English German Espagnol Portugese Chinese Japanese Arab Rusian Italian Norvegian Dutch Hebrew Polish Turkish Hindi
Accueil du site > 06- Livre Six : POLITIQUE REVOLUTIONNAIRE > 6- L’organisation du prolétariat > L’organisation des ouvriers et l’organisation des révolutionnaires

L’organisation des ouvriers et l’organisation des révolutionnaires

samedi 31 octobre 2009, par Robert Paris

L’ORGANISATION DES OUVRIERS ET L’ORGANISATION DES REVOLUTIONNAIRES

Si pour le social-démocrate l’idée de “lutte économique contre le patronat et le gouvernement “, l’emporte sur celle de la lutte politique, il est naturel de s’attendre à ce que l’idée d’”organisation des ouvriers” l’emporte plus ou moins chez lui sur l’idée d’”organisation des révolutionnaires”. Et c’est ce qui arrive effectivement, en sorte que, en parlant organisation, nous parlons des langues absolument différentes. Je me souviens, par exemple, d’une conversation que j’eus un jour avec un économiste assez conséquent, que je n’avais pas connu autrefois. La conversation tomba sur la brochure : Qui fera la révolution politique ? Nous convînmes rapidement que son défaut capital était de méconnaître les problèmes d’organisation. Nous pensions déjà être d’accord, mais... l’entretien se poursuivant, nous nous aperçûmes que nous parlions absolument deux langues. Mon interlocuteur accusait l’auteur de méconnaître les caisses de grèves, sociétés de secours mutuels, etc. ; quant à moi, je parlais de l’organisation de révolutionnaires indispensable pour “faire” la révolution politique. Et dès que cette divergence se fut révélée, je ne me souviens pas de m’être jamais trouvé d’accord sur aucune question de principe avec cet économiste.

Quelle était donc la source de nos divergences ? Mais justement que les économistes dévient constamment du social-démocratisme vers le trade-unionisme dans les tâches d’organisation comme dans les tâches politiques. La lutte politique de la social-démocratie est beaucoup plus large et plus complexe que la lutte économique des ouvriers contre le patronat et gouvernement. De même (et de ce fait), l’organisation d’un parti social-démocrate révolutionnaire doit nécessairement être d’un autre genre que l’organisation des ouvriers pour la lutte économique. L’organisation des ouvriers doit être, en premier lieu, professionnelle ; en second lieu, la plus large possible ; en troisième lieu, la moins conspirative possible (ici et plus loin, je ne parle, bien entendu, que de la Russie autocratique). Au contraire, l’organisation des révolutionnaires doit englober avant tout et principalement des hommes dont la profession est l’action révolutionnaire (c’est pourquoi d’ailleurs, parlant d’une organisation de révolutionnaires, je songe aux révolutionnaires social-démocrates). Devant cette caractéristique commune aux membres d’une telle organisation, doit absolument s’effacer toute distinction entre ouvriers et intellectuels, et à plus forte raison entre les diverses professions des uns et des autres. Nécessairement cette organisation ne doit pas être très étendue, et il faut qu’elle soit la plus clandestine possible. Arrêtons-nous sur ces trois points distinctifs.

Dans les pays de liberté politique, la différence entre l’organisation syndicale et l’organisation politique est parfaitement claire, comme l’est aussi la différence entre les trade-unions et la social-démocratie. Certes, les rapports de cette dernière avec les trade-unions varient inévitablement de pays à pays selon les conditions historiques, juridiques et autres ; ils peuvent être plus ou moins étroits, complexes, etc. (ils doivent être à notre avis le plus étroits et le moins complexes possible) ; mais il ne saurait être question dans les pays libres d’identifier l’organisation syndicale à celle du parti social-démocrate. Or en Russie, le joug de l’autocratie efface, au premier abord, toute distinction entre l’organisation social-démocrate et l’association ouvrière, car toutes les associations ouvrières et tous les cercles sont interdits, et la grève, manifestation et arme principales de la lutte économique des ouvriers, est considérée comme un crime de droit commun (parfois même comme un délit politique !). Ainsi donc la situation chez nous, d’une part, “incite” vivement les ouvriers qui mènent la lutte économique à s’occuper de questions politiques et d’autre part, “incite” les social-démocrates à confondre le trade-unionisme et le social-démocratisme (et nos Kritchevski, Martynov et Cie, qui ne tarissent pas sur “l’incitation” du premier genre, ne remarquent pas “l’incitation” du second genre). En effet, que l’on se représente des gens absorbés pour les quatre-vingt- dix-neuf centièmes par “la lutte économique contre le patronat et le gouvernement”. Les uns, pendant toute la durée de leur activité (de 4 à 6 mois), ne seront jamais incités à songer à la nécessité d’une organisation plus complexe de révolutionnaires ; d’autres, vraisemblablement, seront “incités” à lire la littérature bernsteinienne, relativement répandue, et en tireront conviction que ce qui a une importance essentielle, c’est la “marche progressive de lutte obscure, quotidienne” D’autres enfin se laisseront peut-être séduire par l’idée de donner au monde un nouvel exemple de “liaison étroite et organique avec la lutte prolétarienne”, de liaison du mouvement syndical et du mouvement social-démocrate. Ces gens-là feront ce raisonnement : plus tard un pays entre dans l’arène du capitalisme, donc dans celle du mouvement ouvrier, et plus les socialistes peuvent participer au mouvement syndical et le soutenir ; moins il peut et il doit y avoir de syndicats non social-démocrates. Jusqu’ici ce raisonnement est parfaitement juste, mais le malheur est qu’on va plus loin et qu’on rêve d’une fusion complète du social-démocratisme et du trade-unionisme. Nous allons voir par l’exemple des “Statuts de l’Union de lutte de Saint-Pétersbourg” l’influence nuisible que ces rêves exercent sur nos plans d’organisation.

Les organisations ouvrières pour la lutte économique doivent être des organisations professionnelles. Tout ouvrier social-démocrate doit, autant que possible, soutenir ces organisations et y travailler activement. Bon. Mais il n’est point de notre intérêt d’exiger que les social-démocrates seuls puissent être membres des unions “corporatives“ : cela restreindrait notre influence sur la masse. Laissons participer à l’union tout ouvrier qui comprend la nécessité de s’unir pour lutter contre le patronat et le gouvernement. Le but même des unions corporatives ne saurait être atteint si elles ne groupaient pas tous ceux à qui est accessible au moins ce degré élémentaire de compréhension et si ces unions corporatives n’étaient pas des organisations très larges. Et plus larges seront ces organisations, plus large aussi sera notre influence sur elles, influence exercée non seulement par le développement “spontané” de la lutte économique mais aussi par l’action directe et consciente des membres socialistes de l’Union sur leurs camarades. Mais dans une organisation à effectifs nombreux, une action strictement conspirative est impossible (car elle exige beaucoup plus de préparation qu’il n’en faut pour participer à la lutte économique). Comment concilier cette contradiction entre la nécessité d’un effectif nombreux et d’une action strictement conspirative ? Comment faire pour que les organisations corporatives soient le moins conspiratives possible ? D’une façon générale, il ne peut y avoir que deux moyens : ou bien la légalisation des associations corporatives (qui dans certains pays a précédé la légalisation des associations socialistes et politiques), ou bien le maintien de l’organisation secrète, mais “libre”, peu fixée, lose, comme disent les Allemands, au point que, pour la masse des membres, le régime conspiratif soit réduit presque à zéro.

La légalisation des associations ouvrières non socialistes et non politiques a déjà commencé en Russie, et il est hors de doute que chaque pas de notre mouvement ouvrier social-démocrate en progression rapide, multipliera et encouragera les tentatives de cette légalisation, tentatives émanant surtout des partisans du régime établi, mais aussi des ouvriers eux-mêmes et des intellectuels libéraux. Le drapeau de la légalisation a déjà été arboré par les Vassiliev et les Zoubatov ; les Ozérov et les Worms lui ont déjà promis et fourni leur concours, et parmi les ouvriers on rencontre déjà des adeptes de la nouvelle tendance. Force nous est donc, désormais, de tenir compte de cette tendance. Comment en tenir compte ? Il ne peut guère y avoir là-dessus deux opinions parmi les social-démocrates. Nous devons dénoncer constamment toute participation des Zoubatov et des Vassiliev, des gendarmes et des popes à cette tendance, et éclairer les ouvriers sur les intentions véritables de ces participants. Nous devons dénoncer aussi toute note conciliatrice et “harmonique” qui percerait dans les discours des libéraux aux assemblées publiques des ouvriers, que ces notes modulées le soient par des gens convaincus que la collaboration pacifique des classes est désirable, qu’ils aient le désir de se faire bien voir des autorités, ou qu’ils soient simplement des maladroits. Nous devons enfin mettre les ouvriers en garde contre les pièges que leur tend souvent la police qui, à ces assemblées publiques et dans les sociétés autorisées, cherche à repérer les “hommes ayant le feu sacré” et à profiter des organisations légales pour introduire des provocateurs aussi dans les organisations illégales.

Mais ce faisant, nous ne devons pas oublier que la légalisation du mouvement ouvrier ne profitera pas en fin de compte aux Zoubatov mais à nous. Au contraire, justement, nous séparons l’ivraie du bon grain. Quelle est l’ivraie, nous l’avons déjà indiqué. Le bon grain, c’est que l’attention de couches d’ouvriers encore plus larges, et des plus arriérées, est attirée sur les questions politiques et sociales ; c’est de nous libérer, nous révolutionnaires, de fonctions qui au fond sont légales (diffusion d’ouvrages légaux, secours mutuels, etc.) et qui, en se développant, nous donneront infailliblement une documentation de plus en plus abondante pour l’agitation. En ce sens nous pouvons et devons dire aux Zoubatov et aux Ozérov : Travaillez, messieurs, travaillez ! Dès l’instant que vous dressez des pièges aux ouvriers (par la provocation directe ou par le “strouvisme”, moyen “honnête” de corrompre les ouvriers), nous nous chargeons de vous démasquer. Dès l’instant que vous faites véritablement un pas en avant - ne fût-ce que sous la forme du plus “timide zigzag” - mais un pas en avant tout de même, nous vous dirons : faites donc ! Un véritable élargissement, même en miniature, du champ d’action des ouvriers, constitue un véritable pas en avant. Et tout élargissement de ce genre ne peut que nous profiter : Il hâtera l’apparition d’associations légales, où ce ne seront pas les provocateurs qui pêcheront les socialistes, mais les socialistes qui pêcheront des adeptes. En un mot, ce qu’il nous faut maintenant, c’est combattre l’ivraie. Ce n’est pas à nous de cultiver en chambre le bon grain dans des pots. En arrachant l’ivraie nous nettoyons par là même le terrain et permettons au bon grain de germer. Et pendant que les Afaniassi Ivanovitch et les Pulchérie Ivanovna [1] s’occupent de culture en chambre, nous devons préparer des moissonneurs sachant aujourd’hui arracher l’ivraie, demain moissonner le bon grain [2].

Ainsi, nous ne pouvons, au moyen de la légalisation résoudre le problème de la création d’une organisation professionnelle la moins conspirative et la plus large possible (mais nous serions très heureux que les Zoubatov et les Ozérov nous en offrent la possibilité, même partielle ; aussi devons-nous lutter contre eux avec le maximum d’énergie !). Reste la voie des organisations professionnelles secrètes, et nous devons, par tous les moyens, aider les ouvriers qui s’engagent déjà (nous le savons de source sûre) dans cette voie. Les organisations professionnelles peuvent non seulement être d’une immense utilité pour le développement et l’accentuation de la lutte économique mais elles peuvent encore devenir un auxiliaire très précieux de l’agitation politique et de l’organisation révolutionnaire. Pour arriver à ce résultat, pour orienter le mouvement professionnel naissant dans la voie que souhaite la social-démocratie, il faut avant tout bien comprendre l’absurdité du plan d’organisation qu’exaltent, voilà bientôt cinq ans, les économistes pétersbourgeois. Ce plan est exposé dans les Statuts de la caisse ouvrière de juillet 1897 (List. “Rab”, n° 9-10, p. 46, dans le n° 1 de la Rabotchaïa MysI) et dans les Statuts de l’organisation ouvrière professionnelle d’octobre 1900 (feuille détachée, imprimée à Saint-Pétersbourg et mentionnée d’ans le n°1 de l’Iskra). Ces statuts ont un défaut essentiel : ils exposent tous les détails d’une vaste organisation ouvrière, qu’ils confondent avec l’organisation des révolutionnaires. Prenons les deuxièmes statuts, les mieux élaborés. Ils comportent cinquante-deux paragraphes : 23 paragraphes exposent l’organisation, le mode de gestion et les fonctions des “cercles ouvriers” qui seront organisés dans chaque fabrique (“pas plus de 10 personnes”) et éliront des “groupes centraux (de fabrique)”. Le paragraphe 2 porte : “Le groupe central observe tout ce qui se passe dans la fabrique ou l’usine, et tient la chronique des évènements.” “Le groupe central rend compte de l’état de la caisse, chaque mois, à tous les cotisants” (paragraphe 17), etc. 10 paragraphes sont consacrés à l’“organisation de quartier” et 19 à l’extrême enchevêtrement du “Comité de l’organisation ouvrière” et du “Comité de l’Union de lutte de Saint-Pétersbourg” (délégués de chaque quartier et des “groupes exécutifs” -”groupes de propagandistes pour les relations avec la province, pour les relations avec l’étranger, pour la gestion des dépôts, des éditions, de la caisse”).

La social-démocratie assimilée aux “groupes exécutifs” en ce qui concerne la lutte économique des ouvriers ! Il serait difficile de démontrer avec plus de relief comment la pensée de l’économiste dévie du social-démocratisme vers le trade-unionisme, combien peu il se rend compte que le social-démocrate doit avant tout songer à organiser des révolutionnaires capables de diriger toute la lutte émancipatrice du prolétariat. Parler de l’“émancipation politique de la classe ouvrière”, de la lutte contre l’“arbitraire tsariste” et rédiger de pareils statuts, c’est ne rien comprendre, mais absolument rien, aux véritables tâches politiques de la social-démocratie. Aucun de la cinquantaine de paragraphes ne révèle la moindre trace de compréhension de la nécessité de faire dans les masses une agitation politique des plus larges, éclairant tous les côtés de l’absolutisme russe, toute la physionomie des différentes classes sociales en Russie. D’ailleurs, avec de tels statuts, non seulement les buts politiques, mais même les buts trade-unionistes du mouvement ne sauraient être atteints puisqu’ils exigent une organisation par profession, ce dont les statuts ne disent rien.

Mais le plus caractéristique, c’est peut-être la surprenante lourdeur de tout ce “système”, qui entend rattacher chaque fabrique au “comité” par un lien continu de règlements uniformes, minutieux jusqu’au ridicule, avec un système électoral à trois degrés. Enserrée dans l’étroit horizon de l’économisme, la pensée se perd dans des détails qui exhalent une forte odeur de paperasse et de bureaucratie. En réalité, les trois quarts de ces paragraphes ne sont, bien entendu, jamais appliqués ; en revanche, une pareille organisation “clandestine”, avec un groupe central dans chaque fabrique, facilite aux gendarmes les vastes coups de filet. Les camarades polonais sont déjà passé par cette phase du mouvement ; il fut un temps où ils se passionnaient tous pour fonder partout des caisses ouvrières ; mais ils renoncèrent bientôt à cette idée, s’étant convaincus qu’ils faisaient simplement la partie belle aux gendarmes. Si nous voulons de larges organisations ouvrières et ne voulons pas de larges rafles, si nous ne voulons pas faire le jeu des gendarmes, nous devons agir en sorte que ces organisations n’aient rien d’une organisation officielle, réglementée. Mais alors pourront-elles fonctionner ? Considérez un peu ces fonctions : “. .. Observer tout ce qui se passe à l’usine et tenir la chronique des événements” (par. 2 des statuts). Cette fonction nécessite-t-elle une réglementation minutieuse ? Ce but ne sera-t-il pas mieux atteint par des correspondances dans la presse illégale sans que des groupes d’aucune sorte soient spécialement constitués à cet effet ? “...Diriger la lutte des ouvriers pour améliorer leur situation à l’usine” (par. 3). Pour cela non plus, pas besoin de régiment. Une simple conversation suffit à un agitateur tant soit peu intelligent pour savoir exactement quelles sont Ies revendications que veulent formuler les ouvriers ; puis, les connaissant, il saura les transmettre à une organisation restreinte - et non large - de révolutionnaires qui éditera un tract approprié. “.... Organiser une caisse... avec cotisation de 2 kopecks par rouble” (par. 9) et rendre compte de l’état de la caisse, chaque mois, à tous les cotisants (par. 17) ; exclure les membres qui ne payent pas leurs cotisations (par. 10), etc. Voilà pour la police un véritable paradis, car rien n’est plus facile que de repérer tout ce travail conspiratif de la “caisse centrale de fabrique”, de confisquer l’argent et de mettre à l’ombre toute l’élite. Ne serait-il pas plus simple de lancer des timbres de un ou deux kopecks à l’estampille d’une certaine organisation (très restreinte et très secrète), ou encore, sans aucun timbre, de faire des collectes, dont un journal illégal donnerait le résultat en une langue convenue ? On arriverait tout aussi bien au but et les gendarmes auraient cent fois plus de mal à démêler les fils de l’organisation.

Je pourrais continuer cette analyse des statuts, mais je crois en avoir dit assez. Un petit noyau compact, composé des ouvriers les plus sûrs, les plus expérimentés et les mieux trempés, un noyau ayant des hommes de confiance dans les principaux quartiers, et relié selon toutes les règles de l’action conspirative la plus stricte, à l’organisation des révolutionnaires, pourra parfaitement, avec le plus large concours de la masse et sans réglementation aucune, s’acquitter de toutes les fonctions qui incombent à une organisation syndicale et, au surplus, les accomplir justement de la façon la plus désirable pour la social-démocratie. C’est seulement ainsi que l’on pourra consolider et développer, en dépit de tous les gendarmes, le mouvement syndical social-démocrate.

On m’objectera qu’une organisation lose [3] au point de n’avoir aucun règlement, pas même de membres connus et enregistrés, ne peut être qualifiée d’organisation. Peut-être, je ne cours pas après les qualifications. Mais tout ce qui est nécessaire, cette “organisation sans membres” le fera et elle assurera dès le début une liaison solide entre nos futurs trade-unions et le socialisme. Et ceux qui sous l’absolutisme veulent une organisation large d’ouvriers avec élections, comptes-rendus, suffrage universel, etc., sont tout bonnement d’incurables utopistes.

La morale à tirer est simple : si nous commençons par établir une solide, une forte organisation de révolutionnaires, nous pourrons assurer la stabilité du mouvement dans son ensemble, atteindre à la fois les buts social-démocrates et les buts trade-unionistes proprement dits. Tandis que si nous commençons par constituer une organisation ouvrière large, soi-disant la plus “accessible” à la masse (en réalité, cette organisation sera la plus accessible aux gendarmes et elle rendra les révolutionnaires accessibles à la police), nous n’atteindrons ni l’un ni l’autre de ces buts. Nous ne nous débarrasserons pas de notre travail artisanal et, par notre morcellement, par nos effondrements continuels nous ne ferons que rendre plus accessibles à la masse les trade-unions du type Zoubatov et Ozérov.

Quelles devront être proprement les fonctions de cette organisation de révolutionnaires ? Nous en parlerons en détail. Mais auparavant examinons encore un raisonnement bien typique de notre terroriste qui, une fois de plus (triste destinée !), voisine de près avec l’économiste. La Svoboda (n° 1), revue pour les ouvriers, renferme un article intitulé “L’organisation”, dont l’auteur cherche à défendre se amis, les économistes ouvriers d’Ivanovo-Voznessensk.

“Mauvaise chose, dit-il, qu’une folie silencieuse, inconsciente, mauvaise chose qu’un mouvement qui ne vient pas d’en bas. Voyez dans une ville universitaire : lorsque les étudiants, à l’époque des fêtes ou pendant l’été, rentrent chez eux, le mouvement ouvrier s’arrête. Un mouvement ouvrier ainsi stimulé du dehors, peut-il être une force véritable ? Evidemment non. Il n’a pas encore appris à marcher tout seul, on le tient en lisières. Et il en va ainsi de tout : les étudiants partent, le mouvement cesse on cueille les plus capables, la crème, et le lait aigrit ; on arrête le “comité”, et aussi longtemps qu’un nouveau comité n’est pas formé, c’est une nouvelle accalmie et on ne sait pas encore ce que sera ce nouveau comité ; peut-être ne ressemblera-t-il pas du tout à l’ancien ; celui-ci disait une chose, celui-là dira le contraire. Le lien entre hier et demain est brisé, l’expérience du passé n’instruit pas l’avenir. Et tout cela parce que le mouvement n’a pas de racines en profondeur, dans la foule ; parce que le travail est fait non pas par une centaine d’imbéciles, mais par une dizaine de têtes intelligentes. Une dizaine d’hommes tombent facilement dans la gueule du loup ; mais lorsque l’organisation englobe la foule, lorsque tout vient de la foule, aucun zèle ne saurait venir à bout du mouvement” (page 63).

La description est juste. Il y a là un bon tableau de notre travail artisanal. Mais les conclusions, par leur illogisme et leur manque de tact politique, sont dignes de la Rabotchaïa Mysl. C’est le comble de l’illogisme, car l’auteur, confond la question philosophique, historique et sociale des “racines” du mouvement “en profondeur” avec le problème d’organisation technique d’une lutte plus efficace contre les gendarmes. C’est le comble du manque de tact politique, car au lieu d’en appeler des mauvais dirigeants aux bons dirigeants, l’auteur en appelle des dirigeants en général à la “foule”. C’est encore une façon de nous tirer en arrière sous le rapport de l’organisation, de même que veut nous faire rétrograder politiquement l’idée de substituer à l’agitation politique la terreur excitative. A la vérité, je me trouve devant un véritable embarras de richesses [4] ; je ne sais par où commencer l’analyse de l’imbroglio que nous sert la Svoboda. Pour plus d’évidence, j’essaierai de commencer par un exemple. Prenez les Allemands. Vous n’irez pas nier, j’espère, que chez eux l’organisation englobe la foule, que tout vient de la foule, que le mouvement ouvrier a appris en Allemagne à marcher tout seul. Et pourtant, comme cette foule de millions d’hommes sait apprécier sa “dizaine” de chefs politiques éprouvés, comme elle y tient ! Que de fois, au Parlement, les députés des partis adverses n’ont-ils pas harcelé les socialistes : “Ah ! vous êtes de jolis démocrates ! Le mouvement de la classe ouvrière, vous n’en faites que parler ; en réalité, c’est toujours la même équipe de meneurs qui se met en avant. Pendant des années, pendant des dizaines d’années, c’est toujours le même Bebel, toujours le même Liebknecht ! Mais vos délégués, soi-disant élus par les ouvriers, sont plus inamovibles que les fonctionnaires nommés par l’empereur !” Mais les Allemands accueillaient par un sourire de mépris ces tentatives démagogiques d’opposer aux “meneurs” la “foule”, d’éveiller en cette dernière les instincts mauvais, les instincts de vanité et d’enlever au mouvement sa solidité et sa stabilité en sapant la confiance de la masse envers la “dizaine de têtes intelligentes”. Les Allemands sont assez développés politiquement, ils ont suffisamment amassé d’expérience politique pour comprendre que, sans une “dizaine” de chefs de talent (les talents ne surgissent pas par centaines) éprouvés, professionnellement préparés et instruits par une longue pratique, parfaitement d’accord entre eux, aucune classe de la société moderne ne peut mener résolument la lutte. Les Allemands ont eu, eux aussi, leurs démagogues, qui flattaient les “centaines d’imbéciles” en les plaçant au-dessus des “dizaines de têtes intelligentes” ; qui glorifiaient le “poing musclé” de la masse, poussaient (comme Most ou Hasselmann) cette masse à des actes “révolutionnaires” irréfléchis et semaient la méfiance à l’égard des chefs fermes et résolus. Et c’est seulement grâce à une lutte opiniâtre, implacable, contre les éléments démagogiques de tout genre et de tout ordre au sein du socialisme, que le socialisme allemand a tant grandi et s’est fortifié. Or, en cette période où toute la crise de la social-démocratie russe s’explique par le fait que les masses, spontanément éveillées, n’ont pas de dirigeants suffisamment préparés, développés et expérimentés, nos sages viennent nous dire sentencieusement avec la profondeur de pensée d’un Jeannot : “Mauvaise chose qu’un mouvement qui ne vient pas d’en bas !”

“Un comité d’étudiants n’est pas ce qu’il nous faut : il est instable.” Tout à fait juste. Mais la conclusion qui en découle, c’est qu’il faut un comité de révolutionnaires professionnels, composé de gens - ouvriers ou étudiants, peu importe ! - qui auront su faire leur éducation de révolutionnaires professionnels. Tandis que votre conclusion à vous, c’est qu’il ne faut pas stimuler du dehors le mouvement ouvrier ! Dans votre ingénuité politique, vous ne remarquez même pas que vous faites le jeu de nos économistes et de notre primitivisme. Permettez-moi de vous poser une question : comment nos étudiants ont-ils “stimulé” nos ouvriers ? Uniquement en leur portant le peu de connaissances politiques qu’ils avaient eux-mêmes, les bribes d’idées socialistes qu’ils avaient pu recueillir (car la principale nourriture spirituelle de l’étudiant contemporain, le marxisme légal, n’a pu lui donner que l’a b c, que des bribes). Il n’y a pas eu trop, mais au contraire trop peu, scandaleusement, honteusement peu, de cette “stimulation du dehors” dans notre mouvement ; car jusqu’ici nous n’avons fait que mijoter avec trop de zèle dans notre jus, que nous incliner trop servilement devant l’élémentaire “lutte économique des ouvriers contre le patronat et le gouvernement”. Nous, révolutionnaires de profession, nous devons cent fois plus nous occuper et nous nous occuperons de cette “stimulation”. Mais justement parce que vous employez cette expression odieuse de “stimulation du dehors”, qui inspire inévitablement à l’ouvrier (du moins à un ouvrier aussi peu développé que vous l’êtes vous-même) la méfiance envers tous ceux qui lui apportent du dehors les connaissances politiques et l’expérience révolutionnaire, et suscite en lui le désir instinctif d’envoyer promener tous ces gens-là, - vous vous montrez un démagogue ; or les démagogues sont les pires ennemis de la classe ouvrière.

Parfaitement ! Et ne criez pas trop vite aux procédés “inadmissibles entre camarades” de ma polémique ! Je ne songe pas à suspecter la pureté de vos intentions ; j’ai déjà dit que l’on pouvait aussi devenir démagogue uniquement par ingénuité politique. Mais j’ai montré que vous étiez descendus jusqu’à la démagogie. Et je ne me lasserai jamais de répéter que les démagogues sont les pires ennemis de la classe ouvrière. Les pires, précisément, parce qu’ils attisent les mauvais instincts de la foule, et qu’il est impossible aux ouvriers non développés de reconnaître ces ennemis, qui se présentent, et parfois sincèrement, comme leurs amis. Les pires, parce que, dans cette période de dispersion et de flottements où notre mouvement se cherche encore, rien n’est plus facile que d’entraîner démagogiquement la foule, que seules les épreuves les plus amères pourront ensuite convaincre de son erreur. Voilà pourquoi le mot d’ordre de l’heure pour les social-démocrates russes doit être la lutte résolue contre la Svoboda tombant dans la démagogie, et contre le Rabotchéïé Diélo, qui, lui aussi, tombe dans la démagogie (nous reviendrons encore là-dessus [5]).

“Il est plus facile de se saisir d’une dizaine de têtes intelligentes que d’une centaine d’imbéciles.” Cette magnifique vérité (qui nous vaudra toujours les applaudissements de la centaine d’imbéciles) parait évidente uniquement parce que, dans votre raisonnement, vous avez sauté d’une question à l’autre. Vous avez commencé et vous continuez à parler de l’arrestation du “comité”, de “l’organisation”, et maintenant vous sautez à une autre question, à l’arrachement des “racines” du mouvement “en profondeur”. Certes, notre mouvement est insaisissable parce qu’il a des centaines et des centaines de milliers de racines en profondeur ; mais la question n’est point là. Même maintenant, malgré tout notre primitivisme, il est impossible de “se saisir” de nous, de nos “racines en profondeur” ; et pourtant nous avons à déplorer et ne pouvons pas ne pas déplorer des arrestations d’“organisations”, qui empêchent toute continuité dans le mouvement. Or, si vous posez la question de la mainmise sur les organisations et que vous vous en teniez à cette question, je vous dirai qu’il est beaucoup plus difficile de se saisir d’une dizaine de têtes intelligentes que d’une centaine d’imbéciles. Et je soutiendrai cette thèse quoi que vous fassiez pour exciter la foule contre mon “antidémocratisme”, etc. Par “têtes intelligentes”, en matière d’organisation, il faut entendre uniquement, comme je l’ai indiqué maintes fois, les révolutionnaires professionnels, étudiants ou ouvriers d’origine, peu importe. Or, j’affirme :

1.

qu’il ne saurait y avoir de mouvement révolutionnaire solide sans une organisation de dirigeants stable et qui assure la continuité du travail. 2.

que plus nombreuse est la masse entraînée spontanément dans la lutte, formant la base du mouvement et y participant et plus impérieuse est la nécessité d’avoir une telle organisation, plus cette organisation doit être solide (sinon, il sera plus facile aux démagogues d’entraîner les couches arriérées de la masse) ; 3.

qu’ une telle organisation doit se composer principalement d’hommes ayant pour profession l’activité révolutionnaire ; 4.

que, dans un pays autocratique, plus nous restreindrons l’effectif de cette organisation au point de n’y accepter que des révolutionnaires professionnels ayant fait l’apprentissage de la lutte contre la police politique, plus il sera difficile de “se saisir” d’une telle organisation ; 5.

d’autant plus nombreux seront les ouvriers et les éléments des autres classes sociales qui pourront participer au mouvement et y militer de façon active.

J’invite nos économistes, nos terroristes et nos “économistes-terroristes [6] “ à réfuter ces thèses, dont je ne développerai en ce moment que les deux dernières. La question de savoir s’il est plus facile de se saisir d’une “dizaine de têtes intelligentes” ou d’une “centaine d’imbéciles” ramène à la question que j’ai analysée plus haut : une organisation de masse au régime strictement clandestin est-elle possible ? Nous ne pourrons jamais donner à une organisation large le caractère clandestin sans lequel il ne saurait être question d’une lutte résolue et suivie contre le gouvernement. La concentration de toutes les fonctions clandestines entre les mains du plus petit nombre possible de révolutionnaires professionnels ne signifie nullement que ces derniers “penseront pour tous”, que la foule ne prendra pas une part active au mouvement. Au contraire, la foule fera surgir ces révolutionnaires professionnels en nombre toujours plus grand. Car alors elle saura qu’il ne suffit pas à quelques étudiants et à quelques ouvriers menant à la lutte économique de se rassembler pour constituer un “comité” mais qu’il est nécessaire pendant des années de faire son éducation de révolutionnaire professionnel et la foule “pensera” à cette éducation et renoncera à son travail artisanal. La centralisation des fonctions clandestines de l’organisation ne signifie nullement la centralisation de toutes les fonctions du mouvement. Loin de diminuer, la collaboration active de la masse la plus large à la littérature illégale décuplera lorsqu’une “dizaine” de révolutionnaires professionnels centraliseront entre leurs mains l’édition clandestine de cette littérature. Alors, et alors seulement, nous obtiendrons que la lecture des publications illégales, la collaboration à ces publications et même, jusqu’à un certain point, leur diffusion, cesseront presque d’être conspiratives : la police aura bientôt compris l’absurdité et l’impossibilité de la filière judiciaire et administrative à propos de chaque exemplaire de publications répandues par milliers. Et cela est vrai non seulement pour la presse, mais aussi pour toutes les fonctions du mouvement, jusques et y compris les manifestations. La participation la plus active et la plus large de la masse à une manifestation, loin d’avoir à en souffrir, gagnera beaucoup si une “dizaine” de révolutionnaires éprouvés, au moins aussi bien dressés professionnellement que notre police, en centralisent tous les côtés clandestins : édition de tracts, élaboration d’un plan approximatif, nomination d’un état-major de dirigeants pour chaque quartier de la ville, chaque groupe d’usines, chaque établissement d’enseignement, etc. (On objectera, je le sais, que mes vues “n’ont rien de démocratique”, mais je réfuterai plus loin en détail cette objection qui n’est rien moins qu’intelligente). La centralisation des fonctions les plus conspiratives par l’organisation des révolutionnaires, loin d’affaiblir, enrichira et étendra l’action d’une foule d’autres organisations qui s’adressent au grand public et qui pour cette raison, sont peu réglementées et aussi peu conspiratives que possible : syndicats ouvriers, cercles ouvriers d’instruction et lecture de publications illégales, cercles socialistes, et aussi cercles démocratiques pour toutes les autres couches la population, etc., etc. Ces cercles, syndicats et organisations sont nécessaires partout : il faut qu’ils soient le plus nombreux et que leurs fonctions soient le plus variées possible ; mais il est absurde et nuisible de les confondre avec l’organisation des révolutionnaires, d’effacer la ligne de démarcation qui existe entre eux, d’éteindre dans la masse le sentiment déjà incroyablement affaibli que, pour “servir” un mouvement de masse, il faut des hommes qui se consacrent spécialement et entièrement à l’activité social-démocrate et qui, patiemment, opiniâtrement, fassent leur éducation de révolutionnaires professionnels.

Or, ce sentiment s’est incroyablement affaibli. Par nos méthodes artisanales nous avons compromis le prestige des révolutionnaires en Russie : c’est la notre pêché capital en matière d’organisation. Un révolutionnaire mou, hésitant dans les problèmes théoriques, borné dans son horizon, justifiant son inertie par la spontanéité du mouvement de masse ; plus semblable à un secrétaire de trade-union qu’a’ un tribun populaire, incapable de présenter un plan hardi et de grande envergure qui force le respect même de ses adversaires, un révolutionnaire inexpérimenté et maladroit dans son art professionnel - la lutte contre la police politique, - est-ce là un révolutionnaire, voyons ? Non, ce n’est qu’un pitoyable manœuvrier.

Qu’aucun praticien ne m’en veuille pour cette épithète sévère : en ce qui concerne l’impréparation, je m’applique cette épithète à moi-même tout le premier. J’ai travaillé dans un cerclequi s’assignait des tâches très vastes, multiples ; nous tous, membres de ce cercle, nous. souffrions jusqu’à en éprouver une véritable douleur, de sentir que nous n’étions que des manœuvriers à ce moment historique où l’on eût pu dire, en modifiant un mot célèbre : Donnez nous une organisation de révolutionnaires, et nous retournerons la Russie ! Plus souvent j’ai eu à me rappeler ce sentiment cuisant de honte que j’éprouvais alors, et plus j’ai senti monter en moi une amertume contre ces pseudo social-démocrates dont la propagande “déshonore le titre de révolutionnaire”, et qui ne comprennent pas que notre tâche n’est pas de défendre le ravalement du révolutionnaire au niveau du manœuvrier, mais d’élever les manœuvriers au niveau des révolutionnaires.

Notes

[1] Lénine fait ici référence à une pièce de Gogol. (N.R.)

[2] La lutte de l’Iskra contre l’ivraie a provoqué de la part du Rabotchéïé Diélo cette sortie indignée : “Le signe des temps, pour l’Iskra, ce n’est pas tant ces grands événements (du printemps), que les vains efforts des agents de Zoubatov pour “légaliser” le mouvement ouvrier. Elle ne voit pas que ces faits parlent justement contre elle ; ils témoignent que le mouvement ouvrier a pris des proportions inquiétantes aux yeux du gouvernement (Deux congrès, p. 27).” La faute en revient au “dogmatisme” de ces orthodoxes “sourds aux impératifs de la vie”. Ils s’obstinent à ne pas vouloir remarquer les épis d’un mètre de haut et bataillent contre l’ivraie au ras de terre ! N’est-ce point là “fausser la perspective par rapport au mouvement ouvrier russe” (Ibid. p. 27) ?

[3] Large, libre en allemand (N.R.)

[4] En français dans le texte. (N.R.)

[5] Notons seulement ici que tout ce que nous avons dit au sujet de la “stimulation du dehors”, ainsi que de tous les raisonnements ultérieurs de la Svoboda concernant l’organisation, se rapporte entièrement à tous les économistes, y compris les “rabotchédiélentsy”, qui, en partie, ont activement préconisé et défendu les mêmes façons de voir Ies problèmes d’organisation, et en partie ont versé dans le même sens.

[6] Ce terme serait peut-être plus juste que le précédent en ce qui concerne la Svoboda, car, dans la Renaissance du révolutionnisme on défend le terrorisme et, dans l’article envisagé, l’économisme. Il y a loin de la coupe aux lèvres ! Peut-on dire en général de la Svoboda : Svoboda a d’excellentes aptitudes pour faire du bon travail, elle est animée des meilleures intentions et pourtant elle n’aboutit qu’à la confusion principalement parce que, préconisant la continuité de l’organisation, la Svoboda ne veut rien savoir de la continuité de la pensée révolutionnaire et de la théorie social-démocrate. S’efforcer de ressusciter le révolutionnaire professionnel (la Renaissance du révolutionnisme) et proposer pour cela d’abord la terreur excitative et ensuite l’“organisation des ouvriers moyens” (Svoboda n°1, pp. 66 et suiv.) aussi peu que possible “stimulés du dehors”, c’est en vérité démolir sa maison afin d’avoir du bois pour la chauffer.

Que faire de Lénine

Répondre à cet article

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0