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Le manifeste de Pulacayo (Bolivie 1946)

lundi 22 octobre 2007, par Robert Paris

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Les « thèses de Pulacayo », thèses centrales de la Fédération syndicale des travailleurs des mines de Bolivie en 1946, sont un véritable programme communiste révolutionnaire : « Les principes de base « 1- Le Prolétariat, en Bolivie comme ailleurs, constitue la classe sociale révolutionnaire par excellence. Les travailleurs des mines, secteur le plus avancé et le plus combatif du prolétariat de ce pays, déterminent le sens de la lutte de la Fédération syndicale FSTMB. 2- La Bolivie est un pays capitaliste arriéré ; au sein de son économie coexistent différents stades d’évolution et différents modes de production, mais c’est le mode de production capitaliste qui est qualitativement dominant, les autres formes économico-sociales constituant un héritage de notre passé historique. L’hégémonie du prolétariat dans la politique nationale découle de cet état de choses. 3- La Bolivie, bien que pays arriéré, n’est qu’un maillon de la chaîne capitaliste mondiale. Les particularités nationales représentent en elles-mêmes une combinaison des traits essentiels de l’économie mondiale. 4- La particularité de la Bolivie réside dans le fait qu’aucune bourgeoisie capable de liquider le système des latifundia et les autres formes économiques précapitalistes, de réaliser l’unification nationale et la libération du joug capitaliste, n’est apparue sur la scène politique. Toutes les tâches que la bourgeoisie n’a pas accomplies constituent les objectifs démocratico-bourgeois qui doivent inéluctablement être réalisés . Les problèmes centraux qui se posent aux pays semi-coloniaux sont : la révolution agraire, c’est-à-dire la liquidation de l’héritage féodal, et l’indépendance nationale, à savoir balayer le joug impérialiste ; tâches qui sont étroitement liées les unes aux autres. 5- Les caractéristiques propres de l’économie nationale, pour importantes qu’elles soient, sont partie intégrante - cela se confirme chaque jour – d’une réalité supérieure qui s’appelle l’économie mondiale ; tel est le fondement de l’internationalisme prolétarien. Le développement capitaliste se caractérise par une imbrication croissante des relations internationales, qui trouvent leur expression dans le volume croissant du commerce extérieur. 6- Le développement des pays arriérés se fait sous le signe de la pression impérialiste et de manière combinée. Ces pays associent en même temps les formes économiques les plus primitives et le dernier mot de la technique et de la civilisation capitaliste. Le prolétariat des pays arriérés est obligé de combiner la lutte pour les tâches démocratico-bourgeoises avec la lutte pour les revendications socialistes. Ces deux étapes – démocratique et socialiste - « ne sont pas séparées dans la lutte par des phases historiques, mais elles découlent immédiatement les unes des autres. » 7- Les propriétaires féodaux ont mêlé leurs intérêts à ceux de l’impérialisme mondial dont ils sont devenus les serviteurs inconditionnels. De là vient que la classe dominante est devenue une véritable féodo-bourgeoisie. Etant donné le niveau très bas de la technique, l’exploitation des latifundia serait inconcevable si l’impérialisme n’entretenait artificiellement leur existence en leur jetant des miettes. On ne peut imaginer la domination impérialiste sans l’appui des gouvernements créoles (bourgeoisie d’origine espagnole). La concentration du capitalisme en Bolivie est très poussée : trois entreprises contrôlent la production minière, c’est-à-dire ce qui constitue l’axe de la vie économique du pays. La classe au pouvoir est bornée et incapable de réaliser ses propres objectifs historiques, et de ce fait se trouve liée aussi bien aux intérêts des latifundistes qu’à ceux des impérialistes. L’Etat féodo-bourgeois est un organisme de violence destiné à maintenir les privilèges des gamonales (propriétaires d’haciendas) et des capitalistes. L’Etat est un puissant instrument aux mains de la classe dominante pour écraser son adversaire. Seuls les traîtres et les imbéciles peuvent continuer à soutenir que l’Etat a la possibilité de s’élever au-dessus des classes et de décider paternellement de ce qui revient à chacune d’elles. La classe moyenne ou petite-bourgeoise est la classe la plus nombreuse et, cependant, son poids dans l’économie nationale est insignifiant. Les petits commerçants et propriétaires, les techniciens, les bureaucrates, les artisans et les paysans n’ont pu jusqu’à présent développer une politique de classe indépendante, et ils le pourront encore moins dans le futur. La campagne marche derrière la ville où l’initiative appartient au prolétariat. La petite bourgeoisie suit les capitalistes dans les périodes de « calme » social et quand l’activité parlementaire est prospère. Elle s’aligne derrière le prolétariat dans les moments d’extrême acuité de la lutte des classes (par exemple en période de révolution) et quand elle a la certitude que lui seul sera capable de lui indiquer la voie de son émancipation. Entre ces deux cas extrêmes, l’indépendance de la petite bourgeoisie est un mythe. Evidemment, les possibilités révolutionnaires de larges couches de la classe moyenne sont très grandes – il suffit de rappeler les objectifs de la révolution démocratico-bourgeoise -, mais il est clair aussi qu’elles ne peuvent atteindre par leurs seules forces de tels objectifs. Ce qui caractérise le prolétariat, c’est qu’il est la seule classe dotée de la force suffisante pour réaliser non seulement ses propres objectifs mais également ceux des autres classes. Son énorme poids spécifique dans la vie politique est dû à la place qu’il occupe dans le processus de production et n’a rien à voir avec sa faiblesse numérique. L’axe économique de la vie nationale doit être aussi l’axe politique de la future révolution. Le mouvement mineur en Bolivie est l’un des plus avancés du mouvement ouvrier en Amérique latine. Les réformistes avancent la thèse selon laquelle le mouvement social dans notre pays ne peut être plus avancé que dans les pays techniquement plus évolués. Une telle conception mécaniste des relations entre la perfection des machines et la conscience politique des masses a été démentie de très nombreuses fois par l’histoire. Si le prolétariat bolivien a pu devenir l’un des prolétariats les plus radicaux, c’est à cause de son extrême jeunesse et de son incomparable vigueur, c’est parce qu’il n’a pas connu de traditions parlementaristes et de collaborations de classes, et enfin c’est parce qu’il combat dans un pays où la lutte acquiert un caractère extrêmement belliqueux. Nous répondrons aux réformistes et aux vendus à la Rosca qu’un tel prolétariat ne peut que mettre en avant des exigences révolutionnaires et faire preuve d’une audace extrême dans la lutte. » « Le type de révolution que nous devons réaliser « 1- Nous, travailleurs mineurs, ne cherchons pas à faire croire qu’on peut se passer de l’étape démocratico-bourgeoise, à savoir la lutte pour les droits démocratiques élémentaires et pour la réforme agraire anti-impérialiste. Nous ne nions pas non plus l’existence de la petite bourgeoisie, surtout des paysans et des artisans. Nous disons que si on ne veut pas étouffer dans l’œuf la révolution démocratico-bourgeoise, on doit la considérer seulement comme une phase de la révolution prolétarienne. 2- Ceux qui nous dénoncent comme défenseurs d’une révolution socialiste immédiate en Bolivie mentent. En effet, nous savons bien que les conditions objectives ne sont pas encore réunies pour cela. Nous disons clairement que la révolution sera démocratico-bourgeoise par ses objectifs et qu’elle ne sera qu’un épisode de la révolution prolétarienne, car elle aura le prolétariat à sa tête. Parler de révolution prolétarienne en Bolivie ne signifie pas qu’on exclue les autres couches exploitées du pays, mais implique au contraire l’alliance révolutionnaire du prolétariat avec les paysans, les artisans et les autres secteurs de la petite bourgeoisie urbaine. 3- La dictature du prolétariat est l’expression au niveau de l’Etat de cette alliance. Le mot d’ordre de révolution et de dictature prolétarienne indique clairement le fait que c’est la classe travailleuse qui sera le moteur principal de cette transformation et l’axe central de cet Etat. Au contraire, soutenir la révolution démocratico-bourgeoise, en tant que telle, sera réalisé par des couches « progressistes » de la bourgeoisie et que le futur Etat sera celui d’un gouvernement d’union et d’entente nationale manifeste une ferme intention d’étrangler le mouvement révolutionnaire dans le cadre de la démocratie bourgeoise. Les travailleurs, une fois au pouvoir, ne pourront pas indéfiniment s’en tenir aux limites démocratico-bourgeoises et ils se verront obligés – chaque jour davavntage – de faire toujours plus d’incursions dans le régime de la propriété privée, de telle sorte que la révolution acquerra un caractère permanent. Nous, travailleurs de la mine, dénonçons devant les exploités ceux qui prétendent substituer à la révolution prolétarienne des révolutions de palais fomentées par les divers secteurs de la féodo-bourgeoisie. « La lutte contre la collaboration de classe « 1- La lutte des classes est en dernière analyse la lutte l’appropriation de la plus-value. Les prolétaires qui vendent leur force de travail luttent pour le faire dans les meilleurs conditions et les détenteurs des moyens de production (capitalistes) luttent pour confisquer le produit du travail non payé ; ils poursuivent des buts opposés, ce qui rend leurs intérêts irréconciliables. Nous savons clairement que la lutte contre les patrons est une lutte à mort, car dans cette lutte se joue le sort de la propriété privée. Dans la lutte de classes, contrairement à nos ennemis, nous ne connaissons pas de trêve. L’étape historique présente, qui est une étape sombre de l’histoire de l’humanité, ne pourra être dépassée que lorsque les classes sociales disparaîtront et qu’il n’existera plus d’exploiteurs ni d’exploités. Ceux qui pratiquent la collaboration de classes font un jeu de mots stupide quand ils soutiennent qu’on ne doit pas supprimer les riches, mais convertir les pauvres en riches. Notre objectif, c’est l’expropriation des expropriateurs. 2- Toute tentative de collaboration avec nos bourreaux, toute tentative de concession à l’ennemi dans le cours de la lutte, signifie abandonner les travailleurs aux mains de la bourgeoisie. S’adonner à la collaboration signifie purement et simplement renoncer à nos objectifs. Toute conquête ouvrière, même la plus minime, ne s’obtient qu’après une lutte acharnée contre le système capitaliste. Il n’est pas possible d’envisager de conclure un accord avec nos oppresseurs parce que le programme de revendications transitoires est étroitement lié à la perspective de la révolution prolétarienne. Nous ne sommes pas des réformistes, même si nous présentons aux travailleurs la plate-forme la plus avancée de revendications ; nous sommes par-dessus tout des révolutionnaires, car nous nous dirigeons vers la transformation de la structure même de la société. 3- Nous repoussons l’illusion petite bourgeoise selon laquelle l’Etat ou d’autres institutions, se plaçant au dessus des classes sociales en lutte, peuvent régler le problème ouvrier. Une telle solution, comme nous l’enseigne l’histoire du mouvement ouvrier national et international, s’est toujours soldée par la soumission aux intérêts du capitalisme et a eu pour prix la misère et l’oppression du prolétariat. L’arbitrage de l’Etat et la réglementation légale des moyens de lutte des travailleurs marquent, dans la plupart des cas, le commencement de la défaite. Dans la mesure du possible nous luttons pour que soit supprimé l’arbitrage obligatoire. Les conflits doivent se régler sous la direction des travailleurs, et par eux seuls ! 4- La réalisation de notre programme de revendications transitoires, qui doit déboucher sur la révolution prolétarienne, est étroitement subordonnée à la lutte des classes. Nous sommes fiers d’être les plus intransigeants quand il s’agit de faire des compromis avec les patrons. Pour cette raison, la lutte contre les réformistes qui préconisent la collaboration de classes, contre ceux qui conseillent de se sacrifier sur l’autel de la prétendue sauvegarde nationale, constitue une tâche vitale. On ne peut parler de grandeur nationale dans un pays où les ouvriers connaissent la faim et l’oppression, mais bien plutôt de misère et de décrépitude nationales. Nous abolirons l’exploitation capitaliste. Guerre à mort au capitalisme ! Guerre à mort aux collaborateurs réformistes ! Suivons la voie de la lutte des classes jusqu’à la destruction de la société capitaliste ! » « La lutte contre l’impérialisme « 1- Pour les travailleurs des mines, la lutte des classes veut dire surtout la lutte contre les grands trusts miniers, c’est-à-dire contre un secteur de l’impérialisme yankee qui nous opprime. La libération des exploités est liée à la lutte contre l’impérialisme. Lorsque nous luttons contre le capitalisme international nous représentons les intérêts de toute la société et nos objectifs sont les mêmes que ceux des exploités du monde entier. La destruction de l’impérialisme est une condition préalable à l’introduction de la technique dans l’agriculture et à la création de la petite industrie et de l’industrie lourde. Nous sommes partie intégrante du prolétariat international parce que nous sommes engagés dans la destruction d’une force internationale : l’impérialisme. 2- Nous dénonçons, comme ennemis déclarés du prolétariat, les « gens de gauche » vendus à l’impérialisme yankee, qui nous parlent de la grandeur de la « démocratie » du Nord et de sa prépondérance mondiale. On ne peut parler de démocratie dans un pays comme les Etats-Unis où soixante familles dominent l’économie, suçant le sang des pays semi-coloniaux, dont le nôtre. La prépondérance yankee engendre une accumulation démesurée et une acuité sans précédent des antagonismes et des contradictions du système capitaliste. Les Etats-Unis sont une poudrière qui n’attend que le contact d’une étincelle pour exploser. Nous nous déclarons solidaires du prolétariat nord-américain et ennemis irréconciliables de sa bourgeoisie qui vit de rapine et d’oppression à l’échelle mondiale. 3- La politique des impérialistes qui dicte la politique bolivienne est conditionnée par le stade monopoliste du capitalisme. Pour cette raison, la politique impérialiste ne peut signifier qu’oppression et rapine, transformation permanente de l’Etat pour en faire un instrument docile aux mains des exploiteurs. Les attitudes de « bon voisinage », « panaméricanisme », etc, ne sont que des masques dont se servent l’impérialisme yankee et la bourgeoisie féodale créole pour tromper les peuples d’Amérique latine. Le système de la consultation diplomatique réciproque, la création d’organismes bancaires internationaux avec l’argent des pays opprimés, la concession aux Yankees des bases militaires stratégiques, les contrats léonins sur la vente des matières premières, etc, sont diverses formes du détournement honteux, au profit de l’impérialisme, des richesses des pays d’Amérique latine par ceux qui les gouvernent. Lutter contre ce détournement et dénoncer toutes les tentatives de rapine de l’impérialisme est le devoir élémentaire du prolétariat. Les Yankees ne se contentent pas de faire et de défaire les cabinets ministériels, ils vont plus loin : ils se sont fixé pour tâche d’orienter l’activité policière des bourgeoisies semi-coloniales ; l’annonce du déclenchement de la lutte contre les révolutionnaires anti-impérialistes n’a pas d’autre signification. Travailleurs de Bolivie ! Renforcez vos organisations pour lutter contre le rapace impérialiste yankee !

La lutte contre le fascisme 1- Nous devons lutter en même temps contre l’impérialisme et contre la bourgeoisie nationale qui lui est soumise. L’anti-fascisme devient, dans la pratique, un aspect de cette lutte : la défense et l’acquisition des garanties démocratiques et la destruction des bandes armées entretenues par la bourgeoisie. 2- Le fascisme est un produit du capitalisme international ; il est la dernière étape de la décomposition de l’impérialisme. Un régime fasciste se caractérise par la violence organisée par l’Etat, pour défendre ses privilèges capitalistes et détruire le mouvement ouvrier. La démocratie bourgeoise est un luxe trop coûteux que peuvent seuls s’offrir les pays qui ont accumulé des bénéfices aux dépens d’autres pays où sévit la famine. Dans les pays pauvres comme le nôtre, les ouvriers à un moment ou à un autre sont amenés à trouver en face d’eux des armes dirigées contre eux. Peu importe le parti politique qui doive recourir aux méthodes fascisantes pour mieux servir les intérêts impérialistes, une chose est certaine : si l’oppression capitaliste persiste à se maintenir, le caractère inévitable des gouvernements sera celui de la violence contre les ouvriers. 3- La lutte contre des bandes fascistes est subordonnée à la lutte contre l’impérialisme et la féodo-bourgeoisie. Ceux qui, sous le prétexte de lutter contre le fascisme, font confiance à l’impérialisme « démocratique » et à la féodo-bourgeoisie « démocratique » ne font rien d’autre que de préparer la voie à l’avènement inévitable d’un régime fascisant. Pour venir à bout définitivement du péril fasciste, nous devons détruire le capitalisme comme système. Pour lutter contre le fascisme, loin d’atténuer artificiellement les contradictions entre les classes, nous devons aviver la lutte des classes.

Ouvriers et exploités, détruisons le capitalisme pour détruire définitivement le péril et les bandes fascisantes ! C’est seulement avec les méthodes de la révolution prolétarienne et dans le cadre de la lutte des classes que nous pourrons renverser le fascisme.

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