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Accueil du site > 06- Livre Six : POLITIQUE REVOLUTIONNAIRE > 1-2 Réformisme et fascisme contre la révolution sociale > Révolution ou réforme : une question actuelle

Révolution ou réforme : une question actuelle

mercredi 16 janvier 2008, par Robert Paris

« Nous considérons l’histoire du point de vue de la révolution sociale. Ce point de vue est en même temps théorique et pratique. Nous analysons les conditions de l’évolution telles qu’elles se forment sans nous et indépendamment de notre volonté, afin de les comprendre et d’agir sur elles par notre volonté active, c’est-à-dire par notre volonté de classe organisée. Ces deux côtés, dans notre façon marxiste d’aborder l’histoire, sont indissolublement liés. Si l’on se borne à constater ce qui se passe, on arrive en définitive au fatalisme, à l’indifférence sociale qui, à certains degrés prend la forme du menchévisme, où il y a une grande part de fatalisme et de résignation au cours des événements. D’autre part, si l’on se borne à l’activité, à la volonté révolutionnaires, on risque de tomber dans le subjectivisme (…). » Léon Trotsky dans « Europe et Amérique »

Réforme ou révolution, un combat actuel

Réforme ou révolution a été le principal débat du mouvement ouvrier à ses débuts et il le reste. Nul ne peut empêcher la lutte des classes de se développer, mais il est possible d’en détourner le cours et d’en transformer la perspective. La classe ouvrière est-elle une classe intégrée au système capitaliste ou une nouvelle classe appelée à diriger en vue d’un nouveau système social, la réponse ne peut être académique (philosophique, sociologique ou économique). Elle est forcément historique au sens où c’est le cours de l’Histoire qui répondra. Rien ne permettait non plus de trancher sur la capacité de la bourgeoisie à cesser d’être un « état » au sein de la société féodale ou de l’ « Ancien régime ». Toute l’histoire présentait des tentatives successives de la bourgeoisie pour prendre le pouvoir, mais aussi des échecs successifs. Et, surtout, de très longues périodes durant lesquelles la bourgeoisie cherchait d’abord et avant tout à s’intégrer. Ses leaders intégrés étaient bien plus nombreux et influents que ses leaders révolutionnaires. Loin d’être une classe consciente d’emblée de ses intérêts de classe, la bourgeoisie a cherché tous les moyens possibles de ne pas faire la révolution. Sur ce plan, il en va de même du prolétariat. Nulle classe de se décide à renverser l’ordre établi sans s’être démontré que c’est vraiment la seule solution, que c’est une action vitale, qu’il n’y a pas d’autre choix. C’est pour cela qu’il est si important que, dans des circonstances où la course de vitesse est enclenchée entre cette prise de conscience des opprimés et le cours des événements, il existe des militants qui défendent par avance et en s’y étant préparés la perspective que les exploités prennent en main les destinées de la société. C’est pour cela que le combat contre les courants visant à l’objectif inverse reste aussi important aussi. Il ne faut confondre cela avec une attitude sectaire. Même si les militants réformistes, qu’ils appartiennent ou non à la classe ouvrière, sont le plus souvent des partenaires du combat quotidien, ils sont des adversaires politiques en ce qui concerne la perspective fondamentale que doivent absolument défendre les révolutionnaires. Associatifs, humanitaires, altermondialistes, syndicalistes, sociaux-démocrates ou ex-staliniens, pour ne citer que ceux-là sont souvent avec nous dans les manifestations, dans les grèves, dans les mobilisations et, pourtant, dans ses luttes elles-mêmes, ils ne défendent pas le même objectif. Il n’est pas identique de considérer la classe opprimée comme une classe d’avenir ou comme un des groupes sociaux qui revendique pour des droits particuliers. Les réformistes le savent bien, puisqu’ils ont été en première ligne du combat pour discréditer la lutte pour le communisme et le socialisme, même lorsque leur parti se dit encore « socialiste » ou « communiste », ou que leur syndicat se dit encore pour la lutte des classes. En clair, n’est communiste que celui qui défend que le chemin vers une autre société passe par la dictature du prolétariat. Ceux qui, au nom de problèmes terminologiques, renoncent à défendre cette perspective, ne font que cacher par opportunisme la voie indispensable au prolétariat sous le prétexte que ce chemin ne serait pas compréhensible dans les conditions actuelles. En somme, ils ne le défendront que lorsque les prolétaires le trouveront par eux-mêmes ! La phrase « un autre monde est possible » n’a jamais été aussi souvent entendue et écrite sur les murs, et pourtant la perspective réelle d’une autre société n’est pas d’avantage étudiée. L’idée d’un dépassement révolutionnaire du système capitaliste est pourtant absolument indispensable pour concevoir que les moyens gigantesques, techniques, humains, sociaux, économiques et intellectuels qu’a développé l’humanité soient mis au service justement de cette humanité. Or, sous le capitalisme, on peut dire sans exagération qu’ils le sont de moins en moins. Cependant, l’essentiel des idéologies qui ont cours sont d’avantage altercapitalistes que socialistes. Eh bien, il ne faut pas craindre d’aller carrément à rebrousse poil de ces modes pour contribuer à un renouveau des idées socialistes. Le terme de « socialisme » ou de « communisme » a été repris par nombre de régimes qui ne visaient nullement au renversement mondial du capitalisme par le prolétariat s’érigeant en classe dirigeante, et même qui visaient essentiellement à combattre cette perspective. De Staline à Mao, de Nasser à Castro, de Gandhi au Sentier Lumineux, de Mitterrand à Blair, des Etats, des armées, des dirigeants, des courants politiques ont repris le terme « socialiste » tout en étant en réalité des adversaires résolus de toute révolution pour la suppression du capitalisme. Certains se sont dits « révolutionnaires », mais dans les faits ils n’ont pas fait un pas dans ce sens. Comment le vérifier ? Le test principal du caractère socialiste d’un courant politique ou d’un régime, c’est l’auto-organisation des opprimés ! Tout pas en ce sens est un pas en direction de la prise de pouvoir par les exploités. Toute tentative d’encadrer les luttes par des appareils institutionnalisés va en sens inverse. Les partis uniques, syndicats uniques des régimes « socialistes » ne sont qu’un encadrement policier des travailleurs et des peuples et un moyen de qualifier d’anti-socialiste toute tentative d’indépendance des opprimés. La lutte contre le réformisme n’est donc pas seulement théorique : étude de l’Histoire, compréhension d’un philosophie révolutionnaire, développement d’un arsenal politique (organisation politique, programme, revendications, analyses politiques..). Elle est aussi un combat de tous les jours pour que les luttes actuelles mènent à des formes d’organisation dans lesquelles les exploités appréhendent par leur propre expérience l’organisation comme quelque chose qui ne leur est pas étranger. Bien des militants qui souhaitent dédier leur action à l’intérêt des hommes et des femmes ne comprennent pas pourquoi ils devraient se consacrer à aider à l’organisation du prolétariat. Les ouvriers ne sont pas les plus pauvres, disent-ils. Et c’est souvent vrai. Ce sont les pauvres qu’il faut aider, pensent ces altruistes. Mais d’abord et avant tout le combat pour le socialisme découle de la confiance dans les capacités autonomes des opprimés. Et il s’oppose radicalement à tout misérabilisme qui ne voit dans les exploités qu’une masse sacrifiée sur laquelle se pencher avec commisération. Ce n’est pas nous qui devons libérer les opprimés mais ce sont eux qui peuvent libérer l’Humanité. Ce n’est pas la même chose. Aller en Afrique pour y faire creuser des puits n’est pas la même chose que s’emparer des richesses volées par le grand capital, en Afrique et ailleurs, pour construire un monde où l’eau de la planète sera un bien commun. L’Humanité, libérée des puissances de l’argent et de l’organisation sociale et économique qui va avec, sera parfaitement capable de creuser des puits et de nourrir sa population dans tous les coins de la planète, sans qu’il soit nécessaire que des fractions de la populations soient assistées par des bienfaiteurs… Mais l’essentiel est encore ailleurs. Il réside dans des épisodes très courts de l’Histoire, des phases dans lesquelles, du fait des conditions sociales et politiques extrêmes, les opprimés auraient les moyens de renverser la classe dirigeante. C’est là que le caractère nocif des idées, des organisations réformistes se développe pleinement. Elles combattent « la violence révolutionnaire », permettent ainsi à la classe dirigeante d’avoir le temps de se ressaisir, d’organiser la riposte, de détourner la colère des masses vers des objectifs démagogiques, de recruter (y compris parmi les pauvres) des troupes de la contre-révolution. Et là, cette violence que les réformistes prétendaient avoir évitée se développe, mais uniquement en faveur des classes dirigeantes ! Ce type de scénario n’est pas exceptionnel. Il est celui de toutes les situations pré-révolutionnaires, même si chacune d’elles s’est développée avec des spécificités originales. L’Allemagne de 1918-19, l’Italie de 1919-23 ont montré que du réformisme au fascisme il n’y a qu’un pas. Des situations de ce type existent largement dans l’histoire récente, de la Jordanie de 1971 à Haïti de 1985-86, du Liban de 1975-76 à l’Irak. On peut même dire que tous les pays qui ont subi de grands massacres de populations civiles sont justement ceux où les classes dirigeantes, locales ou impérialistes, ont vu le risque de soulèvement révolutionnaire et ont tenu à l’éradiquer préventivement. Dans ces situations, les réformistes ont joué leur rôle historique qui n’est pas de réformer la société, mais d’éviter la prise de conscience révolutionnaire des opprimés, avec des conséquences catastrophiques alors inévitables. Donnons-en quelques exemples : le Chili de 1973-74, la Pologne de 1980-81, l’Afrique du sud de 1985, l’Algérie de 1988-90 et le Rwanda de 1990-94. Les révolutions manquées, évitées, trompées, détournées, calmées se terminent régulièrement dans le sang. Quand les luttes de classe doivent se développer vers le triomphe de l’un ou de l’autre camp, il ne sert à rien de chercher la « solution » qui conviendrait aux deux camps. C’est le moment, au contraire, de mettre en œuvre des stratégies révolutionnaires. Encore faut-il en disposer, ce qui suppose de les avoir préparées.

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