pauvres fit échouer une première tentative de coup d’État - ces masses se sont heurtées à l’armée et l’ont fait reculer. Mais toutes les formations auxquelles elles faisaient confiance étaient liguées pour dévier leur colère, pour les empêcher de prendre conscience.

Les quartiers pauvres, trompés, trahis avant d’être saignés, semblent aujourd’hui démoralisés, résignés, sans perspective si ce n’est celle d’espérer, quand même, qu’au moins Aristide revienne, sans beaucoup en attendre. Personne ne peut prédire quand, comment et à quel rythme les masses pauvres reprendront confiance en elles-mêmes. C’est leur éveil qui avait mis fin à la dictature de Duvalier et qui avait assuré, pendant quelques mois, un climat de relative liberté démocratique. C’est leur éveil qui pourrait, de nouveau, changer le rapport des forces et sûrement pas la "démocratisation" patronnée par les États-Unis.

(1) Lavalassien : partisan d’Aristide. L’expression vient du mot créole "lavalasse", qui désigne la crue brutale d’une rivière, emportant tout sur son passage. Un des slogans d’Aristide pendant sa campagne était d’en appeler à une "lavalasse" de vote en sa faveur.

(2) Saint-Domingue.

(3) Église proche du quartier pauvre de Cité Soleil où avait officié Aristide. Aujourd’hui à moitié brûlée par un incendie volontaire, elle fut le lieu de plusieurs massacres perpétrés par des macoutes.

(4) Grandon : propriétaire terrien ou puissant notable des campagnes.

45 Messages de forum

  • En 1803, après 300 ans d’esclavage, Haïti se souleva et mit en déroute l’armée française. Vint ensuite la déclaration d’indépendance abolissant l’esclavage en 1804.

    En 1825, les Français exigèrent le paiement d’une somme équivalente à 21 milliards de dollars actuels pour reconnaître l’indépendance du pays et renoncer à une nouvelle invasion.

    Aujourd’hui, Haïti doit rembourser d’énormes sommes au FMI, organisation où la France dispose d’un poids important. Mais, si elle discourt en faveur du développement de ce pays appauvri par toutes ces politiques, elle n’a aucun geste concret pour y aider.

    Ce refus de payer sa dette s’aggrave avec le refuge qu’elle accorde à l’ex-dictateur Jean Claude Duvalier, exilé en France (après 29 ans de dictature de père en fils) avec une fortune de 900 millions de dollars, volée dans les caisses de l’Etat haïtien, soit une somme alors supérieure à la dette externe du pays.

    Ainsi, le devoir de la France est de permettre à Haïti de récupérer ce qui reste de l’argent volé en extradant Duvalier qui comparaîtra devant la justice haïtienne.

    Etant Dupain, journaliste haïtien.

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  • Je cite le texte officiel :

    "la MINUSTAH continue de concourir aux mesures prises par le Gouvernement haïtien pour renforcer les capacités institutionnelles à tous les niveaux. La Mission, agissant dans le cadre de son mandat, a en charge de continuer à appuyer le renforcement des institutions de l’État."

    Traduisez : les "forces internationales de paix" sont en guerre contre le peuple haïtien aux côtés des classes dirigeantes.

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  • « Une fois épuisée la première vague de compassion humanitaire, nous serons comme toujours, complètement seuls, pour affronter de nouvelles catastrophes… » Septembre 2008. À la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies, le président haïtien, René Préval, se lamente du « paradigme de la charité » des États et des institutions internationales. La déclaration n’est pas prémonitoire. Haïti vient d’être frappé par quatre ouragans dévastateurs, tuant des centaines de personnes et ruinant 60 % des récoltes. À l’époque, à peine 5 % des 108 millions de dollars d’aides humanitaires promises par les gouvernements étrangers ont été versés. Cet exemple, parmi tant d’autres, illustre la démagogie des politiques internationales à l’œuvre. Le pays figure parmi les nations les plus pauvres de la planète. 80 % des Haïtiens survivent avec moins de deux dollars par jour, seuil d’extrême pauvreté, selon l’ONU. En avril 2006, les émeutes de la faim contre la cherté des produits de base dans les principales villes ont rappelé au monde que la misère n’est pas le fruit de la fatalité.

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  • 21 janvier 2006
    Soldats étrangers en Haïti : le Brésil s’interroge, mais le Canada persiste, par Vincent Larouche.

    L’ aut’journal , 20 janvier 2006.

    " Hors d’Haïti ", titrait l’éditorial du quotidien Folha, à Sao Paulo, jeudi dernier. " Le Brésil doit régler ses propres problèmes de base avant de lancer des missions pour aider à gouverner le monde " , pouvait-on y lire. Depuis que le général brésilien Urano Bacellar, commandant des troupes des Nations unies en Haïti, a été retrouvé mort dans sa chambre d’hôtel, le 7 janvier, de plus en plus de Brésiliens élèvent la voix pour réclamer le retrait de leurs militaires du pays.

    Le 10 janvier dernier, l’Agence haïtienne de presse (AHP) citait le député socialiste Orlando Fantazzini, membre de la commission des Affaires étrangères de la Chambre basse du Brésil, qui trouve " lamentable que les troupes brésiliennes fassent le sale boulot pendant que les États-Unis refusent de tenir leurs promesses ".

    L’AHP rapportait aussi les paroles du député Fernando Gabeiras, du Parti Vert du Brésil, qui demande le retrait des troupes. " On demande à nos soldats de régler militairement un problème social " , a-t-il dénoncé, ajoutant que les troupes de l’ONU font l’objet de pression constantes pour réprimer les pauvres des bidonvilles haïtiens.

    Toujours selon l’Agence haïtienne de presse, le général Bacellar avait rencontré de hauts responsables du milieu des affaires de Port-au-Prince la veille de son suicide apparent. Il aurait alors été insulté par les patrons, qui l’exhortaient à lancer des opérations plus vigoureuses contre les quartiers pauvres de la capitale, fiefs des supporters du président déchu Jean-Bertrand Aristide et de son parti Lavalas.

    Dans un autre article paru le 12 janvier, l’agence de presse Reuters cite des parlementaires de Brasilia qui qualifient la mission en Haïti de " désastre " très coûteux, et des analystes brésiliens qui se demandent pourquoi le président Lula a envoyé des soldats dans ce pays, qui aurait plutôt besoin " de policiers, d’aide financière et de travailleurs humanitaires ".

    L’article explique aussi que les soldats de l’ONU se plaignent d’être vus comme des " occupants étrangers ou des pions des États-Unis " par la population haïtienne

    Au Canada, personne chez les parlementaires ou les médias ne semble remettre en l’implication du Canada en Haïti depuis que des groupes armés ont chassé le président Aristide, en avril 2004. Si les soldats canadiens ont été remplacés entre autres par des casques bleus brésiliens, chiliens et argentins, le Canada compte encore plusieurs policiers dans l’île des antilles, qui participent à des raids qui terrifient la population des quartiers pauvres.

    Un récent documentaire du journaliste américain Kevin Pina, intitulé Haïti : The Untold Story, démolit d’ailleurs le mythe selon laquelle cette mission serait une simple opération de " maintien de la paix " . On y voit les troupes de l’ONU armées jusqu’aux dents lancer des opérations dans les quartiers pauvres, officiellement pour arrêter des " bandits " associés à Lavalas et Aristide. Plusieurs morts jonchent le sol après le passage des soldats et des policiers. Des habitants montrent à la caméra leurs maisons criblées de balles, d’autres exhibent leurs blessures.

    Dans un récent rapport, l’organisation catholique Justice et Paix dénombrait environs 700 prisonniers politiques en Haïti, emprisonnés depuis le renversement de l’ordre constitutionnel et l’instauration d’un gouvernement de facto soutenu par le Canada, les États-Unis et la France.

    Amnistie internationale, à travers plusieurs communiqués de presse, s’est dit inquiète pour la sécurité des partisans d’Aristide et de Lavalas. Elle dénonce aussi l’arrestation et la détention dans des conditions dangereuses pour sa santé du père Gérard Jean-Juste, un prêtre catholique qui a critiqué publiquement l’occupation d’Haïti et qui était un des candidats les plus populaires de Lavalas en vue des élections de février prochain. Amnistie le considère comme " un prisonnier de conscience, détenu uniquement pour avoir exercé son droit à la libre-expression " . Des policiers de l’ONU ont participé à l’arrestation de Gérard Jean-Juste alors qu’il se rendait aux funérailles d’un journaliste.

    C’est que les policiers étrangers ne chôment pas depuis leur arrivée dans le pays le plus pauvre de l’hémisphère. Un agent canadien en poste à Port-au-Prince a déclaré à une équipe d’observateurs de l’Université de Miami que tout ce qu’il faisait depuis son arrivée en Haïti, c’était " de s’engager dans une guérilla quotidienne " . Le rapport disponible sur le site de la faculté de droit de l’Université (www.law.miami.edu/news) fait état de nombreuses violations des droits humains par le gouvernement de facto et les forces étrangères.

    Lorsque des militants montréalais du groupe Haïti Action Montréal lui ont remis ce document, le ministre des Affaires étrangères du Canada Pierre Pettigrew l’a rejeté du revers de la main en le qualifiant de " propagande, ce qui n’est pas intéressant " .

    Depuis longtemps, les autorités justifient les rafles dans les quartiers populaires par le fait que ces derniers seraient le repère des kidnappeurs qui multiplient les demandes de rançons en Haïti ces derniers mois. Seulement pendant le congé des fêtes, plus de 50 personnes ont été enlevées.

    Mais à la surprise générale, le 13 janvier dernier, la police haïtienne a annoncé avoir démantelé un réseau de kidnappeurs qui opérait à partir de la riche banlieue de Pétion-Ville, le quartier le plus aisé de la capitale ! Selon une dépêche de l’AHP, les personnes enlevées par le groupe ont été séquestrées " dans une maison luxueuse estimée à des centaines de milliers de dollars ".

    Vincent Larouche

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  • En plus des dizaines de milliers de soldats étrangers présents en Haïti, ces grandes puissances font débarquer une véritable armada. Celle des USA à elle seule est impressionnante. Le Pentagone a ordonné le déploiement d’une brigade de 3.500 soldats américains à Haïti.
    En outre, 2.000 Marines se préparent à partir de Camp Lejeune (Caroline du Nord, sud-est) sur un navire amphibie.

    Cela fait déjà des dizaines de milliers rien que pour les USA.

    Et seulement plus de cent sauveteurs !!!!!!

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  • La Minustah c’était déjà plus de 9.000 soldats !!!!

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    • Le Bureau de l’Information et de la Communication de la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti communique, "ce mardi 14 décembre 2004, la MINUSTAH, a entamé, à 4 heures du matin, une vaste opération de sécurisation de Cité Soleil, l’un des quartiers de Port-au-Prince abritant les bandes armées".

      "Cette opération de grande envergure a pour objectif le rétablissement de l’ordre et de la loi dans cette partie de la capitale haïtienne".

      "Elle a nécessité l’implication des troupes terrestres brésiliennes, jordaniennes, sri lankaises et de l’aviation chilienne, ainsi que des Unités de Police Constituée (Formed Police Unit -FPU) de la police civile de la MINUSTAH issues des contingents jordanien et chinois".

      "Le quartier Cité Soleil est actuellement sous contrôle des forces de la MINUSTAH. Aucune perte en vie humaine ni blessure n’a, jusqu’à présent, été rapportée. Les forces de la MINUSTAH comptent installer et maintenir une présence permanente et transférer graduellement la responsabilité de la sécurité de Cité Soleil à la Police Nationale d’Haïti".

      Cette initiative militaire pose trois questions :

      1 - Pourquoi ces opérations d’envergure sont-elles toujours dirigées contre des quartiers populaires (Bel-Air, Cité Soleil), alors que les bandes armées et d’autres gangsters violent l’ordre et la loi sur tout le territoire du pays, depuis que le coup d’Etat a renversé l’ordre constitutionnel et rétabli l’état sauvage illégal.

      2 - Quelles sont les garanties légales que les populations des quartiers populaires peuvent-elles attendre d’une police truffée d’escadrons de la mort appliquant le plan d’extermination du parti et de l’électorat d’Aristide ?

      3 - Pourquoi céder aux pressions hégémoniques au lieu d’appliquer une politique juste, impliquant la libération des prisonniers politiques et le rétablissement des droits de tous les partis politiques, surtout qu’une telle politique d’injustice sociale et nationale, apparemment plus commode, conduirait cette nation dans une voie sans issue ?

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  • N’oublions pas qu’en Haïti, il y aune classe ouvrière. Voici une de ses luttes en 2009 :

    Les travailleurs de la zone industrielle ont fait entendre leurs voix

    Les 4, 5, 11, 12 et 13 août dernier, les ouvriers de la zone industrielle ont gagné les rues de la capitale pour crier leur ras-le- bol des sempiternelles négociations autour de l’ajustement du salaire minimum. Et le dernier jour, ils étaient entre 12000 et 15000 à demander 200 Gourdes (soit 3,57 euros) au lieu des 70 Gourdes (1,25 euros) en vigueur depuis 2003.
    Avec des branches d’arbre en main, des milliers de travailleurs ont traversé la zone industrielle, avec leur slogan « 200 Gourdes tout de suite », tout en faisant débrayer les ouvriers des autres usines disséminées sur leur parcours pour arriver devant le Parlement où les députés devaient tenir leur séance. Arrivés sur les lieux, les unités de la police et les corps spéciaux les ont attaqués à coup de matraque, et gaz lacrymogènes, etc. pour les disperser.
    Mais les travailleurs n’ont pas baissé les bras ; ils sont revenus 5 jours de suite, ils ont encerclé le commissariat lorsque des manifestants ont été arrêtés le 10 août et sur leur lancée, le lendemain, des milliers de manifestants ont à nouveau gagné les rues. Ces ouvriers, ces étudiants, ces habitants de quartier faisaient pression sur les députés qui avaient émis un premier vote favorable au 200 Gourdes et qui revenaient sur leur décision face à la pression de la bourgeoisie haïtienne.
    Depuis la revendication de 200 Gourdes avancée par les ouvriers, les patrons des entreprises et leurs représentants expliquaient sur tous les médias « comment ce salaire allait entrainer le pays à la ruine et obliger les patrons à transférer leurs entreprises ailleurs où le salaire serait plus compétitif qu’en Haïti. ». Et la bourgeoisie haïtienne a repris le même refrain à propos des banques et du commerce : un tel salaire allait faire grimper les prix et mettre les banques en faillite. Il a fallu que quelques ouvriers prennent d’assaut les médias pour expliquer qu’avec 200 Gourdes ils pourraient survivre, mais ne pas vivre décemment.
    Le président Préval, en bon défenseur de la bourgeoisie a opposé son veto lorsque les parlementaires ont donné leur accord pour le passage au salaire à 200 Gourdes. Il a proposé que le salaire de base des ouvriers de la sous-traitance soit de 125 Gourdes par jour, et a ajouté que si ces ouvriers travaillent plus ils pourront toucher plus puisqu’ils sont payés à la pièce. Ils pourraient même toucher 200 Gourdes par jour, voire plus ajoutait-t-il cyniquement.
    Le mardi 18 août les députés sont revenus sur leur vote et ont choisi les amendements de Préval et le salaire journalier à 125 Gourdes. Ils ont montré comment ils sont corruptibles et sont en réalité les larbins de la bourgeoisie haïtienne. Ils ont eut peur des ouvriers, mais pas jusqu’à reculer et outrepasser les directives des patrons. Ce n’est que parti remise ! Cette mobilisation, ces manifestations ont permis aux travailleurs qui y ont participé et à ceux qui les ont soutenus de faire l’expérience de l’énorme potentialité qu’il y a dans leurs actions communes. Pendant quelques jours ils se sont libérés les uns les autres de la peur qui les enchainait à leur table de travail, aux ordres du chef, ont pris confiance en eux en allant faire débrayer d’autres usines et surtout en voyant comment les vigiles comme les patrons déguerpissaient à leur arrivée. Ils ont pu dresser la tête et faire valoir leurs revendications.
    De telles manifestations des ouvriers de la zone industrielle ne s’étaient pas vues depuis juillet 1991 au début du mandat d’Aristide. Elles sont pleines d’enseignements pour les travailleurs compte tenu de l’ampleur des luttes à venir pour l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail. Elles ne dépendront pas des palabres des parlementaires, des politiciens, et des soi-disant économistes tous acquis aux intérêts de la bourgeoisie, mais de leur capacité à s’organiser pour pouvoir s’imposer aux patrons et à leurs valets, et exiger la satisfaction de leurs revendications.

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    • Cela fait six ans, depuis le premier juin 2004, qu’un contingent mandaté par l’ONU, sous commandement brésilien et composé notamment de troupes argentines, uruguayennes, boliviennes et chiliennes, occupe Haïti. Malgré les efforts des gouvernements Lula, Kirchner ou Morales pour faire passer cette occupation pour une « mission de paix » aux « objectifs humanitaires », au cours de ces quatre dernières années le contingent de la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation de Haïti (MINUSTAH) a montré son vrai visage : soutenir un gouvernement aussi faible que celui de René Préval et agir en tant que « force de police » afin de réprimer les travailleurs et le peuple haïtiens. Les gouvernements brésilien, argentins, uruguayens, boliviens et chiliens, qui se veulent « progressistes », couvrent en fait l’arrière-garde des Etats-Unis, laissant à Washington plus de latitude afin de déployer ses troupes en Irak et en Afghanistan.

      Se prévalant de la nécessité de combattre les groupes criminels et de « garantir l’ordre », les troupes de la MINUSTAH se sont rendues coupables de véritable crimes de guerre, perpétrant des massacres contre le peuple haïtien qui ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés come en témoignent les assauts réitérés lancés contre Cité Soleil, à la périphérie de la capitale, Port-au-Prince. Le contingent de la MINUSTAH a été accusé d’abus de pouvoir, de tortures, de viol sur des femmes et de fillettes dans les quartier les plus pauvres de l’île. Il agit en même temps de manière coordonnée avec la Police Nationale Haïtienne (PNH) afin de mener à bien la répression interne.

      Lors des soulèvements contre la hausse des prix des aliments en avril 2008, la MINUSTAH a agi comme véritable bras armé du gouvernement Préval alors que les manifestants réclamaient sa démission.

      Les troupes envoyées par Lula, Kirchner, Morales, Bachelet et Tabaré Vázquez poursuivent et répriment les travailleurs haïtiens qui dans les quelques 18 zones franches que compte le pays essaient de s’organiser afin de lutter contre les conditions d’exploitation imposées par les multinationales au sein desquels, dans des conditions de semi-esclavitude, la journée de travail s’étend parfois à plus de douze heures. En occupant aujourd’hui Haïti, ces militaires s’entraînent à jouer le même rôle dans leur pays d’origine.

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  • 1984 : Plus de 200 paysans furent massacrés à Jean-Rabel après une manifestation pour l’accès à des propriétés terriennes. La Conférence des évêques haïtiens lança un programme d’instruction partout dans le pays (mais de courte durée). Les émeutes anti-gouvernementales eurent lieu dans toutes les villes principales du pays.

    1985 : Les démonstrations anti-gouvernementales massives continuèrent à avoir lieu dans le pays. Quatre écoliers furent fusillés par des soldats — un événement qui unifia la protestation populaire contre le régime de Duvalier.

    Février 1986 : Le régime de Duvalier s’effondra et Jean-Claude Duvalier et ses acolytes se réfugièrent en France.

    1987 : Une nouvelle constitution fut primordialement approuvée par la population en mars. Des élections générales en novembre furent avortées, quelques heures après qu’elles aient commencées, des douzaines de personnes furent tuées par balles par des soldats et lesTontons Macoutes dans la capitale, et dans bien d’autres endroits du pays.

    1988 : Les élections commandées par des militaires — largement abstenues — résultent dans l’installation de Leslie Manigat comme président en janvier. Manigat fut évincé par le Général Namphy quatre mois plus tard, et en novembre le général Prosper Avril remplaça Namphy par un coup d’état.

    1989 : Le Président Avril, sur une mission commerciale vers Taiwan, retourna les mains vides après que les autorités Taïwanais aient été informées par les militants des secteurs démocratiques que la nation haïtienne ne sera responsable d’aucun contrat convenu avec Prosper Avril. A son retour, Avril ordonna une répression massive contre les parties politiques, les syndicats, les étudiants et les organismes démocratiques etc.

    1990 : Avril déclara un état de siège en janvier. La montée des protestations et les pressions de l’ambassadeur américain ont convaincu Avril de démissionner. Un conseil d’état fut formé parmi les secteurs démocratiques, chargés de mettre sur pied un gouvernement temporaire dirigé par la cour suprême de justice avec à sa tête Ertha Pascal Trouillot.

    Le Vice-président des ETATS-UNIS Dan Quayle visita Haïti et dit au chef de l’armée : "plus de coups." L’aide financière est cherchée auprès de l’Organisation des États Américains (OEA) et des Nations Unies (l’ONU) pour aider à organiser des élections générales en décembre. Dans une campagne troublée par la violence et des morts occasionnelles, les élections démocratiques ont finalement eu lieu le 16 décembre, 1990. Père Jean-Bertrand Aristide, un prêtre paroissien, bien connu dans tout le pays pour son soutien des pauvres, fut élu président avec plus de 67% de voix populaire. Marc Bazin, le préféré des "ETATS-UNIS" a fini en deuxième position avec 14.2% de voix. Jean-Bertrand Aristide fut élu victorieusement.

    1991 : L’ancien duvaliériste Tonton Macoute Dr. Roger Lafontant essaya d’empêcher l’ascension au pouvoir d’Aristide par un coup d’état. Les forces armées l’enlèvent rapidement du palais national à la suite des protestations populaires massives. Le Président Aristide fut inauguré le 7 février, cinq ans après la chute de Duvalier. Son gouvernement fut constitué par le premier ministre René Préval qui promet de déraciner la corruption du passé. Les $500 millions de dollars d’aide promis par la communauté internationale ne furent jamais reçus. En septembre, le Président Aristide s’est adressé devant l’Assemblée Générale de l’ONU. Trois jours après son retour, le personnel militaire avec l’aide financière de l’ancien régime et de leurs alliés internationaux ont lâché un coup d’état, évinçant le Président Aristide du fauteuil présidentiel. Plus de 1.000 personnes furent tués dans les premiers jours du coup. L’OEA réclama un embargo international contre le régime du coup pour appuyer les autorités constitutionnelles déposées. Le gouvernement d’Aristide fut déposé par un coup d’état militaire, et l’Organisation des Etats Américains imposa un embargo pendant plus de trois ans.

    1992
    Les négociations entre Washington, le gouvernement exilé, le Parlement haïtien, et les représentants du régime du coup dirigé par le Général Raoul Cédras aboutirent devant le protocole de Washington, ils furent ultimement sabotées par le régime du coup. Le Président George Bush des ETATS-UNIS exempta les usines des ETATS-UNIS de l’embargo et commanda aux gardes côtiers des ETATS-UNIS d’intercepter tous les haïtiens quittant l’île sur des bateaux et de les renvoyer en Haïti. L’embargo d’OEA échoua avec l’accès de marchandises en contrebande par la République Dominicaine, pays voisin. Les autorités légitimes d’Haïti demandèrent aux Nations Unies de soutenir un plus grand embargo afin de pressurer les chefs du coup d’état. L’ONU promis de soutenir les efforts de l’OEA pour trouver une solution à la crise politique.

    1994 : En mai, des sanctions additionnelles furent prises contre le régime par un blocus naval soutenu par l’Argentine, le Canada, la France, la république Néerlandaise et les vaisseaux de guerre des ETATS-UNIS. Les tensions accrurent et les violations de droits de l’homme continuèrent. La mission civile fut ordonnée par les autorités illégitimes de quitter le pays. La Résolution 940 adoptée par le Conseil de sécurité de l’ONU permis aux Etats membres de former une force multinationale de 6.000 membres et "d’employer tous les moyens nécessaires" pour procéder au départ du régime en place. Le 15 septembre, le Président Clinton des ETATS-UNIS déclara que toutes les initiatives diplomatiques sont épuisées et que les Etats-unis et 20 autres pays formeraient une force multinationale. Le 19 septembre, ces troupes débarquèrent en Haïti après que les chefs du coup aient acceptés de partir du pays.
    Le 18 octobre, le Président Aristide revint en Haïti pour finir son mandat, avec l’appui des militaires américains et les troupes de l’ONU.

    1995 : En juin, Haïti accueillit l’Assemblée générale annuelle d’OEA à Montrouis

    Les élections législatives eurent lieu ce même mois, et en décembre le concours présidentiel fut gagné par l’ancien premier ministre René Préval. (le Président Aristide est exclu par la constitution de se succéder). En novembre, le premier ministre Smarck Michel démissionna et le ministre des affaires étrangères Claudette Werleigh devint le quatrième ministre du Président Aristide.

    Décembre, 1995 : René Préval fut élu par une victoire incontestable

    1996 à 2001 : Le Président Préval fut inauguré en février. Un gouvernement fut formé avec pour premier ministre Rony Smarth. La production agricole, les réformes administratives, et la modernisation économique furent annoncées comme étant les priorités du gouvernement

    Février. 2001 à Février. 2004 : Jean-Bertrand Aristide fut réélu et inauguré comme président d’Haïti.

    Février 2004 à Mai 2006 : Aristide fut enlevé d’Haïti et envoyé sur un avion américain privilégié en République Centrafricaine. L’ex président haïtien habite actuellement en Afrique du Sud.
    Boniface Alexandre, président (juge en chef) de la cour suprême d’Haïti, assuma le pouvoir comme président intérimaire comme le prévoit la constitution d’Haïti. Sur la recommandation du Conseil des aînés, le président choisit Gérard Latortue comme premier ministre intérimaire. Haïti fut sous l’égide des Nations Unies (et l’est encore à nos jours malgré la montée au pouvoir d’un président constitutionnellement élu).

    14 Mai 2006 à aujourd’hui : René Garcia Préval fut réélu et inauguré comme président d’Haïti. Haïti est actuellement sous l’égide des Nations Unies, une situation contraire au mandat de l’ONU

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  • L’effondrement du collège évangélique la promesse qui a fait de nombreuses vicitmes enfantines découle de l’indifférence de l’Etat haïtien vis-à-vis des constructions anarchiques et démontre l’irresponsabilité et la défaillance accrues de l’Etat eu égard à ses obligations de garantir le droit à la vie et à la sécurité à ses sujets ou à toute autre personne vivant sur le territoire national.

    La catastrophe de Nérette met à nu la dépendance quasi-totale du pays vis-à-vis de l’étranger et l’incapacité de l’Etat à porter assistance aux personnes en danger. Plusieurs vies auraient pu être sauvées si les structures locales étaient équipées pour intervenir en cas d’urgence. Le RNDDH juge inacceptable de recourir en toute circonstance à l’aide internationale au moment où le gaspillage, la corruption s’érigent en système dans les institutions publiques dont entres autres, les mairies, l’Office National d’Assurance Vieillesse (ONA) etc.

    Le RNDDH impute les premières responsabilités de la tragédie du 7 novembre à l’Etat haïtien et lui enjoint de prendre en charge toutes les victimes et d’adopter les mesures urgentes pour éviter, tant dans les écoles publiques que privées, la répétition d’un tel drame.

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  • Des Haïtiens en colère barrent les rues avec des cadavres

    PORT-AU-PRINCE - Des habitants de Port-au-Prince en colère ont bloqué jeudi certaines rues de la capitale avec des cadavres afin de protester contre le retard de l’assistance humanitaire, a rapporté un témoin.

    agence Reuthers

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  • "Dans son rapport au Conseil de sécurité en date du mercredi 26 mars 2008, donc à seulement deux semaines d’aujourd’hui, le secrétaire général des Nations unies, à propos de la Mission pour la stabilisation d’Haïti (MINUSTAH) écrit (paragraphe 16, au point IV sur la sécurité) : « Le nombre de manifestations dirigées contre le gouvernement pour protester essentiellement contre la vie chère a augmenté. La MINUSTAH a recensé 164 manifestations de ce type au cours des six mois se terminant en août 2007 et 258 durant les six mois qui ont suivi. » On ne peut donc pas dire que les événements commencés aux Cayes la semaine passée sont une subite manifestation spontanée, localisée de surcroît, car le document prend soin de préciser dans la phrase suivante : « Bien qu’elles soient d’ampleur limitée, elles ont eu lieu dans un certain nombre de régions du pays. »

    On peut croire volontiers le rapport d’il y a deux semaines de Ban Ki-moon sur l’extension, à un certain nombre de régions au pays, des manifestations dirigées contre la vie chère, puisqu’il s’agit quand même de 422 cas documentés en 12 mois par les Blancs. Ce n’est pas rien !

    La question qui vient immédiatement à l’esprit, le vôtre comme le mien, est : qu’est-ce qu’on fait si ça passe à une échelle différente, parce que visiblement ça peut passer à plus sérieux, et qu’il est du devoir d’un gouvernement de prévoir le cas probable d’une généralisation des émeutes au pays entier ?"

    George Anglade

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  • "La panique est généralisée", a affirmé, vendredi, Gérard Latortue, Premier ministre haïtien de 2004 à 2006 sur Europe 1. "Le gouvernement est paralysé" car ses membres sont eux-mêmes confrontés à des difficultés dans leur entourage proche, a-t-il souligné. L’ancien Premier ministre a exprimé sa crainte d’une "anarchie généralisée", provoquée par "le chaos" mais également par la colère des habitants.

    JDD

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  • Aux éditorialistes, les mots ne manquent pour parler du drame : « fatalité », « malédiction », « mauvais sort », « île martyre »... Les images accompagnent cette dramaturgie extrême : les survivants, sortant des décombres le visage couvert de plâtre, les enfants jouant à moitié nu sur les monceaux d’ordure, les femmes préparant les désormais célébrissimes galettes de boue... Terre maudite, titrait ce matin « Libération ».

    Non, Haïti n’est pas un pays maudit. Non, Haïti n’a pas été frappé par un mal vaudou. Non, Haïti n’est pas une nation « pathétique » (au sens étymologique) condamnée à vivre dans l’émotion et la souffrance, ballotée par les flots de l’histoire. En mettant sur le dos du destin toutes les souffrances d’un pays, on évite de s’attarder sur les raisons qui ont participé indirectement à cette catastrophe. Si le pays a été balloté, c’est par vingt ans de politique haïtienne erratique et de gouvernance mondiale libérale qui ont contribué à transformer Port-au-Prince en une immense ville bidonville.

    Bidonvillisation

    S’il est évident que la force du séisme était exceptionnelle et imprévisible, l’impact humain de ce tremblement de terre était prévisible depuis longtemps au vu de l’urbanisme anarchique et de la densité effrayante de la ville. Je me souviens de nombreuses conversations avec des Haïtiens en 2007. Ceux-ci se demandaient déjà ce qu’il arriverait si une tornade ou un séisme venait toucher Port-au-Prince...

    Une petite balade en fin d’après-midi dans le centre de Port-au-Prince d’avant séisme était déjà riche d’enseignements sur la vulnérabilité de la ville. Il faut avoir arpenté les rues défoncées et engorgées qui drainent matin et soir de gigantesques embouteillages. Vu les baraques branlantes construites à mêmes les ravines. Dans le bas de la ville, le fatra (ordure) encombre les routes ou se déverse dans l’océan, posant d’immenses problèmes sanitaires. Dans ce tohu-bohu urbain, la construction s’est faite au fil des ans de manière totalement anarchique. Avec plus de 2 millions d’habitants et 350 bidonvilles, la capitale fait partie de ce que le sociologue américain Mike Davis appelle les 30 « mega-slums » de la planète, les méga-bidonvilles.

    Depuis le Champ-de-Mars, la place du Palais présidentiel aujourd’hui détruit, un regard panoramique permet de prendre la mesure de cette bidonvilisation. Coincé entre le littoral et la montagne, l’habitat y est terriblement congestionné : faute de place, les nouveaux arrivants ont dû pousser les murs de la ville et exploiter le moindre mètre carré. Côté montagne, dans un équilibre aussi précaire que les habitations, les bidonvilles escaladent les hauteurs environnantes. Côté océan, les maisonnettes en parpaing ou en tôle ont les pieds dans l’eau, alors qu’il y a vingt ans poussait ici une superbe mangrove sauvage.

    Vingt années d’exode rural

    Cette bidonvillisation de la capitale s’est nourrie de l’exode rural. Il existe un lieu à Port-au-Prince qui symbolise toute cette histoire. C’est un ancien hôtel de l’époque Duvalier, le Simbie Continental, où venaient lézarder au soleil des touristes américains en bikini. Aujourd’hui, la piscine est devenu un cloaque à moustiques et ce palace un lieu de refuge pour tous les nouveaux migrants arrivés des campagnes : des paysans avec leurs chèvres, des agriculteurs, des petites bonnes, des jeunes de rue, des étudiants diplômés... Poussés par la faim, incapable de nourrir leur famille ou de trouver du travail, tous ont préféré quitter la misère des champs pour la misère de la capitale.

    Cette situation n’a rien pourtant d’une « fatalité ». Dans les années 80, le pays produisait 95% de son alimentation. Comment une terre qui nourrissait ses paysans peut-elle désormais les pousser vers les bidonvilles ? La chute de la production locale a commencé dès 1986. Quand la poigne de fer de la dictature des Duvalier s’est relâchée, l’économie haïtienne s’est ouverte : la main invisible du marché a pris le relais. Le FMI et la Banque Mondiale ont décidé de conditionner leurs aides au pays à la baisse drastique de ses droits de douane. Résultat, le riz subventionné américain a déferlé jusque dans les hameaux reculés. Incapables d’être concurrentiels, obligés de s’aligner pour vendre, les agriculteurs n’ont plus réussi à subvenir à leur besoin.

    Usines d’assemblages de textile

    L’Etat haïtien, incapable d’arriver à une stabilité politique, a brillé par son absence de politique envers le monde rural. Les présidents successifs, exception faite de René Préval en 1996, n’ont jamais soutenu de réforme agraire. A l’inverse, leurs gouvernements se sont lancés dans une course folle au libéralisme, encouragés par les instances internationales. Plutôt que de moderniser les cultures, on a construit à tour de bras des usines d’assemblage textile et des zones franches, sur le modèle des Maquiladoras mexicaines...

    Ce mardi 12 janvier à 22 h 53 (heure de Paris), ce n’est pas donc pas la fatalité qui a tué des centaines de milliers. Pour dépasser l’émotion, rappeler ce contexte économique et urbain est important pour resituer tous ces drames. En tout cas, bien plus pertinent de d’apporter Haïti sous un angle d’un « pays maudit » bien peu journalistique. La malédiction et l’apocalypse sont déjà le fond de commerce des sectes de tout poil qui envahissent Port-au-Prince et qui devrait prospérer dans les mois à venir. Pas besoin d’en rajouter.

    Jean Abbiateci

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  • Par José Antonio Gutiérrez D.
    28 Février 2009
    Bay kou, bliye. Pote mak, sonje.
    (« Celui qui frappe oublie, celui qui porte la cicatrice se souvient » Proverbe haïtien).

    5 années se sont écoulées depuis qu’Ayiti, paradoxalement la première République latino américaine à s’être émancipé du joug colonial, se trouve sous occupation militaire étrangère. Au sens propre du terme, c’est l’unique pays Latino-américain actuellement sous occupation militaire. Enclavée au milieu des Caraïbes, partageant son territoire avec la République Dominicaine, face à la Floride et à Cuba, cette petite nation est depuis trop longtemps occupée par 7036 soldats et 2053 policiers de l’ONU (qui font partie d’une mission humanitaire, la MINUSTAH). Ce n’est pas la première fois qu’Ayiti est envahi militairement et un profond traumatisme demeure depuis l’occupation américaine (1915-1934) qui endeuilla tous les foyers de la campagne ayisien. Dès lors, l’intervention politique impérialiste, principalement nord-américaine, mais aussi canadienne et française a été constante.

    Cependant, cette occupation qui a commencé le 29 Février 2004 est différente : tout d’abord parce qu’elle est à la charge de l’ONU, fournissant un faux-semblant de « légitimité », à la violation de la dignité du peuple ayisien. Mais aussi, cette occupation est radicalement différente des précédentes, car pour la première fois ce sont des pays latino-américains qui envahissent et occupent un autre territoire latino-américain.

    En février 2004, après un mois d’insurrection armée, financée et préparée par la CIA contre le gouvernement populiste de Jean-Bertrand Aristide, des troupes des Etats-Unis, de France, du Canada et du Chili, débarquèrent en Ayiti et séquestrèrent le président Aristide. Celui-ci s’était gagné la méfiance de Washington et de Paris, et depuis toujours s’opposait a l’influente oligarchie makoute, réticente a céder un soupçon de son pouvoir, accumulé en deux siècles de vie républicaine. L’excuse de ce débarquement repose sur la soi-disant volonté altruiste de restaurer l’ordre et de protéger la sécurité des aysien (reste que ces sentiments altruistes brillèrent par leur absence durant les années de sanctions économiques de la part des Américains et Français). Le président déchu fut envoyé en République Centrafricaine par avion, et les ‘rebelles’ au service au service de la CIA accumulèrent d’innombrables massacres de milliers de partisans du président Aristide dans les quartiers populaires, les bidonvilles, et établirent un régime de terreur dans les Zones Franches, où opèrent d’importantes entreprises transnationales comme Levis et Walt Disney. Ceci, sans que les défenseurs autoproclamés du peuple ayisien ne s’émeuvent le moindre du monde ! Puis, on installa au pouvoir une marionnette de l’oligarchie haïtienne et de la maison blanche : Gérard Latortue. Et tous ces agissements ne furent finalement rien d’autre qu’un coup d’Etat sui generis dans un pays sans armée, avec la participation de bandes armées au service de la CIA et des armées étrangères.

    Ayiti, un protectorat gardé par les casques bleus

    A la mi 2004, prétendant donner un sens légitime à l’occupation, mais aussi du fait des difficultés militaires croissantes rencontré par les Etats-Unis en Irak, on fit appel à l’ONU pour qu’elle se charge de la situation chaotique du pays. Ainsi, les Etats-Unis se retirèrent de la scène principale et la présence de l’ONU procura un ‘certificat "humanitaire" à l’occupation. Tel est l’origine de la MINUSTAH : la reprise des activités de forces militaires, putschistes et d’occupation, qui s’imposèrent à sang et à feu et qui perdurèrent encore pendant une longue période après le coup d’Etat de 2004 [1]. Mais, pour que la "soi-disant" action humanitaire et démocratique fût encore plus crédible, et pour que personne ne pût penser qu’Ayiti soit à nouveau victime d’impérialisme, on s’assura que le commandement et le gros des troupes de la MINUSTAH fussent latino-américains. Le Brésil, comme on pouvait se l’imaginer, obtint le rôle principal au sein de la MINUSTAH, aidé par le Chili et l’Argentine. Cependant, pratiquement tous les pays latino-américains ont des troupes en Ayiti, y compris des pays progressistes comme la Bolivie ou l’Equateur [2].

    Si cette occupation prouve clairement combien certains cherchent a gagner les faveurs de Washington [3], elle reflète aussi les changements des rapports de forces dans la région et le poids plus important des acteurs locaux pour maintenir la "sécurité régionale", démontrant ainsi que d’autres sont potentiellement intéressés pour établirent, après tout, eux aussi, leur "pré carré" dans la région.

    L’élection de Préval en février 2006 n’a pas altéré le caractère d’occupation des forces de l’ONU, et celui-ci a toujours démontré n’être qu’un président "pion"de l’occupation, de l’oligarchie haïtienne et de ses patrons étrangers, poursuivant sur le chemin de Latortue et perpétrant la mise à sac de Ayiti par le biais de la mise en place de traité de libre échange comme les APE avec l’Union Européenne et la loi HOPE avec les Etats-Unis [4].

    Pour le moment, il n’y a pas le moindre signe de lever de l’occupation. Ou du moins c’est ce qui ressort de la résolution 1840 (2008) du Congrès de Sécurité de l’ONU, approuvée le 14 Octobre 2008, qui ironiquement commence par les phrases suivantes : « réaffirmant sa ferme détermination de préserver la souveraineté, l’indépendance (…) de Haïti », pour ensuite conclure sur la décision d’étendre le mandat de la MINUSTAH jusqu’au 15 Octobre 2009, « avec l’intention de le renouveler à nouveau » [5]. Ainsi, il s’agit d’une occupation de longue durée, sous laquelle nous pouvons supposer que le projet est de maintenir un protectorat plus ou moins permanent au service des transnationales...

    La lente mort de Ayiti occupé

    Les effets de l’occupation sur le peuple ont été désastreux : de nombreux autres articles diffusés sur notre site ont fourni une analyse détaillée des ces effets [6]. Le principal d’entre eux a été l’approfondissement, à la force, du modèle de faim, de misère et d’exclusion. Au point qu’en Avril 2008, après la diffusion de grotesques informations selon lesquelles les ayisien n’avait plus d’autre choix que de se nourrir aux galettes de boue, une rébellion éclata dans tout le pays car le peuple, littéralement, mourrait de faim [7].

    Un article de la revue "The Economist" (12/02) nous révèle les ‘avancés’ de l’occupation qui se réduisent a deux exemples, pour le moins, dérisoires. Il est raconté, sans aucune honte, que « la mission de l’ONU à amélioré la sécurité : les enlèvements déclarés ont chuté de 722 en 2006 à 258 l’année passée (…). Les rues de Port au Prince sont beaucoup plus propres » [8]. On ne sait s’il faut rire ou pleurer de cette tromperie qui prétend faire passer pour un « succès » la présence de plus de 9000 soldats sur l’île pour seulement avoir des rues plus propres ! Et pour qu’il y ait « à peine » 258 enlèvements ! Sans compter ce que dépense la MINUSTAH : pour la période de Juillet 2008 à Juin 2009, un budget de 601 580 000 US$ à été approuvé… La moitié du budget annuel dont dispose le FISC Haïtien.

    Résultat cynique qui confirme que pendant l’occupation on dépense l’argent qui pourrait être utilisé à construire des infrastructures, des habitations dignes, des hôpitaux, des écoles, etc. Ainsi, il y a de l’argent pour maintenir cette occupation qui pourrait trouver une meilleure utilisation dans l’annulation de la dette extérieure haïtienne, très élevée et léguée par les dictatures des Duvalier. Ou encore : il y a de l’argent pour fournir des fusils mais pas pour fournir du pain. De plus, il faut bien voir que cette force militaire, capable de massacrer 10 000 ayisien a été complètement incapable d’aider les milliers de sinistrés après le passage des ouragans, qui dévastèrent l’île haïtienne avec une colère apocalyptique en septembre dernier, tuant 793 personnes, succombant plus de leur pauvreté que du climat [9].

    Le même article de l’ « Economiste » affirme que l’économie haïtienne se contractera de 0,5% pendant l’année 2009. Difficile à imaginer pour une économie aussi dévastée et atrophiée, qui a été réduite en miette par deux décennies de violentes répressions des alternatives populaires et démocratiques, qui émergèrent dans l’Ayiti post-Duvalier, et par ses consécutifs cycles de dictatures, d’interventions militaires nord-américaines et de sanctions économiques. Cette histoire récente fait qu’Ayiti est aujourd’hui un pays qui survit « grâce » à la charité ; avec un budget national qui dépend à 65% de prêts et d’aide internationale…

    De plus, les casques bleus n’ont pas démontrés être plus respectueux de la population civile que n’importe quelle autre force militaire d’occupation. Tolérants envers les raids makoutes, pour mater certains activistes populaires, ils ont aussi participé à certains massacres et ont pratiqués de manière systématique le viol de femmes et de mineurs ayisien [10].

    La résistance ignorée

    Il est déplorable de constater que cette occupation se déroule sous notre nez et devant un silence déshonorant de la plupart des mouvements populaires latino-américains. Excepté certaines déclarations d’appui, comme à Lima durant le Sommet des Peuples (Mai 2007), l’occupation qu’endure l’un de nos "peuple-freres" a été ignorée par les responsables de nos propres gouvernements. Depuis trop longtemps, nous nous supportons les arbitrages du « froid pays du Nord » qui fait qu’aujourd’hui nous croyons nos propres républiques incapables de pratiquer des actes de sous-impérialisme. Il semble que le mouvement populaire latino-américain ne comprend pas la gravité de ce qui se déroule en Ayiti. Désormais, les occupations militaires sur notre continent ne seront plus réalisées directement par l’impérialisme nord-américain, si celui-ci peut compter sur un efficace réseau d’appui local des pays latino-américains qui agissent comme des mercenaires [11].

    Mais ce protectorat sans fin, que l’on veut instaurer à Ayiti, est confronté à une persistante résistance de la culture ayisien, culture forgée dans une séculaire opposition à l’invasion étrangère et à l’élite locale si éloignée du peuple, tels ses patrons impérialistes. Culture dans laquelle persiste l’orgueilleuse attitude rebelle de l’esclave qui rompu ses chaînes à la fin du XVIII siècle, donnant pour la première fois un sens au mot « liberté » et délivrant ainsi, dans ce geste libertaire, un puissant tourbillon qui inspira toutes les luttes anti-coloniales des deux derniers siècles.

    L’aysien est patient et sa résistance l’est aussi. Ils renouvelleront autant de fois qu’ils voudront le mandat de la MINUSTAH et le peuple ayisien continuera à jouer du manducumán, des tambours radas, congos, des tambours de Boukman, des tambours des Grands Pactos, des tambours todos del Vudu. C’est ainsi que toute manifestation se termine par une protestation de répudiation des occupants : ce qui arriva lors des manifestations contre la faim en avril 2008, qui se convertit rapidement en une protestation contre l’occupation [12], et aussi lors de la commémoration de l’élection de Aristide en 1990, célébrée le 16 décembre par des dizaines de milliers de manifestants [13]. Nous savons qu’aujourd’hui, ayant passé le cinquième anniversaire du funeste coup d’Etat, qui ouvrit les portes à l’occupation, des dizaines de milliers d’ayisien sortiront à nouveau manifester dans les rues qui leur appartiennent. Ces rues ‘propres’ grâce, selon "The Economist", à l’occupation. La résistance a des racines très profondes en Ayiti et perdurera pour des milliers de aysien.

    José Antonio Gutiérrez D.
    28 Février 2009


    [1] Pour plus de références sur le coup d’Etat et l’occupation de Ayiti, consulter l’article précédent « Ayiti, una cicatriz en el rostro de América ». http://www.anarkismo.net/article/1063

    [2] Les pays latino-américains suivant ont des troupes en Ayiti : Argentine, Bolivie, Brésil, Chili, Colombie (uniquement des policiers), Equateur, Le Salvador (uniquement des policiers), Grenade (uniquement des policiers), Guatemala, Jamaïque (uniquement des policiers), Paraguay, Pérou, Uruguay.

    [3] Le Brésil à utiliser l’occupation comme un moyen de pression pour son admission comme membre permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU.

    [4] Pour plus de détails sur la politique de Préval au pouvoir et la stratégie néolibéral de mise a sac de Ayiti, consulter l’article « Ayiti, entre la liberacion y la ocupacion ». http://www.anarkismo.net/article/4651

    [5] http://daccessdds.un.org/doc/UNDOC/...

    [6]Voir particulièrement les articles déjà cités précédemment « Ayiti, entre la liberacion y la ocupacion » et « Ayiti, una cicatriz en el rostro de América », mais aussi consulter « Ayiti, hacia un nuevo dechoukaj ? »
    http://www.anarkismo.net/article/8633 lequel traite fondamentalement avec le problème de la dénutrition et de la famine.

    [7] Consulter l’article « Ayiti, hacia un nuevo dechoukaj ? »

    [8] « Rebuilding Haiti – Weighed down by disasters », The Economist, 12 février 2009

    [9] Consulter le bref article sur les ouragans et le contexte politique dans lequel ils sont survenus, « Ayiti, mucho circo, pero nada de pan » http://www.anarkismo.net/article/9797

    [10] Des informations sur le massacre et la répression, ainsi que la collusion avec les makoutes, peuvent se trouver sur dans les articles précédemment cités. Des informations sur les cas de viols se trouvent dans l’article « La violatcion en (de) Ayiti » http://www.anarkismo.net/article/7616

    [11] Pour plus de détails voir l’article « Ayiti y los Anarquistas ». http://www.anarkismo.net/article/4714

    [12] Consulter l’article « Ayiti, hacia un nuevo dechoukaj ? »

    [13] http://www.haitiaction.net/News/HIP...

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  • On peut lire dans France soir :

    Selon un journaliste de l’AFP, beaucoup d’Haïtiens exprimaient leur colère contre le peu de réactivité de leur gouvernement. Dans les rues, des bandes de jeunes tentant tant bien que mal de porter secours aux survivants criaient leur rage face aux 4X4 des diplomates ou des travailleurs humanitaires qui passaient sans s’arrêter.

    "Il n’y a pas de gouvernement. On n’a pas d’autorités", déplorait une femme.

    Haïti n’a pas d’armée et ses forces de police ont quasiment disparu dans le chaos qui a suivi le tremblement de terre. Le maintien de l’ordre repose presque entièrement sur la force de l’ONU, dont les quelque 7.000 soldats et 2.000 policiers sont déployés depuis 2004 pour aider à stabiliser le pays. Elle aussi a été durement touchée par le séisme.

    Le Pentagone a annoncé qu’une brigade de 3.500 hommes appartenant à la 82è division aéroportée avait reçu l’ordre de se déployer en Haïti et qu’elle avait en partie pour mission de maintenir "un environnement sûr" pour la distribution de l’aide humanitaire. Quelque 2.000 Marines devant arriver en Haïti durant le week-end pourraient se voir confier une tâche similaire, ont précisé des responsables américains.

    Le département d’Etat a également souligné que le maintien de la sécurité était crucial

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  • AFP :

    Troupe d’élite US en renfort
    Si rien n’est fait pour satisfaire les besoins urgents de la population, tels que le manque de logements, l’accès à l’eau et à la nourriture, "on court le risque d’avoir des émeutes", a mis en garde le ministre brésilien de la Défense, Nelson Jobim, à son retour de la capitale haïtienne.

    Les parachutistes de la 82e division aéroportée de l’armée américaine ont commencé à sécuriser la piste de l’aéroport Toussaint Louverture et à débarquer du matériel lourd, sous les yeux de centaines d’Haïtiens et d’étrangers espérant quitter cet enfer.

    Les bérets noirs doivent continuer à arriver toute la journée, jusqu’à ce que le détachement atteigne "la taille d’une brigade" de plusieurs milliers d’hommes. D’ici lundi, 9000 à 10 000 GI’s seront sur place, a indiqué le chef d’état-major interarmées, Mike Mullen.

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  • COME 4 NEWS :

    "Outre les 10 000 militaires étasuniens, 800 militaires canadiens seront déployés en Haïti. De plus, l’Onu va « redéployer » à Port-au-Prince 5 000 « casques bleus ». Le Canada envoie des soldats et officiers du Génie. Mais d’autres nations renforceront la présence militaro-policière. Comme l’indique le directeur de la protection civile italienne, Guido Bertolaso, « passé le traumatisme initial, la colère de la population découlera du fait que les gens ne trouveront pas le même genre d’aide et d’appui dont on a l’habitude dans d’autres parties du monde… ». Nelson Jobin, ministre brésilien de la Défense, de retour au Brésil, a évoqué « le risque d’émeutes »."

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  • Shaul Schwarz, un photographe de Time Magazine, a indiqué avoir vu deux barricades au moins, dressées en travers des rues de Port-au-Prince : « Ils commencent à bloquer les rues avec des corps, a témoigné le reporter. Ça commence à devenir mauvais, dehors… Les gens sont écœurés de ne recevoir aucun secours » ! Trois jours après le désastre qui a secoué la capitale, des dizaines de milliers d’habitants sont livrés à eux-mêmes et manquent de nourriture, d’eau et de toute aide.

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  • Europe un :

    "Tant que les gens auront faim et soif, tant que nous n’aurons pas réglé le problème des sans-abri, nous courrons le risque d’émeutes", a déclaré le ministre brésilien de la Défense, Nelson Jobim, après une visite à Port-au-Prince.

    Pillages et affrontements en plein jour. Un millier de rescapés du tremblement de terre, armés de couteaux et de marteaux, se sont affrontés samedi après-midi autour des maisons et des magasins abandonnés qu’ils étaient en train de piller dans une rue du centre-ville. Les émeutiers, qui se sont affrontés à coups de pierres, ont emporté des T-shirts, des sacs, des jouets et toutes les marchandises qu’ils pouvaient trouver.

    Samedi après-midi, des habitants de Port-au-Prince ont manifesté pour exiger le retrait de piles de cadavres en décomposition. Les manifestants ont bloqué l’une des routes d’accès à la capitale avec une barricades formée de pneus en feu et d’au moins quatre cadavres.

    Si la distribution s’organise peu à peu, la population se plaint de la lenteur de l’aide, et craint de plus en plus la multiplication des gangs armés. "Des hommes armés de machettes font éruption pour voler de l’argent", témoigne Evelyne Buino, une jeune esthéticienne. "Les gens sont affamés, assoiffés. Ils sont livrés à eux-mêmes. C’est de plus en plus dangereux. Il n’y a plus de police, les gens font ce qu’ils veulent", constate de son côté Léon Melesté, un religieux.

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  • La communauté internationale a promis d’aider à la reconstruction de Haïti, mais dimanche, les rescapés du tremblement de terre de mardi avaient toujours le plus grand mal à se procurer eau, vivres et médicaments.

    Voilà le discours officiel : il reconnaît des difficultés et les attribue à "des problèmes de logistique" :

    Des centaines de milliers de Haïtiens affamés attendent désespérément de l’aide mais des problèmes de logistique empêchaient une grande partie des secours de parvenir aux victimes qui survivent dans des camps de fortune, dans des rues jonchées de débris et de cadavres en décomposition.

    En fait, l’intervention n’est pas une aide humanitaire mais une occupation militaire !!!!

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  • Témoignage posté le 24 novembre 2004

    de Michael Brewer, Haitian Street Kids, Inc.

    haitianstreetkids@rescueteam.com

    Je m’appelle Michael Brewer, citoyen américain vvant à Port-au-Prince, où j’ai une organisation et une maison d’accueil pour les enfants des rues et les enfants domestiques en fugue. Etant très familier du problème des enfants sans abri, Je crois de mon devoir de faire savoir une tendance très troublante qui commence à refaire surface en Haïti.

    Des véhicules d’hommes présentés comme des "anciens militaires", qui sont en réalité les membres de l’armèe démobilisée, ont commencé à patrouiller les rues de Port-au-Prince et assassinent sans discrimination les enfants des rues, juste pour le sport. Ces hommes rodent dans les rues par groupes de 6 à 10 armés de fusils de guerre, d’assaut, d’armes à feu et de pistolets 9mm, portant tous des uniformes tout noirs et des masques noirs sur la tête pour cacher leurs identités.

    Nettoyer les rues des vagabonds

    Ils justifient l’assasinat de ces gamins en les présentant comme des "vagabonds", en disant qu’ils "nettoient les rues" . Un exemple de ce massacre impitoyable de ces enfants a eu lieu le jeudi 11 novembre 2004, entre 7:pm et 8:pm du soir, dans un parc bien connu à Pétionville, près de Port-au-Prince, appelé Plais Bois.

    Un grand nombre de garçons sans abri de tous âges dorment dans le parc, la nuit, à cause du manque d’assistance et d’abris pour eux et pour les organisations qui essaient de s’occuper d’eux. A environ 7:pm du soir, un véhicule des "ex-militaires", que les gens appellent à tort "police", pénétra dans le parc et s’arrêta à l’endroit où 20 à 30 enfants dormaient.

    Ceux qui étaient éveillés alertèrent les autres, et tous ont commencé à courir. Trois d’entr’eux ont été attrapés par ces hommes : un âgé de 7 ans du nom de Linxson, un autre de 12 ans et un troisième âgé de 15 ans. Ces gosses furent d’abord férocement battus. Des sacs noirs furent ensuite placés sur leurs têtes et attachés autour de leurs cous, et enfin ils furent tués par balles.

    Cadavres jetés à l’arrière des véhicules

    Les corps sont placés à l’arrière des véhicules et transportés ailleurs. Une semaine avant, un garçon de neuf ans appelé Emmanuel fuyaient un groupe de ces hommes qui l’avaient appelé. lls lui ont tiré des balles à la jambe avec un fusil d’assaut pour le stopper. Trois de ces hommes se dirigèrent avec désinvolture vers l’endroit où l’enfant était étendu et pleurait.

    Ils se moquèrent de lui, puis lui tirérent encore quatre fois des balles au pistolet et au fusil. L’un de mes enfants, de 14 ans un garçon nommé Makinzi, a été tué au moment où il descendait le trottoir de la rue, il y a trois semeaines. Son visage était terriblement marqué par les mauvais traitements dont il avait souffert, auparavant, en dormant dans la rue, avant d’arriver chez nous. Pendant son sommeil les rodeurs lui avaient versé un liquide enflammé sur le visage et sur les épaules, lui causant des cicatrices épaisses et noires de brûlures au troisième degré.

    On a entendu ces exécuteurs déclarer qu’ils pensaient que l’enfant portait un masque, et supposaient qu’il devait être un voleur. J’ai attaché une photo de Makinzi, aussi bien qu’une photo d’un autre de mes enfants qui avait été brutalement maltraité quand il était dans les rues. Les incidents que j’ai donné en exemple sont juste un très petit nombre des meurtres quotidiens de ces enfants commis par ces groupes d’hommes, chaque jour et nuit, partout dans la ville.

    Il existe des fosses communes où pourrissent des cadavres de gosses qu’on peut voir tous les jours de la semaine. J’en ai vu beaucoup. C’est un génocide flagrant. Les atrocités impitoyables commises sur ces enfants des rues innocentes, sans défense, inoffensifs se déroulent de façon complètement discrète, non signalée, non investiguée. La terreur, l’insécurité et la misère étant imputées à ces enfants, dont les vies sont déjà plus difficiles et douloureuses que ce que nul autre enfant n’ait jamais enduré, atteignent aujourd’hui un niveau sans précédent.

    Aucune aide, aucune protection

    Ces gosses n’ont personne vers qui se tourner pour obtenir aide et protection, sauf des gens comme moi, et des organisations comme la mienne, qui n’ont en réalité aucun pouvoir d’arrêter le massacre. Notre soutien est à un point maintenant, où depuis plusieurs jours nous sommes incapables de nourrir nos enfants plus d’une fois par jour, et nos efforts pour améliorer les choses produisent très peu de résultats.

    Les forces des Nations Unies ne font rien et ignorent totalement cette crise. Il n’y a pas de police pour s’occuper de cela vu que les enfants n’ont pas les moyens de payer les services ou la protection de la police. Je trouve aussi très ironique que les forces militaires brésiliennes, constituant le plus gros de la présence onusienne en Haïti, viennent du pays même, bien connu pour les meurtres des enfants de rue dans leur propre pays. Leur inaction et leur indifférence face à ces actes malveillants ne sont pas difficiles à comprendre vues dans ce contexte.

    Si vous connaissez tout moyen de faire connaitre cette tragédie en cours qui est devenue une épidémie, aidez à faire circuler cette histoire. Ou bien faites-moi savoir ce que je pourrais faire. Je suis actuellement aux Etats-Unis pour peu temps essayant de faire mon possible pour chercher une solution à ce problème et à d’autres. C’est la première fois que je suis retourné aux USA depuis 6 ans, et je l’ai fait seulement à cause de la nature urgente et critique de ce problème.

    Merci avec l’espoir de vous entendre bientôt. Respectueusement, Michael W. Brewer, RN Haitian Street Kids, Inc.

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  • communiqué Lutte ouvrière sur Haiti 17 janvier 2010 22:10, par Alex

    Lutte Ouvrière et l’humanitaire : la dimension "maintien de l’ordre", le caractère avant tout policier de l’intervention des puissances impérialistes sous couvert d’aide humanitaire échappe complètement à LO, qui demande aux USA et à la France d’intervenir plus ! (lire les deux derniers paragraphe de ce communiqué :

    communiqué - samedi 16 janvier 2010
    La catastrophe de Haïti, et l’hypocrisie des grandes puissances

    Après le tremblement de terre du 12 janvier, les grandes puissances, à commencer par les USA et la France, se sont répandues en discours pour mettre en valeur l’aide qu’elles allaient apporter à la population de l’île. Mais après le séisme lui-même, c’est maintenant le manque total de moyens de secours qui tue les Haïtiens. Le manque de médecins, d’équipements hospitaliers, d’engins pour dégager les victimes ensevelies sous les débris, de nourriture, d’eau potable.

    Mais cette misère, elle existait déjà avant le séisme. Et il y a déjà six ans que la « Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti » est présente sur place. Elle ne pouvait pas ignorer dans quelles conditions indignes vivait la population de cette île, que le colonialisme français, puis l’impérialisme américain, avait ruiné. Et elle n’a rien fait, en dehors de former une force de police capable de s’opposer à d’éventuels troubles sociaux.

    Aujourd’hui, c’est bien le moins que les pays riches envoient quelques équipes de secours, mais les moyens qu’ils mobilisent (trois avions et 200 hommes pour la France) sont dérisoires en comparaison de ceux qu’ils ont déployés en Irak ou en Afghanistan !

    Alors, la simple décence voudrait qu’ils envoient plus d’aide, et qu’ils cessent de s’en vanter !

    Arlette Laguiller, Nathalie Arthaud

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  • 17 janvier 2010
    Haïti : vers une nouvelle occupation américaine ?
    Claude RIBBE

    L’envoi de 10 000 marines en Haïti, la prise de contrôle par les USA de tous les points stratégiques, à commencer par l’aéroport de Port-au-Prince, le refus de laisser atterrir, sous prétexte de saturation, un avion français : tout semble annoncer une prise de contrôle d’Haïti par Washington.

    L’attitude de Paris le confirme : nomination de personnes notoirement incompétentes pour enterrer le dossier, absence du gouvernement à la cérémonie de Notre Dame du 16 janvier (alors que le président de la République et de nombreux ministres devaient initialement s’y rendre), retrait des protestations contre la mainmise américaine sur l’aéroport Toussaint-Louverture… La marche arrière est totale.

    Certes, l’engagement américain, présenté comme humanitaire, a été le plus rapide. Mais on sait que l’humanitaire est un pavillon qui peut flotter sur toutes sortes de marchandises. Des émeutes révèlent qu’en réalité les Haïtiens tardent à être secourus, ou du moins que les secours sont sélectifs. On peut s’attendre à des émeutes qui seraient réprimées grâce à un impressionnant déploiement militaire.

    La mainmise sur Haïti est un scénario étudié depuis longtemps. La preuve en est que l’ambassade des USA, récemment construite, n’a pas souffert du séisme, à la différence de l’ambassade de France. Depuis plusieurs années, dans le programme de rénovation de toutes les ambassades américaines dans le monde entier, celle de Port-au-Prince était présentée comme aussi stratégique que celle de Bagdad.

    Le séisme qui frappe aujourd’hui Port-au-Prince est une bonne occasion de prendre le contrôle d’un pays, présenté comme misérable à cause de la couleur de ses habitants, mais doté d’un riche sous-sol, avec des réserves pétrolifères qui pourraient être supérieures à celles du Vénézuela, d’importants gisements d’or et de cuivre et surtout des ressources en iridium, matériau extrêmement résistant et utilisé dans l’industrie de l’armement (protection des têtes de missiles balistiques intercontinentaux).

    Il faut savoir que le seul autre pays au monde à détenir d’importantes ressources d’iridium est l’Afrique du sud. Comme par hasard l’Afrique du sud était la seule nation à aider Haïti au moment de la célébration du bicentenaire de son indépendance. La France avait pourtant déployé des efforts considérables pour l’en dissuader. Depuis le coup d’État franco-américain de 2004, c’est l’Afrique du Sud qui accueille et protège l’ex-président Aristide, lequel n’a jamais fait mystère de la richesse du sous-sol de son pays.

    On ne pourrait suspecter les Américains de mauvaises intentions s’il n’y avait des précédents. Le 28 juillet 1915, sous prétexte de sortir Haïti d’un prétendu « chaos », les marines débarquaient comme aujourd’hui à Port-au-Prince et s’emparaient des réserves d’or de la banque nationale. Des milliers de paysans, les Cacos, s’insurgèrent alors sous la conduite de Charlemagne Péralte qui, trahi et arrêté en 1919, fut cloué par l’occupant sur une porte. La répression fut particulièrement féroce. Pour réduire les derniers foyers de résistance, les USA inaugurent en 1919 les bombardements aériens massifs. Tout résistance est écrasée en 1920. Les USA ne quittèrent le pays qu’en 1934. Dix-neuf ans d’occupation après un débarquement à des fins, comme aujourd’hui... humanitaires.

    Claude Ribbe

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  • Nous sommes là essentiellement pour une opération d’assistance humanitaire mais la sécurité en est un élément crucial (...). Il va nous falloir répondre à cette situation", a expliqué dimanche sur la chaîne de télévision ABC le commandant de l’opération américaine en Haïti, le général Ken Keen.

    En fait, les troupes américaines ne sont nullement reçues en libérateurs et elles le savent. des soldats américains se sotn déjà fait tirer dessus aujourd’hui avec morts et blessés dans les troupes américaines.

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  • Ce mercredi, les troupes des paras US débarquent en Haïti. Ils vont occuper toute l’île militairement. ce sont des spécialistes des guerres civiles contre la population et le Vietnam les a façonnés. Ils ne viennent pas pour sauver le peuple haïtien !!! Quant au chef du contingent bréislien interviewé par la radio, il a déclaré : "Nous sommes en train de signer un accord avec les USA sur notre rôle en Haïti. Nos troupes auraient pu secourir la popualtion mais, selon cet accord, nos troupes seront spécialisées comme force de police, de maintien de l’ordre."

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  • dans la presse :

    L’armée US qui a pris le contrôle de l’aéroport de Port-au-Prince ne se fie qu’à ses propres priorités pour autoriser ou non les appareils en provenance du monde entier à atterrir. C’est ainsi qu’un avion français ayant à son bord un hôpital de campagne a dû être dérouté vendredi sur Saint-Domingue. Ce qui a été à l’origine d’une brouille franco-états-unienne de quelques heures. Le ministre de la coopération, Alain Joyandet, soulignant d’abord devant la presse qu’il avait « protesté » officiellement auprès de Washington. Avant d’être corrigé un peu plus tard par le Quai-d’Orsay qui, fidèle à son suivisme à l’égard des orientations de la Maison-Blanche, a nié l’incident, clamant que la coopération entre les deux pays s’effectuait « de la meilleure façon possible ».

    logiques impériales

    La France n’est pas la seule à avoir fait ce genre d’expérience. Un avion-cargo de l’armée argentine transportant du matériel médical et une unité de purification d’eau est resté bloqué à Saint-Domingue. Deux appareils mexicains ont connu les mêmes déboires. Et 40 tonnes d’aides en provenance du Pérou ont dû finir le trajet par voie terrestre depuis le pays voisin. Michel Clancy, responsable d’un comité haïtien chargé de coordonner la distribution de l’eau et de la nourriture, déplorait le manque d’informations des autorités US qui contrôlent l’aéroport  : « Les Haïtiens, dit-il, ne sont pas avertis de l’arrivée des appareils. » Plus grave, le déploiement militaire US est programmé dans la durée. Hilary Clinton, en visite sur place samedi, a insisté sur ce point. D’où les craintes de voir se confirmer, comme sous d’autres formes au Honduras ou en Colombie, un attachement tout particulier de Washington à de vieilles logiques impériales.

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  • Dans la presse :

    Les bérets noirs attaquent Haïti !!!

    L’envoi de 10 000 marines en Haïti, la prise de contrôle par les USA de tous les points stratégiques, à commencer par l’aéroport de Port-au-Prince, le refus de laisser atterrir, sous prétexte de saturation, un avion français : tout semble annoncer une prise de contrôle d’Haïti par Washington.

    Les parachutistes de la 82e division aéroportée de l’armée américaine ont commencé à sécuriser la piste de l’aéroport Toussaint Louverture et à débarquer du matériel lourd, sous les yeux de centaines d’Haïtiens et d’étrangers espérant quitter cet enfer.

    "Nous allons nous déployer dans la ville pour aider les Nations unies et d’autres forces qui en ont besoin à fournir toute l’assistance nécessaire", a dit à l’AFP le sergent Kelab Barrieau, dans le vacarme des hélicoptères.

    Les bérets noirs doivent continuer à arriver toute la journée, jusqu’à ce que le détachement atteigne "la taille d’une brigade" de plusieurs milliers d’hommes. D’ici lundi, 9.000 à 10.000 GI’s seront sur place, a indiqué le chef d’état-major interarmées, Mike Mullen.

    La colère monte...

    "Les gens sont affamés, assoiffés. Ils sont livrés à eux-mêmes. C’est de plus en plus dangereux. Il n’y a plus de police, les gens font ce qu’ils veulent", témoigne Léon Melesté, un religieux adventiste coiffé d’une casquette blanche "New York".

    Si rien n’est fait pour satisfaire les besoins urgents de la population, tels que le manque de logements, l’accès à l’eau et à la nourriture, "on court le risque d’avoir des émeutes", a mis en garde le ministre brésilien de la Défense, Nelson Jobim, à son retour de la capitale haïtienne.

    Mais les paroles de réconfort en provenance du monde entier ne suffisent pas à apaiser les Haïtiens.

    "Le gouvernement nous bluffe. Il y a des millions de dollars qui rentrent mais on ne voit rien. A la tête de l’Etat, un groupe d’amis se partage cet argent", accuse Kassana-Jean Chilove, un mécanicien qui a perdu sa fille dans le tremblement de terre.

    Après l’hébétude, la colère et l’impatience. Au troisième jour de leur calvaire, les survivants du séisme dévastateur de mardi commençaient à perdre leur calme, hier, face à la lenteur des secours. Car l’eau et la nourriture se faisaient de plus en plus rares alors que le thermomètre flirtait avec les 40 degrés dans ce Port-au-Prince à moitié détruit, aux rues toujours jonchées de cadavres. Une nouvelle cause d’angoisse pour les quelque 3 millions d’habitants de la capitale haïtienne, amputée d’au moins 50 000 habitants par le séisme, et tentant de soigner ses 250 000 blessés. Aujourd’hui, ce sont aussi 300 000 sans abri, qui errent dans les rues. « Tant que les gens auront faim et soif, tant que l’on ne résoudra pas le problème du manque de logement, on court le risque d’avoir des émeutes », a mis en garde le ministre brésilien de la Défense, Nelson Jobim, après avoir rendu visite à ses troupes, principal contingent des casques bleus de la MINUSTAH, la mission des Nations Unies en Haïti.

    La violence des affamés

    « Les gens ne peuvent pas cuisiner, ils n’ont pas de gaz, pas d’eau et n’ont pas d’endroit où se préparer à manger », a expliqué la porte-parole du Programme alimentaire mondial (PAM), à Genève, Emilia Casella. « Pour l’instant, ce que nous avons pu faire n’est qu’une goutte dans l’océan », souffle-t-elle. Nouvelle rassurante dans ce chaos où chacun craint une explosion de violence des affamés : le principal entrepôt du PAM à Port-au-Prince, renfermant 6000 tonnes d’aide alimentaire, n’a pas été pillé, comme la rumeur l’a un moment fait croire.

    « Nous sommes tous conscients que la situation empire et se tend alors que les plus pauvres attendent de l’aide », constatait David Wimhurst, porte-parole de la MINUSTAH. « La situation est très difficile et très tendue », assurait de son côté Salavat Mingaliev, chef d’une équipe russe de sauveteurs qui, vu l’insécurité, a suspendu ses recherches à la tombée de la nuit. Il faut dire que des petits groupes de jeunes armés de machettes sillonnent les rues de la capitale. « Ils prennent tout. Qu’est-ce qu’on peut faire ? » se lamente Michel Legros, 53 ans, attendant devant sa maison qu’on l’aide à rechercher sept de ses parents enfouis sous les gravats.

    La police haïtienne semble avoir disparu, probablement aussi touchée par la catastrophe que le reste de la population, et le maintien de l’ordre repose entièrement sur les 3000 policiers et soldats de l’ONU, qui conseillent aux convois humanitaires de se faire escorter par des hommes armés.

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  • Haïti : comment éviter des révoltes dans les villes ?

    Expulser les habitants !

    Le gouvernement haïtien veut déplacer 400.000 personnes
    De Michelle Faul Et Tamara Lush (CP) – Il y a 13 heures

    PORT-AU-PRINCE — Un haut responsable haïtien a annoncé jeudi que le gouvernement allait déplacer 400.000 personnes hors de la capitale Port-au-Prince, vers des campements temporaires situés à proximité, dans les jours qui viennent.

    Le chef de cabinet du président René Préval a précisé à l’Associated Press que le gouvernement s’inquiète de la situation sanitaire de centaines de cités de toiles qui se sont installées partout dans Port-au-Prince, depuis le séisme du 12 janvier. Il a cité notamment les tentes de la place du Champs de Mars, "qui n’est pas un lieu qui peut accueillir 1.000 ou 10.000 personnes", selon Fritz Longchamp. Les médecins ont mis en garde contre le risque d’épidémies qui pourraient se propager à partir de ces regroupements de milliers de personnes. Il y aura donc des lieux disposant au moins d’installations sanitaires adéquates.

    Fritz Longchamp a affirmé jeudi que des bus allaient commencer à emmener des personnes en dehors de la capitale d’ici une semaine à dix jours, une fois que les nouveaux villages de tentes auront été montés. Des Casques bleus brésiliens préparent un site d’accueil à Croix des Bouquets, d’après l’Organisation internationale des migrations basée à Genève.

    Des centaines de milliers de victimes du séisme dont les maisons ont été détruites se sont installés sur plus de 200 lieux en plein air où elles campent, sous la tente pour celles qui ont la chance d’en avoir obtenu une. Les plus nombreux dorment au soleil sur des couvertures, des feuilles de plastique ou sous des bâches tendues entre des branchages.

    L’annonce du déplacement des réfugiés coïncide avec la nouvelles que les équipes de recherche quittent le pays avec leurs chiens et leur matériel, alors que les espoirs de retrouver des vivants dans les ruines sont infimes. La priorité est désormais de maintenir en vie les rescapés, d’enrayer les épidémies et de soutenir les personnes qui n’ont plus de maison.

    "Nous avons tellement faim", déplore Félicie Colin, âgée de 77 ans, qui dort près des décombres de sa maison de retraite avec des dizaines d’autres pensionnaires qui n’ont plus mangé qu’occasionnellement depuis le séisme. Une distribution de vivres a tourné à l’émeute quand des individus ont pénétré dans un entrepot et se sont battus pour les sacs de nourriture.

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  • La plupart des journalistes ont traité jusqu’à plus soif l’effondrement de la principale prison de Port-au-Prince. C’était un bon sujet d’article, mais pas pour les raisons mises en avant. Par leur inexpérience, pour ne pas dire leur arrogance, tous les journalistes qui ont attiré notre attention sur cette prison sont passés à côté de la signification réelle de sa destruction.

    On nous a dit que des "criminels notoires", des "assassins", des "chefs de bande", des "dealers" s’étaient "évadés par la grande porte". Ce qu’il aurait fallu dire sur cette prison, c’est ce qu’elle représentait pour l’Haïtien moyen. Comme celle du palais présidentiel et des anciennes casernes centrales de la ville, cette destruction était une vraie revanche sur les grands symboles de décennies d’oppression.

    De plus, une bonne partie des détenus de la prison ne correspondaient certainement pas aux stéréotypes qu’ont véhiculés les journalistes. Il est de notoriété publique que les prisons d’Haïti étaient pleines de petits délinquants et autres malheureux qui n’auraient pas dû être derrière les barreaux.

    Courrier International

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  • 80% de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté de deux dollars par jour dont 54% dans un état de pauvreté extrême avec moins d’un dollar par jour, 65% de chômage… découverte par Christophe Colomb en 1492 et sous domination espagnole jusqu’en 1697 qui verra l’éradication de tous les indiens qui en étaient originaires, l’île d’Hispaniola où Haïti devient la première République noire en 1804 en administrant une déculottée historique à un Bonaparte voulant rétablir l’esclavage aboli à la Révolution Française, pour laver l’affront cuisant, se verra infligée à son tour un siècle de blocus de la part de toutes les grandes puissances dites « occidentales ». Le Calvaire de ce peuple qui dérange les grandes « civilisations » s’étant construites sur le dogme de la hiérarchie des êtres au sein d’une espèce dont la science et ses récentes découvertes sur le génome humain nous dit aujourd’hui qu’elle est une et indivisible, par le phantasme pervers de la « race », n’en est pourtant qu’au début de son Calvaire. Haïti passe en effet sous une occupation militaire américaine de 1915 à 1934 combattue farouchement par des révoltes paysannes. Le pays laissé alors exsangue est propice à l’installation de la dictature de François Duvalier de 1957 à 1986 puis à celle de son fils. L’ex prêtre Jean Bertrand Aristide est élu en 1990 lors de la première élection libre mais est renversé par un coup d’Etat militaire et ne redeviendra président qu’en 2001 après un scrutin boycotté par ses opposants. En 2004 il doit démissionner sous la pression de la France, des USA et du Canada. Et depuis les casques bleus qui occupaient l’île tentaient d’ « instaurer la démocratie » comme il est de bon ton de le dire dans les rédactions des « grandes démocraties » par un gouvernement de transition.

    Et avec cela ma p’tite dame vous nous rajouterez des ouragans qui déferlent d’avril à juin et d’octobre à novembre, dont l’un des plus meurtriers, Jeanne, a ravagé le pays en 2004 laissant derrière lui quelques 1 160 morts, 1 250 disparus, 170 000 personnes manquant de nourriture et d’eau, et des plantations de bananiers avec lesquelles le pays tire une partie de son économie complètement ravagées. C’est te dire si le séisme de magnitude 7 sur l’échelle de Richter de ce 12 janvier, qu’Elisabeth Byrs, porte-parole à Genève du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU nomme comme « la pire que les Nations Unies avaient dû vivre jusqu’ici » est vraiment le « couronnement » ultime d’une longue série de malheurs. Le palais présidentiel s’est effondré sur lui-même et des ministres sont morts. La mission de l’ONU s’est écroulée comme un château de cartes, et il en va de même pour tous les bâtiments administratifs, ainsi que les hôtels, ou les postes de police… Les télécommunications sont H.S. A la date du 11 janvier 75 000 morts ont déjà été inhumés selon le gouvernement haïtien. Still counting… il pourrait y en avoir jusqu’à 200 000 d’après le lieutenant Général Ken Keen, commandant des forces américaines sur place. A cela il faut ajouter les 250 000 blessés dont nombreux sont ceux qui ne verront pas arriver les secours et 1 million de sans-abri sans eau potable, nourriture, ni électricité. Dans un chaos total où comme c’est une règle « naturelle », seuls les plus valides et les plus forts survivent.

    Dans le monde, la seconde même après la fin du séisme, c’est l’effervescence. Toutes les rédactions s’activent pour piquer de petits coups de becs des petits lambeaux de news, secondes après secondes, sur le corps d’Haïti. Quelques heures à peine après la catastrophe les hélicoptères tournoient déjà dans le ciel à la recherche d’images bien sanglantes à montrer aux éditions du 13 heures et du 20 heures. Ici des petites filles que l’on extirpe des entrailles de l’Enfer, là une vieille dame… les médias comme les prédateurs sont attirés par l’odeur du sang. Non content d’avoir dépecé le peuple d’Haïti de ses richesses, les « occidentaux » par l’intermédiaire de leurs grandes chaînes de média, vont pousser l’horreur jusqu’à lui voler sa dignité en grappillant ci et là des images de ses morts. Ne t’es-tu jamais demandé, ô plancton téléspectateur, pourquoi on montre plus facilement les morts du Rwanda ou d’Haïti que du World Trade Center ou du tremblement de terre en Italie ? L’être humain pour nos « grands » médias aurait-il droit à plus de dignité seulement en fonction de la couleur de sa peau ? Et ne t’es-tu jamais demandé quelle pouvait être la douleur de nos concitoyens originaires d’Haiti découvrant en direct, en même temps que des milliards sur la planète, le visage mort d’une mère, d’un père, d’un frère, une sœur, un fille, un fils, un ami d’enfance, une voisine…

    Et déjà les télés du monde entier nous montrent la course pitoyable des secours. On te montre les images d’Haïtiens en liesse après le sauvetage de femmes ou d’enfants restés coincés sous les décombres alors que le restant de la population se meurt à petits feux de manque de soins, de faim et de soif. A quel pays sauvera le plus de victimes. Une sorte de jeux Olympiques de la misère, d’Eurovision de l’outrage où les américains se démarquent après un débarquement hollywoodien digne des plus grands Oliver Stone. Devant des français ne manquant pas une occasion de poser un cocorico et qui sont surtout inquiets par le sort de leurs ressortissants et dont les peurs des familles en attente d’adoption de petits Haïtiens vont bientôt rapidement faire pleurer dans leurs chaumières les ménagères de 25 à 55 ans. On montre les boys qu’on critique pour prendre les choses en main et qui font jalouser nos politiques. Politiques se bousculant au portillon pour y aller de sa petite phrase concourant pour savoir à qui au mieux porterait seul toute la misère d’Haïti dans ses yeux et ainsi s’assurer le maximum de temps d’antennes, de « temps de cerveaux » comme disait le patron d’une grande chaine. Des politiques de l’UMP et du PS qui aujourd’hui s’interrogent à l’Assemblée Nationale sur LCP s’il ne faudrait pas, au fond, mettre le régime « sous tutelle ». Interrogations que viennent « légitimer » (sic !) des images d’Haïtiens réclamant la domination américaine ou française ? Un Clinton qui se prend pour Kouchner et va distribuer des sacs de riz à la population, et surtout la très grande générosité des français et de leurs artistes qui courent pour donner pour Haïti déclarée grandes cause nationale par de grandes marques de lessives… à cerveaux.

    Toute cette pitié dégoulinante qui est versée à Madame et Monsieur Bidochon depuis 10 jours à chaque heure de repas oublie quelque peu de lui dire la Vérité, dont Jean Grenier disait : « je n’ai jamais pu faire coïncider ce que je croyais être la vérité avec ce qui m’aidait à vivre ». Car la Vérité, sur Haïti, pour peu qu’on la recherche, pour peu qu’on aille la fouiller ailleurs que sur le corps encore chaud des cadavres, il est vrai, n’est pas très vendable pour nos grands médias. Mais le courage d’un journaliste ou d’un politique ne devrait-il pas être avant tout, comme l’écrivait Jaurès, « de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques » ?

    Car la vérité d’Haïti est bien ailleurs, à commencer par son Histoire. L’Histoire glorieuse de la première république noire. La vérité c’est que les grandes puissances qui aujourd’hui larmoient à son chevet des larmes de crocodile cathodique a colonisé ce pays et l’a laissé mourir à petit feu sans jamais s’en préoccuper et cela depuis des décennies. Trop honteuse d’y voir dans ses yeux le regard effronté d’un Toussaint Louverture encore vibrant, véritable révolutionnaire baigné de l’esprit des Lumières et qui a la tête d’une poignée d’esclaves à tenu tête et vaincu les armées d’un petit caporal qui faisait alors trembler l’Europe.

    La vérité, encore une fois, c’est que non content d’avoir volé au peuple d’Haïti ses richesses, sa culture, nous nous acharnons à essayer de lui voler son âme en poussant l’indécence jusqu’à aller filmer les corps, les scènes de pillages, le chaos…pour te faire comprendre à toi bien confortablement assis dans ton salon, que « ces noirs », vois-tu, on aura beau leur apporter la religion et la civilisation, ils se comporteront toujours comme des bêtes. Et te faire oublier que pendant les restrictions durant la seconde guerre mondiale, les mêmes scènes de pillages et d’adultes arrachant la nourriture de la bouche des enfants se déroulaient jusque dans Paris même. Parce que voilà, c’est peut-être pas beau, mais c’est l’instinct de survie et c’est comme ça ! Et que nul ne sait ce que toi et moi ferions si nous étions à la même place, là-bas, au milieu des décombres et des morts, sans nourriture ni eau depuis des jours, à sentir la vie quitter lentement ton corps… La vérité c’est aussi qu’on veut te faire oublier par un jeu d’images aux sous entendus douteux la précarité qui sonne aujourd’hui à la porte de près de 10 millions de français.

    La Vérité, si l’on veut être juste, c’est que le dernier séisme à Haïti remonte au XVIIIème siècle et qu’ainsi n’étant pas du tout préparé à cette éventualité, n’importe quel pays au monde, n’importe quelle démocratie, que ce soit en Europe ou aux Etats-Unis, qui verrait en l’espace de quelques secondes jusqu’à la quasi-totalité de ses infrastructures, ses administrations, ou ses télécommunications effondrées serait plongé dans les mêmes limbes.

    La vérité froide et cynique c’est que ce téléthon post-séisme, cette ignoble course au « secourisme » permet surtout aux grandes industries de se positionner pour obtenir des parts de marchés pour la reconstruction en faisant financer l’opération marketing du secourisme par les téléspectateurs dont on monnaye la sensibilité. Et que ce séisme va permettre encore un peu plus aux grandes puissances de coloniser économiquement Haïti. Alors que cela ne devrait pas être aux organisations privées mais aux gouvernements, à l’UE, à l’ONU d’apporter l’ensemble de l’aide internationale, solidaire, et sans alourdir la dette déjà démesurée d’un pays dont on a déjà refusé l’annulation en 2003.

    La question, enfin, est de se demander combien de temps encore nos politiciens et nos médias croient-ils pouvoir encore nous mépriser à un tel point qu’ils se permettent aujourd’hui de monnayer notre humanité ? Eteignons pour un temps nos postes de télévisions. Cessons de lire nos « grands » journaux. Et réfléchissons sur ce qu’est le pire fléau qu’ai eu à affronter Haïti depuis son indépendance. Fermons les yeux, et entendons ces mots d’Alphonse de Lamartine lorsqu’il écrivait sur Toussaint Louverture en 1850 : « Je suis de la couleur de ceux qu’on persécute ! » N’est-ce pas un peu dans l’image de ces corps haïtiens que l’on expose à la cupidité du monde, de notre sensibilité que l’on souille, de notre générosité que l’on viole, de notre humanité que l’on pille ? N’est-ce pas là, dans ses scènes de chaos mise en pâture à l’indécence féroce de ce monde cupide, de notre âme à nous aussi qui s’envole ?

    agora vox

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  • Dans sa grande bonté, le ministère de l’intérieur français a momentanément suspendu les reconduites à la frontière des Haïtiens en « situation irrégulière » sans, pourtant, les régulariser. Et, la Banque Mondiale, elle-même, a été jusqu’à reporter de cinq ans le paiement de la dette d’Haïti qui, selon ses propres spécialistes, ne pourra pas être reconstruite avant dix ans !

    Quelle générosité des puissances impérialistes qui occupent militairement Haïti !!!

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  • C’est la France qui a accordé, en 1986, un droit d’asile à l’ex-dictateur Jean Claude Duvalier, qui a emporté, dans ses valises, 900 millions de dollars des caisses de l’État, soit plus que la dette extérieure du pays à l’époque. A ce jour, il n’est pas extradé malgré les demandes répétées de la justice haïtienne, afin de le juger et récupérer les sommes volées. L’argent de l’ex-dictateur et de sa famille se trouvent dans des banques étrangères, de surcroît suisses. Haïti a entamé une procédure pénale afin de faire face aux réticences des banques suisses à vouloir restituer la fortune de Duvalier et son clan.

    La France a accordé, en 1986, un droit d’asile à l’ex-dictateur Jean Claude Duvalier, qui a emporté, dans ses valises, 900 millions de dollars des caisses de l’État. A ce jour, il n’est pas extradé.

    La stratégie et l’implantation américaine dans la région remontent à loin et se sont amplifiées durant la guerre froide. Washington considère par ailleurs Haïti comme une arrière base face à son voisin Cuba. Les américains ont trouvé des alliés importants en la personne des dictateurs qui se sont succédé à la tête du pays. L’économie de Haïti a été démantelée à partir des années 70 au profit des entreprises américaines. Le soulèvement de la population dans les années 80 a amené au pouvoir le président Jean-Bertrand Aristide, qui a promis d’importantes réformes, notamment agraires qui auraient pris en charge des aides aux paysans pauvres, qui auraient construit de nouvelles infrastructures et ouvert le champ politique. Ce n’était pas du goût de l’établishment américain qui fomenta un coup d’État ayant chassé en 1991 le président Aristide. L’administration Clinton allait changer de position en envoyant des troupes sur l’île en 1994, afin d’assurer la réélection d’Aristide, dans la mesure où il promit la docilité. Or, une fois au pouvoir, ce dernier ne put accepter la feuille de route américaine et alla même jusqu’à demander aux USA 21 milliards de dollars d’indemnité pour le pillage de son pays. L’Amérique recourut alors à son arme fatale dans la région, imposant un embargo, qui a asphyxié l’économie haïtienne, et ce, avec la complicité des Nations Unies qui ont envoyé des troupes sur place. Vint alors un second coup d’État en douce contre Aristide qui allait amener au pouvoir le gouvernement de Gérard Latortue. Ce dernier a généralisé la corruption qui a notamment profité à son clan. L’élection de René Préval en 2006, en bénéficiant de l’image d’ancien allié d’Aristide, a suscité de l’espoir dans les couches sociales les plus pauvres, qui ont voté massivement pour lui. Mais l’illusion n’allait pas durer longtemps, la crise sociale s’étant amplifiée et l’appauvrissement galopant. Aristide est toujours en exil d’où il réclame son droit au retour et le droit pour son parti, Fanmi Lavalas, de participer aux élections.

    Économie ruinée et lendemains incertains

    Les différents plans d’ajustements structurels imposés par le FMI et la Banque Mondiale, qui servent plutôt l’intérêt des marchés occidentaux, ont ruiné l’agriculture de Haïti et sa paysannerie. Cette politique a provoqué en 2008 une grave crise alimentaire et plus d’instabilité politique. Le taux de chômage est d’environ 65% de la population active. Le secteur informel domine l’économie haïtienne et la majorité de la population vit avec moins d’un dollar par jour. L’exode rural de la paysannerie vers les villes, notamment à Port-au-Prince, allait voir l’avènement de bidonvilles et l’accentuation de la main-d’oeuvre bon marché. Le marché du textile, avec ses « ateliers à sueurs », est détenu par les entreprises américaines. La dégradation de la situation sociale, la déforestation massive, la destruction de l’agriculture paysanne, auxquelles se sont ajoutés les violents cyclones de 2004 et 2008, ont carrément ravagé le pays.

    Il ressort des médias que la tragédie actuelle est de la seule faute du gouvernement, en oubliant d’expliquer les origines du désastre politique qui frappe ce pays. Présenter les bateaux de croisières comme transportant des sauveurs, revient à cacher l’autre image de ce pays offert à l’exotisme des étrangers, même dans les moment les plus terribles de son histoire. Présenter les USA avec leur flottes de guerre et la France comme sauveurs, c’est cacher la responsabilité de ces pays dans les drames d’Haïti. Les médias montrent les images des anges en kaki qui veilleraient sur l’ordre et une équitable distribution des aides. C’est ainsi qu’on s’achète bonne conscience en brandissant une bienveillance mondiale et un altruisme sans frontière. Dans la cacophonie médiatique, Sarkozy lâche une phrase et se querelle avec les USA. Puis, il se ravise. Le gâteau est minuscule, mais pourquoi pas arracher une part. Or l’oncle Sam ne cède rien, même pas un brin dans l’enfer.

    Présenter les USA avec leur flottes de guerre et la France comme sauveurs, c’est cacher la responsabilité de ces pays dans les drames d’Haïti.

    L’ingérence étrangère, l’imposition par les organismes internationaux de politiques sociales d’austérité, le changement du régime au grès des puissants sont rapidement dévoilés comme autant d’eau versée dans le moulin du drame même si les médias ne veulent faire tomber le masque. Dénué d’infrastructures adéquates, de services publics opérationnels, la catastrophe s’explique ainsi en grande partie par la situation sociale du pays. Haïti a besoin aujourd’hui d’une réelle solidarité planétaire, mais surtout d’une indépendance effective afin de se reconstruire et surmonter la douleur de son deuil.

    Mohammed Yefsah

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  • Dans les grandes puissances, chacun promet une aide généreuse pour la reconstruction du pays. Mais où étaient Washington, Paris et Ottawa lorsque le pays a sombré dans une lente et terrible chute, il y a dix ans ? Les mêmes beaux discours n’avaient-ils pas été prononcés au moment du premier gouvernement d’Aristide ? Mais la plate réalité est que personne n’a vraiment aidé le peuple haïtien pendant ses années de misère. Dans un document d’une rare lucidité, l’Agence canadienne de développement international (ACDI) avouait récemment avoir raté le coche : « Les donateurs ont été incapables d’engager une relation de coopération avec le gouvernement haïtien menant à une véritable lutte contre la pauvreté. Les causes sont nombreuses et ne trouvent pas leur source uniquement du côté haïtien. La cohérence et la cohésion de la coopération internationale ont souvent laissé à désirer et la tendance à la substitution et à l’utilisation de la conditionnalité s’est avérée une stratégie peu efficace. » En clair, on a laissé sombrer dans l’oubli. Tous les prétextes ont été utilisés pour couper l’aide internationale, y compris de vraies raisons, compte tenu de la nature déliquescente du régime. Les donateurs ont fait preuve d’une analyse très partielle des causes complexes de la réalité, notamment la dégradation économique, sociale et environnementale dont le gouvernement Aristide a hérité, elle-même le résultat d’années de complaisance de la part des principales puissances impliquées, notamment les États-Unis et la France, envers la terrible dictature qui a perduré à l’ombre du papa et du fils Duvalier. Lorsque Aristide est arrivé au pouvoir, on a pensé qu’un quick fox était possible, ce qui aurait permis, du point de vue américain, d’éliminer la menace d’un exode massif (les boat people haïtiens) sans penser à ce qu’il fallait faire pour véritablement reconstruire le pays. En bout de course, c’est le peuple qui a payé. Et aujourd’hui, on voudrait qu’on oublie tout cela et qu’on dise : bravo, on va le sauver !

    Quelle démocratie ?

    Le peuple a eu plus que son lot de misères, d’exactions et de violences. Le 200e anniversaire de la lutte des esclaves africains qui avaient imposé la première république de l’hémisphère devrait cependant faire réfléchir ceux qui pensent qu’il s’agit d’un peuple de perdants qui ne peut mieux espérer qu’une recolonisation douce sous le couvert de l’« ingérence humanitaire ». Au cours des dernières années, les Haïtiens ont empêché le retour des duvaliéristes. Peu après, ils ont résisté aux dérives d’Aristide. Il serait surprenant qu’ils se laissent mener par une bande de voyous armés.

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  • mwen ta ajoute yon lòt revandikasyon nan lis la : MANDE POU OKIPASYON MILITE A FINI. MANDE POU TOUT SOLDA ETRANJE YO SOTI NAN PEYI A.

    Viv Lit travayè ak travayèz peyi d Ayiti ! Aba Lokipasyon !

    Viv tradisyon lit de klas.

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  • Nan pozisyon nou pran resaman, nou montre ki jan konjonkti a mete nou nan yon moman kote non sèlman tout klas yo ap entèvni ak fòs, menm si nan ka klas domine yo l ap fèt gaye e san direksyon. Nou montre tou nou nan yon koub desizif. Ak yon konsyans klè e divès pratik agresif, boujwazi a angaje nan yon konba pou reyalize pwojè li genyen pou peyi a. Menm si li lese sèten kontradiksyon parèt ak mèt li, boujwa enpèyalis yo, non sèlman yo segondè men, antanke tyoul politik, ideyolojik ak ekonomik, li pare pou soumèt li a tou moman. Si jounen jodi l ap goumen pou ejemoni politik la, se paske dèyè tou sa, li gen pwojè global pou fòmasyon sosyal la, kit se nan nivo ekonomik la (zòn franch, CCI[1], ogmantasyon esplwatasyon an, repwodiksyon politik neyoliberal la ak mache kom regilatè anndan kou nan rapò ak lòt peyi), kit se nan nivo politik la, kit se onivo ideyolojik. Se sa k ap eseye regle malgre fayit la. Travayè yo dwe klè sou sa. Travayè yo dwe kanpe anfas sa. Kidonk konjonkti a mande travayè yo gen yon lòt prezans. Bilten sa a nou rele BILTEN POLITIK la dwe ede nou pèmèt konstwi, reyalize prezans sa a.

    Men yo ka mande : eske pat gen lòt moman ki te deja mande sa ? N ap di kareman wi. Men pou byen konprann se jounen jodi a n ap bay nesesite sa a yon repons, nou dwe lonje dwèt sou yon lòt faktè. Avèk BATAY ki mennen yo, ak travay òganizasyon ki fèt yo, malgre tout difikilte, Batay Ouvriye grandi. Nou vanse. Sa lakòz responsablite nou yo pi gran. Sa lakòz tou kapasite nou yo pi gran. Kidonk nou ka reponn a responsablite ki la devan nou yo, kèlkeswa sa ki nan tèt nou. Tou sa bay baz pou nou pran inisyativ nouvo Bilten sa a.

    Nou dwe di tou, devlopman nou pèmèt nou vin pi mi. Nou gen plis kapasite apati refleksyon sou pratik nou yo, pou nou gen yon liy ak pratik ki plis koresponn a enterè travayè esplwate yo. Nan sans sa a, tandans ekonomis ki konn glise, devlope nan pratik nou yo vin pi klè pou nou e nou gen plis kapasite rektifye yo. La ankò, sa bay baz pou rantre nan inisyativ Bilten Politik la.

    Pou fini, nou dwe di altènativ ki nan enterè travayè yo toujou rete yon nesesite istorik. Devan fayit klas dominant yo ansanm ak tiboujwazi a ki mennen peyi a nan kriz li ye a, k ap foure nou pi fon nan twou esplwatasyon, mizè, represyon-laterè a, degradasyon moral la, li rete endispansab travayè yo fè santi ALTÈNATIV pa yo. Bilten an dwe kontribye konkrètman nan sa, pami divès pratik.

    Bilten an pap yon senp ekzèsis entelektyèl. Li dwe toujou byen chita nan lit nou yo, nan pratik k ap fèt yo. L ap sòti nan pratik yo, l ap rantre nan fè pratik yo vanse, nan kad yon demach kote l ap kontribye nan bati inite politik travayè yo.

    Jounen jodi a, kesyon politik ki blayi sou sèn politik la e ki gen yon gwo enpak, se kesyon eleksyon an. Nan divès lòt moman, nou te bay pozisyon. An 2000, pa ekzanp, te gen konferans deba, nan sèten zòn te gen deba ak kandida yo. Jounen jodi a, menm pratik sa yo ap fèt men li nesesè laji difizyon pozisyon nou yo piplis. Se nan kad sa a, nan premye nimewo sa a, n ap chita sou kesyon eleksyon an. Nan divès zòn, yo deja jwenn pozisyon sa yo. Men jan y ap ka wè, Bilten an, kòm kad, bay plis latitid pou divilge yo pi byen. Nou sitou rete sou sa ki pi enpòtan nan moman an. Nou dwe fè yon anons enpòtan : n ap gen pou tounen sou kesyon kolektivite yo, yon fason otonòm.

    N ap travay pou lide ki nan Bilten an jwe wòl yo nan mitan travayè yo pou yo vanse nan lit yo e konstwi altènativ yo a.

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  • Pour une solidarité
    de classe, internationaliste et anti-impérialiste
    avec le peuple d’Haïti !

    Le séisme qui a dévasté Haïti est une catastrophe naturelle. Mais l’ampleur de ses conséquences, le nombre des victimes, l’absence d’infrastructures, la pauvreté extrême de la population, puis les menaces de famine et d’épidémie sont la conséquence de l’histoire coloniale, de la politique passée et actuelle des grandes puissances qui dominent la planète, et en particulier la France et les Etats-Unis. C’est elles qui ont plongé Haïti dans la misère.

    Les classes populaires haïtiennes sont les premières victimes de cette situation. Loin des objectifs des caméras, les premiers secours, les nécessités de la solidarité immédiate, ont été assuré par ces classes populaires dans le pays. Elles ont besoin de la solidarité internationaliste des peuples et des travailleurs du monde entier, et pas de l’occupation militaire actuelle des U.S.A., qui ont envoyé plus de soldats que de médecins, et qui sont en concurrence avec la France pour raffler les marchés de la reconstruction.

    Batay Ouvriye est une organisation qui regroupe des syndicats de travailleurs et des comités de quartiers à Haïti. Elle participe à l’effort du peuple haïtien pour organiser la survie aujourd’hui, et pour que demain les classes populaires et les travailleurs soient prêts à lutter pour arracher de meilleures conditions de vie, un emploi, un logement, et le retrait des troupes impérialistes.

    Nous vous invitons à la solidarité avec les classes exploitées et leurs organisations en Haïti !

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  • Aujourd’hui, 13 septembre, des pluies diluviennes frappent Haïti où la population n’a toujours rien pour s’abriter que des camps de fortune. Le pouvoir et les grandes puissances veulent profiter de ces pluies catastrophiques pour faire partir de la capitale les populations qui s’y sont maintenues. Ce n’est pas pour les sauver mais pour se débarrasser d’un danger populaire toujours menaçant !!!!

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    • En Haïti, la Protection civile se prépare à l’évacuation de milliers de personnes qui vivent dans des camps de réfugiés aménagés après le tremblement de terre du 12 janvier dernier. L’alerte orange a été décrétée dimanche 12 septembre 2010 à Haïti par la protection civile, en raison des intempéries qui menacent le pays.

      Des milliers de personnes vivant dans des camps de réfugiés au coeur de Port-au-Prince se préparaient à être déplacer par les responsables haïtiens.

      Dimanche soir, la Protection civile d’Haïti a décrété "l’alerte orange" sur le pays indiquant que de nombreuses régions étaient susceptibles d’être inondées en raison des fortes averses prévues durant les prochaines 48 heures.

      "Ecoutez les messages, suivez les consignes et préparez-vous à vous déplacer si c’était nécessaire", a lancé Nadia Lochard, une responsable de la Protection civile haïtienne.

      Selon la responsable, les personnes vivant dans les camps présentant des risques d’éboulement et d’inondation pourraient-être appelées à se déplacer en cas de danger.

      "Nous n’avons pas encore prévu de grosses évacuations, mais il y a une mise en place", déclarait mensongèrement Madame Lochard. Car tout est prévu en fait pour se débarrasser des occupants de la capitale qui gênent le pouvoir et les forces armées d’occupation !!!

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  • Effectivement, les autorités ont fait preuve d’empressement pour évacuer les victimes du séisme qui occupaient les camps de la capitale. ils le font sous prétexte de nouvelles pluies mais leur objectif existait bien avant. Ils ont peur de tous ces pauvres agglutinés près des centres du pouvoir et c’est même la cause de départ de leur intervention !!!

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  • Dans la foulée du séisme de janvier dernier, la réaction de l’administration Obama a été en parfaite continuité avec cet héritage honteux. Sa réponse immédiate fut de déployer une force militaire de 12.000 soldats américains pour prendre contrôle de zones stratégiques de la capitale et empêcher qu’un soulèvement populaire ne vienne remettre en cause la domination des États-Unis et le pouvoir de la riche oligarchie haïtienne. Quand il est devenu clair que la sécurité pouvait être assurée, cette force fut rappelée, laissant le chaos en Haïti.

    Rien n’a été fait pour remplacer l’infrastructure en ruine d’Haïti, qui était déjà dans un état désastreux avant le tremblement de terre. À peine 2 pour cent des débris de Port-au-Prince ont été nettoyés, préalable essentiel pour toute reconstruction.

    De plus, alors que des millions de gens ordinaires aux Etats-Unis et internationalement ont répondu avec force à l’appel pour aider Haïti, pratiquement rien de cette aide ne s’est rendu au peuple haïtien.

    Moins de 2 pour cent des 5,3 milliards de l’aide promise par les gouvernements mondiaux pour 2010-2011 a été livrée. Washington a donné l’exemple en ne livrant pas même un sou des 1,15 milliard qu’il avait promis. L’échec criminel de tenir ces promesses a laissé le peuple haïtien largement sans défense vis-à-vis l’épidémie de choléra.

    Une partie de l’aide qui est arrivée en provenance des Etats-Unis n’a qu’approfondi la crise en Haïti. Washington a subventionné l’exportation de riz bon marché dans ce pays, vendant ainsi moins cher que les fermiers locaux et menaçant de couler le secteur agricole haïtien, duquel 66 pour cent de la population dépend pour survivre.

    C’est une partie d’une politique de longue date dans laquelle l’« aide » est employée par Washington comme un moyen pour accentuer la subordination d’Haïti au capitalisme américain et pour défendre les intérêts stratégiques américains dans la région.

    Ces méthodes ont joué un rôle très direct dans la présente épidémie de choléra. Dans une tentative d’affaiblir le gouvernement du président Jean-Bertrand Aristide, qui fut renversé par un coup d’État appuyé par les Etats-Unis en 2004, Washington a bloqué des prêts provenant de la Banque interaméricaine de développement qui étaient destinés au développement de l’infrastructure d’Haïti pour l’eau, incluant l’approvisionnement d’un aqueduc sécuritaire pour le département de l’Arbonite, l’épicentre de la présente épidémie.
    Le sort du peuple haïtien n’est pas unique. Des milliards d’humains partout sur le globe connaissent de semblables conditions de pauvreté abjecte et sont la proie de vieilles maladies que l’on peut contrôler absolument au moyen de la technologie moderne.

    Les Nations unies ont rapporté la semaine dernière qu’au Nigeria 1500 personnes avaient perdu la vie à cause du choléra, alors que trois autres pays africains subissent une recrudescence des cas. Le Pakistan et le Népal ont aussi rapporté des éclosions de la maladie. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a estimé qu’il y a entre trois et cinq millions de nouveaux cas annuellement et que parmi ceux-ci, 100.000 à 120.000 en mourront. Ce nombre est augmentation selon l’OMS et cela est une des manifestations des conditions de plus en plus désespérées résultant de la crise du capitalisme.

    Les données sur l’ensemble des maladies transmises par l’eau sont encore plus renversantes. Selon l’OMS, elles tueront 1,4 million d’enfants cette année, 90 pour cent de ces derniers n’ayant pas atteint l’âge de cinq ans. En d’autres termes, 4000 enfants meurent chaque jour parce qu’ils n’ont pas accès à de l’eau potable et à des conditions hygiéniques élémentaires.

    Ces conditions, que l’on trouve à Haïti comme ailleurs dans le monde, sont une condamnation sans équivoque du système de profit, qui subordonne toute l’activité humaine à l’enrichissement d’une petite élite financière et condamne des millions de personnes à mourir.

    Sans une transformation fondamentale de l’ordre social existant, ces millions de personnes continueront à perdre la vie à cause de maladies que l’on peut prévenir et guérir. L’éradication de la pauvreté est impossible dans le cadre du système de profit.

    La lutte qui est posée en Haïti comme dans tous les pays est celle de mettre fin au système capitaliste et de réorganiser la vie économique mondiale en la libération de la subordination au profit et en l’orientant pour qu’elle satisfasse les besoins de toute la population mondiale.

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